ARTICLE
Auteur(s) : B Cutuli1, C
Lemanski2, A Fourquet3, B
de Lafontan4, S Giard5, S
Lancrenon6, A Meunier7, R
Pioud-Martigny8, F Campana3, H
Marsiglia9, E Mery4, F
Penault-Llorca10, E Fondrinier11, C
Tunon de Lara12
1Polyclinique Courlancy, Service
de radiothérapie-oncologie, 38, rue Courlancy, 51100
Reims, France
2Centre Val-d’Aurelle, 34094 Montpellier cedex,
France
3Institut Curie, 26, rue d’Ulm, 75231 Paris,
France
4Institut Claudius-Régaud, 20-24,
rue du Pont-Saint-Pierre, 31052 Toulouse, France
5Centre Oscar-Lambret, rue Frédéric-Combemale,
59020 Lille, France
6Sylia Stat, 10, boulevard du Maréchal-Joffre,
92340 Bourg-la-Reine, France
7Centre Léon-Bérard, 28, avenue Laennec, 69373
Lyon, France
8Centre René-Gauducheau, boulevard Jacques-Monod, 44085
Nantes, France
9Institut Gustave-Roussy, 39,
rue Camille-Demoulins, 94805 Villejuif, France; Université de
Florence, Italie
10Centre Jean-Perrin, 58, rue Montalembert, 63000
Clermont-Ferrand, France
11Centre Paul-Papin, 2, rue Moll, 49036 Angers,
France
12Institut Bergonié, 229, cours de l’Argonne, 33076
Bordeaux, France
Article reçu le 16 Septembre 2009, accepté le 7 Janvier 2010
Introduction
Grâce à la généralisation du dépistage mammographique, les
carcinomes canalaires in situ (CCIS) représentent désormais 15 à 20
% de l’ensemble des cancers du sein dans les pays occidentaux
[1-4].
En France, les données des campagnes de dépistage recueillies
par l’institut de veille sanitaire (InVS) retrouvent environ 14 %
de CCIS parmi l’ensemble des cancers du sein (CS) dépistés [5, 6].
En 2004, le nombre de nouveaux CS diagnostiqués en France a été de
49 236 [7], mais le chiffre exact des CCIS n’est pas
connu.
Le programme de dépistage par mammographie a été introduit dans
six départements pilotes dans notre pays en 1989, puis étendu
progressivement jusqu’en 2004 à l’ensemble du territoire [6-8].
Après la réalisation d’un premier observatoire national ayant
permis l’analyse de 1 159 patientes traitées entre 2001 et 2002
pour un CS infiltrant [9], il a paru nécessaire de réaliser un
second observatoire prospectif national afin d’évaluer les
modalités de diagnostic, les caractéristiques anatomopathologiques
et les traitements des CCIS en France. Cela a permis des
comparaisons avec les données des États-Unis et de la
Grande-Bretagne, où plusieurs études ont montré d’importantes
différences régionales dans la prise en charge de ces lésions
[10-13].
Ce travail est une version française complémentaire et modifiée
d’un premier article descriptif publié en langue anglaise [14].
Matériel et méthodes
Schéma de l’étude et critères d’inclusion
Il s’agissait donc d’une étude observationnelle prospective
transversale, qui a été réalisée de mars 2003 à avril 2004 ; 77
médecins (chirurgiens, gynécologues, oncologues, radiothérapeutes)
impliqués dans le traitement du CS y ont participé dans les
différentes régions françaises. Une grande partie d’entre eux avait
déjà participé au premier observatoire sur les cancers infiltrants.
Ces médecins, souvent coordinateurs des RCP (réunion de
concertation pluridisciplinaire) de pathologie mammaire,
provenaient des centres anticancéreux (49 %), des cliniques privées
(33 %) et des centres hospitaliers universitaires ou généraux (19
%).
Toutes les patientes de plus de 18 ans ayant un CCIS pur
étaient éligibles. Celles ayant eu un cancer (sein ou autre)
préalable ou synchrone étaient exclues, de même que celles
présentant un carcinome micro-invasif après une biopsie initiale
montrant un CCIS. Toutes les nouvelles patientes correspondant aux
critères d’inclusion ont été collectées prospectivement. On
remarque que sept centres ayant un recrutement important ont
enregistré plus de 50 cas chacun.
Recueil des données
Pour chaque patiente ont été colligées des données démographiques
(âge, antécédents familiaux de CS, état ménopausal, utilisation
éventuelle d’un traitement hormonal substitutif [THS]),
clinicoradiologiques (modalités de découverte et caractéristiques
de la mammographie) et histopathologiques (sous-type, taille
lésionnelle, grade nucléaire, état des marges, récepteurs
hormonaux). De plus, toutes les modalités thérapeutiques ont
été évaluées (types et nombres d’interventions chirurgicales,
modalités de la radiothérapie (RT), éventuel traitement par
tamoxifène).
Il n’y a pas eu de relecture centralisée, mais pour chaque
patiente, le compte rendu anatomopathologique détaillé était requis
et vérifié dans son intégralité. En cas d’incohérence dans les
données, l’avis des deux anatomopathologistes du groupe de travail
(EM, FPL) était demandé.
Modalités statistiques
L’analyse statistique a été réalisée grâce au logiciel SAS (version
8.2, SAS Institute Inc., Cary NC). La majorité des analyses a
été réalisée en subdivisant les patientes en trois groupes
thérapeutiques : chirurgie conservatrice exclusive (CC : 99
patientes, 7,8 %), CC avec RT (CC + RT : 797 patientes, 61,7 %) et
mastectomie (M : 393 patientes, 30,5 %). Pour la comparaison des
groupes, nous avons utilisé le test du χ2 pour les
variables catégorielles et le t-test pour les variables continues.
Une analyse multivariée a également été réalisée afin de prédire
les choix thérapeutiques, comme la M versus la chirurgie
conservatrice et le prélèvement du ganglion sentinelle (GAS) versus
le curage axillaire, en fonction de l’âge, de la taille
lésionnelle, du grade et de la présence de nécrose. De plus,
cinq régions ont été définies pour des analyses comparatives : Île
de France (1), Nord-Ouest (2), Nord-Est (3), Sud-Est (4) et
Sud-Ouest (5). Au total, 1 289 patientes étaient évaluables.
[[]]
Résultats
Caractéristiques démographiques
L’âge moyen lors du diagnostic était de 56 ans (30-84) ; 29 %
des patientes avaient moins de 50 ans, dont 4 % moins de
40 ans et 13 % 70 ans ou plus (figure 1).
Des antécédents familiaux de CS au premier et/ou au deuxième
degré ont été retrouvés dans 30 % des cas.
Antécédents gynécologiques
Huit cent seize des 1 285 femmes évaluables (63,5 %) étaient
ménopausées (âge médian : 50 ans), et 417 (52,3 %) d’entre
elles avaient reçu un THS avec une durée médiane de 7,7 ans
(combinaisons estroprogestatives : 88 %, estrogènes seuls : 12 %).
Modalités de découverte et caractéristiques
mammographiques
Le bilan mammographique (1 287 cas évaluables) avait été
considéré normal, suspect ou pathologique dans 4, 51,6 et 44,4 %
des cas respectivement. Parmi les 1 227 mammographies
suspectes ou pathologiques, 82,5 % montraient un (77 %) ou
plusieurs (23 %) foyers de microcalcifications, 5,6 % uniquement
une opacité, une distorsion architecturale ou une zone de
surdensité et 11,9 % une combinaison de différentes anomalies.
Parmi les 1 156 cas évaluables selon la classification
BI-RADS de l’ACR, on notait 9,2 % de lésions classées ACR3, 62,3 %
ACR4 et 28,5 % ACR5. Des clichés agrandis ont été réalisés
dans 53,6 % des 1 157 cas évaluables. Une biopsie a été réalisée
avant la chirurgie dans 796 cas (61,8 %). Il s’agissait d’une
macrobiopsie dans 66,4 % des cas et d’une microbiopsie pour 33,6 %
des cas. Un repérage préopératoire a été réalisé dans 87 % des cas
avant chirurgie conservatrice et dans 49,4 % avant M. Seulement 12
% des patientes présentaient des symptômes cliniques : tumeur,
maladie de Paget, écoulement sérosanglant ou rétraction.
Caractéristiques anatomopathologiques
La pièce d’exérèse a été reçue en un seul fragment dans 94,4 % des
cas, mais une ou plusieurs recoupes ont été réalisées dans 37 % des
cas. La pièce a été encrée et orientée dans 75 et 81 % des cas
respectivement.
La taille lésionnelle médiane était de 14,5 mm pour les
1 062 patientes évaluables (82,4 %) et respectivement de 6, 11
et 35 mm dans les groupes CC, CC + RT et M
(p < 0,0001). La taille lésionnelle était
globalement inférieure ou égale à 10 mm, comprise entre 11 et
20 mm et supérieure à 20 mm dans 40,6, 27,4 et 32 % des
cas respectivement.
Parmi les 1 273 cas évaluables, le grade nucléaire était
considéré bas, intermédiaire ou élevé dans 21, 38,5 et 40,5 % des
cas. La qualité de l’exérèse et la mesure des marges pour les
groupes CC et CC + RT sont illustrées dans les tableaux 1 et 2. On remarque qu’en cas de
traitement conservateur (avec ou sans RT), environ 11,5 % des
lésions avaient une marge d’exérèse inférieure au millimètre, ce
qui n’est pas considéré habituellement satisfaisant. Par ailleurs,
une exérèse complète, avec marge de plus de 10 mm, n’a pu être
réalisée que dans 16,7 et 10,4 % des groupes CC et CC + RT
respectivement.
Globalement, parmi 1 123 cas évaluables, on observe 24,2 %
de lésions de type comédocarcinome (isolé ou associé à d’autres
sous types) et 75,8 % d’autres types. Les récepteurs aux
estrogènes (RE) et à la progestérone (RP) ont été évalués dans 31 %
des cas. Les taux de positivité sont de 70 et 59,5 %,
respectivement, [[]]et sont significativement influencés par la
taille tumorale, le grade nucléaire, le sous-type architectural
mais pas par l’âge (tableau 3).
Le THS n’a pas d’influence sur la taille lésionnelle ou la
positivité des récepteurs, mais uniquement sur le grade : en effet,
on retrouve nettement moins de lésions de haut grade chez les
patientes traitées : 34,2 versus 47,6 % (p = 0,000 4).
Tableau 1 Qualité de l’exérèse (%) dans les groupes de
chirurgie conservatrice sans (CC) et avec radiothérapie (CC +
RT).
|
CC (n = 91/99)
|
CC + RT (n = 704/797)
|
|
Complète
|
92
|
88,3
|
|
Douteuse
|
3
|
5,8
|
|
Incomplète
|
4
|
2,4
|
|
Non précisée
|
1
|
3,5
|
Tableau 2 Évaluation des marges d’exérèse (%) dans les
groupes de chirurgie conservatrices sans (CC) et avec radiothérapie
(CC + RT).
|
CC (n = 66/99)
|
CC + RT (n = 561/797)
|
|
< 1 mm
|
10,6
|
12,1
|
|
1-3 mm
|
21,2
|
20,5
|
|
4-10 mm
|
51,5
|
57
|
|
> 10 mm
|
16,7
|
10,4
|
Tableau 3 Influence de l’âge, du grade nucléaire, du
sous-type architectural et de la taille sur la positivité des
récepteurs hormonaux (RO et RP).
|
RO+ (%)
|
RP+ (%)
|
p
|
|
Âge (ans) [[]]
|
|
|
|
|
< 40
|
60
|
53,3
|
NS
|
|
40-50
|
70
|
69
|
|
50-70
|
72
|
56,6
|
|
> 70
|
61,7
|
59,5
|
|
Grade nucléaire
|
|
|
|
|
Faible
|
81,2
|
83
|
< 0,000 1
|
|
Moyen
|
78
|
67,4
|
|
Élevé
|
57,5
|
41,9
|
|
Sous-type
|
|
|
|
|
Comedo
|
55,4
|
41,7
|
0,000 1
|
|
Autres
|
80,3
|
71,4
|
|
Taille (mm)
|
|
|
|
|
< 5
|
85,9
|
70,3
|
0,001
|
|
5-10
|
69
|
57
|
|
11-20
|
66,7
|
53,3
|
|
> 20
|
60,6
|
53
|
Traitements
Chirurgie
Globalement, 393 (30,5 %) patientes ont eu une M et 896 (69,5 %)
une chirurgie conservatrice, dont 797 (89 %) une RT complémentaire
(figure 2). Un
repérage préchirurgical a été réalisé dans 87 % des chirurgies
conservatrices et 49 % des M. En cas de traitement conservateur,
une radiographie de la pièce opératoire et un examen extemporané
étaient réalisés dans 81 et 18,5 % des cas respectivement.
Globalement, 70 % des patientes ont eu une seule intervention,
27 % deux et 3 % trois. Parmi les patientes ayant eu une M, 60 %
d’entre elles ont eu deux (50 %) ou trois (10 %) interventions.
Le nombre d’interventions est inversement corrélé (et de façon
très significative) [p < 0,000 1] à la réalisation préalable
d’une microbiopsie et surtout d’une macrobiopsie (tableau 4). Cela est vrai tant parmi les patientes
traitées par M que parmi celles ayant eu une chirurgie
conservatrice (avec ou sans RT).
Le traitement est influencé de façon significative par la taille
lésionnelle, le grade nucléaire, la présence éventuelle de nécrose
et l’âge (tableau 5). Il est à
noter que 63 % des lésions de plus de 20 mm ont été traitées
par M, ainsi que 41 % des lésions de grade nucléaire élevé. A
contrario, la chirurgie conservatrice exclusive a été le plus
souvent utilisée chez des patientes ayant les lésions inférieures à
10 mm (70 %), de bas grade (71 %) et sans nécrose (61 %). Par
ailleurs, 216 patientes (55 %) ont eu une reconstruction immédiate,
avec des taux variables en fonction de l’âge. Un prélèvement du GAS
a été réalisé chez 21 % des patientes (12 % en cas de chirurgie
conservatrice et 42 % en cas de M). Un curage axillaire (nombre
médian de ganglions prélevés = 6) a été réalisé chez 10,4 % des
patientes (5 % en cas de chirurgie conservatrice et 23 % en cas de
M). La réalisation d’un geste axillaire est significativement
corrélée à la taille tumorale (p = 0,000 1), au grade nucléaire
élevé (p < 0,001) (figure 3) et au type de
traitement réalisé au niveau mammaire (p < 0,000 1).
Tableau 4 Corrélation entre le nombre d’interventions
et la réalisation préalable d’une biopsie.
|
Groupe mastectomie (392 cas) ; p < 0,000 1
|
|
Interventions
|
Non réalisée (138)
|
Microbiopsie (91)
|
Macrobiopsie (163)
|
|
1
|
10 %
|
53,8 %
|
58,3 %
|
|
2 (3)
|
90 %
|
46,2 %
|
41,7 %
|
|
Groupe CC et CC + RT (766 cas) ; p < 0,000 1
|
|
Interventions
|
Non réalisée (257)
|
Microbiopsie (175)
|
Macrobiopsie (334)
|
|
1
|
72,4 %
|
83,4 %
|
92,3 %
|
|
2 (3)
|
27,6 %
|
16,6 %
|
7,7 %
|
Tableau 5 Différences des caractéristiques cliniques et
histopathologiques parmi les trois groupes de traitement.
|
CC
|
CC + RT
|
Mastectomie
|
Total
|
|
n
|
Pourcentage
|
n
|
Pourcentage
|
n
|
Pourcentage
|
n
|
Pourcentage
|
|
Taille (pT)a
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
≤ 10 mm
|
62
|
14,4
|
339
|
78,6
|
30
|
7
|
431
|
40,6
|
|
11-20 mm
|
14
|
4,8
|
223
|
76,6
|
54
|
18,6
|
291
|
27,4
|
|
> 20 mm
|
5
|
1,5
|
120
|
35,3
|
215
|
63,2
|
340
|
32
|
|
Gradeb
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Bas
|
56
|
20,9
|
171
|
63,8
|
41
|
15,3
|
268
|
21
|
|
Intermédiaire
|
30
|
6,2
|
322
|
65,7
|
138
|
28,1
|
490
|
38,5
|
|
Élevé
|
12
|
2,3
|
294
|
57,1
|
209
|
40,6
|
515
|
40,5
|
|
Nécrosec
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Pas de nécrose
|
68
|
13,4
|
334
|
65,9
|
105
|
20,7
|
507
|
42
|
|
Non-comedo necrose
|
15
|
6,6
|
136
|
59,6
|
77
|
33,8
|
228
|
19
|
|
Comedo nécrose
|
9
|
1,9
|
271
|
57,2
|
194
|
40,9
|
474
|
39
|
|
Âge (ans)
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
< 50
|
26
|
26,2
|
203
|
25,5
|
141
|
35,9
|
370
|
28,7
|
|
50-60
|
41
|
41,4
|
284
|
35,6
|
136
|
34,6
|
461
|
35,8
|
|
61-70
|
14
|
14,1
|
198
|
24,8
|
73
|
18,6
|
285
|
22,1
|
|
> 70
|
18
|
18,2
|
112
|
14,1
|
43
|
10,9
|
173
|
13,4
|
Radiothérapie
Quatre-vingt-neuf pour cent des 896 patientes traitées par
chirurgie conservatrice ont été irradiées. La dose médiane
délivrée à l’ensemble du sein a été de 50 Gy en 25 fractions.
Une surimpression péricicatricielle (en moyenne de 10 Gy) a
été réalisée dans 49 % des cas (par électrons dans 73 % des cas).
Le seul paramètre qui influence significativement sa
réalisation est la qualité de l’exérèse (63 % en cas d’exérèse
incomplète ou douteuse versus 48 % en cas d’exérèse complète, p =
0,018).
Hormonothérapie
Cent soixante-douze patientes (13,4 %) ont reçu un traitement
hormonal, dont 80 % par tamoxifène, 4 % par agoniste de la LH-RH et
15 % par inhibiteurs de l’aromatase.
Hétérogénéité des traitements
Il n’y a pas de différence significative entre les cinq régions, en
ce qui concerne la distribution de l’âge, la taille lésionnelle
moyenne, la distribution selon le grade nucléaire, mais on note des
variations de 10 à 43 % pour les pourcentages de formes «
comédocarcinomes ± autres ». En revanche, on retrouve
d’importantes variations interrégionales dans la pratique du dosage
des récepteurs hormonaux et les différentes modalités
thérapeutiques (tableau 6).
On constate donc que les pourcentages de M varient de 20 à 37 %,
et que l’utilisation de la RT après traitement conservateur passe
de 82 % dans le Sud-Est à 96 % en région parisienne.
D’importantes variations sont également observées en ce qui
concerne les taux de reconstruction immédiate et les prélèvements
ganglionnaires. Enfin, le dosage des récepteurs hormonaux n’est
pratiqué que dans 12 % des cas dans le Nord-Ouest, mais dans 60 %
dans le Nord-Est. Parallèlement, l’hormonothérapie dans ces deux
régions est utilisée dans 6 et 34 % des cas respectivement (pour
une moyenne nationale de 13 %). D’autres différences
significativesdans les modalités de prise en charge ont été
constatées en fonction du type d’établissement (tableau 7).
Le taux de M est plus élevé dans les centres de lutte contre le
cancer (CLCC) (37,4 %) que dans les centres privés (19,4 %), mais
les tailles lésionnelles médianes sont différentes dans ces deux
types d’établissements (respectivement 15 versus 11 mm,
p = 0,005 4), alors qu’il n’y a pas de différence
pour le grade nucléaire, et que pour le sous-type architectural,
les formes comédocarcinomes (± autre) sont beaucoup plus
fréquentes dans les centres privés par rapport aux CLCC et surtout
au CHG-CHU (32,7 versus 21 et 18,2 % respectivement).
De même, après traitement conservateur, l’irradiation
complémentaire est pratiquée dans 81,2, 87,3 et 94,2 % des cas dans
les CHU-CHG, les CLCC et les établissements privés respectivement
(figure 4).
Tableau 6 Variations « régionales » des traitements.
|
CC (%)
|
CC+RT (%)
|
M (%)
|
RI (%)
|
GAS (%)
|
CA (%)
|
Dosage RO (%)
|
Dosage RP (%)
|
HT (%)
|
|
Île-de-France (n = 309 : 24 %)
|
3
|
77
|
20
|
39
|
12
|
16
|
14
|
13
|
13
|
|
Nord-Ouest (n = 153 : 11,9 %)
|
3
|
60
|
37
|
64
|
16
|
5
|
12
|
12
|
6
|
|
Nord-Est (n = 181 : 14 %)
|
8
|
57
|
35
|
37
|
28
|
11
|
60
|
60
|
34
|
|
Sud-Est (n = 499 : 38,7 %)
|
13
|
61
|
26
|
65
|
26
|
8
|
31
|
31
|
9
|
|
Sud-Ouest (n = 147 : 11,4 %)
|
4
|
63
|
33
|
64
|
22
|
12
|
53
|
53
|
12
|
|
Total
|
8
|
62
|
30
|
55
|
21
|
10
|
31
|
31
|
13
|
Tableau 7 Modalités de traitement selon le type
d’établissement.
|
CLCC (%)
|
CHG/CHU (%)
|
Privé (%)
|
Total (%)
|
|
Nombre Int Chir*
|
|
|
|
|
|
1
|
51
|
61
|
65
|
57
|
|
2-3
|
49
|
39
|
35
|
43
|
|
Ganglion sentinelle**
|
8
|
9,6
|
14,5
|
10,4
|
|
Curage
|
24
|
12
|
22
|
21
|
|
Reconstruction *
|
60
|
57
|
40
|
55
|
|
Surimpression (RT) **
|
31
|
67
|
61
|
49
|
|
Hormonothérapie
|
14,5
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5,3
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16
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13,4
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Discussion
Les CCIS représentent désormais environ 30 % des cancers détectés
par mammographie et globalement 15 à 20 % des CS [2-4, 6].
Il est toutefois à noter que si l’incidence des cancers
mammaires infiltrants est bien connue en France, celle des CCIS
[15, 16] n’est pas clairement précisée. En France, les six premiers
programmes de dépistage ont débuté en 1989, quatre départements
supplémentaires y on participé à partir de 1991, puis 32 autres en
1994. En 2003-2004, une couverture nationale a été réalisée avec un
nouveau protocole appliqué à toutes les femmes de 50 à 74 ans.
En France, en 2006, environ 3 470 000 mammographies ont
été réalisées dans cette catégorie d’âge [5-7].
Les 77 médecins impliqués dans cette étude sont issus de
spécialités différentes et travaillent dans diverses structures
publiques et privées. Ils sont représentatifs de l’activité
sénologique en France. L’âge médian (56 ans) des patientes
correspond à celui d’autres études. On note 64 % de femmes
ménopausées, dont 51 % ont reçu un THS ; ce pourcentage était de 38
% dans la précédente étude réalisée chez 1 159 patientes
présentant un carcinome infiltrant [9].
Le taux global de découverte mammographique est de 87,6 % mais
avec d’importantes variations en fonction de l’âge. Dans une étude
bordelaise, ayant inclus 909 patientes traitées pour un CCIS, ce
taux était de 82 % [17]. Comme pour d’autres études, les anomalies
mammographiques correspondent dans 93 % des cas à un ou plusieurs
foyers de microcalcifications. Les clichés agrandis sont
recommandés par les sociétés savantes françaises et européennes
[18, 19], mais n’ont été réalisés dans notre étude que dans 54 %
des cas. De même, la réalisation d’une biopsie préchirurgicale
est préconisée par les sociétés savantes françaises [18, 19] et
européennes [20]. Dans notre série, une micro- ou une macrobiopsie
ont été réalisées chez 62 % des patientes (85 % en cas de
traitement conservateur). Ce geste permet une réduction très
significative du nombre total d’interventions chirurgicales (tableau 3) avec un impact considérable du
point de vue psychologique pour les patientes et du point de vue
économique pour le budget de la santé.
Cependant, on note que 30 % des patientes ont eu au moins deux
interventions successives, ce qui reflète les difficultés d’obtenir
une résection complète, particulièrement pour les lésions de bas
grade. Notre taux de M est de 30 %, tout à fait similaire a celui
de deux récentes études américaines et anglaises [21]. Toutefois,
ce taux passe à 50 % chez les femmes de moins de 40 ans, ce
qui tient probablement compte de différentes études montrant des
taux de rechute locale (RL) très élevés chez ces patientes [22],
avec un pronostic assez péjoratif en cas de RL invasive.
Il faut également noter que deux études néerlandaises ont
rapporté récemment des taux de M beaucoup plus élevés pour
l’ensemble des patientes [23, 24].
Théoriquement, les CCIS ne donnent pas d’atteinte ganglionnaire,
mais les données de la littérature rapportent des taux
d’envahissement axillaire de 1 à 1,5 % [2, 10]. En effet, pour les
lésions étendues, il existe un risque de micro-invasion occulte et
donc une possibilité d’envahissement axillaire, ce qui fait
réaliser, par certains, un geste « préventif » à ce niveau. Dans
notre série, 10,4 et 21 % des patientes ont eu un curage
ganglionnaire ou un prélèvement du GAS. La réalisation des
prélèvements ganglionnaires est corrélée à la taille lésionnelle,
au haut grade nucléaire et au type de chirurgie. Dans plusieurs
études américaines et françaises, on note une très nette régression
de la pratique du curage axillaire au cours des dernières années
[1-3, 25, 26]. Pour la majorité des auteurs, la pratique du GAS
doit être réservée aux patients nécessitant une M ou avec une
lésion de haut grade étendue [27].
La RT après chirurgie conservatrice a montré une réduction des
RL (tant invasives qu’in situ) de l’ordre de 50 % (de 25-30 à 10-12
% à dix ans), dans les quatre essais randomisés publiés, à ce jour,
et dans plusieurs études rétrospectives [28-32]. Pour la grande
majorité des équipes, celle-ci est donc considérée comme un
standard. Toutefois, pour certaines lésions « à faible risque »,
son utilité a été remise en question, en particulier par
Silverstein [33]. Il faut cependant noter que dans les études
de ce groupe, les patientes ayant reçu une RT avaient des facteurs
de risque de RL significativement plus importants (taille, exérèse
incomplète, haut grade) [34]. En effet, même pour des séries très
sélectionnées, on retrouve des taux de RL à dix ans de 17 à 28 %,
dont 40 à 50 % sous forme invasive [3, 4, 14]. Dans notre étude, on
note une certaine hétérogénéité dans l’utilisation de la RT
postopératoire (tableau 4), avec des
taux qui varient de 82,4 % (Sud-Est) à 96 % (Île-de-France). Cette
variabilité a été retrouvée dans plusieurs études américaines et
également dans une grande étude anglaise, avec des variations de 0
à 100 % (57 % en moyenne) [11-13]. Pour les CCIS, l’utilisation de
la surimpression n’a pas été définie avec précision. Si elle n’a
pas été utilisée dans les essais randomisés, elle a été très
souvent réalisée dans de grandes études rétrospectives. Une étude
avec quelques limites méthodologiques a montré son intérêt chez les
femmes de moins de 45 ans [26, 35-37]. Dans notre étude, elle
a été proposée dans 50 % des cas, et surtout en cas de résection «
limite ». Notre étude a été réalisée avant la publication des
recommandations nationales [18, 19] qui définissent une « exérèse
complète », celle ayant une marge optimale de 3 mm de tissu
sain, et une exérèse incomplète, celle ayant des marges inférieures
à 1 mm nécessitant donc une reprise chirurgicale, alors que
les situations intermédiaires doivent être discutées en comité
pluridisciplinaire. Selon ces critères, environ 12 % des patientes
auraient dû avoir une reprise chirurgicale. Toutefois, la
définition d’exérèse complète et de « marge minimale » reste
débattue et n’a pas fait l’objet d’un consensus international
[38-41], bien que ce paramètre soit le plus « prédictif » en termes
de risque de RL associé au jeune âge des patientes [35, 42, 43].
Une récente revue de la littérature, combinant essais randomisés et
études rétrospectives, a confirmé le rôle prédictif en termes de
risque relatif (RR) de RL, des marges « positives » ou « limites »
par rapport aux marges « saines », avec des valeurs de 2,77 et 1,59
respectivement [41]. Dans cette même étude, les taux de RL étaient
de 10,4, 5,8 et 3,9 % pour des marges d’exérèse de 1, 2 et
supérieure ou égal à 5 mm respectivement.
Dans notre étude, on retrouve également les « incertitudes »
concernant le dosage des RH et de l’hormonothérapie, avec
d’importantes différences régionales. Ces variations ont été
confirmées dans une grande étude comparative sur les pratiques en
Amérique du Nord et en Europe [11]. Cela est très vraisemblablement
en rapport avec les résultats contradictoires des deux essais
randomisés concernant l’utilisation du tamoxifène, le NSABP B-24 et
l’UK DCIS Trial [28, 30]. Les taux de positivité des RE (70 %)
et des RP (60 %) sont similaires à ceux retrouvés par Baxter
et al. dans une large revue de la littérature [1].
Au total, cette étude a permis une analyse très détaillée des
modalités de découverte, des caractéristiques histopathologiques et
des options thérapeutiques en France pour une large cohorte de
patientes présentant un CCIS pur, sans critères de sélection
particulier. Avec le support de l’Institut national du cancer
(INCa), une actualisation à cinq ans des données de ce travail est
programmée avec, en particulier, une évaluation des taux de rechute
locale (in situ et invasive), des cancers controlatéraux et des
seconds cancers en fonction des différents facteurs
histopathologiques et des modalités thérapeutiques.
Liste complémentaire des médecins enquêteurs :
Achard J.-L., Clermont-Ferrand
Amalric F., Marseille
Antoine E.C., Neuilly
Audrin O., Toulon
Avigdor S., Orléans
Bobin J.-Y., Pierre-Bénite
Body G., Tours
Bonnier P., Marseille
Bons-Rosset F., Nîmes
Botton A., Pontoise
Bouteille C., Saint-Étienne
Brandone J.M., Marseille
Bremond A., Lyon
Brunaud-Charra C., Vandœuvre-lès-Nancy
Cailleux P.-E., Tours
Campana F., Paris
Caquot L.M., Reims
Cellier P., Angers
Charvolin J.-Y., Lille
Chevelle C., Toulouse
Chirat E., Meudon-la-Forêt
Cohen M., Aubagne
Cohen-Solal C., Saint-Cloud
Cretin J., Alès
Cuisenier J., Dijon
Cuvier C., Paris
Dauce J.-P., Rouen
Dohollou N., Bordeaux
Doudi-Gaci Z., Nantes
Fayolle M., Fontainebleau
Fourneret P., Grenoble
Fric D., Grenoble
Jaubert D., Bordeaux
Jonveaux E., Charleville
Kamioner D., Trappes
Ladonne J.-M., Rouen
Lavie M., Montpellier
Leduc B., Brive-la-Gaillarde
Lefranc J.-P., Paris
Levy C., Caen
Lucas B., Brest
Mandet J., Lille
Marie G., Cherbourg
Mathevet P., Lyon
Mermet J., Chambéry
Methlin A., Metz
Michaux J.-P., Cucq
Mongodin B., Montélimar
Namer M., Mougins
Orfoeuvre H., Bourg-en-Bresse
Pariente F., Niort
Payan R., Grenoble
Quetin P., Strasbourg
Remuzon P., Dax
Resbeut M., Toulon
Rohart-De Cordoue S., Lille
Romieu G., Montpellier
Routiot T., Nancy
Rozec C., Thiais
Salmon R., Paris
Sautiere J.-L., Besançon
Serin D., Avignon
Touboul E., Paris
Travade A., Clermont-Ferrand
Vaini V., Aix-en-Provence
Vilcoq J., Paris
Conflits d’intérêts : aucuns.Remerciements
À Mme Mireille Bigay (société Vivactis) et Mme Catherine Delva
(société SYLIA-STAT) pour le recueil et l’analyse des données, Mme
Nathalie Heil pour l’assistance technique, au staff du laboratoire
AstraZeneca pour le support logistique et à tous les médecins
enquêteurs ayant activement participé à l’étude.
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