ARTICLE
Auteur(s) : C-J Larsen
Quoique le gène KRAS soit l’un des proto-oncogènes les plus
fréquemment mutés dans les tumeurs humaines, son ciblage
thérapeutique est resté décevant. Un travail multi-équipes dans
Nature (sous l’autorité de M. Hahn) devrait réviser cette situation
[1]. Plutôt que de se concentrer sur l’oncogène, les auteurs ont
identifié, à l’aide de shARNs, des gènes dont l’inhibition induit
uniquement la mort des cellules tumorales portant une copie mutée
de KRAS (KRAS*). Parmi les 250 gènes sélectionnés par cette
première approche, deux criblages successifs utilisant des
traitements statistiques sophistiqués ont abouti à l’isolement du
gène TBK1, une kinase IκB « non canonique ». TBK1 est
nécessaire à l’activité de KRAS* mais pas KRAS sauvage. Entre
autres observations, des lignées d’adénocarcinome pulmonaire (A549,
NCI-H2009) porteuses d’un allèle KRAS* voient leur potentiel
tumorigène supprimé par l’inhibition de TBK1, alors que des lignées
tumorales portant les allèles+ ne répondent pas.
L’ensemble des données rapportées qualifie la voie NF-κB et
TBK1 comme essentielle pour l’activité oncogénique de KRAS
muté. Allant plus loin, les auteurs ont montré que l’activation de
la voie NF-κB par TBK1 diminue fortement l’expression du gène
anti-apoptotique Bcl-XL et aussi de c-Rel, l’un des membres de la
voie NF-κB, qui a justement pour cible Bcl-XL. De fait,
l’apoptose induite in vitro par l’inhibition de KRAS* ou
TBK1 peut être abolie par une surexpression de Bcl-XL (mais
pas par une autre protéine anti-apoptotique, la survivine).
Une première conclusion est que TBK1 et la voie de
signalisation NF-κB peuvent constituer de nouvelles cibles
thérapeutiques dans des tumeurs avec un KRAS*. On rappelle que les
tumeurs porteuses d’une mutation de KRAS sont agressives et
répondent peu ou mal aux thérapies actuelles. En second lieu, ce
travail considérable rejoignant d’autres récemment publiés [2, 3]
met en lumière les relations de dépendance existant entre
différentes voies de signalisation. Enfin il jette les bases
rigoureuses d’une méthodologie applicable à d’autres oncogènes et
aussi à des gènes suppresseurs.
Références
1 Barbie DA, Tamayo P, Boehm JS. Systematic RNA
interference reveals that oncogenic KRAS-driven cancers require
TBK1. Nature 2009 ; 462 : 108-12.
2 Scholl C, Fröhling S, Dunn IF. Synthetic lethal
interaction between oncogenic KRAS dependency and STK33 suppression
in human cancer cells. Cell 2009 ; 137 : 821-34.
3 Luo J, Emanuele MJ, Li D. A genome-wide RNAi
screen identifies multiple synthetic lethal interactions with the
Ras oncogene. Cell 2009 ; 137 : 835-48.
|