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Nouveaux aspects télérobotiques en cancérologie tête et cou


Bulletin du Cancer. Volume 97, Numéro 1, 97-105, janvier 2010, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2009.1022

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Y Mallet, S Moriniere, P Ceruse, S El Bedoui , Centre Oscar-Lambret, 3, rue Combemale, 59020 Lille cedex, France, Hôpital Bretonneau, CHRU, 2, boulevard Tonnellé, 37044 Tours cedex 09, France, Hôpital Lyon-Sud, 165, chemin du Grand-Revoyet, 69495 Pierre-Bénite, France.

Résumé : La chirurgie robotisée est en plein essor dans de nombreuses spécialités chirurgicales. En chirurgie oncologique tête et cou, cette nouvelle procédure pourrait être une bonne alternative chirurgicale, en espérant diminuer la morbidité liée à certaines techniques plus conventionnelles. L’objectif de cet article est d’établir un état des connaissances acquises dans ce domaine avec une revue de la littérature. Nous soulignons les limites et perspectives avec un regard particulier sur les aspects de sûreté de fonctionnement. Le robot chirurgical appliqué en chirurgie endoscopique ORL est un outil prometteur sous réserve, cependant, du développement attendu de nouvelles fonctions comme un système de navigation ou un retour de force couplés au robot. Le bon développement de ce nouvel outil dépendra également de la qualité des travaux et programmes de recherche dans ce domaine.

Mots-clés : robot chirurgical, chirurgie endoscopique ORL, cancer de la tête et du cou, télérobotique, sûreté de fonctionnement et chirurgie

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Y Mallet1, S Moriniere2, P Ceruse3, S El Bedoui1

1Centre Oscar-Lambret, 3, rue Combemale, 59020 Lille cedex, France
2Hôpital Bretonneau, CHRU, 2, boulevard Tonnellé, 37044 Tours cedex 09, France
3Hôpital Lyon-Sud, 165, chemin du Grand-Revoyet, 69495 Pierre-Bénite, France

Article reçu le 7 Octobre 2009, accepté le 5 Novembre 2009

Introduction

La chirurgie robotisée a pris une place de plus en plus importante dans diverses spécialités, comme la chirurgie cardiaque [1], la chirurgie urologique [2], la chirurgie orthopédique et gynécologique [3, 4] au cours de cette dernière décennie. Dans le domaine de la chirurgie des tumeurs de la tête et cou, cette activité est particulièrement récente [5].

La mise en place de cette nouvelle technologie au sein du bloc opératoire est une histoire contemporaine d’évolution très progressive. Bien que les robots soient utilisés depuis plusieurs décennies dans le milieu industriel, ce transfert de technologie en médecine a été assez lent. Ils ont été utilisés, au début des années 1980, pour accroître la précision de certains gestes chirurgicaux, en neurochirurgie pour les biopsies cérébrales et en orthopédie pour la réduction de fractures des os longs [6, 7]. Ces mêmes années ont été marquées par le développement d’un programme ambitieux en télérobotique par le centre de recherche de la NASA (National Air and Space Administration) en association avec l’université de recherche de Stanford. Initialement, l’objectif était de permettre au chirurgien de traiter à distance des soldats blessés. Bien que n’ayant pas abouti pour le moment, ce programme a permis de développer la télérobotique, permettant ainsi au chirurgien de manipuler à distance les bras d’un robot chirurgical [7]. L’introduction de la télérobotique en chirurgie ORL est le dernier épisode de cette histoire passionnante.

Premiers pas

Engelberger, l’un des pères du développement du robot industriel disait « You know one when you see one ! », ce qui pourrait s’inscrire comme une excellente définition d’un robot chirurgical. Une autre définition pourrait être « la robotique est une connexion intelligente entre la perception et l’action » [8]. En fait, il n’y a pas de définition simple pour ce terme initialement utilisé par l’écrivain tchécoslovaque Karel Capek dans sa pièce de théâtre RUR (Rossum’s Universal Robots) en 1920. La traduction littérale correspond au mot esclave [7]. Progressivement, le mot robot s’est répandu dans le domaine de l’intelligence artificielle.

Le système télérobotisé chirurgical da Vinci™ (Intuitive Surgical, Sunnyvale, CA), seul produit proposé actuellement, intègre les avancées les plus récentes en termes d’intelligence artificielle, de miniaturisation des composants mécaniques robotiques et d’optiques à vision tridimensionnelle (figures 1A, B). Le robot proprement dit possède quatre bras articulés, trois bras porte-instruments et un bras central qui porte le système optique. Les instruments sont remarquables par leur petite taille (5 mm de diamètre) et la possibilité de les orienter dans les trois plans de l’espace, ils sont dirigés par le chirurgien à partir de la console chirurgicale qui possède un système de restitution d’images tridimensionnelles et deux télémanipulateurs. Ce nouvel instrument a semblé d’emblée très prometteur en chirurgie endoscopique ORL, laissant espérer de nouvelles possibilités d’exérèse tumorale par voie transorale. Cela limiterait, en théorie et à terme, certaines indications de mandibulotomie ou d’abord cervical, offrant ainsi des suites plus simples pour les patients.

Cependant, la mise en place de ce nouvel outil dans l’arsenal du chirurgien ORL a été jalonnée d’un certain nombre de difficultés.

La première difficulté rencontrée fut la mise en place d’une procédure simple et sûre pour l’introduction des instruments dans le tunnel étroit correspondant à la cavité buccale au pharynx et au larynx. Les travaux cliniques, réalisés par l’équipe chirurgicale de l’hôpital universitaire de Pennsylvanie (Philadelphie), ont permis de lever cette difficulté [9, 10]. L’utilisation d’un ouvre-bouche comme le FK (Gyrus Medical GMPH) plutôt qu’un laryncoscope traditionnel permet une bien meilleure exposition en chirurgie robotisée (figures 2A, B).

La deuxième difficulté a été d’évaluer l’utilisation du robot en termes de sûreté de fonctionnement, en particulier concernant la sécurité du geste vis-à-vis du patient. La même équipe a produit deux travaux expérimentaux dans ce domaine. Le premier a évalué la qualité d’hémostase en chirurgie robotisée endoscopique [11]. Réalisée sur un modèle canin, elle démontre la possibilité d’assurer le contrôle d’hémostase de l’artère linguale ou des petites artères et veines de cette région. Ils ont également testé sur cadavre le potentiel de dégâts susceptibles d’être occasionnés par ce robot. En forçant sur les instruments, ils n’ont provoqué que des plaies superficielles de la peau ou des muqueuses. Les tentatives de fractures de dents, de la mandibule ou des lésions de la colonne vertébrale ont échoué [12].

La dernière difficulté a consisté à évaluer le potentiel de cet outil en termes d’exérèse chirurgicale. La chirurgie de la base de langue a fait l’objet de travaux de faisabilité sur cadavres et modèles canins [13]. Ils ont montré une excellente visualisation de cette région ainsi qu’une grande manœuvrabilité des instruments robotisés dans cette indication. Les travaux expérimentaux de l’équipe des Drs Weinstein et O’Malley, concernant la faisabilité d’une chirurgie aux niveaux laryngé et pharyngolaryngé, ont également été concluants tant dans la visualisation du site anatomique que dans la réalisation d’exérèse [14-16]. Un certain nombre de travaux, réalisés sur cadavres et sur modèles canins, ont permis d’évaluer la faisabilité chirurgicale en base du crâne [17, 18]. L’équipe du MD Anderson rapporte également leur expérience de l’abord de la base du crâne effectuée sur quatre cadavres. Ils constatent que l’abord transantral en chirurgie robotisée permet d’accéder, de manière satisfaisante, à la partie antérieure et centrale de la base du crâne [19]. L’abord de l’espace parapharyngé et de la fosse infratemporale s’est révélé très satisfaisant et motive pour la poursuite de travaux dans le cadre d’essais cliniques.

La première publication d’une intervention réalisée avec succès pour cette technique sur un patient avec le système robotisé da Vinci™ concerne l’exérèse d’un kyste valléculaire, par l’équipe chirurgicale du Walter Reed Army Medical Center [20]. O’Malley et al. ont publié également leur expérience d’exérèse de trois cas de cancers débutant de la base de langue en 2006 [21]. Ces trois premiers cas d’exérèse en oncologie tête et cou se sont révélés à marges saines en histologie définitive. Les suites ont été simples, sans retentissement sur la voix ou la déglutition, évaluées à un mois de l’intervention. Trois autres patients, opérés d’un cancer supraglottique par la même équipe, ont fait l’objet d’un rapport révélant l’absence de complication et des marges également saines. Ils constatent que la perte sanguine et les temps d’intervention sont comparables, voire inférieurs à une chirurgie par cervicotomie ou à une exérèse laser par voie endoscopique [22].

Premiers enseignements

Les premières séries chirurgicales sont très récentes [23-29]. Le partage de cette expérience nous permet, maintenant, d’avoir une vision plus précise de l’intérêt et des limites de cette technique.

Faisabilité

Weinstein et al. rapportent leur expérience de chirurgie transorale robotisée dans le cas de la prise en charge de 27 patients porteurs d’un carcinome épidermoïde de l’amygdale [24]. Ils proposent la réalisation d’une endoscopie préopératoire, permettant ainsi de sélectionner les patients candidats à une chirurgie endoscopique robotisée. La totalité des patients de la série d’amygdalectomies élargies de l’équipe de Philadelphie a pu bénéficier d’un geste endoscopique robotisé lorsque l’indication avait été posée selon cette procédure simple. Les principaux critères d’exclusion sont liés à la situation anatomique de la lésion, à la taille, à la qualité de l’ouverture buccale, au caractère denté ou pas du patient et à la morphologie maxillomandibulaire. L’utilisation d’un ouvre-bouche approprié tel que le Crow-Davis où le FK est un paramètre de succès de cette intervention [24] (figures 3A, B). Sur un total de 20 patients porteurs d’une tumeur maligne des voies aérodigestives supérieures (VADS), candidats à une chirurgie endoscopique robotisée à l’hôpital Mount-Sinaï (New York), deux patients se sont révélés inexposables. Les 18 patients restant ont justifié d’une exérèse d’une tumeur T1/T2 d’amygdale, de langue, de la paroi pharyngée postérieure ou supraglottique. Dans cette étude, l’équipe chirurgicale rapporte les temps d’installation par malade, révélant ainsi une courbe rapidement décroissante avec une durée d’installation moyenne aux alentours de 30 minutes dès le sixième cas [25]. L’équipe de l’hôpital universitaire d’Alabama (Birmingham) rapporte son expérience sur 36 patients présentant des tumeurs de la cavité buccale, de l’oropharynx, de l’hypopharynx ou du larynx. Sept patients présentèrent une tumeur inexposable [26]. Les facteurs prédictifs de la non-réalisation du geste sont la taille tumorale (p = 0,01) et la dentition (p = 0,07) [26]. Il n’a pas été précisé si une première sélection avait été effectuée lors d’une endoscopie préopératoire. Dans l’expérience de l’équipe de Philadelphie, cette présélection paraît appropriée compte tenu du très faible nombre de patients exclus en regard d’une mauvaise exposition (trois patients sur 150 cas) [29]. En conclusion et sous réserve d’une simple évaluation préopératoire, la faisabilité de cette technique est particulièrement élevée, mais il faut prévenir le patient des possibilités de réaliser une conversion par voie externe en peropératoire.

Résultats oncologiques

Compte tenu du caractère récent de la mise en place de cette nouvelle technique dans notre domaine, il n’est pas possible d’évaluer les résultats oncologiques à long terme. Cependant, la qualité des marges d’exérèses est un facteur pronostique important dans le contrôle local [30]. Les principaux auteurs rapportent des marges négatives dans la quasi-totalité des cas de leurs séries respectives. Les résultats carcinologiques se sont révélés très satisfaisants (marge in sano 27/29, 96 %) dans une série de 27 patients opérés d’un carcinome de l’amygdale [24]. Aucune marge envahie n’est à déplorer dans la série des 18 patients opérés d’un cancer limité (T1, T2) des VADS par Genden et al. [25]. Pour les 29 patients opérés d’un cancer des VADS de la série de Boudreaux et al., les marges furent négatives dans la totalité des cas [26].

Résultats fonctionnels

Les résultats fonctionnels sont reconnus comme étant l’un des facteurs principaux impactant sur la qualité de vie. Dans l’état actuel de nos connaissances, il n’existe pas d’étude sur un long terme permettant d’évaluer cet aspect. Cependant, les résultats préliminaires sont encourageants.

Les séries précitées [24-26] révèlent un très faible nombre de patients dépendant de la sonde nasogastrique. La série de Genden et al. [25] est particulièrement démonstrative, avec l’absence d’usage d’une sonde nasogastrique avec un accompagnement intensifié orthophonique (18 patients, T1, T2 des VADS). Dans la publication de Boudreaux et al., 13 patients (13/29) justifièrent d’une sonde nasogastrique à l’issue de leur hospitalisation (médiane : 2,9 jours, extrêmes : 1-13 jours). Les facteurs associés avec la dépendance d’une sonde nasogastrique sont l’âge avancé (p = 0,02), une localisation laryngée (p < 0,001) et la taille (p = 0,02) [26].

La réalisation ou pas d’une trachéotomie et sa durée sont régulièrement rapportées par les principales équipes. Un seul patient a justifié d’une trachéotomie non programmée dans la série des 27 cas d’amygdalectomie élargie [24]. Genden et al. ne rapportent aucun cas de trachéotomie (18 patients) [25]. Sept patients nécessitèrent d’une intubation prolongée (48 heures), et un patient a justifié d’une trachéotomie dans une série de 29 patients opérés d’un cancer des VADS [26].

Complications

Les complications liées au geste qui ont été rapportées jusqu’à présent sont mineures. Sur une série de 63 patients traités par chirurgie endoscopique robotisée, par l’équipe de l’hôpital universitaire de Pennsylvanie (Philadelphie), qui concerne un large éventail de tumeurs bénignes et malignes pharyngolaryngées, le temps opératoire, les pertes sanguines et la morbidité sont comparables à une chirurgie par cervicotomie ou à une chirurgie transorale au laser [23]. Dans la majorité des procédures de chirurgie télérobotisée endoscopique, l’estimation de la perte sanguine est très faible (< 200 mL) [32]. Cinq patients sur 27 (19 %), opérés pour un cancer des amygdales, ont développé une complication mineure sans séquelle significative. Ils ont observé un cas de saignement (secondaire ?) justifiant d’un contrôle d’hémostase au bloc opératoire [24]. D’autres études comparables [27, 28, 31] ont des résultats similaires avec, en particulier, l’absence de cas de mortalité, de pneumonie ou de fistule.

Limites et perspectives

Perspectives

Ce nouvel outil appliqué à la chirurgie transorale se révèle très prometteur. Les résultats obtenus par les équipes pionnières [24-26] confirment l’intérêt de cette nouvelle technologie en application chirurgicale ORL par voie transorale. La vision du site opératoire magnifié en trois dimensions, la filtration des tremblements et la très grande mobilité des instruments portés par le robot ont des avantages significatifs (figures 4A, B, C, D) par rapport à la chirurgie transorale classique au laser. La possibilité d’intervenir avec une optique à 30 degrés, tout en conservant les mains libres pour diriger une panoplie d’instruments adaptés à une chirurgie dans une cavité, permet de réaliser des interventions qu’il n’était pas possible de faire par voie transorale jusqu’à présent. Il est probable que de nouveaux champs d’investigation en chirurgie oncologique des VADS vont pouvoir être explorés grâce, notamment, à la possibilité d’utiliser le laser CO2 avec le robot, instrument maintenant routinier en chirurgie ORL endoscopique [25, 33]. Le couplage du système télérobotisé avec un système de navigation, pour le moment expérimental, offre de nouvelles perspectives, en particulier pour l’ablation des tumeurs plus infiltrantes [34]. Deux études précliniques ont évalué la faisabilité de gestes de microanastomose vasculaire à l’aide du système robotisé da Vinci™ [35, 36]. L’emploi de lambeaux libres microanastomosés en chirurgie reconstructrice de la tête et du cou est maintenant très largement diffusé. Terris et al. développent un programme ambitieux sur les applications en chirurgie cervicale du système robotisé da Vinci™ [37-39].

Limites

De nombreuses questions restent en suspend et seront sans doute le champ de recherches futures.

Le robot Da Vinci® a été initialement conçu pour la chirurgie cœlioscopique abdominale et thoracique, les chirurgiens ORL ont réussi à l’utiliser pour la chirurgie transorale, alors qu’il n’a pas été initialement conçu pour cela. Des améliorations ont cependant été apportées grâce à la mise au point d’optiques et d’instruments de diamètre plus petits. Une plus grande miniaturisation de l’instrumentation permettra probablement d’élargir les indications de chirurgie robotique en ORL.

Dans les interventions carcinologiques où l’infiltration tumorale se fait en profondeur, la palpation joue un rôle majeur. L’absence de retour de force des instruments du robot est un inconvénient qui rend actuellement très difficile, voire impossible l’exérèse de lésions infiltrantes de la base de la langue, de la loge amygdalienne et, encore moins, de l’hypopharynx. Avec le retour de force intégré au système, cette fonction pourrait rééquilibrer l’offre « sensorielle » de cet outil pour le moment essentiellement basée sur la vision. Elle permettra d’accroître sensiblement la sûreté du geste et la qualité de la résection.

L’évaluation médicoéconomique de l’utilisation d’un tel outil chirurgical reste à évaluer. Le coût (en dollars) initial d’approximativement 1,5 million, associé à 100 mille dollars de maintenance et 200 dollars par intervention, est un investissement considérable [32]. Le développement rapide de ce nouvel outil (plus de 1 000 hôpitaux équipés à travers le monde, en octobre 2008), avec une offre concurrentielle nécessaire et saine, ce qui n’est pas le cas actuellement, et une utilisation pluridisciplinaire, permet d’envisager raisonnablement une diminution sensible des coûts ces prochaines années [26]. Si les urologues français suivent leurs collègues outre-atlantique (60 % des protastectomies réalisées au robot en 2007), les robots sont amenés à être disponibles dans de nombreux centres, favorisant ainsi une utilisation pluridisciplinaire dont les équipes de chirurgie tête et cou pourront bénéficier.

L’évaluation en termes de sûreté de fonctionnement du robot est également un défi important pour les années à venir, sa disponibilité doit être évaluée. En cancérologie, le délai de prise en charge est un paramètre important de la qualité de celle-ci et se révèle lié à la disponibilité des outils permettant de réaliser un traitement dans de courts délais. La grande complexité en termes d’organisation, de fonctionnement du système da Vinci™, dans un hôpital pluridisciplinaire, est susceptible d’entamer significativement les délais de programmation. La fiabilité correspondant à l’aptitude du robot Da Vinci® à ne pas tomber en panne est également un élément pouvant impacter sur la bonne prise en charge oncologique. Un échec de mise en route ou une panne peropératoire devront pouvoir être gérés avec le minimum de conséquence pour le patient et entraîner un minimum de retard de traitement. Enfin, la qualité du programme de maintenance peut être un facteur tout aussi perturbant. D’une manière générale, des défaillances dans le bon fonctionnement du robot ou bien dans l’organisation de l’emploi de celui-ci peuvent être tout à la fois préjudiciables pour le patient, comme pour le développement de cette nouvelle technique.

Afin de répondre au mieux à certains aspects de sûreté de fonctionnement, le robot a été développé selon un modèle robotisé passif. Le chirurgien reste « seul maître à bord », c’est-à-dire, qu’en toute circonstance, les mouvements du robot sont dictés par le chirurgien. Toujours dans sa conception, ce robot intègre un certain nombre de verrous, lui conférant une grande sûreté intrinsèque. Par exemple, le rappel visuel du « point mort » du bras robotisé permet de positionner au mieux les instruments afin d’annuler tout risque de blessure dentaire. La procédure correspondant au maintien de la console dans la salle d’intervention et la réalisation de l’intervention en double équipe chirurgicale, avec un chirurgien à la console et le second près du malade, a permis de sécuriser les principaux risques liés à la commande à distance du système robotisé [40] (figures 5A, B, C).

Conclusion

Le développement de la télérobotique en chirurgie des VADS est pressenti par les équipes impliquées comme une avancée majeure dans le développement de la spécialité pour les années à venir. Ses qualités intrinsèques, une précision inégalée dans le geste et une liberté de mouvement des instruments chirurgicaux inconnus jusqu’à présent, permettent d’espérer une amélioration significative dans la prise en charge chirurgicale des cancers des VADS. La miniaturisation et le retour de force attendu de l’instrumentation, couplés à des systèmes de visualisation toujours plus performants (système d’optique souple, système de navigation intégré au robot, etc.), seront probablement déterminants dans la vulgarisation de ce nouveau système.

Il est cependant nécessaire de faire une véritable évaluation du service médical rendu par cet outil, très récemment mis en place dans nos hôpitaux et cliniques. Dans notre spécialité, elle se traduit par un effort de coordination nationale des utilisateurs de ce robot, l’établissement d’un registre des patients opérés selon cette technique et la création d’un groupe en France afin de dérouler collectivement un programme de recherche et d’évaluation structuré sur ce thème. Toute avancée technologique d’importance justifie également d’évaluer son utilisation en termes de sûreté de fonctionnement afin que les patients, tout comme les organisations de soins, bénéficient au mieux de cette avancée. La qualité des travaux à venir dans ce domaine est également déterminante afin de rendre populaire cette technique tant au sein du corps médical qu’auprès de nos futurs patients.

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