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Impact de KRAS dans la prise en charge des cancers bronchiques non à petites cellules en 2009 ; facteur pronostique et prédictif ?


Bulletin du Cancer. Volume 96, 57-68, décembre 2009, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2009.0997

Résumé   Summary  

Auteur(s) : D Planchard, Y Loriot, B Besse , Institut Gustave-Roussy, Département de médecine, 39, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif, France, Institut Gustave-Roussy, Laboratoire de recherche translationnelle, 39, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif, France.

Résumé : La protéine KRAS est connue pour jouer un rôle clef dans de nombreuses voies de l’oncogenèse. La présence d’une mutation du gène de KRAS est retrouvée dans 20-30 % des cancers bronchiques non à petites cellules (CBNPC). Ces mutations principalement au niveau des codons 12 et 13 apparaissent être plus fréquentes chez les sujets tabagiques et dans les adénocarcinomes. La protéine mutée est active en l’absence de stimulation et induit une cascade de signalisation en aval responsable du dérèglement cellulaire. Un des axes majeurs de la recherche en oncologie est l’identification de biomarqueurs permettant de prédire l’évolution de la maladie (facteur pronostique) et/ou la sensibilité aux traitements (facteur prédictif). Les mutations de KRAS sont des candidats potentiels, et de nombreuses études ont évalué leur place comme biomarqueur dans le CBNPC. Les résultats apparaissent contradictoires, et la plupart des études sont de nature rétrospective. Les premiers résultats d’études prospectives sont rapportés, notamment avec l’utilisation d’anticorps anti-EGFR. La place précise de KRAS reste à définir, et seules des études prospectives intégrant une analyse systématique de KRAS permettront de clarifier son intérêt dans la prise en charge des patients. À ce jour, son utilisation en routine n’est donc pas validée dans le CBNPC.

Mots-clés : cancers bronchiques non à petites cellules, KRAS, biomarqueur, prédictif, pronostic

ARTICLE

Auteur(s) : D Planchard1,2, Y Loriot1, B Besse1

1Institut Gustave-Roussy, Département de médecine, 39, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif, France
2Institut Gustave-Roussy, Laboratoire de recherche translationnelle, 39, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif, France

Article reçu le 23 Juillet 2009, accepté le 5 Août 2009

Introduction

Le cancer du poumon est une cause majeure de décès par cancer malgré les avancées diagnostiques et thérapeutiques. Le pronostic des malades atteints d’un cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC) reste sombre avec une survie à cinq ans d’environ 15 %. Un certain nombre de facteurs pronostiques indépendants sur la survie ont déjà été identifiés. Il s’agit principalement de l’état général (perfomance status), du stade TNM, de l’âge, du sexe, de l’existence d’une perte de poids, du type histologique, du degré de différentiation et de l’invasion vasculaire [1]. Avec les progrès récents de la biologie moléculaire, la recherche de facteurs pronostiques et prédictifs s’est élargie aux protéines et aux gènes impliqués dans le développement du cancer. La famille des protéines RAS participe à la régulation cellulaire en assurant un relais dans la signalisation entre les récepteurs membranaires et différents effecteurs intracytoplasmiques, contrôlant ainsi divers processus dont la prolifération et la survie cellulaire. Il existe trois gènes RAS humains qui codent pour quatre protéines hautement homologues (85 %) de 21 kDa : HRAS, NRAS, KRAS4A et KRAS4B (épissage alternatif à l’extrémité C-terminale pour ces deux dernières formes). Dans la cellule, les protéines RAS doivent subir des modifications post-traductionnelles de farnésylation (ajout d’un radical hydrophobe sur la partie C-terminale via des farnésyl-transférases) afin de pouvoir s’ancrer à la partie interne de la membrane cytoplasmique où elles seront activées [2]. Cette activation passe par l’échange du GDP (RAS-GDP, état inactif) contre le GTP (RAS-GTP, état actif), ce qui permet de réguler un réseau complexe d’effecteurs en aval des récepteurs membranaires (RAF-MEK-ERK, PI3K-AKT, Rac, RHO, PKC, etc.). La régulation de l’activité est assurée de façon positive par des facteurs d’échanges (type SOS1) en aval des récepteurs membranaires activés tandis que l’inactivation est liée à l’hydrolyse du GTP en GDP par une fonction GTPase. Les protéines RAS possèdent une activité GTPase intrinsèque, qui mène normalement à leur inactivation et au contrôle de la croissance cellulaire [3].

Les protéines RAS ont une implication importante dans l’oncogenèse. Ce rôle prépondérant des protéines RAS dans la carcinogenèse chez l’homme a été particulièrement mis en évidence par le modèle expérimental de Hahn et al. où la présence d’une activation de RAS est l’un des éléments nécessaires à la transformation in vitro de fibroblastes humains [4]. Des mutations activatrices au niveau des gènes RAS ont été identifiées dans la majorité des cancers humains, leur fréquence varie de 0 à 60 % [5]. Les différents gènes RAS sont plus spécifiquement mutés dans différentes tumeurs : KRAS dans les cancers du pancréas, des voies biliaires, de l’endomètre, du col, du côlon et du poumon ; KRAS et NRAS dans certaines hémopathies ; NRAS et HRAS dans les cancers de la vessie et les mélanomes [6, 7]. Dans plus de 95 % des cas, les mutations de KRAS sont retrouvées au niveau des codons 12 et 13 et plus rarement du codon 61 [6, 7]. Il s’agit de mutations ponctuelles (transversion G-T) aboutissant à la perte de l’activité GTPase intrinsèque et à une résistance aux GAP conduisant donc à une accumulation de la forme active RAS-GTP [8, 9]. Les protéines RAS mutées dérégulent les signaux de transduction et confèrent aux cellules des propriétés tumorales de prolifération, survie cellulaire, résistance à l’apoptose, etc. [10]. Dans les CBNPC, les mutations de KRAS ont été principalement décrites chez les patients caucasiens avec un tabagisme. Par ailleurs, il semble exister une forte corrélation entre le nombre de cigarettes fumées et la fréquence des mutations [11, 12]. Le sexe pourrait par ailleurs jouer un rôle comme le démontrent certaines études, montrant que la présence de mutation KRAS est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes, et cela après ajustement à l’exposition au tabac [11, 13]. Sur le plan histologique, les mutations de KRAS sont plus fréquemment retrouvées dans les tumeurs bronchiques de type adénocarcinomes (30 %) que les carcinomes de type épidermoïde (< 5 %) [13, 14]. Une constatation récente consiste en l’association négative apparente entre la présence de mutations KRAS et de mutations du gène EGFR [15]. En effet, plusieurs études ont montré que les mutations EGFR et KRAS sont mutuellement exclusives [15-17].

Un des axes de recherche clinique actuel est d’utiliser certains marqueurs tels que le statut mutationnel de KRAS pour essayer de prédire l’évolution de la maladie et/ou la sensibilité aux traitements (chimiothérapie, radiothérapie, thérapies ciblées, etc.) en espérant obtenir un gain sur la survie des patients. La grande majorité des études sur les biomarqueurs sont des études rétrospectives pour lesquelles il est difficile de conclure.

Facteur pronostique

Il s’agit des facteurs associés au cancer, définis comme caractérisant le patient ou sa pathologie, associés à l’évolution de la maladie et permettant de prédire le devenir du malade indépendamment du traitement reçu. Le critère fréquemment défini est la survie globale des patients. Pour le CBNPC, la classification TNM est un facteur pronostique puissant et reproductible. Parmi les différents autres facteurs pronostiques cliniques, il est retrouvé : le PS, l’âge et le sexe [1]. De nombreux autres facteurs biologiques ont fait l’objet de publications, citons en exemple des facteurs biologiques (valeur du taux de leucocytes, des lactate-déshydrogénases (LDH), de la calcémie, de l’hémoglobine, de l’albumine, etc.), des facteurs tumoraux (l’histologie, le degré de différentiation tumorale, l’envahissement lymphatique ou vasculaire, pourcentage cellules en phase S, Ki67, l’expression VEGF, mutations de l’oncogène Rb et du gène suppresseur de tumeur P53, le taux sanguin de CA125, ou cyfra-21-1…) [18, 19]. À ce jour, malgré de nombreuses études tentant d’identifier des facteurs pronostiques biologiques, aucun facteur simple et reproductible n’a pu être confirmé et validé.

La présence d’une mutation de KRAS a fait l’objet de nombreuses études et a aujourd’hui une place discutée dans le CBNPC (tableau 1). Initialement, les mutations de KRAS ont été décrites comme un marqueur clairement péjoratif sur le pronostic du CBNPC. Une des premières grandes études sur KRAS démontrait le caractère défavorable sur la survie (p = 0,002) et la survie sans récidive (p = 0,038) de la présence de mutations de KRAS chez 69 patients opérés d’un adénocarcinome bronchique [20]. Cette étude a été confirmée par de nombreuses autres études qui ont aussi identifié la présence de mutations de KRAS comme un facteur pronostique péjoratif (tableau 1) [10, 11, 21-28]. Cependant, d’autres études n’ont pas retrouvé de différence sur la survie des patients avec ou sans mutations de KRAS [14, 29-37]. Ainsi, dans une étude récente qui a évalué la présence de mutations de EGFR, de KRAS et de TP53 parmi une cohorte monocentrique de 397 adénocarcinomes bronchiques opérés, il a été constaté qu’aucun des facteurs n’était pronostique [36]. La présence d’une mutation de KRAS était retrouvée chez 32 patients des 254 patients testés (12,6 %). Vingt-sept étaient au niveau du codon 12, deux au niveau du codon 13, et trois au niveau du codon 61. Les résultats sur la survie montrent qu’il existait une tendance pour une moins bonne survie chez les patients qui avaient une mutation de KRAS mais cette différence n’était pas statistique significative (p = 0,218 3). Les mutations de KRAS étaient plus fréquentes chez les patients de sexe masculin (19 %) et chez les fumeurs (18 %) que chez les femmes (6 % ; p = 0,001 8) et les non-fumeurs (6 % ; p = 0,011 4). Ces deux facteurs, le sexe et le tabagisme sont connus pour être des facteurs pronostiques du CBNPC, constituant potentiellement des facteurs confondants notamment en analyse univariée. Aussi, en analyse multivariée, seul le statut non-fumeur (p = 0,031) et le stade tumoral (p < 0,000 1) apparaissaient comme des facteurs indépendants sur la survie. L’étude de Marks et al. s’est intéressée à la recherche de mutations de l’EGFR et de KRAS chez 296 patients opérés pour un adénocarcinome bronchique de stades I-III [37]. La présence d’une mutation KRAS était retrouvée chez 50 patients (17 %). La grande majorité des patients qui avaient une mutation de KRAS était des sujets fumeurs (74 %) et présentait un stade tumoral plus important. En analyse univariée, les patients qui présentaient des mutations de KRAS vivaient moins longtemps que ceux sans mutation (survie à trois ans de 66 % ; IC 95 % : [48-79] ; p = 0,031). Cette différence était cependant non significative après ajustement avec le stade tumoral (p = 0,18). Dans une population identique de 71 adénocarcinomes opérés, Kim et al. retrouvaient la présence d’une mutation de KRAS chez cinq patients (7 %), non associée à la présence d’une mutation de l’EGFR. La présence d’une mutation de KRAS apparaissait comme un facteur de mauvais pronostic sur la survie en analyse uni- et multivariée (p = 0,000 1 et OR = 3,33, p = 0,045 respectivement) [27]. Dans l’étude de Kim et al., la présence d’une mutation de KRAS apparaissait aussi comme un facteur de mauvais pronostic sur la survie (HR : 5,05 ; p = 0,009) et elle était aussi fréquente dans les petits stades (29 %) que dans les stades avancés des CBNPC (27 %) [26].

Deux grandes études de phase III randomisées ont évalué l’impact des mutations de KRAS sur la survie globale ; celles-ci n’apparaissaient pas comme étant des facteurs pronostiques [38, 39]. La première étude comparait un groupe de patients recevant un traitement adjuvant par cisplatine-vinorebline et un groupe de patients uniquement surveillés après chirurgie d’un CBNPC de stades IB, II (482 patients, étude de KRAS chez 450 patients) et la seconde comparait une chimiothérapie seule (carboplatine-paclitaxel) à la même chimiothérapie en association à l’erlotinib dans des CBNPC de stades IIIB-IV (1 079 patients et seulement 274 échantillons tumoraux disponibles). Dans cette dernière étude, la présence d’une mutation de KRAS était significativement associée au statut tabagique (p < 0,01). La présence d’une mutation de KRAS n’apparaissait pas pronostique dans le groupe des patients traités par chimiothérapie seule (temps jusqu’à progression de six mois ; IC 95 % : [4,9-7,1 mois] et une survie de 13,5 mois dans le bras KRAS muté versus un temps jusqu’à progression de 5,4 mois ; IC : 95 % : [4,4-6,1] et une survie de 11,3 mois dans le bras KRAS non muté). Dans la première étude, les mutations de KRAS étaient retrouvées chez 26 % des patients étudiés (117/450 patients) et étaient significativement plus fréquentes chez les sujets de sexe féminin (p < 0,007) et dans les types histologiques adénocarcinomes et carcinomes à grandes cellules (p < 0,001). La présence de mutation de KRAS n’était pas pronostique en analyse uni- ou multivariée (HR = 1,23, IC 95 % : [0,76-1,97] ; p = 0,40).

Seulement deux méta-analyses ayant porté sur le rôle pronostique de KRAS ont été publiées. La première méta-analyse, basée sur une revue de la littérature et ayant inclus seulement huit essais (études publiées avant 1997 et ayant recherché la présence de mutations de KRAS par une technique de PCR uniquement), a conclu à un rôle potentiellement pronostique péjoratif de la présence d’une mutation de KRAS [25]. Sur un total de 881 échantillons tumoraux, la présence d’une mutation KRAS était retrouvée dans 217 tumeurs (25 %). Aucune analyse de sous-groupe selon le type histologique n’était rapportée. Le risque relatif de décès à deux ans associé à la présence d’une mutation de KRAS était de 2,35 (IC 95 % : [1,61-3,22]) par rapport à l’absence de mutation. Les conclusions sont à considérer avec prudence compte tenu de la grande hétérogénéité des résultats des différentes études incluses dans la méta-analyse. Ces résultats sont à confirmer.La seconde méta-analyse, plus récente et plus importante sur revue de la littérature, a porté sur 43 études. Elle montrait que la présence d’une mutation de KRAS est un facteur de mauvais pronostic sur la survie en analyse univariée (HR : 1,35, IC 95 % : [1,16-1,56]) [10]. Sur les 43 études, neuf (20,9 %) montraient la présence d’une mutation de KRAS comme un facteur pronostique péjoratif sur la survie, 31 (72,1 %) concluaient que KRAS n’était pas un facteur pronostique sur la survie, une (2,3 %) rapportait un meilleur pronostic en présence d’une positivité de KRAS en immunohistochimie (IHC) et deux étaient non contributives (4,7 %). Le taux de mutations de KRAS était de 18,4 %. Dans l’analyse de sous-groupe, la valeur pronostique négative d’une mutation de KRAS était observée pour les adénocarcinomes (HR : 1,59 ; IC 95 % : [1,26-2,02]), mais pas pour les carcinomes épidermoïdes. Par ailleurs, la valeur pronostique n’était confirmée que lorsque la recherche des mutations de KRAS était effectuée par la technique de PCR (HR : 1,40 ; IC : 95 % : [1,18-1,65]) et non pas lorsque l’IHC était utilisée (HR : 1,08 ; IC 95 % : [0,86-1,34]). La discussion relevaitle fait que ces résultats étaient à interpréter avec une grande réserve, car d’une part les mutations de KRAS sont plus fréquemment observées dans les adénocarcinomes que dans les carcinomes épidermoïdes (23,1 contre 7,1 %) et d’autre part qu’il pouvait exister un biais de sélection dans les différentes études publiées. En effet, les adénocarcinomes sont plus souvent étudiés que les carcinomes épidermoïdes pour les mutations de KRAS (1 436 contre 280 patients dans la méta-analyse) et les résultats des carcinomes épidermoïdes peuvent être parfois étudiés mais non publiés dans certaines études. Les critères de sélection des patients, d’inclusion ou d’exclusion des échantillons tumoraux des patients non opérables (utilisant seulement les biopsies disponibles) sont différents entre les études et cela retentit sur le stade tumoral étudié. La diversité dans les techniques d’études des mutations de KRAS peut être aussi une source majeure d’hétérogénéité des résultats. Les études par IHC sont en effet difficilement comparables entre elles, car il y a de nombreux anticorps primaires différents utilisés, des protocoles de révélation différents et un niveau de positivité différent entre les études. Les techniques d’études des mutations de KRAS sont également différentes entre elles (polymorphisme de longueur des fragments de restriction-RFLP ou polymorphisme de conformation des simples brins-SSCP) ainsi que le nombre et les codons étudiés (codon 12 seul versus tous les codons connus). Seule la première technique a confirmé un impact statistiquement significatif sur la survie des patients porteurs d’un CBNPC. Seules trois études ont utilisé la technique de SSCP-PCR. Les critères de survie utilisés (survie à deux, trois ou cinq ans, survie sans progression, etc.) affectent aussi les résultats et rendent les comparaisons difficiles.

D’une façon générale, KRAS semble être un facteur pronostique péjoratif dont le rôle est plus important dans les adénocarcinomes, où les mutations sont plus fréquentes. Ces résultats nécessitent une confirmation dans des essais prospectifs avec une analyse multivariée appropriée prenant en compte les différents facteurs pronostiques cliniques ou biologiques connus. Pour une application en clinique, la meilleure méthode d’évaluation des mutations de KRAS doit également être validée et standardisée dans de nouvelles études afin d’établir des résultats reproductibles.

Tableau 1 La présence de mutations de KRAS : facteur pronostique dans le CBNPC.

Étude

Référence

Année

Stade

Nombre de patients

Histologie

Mutations (%)

Méthode de détection

Slebos et al.

[20]

1990

I-IIIA

69

Adénocarcinomes

28

PCR-MSOP

Mitsudomi et al.

[24]

1991

I-IV

66

CBNPC

29

PCR-RFLP

Rosell et al.

[21]

1995

IIIA

44

CBNPC

30

PCR-MSOP

Rosell et al.

[21]

1995

I-IV

192

CBNPC

27

PCR-MSOP

Cho et al.

[22]

1997

I-IIIB

58

CBNPC

24

PCR-SSCP et séquençage

Huang et al.

[28]

1998

I-IIIB

144

CBNPC

8

PCR-SSCP et séquençage

Huncharek et al.

[25]

1999

I-IV

881

CBNPC

25

Divers (méta-analyse)

Nelson et al.

[11]

1999

I-IV

199

Adénocarcinomes

22

PCR-RFLP

Grossi et al.

[23]

2003

I-IIIA

249

CBNPC

19

Séquençage

Mascaux et al.

[10]

2005

I-IV

3620

CBNPC

18

Divers (méta-analyse)

Kim et al.

[27]

2008

I-IV

71

Adénocarcinomes

7

Séquençage

Lim et al.

[26]

2009

I-IV

88 + 133

CBNPC

10 à 24

Séquençage

Facteur prédictif

Les facteurs prédictifs sont définis comme des facteurs qui permettent de prédire la réponse tumorale au traitement. Ils sont dépendants du traitement reçu et nécessitent un groupe témoin pour effectuer une comparaison. Un des objectifs majeurs de l’oncologie réside dans l’identification de ces biomarqueurs qui permettent de franchir une étape cruciale vers l’individualisation thérapeutique. Le caractère prédictif d’une mutation du gène KRAS a été étudié dans de nombreuses études et constitue un bon candidat potentiel notamment pour l’évaluation des nouvelles thérapies ciblées (tableaux 2 et 3).

CBNPC opérés, stades précoces I-III

Les conclusions à ce stade de la maladie sont limitées compte tenu des effectifs réduits des études et de l’hétérogénéité des traitements. Ainsi, Rosell et al. ont analysé le statut mutationnel de KRAS (codons 12, 13 et 61) chez 60 patients randomisés dans une étude de phase III qui comparait un traitement par résection chirurgicale et radiothérapie avec ou sans chimiothérapie d’induction (CBNPC de stades IIIA) [40]. L’addition de la chimiothérapie améliorait la survie des patients (26 versus 8 mois, p < 0,001), mais la présence de mutations KRAS (détectées dans 33 des 44 tumeurs évaluées) n’était pas un facteur prédictif. Cependant, les bras de traitement n’étaient pas équilibrés pour la présence de la mutation KRAS (présente chez 42 % des patients sans chimiothérapie contre 15 % ayant reçu de la chimiothérapie ; p = 0,05), ce qui limite les conclusions de cette étude.

Dans une étude de 40 patients avec un CBNPC de stade III qui recevaient une chimiothérapie et de la radiothérapie avant une résection chirurgicale, 28 prélèvements ont été analysés. La présence d’une mutation au niveau du codon 12 de KRAS (technique PCR-RFLP) était détectée chez 13 patients (46 %) et était plus fréquente dans les adénocarcinomes (6/8 patients) que dans les carcinomes épidermoïdes (7/20 patients) [41]. La présence d’une mutation était associée à une résection incomplète (p = 0,035), une tendance (non significative) vers une moins bonne réponse à la chimioradiothérapie et une survie sans progression moins bonne (médiane de survie de 9 versus 21 mois ; survie sans progression à trois ans de 0 versus 40 % ; p = 0,003). Il n’y avait aucune différence significative sur la survie globale (p = 0,07).

Une étude plus importante a rapporté la présence de mutations de KRAS chez des patients porteurs d’un CBNPC de stades II et IIIA. Dans cette étude de phase III (E3590), les 448 patients bénéficiaient d’une radiothérapie adjuvante et étaient randomisés pour bénéficier ou non de l’association adjuvante d’une chimiothérapie [42]. Il n’y avait aucune différence sur la survie globale entre les deux bras de traitement. L’étude de KRAS a pu être effectuée chez 184 patients (technique PCR-RFLP, codons 12, 13 et 61). La présence d’une mutation KRAS était retrouvée dans 44 cas (24 %), dont la majorité était localisée au niveau du codon 12. Seuls trois parmi les 63 carcinomes épidermoïdes portaient une mutation de KRAS, ce qui contraste avec l’incidence retrouvée pour les adénocarcinomes (33 % ; p < 0,05). La survie médiane des patients avec une mutation (30 mois, IC 95 % : [34-64 mois]) n’était pas différente des patients sans mutation de KRAS (42 mois, IC 95 % : [34-64 mois] ; RR : 0,82 ; IC 95 % : [0,52-1,27] ; p = 0,38). De même, il n’y avait pas de différence pour la survie sans progression. Par ailleurs, il n’existait pas de différence sur la survie globale entre les patients qui avaient une mutation de KRAS et qui recevaient soit l’association de chimiothérapie et de radiothérapie et ceux qui ne recevaient qu’une radiothérapie seule. Cependant, dans le bras chimiothérapie, il y avait une tendance vers une moins bonne survie des patients qui avaient une mutation de KRAS (survie médiane de 24,7 mois pour les 20 patients) comparativement aux patients qui n’avaient pas de mutation (41,8 mois pour les 70 patients, RR non muté versus muté de 0,59 ; IC 95 % : [0,32-1,075] ; p = 0,09). En analyse multivariée, KRAS était à la limite de la significativité (p = 0,066). Seuls l’âge (plus jeune) et le stade tumoral étaient des facteurs pronostiques significatifs.

Par contraste avec les études précédentes qui ont évalué l’impact de KRAS rétrospectivement, l’étude de phase III randomisée JBR10 a étudié le bénéfice de la chimiothérapie adjuvante et des mutations de KRAS de façon prospective. Elle a comparé un bras avec une chimiothérapie adjuvante (cisplatine et vinorelbine) à un bras sans chimiothérapie après résection complète de CBNPC de stades IB et II [43]. Les patients étaient stratifiés en fonction du statut de la mutation de KRAS : muté, non muté, ou inconnu. Cette étude a démontré un avantage de survie absolu de 15 % à cinq ans en faveur de la chimiothérapie adjuvante. Le génotype de KRAS a été évalué chez 450/481 des patients inclus (93 %), et la fréquence des mutations était de 26 % dans les deux bras de l’essai. La présence de mutations de KRAS n’était pas un facteur pronostique sur la survie, mais le bénéfice de la chimiothérapie était plus faible chez les patients qui avaient une mutation de KRAS. Parmi les 333 patients KRAS non mutés, il y avait un bénéfice sur la survie de la chimiothérapie adjuvante (HR : 0,69 ; IC 95 % : [0,49-0,98] ; p = 0,03). En revanche, parmi les 117 patients qui avaient une mutation de KRAS, il n’y avait aucun avantage à une chimiothérapie adjuvante (HR : 0,95 ; IC 95 % : [0,53-1,71] ; p = 0,87). Cependant, le test d’interaction de l’effet de chimiothérapie en fonction du statut mutationnel de KRAS n’était pas significatif (p = 0,29).

Ainsi avec l’ensemble de ces résultats, il n’est à ce jour pas possible de conclure sur le rôle prédictif de KRAS dans les stades précoces opérés de CBNPC.

Tableau 2 La présence de mutations de KRAS : facteur non pronostique dans le CBNPC.

Étude

Référence

Année

Stade

Nombre de patients

Histologie

Mutations (%)

Méthode de détection

Keohavong et al.

[31]

1996

I-IV

127

Adénocarcinomes

32

PCR-DGGE

Siegfried et al.

[29]

1997

I-IV

181

Adénocarcinomes

32

PCR-DGGE

Greatens et al.

[32]

1998

I-IV

101

CBNPC

19

PCR-SSCP

Nemunaitis et al

[33]

1998

I-IV

103

Adénocarcinomes

32

Séquençage

Kwiatkowski et al.

[34]

1998

I

242

CBNPC

26

Séquençage

Graziano et al.

[14]

1999

I-II

213

CBNPC

16

PCR-MSOP

Schiller et al.

[42]

2001

II-IIA

184

CBNPC

24

PCR-RFLP

Broermann et al.

[41]

2002

III

28

CBNPC

46

PCR-RFLP

Ramirez et al.

[30]

2003

I-IV

50

CBNPC

18

PCR-PIREMA et Séquençage

Lu et al.

[35]

2004

I

94

CBNPC

34

PCR-PIREMA et Séquençage

Eberhard et al.

[38]

2005

IIIB-IV

274

CBNPC

21

Séquençage

Hirsch et al.

[53]

2006

I-IV

152

CBNPC

7,9

Séquençage

Tsao et al.

[39]

2007

IB-IIB

450

CBNPC

26

PCR-ASOH

Marks et al.

[37]

2008

I-III

296

Adénocarcinomes

17

Séquençage

Kosaka et al.

[36]

2009

I-IV

254

Adénocarcinomes

12,6

Séquençage



Tableau 3 La présence de mutations de KRAS : facteur prédictif dans le CBNPC.

Étude

Référence

Année

Stade

Traitement

Nombre de patients

Histologie

Mutations (%)

Méthode de détection

Valeur pronostique sur la survie

Rosell et al.

[40]

1994

IIIA

CT/C/RT ou C/RT

44

CBNPC

30

PCR-ASOH

NS

Broermann et al.

[41]

2002

III

CT/RT/C

46

CBNPC

46

PCR-RFLP

NS

Schiller et al.

[42]

2001

II-IIIA

C ± CT/RT

184

CBNPC

24

PCR-RFLP

NS

Winton et al.

[43]

2005

IB-II

C ou C/CT

450

CBNPC

26

PCR-ASOH

NS

Rodenhuis et al.

[44]

1997

IIIB-IV

CT

62

Adénocarcinomes

26

PCR-ASOH

NS

Camps et al.

[45]

2005

IIIB-IV

CT

67

CBNPC

30

Séquençage

NS

Eberhard et al.

[38]

2005

IIIB-IV

CT ± TKI

274

CBNPC

21

Séquençage

Significatif

Massarelli et al.

[49]

2007

IIIB-IV

TKI

70

CBNPC

22,8

Séquençage

NS

Tsao et al.

[39]

2007

IB-II

CT ou surveillance

450

CBNPC

26

PCR-ASOH

NS

Kim et al.

[27]

2008

I-IV

CT ou TKI

275

CBNPC

18

Séquençage

NS

Zhu et al.

[50]

2008

I-IV

TKI ou placebo

206

CBNPC

15

Séquençage

NS

Mack et al.

[64]

2009

IIIB-IV

S0342 : CT + Ac anti-EGFR S0536:CT + Ac anti-EGFR + BVZ

45 + 26

CBNPC et adénocarcinomes

24 et 23

Séquençage

NS

Pircker et al.

[62]

2009

IIIB-IV

CT ± Ac anti EGFR

395

CBNPC

19

LNA-mediated qPCR

NS

Khambata-Ford et al.

[63]

2009

IIIB-IV

CT ± Ac anti EGFR

225

CBNPC

17

Séquençage

NS

CBNPC de stades avancés, non résécables (IIIB/IV)

Traitement par chimiothérapie

Deux études dans les stades avancés de CBNPC suggèrent que KRAS n’est pas un facteur prédictif significatif. Rodenhuis et al. ont étudié la présence des mutations KRAS chez 62 patients traités par chimiothérapie pour un CBNPC à un stade avancé [44]. La présence d’une mutation KRAS était retrouvée chez 26 % des patients. Le taux de réponse objectif était de 19 % chez les patients qui avaient une mutation de KRAS, contre 26 % chez les patients sans mutation de KRAS (p = 0,486). Il n’existait pas de différence significative sur la survie globale ni sur la survie sans progression des patients mutés ou non KRAS. L’étude de Camps et al. a étudié la présence de mutations de KRAS (technique PCR-RFLP) sur l’ADN circulant prélevé à partir de sérum de patients porteurs d’un CBNPC [45]. La présence d’une mutation au niveau du codon 12 de KRAS était retrouvée chez 30 % des 67 patients traités avec de la gemcitabine et un sel de platine. Les résultats montraient une tendance non significative vers une meilleure survie sans progression des sujets qui avaient une mutation de KRAS (survie médiane sans progression de 7,3 mois pour les patients KRAS mutés contre 5,5 mois pour les patients non mutés, p = 0,23). Il n’existait pas de différence sur la survie (survie médiane de 12,5 mois (IC 95 % : [9,1-15,8]) et de 11,4 mois (IC 95 %  [7,4-15,3]) entre ces deux groupes de patients, p = 0,28).

Bien que ces études soient avec une faible puissance statistique et n’aient pas été réalisées dans des populations randomisées et de manière prospective, les résultats suggèrent que l’impact des effets engendrés par une mutation de KRAS soit trop faible pour avoir une utilité dans la pratique clinique chez les patients traités avec un traitement standard par chimiothérapie.

Traitement par inhibiteur de l’EGFR

Le traitement avec une molécule inhibitrice tyrosine-kinase de l’EGFR (TKI) tel que l’erlotinib peut améliorer la survie des patients avec un CBNPC à un stade avancé qui progressent après un traitement de première ligne par chimiothérapie [46]. Compte tenu que KRAS est une protéine de signalisation en aval du récepteur de l’EGF, l’activation par mutation de KRAS pourrait faciliter la résistance aux antagonistes de l’EGFR. Plusieurs études ont rapporté l’association entre la présence d’une mutation de KRAS et le manque de sensibilité aux inhibiteurs TKI de l’EGFR dans le traitement du CBNPC [16, 47].

Eberhard et al. ont réalisé une analyse rétrospective des mutations de KRAS dans un sous-groupe de 274 patients avec un CBNPC, qui avaient été randomisés pour recevoir une chimiothérapie associée soit à de l’erlotinib, soit à un placebo (étude TRIBUTE) [38]. La présence d’une mutation de KRAS était retrouvée dans 21 % des tumeurs analysées (55/264 patients). Elles étaient localisées au niveau de l’exon 12 (51/55 patients) et l’exon 13 (4/55 patients). La présence d’une mutation KRAS était associée à une diminution de la survie chez les patients traités par l’association erlotinib-chimiothérapie (survie de 4,4 mois; IC 95 % : [3,4-12,9 mois]) par rapport aux patients KRAS mutés qui ont reçu la chimiothérapie seule (survie de 13,5 mois ; IC 95 % : [11,1-15,9 mois]) et aux patients qui n’étaient pas mutés pour KRAS et qui ont reçu de la chimiothérapie seule (survie de 11,3 mois ; IC 95 % : limite inférieur de 9,1 mois), ou associée avec de l’erlotinib (survie de 12,1 mois ; IC 95 % : [9,2-15,6 mois] ; p = 0,019). Parmi les patients qui avaient la mutation de KRAS, le risque relatif de décès des patients traités par l’association de l’erlotinib avec la chimiothérapie était de 2,1 (IC 95 % : [1,1-3,8]). Ces données doivent être interprétées avec prudence compte tenu du très faible nombre de patients étudiés pour la mutation de KRAS de cette étude (25 patients traités avec l’association erlotinib-chimiothérapie et 30 avec de la chimiothérapie seule) et sur l’absence de raisonnement scientifique clair sur cet effet délétère de l’association de l’erlotinib à la chimiothérapie chez les patients avec une mutation de KRAS. Dans l’étude de Massarelli et al., 73 patients qui avaient reçu un traitement par inhibiteur TKI de l’EGFR (gefitinib ou erlotinib) dans le même centre ont été étudiés [49]. La présence d’une mutation de KRAS était retrouvée chez 22,8 % des patients. La présence d’une mutation de KRAS était associée avec une progression tumorale (p = 0,04) et un temps jusqu’à progression (p = 0,002 5) plus péjoratifs mais sans différence sur la survie. Les patients qui avaient une mutation de l’EGFR et une augmentation du nombre de copies de l’EGFR avaient plus de 99,7% de chance d’avoir une réponse objective sous inhibiteur de TKI, alors que s’ils avaient une mutation de KRAS avec ou sans augmentation du nombre de copies de l’EGFR, ils avaient plus de 96,5 % de risque de progresser.

Plus récemment, une étude de sous-groupe de 206 patients qui avaient un statut de KRAS connu a été réalisée à partir de l’étude de phase III BR21 (731 patients randomisés au total). Cette étude a démontré l’efficacité de l’erlotinib en deuxième ou troisième ligne thérapeutique du CBNPC [50]. Trente tumeurs avaient une mutation de KRAS (15 %) au niveau de l’exon 12 ou 13 (22 dans le groupe erlotinib et huit dans le groupe placebo). Les résultats montrent un taux de réponse de 10 % quand la tumeur n’était pas mutée KRAS et de 5 % pour les tumeurs KRAS mutées respectivement (p = 0,69). Le risque relatif du bénéfice sur la survie chez l’ensemble des 206 patients était de 0,77 (IC 95 % : [0,57-1,06] ; p = 0,06), de 0,69 (IC 95 % : [0,9-0,97] ; p = 0,03) chez les patients non mutés KRAS et de 1,67 (IC 95 % : [0,62-4,50] ; p = 0,31) chez les patients mutés, avec un test d’interaction à la limite de la significativité (p = 0,09). Dans un modèle de régression de Cox, incluant l’ensemble des biomarqueurs, l’amplification de l’EGFR apparaissait pronostique sur la survie (p = 0,005) et prédictif d’un bénéfice sur la survie de l’erlotinib (p = 0,009) mais la présence de mutations de KRAS n’était pas significativement pronostique ou prédictive. Les auteurs concluaient que les tumeurs qui ont une mutation de KRAS ne semblent pas tirer de bénéfice d’un traitement par inhibiteur de TK (type erlotinib) mais le faible nombre de patients étudiés ne permet pas de le confirmer et nécessite des études complémentaires [51]. L’étude ISEL (1 692 patients) qui comparait sur le même profil de population un traitement par gefitinib à un placebo n’a pas montré de différence significative entre les deux groupes (survie globale de 5,6 mois pour le bras gefitinib versus 5,1 mois pour bras placebo ; HR : 0,89, IC 95 % : [0,77-1,02] ; p = 0,087) [52]. L’étude de biomarqueurs (EGFR, KRAS, BRAF) a permis d’évaluer la présence de mutations de KRAS sur 152 prélèvements [53]. La présence de mutations de KRAS était retrouvée chez 7,9 % des patients étudiés. Aucun des six patients qui avaient une mutation de KRAS et qui recevaient du gefitinib n’a eu de réponse tumorale objective (taux de réponse de 0 %, IC 95 % : [0-39,3]), alors que sept des 87 patients qui n’avaient pas de mutation de KRAS et qui recevaient du gefitinib ont présenté une réponse tumorale objective (taux de réponse 8 %, IC 95 % : [3,3-15,9]). Cependant, encore une fois, le trop faible nombre d’analyses tumorales de KRAS ne permet pas de conclure définitivement quant à l’impact de KRAS.

Dans l’étude INTEREST publiée en 2008, 1 466 patients qui progressaient après une première ligne de traitement pour un CBNPC à un stade avancé étaient randomisés entre un traitement par docetaxel (n = 710) à un traitement par gefitinb (n = 723) [54]. Les résultats confirment une non-infériorité sur la survie du traitement par gefitinib versus docetaxel (HR : 1,020, IC 95 % : [0,905-1,150]). Une étude de biomarqueurs a été possible à partir de 553 prélèvements de patients (au moins un biomarqueur analysable chez 453 patients). Pour l’étude des mutations de KRAS, 49 tumeurs avaient une mutation et 226 tumeurs n’étaient pas mutées. Les résultats ne retrouvent aucune différence significative sur la survie en fonction de l’expression d’EGFR (test d’interaction, p = 0,87), de mutations de l’EGFR (p = 0,59) et de mutations de KRAS (p = 0,51).

Une méta-analyse récente sur données publiées (17 études sélectionnées) va dans le sens d’une faible probabilité de réponse tumorale aux inhibiteurs oraux de l’EGFR en cas de présence d’une mutation de KRAS [55]. Une analyse de sous-groupe (Caucasiens versus Asiatiques, erlotinib versus gefitinib, première ligne traitement versus > 1, critère d’évaluation RECIST versus WHO, biais sélection versus pas de biais sélection) ne montre pas de différence significative entre eux renforçant la valeur prédictive négative de KRAS.

Enfin, différentes études suggèrent que la présence de mutations de l’EGFR et de KRAS sont mutuellement exclusives [15-17, 53, 56]. Les mutations de l’EGFR sont prédictives de la réponse tumorale dans différentes études et probablement du bénéfice sur la survie des traitements par inhibiteurs de l’EGFR [51, 57, 58].

L’étude randomisée de phase III FLEX a démontré le bénéfice de l’association d’un anticorps monoclonal dirigé contre l’EGFR (le cetuximab) à une chimiothérapie type cisplatine-vinorelbine chez les patients dont les tumeurs exprimaient EGFR en IHC [59]. Dans les tumeurs coliques, la présence d’une mutation de KRAS apparaît clairement comme un facteur prédictif de l’absence de bénéfice d’un traitement par un anticorps monoclonal anti-EGFR [60, 61]. L’étude du statut mutationnel de KRAS des patients de l’étude FLEX a été présentée récemment au congrès de l’Asco 2009 [62]. Dans cette étude complémentaire, la présence de mutations de KRAS n’apparaît pas être prédictive. Ces résultats sont retrouvés dans une autre étude randomisée de phase III qui comparait carboplatine-paclitaxel ± cetuximab et dans deux autres études de phase II du cetuximab en première ligne (SWOG S0342 : carboplatine-paclitaxel + cetuximab en séquentiel ou concomitant et S0536 : carboplatine-paclitaxel-cetuximab-bevacizumab) [63, 64]. Il n’est pas démontré de différence sur la survie sans progression et/ou la survie globale en fonction du statut mutationnel de KRAS. Ainsi, ce qui est démontré dans le côlon ne l’est pas dans le poumon.

Les résultats d’études prospectives randomisées en cours, avec inhibiteurs de l’EGFR en monothérapie, devraient nous permettre d’avancer sur le rôle prédictif de l’amplification de l’EGFR, des mutations EGFR et de KRAS.

Conclusion

Les différentes données biologiques et cliniques nous montrent la complexité qui existe entre la fonction de la protéine KRAS sauvage et ses formes mutées dans le CBNPC [65, 66]. La protéine KRAS joue un rôle oncogénique clef dans la dérégulation cellulaire, et la présence de mutations est responsable d’une prolifération cellulaire non contrôlée et d’une survie cellulaire anormale. La présence de mutations de KRAS apparaît fortement liée au tabagisme et au type histologique qu’est l’adénocarcinome mais beaucoup de questions restent encore en suspend. Les données actuelles apparaissent contradictoires quant à son rôle pronostique et prédictif dans le CBNPC. Les résultats des différentes études publiées restent d’interprétation difficile et à prendre avec prudence compte tenu du caractère rétrospectif pour la quasi-totalité des études, de l’hétérogénéité des populations de patients évalués, de la variabilité des techniques d’analyse des mutations et enfin du pourcentage limité d’échantillons tumoraux disponibles au sein de chaque étude. L’évaluation rigoureuse de l’impact des mutations de KRAS sur le pronostic et l’efficacité des traitements doit passer par des études prospectives. Les premiers résultats d’études randomisées de phase III, étudiant l’impact des mutations de KRAS sur un traitement par un anticorps monoclonal anti-EGFR comme le cetuximab, montrent qu’elles n’apparaissent pas prédictives du bénéfice thérapeutique dans le CBNPC.

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