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Chimiothérapie de première ligne des adénocarcinomes ovariens de stades avancés


Bulletin du Cancer. Volume 96, Numéro 12, 1207-13, décembre 2009, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2009.0987

Résumé   Summary  

Auteur(s) : C Lhommé, C Even, P Morice, C Balleyguier, MC Petrella, S Gouy, C Uzan, P Duvillard, P Pautier , Institut Gustave-Roussy, Comité de gynécologie, 39, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif, France.

Résumé : Le traitement des adénocarcinomes ovariens de stades évolués, les plus fréquents, associe chirurgie et chimiothérapie. Le protocole standard actuel associe le carboplatine et le paclitaxel. Malgré ce traitement, les rechutes sont fréquentes, et le pronostic reste donc très réservé. Les axes de recherche actuels visent à la fois à améliorer l’efficacité des traitements et à diminuer leur toxicité. Ainsi, les différents essais se sont intéressés à l’utilisation d’autres cytotoxiques ayant fait preuve d’efficacité dans le cadre des rechutes soit en bithérapie, soit en association au standard actuel, ou à l’administration de la chimiothérapie par voie intrapéritonéale (IP). Ils ont également exploré la possibilité de poursuivre la séquence thérapeutique par un traitement de maintenance ou de consolidation. Comme pour de nombreuses pathologies cancéreuses, les thérapies ciblées, notamment les antiangiogéniques, représentent un espoir d’amélioration de l’efficacité de la prise en charge thérapeutique des cancers de l’ovaire.

Mots-clés : AGO, Arbeitsgemeinschaft Gynaekologische Onkologie, GINECO, Groupe d’investigateurs nationaux pour l’étude des cancers ovariens, NSGO, Nordic Society Gynecologic Oncology, EORTC, European Organisation for Research and Treatment of Cancer, NCIC, National Cancer Institute of Canada, ICON, International Collaborative Ovarian Neoplasm, GOG, Gynecologic Oncology Group, MRC, Medical Research Council, NS, non siginficatif, GEICO, Spanish Group for Research on Ovarian Cancer

ARTICLE

Auteur(s) : C Lhommé, C Even, P Morice, C Balleyguier, MC Petrella, S Gouy, C Uzan, P Duvillard, P Pautier

Institut Gustave-Roussy, Comité de gynécologie, 39, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif, France

Article reçu le 29 Juin 2009, accepté le 14 Octobre 2009

Introduction

Le diagnostic des adénocarcinomes ovariens est fait dans plus de 75 % des cas à un stade avancé de la maladie (stades IIB à IV). Par ailleurs, près de la moitié des malades ayant une tumeur initialement localisée rechutent après le traitement initial et doivent alors recevoir une chimiothérapie. La médiane de survie est passée de 24 mois, dans les années 1986, à 57 mois en 2003 (introduction du cisplatine, puis du paclitaxel), puis à environ 65 mois en 2005 chez les patientes ayant eu une chirurgie optimale, suivie d’une chimiothérapie intrapéritonéale (IP) [1]. Cependant, le pronostic reste globalement très réservé pour cette maladie initialement chimiosensible, mais exceptionnellement chimiocurable en cas de stades évolués, et pour lesquels la chirurgie optimale (résidu nul) est loin d’être toujours possible. L’identification de marqueurs pronostiques et prédictifs de réponse au traitement est importante pour optimiser la prise en charge thérapeutique de chaque patiente [2]. De nombreux axes de recherche se sont développés pour continuer à améliorer la survie globale, mais également réduire et/ou retarder la survenue des rechutes.

Protocoles standard actuels de chimiothérapie intraveineuse

Le problème des places respectives de la chirurgie de réduction tumorale et de la chimiothérapie initiale (chirurgie d’emblée ou chirurgie après trois cures en cas de réduction optimale initiale impossible) est abordé dans le chapitre sur la chirurgie publié également dans ce numéro du Bulletin du cancer.

Les modalités et les indications de la chimiothérapie sont décrites dans l’actualisation 2008 des Standards, Options et Recommandations (SOR) [3] :

  • pour les stades IA ou IB avec facteurs de mauvais pronostic ou IC ou IIA une chimiothérapie intraveineuse à base de sels de platine pour un minimum de trois cures est recommandée. Pour les stades IIB, IIC sans résidu macroscopique, six cures à base de platine sont alors requises. À noter qu’étant donné, entre autres, le faible nombre de tumeurs localisées il y a très peu d’essais de phase III et de méta-analyses nous aidant à conclure sur ce point. Les données décrites dans la suite de l’article concernent donc principalement les tumeurs de stades III et IV qui correspondent le plus souvent aux critères d’inclusion dans les essais thérapeutiques ;
  • pour les tumeurs de stades III et IV, l’association carboplatine-paclitaxel est considérée par la grande majorité des équipes comme le traitement standard en première ligne dans les cancers de l’ovaire évolués. Cela repose sur le résultat de deux études qui avaient montré la supériorité de l’association cisplatine-paclitaxel sur celle cisplatine-cyclophosphamide (protocole GOG 111 et EORTC-NCIC OV10) [4, 5]. Puis trois études ont montré que l’association carboplatine-paclitaxel donnait des résultats au moins équivalents à l’association cisplatine-paclitaxel avec un meilleur index thérapeutique, étant donné la moindre toxicité du carboplatine par rapport au cisplatine (très nette amélioration de la qualité de vie pendant le traitement ; protocole GOG 158 et protocole AGO) [6-8]. Lorsqu’il est associé au carboplatine, le paclitaxel doit être administré sur trois heures. Il n’est pas possible de recommander une seule posologie de carboplatine, les schémas utilisés dans les études de phase III étant très différents (AUC allant de 5 à 7,5). Le protocole recommandé associe donc à j1 carboplatine (AUC ≥ 5) et paclitaxel (175 mg/m2, sur trois heures), en ambulatoire, les cycles étant répétés toutes les trois semaines, pour un minimum de six cures ;
  • par ailleurs, l’étude ICON 3 (2 074 malades) n’a pas mis en évidence de différence significative en termes de survie sans récidive (SSR) ni de survie globale, entre les deux bras de la randomisation (premier bras de randomisation : carboplatine seul ou association cisplatine-adriamycine-cyclophosphamide, deuxième bras de randomisation : association carboplatine-paclitaxel), ni en comparant carboplatine seul et l’association carboplatine-paclitaxel [9]. De ce fait, quelques équipes gardent le carboplatine en monothérapie comme traitement standard. Une méta-analyse à partir des données des cinq grands essais de phase III, évaluant l’impact du paclitaxel associé au platine en première ligne (GOG 111, GOG 132, GOG 114, EORTC-NCIC OV10, ICON 3), conclut au bénéfice de l’association platine-paclitaxel (IC 95 % : [0,79-0,94]). Le carboplatine en monothérapie est une alternative particulièrement intéressante pour les patientes dont l’état physiologique est précaire. Si le carboplatine est administré seul en première ligne, il est recommandé d’administrer un taxane lors des rechutes ;
  • points particuliers : la majorité des tumeurs sont de type séreux ou endométrioïdes. Peu d’études se sont focalisées sur les tumeurs mucineuses ou à cellules claires qui ont manifestement un comportement biologique et une chimiosensibilité différents. Jusqu’à présent, les mêmes protocoles de chimiothérapie (carboplatine-paclitaxel) leur sont appliqués. En ce qui concerne les tumeurs mucineuses, une des questions est de savoir s’il faut ou non continuer à traiter ces tumeurs selon les protocoles des tumeurs séreuses ou selon ceux des tumeurs digestives. Pour les tumeurs à cellules claires, un essai japonais randomisé de phase III, sous l’égide du JGOG (GCIG/JGOG 3017), vient de démarrer, testant l’efficacité et la toxicité de l’association cisplatine-irinotécan, comparée au standard carboplatine-paclitaxel.

Comment augmenter l’efficacité et/ou réduire la toxicité de la chimiothérapie initiale ?

D’autres sels de platine et/ou d’autres taxanes peuvent-ils être utilisés ?

Une seule étude randomisée, comportant un faible nombre de patientes, a comparé l’efficacité et la toxicité de l’oxaliplatine à celle du cisplatine associé à la cyclophosphamide. Il n’a pas été mis en évidence de différence d’efficacité, mais l’effectif est faible. Les profils de toxicité sont différents. L’oxaliplatine peut être utilisé en cas d’allergie au carboplatine (situation rare en première ligne de traitement) [10, 11]. En ce qui concerne le docétaxel, une seule étude publiée [12] (1 077 malades) ne montrait pas de différence d’efficacité entre les associations carboplatine-placlitaxel et carboplatine-docétaxel. Les profils de toxicités étaient différents, avec notamment une moindre toxicité neurologique dans le bras docétaxel. Il s’agit donc d’une association intéressante à proposer chez des patientes présentant déjà une neuropathie d’une autre étiologie ou à haut risque d’en développer (par exemple en cas de diabète).

Autres bithérapies ?

En cas de rechute, plusieurs molécules ont déjà montré une efficacité certaine soit en monothérapie, soit en association avec un sel de platine en cas de rechute sensible au platine. Plusieurs essais de phase III les ont comparés au carboplatine seul ou associé au paclitaxel. Différentes études de phase III sont en cours ou ont eu leurs résultats préliminaires présentés.
  • Caelyx® : lors de l’ASCO 2009, ont été présentés les résultats préliminaires de l’étude MITO-2 [13] comparant, chez 820 patientes, carboplatine (AUC5)-paclitaxel (175 mg/m2 par semaine sur trois heures) et carboplatine (AUC5)-Caelyx® (30 mg/m2 par trois semaines) à six cures. Les taux de réponse sont similaires dans les deux groupes, mais les profils de toxicité sont différents : plus de toxicité hématologique, mais absence d’alopécie avec le Caelyx®. Il ne s’agit que de résultats préliminaires qui devront être confirmés sur les données de SSR et de survie globale ;
  • gemcitabine : les résultats préliminaires d’une étude de phase III (449 patientes), présentée à l’ASCO 2008, comparant l’association gemcitabine (1 000 mg/m2 j1, j8)-carboplatine à l’association carboplatine-paclitaxel, montraient des taux de réponse comparables. Les profils de toxicités étaient différents, la toxicité hématologique était plus fréquente dans le bras avec la gemcitabine, alors que la neurotoxicité et l’alopécie étaient plus fréquentes dans le bras paclitaxel [14] ;
  • paclitaxel hebdomadaire : une étude de phase II testant le paclitaxel hebdomadaire en deuxième ligne (129 malades) [15] a mis en évidence des taux de réponse semblant très intéressants et une médiane de survie sans progression de 21 mois. Les conclusions sont identiques au vu des résultats de l’étude de Safra et al. [16]. Le carboplatine et le paclitaxel étaient administrés tous les deux en hebdomadaire. Un essai randomisé de phase III a été publié récemment comparant chez 631 malades le carboplatine (AUC6) associé soit au paclitaxel 180 mg/m2 sur 3 heures toutes les 3 semaines, soit au paclitaxel 80 mg/m2 sur 1 heure hebdomadaire. Les résultats montrent un bénéfice en survie sans progression en faveur du bras avec le paclitaxel hebdomadaire (28 mois) par rapport au paclitaxel toutes les 3 semaines (17,2 mois) (p = 0,001 5). Ce bénéfice est retrouvé aussi pour la survie globale à 3 ans en faveur du bras paclitaxel hebdomadaire (72,1 %) par rapport au paclitaxel toutes les 3 semaines (65,1 %) (p = 0,03). Les profils de toxicité sont comparables en dehors des anémies grade 3 et 4 un peu plus fréquentes avec le paclitaxel hebdomadaire [17].

Ajouter un autre cytostatique (trois substances) ?

La mise à disposition de médicaments actifs, mais de profils de toxicité différents, et la bonne tolérance globale de l’association carboplatine-paclitaxel, mais dont les résultats sont insuffisants, ont abouti à la mise en place d’essais randomisés évaluant l’efficacité et la toxicité de l’association d’un autre cytotoxique au protocole standard soit de façon concomitante, soit en séquentiel. Sept essais [18-24] totalisant 10 658 patientes ont été menés en ajoutant soit de l’épirubicine, soit de la gemcitabine, soit du Doxil®, soit du topotécan (voir tableau 1). Aucun essai n’a montré de bénéfice en termes d’efficacité, mais une majoration de la toxicité dans le bras avec trithérapie. Il n’y a donc pas d’indication à ajouter un troisième cytotoxique à l’association carboplatine-paclitaxel.

Tableau 1 Essais comparant l’association standard carboplatine-paclitaxel à une association de trois cytotoxiques.

Groupes

Bras standard

Bras expérimentaux

Nombre (patientes incluses)

Bénéfice

AGO/GINECO [18]

Paclitaxel–carboplatine (TC)

TC Épirubicine

1 282

NS

NSGO/EORTC NCIC CTG [19]

Paclitaxel-carboplatine (TC)

TC Épirubicine

888

NS

GOG/MRC ICON [20]

Paclitaxel-carboplatine (TC)

TC Gemcitabine TC Caelyx® Gemcitabine C puis TC Topotécan C puis TC

4 312

NS

Bolis [21]

Paclitaxel-carboplatine (TC)

TC Topotécan

326

NS

NCIC CTG EORTC/GEICO [22]

Paclitaxel-carboplatine (TC)

Cisplatine, topotécan puis TC

800

NS

AGO/GINECO NSGO [23]

Paclitaxel-carboplatine (TC)

TC Gemcitabine

1 742

NS

AGO/GINECO [24]

Paclitaxel-carboplatine (TC)

TC puis topotécan en consolidation

1 308

NS

Voie IP

L’administration de la chimiothérapie par voie IP semble théoriquement très intéressante pour les cancers de l’ovaire qui restent longtemps confinés dans la cavité péritonéale. Tout l’intérêt réside dans la possibilité d’obtenir de fortes concentrations de la substance à la surface des tumeurs situées dans la cavité abdominopelvienne, tout en limitant sa concentration plasmatique, conditionnant la toxicité systémique [25].

Sept études randomisées (sur des nombres variables de malades, pas toujours suffisants pour conclure) ont évalué son efficacité en première ligne [26-32]. Des résultats en faveur de la chimiothérapie IP avaient été rapportés par Markman et Alberts, mais malgré ces résultats, la chimiothérapie IP n’était pas jusqu’alors considérée comme un standard en première ligne de traitement [33]. Cette question a de nouveau été d’actualité depuis la publication de l’essai du GOG 172 de phase III, comparant : cisplatine + paclitaxel i.v. (j1) à paclitaxel i.v. (j1) + cisplatine IP (j2) + paclitaxel IP (j8), publié dans le New England journal of medecine en 2006, concluant à la supériorité de la voie IP dans les cancers de l’ovaire avancés avec résidu postopératoire minime [32]. En effet, il existe non seulement un gain en termes de SSR (23,8 versus 18,3 mois, p = 0,05) mais aussi de survie globale (65,6 versus 49,7 mois, p = 0,003). Ce gain de survie globale de 16 mois est capital quand on sait la durée médiane de survie de ces malades. Ces résultats positifs en faveur de la voie IP ont été confirmés dans deux méta-analyses. La première [34], réalisée à partir des données de 1 819 patientes incluses dans huit essais de phase III, conclut au bénéfice de la chimiothérapie IP : augmentation de la SSR (HR = 0,79 ; IC 95 % : [0,69-0,90]) et de la survie globale (HR = 0,79 ; IC 95 % : [0,70-0,90]). La seconde méta-analyse a analysé le bénéfice de la chimiothérapie dans les cancers de l’ovaire en général [35], à partir des résultats de 60 études totalisant 15 000 patientes. Le bénéfice obtenu avec la chimiothérapie IP initiale est aussi important que celui apporté par l’introduction des sels de platine ou des taxanes dans les cancers de l’ovaire.

Ce bénéfice en termes d’efficacité se fait cependant au prix d’une toxicité notable, importante (neurologique, hématologique, infectieuse, douleurs abdominales, troubles digestifs, complications des cathéters) et de difficultés logistiques pour les équipes réalisant ces traitements. Seules 42 % des six cures dans le bras IP ont pu être administrées. Tout cela explique, en partie, les difficultés pour mettre en place cette technique dans la pratique quotidienne et les controverses ayant fait suite à la publication de ces résultats.

Cependant, les données de cet essai du GOG ont fait intégrer pour certains la chimiothérapie IP dans les standards pour les tumeurs de stade III ou IV pleuraux ayant bénéficié d’une chirurgie de réduction maximale [option dans les SOR 2008]. C’est le schéma et les indications retenues dans le protocole GOG 172 qui sont souvent utilisés en pratique quotidienne et comme bras de référence dans les essais.

De nombreux points restent en cours d’exploration : comment améliorer les techniques (par exemple : première cure sans IP en cas de résection digestive) ? Quelles indications ? Combien de cycles ? Quel est le meilleur protocole à proposer aux patientes ?

Plusieurs études de phase II tentent de déterminer un protocole aussi efficace, mais moins toxique. Quelques exemples : suppression du j8 de paclitaxel IP, réduction du nombre de cycles IP, introduction du bevacizumab IP, remplacement en intrapéritonéal du cisplatine par le carboplatine. Ainsi, l’essai de phase III, en cours (GOG 252) à trois bras, compare carboplatine i.v.-paclitaxel i.v. au bras expérimental du GOG 172 (cisplatine + paclitaxel i.v. [j1] à paclitaxel i.v. [j1] + cisplatine IP [j2] + paclitaxel IP [j8]) et à l’association carboplatine IP-paclitaxel i.v., avec l’ajout dans les trois bras du bevacizumab.

Prolonger la durée du traitement ?

Chez les patientes en rémission complète à la fin du traitement initial, existe-t-il un intérêt à prolonger le traitement initial soit en utilisant les mêmes molécules mais en utilisant des schémas différents, soit en utilisant de nouvelles modalités thérapeutiques ? De 50 à 75 % des patientes en rémission complète vont rechuter. Un traitement de maintenance ou de consolidation peut-il retarder ou éviter ces rechutes ? Différentes voies ont été explorées :
  • maintenance :
    • poursuite de la chimiothérapie jusqu’à neuf cures : c’est une des options souvent retenues en l’absence de toxicité, en cas de maladies très évoluées, si une chirurgie de cytoréduction intermédiaire a été réalisée. Il s’agit d’une option [SOR 2008].
    • chimiothérapie séquentielle : les résultats des essais menés jusqu’à présent (tableau 1) sont négatifs. Ainsi, deux études ont testé le topotécan dans cette indication [24, 36]. Les résultats, sont négatifs. D’autres essais sont en cours, évaluant dans cette situation, l’erlotinib (EORTC 55041) ou le bevacizumab (GOG 218) ;
    • paclitaxel : Markman et al. ont comparé 3 versus 12 cures de paclitaxel (175 mg/m2 sur trois heures, toutes les quatre semaines), mais l’essai a été stoppé étant donné l’effet positif observé sur la SSR (28 versus 21 mois ; p = 0,002 3) pour les patientes ayant reçu 12 cycles. In fine, toutes les patientes ont reçu 12 cycles, car il ne semblait pas éthique de ne pas poursuivre jusqu’à 12 cycles le traitement des malades incluses dans le bras trois cycles. Les données sur la survie globale ne seront donc jamais connues et aucune conclusion ne pourra être tirée de cette étude [37]. L’essai du GOG 212 (trois bras) compare actuellement, après six cures de carboplatine-paclitaxel, une simple surveillance à 12 cures de paclitaxel et à 12 cures de polyglutamate-paclitaxel. Dans un autre essai de phase III : after 6, après six cures de carboplatine-paclitaxel, 200 patientes (arrêt prématuré de l’étude du fait des difficultés d’inclusion) ont été randomisées entre 12 cycles de paclitaxel 175 mg/m2 par trois semaines sur trois heures versus observation. Dans le bras traité, 28 % des patientes se sont plaintes d’une neuropathie de grade 2 ou 3. Il n’y a pas de différence en survie globale. Ce traitement de maintenance par paclitaxel ne semble donc pas bénéfique, d’autant qu’il augmente la durée de traitement et la toxicité, ce qui peut gêner l’instauration de certains traitements lors des rechutes (neuropathie).Au total, actuellement, aucun effet bénéfique n’a été démontré sur les taux de survie globale grâce à ces traitements de maintenance ;
  • consolidation :
    • intensification (chimiothérapie haute dose avec réinjection de cellules souches périphériques) : une seule étude de phase III a été publiée dans cette indication [38], comparant une cure associant carboplatine-cyclophosphamide à hautes doses (suivi de réinjection de cellules souches périphériques) à trois cures de cette association à doses standard, chez des patientes en rémission complète à la fin du second look réalisé après six cures de carboplatine-cyclophosphamide. Alors qu’il existait un bénéfice en survie sans progression de 12 mois, aucune différence n’a été observée en termes de survie globale ;
    • chimiothérapie IP : une seule étude randomisée a été publiée chez les patientes dont la chirurgie de second regard était négative. Quatre cures de cisplatine IP ont été comparées à une simple surveillance. Il n’a pas été montré de bénéfice en survie globale pour les malades traitées par chimiothérapie IP [39] ;
    • chimiothérapie hyperthermique IP (CHIP) : il n’y a pas de données actuelles permettant de conclure au bénéfice thérapeutique en consolidation. Il s’agit d’un axe de recherche particulièrement intéressant, et qui fait l’objet de protocoles d’évaluation ;
    • immunothérapie : un essai international de phase III a comparé en consolidation avec une injection d’anticorps monoclonal anti-Ca 125 oregovomab par voie veineuse versus placebo. Les résultats n’ont pas montré de bénéfice en faveur de l’oregovomab [40]. L’abagovomab, un autre anticorps monoclonal anti-Ca 125, a comme l’oregovomab démontré une activité biologique et immunologique dans des essais précoces. L’essai de phase III MIMOSA, actuellement en cours, étudie son efficacité clinique chez les patientes présentant un cancer de l’ovaire de stade avancé en rémission après une première ligne de chimiothérapie. L’objectif principal de l’étude est de montrer un bénéfice en SSR.

Thérapies ciblées

Il s’agit d’un axe de recherche très important en cours de développement dans le cadre d’essais randomisés de première ligne soit en association à la chimiothérapie (bevacizumab), soit en traitement de maintenance (bevacizumab, sorafenib, erlotinib, pazopanib). Cet aspect est traité dans un article spécifique dans ce numéro du Bulletin du cancer. Pour le moment, il s’agit d’essais en cours dont nous n’avons aucun résultat.

Ajouter un agent modulateur

Le valspodar (PSC 833) est un agent modulateur ayant montré in vitro une activité dans la prévention de l’émergence de cellules cancéreuses ayant une résistance multidrogue, notamment par suppression de l’activation de MDR-1. Un essai de phase III, comparant carboplatine-paclitaxel versus carboplatine-paclitaxel-PSC 833, n’a pas montré de bénéfice en survie sans progression ni survie globale dans le bras PSC 833. En revanche, la toxicité neurologique et hématologique était plus importante avec le PSC 833. La faible expression de MDR-1 dans les cancers de l’ovaire est probablement une des explications [41].

Conclusion

La chimiothérapie de référence en première ligne des adénocarcinomes de l’ovaire de stades avancés associe carboplatine-paclitaxel. Cette association a permis essentiellement une amélioration de la qualitéde vie par rapport à l’association cisplatine-paclitaxel. La chimiothérapie IP a montré un bénéfice en SSR et en survie globale, mais avec une toxicité plus importante. Elle peut être proposée aux patientes ayant une maladie résiduelle de moins de 1 cm et surtout sans résidu, à condition qu’elle soit réalisée par des équipes multidisciplinaires habituées à cette technique, après information de la patiente des résultats d’efficacité et de toxicité dans les études publiées. L’ajout d’un troisième cytotoxique, les traitements de maintenance ou de consolidation n’ont pas montré de bénéfice. Les espoirs sont désormais fondés sur le développement des thérapies ciblées et notamment des antiangiogéniques. L’avenir repose aussi sur la détermination des profils biologiques des tumeurs, grâce au développement des connaissances en protéomique et en génomique, ce qui permettra de proposer aux patientes un traitement personnalisé.

Références

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