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Place de l’imagerie métabolique à l’aide de la tomographie par émission de positons dans les cancers de l’ovaire de stade avancé


Bulletin du Cancer. Volume 96, Numéro 12, 1163-71, décembre 2009, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2009.0983

Résumé   Summary  

Auteur(s) : D Grahek, N Hassan-Sebbag , Hôpital Henri-Duffaut, Service de médecine nucléaire, 305, rue Raoul-Follereau, 84902 Avignon cedex 09, France.

Résumé : Malgré une amélioration constante de l’imagerie radiologique, la détection et la visualisation des cancers ovariens de stade avancé reste un défi. L’imagerie métabolique avec la tomographie par émission de positon (TEP), plus récemment couplée à la tomodensitométrie (TEP/TDM), peut apporter des informations de nature différente et contribuer à une meilleure compréhension de la maladie. Après un rappel des avantages et des limites de cette technologie, nous rapportons les performances de la TEP au 18F-fluorodésoxyglucose (TEP-FDG), au travers des dernières publications, dans différentes situations cliniques : le bilan initial, la restadification, la détection des récidives et l’évaluation de la réponse à la chimiothérapie. La TEP apparaît, comme pour d’autres cancers, particulièrement utile pour le diagnostic de récidive, lorsque celle-ci est suspectée cliniquement radiologique ou en cas d’augmentation isolée de la concentration sérique du CA125, et influence de façon significative la prise en charge des patientes. Mais cette imagerie améliore également la détection des lésions tumorales dans les autres situations cliniques et a un impact potentiel dans la décision thérapeutique, en particulier lorsqu’une chirurgie a priori optimale est indiquée. Enfin, la TEP, en utilisant le FDG ou d’autres traceurs, pourrait être utilisée pour prédire précocement la réponse aux traitements systémiques et interrompre ainsi rapidement une thérapie inefficace.

Mots-clés : tomographie par émission de positons, cancer ovarien de stade avancé, impact clinique, chirurgie optimale

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : D Grahek, N Hassan-Sebbag

Hôpital Henri-Duffaut, Service de médecine nucléaire, 305, rue Raoul-Follereau, 84902 Avignon cedex 09, France

Article reçu le 7 Juillet 2009, accepté le 13 Octobre 2009

Introduction

La prise en charge des cancers, et le succès de celle-ci, fait appel à une connaissance de plus en plus complète de la maladie. Cela comprend évidemment la détermination la plus précise possible de l’extension des lésions, mais également les caractéristiques histologiques, biochimiques, génétiques, immunologiques de la tumeur. L’ensemble de ces données devrait permettre de choisir le traitement optimal pour chaque cas. La possibilité d’imager les lésions tumorales selon certaines de leurs fonctions métaboliques peut intervenir dans la compréhension de la maladie du point de vue de son extension comme de son agressivité ou de sa sensibilité (Se) à certaines thérapies ciblées. C’est ce que tend à faire la tomographie par émission de positons (TEP). Elle permet de cartographier et de quantifier certains aspects métaboliques des cellules au moyen de molécules marquées par des émetteurs de positons. Cette imagerie métabolique est de plus en plus utilisée dans la prise en charge des cancers. Actuellement, les caméras TEP sont couplées à un tomodensitomètre, ce qui permet un repérage anatomique précis des anomalies métaboliques. Le traceur le plus utilisé est le fluorodésoxyglucose marqué au fluor 18 (18F-FDG), dont la fixation est augmentée dans la très grande majorité des cellules cancéreuses. D’autres traceurs permettent une approche métabolique différente pouvant contribuer à évaluer l’agressivité tumorale ou à prédire la réponse thérapeutique. Une telle imagerie pourrait être utile dans la prise en charge des cancers ovariens. Souvent diagnostiqués à un stade avancé ils restent de mauvais pronostic avec une médiane de survie à quatre ans de 60 % en cas de reliquat tumoral microscopique après traitement et de 40 % en cas de reliquat supérieur à 2 cm [1]. La réduction de la masse tumorale, par la chirurgie ou la chimiothérapie, est par conséquent l’enjeu thérapeutique [2, 3] et nécessite au préalable d’identifier de façon précise et exhaustive l’étendue des lésions. Nous relatons l’impact éventuel de la TEP/tomodensitométrie (TDM) dans la prise en charge des cancers de l’ovaire de stade avancé et dans sa capacité à détecter les lésions tumorales avant ou après traitement, au moyen du traceur le plus utilisé, le 18F-FDG, mais également à l’aide d’autres traceurs métaboliques.

Traceurs par émission de positons dans les cancers de l’ovaire

L’imagerie métabolique, comme nous l’avons évoqué précédemment, va rendre compte d’un aspect fonctionnel de la cellule, au moyen d’un traceur qui va s’incorporer au métabolisme étudié. Il est par conséquent primordial de connaître les mécanismes de fixation du traceur. Rappelons que le FDG va refléter le métabolisme glucidique de la cellule. Dans les cancers de l’ovaire, l’intensité de fixation du FDG a été corrélée à la prolifération cellulaire, le grade histologique mais surtout à l’expression du transporteur du glucose, Glut-1 [4]. Certaines histologies tumorales peuvent fixer inconstamment le FDG, en particulier en cas d’hypocellularité des lésions, comme dans les adénocarcinomes mucineux [5] ou pour certains carcinomes à cellules claires [6]. Les tumeurs de malignité réduite, comme les tumeurs borderlines, peuvent ne pas fixer le FDG, contrairement à certaines tumeurs bénignes, comme les kystes dermoïdes, les tératomes ou les cystadénomes. Il est par conséquent indispensable de connaître l’histologie de la tumeur primitive lors de l’interprétation d’une TEP-FDG et d’avoir un examen d’évaluation avant traitement si la TEP est demandée pour évaluer la maladie résiduelle. Enfin, la cause non tumorale la plus fréquente d’hyperfixation du FDG est la lésion inflammatoire, dont les cellules activées, en particulier les polynucléaires neutrophiles et les macrophages, surexpriment des transporteurs du glucose.

D’autres traceurs ont fait l’objet d’études préliminaires dans les cancers gynécologiques comme la 11C-choline qui va s’intégrer dans la synthèse des membranes phospholipidiques, laquelle est augmentée dans les cellules malignes. La Se de détection des tumeurs primitives gynécologiques cancéreuses s’est avérée supérieure avec la TEP-11C-choline qu’avec la TEP-18F-FDG [7]. Ce traceur est potentiellement intéressant, d’autant qu’il n’est pas éliminé dans les urines comme le 18F-FDG, mais sa fixation physiologique intense dans le foie, le pancréas et le tube digestif le rend peu performant pour établir le bilan d’extension abdominopelvien. Les acides aminés marqués, comme la 11C-méthionine, ont également été étudiés. Ils s’incorporent dans la synthèse cellulaire. Bien que la fixation de la 11C-méthionine s’est révélée souvent hétérogène, la TEP-11C-méthionine a permis d’identifier correctement les carcinomes ovariens, les tumeurs bénignes et borderlines n’ayant aucune accumulation du traceur [8]. Mais là encore, la fixation physiologique de la 11C-méthionine dans le tube digestif rend ce traceur difficilement utilisable pour le bilan d’extension.

Le 18F-FDG reste par conséquent, à l’heure actuelle, le traceur le plus utilisé pour le bilan d’extension des cancers ovariens en TEP.

Atouts de l’imagerie TEP-FDG/TDM

L’imagerie métabolique s’affranchit a priori et par définition de la morphologie et du critère de taille pour le diagnostic des lésions tumorales. De ce fait, la majeure partie des études de comparaison de Se et de spécificité (Sp) entre l’imagerie morphologique et métabolique est en faveur de cette dernière. Ces résultats permettaient d’espérer un remplacement des procédures invasives de staging. Mais, comme pour les autres modalités d’imagerie, les lésions de très petite taille sont difficilement détectables (tableau 1). Cela va particulièrement être limitant pour la détection des carcinoses péritonéales, fréquentes dans les cancers ovariens par dissémination directe dans la cavité péritonéale, et dont les lésions peuvent être millimétriques et disséminées. Suzuki et al. ont montré que la TEP-FDG, associée à la TDM, permettait une meilleure détection de la carcinose péritonéale que la TDM seule avec une Se, une Sp et une valeur prédictive positive (VPP) par patiente respectivement de 67, 94 et 92 % contre 22, 76 et 50 %. Dans 40 % des cas, l’imagerie métabolique seule avait permis un diagnostic plus précis de la maladie, modifiant la prise en charge thérapeutique dans 14 % des cas [9]. Le couplage de l’imagerie morphologique et métabolique optimise par conséquent la détection de la carcinose péritonéale. C’est ce que retrouve l’étude de Pfannenberg et al. À l’aide d’une caméra hybride TEP/TDM avec une acquisition optimisée de la TDM, l’étendue de la carcinose péritonéale a été évaluée chez 22 patientes, avant de poser l’indication de chimiothérapie intrapéritonéale. Par région, la Se de détection de la TEP/TDM était de 88 %, la Sp de 85 % et la VPP de 93 %. Il existait une forte corrélation entre l’indice de carcinose péritonéale (ICP) évalué par la TEP/TDM et l’ICP évalué chirurgicalement [10]. Un second site fréquent d’extension tumorale est le réseau lymphatique, le cancer de l’ovaire étant lymphoplile. La détection de l’invasion ganglionnaire est d’autant plus importante dans la prise en charge des patientes qu’une chimiorésistance a été observée au niveau des métastases ganglionnaires [11]. Bristow et al. ont évalué la Se de détection des récidives ganglionnaires rétropéritonéales du cancer de l’ovaire chez 14 patientes, dans un contexte d’augmentation du CA125 associée à une imagerie morphologique négative ou équivoque et à des hyperfixations ganglionnaires rétropéritonéales en TEP-FDG/TDM. La récidive ganglionnaire a été confirmée histologiquement chez 11 patientes, soit dans 78 % des cas. Cent quarante-trois ganglions ont été prélevés. Par ganglion, les Se, Sp, VPP, valeur prédictive négative (VPN) et exactitude (E) de la TEP-FDG/TDM étaient respectivement de 41, 94, 83, 69 et 72 %. La TEP a été prise en défaut dans 59 % des cas de maladie microscopique ganglionnaire. Les auteurs insistaient cependant sur la VPP élevée de l’examen pour la détection des récidives ganglionnaires rétropéritonéales du cancer de l’ovaire, alors que l’imagerie morphologique était négative ou équivoque [12].

Enfin, l’acquisition des images TEP se fait sur l’ensemble du tronc. L’étage sus-diaphragmatique est par conséquent systématiquement exploré, ce qui peut être utile en cas de recherche de métastases extra-abdominopelviennes. Bien que moins fréquents que les métastases à l’étage sous-diaphragmatique, des épanchements pleuraux secondaires et des métastases pulmonaires ont été retrouvés respectivement dans 25 et 7 % des cas dans l’étude de Dauplat et al. portant sur 255 patientes [13]. De plus, comme en rétropéritonéale, les métastases ganglionnaires sus-diaphragmatiques et notamment sus-claviculaires seront plus facilement identifiées en TEP-FDG [14].

Tableau 1 Détection en TEP-FDG/TDM des lésions tumorales en fonction de leur taille.

Étude

Taille minimale des métastases détectées

Taille maximale des métastases non détectées

Kitajima et al. [15]

Péritonéales : 4 mm

Péritonéales : 6 mm

Ganglionnaires, pelviennes et rétropéritonéales : 5 mm

Ganglionnaires, pelviennes et rétropéritonéales : 6 mm

Bristow et al. [12]

Ganglionnaires, rétropéritonéales : 15 mm

Sironi et al. [34]

5 mm

Évaluation par la TEP-FDG/TDM de la résécabilité avant chirurgie

Évaluation avant la chirurgie initiale

Les performances de la TEP-FDG/TDM avec injection de produit de contraste intraveineux et de la TDM injectée seule ont été évaluées, avant chirurgie initiale, chez 40 patientes atteintes d’un cancer ovarien (18 : stade I, 7 : stade II, 14 : stade III et 1 : stade IV). La TEP-FDG/TDM avait correctement identifié le stade dans 75 % des cas contre 55 % pour la TDM seule. Par lésion, les Se, Sp et E de la TEP-FDG/TDM et de la TDM étaient respectivement de 69, 97,5 et 94 % contre 38, 97 et 90 %. Pour les deux modalités d’imagerie, la différence entre les Se et E était significative, contrairement à la Sp. Cette dernière apparaissait plus basse en TEP-FDG/TDM qu’en TDM pour trois sites (paroi colique et du grêle, mésentère et ganglion para-aortique) sujets à des interprétations faussement positives en TEP par fixation physiologique ou inflammatoire du FDG. Lorsque les patientes étaient divisées en deux groupes (stades I à IIIB et IIIC à IV), les Se, Sp et E de la TEP-FDG/TDM pour l’identification de ces deux groupes de stade étaient de 91, 100 et 98 % contre 64, 97 et 88 % pour la TDM. Au vu de ces résultats, les auteurs suggéraient que la TEP-FDG/TDM pouvait aider à identifier les patientes pour lesquelles une chirurgie optimale ne pourrait pas être obtenue [15]. Risum et al. ont tenté de définir des facteurs TEP-FDG/TDM prédictifs de la chirurgie incomplète. Sur une série prospective de 54 patientes avec un cancer ovarien de stade avancé, dix facteurs correspondant à des anomalies en TEP-FDG/TDM, telles que la présence de carcinose péritonéale, d’implants mésentériques du côlon ou du grêle, de ganglions supracentimétriques pelviens, rétropéritonéaux, inguinaux ou extra-abdominaux, d’implants rectaux, d’épanchement pleural ou d’ascite, ont été évalués. Toutes ces anomalies, à l’exception de l’ascite, fixaient le FDG. L’examen avec opacification vasculaire et digestive a été réalisé deux semaines avant la chirurgie initiale qui a révélé 50 patientes en stade III et quatre patientes en stade IV. Dans 35 % des cas, la chirurgie a permis d’obtenir une cytoréduction complète (pas de résidu tumoral macroscopique) et dans 56 % une cytoréduction optimale (résidu tumoral inférieur à 1 cm). En utilisant une analyse univariée, les facteurs prédictifs de cytoréduction incomplète étaient l’épanchement pleural, la carcinose péritonéale, les implants mésentériques coliques et l’ascite. Les deux derniers facteurs étaient également prédictifs d’une cytoréduction suboptimale (résidu tumoral supérieur à 1 cm). En utilisant une analyse multivariée, la présence d’implants mésentériques coliques était le seul facteur indépendant prédictif d’une cytoréduction incomplète, et il n’y avait pas de facteur prédictif d’une cytoréduction suboptimale. Cependant, aucun facteur ne permettait de récuser avec certitude la chirurgie. Une résection complète a pu être obtenue chez 18 % des 33 patientes avec des implants mésentériques coliques et chez 24 % des 41 patientes présentant des signes de carcinose péritonéale. Risum et al. concluaient qu’aucun facteur TEP-FDG/TDM ne permettait d’éviter l’étape chirurgicale, au risque de diminuer la survie, si au final une chirurgie complète ou optimale s’avérait possible [16]. Malgré ces résultats, les auteurs insistaient sur l’intérêt de cet examen avant chirurgie pour la détection des métastases à distance, non détectées par le bilan conventionnel, et dont la connaissance pourrait modifier et optimiser le geste chirurgical, certaines études ayant montré un gain de survie dans la chirurgie des stades IV [17].

Évaluation avant la chirurgie de restadification

Peu d’études ont évalué la TEP-FDG en comparaison à la chirurgie de restadification. Les résultats de l’étude de Rose et al. n’étaient pas favorables au remplacement de cette chirurgie par la TEP-FDG. L’examen a été comparé à la chirurgie de restadification chez 17 patientes traitées pour un cancer ovarien de stade avancé et cinq patientes traitées pour un carcinome péritonéal, mises en rémission complète clinique, radiologique et biologique (dosage du CA125 normal) après une chirurgie initiale optimale et six cycles de chimiothérapie. Des lésions tumorales résiduelles ont été constatées au décours de la chirurgie de restadification chez 59 % des patientes. La Se de détection de la maladie résiduelle par la TEP-FDG était de 10 %. Seule la lésion de 1,5 cm a pu être détectée, les autres lésions macroscopiques mais de taille inférieure ou égale à 6 mm et les lésions microscopiques étant passées inaperçues [18]. Ces mauvais résultats n’étaient pas surprenants, puisque la quasi-totalité des lésions tumorales était de taille infracentimétrique. De plus, l’étude a été réalisée avec une caméra TEP non couplée à la TDM, ce qui était préjudiciable pour la détection des petites lésions. Kim et al. ont évalué non pas les performances de l’examen par rapport à la chirurgie mais la survie des patientes traitées initialement pour un cancer ovarien de stade avancé lorsque la TEP-FDG remplaçait la chirurgie de restadification. Ainsi, deux groupes de patientes comparables du point de vue de leur nombre, de leur stade initial, des résultats de la chirurgie première et de la chimiothérapie administrée ont eu une chirurgie de restadification ou une TEP-FDG. Une chimiothérapie de deuxième ligne a été administrée en cas de détection d’une maladie résiduelle par la chirurgie ou la TEP-FDG. Le suivi des patientes n’a pas mis en évidence de différence significative entre les deux groupes en termes de survie sans progression tumorale lorsque la chirurgie ou la TEP montraient des lésions ou en termes de survie sans récidive lorsque les deux modalités d’évaluation ne retrouvaient pas de maladie résiduelle. La survie sans progression tumorale était respectivement de 28,8 ± 12,7 mois et de 30,6 ± 13,7 mois pour le groupe de patientes évalué par la TEP et celui évalué par la chirurgie (p = 0,29). De même, la survie sans récidive était respectivement de 40,5 ± 11,6 mois et 48,6 ± 12,1 mois en cas d’absence de lésions visibles par la TEP ou par la chirurgie (p = 0,12). Les auteurs concluaient que la chirurgie de restadification dans le suivi des patientes pouvait être remplacée par la TEP-FDG [19]. Ces résultats intéressants mériteraient d’être confirmés sur un plus grand nombre de patientes et avec l’utilisation de la TEP/TDM.

Évaluation avant chirurgie des récidives

L’évaluation de la résécabilité est également importante en cas de récidive, elle va conditionner la prise en charge et le pronostic de la patiente. Il a été démontré que l’intervalle libre avant la récidive (≥ 18 mois vs < 18 mois), le nombre de site de récidives (1 à 2 vs 3 à 5) et la taille des lésions tumorales résiduelles (non macroscopique vs macroscopique) étaient des facteurs indépendants prédictifs de la survie globale [20]. D’où l’intérêt d’avoir une imagerie qui détecte précocement et avec une bonne Se la récidive en espérant ainsi pouvoir traiter de façon optimale une maladie peu étendue. De nombreuses études ont montré la supériorité de la TEP-FDG par rapport à l’imagerie conventionnelle (TDM et IRM) et le dosage du CA125 pour la détection des récidives. Dans la méta-analyse de Gu et al., portant sur 34 études publiées entre de 1995 et 2007, la Se globale la plus élevée, 91 %, était détenue par la TEP-FDG/TDM [21]. Même lorsque la récidive était suspectée devant l’augmentation isolée de la concentration sérique du CA125 ou associée à une TDM non conclusive, la TEP-FDG restait très performante avec une Se de détection de 90 % [22]. Ces résultats ont par conséquent des répercussions sur la prise en charge des patientes (figure 1). Dans l’étude de Mangili et al., la TEP-FDG/TDM a permis de reclasser 53 % des cas de récidive a priori isolée en TDM en récidive multifocale. L’examen a induit une modification de la prise en charge intermodalité chez 44 % des patientes, avec en particulier une diminution des décisions de surveillance passant de 22 % avant le TEP-FDG/TDM à 3 % après et une augmentation des indications de chimiothérapie passant de 31 à 50 %. Quant aux indications de chirurgie à visée diagnostique ou thérapeutique, elles passaient de 35 à 25 % [23]. Fulham et al. confirmaient le rôle important de la TEP-FDG/TDM en cas de suspicion de récidive, avec une modification de la prise en charge des patientes dans 59 % des cas (impact majeur dans près de 50 % des cas). Les indications de chirurgie seule passaient de 21 à 14 % après les résultats de l’examen. La TEP-FDG/TDM avait permis de détecter plus de lésions intra-abdominales mais aussi extra-abdominales, comparée à la TDM. Parmi le groupe des patientes pour lesquelles la TEP-FDG/TDM a objectivé plus de lésions que l’imagerie conventionnelle, le pourcentage de progression tumorale dans les 12 mois suivant l’examen était de 80 % et significativement plus important [24]. Pour ces deux dernières études, les résultats de la TEP-FDG/TDM ont eu pour conséquence une diminution des indications de chirurgie, en identifiant plus justement les patientes susceptibles de bénéficier d’une chirurgie complète. Dans l’étude de Lenhard et al., la TEP-FDG/TDM avait correctement identifié les 63 cas de récidive chez 70 patientes. La laparotomie a été indiquée chez 30 patientes, dans 28 cas pour résection tumorale et deux cas pour chirurgie palliative sur occlusion digestive. La TEP-FDG/TDM a pu identifier correctement les 21 patientes qui ont pu bénéficier d’une chirurgie complète. L’examen a été pris en défaut dans la détection de la carcinose péritonéale diffuse, facteur limitant pour l’obtention d’une cytoréduction optimale. Sa Se de détection de la carcinose péritonéale diffuse était de 79 % (15/19) [25]. Fagotti et al. ont suggéré d’associer la laparoscopie et la TEP-FDG/TDM afin d’optimiser la sélection des patientes en vue d’une cytoréduction complète, la TEP-FDG/TDM étant capable d’identifier les récidives ganglionnaires rétropéritonéales et viscérales, et la laparoscopie les métastases intrapéritonéales de petite taille non vues par l’imagerie. Cette approche multimodalité a permis d’identifier les patientes pouvant bénéficier d’une chirurgie optimale avec une Se de 95 %, une Sp de 59 % et une E de 81 %. La laparoscopie a récusé la chirurgie dans quatre cas jugés opérables en TEP-FDG/TDM, et la TEP-FDG/TDM a récusé la chirurgie dans trois cas jugés opérables par la laparoscopie [26]. La TEP-FDG/TDM influence dans de nombreux cas, et à juste titre, la prise en charge des patientes (tableau 2). Reste à démontrer sur des études prospectives comprenant un grand nombre de patientes que la détection précoce de la récidive et son traitement peuvent améliorer la survie.

L’apport de l’imagerie métabolique dans la prise en charge chirurgicale peut également intervenir dans la détection peropératoire. Trois patientes en récidive d’un cancer ovarien diagnostiquée par la TEP-FDG ont eu une chirurgie assistée d’une détection peropératoire des métastases fixant le FDG. L’imagerie préopératoire a permis de localiser la récidive. La détection peropératoire, à l’aide d’une sonde de détection gamma, a permis, dans un cas, d’étendre l’exérèse à des ganglions métastatiques hyperfixants rétroaortiques et rétrocaves, non vus à l’inspection initiale et de vérifier le caractère complet de la résection à la fin du geste. Dans le deuxième cas, la détection peropératoire n’a pas modifié l’acte chirurgical mais a permis de vérifier la résection complète à la fin du geste. Pour ces patientes, les lésions métastatiques ont été confirmées par l’imagerie TEP/TDM postopératoire des pièces et par l’examen anatomopathologique. Dans le dernier cas, la détection peropératoire de la récidive ganglionnaire rétropéritonéale a rapidement permis de juger du caractère non réséquable de la récidive, qui a été confirmé en peropératoire par des biopsies, interrompant ainsi l’acte chirurgical [27].

Tableau 2 Modification de la prise en charge des patientes en cas de récidive d’un cancer ovarien détectée en TEP-FDG/TDM.

Études

Nombre de patientes

Modification de la prise en charge

Fulman et al. [24]

90

59 % des cas (modifications majeures : 50 % des cas)

Kitajima et al. [35]

132

39 % des cas

Soussan et al. [36]

29

34 % des cas

Mangili et al. [23]

32

44 % des cas (modifications majeures)

Simcock et al. [37]

56

57 % des cas (modifications majeures)

Évaluation par la TEP/TDM de la réponse à la chimiothérapie

L’imagerie métabolique a également des atouts pour évaluer la réponse au traitement. En effet, l’interprétation de la TEP-FDG/TDM est moins sujette à la variabilité interobservateur comparée à la TDM seule, ce qui est primordial lors de l’évaluation de la maladie résiduelle après chimiothérapie [28]. L’évaluation de la réponse thérapeutique par l’imagerie métabolique ne repose pas sur les modifications de taille des lésions comme en imagerie radiologique, qui distingue parfois difficilement les tumeurs résiduelles des tissus nécrotiques ou fibrosés après traitement, mais sur les variations de fixation du traceur, quantifiées par le SUV (standard uptake value). Ce suivi nécessite des protocoles d’acquisition rigoureusement identiques pour les différents examens, l’intervalle de temps entre l’injection du traceur et l’acquisition des images et la glycémie pouvant, par exemple, modifier la fixation du traceur au sein des lésions. Comme pour d’autres types de cancers, la TEP-FDG a été testée dans l’évaluation de la réponse au traitement par chimiothérapie ou radiochimiothérapie des cancers gynécologiques ovariens et cervicaux. Une diminution de 65 % du SUVmax de la tumeur primitive après traitement a permis de différencier les patientes répondeuses (absence de lésion ou maladie microscopique après résection chirurgicale) des patientes non répondeuses (persistance de lésions macroscopiques) avec une Se de 90 %, une Sp de 82 % et une E de 86 % [29]. Cette possibilité d’évaluer de façon non invasive la réponse au traitement est d’autant plus intéressante qu’elle peut être effectuée précocement afin d’interrompre rapidement un traitement qui s’avérera inefficace. C’est ce que suggéraient les résultats de l’étude d’Avril et al. Après un cycle de chimiothérapie néoadjuvante pour un cancer de l’ovaire localement avancé, une diminution du SUV supérieure ou égale à 20 % définissait les patientes répondeuses métaboliquement, dont la médiane de survie était alors de 38,3 contre 23,1 mois pour les patientes sans réponse métabolique au traitement. Avec une diminution du SUV supérieure ou égale à 55 % après trois cycles de chimiothérapie, la médiane de survie était de 38,9 contre 19,7 mois pour les patientes sans réponse métabolique. Seules deux patientes sur 23 étaient mal identifiées après un cycle de chimiothérapie. Non répondeuses après trois cycles, elles avaient eu une diminution de plus de 20 % du SUV après le premier cycle. Une cytoréduction optimale a pu être obtenue chez 83 % des patientes répondeuses métaboliques et seulement chez 47 % des non-répondeuses [30]. D’autres traceurs ont été testés dans l’évaluation de la réponse au traitement, en particulier la 18F-FLT, acide aminé marqué au fluor 18 dont la fixation est en rapport avec la prolifération cellulaire. Sans être perturbé par les phénomènes inflammatoires, la fixation de ce traceur devrait varier rapidement si le traitement antimitotique est efficace. Les résultats des études préliminaires effectuées sur d’autres cancers que celui de l’ovaire allaient dans ce sens, avec par exemple une diminution de la fixation de la FLT dans les cancers du sein, une semaine après le début de la chimiothérapie pour les patientes en réponse clinique en fin de traitement [31].

Une autre approche qui a fait l’objet d’études sur l’animal pourrait prédire la réponse au traitement, non pas après le début de la thérapie mais avant. En effet, le marquage radioactif d’une molécule thérapeutique permettrait de cartographier sa distribution au sein des tumeurs. Ainsi, le paclitaxel, antimitotique administré dans de nombreux cancers dont le cancer de l’ovaire, a pu être marqué au fluor 18. La fixation de ce traceur a été quantifiée dans un modèle humain de tumeur du sein greffée à la souris. Une faible fixation du 18F-fluoropaclitaxel dans la tumeur était prédictive d’une chimiorésistance, avec l’observation d’une progression tumorale sous traitement. Inversement, une forte fixation du traceur était prédictive d’une régression tumorale sous paclitaxel [32]. Les facteurs de l’angiogenèse tumorale, dont le VEGF (vascular endothelial growth factor), sont primordiaux dans la croissance néoplasique et font l’objet de thérapies ciblées déjà utilisées dans le cancer colique ou mammaire et à l’étude dans de nombreux autres cancers dont le cancer de l’ovaire. Nagengast et al. ont pu cartographier la distribution du VEGF en marquant le bevacizumab par le zirconium 89, la liaison de ce dernier au VEGF inhibant l’action angiogénique de cette glycoprotéine. Soixante-douze heures après l’injection du 89Zr-bevacizumab à des souris porteuses d’une xénogreffe de tumeur ovarienne humaine, l’imagerie en TEP a permis de visualiser et de quantifier le traceur radiopharmaceutique au sein des tumeurs [33].

Conclusion

L’imagerie métabolique principalement représentée par la TEP-FDG/TDM a de nombreux atouts pour la détection des lésions cancéreuses dont celles du cancer ovarien. Elle apporte une information, corps entier, sur l’extension tumorale avec une excellente Se de détection, notamment en cas de récidive, comparée à l’imagerie conventionnelle. Ces informations modifient, dans un nombre de cas conséquent, la prise en charge des patientes, en particulier en cas de suspicion de récidive, suite à l’augmentation de la concentration sérique du CA125, avec une imagerie conventionnelle normale ou non conclusive ou lorsque cette imagerie laisse supposer la possibilité d’une cytoréduction optimale. Cependant, le manque de données sur de larges études prospectives ne permet pas encore de définir précisément la place de la TEP/TDM dans la stratégie des procédures diagnostiques, de même que son impact sur la survie lorsque cet examen modifie la prise en charge habituelle des patientes.

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