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L’image radiologique dans le dossier patient


Bulletin du Cancer. Volume 96, Numéro 11, 1139-41, novembre 2009, Formation SFC

DOI : 10.1684/bdc.2009.0975

Résumé   Summary  

Auteur(s) : M Kind , CLCC Institut Bergonié, Bordeaux.

Résumé : Nous allons exposer les différents aspects de l’intégration des images radiologiques numériques dans le dossier du patient en termes de contraintes réglementaires mais aussi en termes de bénéfices attendus sur sa prise en charge.

Mots-clés : dossier patient, image radiologique

ARTICLE

Auteur(s) : M Kind

CLCC Institut Bergonié, Bordeaux

Article reçu le 16 Septembre 2009, accepté le 1 Octobre 2009

L’approche multidisciplinaire de la prise en charge du patient en oncologie est opérationnelle depuis un bon nombre d’années mais la reconnaissance de celle-ci et sa mise en œuvre structurée au travers de réseau de soins ou de recommandations nationales sur les réunions de concertation pluridisciplinaire émanant de l’INCa ne sont que beaucoup plus récentes. De même il faut attendre ces dernières années pour voir apparaître les publications de santé publique concernant l’impact de ce type de prise en charge sur la survie des patients [1, 2]. Parallèlement, l’émergence des thérapeutiques ciblées et le coût de ces nouvelles molécules ont conduit les cliniciens à demander une évaluation plus précoce de l’efficacité de leurs traitements et donc à s’appuyer sur des critères d’imagerie en complément des notions habituelles de survie globale ou survie sans rechute. Ces particularités ont ou devraient avoir comme conséquence une implication plus grande des radiologues dans le parcours de soins et plus précisément dans l’analyse de la réponse thérapeutique ou la surveillance des patients en collaboration avec le médecin référent.

Enfin l’évolution technologique en imagerie avec une augmentation exponentielle du nombre d’images par examen a signé le déclin irréversible du film argentique et imposé l’imagerie numérique. Les supports de stockage ont évolué très vite avec substitution du film par les cédéroms intégrant leur propre logiciel de visualisation, logiciel non standardisé, différent d’une marque à l’autre, véritable cauchemar du médecin non-radiologue. En conséquence, la consultation du médecin et la communication des résultats des examens d’imagerie aux patients ont été impactées par ces modifications de pratique non réellement maîtrisées.

Les aspects réglementaires

La mise à disposition et la circulation des images radiologiques d’un patient sur un réseau hospitalier ou extra hospitalier s’apparente à la circulation d’informations médicales et peut donc est soumis aux mêmes contraintes législatives, sous tendues par la notion de connaissance médicale avérée, d’obligation de moyens que ce soit de compétence ou d’efficacité technique, et de suivi, sans que cela ne nuise en aucune manière au patient (défaut technique, perte de données…) conformément à l’article 36 du Code de déontologie médicale. Les préconisations de la Cnil dans ce domaine (6.01.78 actualisées en 2004) sont claires avec une obligation de sécurité qui se décline dans quatre domaines : sécurité des données, conservation de l’intégralité de celles-ci, confidentialité, obligation d’auditabilité du système utilisé. En clair, l’information ne peut être ni déformée ni endommagée et la qualité de son stockage doit pouvoir être auditée. Ces principes sont renforcés par la directive Euratom 97/43 et sa transposition en France (ordonnance 2001-270 du 18 mars 2001) engageant la responsabilité médicale si l’information est détruite ou altérée ou divulguée sans consentement. La loi Kouchner du 4 mars 2002 (décret 2002-637 du 29 avril 2002 et article R1112-2 du Code de santé publique en découlant) relative aux droits des malades (et aux conditions d’accès à leur dossier) et à la qualité du système de santé laisse un flou d’interprétation en ce qui concerne les images elles-mêmes bien distinctes du seul compte rendu. Les préconisations de l’Anaes (devenue HAS) dans son rapport de 2003 ne concernaient effectivement que le compte rendu de l’examen radiologique. Plus récemment, le décret de confidentialité du 15 mai 2007 découlant de la loi du 4 mars 2002 et la loi imposant un agrément pour les hébergeurs de données de santé achèvent de délimiter le périmètre et les modalités d’utilisation de ces images, support confidentiel de données médicales propres à chaque patient. Il est important de bien différencier ce qui est du domaine du stockage court terme ou temporaire, contraint par les éléments de l’avenant 24 du 25 juillet 2007 à la convention nationale signée uniquement entre les médecins spécialistes libéraux et l’Assurance-maladie, exigeant la possibilité d’un accès immédiat pendant deux ans aux données images, sans perte d’informations, dans un format clairement défini (standard DICOM), faisant l’objet d’une déclaration à la Cnil, et bénéficiant d’une sauvegarde avec obligation de contrôle qualité et de maintenance, de ce qui est du domaine de l’archivage long terme beaucoup moins normé par la législation et pour lequel les radiologues sont en attente de consignes précises de la part de leur société savante (Société française de radiologie) [3, 4]. Si l’on admet que la conservation des images radiologiques s’apparente à celle des données de santé alors celle-ci est régie par l’article R1111-7 du Code de la santé publique stipulant que la durée d’archivage de données médicales en milieu hospitalier est de 20 ans après la dernière venue du patient et de 10 ans après le décès du patient, la décision d’élimination de ces données ne pouvant être prise que par le directeur de l’établissement. Quel que soit le réseau d’images choisi, il doit offrir la garantie d’une traçabilité des connexions, et permettre la mise à disposition de preuves en cas de conflit.

Les fonctionnalités attendues

Les réseaux d’images sont pilotés par un ou des logiciels métier regroupés sous le nom de SIR (Système d’information radiologique) permettant un interfaçage normé entre le domaine image du PACS (Picture Archiving and Communication System) et le Système d’information hospitalier ou SIH ; Le SIR ou les fonctions SIR d’un PACS assurent une congruence des données patient tout au long de son parcours hospitalier (accueil administratif, départements de radiologie, consultation, hospitalisation, facturation, service logistique…) et ainsi permettent l’intégration des différentes étapes du processus de prise en charge du patient dans le département d’imagerie à son dossier médical électronique. Ce SIR est donc un acteur majeur de l’identito-vigilance et en autre, de traçabilité des informations essentielles comme par exemple la dose reçue ou la survenue d’un événement indésirable dans le département pour un patient donné.

En dehors des aspects réglementaires qui sont au premier plan, l’intérêt d’un dossier imagerie numérique intégré au dossier patient électronique est reconnu bien que l’évaluation quantitative de sa plus value soit difficile à mettre en œuvre d’un point de vue méthodologique. Les indicateurs les plus fréquemment utilisés sont le délai de rendu de résultats et son impact sur la durée moyenne de séjour, ou le taux d’exhaustivité des interprétations [5-12]. Les indicateurs qualitatifs comme l’amélioration de la pertinence de l’interprétation lorsque le radiologue peut accéder à un dossier complet et de la prise de décision en réunion de concertation pluridisciplinaire ou encore l’amélioration de la consultation lorsque le médecin dispose d’imagerie accessible rapidement ne sont pas cités fréquemment dans la littérature. D’autres indicateurs peuvent être utilisés comme la réduction du taux d’erreurs d’identité ou de perte de dossier radiologique, le nombre de connexions effectuées par les cliniciens, la mention dans le compte rendu du radiologue de l’utilisation des antériorités… Quoi qu’il en soit l’intégration du dossier image rend l’information accessible par tous, de façon synchrone dans l’hôpital, information mise à jour en temps réel. Cela simplifie considérablement les différentes étapes de communication des résultats vers les cliniciens et a contrario, le radiologue, lui, accède en temps réel aux éléments pertinents du dossier clinique électronique pour son travail d’interprétation via son interface de travail dans un maintien contextuel évitant toute ressaisie de login et mot de passe. De plus l’interface de visualisation est la même pour tous au sein de l’établissement, ce qui permet d’acquérir une maîtrise rapide de celle-ci par tous les acteurs, alors que le radiologue retrouve ses outils de travail lorsqu’il se délocalise par exemple pour les réunions de concertation. Enfin les images autres que celles strictement radiologiques peuvent être également intégrables comme l’imagerie fonctionnelle de médecine nucléaire voire des données vidéo de l’endoscopie ou de laparoscopie ce qui permet d’élargir la notion de PACS à une notion plus générale de Multimédia Archiving and Communication System. L’évaluation initiale de la maladie et de la réponse thérapeutique simple ou au travers d’essais est un des enjeux importants des départements d’imagerie dédiés à la cancérologie. Ces systèmes numériques de diffusion et stockage d’images autorisent la consultation de l’intégralité des examens antérieurs d’un patient, sans perte, ce qui est un gain important pour la pertinence des interprétations et la prise de décision qui en découle. Les radiologues se doivent d’assumer ce rôle collaboratif par la mise en valeur de leur travail d’interprétation devenu comparatif avec sélection d’images pertinentes ou de lésions cibles évaluables lors des essais, ainsi que par leur participation aux réunions multidisciplinaires.

Conclusion

Le partage d’informations médicales autour d’un patient est essentiel à la prise de décision raisonnée et optimale [13]. L’intégration du dossier image au sein du dossier médical simplifie les différents processus qui permettent la consultation de ce dossier image par les cliniciens et accentue la complémentarité des informations alors disponibles par tous. Cela ne peut être mis en œuvre que dans un respect des contraintes législatives garantissant au patient la confidentialité et la sauvegarde de l’intégralité des examens d’imagerie le concernant.

Références

1 Castel P, Blay JY, Meeus P, et al. Organization and impact of the multidisciplinary committee in oncology. Bull Cancer 2004 ; 91 : 799-804.

2 Ray-Coquard I, Thiesse P, Ranchaire-Vince D, et AL. Conformity to clinical practice guidelines, multidisciplinary management and outcome of treatment for soft tissue sarcomas. Ann Oncol 2004; 15 : 307-15.

3 Kushner DC, Lucey LL. American College of Radiology. Diagnostic radiology reporting and communication: the ACR guideline. J Am Coll Radiol 2005 ; 2 : 15-21.

4 Chateil JF, Masson JP, Hazebroucq V, Silberman B. Teleradiology : field of action and recommendations. J Radiol 2006 ; 87 : 1643-50.

5 Faggioni L, Neri E, Cerri F, Turini F, Bartolozzi C. Integrating image processing in PACS. Eur J Radiol 2009 ; [Epub ahead of print].

6 Nitrosi A, et al. A filmless radiology department in a full digital regional hospital : quantitative evaluation of the increased quality and efficiency. J of Digit Imaging 2007 ; 2 : 140-8.

7 Van de Wetering R, Batenburg R, Versendaal J, Lederman R, Firth L. A balanced evaluation perspective: picture archiving and communication system impacts on hospital workflow. J Digit Imaging 2006 ; 19 (Suppl 1) : 10-7.

8 Reiner BI, Siegel EL. Work flow redesign: the key to success when using PACS. AJR 2002 ; 178 : 563-6.

9 Reiner BI, Siegel EL. Effect of filmless imaging on the utilization of radiologic services. Radiology 2000 ; 215 : 163-7.

10 Strickland NH. Can PACS make a radiology department more competitive ? Eur J Radiol 1999 ; 32 : 113-5.

11 Watkins J. A hospital-wide picture archiving and communication system (PACS) : the views of users and providers of the radiology service at Hammersmith Hospital. Eur J Radiol 1999 ; 32 : 106-12.

12 Stirling B, et al. Radiology report times : impact of picture archiving and communication systems. AJR 1998 ; 170 : 1153-9.

13 Nguyen TD, Legrand P, Devie I, Cauchois A, Eymard JC. Qualitative assessment of the multidisciplinary tumor board in breast cancer. Bull Cancer 2008 ; 95 : 247-51.


 

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