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Impact des protocoles de chimiothérapie administrés pour cancer du sein métastatique sur le coût du traitement et la survie de 371 patientes traitées dans trois établissements de la région Rhône-Alpes


Bulletin du Cancer. Volume 96, Numéro 10, 929-40, octobre 2009, Article original

DOI : 10.1684/bdc.2009.0920

Résumé   Summary  

Auteur(s) : B Trombert Paviot, T Bachelot, G Clavreul, J-P Jacquin, D Mille, J-M Rodrigues , Université de Saint-Étienne, CHU de Saint-Étienne, hôpital Nord, SSPIM, bâtiment CIM 42, chemin de la Marandière, 42270 Saint-Étienne, France, Département de médecine, Centre Léon-Bérard, 28, rue Laennec, 69373 Lyon cedex 08, France, Département d’oncologie médicale, Institut de cancérologie de la Loire, 108 bis, avenue Albert-Raimond, 42270 Saint-Priest-en-Jarez, France, Service de santé publique et de l’information médicale, CHU de Saint-Étienne, université de Saint-Étienne, 42055 Saint-Étienne cedex 01, France.

Résumé : La chimiothérapie du cancer du sein métastatique se caractérise par la diversité des protocoles employés et l’utilisation de nouvelles molécules coûteuses posant le double problème du bénéfice pour les patients, et des conséquences financières pour les établissements de santé. Cette étude décrit les différents traitements chimiothérapiques prescrits dans les cancers du sein métastatiques et les coûts directs supportés par les établissements hospitaliers en relation avec la survie des patientes. Une série de 371 patientes traitées pour un cancer du sein métastatique a été suivie dans trois établissements de santé de la région Rhône-Alpes entre 2001 et 2006. Le détail de leurs différents traitements antinéoplasiques, ainsi que le coût d’acquisition des médicaments et leur coût d’administration hospitalier, le coût des autres hospitalisations sont présentés en relation avec leur survie. La survie médiane (35,8 mois \; IC 95 % : [31,7-39,1]) depuis la première évolution métastatique du cancer ne diffère pas significativement en fonction du centre. Quatre-vingt-treize protocoles différents sont observés associant une à cinq molécules. Trente-deux molécules différentes sont concernées. En première ligne, on observe une différence significative dans l’utilisation des nouvelles molécules selon le centre de soin (test du Chi 2 \; p <\; 10 –3). Le coût moyen d’une ligne est de 3 919 € (± 8 069 €), le coût le plus élevé est observé pour le trastuzumab (23 443 €). Le délai avant le début d’une nouvelle ligne est en moyenne de 212 jours (± 237 jours) et a donné lieu en moyenne à 3 903 € (± 4 097 €) de dépenses d’hospitalisation. Si aucun impact de la stratégie chimiothérapique n’a été mis en évidence sur la survie des patientes, il n’en est pas de même sur le coût hospitalier. Ces éléments plaident pour une meilleure régulation de la procédure d’autorisation de mise sur le marché (AMM) des nouvelles molécules et l’harmonisation des pratiques.

Mots-clés : chimiothérapie palliative, cancer du sein, métastase, coût, survie

ARTICLE

Auteur(s) : B Trombert Paviot1, T Bachelot2, G Clavreul3, J-P Jacquin3, D Mille3, J-M Rodrigues4

1Université de Saint-Étienne, CHU de Saint-Étienne, hôpital Nord, SSPIM, bâtiment CIM 42, chemin de la Marandière, 42270 Saint-Étienne, France
2Département de médecine, Centre Léon-Bérard, 28, rue Laennec, 69373 Lyon cedex 08, France
3Département d’oncologie médicale, Institut de cancérologie de la Loire, 108 bis, avenue Albert-Raimond, 42270 Saint-Priest-en-Jarez, France
4Service de santé publique et de l’information médicale, CHU de Saint-Étienne, université de Saint-Étienne, 42055 Saint-Étienne cedex 01, France

Article reçu le 8 Août 2008, accepté le 21 Avril 2009

Introduction

Le cancer du sein, en 20 ans (1980-2000), a vu son incidence s’accroître, alors que sa mortalité s’est stabilisée [1]. L’interprétation de ce paradoxe est en faveur de changements tant de l’histoire naturelle de la maladie que de l’enregistrement épidémiologique des cas et des pratiques médicales. Un des changements de pratique concerne la chimiothérapie adjuvante du cancer du sein qui a fait l’objet de consensus nationaux et internationaux [2-4] ; durant cette période, on observe une augmentation de la survie sans rechute et de la survie globale chez les patientes jusqu’à 70 ans [4, 5]. Il est difficile de relier ces constatations macroépidémiologiques et les modifications de pratique médicale.

Dans les phases avancées de la maladie, la recherche clinique a permis de mettre au point des protocoles de prise en charge dont l’efficacité est prouvée en phase expérimentale. Au cours de ces dix dernières années, plusieurs nouvelles molécules antinéoplasiques sont apparues sur le marché, il s’agit notamment d’inhibiteurs du fuseau (vinorelbine, paclitaxel, docétaxel), d’anticorps monoclonaux (trastuzumab) ou d’un dérivé oral du fluoro-uracil (capécitabine). Mais, la chimiothérapie des phases avancées de cancer du sein, encore appelée chimiothérapie palliative, pose le problème de la diversité des protocoles employés et les raisons de ces variations de pratiques. L’utilisation de plus en plus fréquente, dans ce type d’indication, des nouvelles molécules coûteuses car de mise sur le marché récente, accroît ce problème sous deux aspects : celui du bénéfice pour les patients, celui des conséquences financières pour les établissements de santé.

Les molécules innovantes sont la principale cause de l’augmentation des dépenses de médicaments à l’hôpital en France [6, 7]. En région Rhône-Alpes, cette augmentation des dépenses pharmaceutiques oncologiques a conduit l’Agence régionale de l’hospitalisation (ARH) à mener, en 1996, une enquête notamment au centre hospitalier universitaire de Saint-Étienne (CHUSE) — environ 3 500 malades traités pour cancer par an — et à la clinique de la Digonnière de l’Union départementale des sociétés mutuelles de la Loire (UDSML) située à Saint-Étienne — environ 1 500 malades traités pour cancer par an. Cette enquête confirmait le rôle de la modification des protocoles de chimiothérapie dans l’augmentation des coûts des antinéoplasiques sans augmentation significative du nombre de patients traités. De plus, ce rapport de l’ARH soulignait le manque de preuve scientifique de supériorité des nouvelles chimiothérapies en situation palliative dans des conditions réelles de traitement.

Aussi, devant la fréquence élevée des cancers du sein et le coût très important des chimiothérapies palliatives qu’ils entraînent, trois établissements de la région Rhône-Alpes ont entrepris une étude décrivant les différents traitements chimiothérapiques prescrits dans les cancers du sein métastatiques ainsi que leurs coûts directs supportés par les établissements hospitaliers en relation avec la survie des patientes.

Patients et méthode

Population

Une série de 371 patientes atteintes d’un cancer du sein métastatique a été suivie dans trois établissements de santé de la région Rhône-Alpes, 196 patientes pour le Centre régional de lutte contre le cancer Léon-Bérard (CLB) situé à Lyon, 90 patientes pour la clinique mutualiste de la Digonnière (UDSML) et 85 patientes pour le service d’oncologie du CHUSE. Seules les patientes débutant une ligne de chimiothérapie, quel que soit le rang de cette ligne, entre juin 2001 (pour les deux centres stéphanois, en octobre 2001 pour le centre lyonnais) et décembre 2003 ont été incluses. Depuis janvier 2003, les deux centres stéphanois n’en forment plus qu’un : l’Institut de cancérologie de la Loire (ICL).

Variables de l’étude

À l’inclusion, l’âge des patientes, les dates de début de leur cancer et de chaque évolution locorégionale ou métastatique ont été relevées à partir du dossier médical, de même que la nature des traitements anticancéreux chimiothérapiques reçus par la patiente avant son inclusion.

Le suivi des patientes a été assuré tous les trois mois jusqu’à la date de leur décès ou jusqu’au 31 janvier 2006, date de point. Le détail de leurs différents traitements antinéoplasiques (nom DCI du médicament, association éventuelle, dose reçue, mode d’administration) ont été recueillis mais aussi les prescriptions d’anticorps monoclonaux (trastuzumab), d’hormonothérapie et d’antiostéoclastiques. Parmi les médicaments antinéoplasiques, les molécules les plus récentes ont été distinguées : taxanes (docétaxel et paclitaxel), vinorelbine, gemcitabine, capécitabine, trastuzumab. Toutes les hospitalisations des patientes de l’étude, depuis leur inclusion, ont été décrites (diagnostics et actes) et codées afin de permettre leur classement dans un Groupe homogène de patients (GHM), en tenant compte également des dates d’hospitalisation et de l’âge de la patiente.

Évaluation des coûts

Le coût total des traitements comprend trois postes : le coût d’acquisition des médicaments, le coût d’administration hospitalier des chimiothérapies, le coût des autres hospitalisations. Pour ces deux derniers postes de dépenses, les coûts issus de l’Étude nationale de coûts (ENC), calculés annuellement dans le cadre du Programme de médicalisation du système d’information (PMSI), sont appliqués.

Coût d’acquisition des médicaments

Le détail de chaque traitement chimiothérapique de chaque patiente a été recueilli depuis l’inclusion (produit, dose, date d’administration) et valorisé à partir du prix unitaire commercial du médicament en vigueur en 2005. Cette valorisation est donc fonction de la dose exacte reçue par la patiente.

Coût des hospitalisations

L’ENC, reposant sur un recueil réalisé dans une cinquantaine d’hôpitaux, permet de calculer un coût moyen complet du séjour qui est la référence nationale. Chaque séjour hospitalier est classé dans un GHM selon les caractéristiques du patient et le type de soins. Le coût complet de référence peut être décomposé entre les différents postes de dépenses. Pour ne pas surévaluer le coût des médicaments, le coût moyen du poste de dépenses des molécules onéreuses (incluant principalement les chimiothérapies antinéoplasiques) a été défalqué du coût complet.

La classification utilisée est la version 10b (environ 750 GHM), et les coûts moyens de référence sont ceux calculés sur les données des années 2004 et 2005. Le point de vue adopté est celui du payeur ; il vise à mesurer le coût relatif d’un traitement par rapport à un autre.

Cette méthode de valorisation est appliquée aussi bien aux hospitalisations motivées par l’administration des chimiothérapies (coût hospitalier d’administration des chimiothérapies), qu’elles soient réalisées en hôpital de jour ou en hospitalisation complète, qu’aux autres hospitalisations (complications, événements intercurrents).

Méthode d’analyse

Pour chaque établissement, les caractéristiques et la survie des patientes ainsi que les associations moléculaires des différentes lignes de chimiothérapie sont décrites et comparées aux autres établissements au moyen d’une analyse univariée. Les survies sont calculées selon la méthode de Kaplan-Meier et comparées par un test du log-rank.

Afin de tenir compte de la durée variable de survie des patientes, le coût des médicaments reçus et celui des hospitalisations ont été rapportés à la durée de la période dite « d’action » d’une ligne de chimiothérapie, c’est-à-dire de la durée de réponse à ce traitement. Cette période est définie par l’intervalle séparant la date de début d’administration d’une ligne à la date de démarrage d’une autre ligne de chimiothérapie ou pour la dernière ligne au décès ou à la date de point.

Résultats

Caractéristiques et survie des patientes

Deux cent quatre-vingt-quinze (79,5 %) des 371 femmes sont décédées entre leur inclusion et la date de point (31 janvier 2006). Le recul médian de suivi des 76 patientes vivantes à cette date était de trois ans (36,1 mois). Trois femmes ont été perdues de vue : deux au CHUSE à 18,1 et 31,1 mois de suivi et une au CLB à 23,0 mois.

Le recrutement a été plus important en 2001 pour l’UDSML (40 % des patientes de cet établissement), en 2002 pour le CLB (50,5 %) et le CHUSE (43 %).

Les cas recrutés à l’UDSML sont un peu plus anciens : 34,4 % des femmes ont eu leurs cancers diagnostiqués avant 1993, et 44,4 % ont débuté leur maladie métastatique avant 2001. Au CHUSE, ces proportions sont respectivement de 18,8 et 30,6 %, et au CLB de 29,6 et 43,4 %.

Les femmes traitées au CLB sont en moyenne plus jeunes lors de la première évolution métastatique et celles de l’UDSML plus âgées (tableau 1). Les patientes du CHUSE ont un délai plus court d’évolution métastatique depuis le diagnostic initial, car elles sont plus souvent métastatiques d’emblée. Plus de cas ont été inclus au début de la maladie métastatique (pris en charge pour une première ligne de chimiothérapie palliative) au CHUSE.

Les patientes de ce centre ont un nombre moyen de sites métastatiques inférieur à celui du centre lyonnais. Toutes les patientes présentaient une atteinte ganglionnaire. Plus de trois quarts des patientes ont une localisation métastatique multiple. L’association métastatique la plus fréquente est une localisation osseuse et digestive (15,6 % des patientes), associée en plus à une localisation pleuropulmonaire (11,2 % des patientes).

La survie globale des patientes depuis le début du cancer (médiane 7,8 ans ; IC 95 % : [7,2-9]) ne diffère pas significativement en fonction du centre, de même que la survie depuis la première évolution métastatique du cancer (médiane 35,8 mois ; IC 95 % : [31,7-39,1]). Cette dernière diffère significativement selon le site métastatique (test du log-rank ; p = 0,001). Chez les 30 (8,1 %) patientes atteintes uniquement de lésions osseuses, la survie médiane après métastase est de 46,0 mois (IC 95 % : [29,9-58,0]). Chez les 91 patientes (24,5 %) souffrant de localisations cérébrales, la survie médiane est de 26,3 mois (IC 95 % : [22,9–33,9]). Enfin, chez les 250 (67,4 %) autres patientes présentant d’autres lésions viscérales, elle est de 37,7 mois (IC 95 % : [32,7-44,9]). Après ajustement sur ces trois groupes de localisation métastatique, on n’observe pas de différences de survie depuis la première évolution métastatique du cancer entre les patientes des trois établissements (test du rapport de vraisemblance ; p = 0,60).

Tableau 1 Caractéristiques des patientes et de l’évolution de leur cancer du sein.

CLB n = 196

CHUSE n = 85

UDSML n = 90

Total n = 371

p

Âge médian au diagnostic de métastase (années)

53

55,5

59

55

Délai moyen entre diagnostic du cancer et première métastase (mois)

40,9

25,6

40,0

36,5

Nombre de patientes métastatiques d’emblée

28 (14,3 %)

20 (23,8 %)

17 (18,9 %)

65 (17,6 %)

Nombre de première ligne à l’inclusion

78 (39,8 %)

52 (61,2 %)

38 (42,2 %)

168 (47,0 %)

*

Nombre moyen de sites différents

2,8 (± 1,3)

2,3 (± 1,0)

2,4 (± 1,3)

2,6 (± 1,3)

**

Localisation métastases

Os

134 (68,4 %)

63 (74,1 %)

59 (65,6 %)

256 (69,0 %)

Foie, péritoine

135 (68,9 %)

48 (56,5 %)

54 (60,0 %)

237 (63,9 %)

Poumon, plèvre

110 (56,1 %)

36 (42,4 %)

40 (44,4 %)

186 (50,1 %)

SNC

46 (23,5 %)

15 (17,6 %)

30 (33,3 %)

91 (24,5 %)

*

Localisation multiple

161 (82,1 %)

66 (77,6 %)

66 (73,3 %)

293 (79,0 %)

Survie

Survie globale médiane en années [IC 95 %]

7,9 [6,9-9,2]

6,3 [4,9-9,1]

8,5 [7,4-11,3]

7,8 [7,2-9]

Survie médiane depuis métastase en mois [IC 95 %]

37,1 [32,7-42,2]

28,9 [25,8-45,0]

35,6 [27,0-48,6]

35,8 [31,7-39,1]

Patientes incluses en début de maladie métastatique

Cent soixante-huit patientes parmi les 371 patientes ont été incluses dans les six mois suivant le diagnostic de la maladie métastatique. Pour ce sous-groupe, on n’observe pas de différence significative d’âge (médiane à l’inclusion : 55 ans) selon le centre. Le nombre médian de localisations métastatiques est de 2. La localisation osseuse est la plus fréquente (63 % des patientes). Cent vingt (71,4 %) de ces patientes sont décédées depuis leur inclusion, et le recul médian des patientes en vie est de 37,3 mois. La survie médiane de ces patientes depuis la première évolution métastatique est de 23,6 mois (IC 95 % : [19,9-26,6]) sans différence entre les trois centres (CLB, CHUSE, UDSML).

Traitements chimiothérapiques

Ensemble des traitements antinéoplasiques et anticorps monoclonaux

Les 371 patientes ont reçu au total 1 312 lignes chimiothérapiques depuis le stade métastatique de leur maladie, soit en moyenne 3,5 par patientes mais variant de 1 à 16 par patiente et plus élevé au CLB (4,0) qu’au CHU (3,1) et qu’à l’UDSML (3,2).

Quatre-vingt-treize protocoles différents sont observés associant une à cinq molécules différentes. Trente-deux molécules différentes sont concernées. Les taxanes (seuls ou en association) sont prescrits dans un tiers des traitements (33,2 %), un alcaloïde de la pervenche (principalement vinorelbine) dans 22,0 % des traitements. Ces traitements contenaient au moins une nouvelle molécule dans 75,6 % des cas. Trois cent quarante-neuf patientes (94,1 %) ont reçu au moins une ligne comportant une nouvelle molécule.

Les variations de traitement en fonction du rang de la ligne de chimiothérapie sont présentées dans le tableau 2.

Tableau 2 Caractéristiques des chimiothérapies palliatives reçues par les 371 patientes.

Rang de la ligne de chimiothérapie

Première ligne

Deuxième ligne et plus

Effectif

Pourcentage du nombre de lignes

Effectif

Pourcentage du nombre de lignes

Nombre de traitements

371

941

Nombre d’associations moléculaires différentes

42

81

Nombre de molécules différentes

16

30

Traitements avec nouvelles molécules

247

66,6 %

745

79,2 %

Traitements avec

Inhibiteurs du fuseau

234

63,0 %

508

54,0 %

dont taxanes

204

55,0 %

250

26,6 %

dont vinorelbine

33

8,9 %

234

24,9 %

Antimétaboliques

118

31,8 %

372

39,5 %

dont fluoro-uracile

104

28,0 %

77

8,2 %

dont capécitabine

7

1,9 %

182

19,3 %

dont gemcitabine

0

0 %

62

6,6 %

Agents intercalants

222

59,8 %

152

16,2 %

Agents alkylants

108

29,1 %

60

6,4 %

Anticorps monoclonaux (trastuzumab)

42

11,3 %

104

11,1 %

Proches des alkylants

8

2,2 %

98

10,4 %

Autres agents

1

0,3 %

15

1,6 %

Associations thérapeutiques observées dans les trois centres

En première ligne de chimiothérapie métastatique, on observe une hétérogénéité des traitements selon le centre de soin (tableau 3) avec une différence significative dans l’utilisation des nouvelles molécules (test du Chi2 ; p < 10–3). Parmi les 21 protocoles différents observés au CHUSE, 48,2 % des patientes ont reçu au moins une nouvelle molécule, et un peu moins de la moitié des patientes ont reçu un traitement de type « FEC » ou « FAC » (association 5-FU-épirubicine/doxorubicine-cyclophosphamide). À l’opposé, au CLB qui a prescrit 31 protocoles différents, le protocole majoritaire est une association taxanes (docétaxel ou paclitaxel) et doxorubicine ; 74,0 % des traitements comportaient au moins une nouvelle molécule. L’UDSML, qui présente 25 associations différentes et 67,8 % de traitements incluant au moins une nouvelle molécule, est en situation intermédiaire avec un quart d’association de taxanes et doxorubicine.

Pour les 168 patientes incluses entre 2001 et 2003 en début d’évolution métastatique, l’utilisation des nouvelles molécules atteint :

  • 78,2 % au CLB (se décomposant en 52,6 % de taxanes et 25,6 % de trastuzumab) ;
  • 57,9 % à l’UDSML (se décomposant en 44,7 % de taxanes et 13,2 % de trastuzumab) ;
  • 51,9 % au CHU (se décomposant en 36,5 % de taxanes et 15,4 % de trastuzumab).

Pour les 941 lignes ultérieures de chimiothérapie métastatique, l’hétérogénéité diminue entre les centres, mais les protocoles sont plus variés. Les associations moléculaires sont moins fréquentes. La capécitabine et la vinorelbine, en traitement isolé, sont les chimiothérapies les plus fréquentes dans les trois établissements (tableau 4).

Au CHUSE, on observe 38 protocoles différents, et 85,4 % des traitements utilisent au moins une nouvelle molécule. L’UDSML présente également 38 protocoles différents, et 78,1 % utilisent au moins une nouvelle molécule. Le CLB présente un grand nombre (65) d’associations moléculaires différentes, et 77,7 % utilisent au moins une nouvelle molécule. La fréquence d’utilisation des nouvelles molécules ne diffère pas significativement entre les trois centres.

Tableau 3 Traitements les plus fréquents (80 %) reçus par les 371 patientes en première ligne.

Protocole

Total n (%)

CLB (%)

CHUSE (%)

UDSML (%)

Doxorubicine-docétaxel ou paclitaxel

98 (26,4)

37,8

2,4

24,5

5-FU-épirubicine ou doxorubicine-cyclophosphamide

81 (21,8)

14,8

45,9

14,4

Docétaxel

39 (10,5)

13,3

10,6

4,4

Paclitaxel-trastuzumab

31 (8,4)

9,7

9.4

4.4

Paclitaxel

16 (4,0)

1,0

8,2

7,8

Vinorelbine

13 (3,8)

3,1

1,2

6,7

Doxorubicine

13 (3,5)

5,1

0,0

3,3

Capécitabine

7 (2,2)

1,0

2,4

3,3



Tableau 4 Traitements les plus fréquents (84 %) reçus à partir de la deuxième ligne.

Protocole

Total n (%)

CLB (%)b

CHUSE (%)b

UDSML (%)b

Capécitabinea

174 (18,5)

21,0

13,6

14,9

Vinorelbinea

129 (13,7)

14,9

10,2

12,9

Docétaxela

95 (10,1)

10,5

11,9

7,0

Paclitaxela

56 (5,9)

4,9

9,7

5,5

Vinorelbinea-trastuzumaba

39 (4,1)

2,8

8.0

5.0

Doxorubicine

39 (4,1)

4,6

4,0

3,0

Gemcitabinea

34 (3,6)

5,1

1,7

1,0

Paclitaxela-trastuzumaba

24 (2,6)

0,9

6,3

4,0

Mitomycine-vinblastine

21 (2,2)

3,7

0,0

0,0

5-FU-cyclophosphamide-méthotrexate

20 (2,1)

0,5

1,1

7,5

Vinorelbinea-cisplatine

19 (2,0)

1,8

0,6

4,0

Méthotrexate

18 (1,9)

2,5

1,1

1,0

Doxorubicine-docétaxela

16 (1,7)

1,9

0,0

2,5

5FU-vinorelbinea

13 (1,4)

1,2

1,7

1,5

Gemcitabinea-oxaliplatine

13 (1,4)

0,2

1,7

4,5

5FU

12 (1,3)

0,5

0,6

4,0

Trastuzumaba

11 (1,2)

0,7

4,0

0,5

Vinorelbinea-oxaliplatine-5FU

11 (1,2)

1,7

0,0

0,0

Carboplatine-gemcitabinea

10 (1,1)

1,6

0,6

0,0

Docétaxela-trastuzumaba

10 (1,1)

0,7

1,7

1,5

Vinorelbinea-mitoxantrone

10 (1,1)

0,7

1,1

2,0

Mitoxantrone-mitomycine-méthotrexate

10 (1,1)

1,8

0,0

0,0

Vinorelbinea-épirubicine

9 (1,0)

0,2

4,0

1,0

Coût des lignes de chimiothérapie

Pendant la période d’étude, les doses précises de 1 045 lignes de chimiothérapie ont été recueillies. Après valorisation, le coût moyen d’une ligne est de 3 919 € (± 8 069 €), leur période d’action dure en moyenne 212 jours (± 237 j), et le coût moyen par journée « d’action » est de 24,6 € (± 45,4 €). Chez les patientes atteintes de métastases osseuses uniquement, ce coût est inférieur à 16,0 € (± 19,6 €), contre 23,7 € (± 27,4 €) pour les patientes avec métastases cérébrales et 25,4 € (± 51,5 €) pour les autres localisations. Ce coût journalier ne diffère pas significativement entre les trois établissements : 27,7 € (± 29,7 €) pour le CHUSE, 22,7 € (± 50,1 €) pour le CLB et 25,6 € (± 44,4 €) pour l’UDSML (test de Fisher ; p = 0,34). Le coût des associations les plus fréquentes est présenté dans le tableau 5. La dernière ligne recueillie pour les 76 patientes non décédées (7,2 % des 1 045 chimiothérapies) a vu sa durée d’action censurée, mais les coûts moyens observés après exclusion de ces traitements ne diffèrent pas significativement de ceux présentés dans le tableau 5. L’ensemble des chimiothérapies d’une patiente a coûté en moyenne 11 038 € pendant leur suivi.

Chez les 168 patientes incluses en début d’évolution métastatique, le coût moyen observé d’une ligne est plus élevé (4 980 ± 9 293 €), le coût de l’ensemble des lignes d’une patiente jusqu’à la fin du suivi est en moyenne de 13 457 € (minimum 19 €, maximum 117 155 €). La période « d’action » moyenne d’une ligne est de 237 jours (± 282 jours), et le coût moyen quotidien de 27 € (± 38 €, minimum 0,03 €, maximum 440 €).

Tableau 5 Coût moyen d’une ligne de chimiothérapie : 30 plus fréquents (90,1 %).

Chimiothérapies

Hospitalisations

Association thérapeutique

Nombre lignes

Coût moyen ligne (€)

Durée moyenne action (jours)

Coût ligne/jour (€)

Coût moyen administration

Coût moyen complications

Coût moyen autres hospitalisations

Coût total hospitalisations/jour

Capécitabine (per os)

180

1 737

239

7,6

-

211

1 238

13,5

Vinorelbine

114

918

149

8,1

2 167

325

1 713

48,4

Docétaxel

100

5 809

214

45,4

1871

407

1 325

31,1

Paclitaxel

58

1 161

181

10,3

2 362

196

1 215

42,4

Doxorubicine-docétaxel

55

6 634

241

36,1

2 073

997

1 489

32,2

Doxorubicine

50

3 598

148

30,1

1 471

285

1 635

57,3

Paclitaxel-trastuzumab

49

14 504

256

94

5 704

245

1 481

90,5

Vinorelbine-trastuzumab

37

12 816

273

49,6

5 238

286

2 452

36,1

Gemcitabine

34

1 238

95

15,7

1 305

503

986

32,9

Doxorubicine-paclitaxel

30

1 984

251

10,8

2 095

578

1 330

24,6

5FU-épirubicine-cyclophosphamide

28

2 025

624

5,7

2 078

207

1 912

10,7

Vinorelbine-cisplatine

18

700

109

7,5

2 963

1 257

2 164

65,7

Mitomycine-vinblastine

18

133

106

1,6

1 067

108

1 837

65,4

Méthotrexate

17

243

90

3,4

2 125

121

2 101

63

5FU-doxorubicine-cyclophosphamide

15

475

459

4,4

1 349

521

1 487

29,2

Trastuzumab

13

23 443

555

52,2

5 723

124

1 109

21,5

Docétaxel-trastuzumab

12

13 877

158

95,3

4 142

262

1 373

33,5

Gemcitabine-oxaliplatine

12

6 896

172

47,4

2 298

297

1 268

55,7

Vinorelbine-épirubicine

10

1 703

167

18,6

2 638

727

812

42

5FU-vinorelbine

10

1 164

180

10

3 243

716

1 793

92

Carboplatine-gemcitabine

10

883

85

13,5

870

614

1 463

37,3

Mitoxantrone

10

678

323

5,7

2 336

-

3 084

37,5

5FU-cyclophosphamide-méthotrexate

9

76

218

0,4

2 067

383

519

25,1

5FU

9

49

52

1,2

1 798

987

281

61,9

Vinorelbine-docétaxel

8

7 504

222

35,4

2 847

477

2 397

34,3

Vinorelbine per os

8

6 379

99

66,3

-

-

1 144

14,7

Vinorelbine-mitoxantrone

8

1 812

171

12,6

1797

538

1 563

20,7

Vinorelbine-oxaliplatine-5FU

7

5 579

201

30,7

2 051

300

921

21,4

Mitoxantrone-mitomycine-méthotrexate

7

1 019

193

5,4

1 623

307

2 418

23,3

Cyclophosphamide per os

6

11

108

0,1

-

359

516

7,4

Autres traitements médicamenteux

Hormonothérapie

Deux cent quatre-vingt-dix-neuf patientes (80,6 %) ont bénéficié d’une hormonothérapie depuis la première évolution métastatique de leur cancer : 71 (83,5 %) au CHUSE, 76 (82,2 %) à l’UDSML, 152 (77,6 %) au CLB. Le nombre moyen de traitements hormonaux varie selon l’établissement de 1,8 au CHUSE, 2,2 à l’UDSML à 2,7 au CLB (test de Fisher ; p < 10–3).

Les 710 traitements reçus par les patientes au cours de leur suivi sont composés de 13 molécules différentes : exemestane, tamoxifène, anastrozole, létrozole, mégestrol, fulvestrant, triptoréline, médroxyprogestérone, leuproréline, goséréline, amidoglutéthimide, torémifène, formestane. Dans 5,9 % des cas, deux molécules sont associées ; il s’agit le plus souvent d’agonistes de la LH-RH associés à une antiaromatase ou un antiestrogène. Exemestane, tamoxifène, anastrozole, létrozole et mégestrol, pris en traitement isolé, représentent 89,4 % des traitements, et leur coût moyen diffère (tableau 6). Le CLB a prescrit plus d’exemestane (25 %), le CHU plus de létrozole (29 %).

Tableau 6 Caractéristiques des hormonothérapies en fonction de l’établissement.

Hormonothérapie

CLB Effectif (%)

UDSML Effectif (%)

CHUSE Effectif (%)

Total Effectif (%)

Cout moyen (€)

Exemestane

107 (25,9)

30 (18,1)

24 (18,3)

161 (22,7)

1 034,2

Tamoxifène

74 (17,9)

32 (19,3)

24 (18,3)

130 (18,3)

440,3

Anastrozole

83 (20,1)

25 (15,1)

21 (16,0)

129 (18,2)

1 921,7

Létrozole

52 (12,6)

33 (19,9)

38 (29,0)

123 (17,3)

1 948,3

Mégestrol

64 (15,5)

22 (13,3)

6 (4,6)

92 (13,0)

549,9

Autres traitements

33 (8,0)

24 (14,5)

18 (13,7)

75 (10,6)

2 026,8

Total

413

166

131

710

1 268,0

Traitements antiostéoclastiques

Cinquante-neuf patientes (15,9 %) ont reçu un ostéoclastique par voie parentérale lors d’une hospitalisation de jour (= HJ) [50 traitements par acide zolédronique et 19 par acide pamidronique, dix patientes ont eu les deux médicaments]. Il n’y a pas de différence de fréquence entre les trois établissements. Le coût moyen de ces traitements était de 1 289 € (± 1 266 €) par patiente. De plus, 21 patientes (dont 17 de l’UDSML) ont pris un traitement oral par clodronate disodique de coût moyen 209 € (± 131 €).

Hospitalisations

Les 371 patientes sont venues 2 225 fois en hospitalisation pendant la période de suivi. Huit cent quarante-sept (11,4 %) venues étaient des hospitalisations de plus de 24 heures (hospitalisation complète = HC), les autres venues se sont faites en HJ. Le nombre moyen d’hospitalisations par patiente ne varie pas significativement entre les trois centres : 2,1 HC et 16,2 HJ pour le CLB, 2,6 HC et 18,4 HJ pour le CHU, 2,4 HC et 20,9 HJ pour l’UDSML.

Ces hospitalisations sont groupées dans 88 GHM différents. La valorisation de ces hospitalisations hors chimiothérapie se répartit en 2 470 827 € (54,4 %) pour l’HC et 2 071 963 € (45,6 %) pour l’HJ. Le CHU présente des coûts plus élevés en HC (61,8 % de ses coûts d’hospitalisation) du fait d’une proportion de séjours chirurgicaux plus importants (2,1 % contre moins de 0,2 % pour les deux autres établissements). L’ensemble des hospitalisations (quel qu’en soit le motif) d’une patiente a coûté en moyenne 10 993 € pendant leur suivi.

Le coût hospitalier d’administration est en moyenne de 2 117,4 € par ligne de chimiothérapie, mais il existe des variations importantes : il est nul en cas de chimiothérapie per os (tableau 5) maximal pour les chimiothérapies par trastuzumab (5 723 €). Le coût moyen hospitalier induit par les complications d’une chimiothérapie est de 403,5 €, ce sont principalement des hospitalisations pour anémie, thrombopénie, aplasie médullaire, syndrome infectieux, transfusion. Les autres hospitalisations survenant pendant la durée d’action d’une ligne de chimiothérapie ont coûté en moyenne 1 602,1 €. Au total l’ensemble des hospitalisations a coûté en moyenne 3 903 € (± 4097 €), soit un coût moyen de 37,4 € (± 79,3 €) de la journée d’action.

Pour le sous-groupe des patientes incluses en début de maladie, ce coût moyen est un peu supérieur à 4 263 € (± 4 040 €) mais n’est plus différent une fois rapporté à la journée « d’action » 37,0 € (± 59,7 €).

Discussion

Cette étude d’observation décrit les traitements de patientes à des stades différents de leur évolution métastatique et sur une période restreinte : elle ne permet pas de conclure sur la plus grande efficacité d’une association par rapport à une autre comme pourrait le faire un essai randomisé. Cependant, cette étude suit une démarche pragmatique complémentaire et recommandée et décrit l’utilisation des molécules en pratique quotidienne [8]. Elle confirme les attitudes variables dans la chimiothérapie des cancers du sein métastatique avec un nombre important d’associations thérapeutiques différentes (93 au total), mais aussi un arsenal de molécules utilisées très diversifié (32 molécules) et une fréquence élevée d’emploi de molécules onéreuses (trois quarts des chimiothérapies) qui a concerné 94 % des patientes. Si la diversité des protocoles de chimiothérapie et le recours aux molécules récentes ne sont pas des particularités du cancer du sein, la forte proportion de malades concernées est particulière à cette localisation.

Une variété de prescriptions est observée entre les établissements durant la même période et dans la même région. La variation la plus grande concerne la prescription en première ligne de chimiothérapie du protocole de type « FEC » (association 5-FU-épirubicine-cyclophosphamide) ou « FAC » (5-FU-doxorubicine-cyclophosphamide), protocole ancien, qui reste fréquent au CHUSE (46 %) contrairement aux deux autres centres où il est prescrit aussi mais dans moins de 15 % des cas, alors même que les cas recrutés sont un peu plus récents au CHUSE ; ce protocole étant prescrit essentiellement en première ligne, le nombre plus important de patientes métastatiques d’emblée au CHUSE peut expliquer en partie sa fréquence accrue dans cet établissement. Il est aujourd’hui admis que les taxanes en association ou non sont le traitement recommandé en première ligne palliative [10, 11].

Une différence aussi bien qualitative que quantitative de l’hormonothérapie entre les établissements. Comme pour les traitements antinéoplasiques, le CLB prescrit en moyenne plus de traitements.

Ces différences peuvent être rattachées à des variations de pratique mais peuvent être influencées par d’autres éléments comme une participation variable aux essais cliniques selon l’établissement, information non enregistrée dans cette étude, ainsi que par le recrutement un peu différent entre les trois établissements (par exemple, patientes plus âgées à l’UDSML). Outre que l’étude ne portait que sur des patientes ayant reçu au moins une chimiothérapie palliative (excluant les femmes traitées seulement par hormonothérapie), une partie seulement des patientes susceptibles d’être incluses semblent l’avoir été dans les trois établissements. On observe ainsi une baisse des inclusions, en 2003, mais il existe aussi un manque d’exhaustivité du recrutement en 2001 et 2002. Au CHUSE par exemple, en 2001, la base médicoéconomique (« PMSI ») compte 81 patientes différentes codées en métastase de cancer du sein et venues pour de la chimiothérapie et 79 en 2002 ; seules 36 de ces patientes ont été incluses en 2002 et 22 au cours du second semestre de 2001. Cela peut expliquer en partie les caractéristiques un peu différentes des patientes des trois centres et notamment la fréquence plus élevée de patientes métastatiques d’emblée au CHUSE de pronostic plus défavorable. On pensait peut-être plus souvent à inclure les nouvelles patientes.

Quoi qu’il en soit, la survie des patientes n’est pas significativement différente selon le centre. Il n’y a donc pas d’impact évident de la stratégie de traitement sur la survie des patientes étudiées sur cette période 2001-2005. La littérature est en faveur d’une augmentation de la survie des patientes métastatiques mesurée sur une plus longue période. L’étude de André et al., comparant la survie de 381 patientes atteintes d’un cancer du sein métastatique d’emblée diagnostiquées entre 1994 et 2000 à celle de 343 femmes diagnostiquées entre 1987 et 1993, trouve une amélioration significative de la survie de six mois et observe que l’utilisation des nouvelles molécules est passée de 10 à 58 % entre ces deux périodes [9]. Cette étude comparant deux cohortes historiques suggère que l’augmentation de survie serait liée au traitement. Dans notre étude, 94 % des femmes ont reçu au moins une nouvelle molécule. Il y a donc eu une large diffusion des nouvelles molécules qui si elles n’étaient pas employées en première ligne l’ont été dans les lignes ultérieures. Notre étude pragmatique montre le caractère spontané de cette diffusion de l’innovation thérapeutique avec un certain décalage entre les établissements.

La survie médiane des patientes depuis leur évolution métastatique, d’environ trois ans, est surestimée, car le recrutement de l’étude inclut l’ensemble des patientes traitées que ce soit en première ligne ou lors d’une ligne ultérieure ; il y a donc une surreprésentation de patientes de survie « longue ». Lorsqu’on considère la population des 168 femmes incluses pour leur première ligne de chimiothérapie palliative, la survie médiane n’est plus que d’environ deux ans (23,6 mois), ce qui est conforme aux données de la littérature [9, 12] ; dans ce sous-groupe, il n’y a plus de différence significative des caractéristiques des patientes entre les centres.

Un autre critère important de résultat de la chimiothérapie palliative du cancer du sein métastasé est son impact sur la qualité de vie. Malheureusement, dans deux des trois centres, il n’y a pas eu de mesure régulière de la qualité de vie ce qui n’a pas permis de l’exploiter.

L’impact des traitements est, en revanche, très net sur le coût. Les associations thérapeutiques comportant des anticorps monoclonaux (trastuzumab) sont responsables d’un coût (médicaments + hospitalisations) en moyenne cinq fois plus élevé que les associations de type « FEC/FAC ». Le trastuzumab est coûteux du fait de son coût d’acquisition, mais aussi du fait de son utilisation hebdomadaire et longue jusqu’à progression de la maladie entraînant un coût d’administration également très élevé. Même lorsqu’on tient compte de la durée de réponse, le coût journalier reste plus élevé que pour les traitements anciens, l’association taxanes-trastuzumab présentant le coût journalier le plus élevé. Du fait notamment de l’absence de coût hospitalier d’administration, les traitements per os entraînent un coût nettement inférieur aux traitements intraveineux. Au final, les coûts moyens de chimiothérapie observés par période d’action, quel que soit le protocole, ne diffèrent pas significativement entre les trois établissements. Ce résultat s’explique par la large diffusion des molécules onéreuses qui, si elles n’ont pas été utilisées en première ligne comme au CHUSE, l’ont été dans les lignes ultérieures.

Les coûts d’hospitalisation présentés (hors ambulatoire) se placent du point de vue du payeur et concernent les coûts quasi complets (dépenses médicales et logistiques, variables et fixes) [13]. Ils sont probablement légèrement en deçà de la réalité, car l’étude excluait l’hospitalisation à domicile, et il est possible que quelques hospitalisations (notamment en fin de vie), ayant lieu dans d’autres établissements que ceux de l’étude, aient échappé au recueil.

Au niveau national, un sixième des dépenses hospitalières totales est liée au traitement du cancer. La chimiothérapie représente 16 à 18 % de cette activité (1,4 milliard d’euros en 1999) ; le coût des médicaments anticancéreux représente 32 % du marché pharmaceutique hospitalier [6]. La part des chimiothérapies palliatives est prépondérante. Le rapport de l’ARH de Rhône-Alpes montrait, en 1996, que dans les deux établissements stéphanois de l’étude, 60 à 70 % des cures de chimiothérapie correspondaient à des traitements palliatifs, et que celles-ci représentaient environ 75 % des dépenses totales de chimiothérapie. Pendant la période de suivi de cette étude, le coût total des médicaments (11 038 € en moyenne par patiente) et celui des hospitalisations (10 993 € en moyenne par patiente) étaient équivalents, montrant la part très importante des dépenses en médicaments dans le coût du traitement hospitalier des cancers du sein métastatique. La part des dépenses de chimiothérapie est croissante : en France, elle a augmenté de 48 % entre 1999 et 2004 [14]. Ces dépenses ne peuvent que continuer à augmenter du fait :

  • des indications plus larges de certains médicaments coûteux tels que le trastuzumab dont l’autorisation de mise sur le marché (AMM) admet désormais son utilisation en traitement adjuvant chez les patientes positives aux récepteurs HER2. Bientôt, la plupart des patientes en évolution métastatique auront déjà reçu un taxane et une anthracycline en adjuvant. De ce fait, les premières lignes de chimiothérapie vont sans doute évoluer vers d’autres substances, nouvelles et donc plus coûteuses ;
  • des innovations thérapeutiques telles que le bévacizumab, anticorps monoclonal agissant sur le facteur de croissance VEGF dont le coût actuel est deux fois plus élevé que celui du trastuzumab, sans compter le coût à venir de molécules en cours d’AMM comme le lapatinib, anti-HER2.

La stratégie française, par le biais des autorisations temporaires d’utilisation des médicaments hors AMM facilite la large diffusion des innovations qui les rendent accessibles à l’ensemble des patients sans que les protocoles d’utilisation soient contrôlés. La régulation repose essentiellement sur les professionnels de santé qui s’engagent à leur bon usage [15]. Quant au prix très élevé des nouvelles molécules dès obtention de l’AMM (qui apparaît parfois exorbitant), justifié par l’importance de l’investissement en recherche et certains essais contrôlés [16], il paraît surtout responsable d’une augmentation des dépenses sans évaluation du bénéfice en situation réelle sur la population des malades.

Ces éléments plaident pour une approche médicoéconomique, source d’une meilleure rationalité des soins [17] :

  • d’une part, une meilleure régulation de la procédure d’AMM par les pouvoirs publics devrait imposer un protocole de bon usage validé par des oncologues indépendants de l’industrie pharmaceutique, permettant ainsi une amélioration du résultat sanitaire en pratique et pas seulement dans des essais randomisés contrôlés ;
  • d’autre part, l’harmonisation des pratiques doit être assurée à l’intérieur de la profession et parmi les spécialistes.

À Saint-Étienne, le rapprochement des pratiques a déjà commencé avec la création de l’ICL réunissant les services d’oncologie du CHUSE et de l’UDSML, qui a été décidé dans le cadre du Schéma régional d’organisation sanitaire (SROS) de la région Rhône-Alpes, et qui est effectif depuis 2003. À l’échelle nationale, émergent des travaux [18] visant à obtenir une attitude consensuelle et à mettre à disposition des professionnels de santé des recommandations sur la chimiothérapie du cancer du sein métastatique. Cette approche médicoéconomique est essentielle pour justifier la prise en charge financière par l’assurance maladie et continuer à garantir une égalité des chances pour les patientes.

Remerciements

À Natacha Guillien et Ghariba El-Asri, attachées de recherche clinique. Au Pr Bruno Perpoint (†) initiateur de cette étude.

Cette étude a été financée dans le cadre de deux programmes hospitaliers de recherche clinique (2000 et 2003).

Références

1 Remontet L, Estève J, Bouvier AM, Grosclaude P, Launoy G, Menegoz F, et al. Cancer incidence and mortality in France over the period 1978-2000. Rev Epidemiol Sante Publique 2003 ; 51  : 3-30.

2 Goldhirsh A, Glick J, Gelber R, Senn HJ. Meetings highlights: international consensus panel on the treatment of primary breast cancer. J Natl Cancer Inst 1998 ; 90 : 1601-8.

3 NIH, National Institute of Health. Adjuvant therapy for breast cancer. Bethesda, 1-3 November 2000. Available: URL: http://Consensus.nih.gov/2000/2000 AdjuvantTherapy Breast Cancer114html.htm.

4 Mauriac L, Luporsi E, Cutuli B, Garbay JR, Giard S, Spyratos F, et al. Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer. In : Cancers du sein infiltrants non métastatiques. Paris : John Libbey Eurotext, 2001. Standards : Options & Recommandations, vol 12.

5 Early Breast Cancer Trialists’ Collaborative Group. Polychemotherapy for early breast cancer: an overview of the randomised trials. Lancet 1998 ; 352 : 930-42.

6 Lévy C, Bonastre J. Le coût de la chimiothérapie. Bull Cancer 2003 ; 90 : 976-82.

7 Buron C, Doz M, Livartowski A. Molécules onéreuses. Analyse des dépenses en Île-de-France. Gestions Hosp 2006 ; 453 : 135-40.

8 Fagnani F, Colin X, Arveux P, Coudert B, Misset JL. Cost/effectiveness analysis of adjuvant therapy with trastuzumab in patients with HER2 positive early breast cancer. Bull Cancer 2007 ; 94 : 711-20.

9 Andre F, Slimane K, Bachelot T, Dunant A, Namer M, Barrelier A, et al. Breast cancer with synchronous metastases: trends in survival during a 14-year period. J Clin Oncol 2004 ; 22 : 3302-8.

10 http://oncolor.org/referentiels/sein/sein_ttt_meta_arb.htm#tablo — Date de révision : 9 février 2007.

11 Recommandations pour la pratique clinique : Saint-Paul-de-Vence 2007 « cancers du sein ». http://cours-saint-paul.fr/10/recommandations/texte-integral.pdf.

12 O’Shaughnessy J. Extending survival with chemotherapy in metastatic breast cancer. Oncologist 2005 ; 10 (suppl 3) : 20–29. www.TheOncologist.com.

13 Launois R, Vergnenègre A, Garrigues B. Notions et mesure des coûts en fonction de la perspective choisie. Bull Cancer 2003 ; 90 : 946-54.

14 Institut national du cancer. Analyse économique des coûts du cancer en France. In : Études et expertises. 2007.

15 Institut national du cancer. Rapport sur la situation du cancer en France en 2007. 154 pages. http://www.e-cancer.fr/.

16 Jassem J, Pieńkowski T, Płuzańska A, Jelic S, Gorbunova V, Mrsic-Krmpotic Z, et al. Doxorubicin and paclitaxel versus fluorouracil, doxorubicin and cyclophosphamide as first-line therapy for women with metastatic breast cancer. Final results of a randomized phase III multicenter trial. J Clin Oncol 2001 ; 19 : 1707-15.

17 Mille D, Roy T, Carrere MO, Ray I, Ferdjaoui N, Spath HM, et al. Economic impact of harmonizing medical practices: compliance with clinical practice guidelines in the follow-up of breast cancer in a French Comprehensive Cancer Center. J Clin Oncol 2000 ; 18 : 1718-24.

18 Campone M, Deplanque G, Dohollou N, Gligorov J, Largillier R, Namer M, et al. Cancer du sein métastatique. Oncologie 2008 ; 10 : 136-48.


 

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