ARTICLE
Auteur(s) : C
Bonaïti-Pellié1,2, N Andrieu3,4,5, P
Arveux6, V Bonadona7,8,9, B
Buecher4,10, M Delpech11,12,13, D
Jolly14, C Julian-Reynier15,16,17, E
Luporsi18, C Noguès19,20, F
Nowak21, S Olschwang22,17, F
Orsi23,24,25, P Pujol23,24,25, J-C
Saurin29, O Sinilnikova7,9,27,28, D
Stoppa-Lyonnet4,11, F Thépot29
1Inserm, U535, Villejuif, France
2Université Paris-Sud, Villejuif, France
3Inserm, U900, Paris, France
4Institut Curie, Paris, France
5École des mines de Paris, ParisTech,
Fontainebleau, France
6Centre Georges-François Leclerc, Dijon, France
7Université de Lyon, France
8CNRS, UMR5558, Lyon, France
9Centre Léon-Bérard, Lyon, France
10Hôpital européen Georges-Pompidou, Paris, France
11Université Paris-Descartes, France
12Hôpital Cochin, AP-HP, France
13Inserm, U567, institut Cochin, France
14CHU de Reims, France
15Inserm, UMR 912, Marseille, France
16Université d’Aix-Marseille, France
17Institut Paoli-Calmettes, Marseille, France
18Centre Alexis-Vautrin, Vandœuvre-lès-Nancy, France
19Centre René-Huguenin, Saint-Cloud, France
20Inserm, U735, Saint-Cloud, France
21Institut national du cancer, France
22Inserm, U891, Marseille, France
23CHU de Montpellier, France
24Inserm, U896, Montpellier, France
25CRCM Val d’Aurelle, Montpellier, France
26Centre hospitalier de Lyon-Sud, Pierre-Bénite,
France
27Hospices civils de Lyon, France
28CNRS, UMR 5201, Lyon, France
29Agence de la biomédecine, Saint-Denis
La Plaine, France
Article reçu le 11 Février 2009, accepté le 2 Juillet 2009
Introduction
L’oncogénétique est une discipline récente qui s’est organisée dans
les années 1990, avec la mise en évidence de formes héréditaires de
cancers communs, d’abord par analyse de données familiales puis par
la localisation et l’identification de gènes dont les mutations
sont à l’origine d’une forte prédisposition aux cancers colorectaux
et de l’endomètre (gènes MMR) et aux cancers du sein et de l’ovaire
(gènes BRCA1 et BRCA2). Les premières consultations de
génétique se sont organisées en France sous l’impulsion du Groupe «
Génétique et Cancer » (GGC) qui s’est créé en 1991 au sein de la
Fédération des centres de lutte contre le cancer (FNCLCC).
À partir de 2003, le Plan cancer a permis de renforcer,
développer et structurer l’oncogénétique au plan national. Après
cette phase de structuration et de renforcement du dispositif
d’oncogénétique, il est apparu souhaitable de procéder à une
réactualisation de l’estimation des besoins de la population dans
ce domaine. La synthèse présentée ici résulte du travail qui a
été confié à un groupe d’experts par l’Institut national du cancer
dans cet objectif. Ce groupe de travail pluridisciplinaire
était constitué d’experts en santé publique, en épidémiologie, en
génétique, des cliniciens et des représentants des sciences
sociales. Sept réunions ont eu lieu entre septembre 2007 et
septembre 2008. Il a fallu dans un premier temps définir le
cadre de travail. Il est apparu clairement que les
prédispositions à l’origine de formes héréditaires de cancers
rares, dont la prise en charge est organisée en réseau spécifique,
présentent actuellement une certaine stabilité, mais que l’on
pouvait attendre une évolution importante dans les prédispositions
à l’origine de formes héréditaires de cancers communs pour lesquels
des gènes sont identifiés, c’est-à-dire essentiellement les
prédispositions aux cancers du sein et de l’ovaire et les
prédispositions aux cancers colorectaux.
Les sources d’information ont été :
- – les rapports d’activité des consultations et des
laboratoires pratiquant des tests en 2003, 2004, 2005, 2006 et 2007
(http://www.e-cancer.fr) ;
- – la littérature sur le sujet concernant la prise en
charge des prédispositions génétiques (conseil génétique,
prescription des tests, suivi clinique, dépistage, prophylaxie,
etc.), les risques estimés chez les porteurs de mutations et les
facteurs modificateurs de ce risque, les bénéfices apportés par le
suivi des personnes porteuses ou susceptibles de l’être ;
- – l’expérience personnelle des experts et les premiers
résultats d’études en cours entreprises sous l’égide du GGC ;
- – les données des registres de cancers regroupés dans le
réseau FRANCIM (FRANce-Cancer-Incidence et Mortalité).
Cette synthèse est structurée en cinq parties qui correspondent
aux questions qui ont paru fondamentales au groupe de travail.
Quelle est l’utilité clinique des consultations et des tests ?
Les recommandations actuelles sur l’identification et la prise
en charge des personnes prédisposées ont-elles bien diffusé ?
Doit-on modifier les critères d’accès aux consultations et aux
tests ? Quel serait l’impact de telles modifications ? Faut-il
modifier l’organisation de l’oncogénétique ? Le rapport se
termine par une série de recommandations en termes de prise en
charge, mais également en termes de recherches à mener pour
préciser certaines indications des tests génétiques et évaluer
l’impact des recommandations.
Dans ces différents chapitres, les deux types de prédisposition
majeure sont traités séparément lorsqu’ils ont des spécificités
importantes.
Utilité clinique des consultations
et des tests
La spécificité de l’oncogénétique est de s’intéresser à des
prédispositions héréditaires qui, pour la plupart, ne sont
responsables que d’une faible proportion des cas dans des
affections très communes. L’objectif est d’identifier et de prendre
en charge des personnes prédisposées, c’est-à-dire porteuses d’une
mutation génétique, identifiée ou non, conférant un risque très
accru de cancer par rapport à la population générale. En pratique,
la consultation de génétique cherche à évaluer la probabilité
qu’une personne atteinte d’un cancer donné soit porteuse d’une
prédisposition et, s’il y a lieu, de prescrire une recherche de
mutation. Le résultat de cette recherche de mutation peut
modifier le schéma thérapeutique et préventif de la personne
atteinte de cancer (le cas index). Il aura surtout une
influence majeure sur la prise en charge de ses apparentés. En
effet, si une mutation est trouvée, il est alors possible
d’identifier, parmi les apparentés indemnes, des personnes
porteuses de mutations à qui l’on proposera des mesures de
prévention primaire (chirurgie prophylactique essentiellement) ou
secondaire telles qu’un dépistage à des fins de diagnostic précoce
; les personnes non porteuses de mutations bénéficieront des
mesures de prévention préconisées en population générale. Si aucune
mutation n’est trouvée chez le cas index, cela n’élimine pas la
possibilité que la personne soit prédisposée et l’on propose alors,
selon l’importance de l’histoire familiale, une surveillance
adaptée à tous les apparentés proches.
L’utilité clinique des consultations et des tests est évidente
pour les personnes reconnues non porteuses de la mutation
identifiée dans leur famille, car elles seront affranchies d’une
surveillance étroite ou de chirurgie prophylactique et pourront
être rassurées. L’utilité chez les personnes porteuses d’une
mutation peut être évaluée par :
- – l’importance des risques chez les personnes
prédisposées ;
- – l’efficacité des recommandations pour l’identification
de ces personnes ;
- – le bénéfice des mesures de prévention en termes de
survie et de qualité de vie ;
- – l’impact psychosocial de la consultation et des
tests.
Prédispositions aux cancers du sein
et de l’ovaire
Importance des risques chez les personnes
prédisposées
Il existe un risque très élevé de cancer du sein et de l’ovaire
chez les femmes porteuses de mutations BRCA1 ou BRCA2, avec un
risque plus important de cancer du sein, et surtout de l’ovaire
pour les porteuses de mutations de BRCA1. Il existe également
une grande variabilité des estimations selon les études. D’une
façon générale, les estimations sont plus élevées lorsque les
femmes atteintes ont été recrutées sur des critères familiaux. Pour
exemple, les deux études françaises (non encore publiées) réalisées
au sein du GGC, l’étude GENECAN portant sur des données
rétrospectives (200 familles) et la cohorte prospective GENEPSO
portant sur plus de 700 femmes porteuses indemnes au moment de
l’inclusion, indiquent des risques plus élevés que ceux obtenus à
partir de séries non recensées sur l’histoire familiale [1]. Nous
retiendrons ici les estimations de la méta-analyse de Chen et
Parmigiani [2] à partir d’échantillons recrutés sur des critères
très variés, avec des risques cumulés de cancer du sein ou de
l’ovaire pour une femme porteuse d’une mutation BRCA1 ou BRCA2
d’environ 5 % à 30 ans, 15 % à 40 ans, 35 % à
50 ans, 60 % à 60 ans et 70 % à 70 ans.
À l’heure actuelle, il est encore difficile de déterminer la
source de ces variations dans l’estimation des risques, mais il est
maintenant clair que le risque tumoral n’est pas constant entre
porteuses de mutations. Si l’on sait peu de choses sur l’impact des
facteurs de risque connus en population sur les risques chez les
femmes prédisposées, l’effet de facteurs génétiques modificateurs,
correspondant à des polymorphismes présents dans la population
générale est hautement probable et a déjà été démontrée pour les
porteuses de mutations du gène BRCA2 [3, 4].
Efficacité des recommandations pour l’identification
des personnes prédisposées
L’expertise de 2003 [5] a proposé un certain nombre de critères
évocateurs d’une prédisposition héréditaire au cancer du sein dans
une famille :
- – le nombre de cas de cancer du sein chez des personnes
apparentées au premier ou au deuxième degré dans la même branche
parentale ;
- – la précocité de survenue du cancer du sein
(40 ans ou moins) ;
- – la bilatéralité du cancer du sein ;
- – la présence de cancer de l’ovaire ;
- – l’existence de tumeurs primitives multiples
sein-ovaire ;
- – la présence de cancer du sein chez l’homme.
La combinaison de ces critères sert à poser les indications de
conseil génétique et de recherche de mutations BRCA1/2.
L’efficacité pour l’identification de mutations peut se mesurer
grâce aux paramètres classiques de sensibilité, spécificité, valeur
prédictive positive (VPP) et négative (VPN). Ces paramètres
sont difficiles à établir à partir de la littérature, car
pratiquement aucune étude, en dehors de populations particulières
présentant des mutations fondatrices, ne recherche des mutations en
dehors de critères bien définis. Pour parvenir à une estimation,
deux approches ont été utilisées dans le groupe de travail : un
calcul théorique et une analyse de deux études de recherche
systématique des mutations BRCA1 et BRCA2 réalisées sur des femmes
atteintes jeunes respectivement dans la population du Rhône [6] et
à l’institut Curie [7]. Le calcul théorique (exposé en annexe)
donne une sensibilité de 55 %. Les études sur les femmes
jeunes indiquent une sensibilité comprise entre 35 et 60 % selon
les critères familiaux de recherche de mutation. On peut en
conclure que la sensibilité des critères actuels n’est pas très
élevée puisqu’ils permettraient de détecter à peine plus de 50 %
des femmes atteintes porteuses de mutations, ce qui est cohérent
avec la littérature [8]. Quant à la VPP, si tous les cas incidents
répondant aux critères étaient testés, elle serait de l’ordre de 11
%.
Bénéfice des mesures de prévention
pour les personnes prédisposées
Le dépistage des femmes ayant un risque élevé de cancer du sein ou
de l’ovaire fait aujourd’hui l’objet de recommandations nationales
[5, 9] ou anglo-saxonnes (NICE clinical guidelines
(www.nice.org.uk/guidance) ; NCCN update (www.Nccn.org), [10]).
En termes de réduction d’incidence, les mesures de prévention
primaire s’avèrent efficaces. La mammectomie prophylactique
bilatérale diminue le risque de cancer du sein d’au moins 90 %
[11]. L’annexectomie chez les femmes indemnes réduit le risque de
cancer de l’ovaire de 88 % et le risque de cancer du sein de 47 %
[12]. En ce qui concerne le dépistage par imagerie, l’efficacité
sur la réduction de la mortalité n’a pas encore été démontrée mais
les tumeurs sont de meilleur pronostic [13] et l’acceptabilité de
cette surveillance est très supérieure à celle de la chirurgie
prophylactique. La plus grande sensibilité de l’IRM par
rapport à la mammographie a clairement été démontrée [14].
Le taux de cancer du sein d’intervalle est de 50 % avec une
surveillance par mammographie seule, il est de 10 % avec une
surveillance combinant IRM et mammographie [14, 15].
Un travail de modélisation des courbes de survie des femmes
porteuses de mutations BRCA1/2 a montré que la chirurgie
prophylactique, associée ou non à la chimioprévention, donnerait le
meilleur résultat par rapport à la surveillance seule, suivie de la
chimioprévention par tamoxifène [16]. Il est à noter qu’il n’y
a pas d’autorisation de mise sur le marché pour la prescription de
tamoxifène en prévention en France. En revanche, un essai est en
cours pour des inhibiteurs d’aromatase.
En termes de qualité de vie psychologique, pour les femmes à
risque, l’annexectomie prophylactique est associée à une diminution
de la perception des risques de cancer et de l’inquiétude
spécifiquement liée à ces cancers, mais elle entraîne une
symptomatologie endocrinienne et une altération de la sexualité.
Quatre-vingt-six pour cent des personnes ayant subi une
ovariectomie déclarent cependant ne pas le regretter [17].
Les rares études sur la qualité de vie après mammectomie
prophylactique ne mettent pas en évidence d’altération de la
qualité de vie générale, mais rapportent une perturbation de
l’image du corps et de la sexualité [18–20].
Impact psychosocial des consultations
et des tests
Les connaissances des femmes sur les risques de développer un
cancer ou les risques de transmission à la descendance sont
améliorées par les consultations de génétique.
Ces consultations n’entraînent pas de dépression ni d’anxiété
[21]. En revanche, la perception des risques de cancer, élément
déterminant des comportements de santé chez les apparentés
indemnes, n’est modifiée que par les résultats biologiques, mais
pas par la simple information sur les risques évalués par
l’histoire familiale [21, 22]. Cette perception du risque est
stable pour les personnes porteuses de mutations après une forte
augmentation au départ, et diminue pour les personnes non
porteuses.
En ce qui concerne l’impact psychologique, il existe deux études
de suivi à trois ans [23, 24] et une seule de suivi à cinq ans sur
une trentaine de femmes très sélectionnées, car ayant eu en très
grande majorité une chirurgie prophylactique [18]. Après les
résultats des tests, les indicateurs psychologiques non spécifiques
(dépression et anxiété) sont stables ou en augmentation très légère
pour les personnes porteuses de mutations, et diminuent pour les
personnes non porteuses. Les résultats de la cohorte GENEPSO
sont très attendus pour préciser ces observations dans la
population française.
Prédispositions aux cancers colorectaux
Importance des risques chez les personnes
prédisposées
Les mutations des gènes MMR (mismatch repair) sont responsables
d’une forte proportion des prédispositions héréditaires au cancer
colorectal (HNPCC). Les gènes impliqués sont essentiellement
MLH1, MSH2 et MSH6. L’évaluation des risques induits par ces
mutations est beaucoup moins bien documentée que pour les mutations
BRCA1/2. Elle concerne, par ailleurs, un plus grand nombre de
localisations, les mutations des gènes MMR prédisposant à toute une
série d’autres cancers : ceux pour lesquels la valeur prédictive de
l’existence d’une mutation prédisposante est très importante sont
dits appartenir au spectre étroit (endomètre, intestin grêle,
urothélium), et ceux pour lesquels la valeur prédictive est plus
modeste (estomac, ovaire, voies biliaires) constituent, avec les
localisations précédentes, le spectre dit large. Grâce aux quelques
études dont l’approche méthodologique est satisfaisante [25–28], et
aux premiers résultats d’une étude nationale française (ERISCAM) en
cours, on peut estimer que le risque de cancer colorectal (CCR) est
de l’ordre de 10 % à 50 ans et de 40 % à 70 ans.
Le risque des autres localisations tumorales est moins bien
connu. Le risque de cancer de l’endomètre est estimé à des
valeurs extrêmement variables selon les études (de 13 à 40 % à
70 ans). Une étude internationale récente indique des risques
cumulés de 8 % pour l’urothélium, 7 % pour l’ovaire, 6 % pour
l’estomac, 4 % pour l’intestin grêle et 4 % pour les voies
biliaires [29]. Globalement, les premières estimations d’ERISCAM
évaluent le risque de l’ensemble des tumeurs appartenant au spectre
large à 19 % à 50 ans et à 55 % à 70 ans, plutôt plus
élevé chez la femme (65 %) que chez l’homme (42 %), très
probablement en raison des localisations spécifiques à la femme. En
ce qui concerne les localisations du spectre étroit, les risques
sont estimés respectivement à 16 % à 50 ans, et à 49 % à
70 ans [30].
Le spectre des tumeurs associées aux mutations des gènes MMR ne
se résume donc pas aux seuls cancers colorectaux et justifie, pour
la majorité des auteurs, de revenir à l’appellation initiale de «
syndrome de Lynch ». Nous utiliserons le terme de syndrome «
HNPCC/Lynch », appellation qui a également l’avantage de le
distinguer des formes héréditaires non polyposiques des cancers
colorectaux non liées à une altération des gènes du système MMR,
entité probablement hétérogène, parfois appelée syndrome X ou
familial colorectal cancer type X. Notons qu’il n’y a aucune
estimation fiable des risques tumoraux chez les personnes atteintes
d’un tel syndrome. Les données actuellement disponibles
suggèrent néanmoins une augmentation moindre du risque de CCR et
des âges au diagnostic plus tardifs que dans le syndrome
HNPCC/Lynch [31].
En ce qui concerne les polyposes adénomateuses colorectales,
plus ou moins profuses, non associées à une mutation
constitutionnelle du gène APC (la polypose adénomateuse familiale
associée à APC peut être intégrée au groupe des syndromes rares
dont la prise en charge est bien codifiée), elles doivent faire
évoquer la possibilité d’une polypose associée à MYH, affection
dont la description est plus récente [32] et dont le mode de
transmission semble récessif [33], avec néanmoins une augmentation
possible mais modérée du risque de lésions néoplasiques
colorectales (polypes adénomateux et/ou cancers) chez les individus
porteurs d’une mutation de ce gène à l’état monoallélique [34].
L’expression clinique des mutations bialléliques de MYH est décrite
le plus souvent comme une polypose adénomateuse atténuée (nombre de
polypes compris entre 15 et 100), plus rarement profuse (nombre de
polypes supérieur à 100) se révélant à l’âge adulte.
Il n’existe cependant pas, à l’heure actuelle, de
recommandations consensuelles concernant les indications de
recherche de mutations du gène MYH (nombre de polypes en prenant en
compte l’âge au diagnostic, leur taille, leurs caractéristiques
histologiques – architecture, degré de dysplasie
épithéliale – et l’histoire familiale) pas plus que sur les
modalités de prise en charge des individus atteints. Bien que non
encore évalué, le risque apparaît suffisamment élevé chez les
porteurs de mutations bialléliques pour justifier une surveillance
par coloscopie.
Efficacité des recommandations pour l’identification
des personnes prédisposées
Á l’issue de l’expertise de 2003 [35], les critères adoptés pour
recommander la recherche d’une mutation des gènes MMR, sont
essentiellement basés sur la présence d’une caractéristique
génétique de la tumeur dite MSI pour microsatellite instability
(par opposition, si cette caractéristique est absente, on dit que
la tumeur est MSS). Les tumeurs des personnes porteuses d’une
mutation d’un gène MMR étant quasiment toujours de type MSI, la
recherche de ce phénotype tumoral est une étape importante dans la
sélection des individus candidats à une recherche de mutation
constitutionnelle des gènes MMR : on parle de « précriblage »
somatique [36]. En pratique, la recommandation est de rechercher ce
phénotype pour tous les cas de cancer du spectre large
diagnostiqués avant 60 ans ou avec antécédent personnel ou
familial au premier degré de cancer du spectre large. En effet, le
phénotype MSI n’est pas spécifique du syndrome de Lynch et peut
être lié à un défaut d’expression de la protéine MLH1 par
hyperméthylation du promoteur de ce gène liée à la sénescence. Un
tel mécanisme peut être suggéré s’il existe une mutation du gène
BRAF [37]. Si le phénotype est de type MSI, et qu’une recherche
éventuelle de mutation de BRAF s’est avérée négative, l’étude
immunohistochimique permet de déterminer la protéine de réparation
des mésappariements de l’ADN dont l’expression est défectueuse au
niveau tumoral et d’orienter l’étude moléculaire constitutionnelle.
Lorsque la détermination du phénotype MSI n’est pas possible, la
recherche de mutation est alors basée sur des caractéristiques
familiales élargissant les classiques critères d’Amsterdam [38-40],
c’est-à-dire au moins deux personnes apparentées au premier degré
atteintes d’un cancer du spectre étroit, dont l’une avant
50 ans [35].
Comme dans les cancers du sein et de l’ovaire, très peu d’études
permettent d’estimer les paramètres d’efficacité, si ce n’est pour
des mutations fondatrices, et de toute manière, jamais avec les
critères énoncés ci-dessus. On sait seulement que les critères
d’Amsterdam 1 ou 2 (au moins trois cas de CCR ou de cancer du
spectre étroit chez des apparentés proches dont un avant
50 ans), initialement utilisés, sont peu sensibles puisqu’ils
privilégient a priori la spécificité pour la mise en évidence d’un
gène de prédisposition [41]. On peut estimer ces paramètres de
façon théorique comme dans le cas précédent, en se situant dans la
situation à l’équilibre dans laquelle tous les cas de cancers sont
incidents et donc de statut MSI connu (annexe). Avec les hypothèses
retenues, la sensibilité devrait être globalement de 95 %, avec une
VPP théorique de 31 %. Ajoutons que la recherche de mutations sur
la base des critères familiaux en l’absence de criblage somatique
donne des estimations d’efficacité différentes avec une sensibilité
de 41 % et une VPP de 58 % (annexe).
Bénéfice des mesures de prévention
pour les personnes prédisposées
Il existe plusieurs recommandations émises par des groupes
d’experts américains, européens et français sur la prise en charge
des personnes porteuses d’une mutation d’un des gènes MMR dans le
syndrome HNPCC/Lynch [35, 42, 43].
En ce qui concerne le CCR, la surveillance par coloscopie des
personnes prédisposées s’avère très efficace, permettant à la fois
le diagnostic des cancers à un stade précoce et leur prévention
grâce à l’identification et à l’exérèse endoscopique des polypes
adénomateux [44]. Les études de suivi coloscopique des
personnes asymptomatiques porteuses d’une mutation révèlent une
réduction très importante (> 60 %) du risque et de la mortalité
par CCR [45]. C’est la raison principale pour laquelle la chirurgie
prophylactique « vraie », c’est-à-dire chez une personne indemne,
n’est pas recommandée.
En ce qui concerne les autres localisations de cancer associées
aux mutations des gènes MMR, les recommandations pour la prise en
charge ne concernent pratiquement que le cancer de l’endomètre qui
correspond, en dehors du CCR, au risque tumoral majeur dans le
syndrome HNPCC/Lynch. On dispose actuellement de peu de données
pour évaluer l’intérêt de son dépistage qui est de toute façon
nettement moins évident que pour le CCR en particulier en raison
d’un diagnostic généralement précoce de ce cancer responsable de
ménométrorragies et d’un pronostic beaucoup plus favorable que
celui du CCR. Une étude finlandaise indique cependant que la
surveillance pelvienne clinique et échographique systématique des
femmes porteuses de mutations permet de dépister à un stade précoce
un certain nombre de cancers de l’endomètre asymptomatiques et
démontre l’intérêt de l’association à l’échographie de la biopsie
endométriale [46].
Impact psychosocial des consultations
et des tests
Les données relatives à l’impact psychologique des tests prédictifs
réalisés chez les apparentés d’individus atteints de syndrome
HNPCC/Lynch sont moins nombreuses que dans le contexte des
prédispositions aux cancers du sein et de l’ovaire. Elles suggèrent
cependant que celui-ci soit modéré [47–50].
Un résultat positif ne génère pas de conséquences psychologiques
négatives à moyen terme : les différentes études rapportent des
niveaux de détresse et de dépression identiques ou inférieurs aux
niveaux prétest, 6 et 12 mois après la connaissance du
résultat [48, 50, 51]. Une seule étude a évalué l’impact à trois
ans, montrant une stabilité des indicateurs dans le temps [49].
Néanmoins, il pourrait exister une période de vulnérabilité à
très court terme, au moins pour certains individus, plusieurs
auteurs ont ainsi mis en évidence une augmentation transitoire des
niveaux d’anxiété ou de détresse dans les 15 jours suivant
l’annonce d’un résultat positif alors qu’une diminution est
observée chez les sujets reconnus non porteurs [47, 48, 50].
Diffusion des recommandations actuelles
sur l’identification et la prise en charge
des personnes prédisposées
Nous avons vu que la population cible des personnes indemnes au
sein de laquelle on cherche à identifier des personnes prédisposées
n’est pas directement accessible, mais qu’elle est repérée à partir
de personnes atteintes présentant des critères définis.
La conséquence est que cette population cible peut ne pas être
touchée pour plusieurs raisons :
- – les personnes atteintes répondant aux critères ne sont
pas vues en consultation (manque d’information du corps médical,
difficulté d’accès, peur de la génétique, etc.) et ne bénéficient
alors pas du test ;
- – les personnes à risque dans une famille où une
prédisposition a été identifiée ne sont pas nécessairement vues
(manque de communication entre membres d’une même famille,
difficulté d’accès, etc.), et si elles le sont, ne rentrent pas
nécessairement dans le processus de prise en charge (refus du test
ou de son résultat, résistance aux mesures de surveillance ou de
chirurgie prophylactique, anxiété).
Évolution du nombre de consultations
et de tests génétiques
Le soutien de l’oncogénétique à partir de 2003 a provoqué une
augmentation forte et régulière du nombre de consultations (+106 %
entre 2003 et 2007), comme le montre la figure 1. La figure 2 révèle que
plus de 80 % de ces consultations concernent les prédispositions
aux cancers du sein et de l’ovaire, d’une part, et les
prédispositions aux cancers digestifs, d’autre part.
Les prescriptions d’examens génétiques ont augmenté dans les
mêmes proportions que les consultations entre 2003 et 2007. En
2007, une analyse génétique a été prescrite pour 8 343 cas
index et 3 639 apparentés (figure 3). La figure 4 indique
l’évolution entre 2003 et 2007 du taux de détection de mutations
chez les cas index dans les deux grands syndromes.
Évaluation de la diffusion
des recommandations
Malgré cette augmentation manifeste du nombre des consultations et
de tests, en particulier pour les cancers du sein et de l’ovaire,
on peut se demander quelle est, parmi les cas de cancers répondant
aux critères recommandés, la proportion de ceux qui en bénéficient
réellement. Nous avons évalué cette diffusion aux différents
niveaux évoqués plus haut.
Estimation du taux de couverture des besoins
en consultations et en tests
chez les personnes atteintes de cancer
Si l’on admet qu’il y a une forte homogénéité dans les indications
de prescription de tests au sein de la communauté des
oncogénéticiens, on peut théoriquement évaluer ce taux par la
comparaison entre le nombre annuel de tests génétiques réalisés et
le nombre théorique de tests induits par les recommandations.
Dans les prédispositions aux cancers du sein et de l’ovaire,
4 574 cas index ont eu un test prescrit en 2007 alors que nous
avions estimé à 3 024 (annexe) le nombre de tests nécessaires.
On pourrait alors penser que la demande est parfaitement satisfaite
et que les critères sont bien appliqués. Néanmoins, il faut
rappeler que nos chiffres théoriques sont très sensibles à des
paramètres que nous contrôlons mal (fréquence des personnes
porteuses de mutations en population) et surtout que nous avons
basé nos calculs sur les cas incidents alors que nous savons par
ailleurs que beaucoup de cas sont en fait prévalents, mais nous
n’en connaissons pas la proportion. Un indicateur doit nous faire
penser qu’une proportion non négligeable de cas ne bénéficie pas
d’une consultation : le taux de détection de mutation est
actuellement de 14,1 % (figure 4), alors que la
VPP théorique n’est que de 10,8 %. Même si cette dernière est
estimée avec une marge d’erreur, il est possible que cette
différence traduise une « sursélection » des cas bénéficiant d’une
consultation soit par les cliniciens qui sont alors plus incitatifs
pour les cas présentant une histoire familiale forte, soit par les
personnes elles-mêmes qui sont plus motivées dans un tel contexte
familial.
En ce qui concerne les prédispositions aux cancers colorectaux,
955 cas index ont eu un test prescrit en 2007 alors que nous avions
estimé à 3 396 (annexe) le nombre de tests nécessaires. Compte
tenu du fait que ce dernier chiffre ne comprend là encore que les
cas incidents, il est certain qu’un grand nombre de personnes
atteintes répondant aux critères d’éligibilité des tests n’en
bénéficient pas. Il faut d’ailleurs noter que le nombre de
prescriptions a peu varié entre 2003 et 2007 (figure 3) alors qu’il
aurait dû beaucoup augmenter compte tenu de l’élargissement des
critères que l’expertise de 2003 avait recommandé. Le taux de
détection de mutation est de 26,8 % (figure 4), ce qui est
inférieur à la VPP théorique de 31 %. Cette différence ne peut être
attribuée ici à une sursélection des cas comme dans les cancers du
sein et de l’ovaire, mais plus probablement à une application
inadéquate des critères. En effet, un sondage, effectué en 2007
auprès d’une partie des laboratoires d’oncogénétique, a montré une
diminution progressive du respect des critères d’indications
proposés en 2003 (de 52 à 24 %). Le non-respect concerne la
plupart du temps le critère d’âge (aucune personne atteinte avant
50 ans), et un trop faible nombre de prescriptions basées sur
le critère MSI de la tumeur, alors que celles-ci devraient être
théoriquement les plus nombreuses (annexe).
Diffusion de l’information et comportement
de santé chez les personnes indemnes
dans les familles
En raison du délai entre le diagnostic de mutation chez un cas
index et la proposition de test chez ses apparentés, nous avons
estimé le nombre moyen d’apparentés par famille par le rapport du
nombre d’apparentés testés en 2006 au nombre de cas index
identifiés en 2005. Celui-ci est de 3,0 pour les mutations BRCA1/2
et de 4,2 pour les mutations MMR. Ces chiffres ne sont
néanmoins qu’un ordre de grandeur, car nous ne possédons pas la
date d’identification du cas index pour les apparentés testés en
2006 et les délais moyens de tests chez les apparentés sont
probablement supérieurs à un an.
Il y a peu de données sur la dynamique de la diffusion de
l’information dans les familles sur le long terme, et seulement de
très nombreuses études descriptives à court terme. Une étude
récente française sur des familles avec mutations BRCA1/2 indique
que 73 % des apparentés concernés sont bien informés (80 % des
femmes), mais que seulement 40 % des femmes supposées informées
(recul moyen de 25 mois) vont en consultation d’oncogénétique
[52].
En ce qui concerne les comportements de santé, nous disposons
d’informations essentiellement dans les prédispositions aux cancers
du sein et de l’ovaire. Les premières études prospectives à
moyen terme (trois ans) réalisées sur l’impact des résultats des
tests sur les comportements de santé des femmes indemnes de cancer
dans la cohorte britannique montrent une augmentation de la
surveillance et de la chirurgie prophylactique après la mise en
évidence d’une mutation [23]. Des résultats concordants sont
retrouvés pour les femmes ayant déjà développé un cancer du sein et
à qui une chirurgie controlatérale avait été proposée au moment de
la chirurgie initiale en raison de l’identification d’une mutation
BRCA1/2 [53]. Dans une étude australienne sur des familles pour
lesquelles une mutation avait été mise en évidence, une
surutilisation persistante des moyens de surveillance et de
dépistage a été retrouvée chez les personnes non porteuses de cette
mutation [24].
Dans le syndrome HNPCC, une étude sur un suivi à trois ans d’un
petit effectif de 19 personnes porteuses d’une mutation
constitutionnelle d’un gène MMR, trouve que 100 % des personnes ont
un suivi par coloscopie et 69 % des femmes un dépistage
gynécologique [49]. Il faut cependant noter que la période de
suivi est relativement courte et que les données rapportées ne
permettent pas d’appréhender l’adhésion au programme de dépistage
proposé à moyen et à long terme. Dans cette étude, on note aussi
une surutilisation des moyens de dépistage chez les 54 personnes
non porteuses de la mutation puisque 7 % d’entre elles avaient eu
au moins une exploration endoscopique.
Les premiers résultats de la cohorte GENEPSO nous apportent des
informations précieuses sur les comportements des femmes en matière
de chirurgie prophylactique en France. Des mastectomies
prophylactiques bilatérales ont été réalisées pour 5 % des femmes
porteuses de mutations BRCA1/2, ce qui est nettement au-dessous des
chiffres internationaux (Pays-Bas : 55 %, Royaume-Uni : 57–34 %
avec une hétérogénéité selon les centres, Australie : 10–11 %,
États-Unis : 11 %, Pologne : 5 %) [23, 54-59] et souligne la
nécessité d’accompagner les femmes au cours du temps dans leur
réflexion. Par ailleurs, seulement 48 % des femmes de 40 ans
et plus, indemnes à l’inclusion, ont eu recours à l’annexectomie
prophylactique. Ce chiffre monte à 57 % pour les femmes de
plus de 50 ans, mais c’est encore un chiffre faible par
rapport aux recommandations. Même si l’on observe une augmentation
entre 2004 et 2007, cette augmentation reste insuffisante compte
tenu du bénéfice global qu’elles en tirent. Aux Pays-Bas, cette
proportion est de 64 % pour les femmes de plus de 50 ans [56].
Les facteurs explicatifs de ces différences sont liés à la
fois aux attitudes professionnelles et à celles des femmes mais
aussi à la structuration de l’offre de soins telle qu’elle est
réalisée en France [60, 61].
Il faut rappeler que les tests ne détectent aucune mutation dans
la très grande majorité des cas (de l’ordre de 85 %), et que le
risque chez les apparentés est alors évalué en fonction de
l’importance de l’histoire familiale. Les quelques études de
la littérature portent sur les prédispositions aux cancers du sein
et de l’ovaire et montrent qu’il existe une différence
significative de perception du risque de cancer entre les femmes à
risque sans mutation identifiée et les femmes non porteuses de la
mutation identifiée dans leur famille, et qu’il n’existe pas
globalement de « fausse » réassurance chez les premières [62–64].
Néanmoins, ces études suggèrent également que certaines femmes
n’interprètent pas correctement les implications de leur résultat
et ne perçoivent pas la persistance du risque [65]. Par ailleurs,
dans le cas où l’on trouve un variant de signification inconnue,
une proportion non négligeable de femmes l’interprète malgré tout
comme une prédisposition génétique au cancer et certaines d’entre
elles ont recours à une chirurgie prophylactique [66].
De l’expérience des oncogénéticiens, il ne semble pas
cependant que cette pratique soit observée en France.
Élargissement des critères d’accès aux consultations
et aux tests
Nous avons vu que la sensibilité des critères était assez médiocre
dans les cancers du sein et de l’ovaire pour lesquels ils ne
permettraient de détecter que 55 % des cas mutés incidents. Avec
une moyenne approximative de trois femmes indemnes, dont 40 % sont
trouvées mutées, par cas index, on n’identifierait finalement
qu’une faible proportion des femmes porteuses de mutations de la
population. Compte tenu des nouvelles connaissances dont nous
disposons et du constat sur le manque d’efficacité des critères
actuels, nous proposons ici des modifications de ces critères dans
les prédispositions aux cancers du sein et de l’ovaire.
En revanche, nous ne proposons pas de modification des critères
qui sont efficaces dans les prédispositions aux cancers colorectaux
dans lesquelles le problème principal est celui de la diffusion des
recommandations en matière de consultations et de tests.
Recherche de mutations BRCA1/2 dans les cancers
de l’ovaire isolés
La littérature nous apprend que la proportion de femmes porteuses
de mutations BRCA1/2 dans les cancers de l’ovaire isolés est loin
d’être négligeable. Il est en effet de 23 à 42 % dans les
populations comportant des mutations fondatrices et de 8 à 15 %
dans les populations qui, comme la France, n’en comportent pas
[67–71]. Nous avons envisagé plusieurs scenarii dans lesquels nous
proposons de tester les femmes atteintes de cancer de l’ovaire,
quelle que soit l’histoire familiale, en incluant un critère d’âge
et/ou un critère histologique. Le scénario qui donne la
meilleure efficacité est celui où l’on combine ces différents
critères en ajoutant aux critères familiaux actuels (au moins une
apparentée au premier degré atteinte de cancer du sein ou de
l’ovaire) les cancers de l’ovaire isolés ayant un âge au diagnostic
inférieur à 70 ans, avec exclusion des tumeurs borderline, des
cancers mucineux et des cancers non épithéliaux qui ne font pas
partie du spectre de l’affection. Cette extension des
recommandations aurait l’avantage de détecter une grande proportion
(> 90 %) des femmes porteuses d’une mutation BRCA1/2 parmi les
femmes ayant développé un cancer de l’ovaire (annexe).
Cette extension des recommandations permettrait d’améliorer
substantiellement la sensibilité globale. En effet, les quelques
2 700 cas incidents supplémentaires de cancer de l’ovaire
permettraient de détecter près de 450 mutations dont 26 %
n’auraient pas été détectées par les critères actuels. Cette
extension ferait passer la sensibilité globale à 70 % des femmes
porteuses de mutations atteintes d’un cancer du sein ou de
l’ovaire, sans beaucoup modifier la VPP qui serait alors de 7,7 %
(annexe).
Utilisation de caractéristiques tumorales
pour la recherche de mutations
dans les cancers du sein
Le cancer médullaire est rare (2 %), mais environ 10 % des tumeurs
de ce type seraient associées à une mutation constitutionnelle de
BRCA1 [72]. Cette caractéristique tumorale a été retenue comme
indication d’analyse génétique constitutionnelle, quels que soient
l’âge et l’histoire familiale. Il semble que cette
recommandation soit peu suivie en dehors d’une histoire familiale.
De plus, les estimations du Breast Cancer Linkage Consortium
[73] indiquent que la proportion des tumeurs médullaires associées
à une mutation de BRCA1 doit être probablement revue à la baisse
[74, 75].
Une forte proportion (de l’ordre de 70 %) des tumeurs chez les
femmes porteuses de mutations BRCA1 serait de type « triple négatif
» (tumeur n’exprimant pas les récepteurs aux estrogènes ERα, à la
progestérone PgR et HER-2) contre seulement 20 % des témoins [76,
77]. Une étude récente rapporte une haute fréquence de mutations
BRCA1, et plus faible de BRCA2, chez des femmes dont la tumeur
était triple négative, mais il s’agissait de femmes recrutées par
des consultations d’oncogénétique [78]. Il paraît difficile,
pour l’instant, de proposer cette caractéristique tumorale comme
indication de test vu sa fréquence en population générale, car cela
impliquerait un très grand nombre de tests avec, en corollaire, une
très faible VPP, sauf peut-être si elle était croisée avec d’autres
critères comme l’âge au diagnostic.
Les données actuelles sur les caractéristiques tumorales dans
les tumeurs du sein ne sont pas suffisantes pour proposer un
élargissement des indications de consultation et de test, mais
cette question mériterait d’être soigneusement étudiée dans
l’avenir.
Faut-il envisager un dépistage beaucoup plus large ?
L’organisation de l’oncogénétique est basée actuellement sur
l’identification des personnes prédisposées pouvant bénéficier
d’une prévention par l’intermédiaire de personnes atteintes
présentant des critères bien définis. Malgré l’élargissement des
critères que nous proposons, il faut être conscient que cette
approche ne permet pas de repérer toutes les personnes porteuses de
mutations, car un nombre non négligeable d’entre elles n’ont aucun
apparenté présentant les critères. Les raisons pour
lesquelles, malgré tout, le groupe ne préconise pas de sortir de ce
schéma sont de plusieurs ordres.
En premier lieu, nous avons vu qu’il y avait de bonnes raisons
de penser qu’il existe une hétérogénéité des risques parmi les
personnes porteuses de mutations et que les personnes détectées en
dehors d’un contexte familial ont des risques de cancer moins
élevés. Une des façons de s’en assurer sera de mettre en place un
suivi des personnes prédisposées recensées par l’intermédiaire d’un
seul apparenté atteint. Il serait prématuré d’envisager un
élargissement à une population encore plus large avant d’avoir
évalué la mise en place de ces nouveaux critères.
Par ailleurs, un élargissement à une population nettement plus
importante de personnes atteintes, outre le problème du nombre
croissant de tests, aurait l’inconvénient de rendre encore plus
difficile l’interprétation des mutations trouvées, en particulier
des variants de signification inconnue. Avec les indications
actuelles, le nombre de variants de signification inconnue détectés
par les laboratoires représente environ la moitié des mutations
délétères identifiées pour BRCA1 (722 pour 1 529), et ce
nombre est supérieur à celui des mutations délétères identifiées
pour BRCA2 (1 218 pour 944) (R. Lidereau, communication
personnelle). Par ailleurs, nous avons vu que certaines personnes
trouvées porteuses d’un variant de signification inconnue avaient
tendance à interpréter ce résultat comme une prédisposition
génétique majeure, et pourraient être alors tentées de surutiliser
les moyens de dépistage. Ce problème deviendrait insoluble si
l’on envisageait de tester directement des personnes indemnes.
Compte tenu des connaissances actuelles, une telle attitude nous
semblerait irresponsable pour les prédispositions majeures aux
cancers.
L’aspect technique de la recherche de mutation peut apparaître
actuellement comme un frein possible à l’élargissement des
recommandations en raison de son coût, dû en particulier à la
grande taille des gènes et à la très grande variété des mutations
délétères observées en France. Compte tenu de la rapidité
d’évolution dans le domaine technique, il est probable que cet
aspect se situera au second plan dans l’avenir, et il a semblé au
groupe de travail que la dimension qui doit être prise en compte
avant tout est celle de l’efficacité et de la qualité de la prise
en charge des personnes à risque. Quoi qu’il en soit, il sera
indispensable que les mesures que nous proposons fassent l’objet
d’une évaluation économique ultérieure.
Impact quantitatif des recommandations
Le tableau 1 présente un récapitulatif
de l’efficacité des recommandations actuelles et élargies, avec le
nombre de personnes porteuses de mutations identifiées par année
attendu à l’équilibre, c’est-à-dire lorsque seuls les cas incidents
répondant aux critères seront vus en consultation et se verront
proposer un test génétique, dans les deux types de prédisposition
majeure aux cancers. Le tableau indique également les
estimations des besoins en consultations et en tests génétiques,
que ces recommandations génèrent, ainsi que leurs conséquences en
termes de nombre de personnes prises en charge médicalement.
Prédispositions aux cancers du sein
et de l’ovaire
Même en l’absence d’élargissement des critères, on peut s’attendre
à ce qu’une meilleure diffusion des recommandations augmente le
nombre de consultations et de tests ainsi que de personnes à risque
(porteuses de mutations ou non) à prendre en charge. Cette
augmentation est difficile à chiffrer dans la mesure où nous ne
pouvons évaluer avec précision le taux de diffusion des
recommandations. On peut seulement remarquer que les figures 1 et 4 n’indiquent
pas de plateau pour l’instant, ce qui traduit probablement le fait
que le « rattrapage » des cas prévalents n’est pas terminé, sans
qu’il soit possible de déterminer le moment où l’équilibre sera
atteint. Nous avons établi nos estimations à partir des chiffres
théoriques qui supposent atteint l’état d’équilibre (voir détails
en annexe). Pour les femmes apparentées, nous nous sommes basés sur
l’estimation des rapports d’activité qui indiquent que chaque cas
index muté amène à la consultation environ trois femmes (cf. supra)
dont 40 % sont trouvées porteuses de mutations. Nous avons fait
l’hypothèse que les cas index sans mutation identifiée dans un
contexte familial génèrent le même nombre de femmes apparentées
devant faire l’objet d’une prise en charge puisqu’elles font partie
de familles à risque. Les modalités de ces prises en charge
doivent être alors adaptées à l’importance de l’histoire familiale.
Dans l’hypothèse où tous les cas incidents répondant aux
critères actuels seraient testés, on peut estimer qu’environ
3 000 femmes seraient testées, dont 330 seraient trouvées
porteuses de mutations. Ces femmes généreraient la
prescription d’un test chez 1 000 apparentées dont 400
seraient trouvées porteuses de mutations. En admettant que les
femmes testées nécessitent au minimum deux consultations
d’oncogénétique, le nombre de consultations nécessaires serait de
8 000 et le nombre total de tests serait d’environ 4 000.
Le nombre de femmes à prendre médicalement en charge peut
s’obtenir en sommant le nombre de femmes index porteuses de
mutations, de leurs apparentées également porteuses et des
apparentées des cas index sans mutation identifiée, aboutissant à
environ 8 800 dont la grande majorité serait des femmes à
risque sans mutation identifiée.
À ces consultations, il faut ajouter celles qui se situent en
dehors des critères recommandés, et dont le nombre est
difficilement chiffrable. Après avoir constaté l’absence
d’indication de test génétique, l’oncogénéticien apprécie, en
fonction de l’histoire personnelle et familiale des patients, s’il
y a lieu de proposer une surveillance particulière.
Avec l’élargissement des critères d’indication de test aux
cancers de l’ovaire décrit ci-dessus, on peut estimer que le nombre
de tests et de consultations serait multiplié par un facteur proche
de 2, mais que le nombre de femmes à prendre en charge ne serait
augmenté que de 5 % puisque les cas isolés de cancers de l’ovaire
ne génèrent pas d’apparentés à prendre en charge lorsqu’aucune
mutation n’est trouvée (tableau 1).
Il faut être conscient que ces chiffres sont des estimations qui
seront valables à terme lorsque le processus aura atteint un
équilibre où tous les cas incidents remplissant les critères
d’éligibilité bénéficieront d’un test génétique. Il faut tenir
compte de la situation actuelle dans laquelle l’équilibre n’est pas
atteint et où tous les cas prévalents (et leurs apparentées)
continuent de bénéficier d’une prise en charge médicale avec tous
les examens que cela implique. Les nombres de femmes porteuses
de mutations identifiées entre 2003 et 2007 (index et apparentées)
sont indiqués dans le tableau 2. Comme
on peut le voir, le nombre de femmes porteuses de mutations
identifiées en 2007 (591 index et 660 apparentées) est supérieur
aux estimations données dans le tableau
1 avec les critères actuels, et reste encore supérieur à
ces estimations après élargissement des critères. Le nombre de
femmes à surveiller en l’absence de mutation identifiée est très
important dans tous les cas de figure. D’après le rapport
d’activité, le nombre de cas index sans mutation identifiée était
de 3 792 en 2007. Il devrait être à l’équilibre de
2 726 par an avec les critères actuels et de 5 330 avec
ceux que nous proposons.
Tableau 1 Estimations des besoins annuels en
consultations et en tests génétiques en fonction des
recommandations, et conséquences en terme de prises en charge
médicales, dans les prédispositions majeures aux
cancersa.
|
Recommandations
|
Efficacité
|
Nombresb de
|
|
Sensibilité
|
VPP
|
Nombre de mutés identifiésb
|
Consultations
|
Tests
|
Suivis médicaux
|
|
Cancers du sein et de l’ovaire
|
|
Actuelles (critères essentiellement familiaux)
|
55 %
|
11 %
|
660 (1251)d
|
8 000
|
4 000
|
8 800
|
|
Élargies aux cancers de l’ovaire isolés avant 70 ans
|
70 %
|
8 %
|
979
|
14 160
|
7 080
|
9 200
|
|
Cancers colorectaux (HNPCC/Lynch)
|
|
Critères essentiellement familiauxc
|
41 %
|
58 %
|
1 075 (573)d
|
4 800
|
2 400
|
2 300
|
|
Actuelles effectivement appliquées (phénotype MSI)
|
95 %
|
31 %
|
2 790
|
10 600
|
5 200
|
3 700
|
Tableau 2 Nombre de personnes porteuses d’une mutation
BRCA1/2 ou MMR identifiées entre 2003 et 2007 (source : INCa :
évolution de l’activité d’oncogénétique 2003-2007).
|
BRCA1/2
|
2003
|
2004
|
2005
|
2006
|
2007
|
Total 2003-2007
|
|
Cas index porteurs d’une mutation
|
337
|
512
|
544
|
539
|
591
|
2 523
|
|
Apparentés porteurs d’une mutation
|
318a
|
447a
|
514a
|
661
|
660
|
2 600a
|
|
Total personnes porteuses d’une mutation
|
655a
|
959a
|
1 058a
|
1 200
|
1 251
|
5 123a
|
|
MMR
|
2003
|
2004
|
2005
|
2006
|
2007
|
Total 2003–2007
|
|
Cas index porteurs d’une mutation
|
195
|
251
|
190
|
269
|
241
|
1 146
|
|
Apparentés porteurs d’une mutation
|
238a
|
229a
|
235a
|
290
|
332
|
1 324a
|
|
Total personnes porteuses d’une mutation
|
433a
|
480a
|
425a
|
559
|
573
|
2 470a
|
Prédispositions aux cancers colorectaux
Dans la mesure où nous ne proposons pas de modifier les critères
tels qu’ils sont définis dans les recommandations de 2003, nous
avons estimé les besoins si ces critères étaient parfaitement
appliqués et si la diffusion était efficace, c’est-à-dire la
situation à l’équilibre, où tous les cas index seraient incidents
et les tumeurs toujours disponibles pour un phénotypage
(estimations détaillées dans l’annexe). Ces critères
impliqueraient de phénotyper 15 000 tumeurs par an dont près
de 3 500 seraient de phénotype MSI et amèneraient à retenir
l’indication d’une consultation de génétique oncologique et d’une
étude moléculaire constitutionnelle. Celle-ci conduirait à
l’identification d’une mutation dans près de 1 000 cas et à
tester quelques 4 200 apparentés dont 1 680 seront mutés.
Le nombre de tests serait donc au total de 5 200 par an.
Il faut également considérer les agrégations familiales de
cancers colorectaux et/ou les données coloscopiques (cancer colique
ou rectal associé à un nombre restreint de polypes adénomateux,
synchrones ou non) pouvant justifier une consultation de génétique
oncologique, en dehors des cas présentant un phénotype MSI.
Il faut effectivement envisager dans ces situations la
possibilité d’un autre type de prédisposition génétique aux polypes
et cancers colorectaux tel qu’une forme atténuée de polypose
adénomateuse ou une forme héréditaire non polyposique non associée
à une mutation constitutionnelle du gène MMR (syndrome X),
situations qui peuvent donc conduire à proposer un autre type
d’étude constitutionnelle et justifient l’établissement de
recommandations spécifiques pour le dépistage endoscopique. On peut
estimer que les cas de syndrome X se situent parmi les quelques 250
cas incidents de CCR présentant les critères familiaux mais non
mutés MMR. Si l’on admet que deux consultations au moins sont
nécessaires en cas de prescription d’une recherche de mutation MMR
et au moins une pour les cas familiaux sans MSI, on aboutit à
10 600 consultations par an. Le nombre de personnes à
prendre en charge médicalement peut être alors estimé à 3 700
par an. Les chiffres sont repris dans le tableau 1. Nous ne comptons pas dans ces
estimations les cas de CCR présentant des caractéristiques
justifiant une surveillance particulière des apparentés (âge au
diagnostic avant 50 ans ou histoire familiale au premier
degré).
Dans la situation actuelle, les critères de recherche de
mutation essentiellement familiaux amèneraient à tester 690
personnes par an dont 400 seraient trouvées porteuses de mutations
ce qui conduirait à tester 1 680 apparentés dont 672 seraient
trouvés mutés. Le nombre de consultations serait d’environ
4 800 par an et le nombre de personnes à prendre en charge
d’environ 2 300 par an. L’adéquation aux recommandations
actuelles se solderait par une augmentation du nombre de
consultations d’un facteur 2,2 et du nombre de tests d’un facteur
3,2. Le nombre de personnes à prendre en charge ne serait
augmenté que d’un facteur 1,6.
Le nombre réel de personnes porteuses de mutations identifiées
en 2007 (tableau 2) est inférieur à ces
estimations (241 index et 332 apparentées), quels que soient les
critères utilisés. Quant au nombre de personnes à surveiller en
l’absence de mutation identifiée, il est très dépendant de la
stratégie utilisée. Le nombre de cas index sans mutation
identifiée était de 659 en 2007. Il devrait être à l’équilibre
de 287 avec les critères familiaux actuels et de 2 355 avec
les critères basés sur les caractéristiques tumorales.
La raison en est que les critères familiaux comportent
également un critère d’âge strict qui diminue le nombre de
faux-positifs, alors que les critères basés sur les
caractéristiques tumorales génèrent des faux-positifs en plus grand
nombre. Les conséquences de ces derniers critères en termes de
personnes à surveiller sont beaucoup moins importantes puisque
beaucoup de patients mutés ne se situent pas dans un contexte
familial.
La situation est encore plus complexe dans les polyposes
multiples non dues à APC qui présentent un risque important de CCR.
Avec la mise en place au plan national du dépistage de masse du CCR
(par recherche d’un saignement occulte dans les selles suivie, en
cas de positivité, d’une coloscopie) et la multiplication du nombre
de coloscopies qui en découlera, on peut penser qu’un certain
nombre de ces polyposes seront découvertes de manière fortuite.
Parmi les 15 millions de personnes concernées par le dépistage
de masse du CCR, la proportion de personnes portant au moins un
adénome serait de l’ordre de 35 % [79-81]. Le registre des
polypes de Côte-d’Or, qui comprend l’ensemble des patients chez qui
un polype adénomateux a été diagnostiqué pour la première fois,
donne un taux de patients porteurs d’au moins 15 polypes
adénomateux de l’ordre de 3 pour 10 000 (Jean Faivre,
communication personnelle). On attend à terme que trois millions de
personnes se prêtent au dépistage chaque année et permettent de
détecter environ 300 polyposes. Certaines de ces polyposes
pourraient être dues à des mutations généralement bialléliques du
gène MYH dans une proportion non négligeable, les études rapportant
un taux de l’ordre de 25 % dans les polyposes où la recherche de
mutation du gène APC était négative [82]. Le rapport
d’activité indique que le nombre de tests visant à rechercher des
mutations constitutionnelles de ce gène a augmenté ces derniers
temps. Il faut noter cependant que la réflexion sur les
critères de prescription de ce test est en cours et qu’il existe,
en particulier, des incertitudes concernant les risques tumoraux
associés à la présence des mutations monoalléliques du gène MYH,
l’opportunité et les modalités du suivi endoscopique des individus
hétérozygotes et donc la nécessité de les identifier. Il nous
est évidemment impossible de donner une évaluation des besoins
avant qu’une expertise spécifique soit organisée sur le sujet.
Proposition d’optimisation de l’organisation
de l’oncogénétique
La question qui se pose immédiatement à la suite des
recommandations en faveur d’un élargissement des critères d’accès
aux consultations et aux tests et d’une meilleure diffusion de ces
recommandations, est celle de l’organisation de l’oncogénétique et
de sa capacité d’absorption des consultations et des tests qui
seront nécessaires dans l’avenir.
Le dispositif a bénéficié du Plan cancer dès 2003 avec plusieurs
soutiens financiers successifs permettant aujourd’hui un large
accès dans un cadre garantissant éthique, confidentialité, qualité
et gratuité des tests. En 2007, au niveau national, 102 sites de
consultations d’oncogénétique sont répartis sur tout le territoire
dans 66 villes. Toutes les régions sont couvertes. La liste
des consultations est disponible sur les sites de l’INCa, de la
FNCLCC, ainsi que sur les sites d’Orphanet (www.orpha.net, site des
maladies rares), de la Ligue nationale contre le cancer et de
différentes associations de patients. L’accès aux tests de
prédisposition génétique des cancers repose sur la consultation
d’oncogénétique où ces tests sont prescrits, selon le risque évalué
par l’oncogénéticien. Ces tests sont réalisés par un réseau de
laboratoires référents (16 pour les gènes BRCA1/2, 15 pour les
gènes MMR).
Il faut préserver et renforcer la qualité
du dispositif
En premier lieu, nous souhaitons insister sur l’importance que la
prescription des tests soit effectuée au sein d’une consultation de
génétique. Chez la personne asymptomatique, elle entre dans le
cadre du décret récent sur les examens génétiques à fins médicales
(décret no 2008-321 du 4 avril 2008) et ne peut
être réalisée en dehors d’une équipe pluridisciplinaire déclarée.
Cependant, même dans un cadre diagnostique chez une personne
atteinte où ce test pourrait être théoriquement prescrit par tout
médecin, l’encadrement de la démarche par une équipe
pluridisciplinaire paraît hautement souhaitable en oncogénétique.
En effet, la recherche d’une mutation constitutionnelle n’est
jamais anodine. La découverte d’une prédisposition peut avoir
des répercussions importantes sur l’intégrité psychologique mais
aussi physique (chirurgie prophylactique). La démarche, qui
doit rester volontaire, nécessite que la personne en ait
parfaitement compris l’implication, en particulier la nécessité de
diffuser l’information aux membres de sa famille. L’oncogénéticien
est le mieux placé pour effectuer cette prise en charge et garantir
que les étapes qui suivront le résultat du test, la diffusion aux
membres de la famille et le suivi clinique, seront bien réalisées.
L’encadrement prévu pour l’examen des caractéristiques génétiques
d’une personne à des fins médicales par le décret du 4 avril 2008
va parfaitement dans ce sens puisqu’il impose que la personne soit
« … informée des modalités de transmission de la maladie génétique
recherchée et de leurs possibles conséquences chez d’autres membres
de sa famille ». L’interprétation du résultat de l’étude
moléculaire constitutionnelle (signification des altérations
génétiques identifiées, en particulier pour les altérations
n’introduisant pas un codon stop prématuré) est parfois complexe et
elle est du ressort des oncogénéticiens.
Il faut optimiser l’organisation et augmenter
la capacité d’absorption
En termes d’organisation, l’effort doit être concentré sur la
qualité et l’efficacité de l’identification et de la prise en
charge des personnes réellement à risque, d’une part par un travail
d’information des spécialistes qui sont amenés à prendre en charge
les patients, d’autre part par la mise en place d’une organisation
qui permettrait d’harmoniser toutes les étapes allant de la
consultation d’oncogénétique jusqu’à la prise en charge clinique et
psychologique des personnes prédisposées.
Dans les syndromes HNPCC/Lynch, il serait dommage que l’atout
représenté par le phénotype caractéristique que représente MSI pour
les prédispositions aux cancers digestifs ne soit pas mieux
exploité, mais il faut être conscient qu’il existe une difficulté
organisationnelle pour la détermination du statut des
microsatellites et l’étude de l’expression des protéines de
réparation des mésappariements de l’ADN. Le programme de
structuration de plates-formes de génétique moléculaire somatique
récemment mis en place par l’INCa devrait améliorer l’organisation
des tests génétiques sur les tumeurs et on peut espérer qu’il aide
à obtenir progressivement une adéquation aux recommandations
actuelles.
De façon plus générale, cette prise en charge globale, allant du
diagnostic de prédisposition à la prise en charge médicale et
chirurgicale des personnes à risque, pourrait être favorisée par le
développement de centres pluridisciplinaires spécialisés.
Il faudrait également organiser la formation de personnes
compétentes dans les disciplines concernées et prévoir les postes
nécessaires à cette prise en charge. L’évaluation des ressources
nécessaires à la structuration de tels centres devrait faire
l’objet d’études spécifiques réunissant tous les acteurs concernés.
La mise en place d’une organisation encore plus efficace
permettra par ailleurs dans l’avenir de faire face aux nouvelles
prédispositions qui seront très probablement identifiées dans les
cancers fréquents.
Conclusions et perspectives
Dans ce travail, nous avons évalué l’utilité clinique des
consultations et des tests en oncogénétique avec les
recommandations actuelles pour l’identification et la prise en
charge des deux prédispositions majeures et tenté d’évaluer la
diffusion de ces recommandations en pratique réelle. Nous avons
proposé de modifier ces recommandations pour la recherche de
mutations pour en améliorer l’efficacité. Nous avons tenté de
chiffrer les besoins en consultations et en tests génétiques que
les recommandations actuelles nécessiteraient si elles étaient
suivies et l’augmentation des besoins que les nouvelles
recommandations induiraient. Nous avons également proposé des
pistes pour améliorer ces recommandations dans l’avenir et souligné
l’importance de mettre en place rapidement des expertises
spécifiques.
Dans les prédispositions aux cancers du sein et de l’ovaire, il
semble urgent de se pencher sur l’intérêt des caractéristiques
tumorales pour la recherche de mutations, mais aussi sur l’analyse
des résistances aux moyens de diagnostic et de prévention aussi
bien du côté du personnel soignant que des patients.
Il conviendrait également de réfléchir à la prise en compte
des facteurs modificateurs des risques récemment mis en
évidence.
Dans le domaine des cancers colorectaux, il serait indispensable
de mieux analyser les freins à la diffusion des recommandations
pour l’identification des mutations MMR et de trouver des mesures
pour la promouvoir. Une expertise spécifique sur les mutations du
gène MYH devrait être organisée très rapidement, car des recherches
de mutations sont déjà engagées dans les familles, alors que la
réflexion est encore en cours. La publication de
recommandations dans ce domaine est une priorité d’autant que la
généralisation du dépistage du CCR conduit à diagnostiquer de plus
en plus de polyposes dont certaines sont probablement des
indications à la recherche de telles mutations.
Il est important de rappeler que les estimations données dans ce
rapport sont basées sur des hypothèses simplificatrices qu’il n’est
pas possible de vérifier, et sur des estimations qui sont assez
imprécises. Il faut donc les prendre comme des ordres de
grandeur qui guideront la réflexion sur les mesures à prendre mais
qui devront être régulièrement réévalués en fonction des nouvelles
connaissances.
Pour améliorer les connaissances qui alimenteront les futures
expertises, un certain nombre de recherches pourraient être
encouragées et soutenues, telles que la poursuite du suivi des
femmes dans la cohorte GENEPSO, que nous avons mentionnée (cf.
supra), et son extension aux femmes identifiées comme porteuses de
mutation en dehors de critères familiaux. Parallèlement, la mise en
place d’une cohorte de personnes trouvées porteuses d’une mutation
d’un gène MMR, voire de MYH, semble nécessaire. Par ailleurs,
l’expérience des consultations pourrait être mise à profit pour une
mise en commun de données ayant pour objectif l’étude de la
diffusion de l’information parmi les apparentés des cas index et en
étudier les déterminants, sur un petit nombre de centres
volontaires. Enfin, une étude sur les facteurs incitant ou non les
femmes à la chirurgie prophylactique pourrait nous aider à mieux
comprendre les raisons du faible recours en France. En ce qui
concerne les gènes de susceptibilité à très faible pénétrance
récemment mis en évidence [83, 84], il serait important de
participer à des recherches internationales pour savoir si des
combinaisons particulières de ces polymorphismes, qui ont
individuellement un effet faible et ne peuvent être pris en
considération en oncogénétique, ne pourraient pas atteindre des
niveaux de risque comparables à ceux que l’on observe pour les
mutations des gènes majeurs. Cela conforte la nécessité d’organiser
une veille permanente pour évaluer les résultats scientifiques et
définir les modalités de leur application dans la pratique
médicale. Cette veille pourrait également permettre d’anticiper les
problèmes qui se poseront si d’éventuels gènes de prédisposition à
des cancers très communs, tels que le poumon et la prostate,
étaient mis en évidence.
Pour conclure, l’application effective des indications de
consultations et de tests et leur élargissement proposé dans ce
rapport permettront de faire bénéficier un plus grand nombre de
personnes d’une prévention efficace. Pour que ce bénéfice soit
effectif, il faut que ces recommandations soient accompagnées d’une
organisation optimale des différents circuits nécessaires à leur
réalisation, mais aussi d’un encadrement très strict des modalités
d’identification, de prise en charge et de suivi des
prédispositions héréditaires.
Remerciements
Les conclusions et les recommandations décrites dans cette synthèse
engagent la responsabilité exclusive des auteurs. Nous remercions
M. le Pr Dominique Maraninchi et Mme le Dr Christine Bara de
l’Institut national du cancer, pour nous avoir fait confiance et
nous avoir soutenus dans la conduite de ce travail. Nous remercions
également les sociétés savantes qui nous ont adressé des
représentants : la Société française de sénologie et de pathologie
mammaire (représentée par Elisabeth Luporsi et Pascal Pujol) et la
Société nationale française de gastroentérologie (représentée par
Jean-Christophe Saurin). Nous apprécions, tout particulièrement,
l’intérêt que l’Agence de la biomédecine a porté à ce travail et
son soutien qui s’est manifesté par la participation active de
François Thépot. Nous remercions également Christine
Bouchardy-Magnin, Rosette Lidereau et Jean Faivre pour les
informations précieuses qu’ils ont bien voulu nous communiquer.
Estimation de l’efficacité des critères de recherche
de mutations dans les prédispositions majeures
aux cancers. Rappel des définitions
La sensibilité est la probabilité que le sujet vérifie les critères
sachant qu’il est porteur d’une mutation, la spécificité est la
probabilité que le sujet ne vérifie pas les critères sachant qu’il
est non muté, la VPP est la probabilité qu’un sujet soit porteur
d’une mutation sachant qu’il vérifie les critères et la VPN la
probabilité qu’un sujet soit non porteur sachant qu’il ne les
vérifie pas. Rappelons également que ces paramètres, en particulier
la sensibilité, sont hautement dépendants de la population dans
laquelle les mutations sont recherchées. Ici, la sensibilité est
définie comme le pourcentage de personnes présentant les critères
parmi l’ensemble des personnes porteuses de mutations atteintes et
non parmi l’ensemble des personnes porteuses de mutations de la
population (elle serait dans ce dernier cas très inférieure).
Certains des paramètres, en particulier la VPP, sont sensibles à la
fréquence des personnes porteuses de mutations en population
générale, paramètre généralement estimé avec un large degré
d’incertitude.
Pour déterminer les paramètres d’efficacité, il est nécessaire
d’évaluer le nombre de personnes qui vérifient les critères de
recherche de mutation parmi les personnes porteuses de mutations et
parmi les personnes non porteuses.
Prédispositions aux cancers du sein
et de l’ovaire
• Nombre de femmes porteuses de mutations
BRCA1/2
Les estimations de fréquence en population les plus fiables sont
britanniques [85] et indiquent une fréquence des porteurs de
l’ordre de 2 pour 1 000 pour l’ensemble des mutations de
chacun des deux gènes. Les cancers associés aux mutations BRCA
survenant essentiellement chez des femmes de moins de 70 ans,
nous nous intéresserons à la tranche d’âge 20–70 ans, et
négligeons dans un premier temps le nombre de cas (en particulier
de cancers de l’ovaire) qui apparaissent après 70 ans. D’après
l’Insee, il y a en France environ 33 millions de femmes dont
20 millions sont âgées de 20 à 70 ans parmi lesquelles
environ 40 000 femmes porteuses de mutations. Compte tenu de
la structure d’âge des femmes en population et des risques associés
au statut de porteuse, on peut estimer à 596 le nombre de cas
incidents par année.
• Nombre de femmes porteuses de mutations présentant
les critères actuels de recherche de mutations
On ne peut réaliser un calcul théorique à partir des critères de
2003, car il n’est pas possible d’estimer la probabilité de chacune
des combinaisons, mais on peut réaliser un calcul de probabilité à
partir des critères de l’expertise publiée en 1998 [86] dont les
indications actuelles ne sont pas très éloignées :
- – au moins deux cas de cancer du sein chez des femmes,
dont au moins un avant 40 ans, chez des apparentées du premier
degré ;
- – au moins un cas de cancer du sein et un cas de cancer
de l’ovaire chez des apparentées du premier degré ;
- – au moins un cas de cancer du sein ou de l’ovaire chez
une femme et un cas de cancer du sein chez l’homme chez des
apparentés du premier degré ;
- – au moins trois cas de cancer du sein ou de l’ovaire
chez des apparentés du premier degré ou du deuxième degré.
Le calcul exact de la probabilité de ces différents événements
est formellement impossible et nous avons effectué un calcul
approché. Nous avons utilisé la distribution du nombre de filles
dans une famille calculée à partir de la distribution du nombre
d’enfants d’une femme née entre 1920 et 1939 [87], tout en sachant
que cette distribution ne tient pas compte de la censure due à la
mortalité éventuelle. Nous avons alors pu en déduire la
distribution du nombre de sœurs d’une femme.
Pour calculer la probabilité des différents événements, il faut
tenir compte de l’âge au diagnostic de l’index, d’une part pour
évaluer la distribution d’âge des apparentés, qui conditionne leur
probabilité d’être atteints, mais aussi parce que les critères sont
dépendants de l’âge. Sans entrer dans le détail des calculs, leur
complexité peut être appréhendée par les schémas 1 et 2 en fin de
cette annexe.
• Nombre de femmes présentant les critères actuels
en population générale
Il y a peu de données publiées sur le nombre de femmes atteintes en
population générale présentant les critères et donc susceptibles
d’avoir un test prescrit. Une estimation provient d’une étude
familiale réalisée sur une population hospitalière (Nadine Andrieu,
communication personnelle) : cette proportion serait de l’ordre de
6 % pour le cancer du sein (on va admettre que c’est la même pour
le cancer de l’ovaire). Sachant que l’on enregistre chaque année
environ 54 000 cas incidents de cancer du sein ou de l’ovaire
[88], on devrait attendre 3 240 cas incidents (54 000 ×
0,06) présentant les critères. Notons que ce pourcentage est assez
proche de l’estimation donnée par le registre suisse des cancers du
sein familiaux (Christine Bourchardy-Magnin, communication
personnelle) qui est de 8 %. Nous retiendrons ce dernier chiffre
qui est estimé à partir de données de population. En admettant que
70 % des femmes ayant un cancer du sein ou de l’ovaire sont
atteintes avant 70 ans (âge au-delà duquel le pourcentage de
porteuses parmi les femmes atteintes est négligeable), soit
37 800 cas, le nombre de femmes de moins de 70 ans
présentant les critères en population, est de 37 800 × 0,08 =
3 024.
Pour les femmes non porteuses de mutations, les nombres sont
obtenus par différence. Au total, on a le tableau A1 pour les
femmes atteintes entre 20 et 70 ans (cas incidents).
On peut en déduire que la sensibilité est de 55 %, (elle serait
inférieure s’il était possible de tenir compte de la censure), la
VPP de 10,8 % et la spécificité de 93 %.
• Conséquences de l’élargissement des critères
d’accès aux consultations et aux tests
aux cancers de l’ovaire isolés
La proposition est d’ajouter aux critères actuels les cancers de
l’ovaire isolés s’ils surviennent avant 70 ans et les cancers
de l’ovaire avec histoire familiale au premier degré s’ils
surviennent à ou après 70 ans. Les cas incidents de
cancer de l’ovaire sont en France de 4 400 dont 2 948
avant et 1 452 à partir de 70 ans [88].
Chez les femmes porteuses de mutations, on sait d’après les
séries américaine et canadienne (voir texte) que 10 % environ des
cancers de l’ovaire sont mutées BRCA1 ou BRCA2, soit 440 cas par an
dont environ 10 % ont été diagnostiquées après 70 ans, soit 44
cas supérieurs ou égaux à 70 ans et 396 inférieurs à
70 ans.
Certaines des femmes porteuses de mutations atteintes avant
70 ans entraient déjà dans les critères de sélection et nous
avons estimé le nombre de cas supplémentaires induits par
l’élargissement des indications. En utilisant les principes
indiqués dans cette annexe, on trouve que la probabilité qu’une
femme mutée atteinte de cancer de l’ovaire présente les critères
est de 80 % si elle est atteinte avant 70 ans et de 84 % si
elle est atteinte après 70 ans. On peut remarquer que ces
proportions sont nettement plus importantes que dans le cancer du
sein, d’une part, parce que le diagnostic est plus tardif et que
les femmes apparentées sont plus âgées, d’autre part, parce que les
critères sont moins contraignants, en particulier sur l’âge au
diagnostic. En ce qui concerne les femmes porteuses de mutations
atteintes après 70 ans, nous n’avons pas de données pour
estimer leur nombre en population d’après les risques qui sont trop
imprécis dans cette tranche d’âge.
D’après les probabilités calculées ci-dessus, on peut estimer
que, parmi les 396 cas de cancer survenus avant 70 ans chez
des femmes porteuses de mutations, 20 %, soit 80 cas, n’entraient
pas dans les critères et seront détectées avec les nouveaux. Parmi
les 44 femmes porteuses de mutations atteintes après 70 ans,
on attend que 84 %, soit 37 femmes, présentent les critères.
L’élargissement des critères conduirait donc à trouver 117
mutations supplémentaires.
En population générale, il y a 2 948 cas de cancers de
l’ovaire qui surviennent avant 70 ans. Certains d’entre eux
étaient déjà sélectionnés par l’histoire familiale. Si on admet
que, grossièrement, la probabilité que la mère et ses apparentées
soient atteintes est de l’ordre de 10 % et que cette probabilité
pour une sœur est de 5 %, on peut calculer la probabilité que la
femme atteinte de cancer de l’ovaire n’ait aucun antécédent
familial qui est de l’ordre de 80 %. Donc sur ces 2 948 cas,
2 358 ne présentaient pas les critères d’accès au test. À
cela, il faut ajouter les cas de cancer de l’ovaire survenus à
partir de 70 ans et présentant une histoire familiale, dont la
probabilité est de l’ordre de 25 %, c’est-à-dire 363 des 1 452
cas de cancers de l’ovaire diagnostiqués à partir de
70 ans.
L’élargissement des critères amènerait donc à tester 2 721
cas supplémentaires.
Par rapport au tableau précédent, on détecte 117 femmes
porteuses de mutations supplémentaires, soit 445 femmes sur un
total de 633 femmes porteuses (596 + un nombre inconnu de femmes
atteintes à partir de 70 ans dont 37 porteuses), et on teste
2 721 femmes supplémentaires, conduisant à un total de
5 745 femmes sur les 39 252 (37 800 cas de cancer du
sein ou de l’ovaire avant 70 ans et 1 452 cancers de
l’ovaire à partir de 70 ans). On a alors le tableau A2.
La sensibilité passerait donc à 70 %, la VPP à 7,7 % et la
spécificité à 87 %.
Syndrome HNPCC/Lynch
• Nombre de personnes porteuses de mutations MMR
La fréquence des porteurs de mutations des gènes MMR en population
n’est pas encore vraiment connue. La seule donnée que l’on
possède actuellement est la proportion d’individus qui répondent
aux critères d’Amsterdam parmi les patients atteints d’un CCR, et
encore est-elle très imprécise puisqu’elle varie de 0,3 à 4,4 %
selon les études, avec une moyenne de l’ordre de 1 % [89]. Par
ailleurs, une proportion significative de ces cas n’est pas
associée à une mutation MMR [90]. La seule estimation de la
proportion de patients porteurs d’une mutation d’un gène MMR parmi
les cas de CCR, réalisée à partir d’une recherche systématique en
population, est de 2,7 % [91]. Cette étude a cependant été réalisée
en Finlande où il existe deux mutations fondatrices et les chiffres
ne sont pas nécessairement extrapolables à la population française,
mais ce sont les seuls dont nous disposons. Cette proportion
correspond à une fréquence des porteurs de mutations en population
de l’ordre de 2 pour 1 000, permettant d’estimer à environ
127 000 le nombre de personnes porteuses de mutations dans la
population, générant 1 090 cas incidents annuels d’un des
cancers du spectre large, dont 597 survenus avant 60 ans et
493 à 60 ans ou plus, et 979 du spectre étroit.
• Nombre de personnes porteuses de mutations
présentant les critères de recherche
de mutation
Toutes les personnes porteuses d’une mutation constitutionnelle MMR
atteintes d’une tumeur du spectre large avant 60 ans devraient
être de phénotype MSI. Pour celles qui sont atteintes à 60 ans
ou plus, ne présentent les critères retenus pour l’indication d’une
étude du phénotype tumoral que celles qui ont un antécédent
personnel ou familial au premier degré. En utilisant la
distribution du nombre d’enfants pour les femmes nées entre 1900 et
1919 [87], on trouve que cette probabilité est de 90 %.
Au total, parmi les 1 090 cas de tumeurs du spectre large
qui surviennent chaque année chez des porteurs d’une mutation d’un
gène, on attend que 1 041 fassent l’objet d’une recherche de
phénotype MSI et que leur mutation soit identifiée.
• Nombre de personnes présentant les critères
en population générale
Dans la population générale, le nombre annuel de cancers du spectre
large est d’environ 54 000 dont 15 % avant 60 ans [88].
Parmi les 8 100 cas diagnostiqués avant 60 ans, on attend
que 16 % soient de phénotype MSI, situation justifiant la mise en
œuvre d’une recherche de mutation constitutionnelle des gènes MMR
[92]. Parmi les individus atteints après 60 ans (45 900),
on attend que 15 % environ aient une histoire personnelle ou
familiale au premier degré, avec une proportion de tumeurs de
phénotype MSI actuellement inconnue. En admettant qu’elle soit
aussi forte que pour l’ensemble des tumeurs (30 %), cela ferait
environ 2 100 recherches de mutations supplémentaires.
Il est important de noter que le nombre total de phénotypes
MSI recherchés serait de 15 000 (tableau A3).
Au total, la sensibilité peut être estimée à 95 %, la VPP à 31 %
et la spécificité à 96 %.
Sachant qu’un nombre non négligeable de prescriptions est basé,
en dehors de toute recherche du phénotype MSI, sur des critères
essentiellement familiaux, nous avons également estimé les
paramètres d’efficacité basés sur ces critères seuls en les
simplifiant (cancer du spectre étroit et au moins un parent du
premier degré atteint d’une tumeur du spectre étroit, l’un des deux
étant atteint avant 50 ans). En utilisant la même méthode que
précédemment, on trouve que la probabilité de remplir les critères
est de 41 %.
Parmi les individus de la population générale atteints d’un
cancer du spectre étroit (43 000), 5 % d’entre eux environ
sont atteints avant 50 ans. Si l’on calcule la probabilité
qu’ils remplissent les critères selon qu’ils sont atteints avant ou
après 50 ans, on trouve 13 % dans le premier cas et 1 % dans
le deuxième, ce qui donne une probabilité globale de 1,6 %, soit
688 cas (tableau A4).
Si on appliquait uniquement les critères familiaux, la
sensibilité serait donc de 41 %, la spécificité de 99 % et la VPP
de 58 %. Si l’on restreint les critères familiaux aux CCR seuls, le
nombre de cas présentant les critères en population générale peut
être estimé à 590 dont 340 sont mutés MMR et 250 ne le sont pas ;
ces derniers présentent pour la plupart un phénotype MSS.
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