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La technique du ganglion sentinelle dans le cancer du sein : quelques considérations récentes


Bulletin du Cancer. Volume 96, Numéro 6, 713-25, juin 2009, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2009.0879

Résumé   Summary  

Auteur(s) : E Hindié, D Groheux, M Espie, E Bourstyn, M-E Toubert, F Sarandi, A de Roquancourt, S Giacchetti, C Cuvier, L Cahen-Doidy, P Teyton, J-L Misset, C Maylin, J-L Moretti , Service de médecine nucléaire, hôpital Saint-Louis, Assistance publique des Hôpitaux de Paris, 1, avenue Claude-Vellefaux, 75475 Paris cedex 10, France, Unité des maladies du sein, hôpital Saint-Louis, Assistance publique des Hôpitaux de Paris, 1, avenue Claude-Vellefaux, 75475 Paris cedex 10, France, Service d’anatomopathologie, hôpital Saint-Louis, Assistance publique des Hôpitaux de Paris, 1, avenue Claude-Vellefaux, 75475 Paris cedex 10, France, Service de chirurgie générale, hôpital Saint-Louis, Assistance publique des Hôpitaux de Paris, 1, avenue Claude-Vellefaux, 75475 Paris cedex 10, France, Service d’oncologie médicale, hôpital Saint-Louis, Assistance publique des Hôpitaux de Paris, 1, avenue Claude-Vellefaux, 75475 Paris cedex 10, France, Service de radiothérapie, hôpital Saint-Louis, Assistance publique des Hôpitaux de Paris, 1, avenue Claude-Vellefaux, 75475 Paris cedex 10, France.

Résumé : En comparaison avec le curage axillaire systématique, la technique du ganglion sentinelle, utilisée pour les cancers du sein de petite taille, permet une réduction de la durée d’hospitalisation et de la morbidité à court et à long terme. Elle ne semble pas s’accompagner d’une augmentation de la rechute axillaire. L’utilisation combinée du colorant (bleu patenté) et de la technique radio-isotopique (nanoparticules radiomarquées) accroît le taux de détection en comparaison à l’utilisation isolée de l’une des deux méthodes et réduit le pourcentage de faux-négatifs. La scintigraphie préopératoire constitue une aide au geste chirurgical. L’injection péri-aréolaire est la plus aisée en cas de tumeur non palpable, et donne un taux de comptage un peu plus élevé qu’en cas d’injection péritumorale. Toutefois, seule l’injection péritumorale intraparenchymateuse permet de mettre en évidence un drainage extra-axillaire (chaîne mammaire interne, sous ou sus-claviculaire) dans environ 20 % des cas. La topographie précise du ganglion extra-axillaire peut être donnée lorsque l’examen est effectué à l’aide d’une caméra SPECT-CT. Par la découverte accrue de petites métastases inférieures ou égales à 2 mm, la technique du ganglion sentinelle s’est traduite, à taille de tumeur égale, par une augmentation du pourcentage de patientes avec atteinte ganglionnaire. Après un rappel du principe général de la technique, nous donnerons les résultats internationaux obtenus avec un recul à moyen terme, et nous discuterons de quelques-unes des diverses questions soulevées et qui n’ont pas pour l’instant trouvé de réponses définitives, comme par exemple : 1) Quel groupe de patientes peut bénéficier de cette technique ? 2) Quelle est la méthodologie optimale ? 3) Quelle est la valeur pronostique réelle des micrométastases et celle des cellules tumorales isolées « CTI » ? 4) Quelle attention porter aux voies de drainage extra-axillaires ?

Mots-clés : ganglion sentinelle, cancer du sein, scintigraphie, chaîne mammaire interne, SPECT-CT

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : E Hindié1, D Groheux1, M Espie2, E Bourstyn2, M-E Toubert1, F Sarandi1, A de Roquancourt3, S Giacchetti2, C Cuvier2, L Cahen-Doidy4, P Teyton1, J-L Misset5, C Maylin6, J-L Moretti1

1Service de médecine nucléaire, hôpital Saint-Louis, Assistance publique des Hôpitaux de Paris, 1, avenue Claude-Vellefaux, 75475 Paris cedex 10, France
2Unité des maladies du sein, hôpital Saint-Louis, Assistance publique des Hôpitaux de Paris, 1, avenue Claude-Vellefaux, 75475 Paris cedex 10, France
3Service d’anatomopathologie, hôpital Saint-Louis, Assistance publique des Hôpitaux de Paris, 1, avenue Claude-Vellefaux, 75475 Paris cedex 10, France
4Service de chirurgie générale, hôpital Saint-Louis, Assistance publique des Hôpitaux de Paris, 1, avenue Claude-Vellefaux, 75475 Paris cedex 10, France
5Service d’oncologie médicale, hôpital Saint-Louis, Assistance publique des Hôpitaux de Paris, 1, avenue Claude-Vellefaux, 75475 Paris cedex 10, France
6Service de radiothérapie, hôpital Saint-Louis, Assistance publique des Hôpitaux de Paris, 1, avenue Claude-Vellefaux, 75475 Paris cedex 10, France

Article reçu le 7 Juillet 2008, accepté le 25 Mars 2009

Introduction

La connaissance du statut ganglionnaire est un élément central de la stadification et de l’évaluation pronostique chez une patiente porteuse d’un cancer du sein [1-3], et un élément déterminant dans le choix des traitements. Cela a longtemps fait accepter le curage systématique devant tout cancer invasif, malgré sa morbidité à long terme [4]. La sensibilisation des patientes et la généralisation du dépistage par mammographie, font que ces cancers sont découverts à des stades de plus en plus précoces. Or, la probabilité d’envahissement ganglionnaire axillaire dépend de la taille de la tumeur. Elle est de l’ordre de 5-10 % pour les tumeurs T1a (≤ 5 mm), 15 % pour les tumeurs T1b (6-10 mm), 30 % pour les tumeurs T1c (11-20 mm), et elle dépasse 40 % dans les tumeurs de plus grande taille [1-3].

Le prélèvement du (ou des) ganglion sentinelle a pour objectif d’obtenir la même information sur le statut ganglionnaire, tout en évitant un curage axillaire aux patientes indemnes de métastases. La proportion de patientes avec tumeur invasive de petite taille au moment du diagnostic ayant considérablement augmenté, on comprend l’enthousiasme des cliniciens, et des patientes, pour la technique du ganglion sentinelle. En France, cette technique est maintenant utilisée dans la majorité des centres pour la prise en charge chirurgicale des petites tumeurs invasives du sein sans adénopathies palpables.

La technique du ganglion sentinelle a largement contribué à la sixième édition de la stadification AJCC [2]. Ainsi, l’additif « sn » pour « sentinel node » est utilisé lorsque le statut ganglionnaire a été déterminé uniquement par la technique du ganglion sentinelle, sans curage complémentaire. L’examen histologique approfondi du ganglion sentinelle a augmenté la découverte de petites métastases inférieures ou égales à 2 mm. Ces micrométastases sont classées pN1mi, lorsque leur taille est supérieure à 0,2 mm. Lorsque la taille est égale ou inférieure à 0,2 mm, elles sont dénommées cellules tumorales isolées (CTI) et classées pN0i+, quel que soit le mode de détection, par coloration classique ou par immunohistochimie [5]. La lymphoscintigraphie associée à la technique du ganglion sentinelle a aussi ravivé l’attention portée aux voies de drainage extra-axillaires.

Si la technique du ganglion sentinelle est maintenant largement utilisée, plusieurs points restent sujets à débats. Après un rappel du principe général de la technique, nous donnerons les résultats internationaux obtenus avec un recul à moyen terme, et nous discuterons de quelques-unes des questions soulevées et qui n’ont pas pour l’instant trouvé de réponses définitives.

Principe

L’utilisation de la technique du ganglion sentinelle repose sur le principe d’une progression ordonnée de l’invasion lymphatique ganglionnaire, qui suit l’ordre de drainage à partir d’un site tumoral, permettant de prédire l’absence d’atteinte ganglionnaire si le premier relais est indemne [6-8]. L’identification de ce premier relais ganglionnaire peut se faire en injectant à proximité du lit tumoral soit des particules colorées (bleu patenté, bleu isosulfan), ou des colloïdes radiomarqués calibrés (sulfure de rhénium colloïdal marqué au technétium-99 m (Tc-99 m) ; nanocolloïdes d’albumine humaine marquées au Tc-99 m). Suite à la migration de ces particules au niveau des voies lymphatiques, l’identification chirurgicale du (ou des) ganglion (s) appartenant au premier relais ganglionnaire est possible grâce à la coloration ou à la radioactivité détectée à l’aide d’une sonde peropératoire. Afin d’accroître la probabilité de détection du ganglion sentinelle, ces deux techniques sont habituellement associées. Les traceurs radioactifs permettent, de surcroît, un repérage préopératoire par scintigraphie, fournissant ainsi au chirurgien une cartographie du (ou des) ganglion(s) sentinelle(s). L’injection du traceur a lieu la veille ou le matin de l’intervention. Le colorant est injecté avant de débuter la dissection. En fonction des résultats de l’examen anatomopathologique des ganglions sentinelles (fournis pendant l’intervention, ou le plus souvent après l’intervention), la patiente peut être soumise au curage ganglionnaire axillaire. Pour la majorité des patientes avec ganglion sentinelle positif, il en résulte une intervention en deux temps. En France, cette technique est surtout utilisée dans les tumeurs invasives à faible prévalence d’atteinte ganglionnaire, essentiellement les T1N0 cliniques (tumeur de moins de 2 cm sans adénomégalies axillaires à la palpation).

La technique du ganglion sentinelle nécessite une bonne coordination entre le chirurgien, le médecin nucléaire, l’anatomopathologiste et le clinicien spécialiste en oncologie mammaire. Les performances de la technique varient dans une certaine mesure [9]. Pour les équipes ayant acquis une bonne expérience, le taux d’identification d’un ganglion sentinelle dépasse 90 %, et le taux de faux-négatifs (nombre de patientes avec ganglion sentinelle sans métastase, alors que le curage est métastatique/nombre total de patients N+) doit être inférieur à 5 %.

Quelques aspects sur les colorants et radiopharmaceutiques utilisés

Les colorants les plus fréquemment utilisés sont le bleu patenté patent blue V et le bleu isosulfan [10]. Après injection locale, ces colorants se lient aux protéines locales, essentiellement l’albumine et sont absorbés par les lymphatiques. Ces colorants ont des caractéristiques diverses. Leurs effets indésirables sont une coloration de la peau, une éventuelle interférence avec la lecture de l’oxymètre, des réactions allergiques [10].

Les radiotraceurs du système lymphatique sont des radiocolloïdes dont la taille doit idéalement être voisine de 50 nm. Après leur passage au travers des collecteurs lymphatiques et leur migration dans les canaux lymphatiques vers les sinus périphériques des ganglions, ils sont phagocytés par les cellules histiomonocytaires [11].

Les radiotraceurs les plus utilisés sont :

  • le sulfure de rhénium colloïdal marqué au Tc-99 m (Nanocis®). Le diamètre est dépendant des techniques de chauffage utilisées pendant la préparation. Aussi, la préparation doit suivre un protocole strict ;
  • les nanocolloïdes d’albumine humaine marquées au Tc-99 m (Nanocoll). Leur granulométrie est plus stable, mais il s’agit de produits dérivés du sang (nécessité de traçabilité individuelle).

L’activité injectée, le site d’injection et le nombre d’injection varient selon les équipes. Beaucoup d’équipes réalisent une à quatre injections d’environ 10 MBq (0,3 mCi) chacune dans un volume d’environ 0,2 ml. L’injection est le plus souvent réalisée soit en intraparenchymateux autour de la tumeur, soit en péri-aréolaire, ou encre en sous-cutanée en regard de la tumeur. Nous n’avons pas noté de réactions allergiques.

Sur la base de différents travaux ayant estimé que la dose d’irradiation au fœtus est très faible, la Société européenne de médecine nucléaire considère qu’il n’existe pas de contre-indication à l’utilisation de la technique isotopique du ganglion sentinelle pendant la grossesse si la décision opératoire est prise [8]. Rappelons que les traceurs colorés sont contre-indiqués dans cette situation.

Lymphoscintigraphie

Dans le service de médecine nucléaire de l’hôpital Saint-Louis, les images sont enregistrées trois heures après l’injection du traceur, à l’aide d’une caméra double détecteur. La patiente est en décubitus dorsal, les bras levés. Les deux détecteurs sont positionnés à angle droit, ce qui permet un enregistrement simultané d’une image de face incluant la chaîne mammaire interne et la région axillaire et d’une image de profil (figure 1). Le marquage au feutre de la peau en regard du ganglion sentinelle est effectué avec le bras en position chirurgicale et le détecteur en position oblique antérieure 45°. En cas de sein volumineux, les points d’injection du radiotraceur peuvent se superposer devant le creux axillaire. Dans ce cas, il est possible soit de maintenir la glande mammaire au niveau de la ligne médiane, soit de positionner la patiente en décubitus latéral.

Grâce aux nouvelles machines hybrides, associant gamma-caméra et scanner, il est aussi possible de réaliser une acquisition tomoscintigraphique couplée à un scanner de repérage, technique appelée Single Photon Emission Computed Tomography – Computed Tomography (SPECT-CT). La position d’un foyer hyperfixant est ainsi précisée grâce à l’image anatomique sous-jacente. La figure 2 montre un exemple d’images de fusion en SPECT-CT.

Le clinicien ou le chirurgien qui prescrit l’examen informe la patiente des modalités pratiques. La patiente est informée que la scintigraphie montre le ganglion sentinelle, mais que seul l’examen pathologique permet de répondre à la présence ou non d’un envahissement.

Repérage avec la sonde peropératoire

Le repérage isotopique se fait d’abord à travers la peau puis après l’incision du creux axillaire. Certains chirurgiens préfèrent réaliser le repérage du ganglion après la tumorectomie pour être moins gênés par la radioactivité parasite au niveau du site d’injection, d’autres repèrent le ganglion d’abord. Dans ce dernier cas, une bonne orientation de la sonde collimatée et la reclinaison du sein sont nécessaires pour s’affranchir de l’activité parasite en provenance du point d’injection. Notons que pour les tumeurs du quadrant supéroexterne, l’utilisation de l’injection péri-aréolaire minimise le parasitage du signal au niveau du creux axillaire.

Les sondes de détection gamma utilisent soit des détecteurs de type semiconducteurs ou à scintillation. L’appréciation du niveau de l’activité se fait par un affichage lumineux et par un signalement sonore. La performance des sondes peut être évaluée en tenant compte d’un certain nombre de paramètres, tels que le pouvoir séparateur (ou résolution spatiale), la sensibilité, et la maniabilité de l’instrument. Après prélèvement des ganglions « chauds », le chirurgien doit vérifier que l’activité résiduelle dans l’aire ganglionnaire n’excède pas celle du bruit de fond. Des gamma-caméras miniaturisées, permettant de réaliser une image du creux axillaire pendant l’intervention, ont aussi été développées avec satisfaction [12].

Radioprotection

Les niveaux de radiations délivrés aux professionnels de la santé sont faibles. Dans l’étude de Nejc, comprenant l’injection la veille de l’intervention d’une activité de 1 mCi (37 MBq) du radiotraceur, les doses les plus élevées sont reçues par le médecin nucléaire, au niveau de la partie distale de l’index, du pouce, et du troisième doigt de la main tenant la seringue. Les valeurs par examen oscillent entre 26 et 49 μSv [13], soit plus de 1 000 fois inférieures à la limite annuelle admissible à la peau pour le public (et 10 000 fois pour les travailleurs en zone contrôlée). Lors de l’intervention, le lendemain, la dose la plus élevée pour le chirurgien concerne l’index de la main dominante, avec une valeur moyenne par intervention de 7 μSv [13], soit une dose faible. Les doses délivrées au reste du corps sont très faibles.

Dans le cas d’un chirurgien femme enceinte, la limite réglementaire de dose au corps entier est de 1 mSv pendant la période de la grossesse. Le nombre d’interventions amenant à cette limite peut varier entre 100 et plusieurs centaines en fonction de différents paramètres. Afin de réduire l’exposition, il est préférable d’effectuer l’intervention le lendemain de la lymphoscintigraphie, ce qui permet une réduction de l’activité au niveau du site d’injection d’un facteur proche de 10 (le Tc-99 m a une demi-vie de six heures). Il est aussi souhaitable, afin de rassurer la femme chirurgien sur les niveaux d’exposition, qu’elle puisse porter un dosimètre opérationnel au niveau de la taille, donnant accès à l’exposition en temps réel, et à l’exposition cumulée.

Examen anatomopathologique du ganglion sentinelle

Intérêt et limites de l’examen extemporané : une méthode fiable informant sur l’envahissement du ganglion sentinelle permettrait de procéder au curage dans le même temps opératoire. Toutefois, l’analyse de coupes en congélation est techniquement difficile, consommatrice de temps, et expose à une perte de matériel pour l’analyse finale. La cytologie d’apposition touch imprint cytology est plus rapide et a une bonne spécificité, mais sa sensibilité est très dépendante de l’expérience, limitant son utilisation [6]. Des techniques moléculaires pour la détection de l’envahissement du ganglion sentinelle sont maintenant proposées. Elles sont basées sur une amplification de l’ARN messager de la cytokératine-19 seule, ou de la cytokératine-19 et de la mammaglobine [14]. Les résultats sont disponibles en environ 45 minutes avec une sensibilité satisfaisante et une spécificité qui reste à préciser.

Examen après fixation : le ganglion sentinelle, inclus en totalité, est examiné sur plusieurs niveaux de coupe (espacées de 200 μm) en coloration classique. Cet examen approfondi diminue le taux de faux-négatifs (métastases occultes). Beaucoup d’équipes complètent l’examen par une analyse par méthode immunohistochimique, ce qui augmente la détection des petites métastases.

L’introduction de la technique du ganglion sentinelle a réduit la morbidité opératoire

La technique du ganglion sentinelle s’est développée dans le but d’éviter aux patientes la morbidité d’un curage axillaire lorsque celui-ci est inutile. Cette morbidité comporte dans les suites immédiates les risques de : lymphocèle, dysesthésies et limitation des mouvements de l’épaule, et à plus long terme : lymphœdème, douleurs chroniques et enraidissement de l’épaule [4]. Pour les patientes ayant reçu uniquement la technique du ganglion sentinelle, le taux de morbidité est faible mais non nulle [15]. Il est donc apparu nécessaire de vérifier la réalité du gain dans une population ; d’autant plus que pour les patientes avec ganglion positif, la procédure se traduit souvent par une intervention en deux temps.

Des études randomisées ont apporté des éléments de réponse [16, 17]. Dans l’essai ALMANAC, 1 031 patientes ont été randomisées pour subir soit un curage axillaire de principe, soit la technique du ganglion sentinelle (suivie d’une réintervention en cas de ganglion positif). À 12 mois, le risque de lymphœdème est de 13 % dans le groupe du curage axillaire de principe, et de 5 % dans le groupe avec technique du ganglion sentinelle. Le risque d’engourdissement (et/ou dysesthésie axillaire) est de 31 % dans le groupe curage et 11 % dans le groupe ganglion sentinelle [16]. Les auteurs notent aussi une amélioration de différents autres paramètres : temps opératoire, utilisation de drains, temps d’hospitalisation, retour à l’activité, « qualité de vie » et « scores fonctionnels ».

La technique du ganglion sentinelle ne semble pas augmenter le risque de récidive axillaire

La technique du ganglion sentinelle permet d’attirer l’attention du chirurgien sur un ganglion « sentinelle » bas situé qui aurait pu échapper à un curage systématique. Elle permet aussi l’examen anatomopathologique approfondi du ganglion le plus suspect d’envahissement. En contrepartie, même pour les équipes les plus entraînées, il existe un faible pourcentage de faux-négatifs de la technique du ganglion sentinelle [9]. Certains faux-négatifs peuvent être dus à des macrométastases au niveau d’un ganglion, qui probablement auparavant était le « ganglion sentinelle », mais dont l’envahissement à fait perdre la capacité de phagocytose, et à possiblement rediriger le flux lymphatique vers un autre ganglion [6].

Quelques équipes ont examiné le taux de rechute axillaire à moyen terme chez les patientes avec ganglion sentinelle négatif. Selon les résultats préliminaires de l’étude prospective multicentrique suédoise portant sur 2 246 femmes avec ganglion sentinelle négatif, le taux global de rechute axillaire (après 37 mois de suivi médian) a été de 1,2 % [18]. Dans une petite série publiée par de Kanter et al., avec un suivi moyen de 65 mois [19], le pourcentage de rechute axillaire était de 2,7 % (4/149). Il semblerait donc que les patientes avec un ganglion sentinelle négatif sans curage complémentaire ne présentent pas de risque accru de rechute axillaire en comparaison avec des séries classiques de patientes avec curage classique négatif.

Des études non randomisées n’ont par ailleurs pas montré de différence significative de survie globale et de survie sans récidive entre les patientes ayant reçu un curage complet négatif et celles avec ganglion sentinelle négatif non suivi de curage [20, 21]. Toutefois, dans l’essai randomisé Sentinella/GIVOM, comparant le curage axillaire systématique à la méthode du ganglion sentinelle et portant sur 697 femmes avec une taille tumorale de moins de 3 cm, le taux de rechute locorégional apparaît un peu plus élevé dans le groupe ganglion sentinelle (survie sans récidive à cinq ans de 89,9 % dans le bras curage axillaire vs 87,6 % dans le bras ganglion sentinelle) ; cette différence n’atteint, cependant, pas le seuil de significativité [17].

Comment optimiser la technique du ganglion sentinelle ?

Malgré les résultats très satisfaisants rapportés par certaines équipes, la technique du ganglion nécessite une vigilance permanente pour maintenir une qualité optimale [8]. Une méta-analyse a porté sur 69 essais publiés, totalisant 8 059 patients, où la technique du ganglion sentinelle a été suivie par un curage axillaire systématique [9]. Si le taux d’identification moyen est de 96 %, celui-ci est néanmoins inférieur ou égal à 90 % dans plus de 50 % des études. De même, si le taux moyen de faux-négatifs est de 7,3 %, celui-ci est supérieur à 10 % dans 38 % des essais. Les auteurs notent que le taux de faux-négatifs varie inversement avec le nombre de patients inclus et avec le taux d’identification [9]. Il est donc important de rappeler le rôle de l’expérience du chirurgien par rapport à la technique du GS et par rapport au nombre de patientes opérées par an [7, 9].

Quelques résultats rapportés récemment tirent la sonnette d’alarme. Ainsi, dans l’étude randomisée NSABP B-32, le groupe-1 (2 619 patientes) a reçu la technique du ganglion sentinelle suivie d’un curage axillaire immédiat [22]. La technique du ganglion sentinelle était faussement négative chez 75 des 766 patientes avec atteinte ganglionnaire (taux de faux-négatifs = 9,8 %). Dans l’essai randomisé Sentinella/GIVOM [17], le taux de faux-négatifs atteint 16,7 % (18/108).

Nous citons quelques aspects qui doivent aider à maintenir les critères de qualité.

Association des deux techniques, colorimétrique et radio-isotopique

La majorité des études, y compris les plus récentes, montrent que la combinaison des deux techniques augmente le taux global d’identification et réduit le taux de faux-négatifs. Dans une phase de validation d’une étude prospective multicentrique, 815 patientes ont bénéficié des deux techniques, puis d’un curage axillaire. Le taux d’identification est de 85,6 % par le bleu, de 85,6 % par le radio-isotope, et de 96 % par les deux techniques combinées [23]. Parmi les 276 patientes avec envahissement ganglionnaire, le taux de faux-négatifs est de 10 % pour le bleu, de 11 % pour le radio-isotope, et de 6,5 % en prenant en compte les deux techniques [23]. Donc, en dépit du risque faible de réactions allergiques au bleu de 0,7 % (37/5 588) dans l’essai NSABP B32 [22] et du risque rare de choc anaphylactique de 0,1 % (5/4 975) dans l’essai Z0010 [15], les données plaident pour le maintien de la double détection.

Tous les ganglions bleus ou chauds doivent être analysés

On ne peut se limiter au ganglion le plus « chaud ». Dans l’étude de Goyal et al., par exemple, parmi 62 patients avec ganglions métastatiques détectés par le radio-isotope, six (10 %) auraient été considérés négatifs si l’on s’était limité au ganglion le plus chaud, alors que le deuxième ganglion en niveau d’activité était atteint [23]. Après prélèvement des ganglions, le chirurgien doit vérifier que l’activité résiduelle dans l’aire ganglionnaire n’excède pas celle du bruit de fond.

La réalisation de la scintigraphie préopératoire améliore les performances

Le repérage scintigraphique préopératoire est fortement recommandé [8]. Ce repérage, avec marquage cutané, fournit au chirurgien une cartographie du nombre et de l’emplacement des ganglions sentinelles permettant de mieux orienter l’incision et de réduire l’étendue de la dissection. Il permet de reconnaître un ganglion sentinelle intramammaire, ou un drainage extra-axillaire. Il permet aussi de se préparer aux situations difficiles (ganglions sentinelles multiples par exemple). L’utilisation de la scintigraphie préopératoire semble s’accompagner d’une réduction de la morbidité en comparaison avec la seule utilisation de la sonde [24]. L’introduction des machines hybrides SPECT-CT devrait encore augmenter les atouts de la scintigraphie préopératoire, notamment dans les cas difficiles [25] et surtout pour préciser la topographie du ganglion sentinelle en cas de drainage extra-axillaire [26]. Les figures 2,3 montrent des exemples d’images en SPECT-CT.

Toutefois, il ne nous semble pas nécessaire d’utiliser la SPECT-CT de manière systématique. Pour la majorité des patientes, l’imagerie planaire avec repérage à la peau est suffisante et on évite donc l’irradiation supplémentaire liée à l’utilisation du CT. En revanche, le SPECT-CT est utile dans le cas où l’imagerie planaire donne des résultats litigieux ou un drainage inattendu, et peut-être de manière plus systématique pour les tumeurs supérieures à 30 mm, des quadrants internes, multifocales ou après traitement néoadjuvant.

L’absence de visualisation d’un ganglion sentinelle en scintigraphie est aussi une information utile

Elle permet au chirurgien d’envisager un repérage plus difficile. Un retard à la visualisation scintigraphique peut être dû à certains facteurs comme l’âge avancé et/ou l’obésité. L’absence de visualisation d’un ganglion sentinelle en scintigraphie doit attirer l’attention vers la possibilité d’un obstacle sur la voie de drainage dû à un envahissement ganglionnaire massif [27, 28]. Dans une étude rétrospective portant sur des tumeurs de moins de 3 cm, l’équipe de l’institut Paoli-Calmettes a noté que le pourcentage d’envahissement ganglionnaire est de 31,6 % sur l’ensemble de la série et de 63 % pour le sous-groupe de patients où la scintigraphie ne montre pas de ganglion [27]. En pratique, devant une scintigraphie négative faite par une équipe expérimentée, il est probablement souhaitable d’envisager un curage d’emblée, ou au moins de vérifier par échographie l’absence d’envahissement ganglionnaire massif [28].

Quel site d’injection est préférable pour le radiotraceur ?

Parmi les différentes possibilités, les plus fréquemment utilisées sont l’injection sous-aréolaire (ou péri-aréolaire) et l’injection péritumorale, chacune ayant ses supporters. L’injection sous-aréolaire est reproductible, ne dépend pas de la nature palpable ou non palpable de la tumeur, et donne un niveau plus élevé de radioactivité au niveau du ganglion [29, 30]. L’injection intraparenchymateuse péritumorale est conceptuellement un meilleur reflet du drainage du site tumoral. C’est surtout la seule qui permette d’identifier la présence de voies de drainage vers la chaîne mammaire interne [29]. Un drainage vers la chaîne mammaire interne est alors rencontré dans environ 20 % des cas [31], avec une fréquence un peu moins élevée pour le quadrant supéroexterne (15 %), par rapport aux autres quadrants (20-30 %). Actuellement, la topographie précise des ganglions axillaires et extra-axillaires peut être fournie grâce aux machines hybrides SPECT-CT (figures 2,3).

Il est possible que l’utilisation de deux sites différents pour l’injection augmente la fiabilité. Anan et al. [32] ont réalisé une étude utilisant deux colorants différents chez les mêmes patients en associant injection sous-aréolaire (bleu) et injection péritumorale (vert). Le taux de faux-négatifs en prenant en compte l’un ou l’autre des marquages était de 4,9 % (2/41). En se basant uniquement sur une des deux colorations, le taux de faux-négatifs était le double (4/39 pour la technique subaréolaire et 4/40 pour la technique péritumorale).

Ces éléments de réflexion (utilité d’utiliser un site d’injection différent pour le bleu et pour le radiotraceur, souhait ou non de mise en évidence des voies de drainage supplémentaire) doivent permettre à chaque centre de faire son choix.

Questions diverses

Faut-il élargir les indications de la technique aux tumeurs de plus grande taille et aux tumeurs multicentriques ?

Même si beaucoup d’auteurs ont élargi les indications, la majorité des équipes, en France, restreignent l’utilisation de la technique du ganglion sentinelle aux tumeurs invasives T1N0 cliniques (moins de 2 cm sans ganglion axillaire palpable). Elle est peu utilisée pour les tumeurs de plus grande taille, et notamment au-delà de 3 cm. Il faut se souvenir que, même à taux de faux-négatifs constant, le nombre absolu de faux-négatifs croît avec la probabilité initiale d’atteinte ganglionnaire dans la population concernée. De plus, effectuer la technique du ganglion sentinelle en cas de tumeur de grande taille exposerait un pourcentage substantiel de patientes à une deuxième intervention, augmentant le temps opératoire et la durée totale d’hospitalisation [33], et qui pourrait aussi augmenter la morbidité par rapport à un curage d’emblée [34], même si une étude récente ne semble pas confirmer cet excès de morbidité [33].

Certains utilisent la technique du ganglion sentinelle, même en cas de tumeurs multicentriques [35]. Toutefois, le pourcentage de patientes avec ganglion positif est élevé dans ces cas (61 % dans l’étude de Knauer et al. [35]). La majorité des équipes préfèrent le curage axillaire d’emblée.

Est-il utile de pratiquer une échographie du creux axillaire afin d’éviter, en cas d’atteinte ganglionnaire, une procédure du ganglion sentinelle inutile ?

Lorsque l’échographie suspecte un envahissement confirmé par une cytoponction ou une ponction biopsie, on évite à la patiente une procédure du ganglion sentinelle devenue inutile [36]. La chirurgie avec curage est réalisée en un seul temps. Dans l’étude de Van Rijk et al. [36], parmi les 271 patientes avec atteinte ganglionnaire axillaire, l’échographie préopératoire avec cytoponction en a reconnu 58 (21 %). L’échographie peut paraître utile lorsque la technique du ganglion sentinelle est utilisée chez des patientes avec tumeur de plus de 2 cm. C’est aussi une précaution utile si la technique du ganglion sentinelle est maintenue malgré une scintigraphie négative, compte tenu du risque plus élevé d’envahissement massif rapporté par certains auteurs [27, 28].

La TEP est-elle utile pour détecter un envahissement ganglionnaire ?

La sensibilité de la TEP au 18-FDG est insuffisante pour déterminer le statut axillaire [37, 38]. Cette sensibilité varie entre 30 et 80 % selon les études [39]. La valeur prédictive positive est plus élevée et voisine de 80 %. Certains auteurs recommandent d’effectuer un curage d’emblée (sans exploration préalable du ganglion sentinelle) en cas d’adénopathie axillaire hypermétabolique lors de la TEP [38].

Soulignons que la TEP n’est pas justifiée dans le bilan initial des tumeurs T1N0 [39]. Pour les tumeurs plus volumineuses, l’intérêt de la TEP dans l’évaluation initiale a été souligné par plusieurs auteurs [40, 41].

Problématique des micrométastases et des CTI

L’examen des coupes sériées du ganglion sentinelle augmente la possibilité de révéler de petites métastases de taille égale ou inférieure à 2 mm. Comme indiqué précédemment, ces micrométastases sont classées « pN1mi » si elles sont de taille supérieure à 0,2 mm, alors qu’elles sont classées pN0(i+), et appelées « CTI », si la taille est égale ou inférieure à 0,2 mm [5]. L’introduction de la technique du ganglion sentinelle s’est traduite (à taille de tumeur égale) par une augmentation du pourcentage de patientes avec atteinte ganglionnaire [42, 43]. Dans une étude rétrospective, le pourcentage global de patientes avec atteinte ganglionnaire est passé de 30 % avant l’introduction de la technique à 40 % après l’introduction [42]. Cette augmentation est principalement due à une augmentation de patientes avec diagnostic de « micrométastase(s) » et de « CTI ».

Parmi les questions qui se posent : – faut-il systématiquement compléter par un curage en cas de « micrométastase » ou « CTI » au niveau du ganglion sentinelle ? – certaines « CTI » détectées en immunocytochimie ou par RT-PCR sont-elles des faux-positifs ?

Faut-il faire un curage en cas de « micrométastase » au niveau du ganglion sentinelle ?

Certains auteurs préconisent le curage complémentaire quelle que soit la taille des micrométastases [44]. Dans la série de Cox, 122 femmes avaient des micrométastases (N1mi). Le curage complémentaire chez 97 d’entre elles a montré un envahissement dans 15,5 % des cas. Chez 151 autres patientes, le ganglion sentinelle montrait des CTI N0(i+). Le curage, effectué chez 107, était positif dans 9,3 % des cas [44]. Dans cette même étude, la survie des patientes avec micrométastases N1mi était significativement inférieure à celle des patientes sans atteinte ganglionnaire. Dans le groupe des 151 N0(i+), la survie globale apparaissait diminuée si le curage complémentaire n’avait pas été réalisé [44]. Ne pas faire de curage en cas de micrométastase ou de CTI peut donc exposer au risque de méconnaître un envahissement du reste du curage, et entraîner une stadification sous-évaluée et un sous-traitement. Dans le même sens, signalons une étude récente ou les auteurs ont procédé à une relecture de blocs de paraffine chez 368 patientes opérées entre 1976 et 1978 et dont le curage était négatif [45]. La relecture avec utilisation des techniques comparables à celles utilisées pour le ganglion sentinelle a révélé des métastases occultes chez 83 patientes (23 %). La mortalité par cancer était significativement plus élevée dans ce groupe [45]. Toutefois, une précédente étude n’avait pas abouti à la même conclusion [46].

Certains auteurs ont développé des scores « nomogrammes » prédictifs des résultats du curage axillaire complémentaire [47]. L’étude de l’institut Curie, examinant un des scores les plus utilisés [47], suggère que celui-ci n’est pas fiable en cas de micrométastase [48].

Une étude de la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer a porté sur 700 cas de micrométastase du ganglion sentinelle [49]. Le curage complémentaire a identifié une atteinte ganglionnaire supplémentaire chez 13,4 % des patientes. En analyse multivariée, la probabilité d’une atteinte supplémentaire dépendait du moyen qui a permis de mettre en évidence la micrométastase (HES ou IHC), de la taille de la tumeur primitive et de la présence d’emboles vasculaires et lymphatiques. Les auteurs pensent que le curage peut être omis avec un risque minimal dans le cas de tumeur du sein de moins de 1 cm [49].

Certaines « micrométastases » sont-elles de faux-positifs ?

Des études suggèrent qu’un certain nombre de « CTI » détectées uniquement par marquage de cellules épithéliales en immunocytochimie (anticytokératines), pourrait être lié à un déplacement et à un transport de cellules épithéliales mammaires bénignes vers les ganglions lymphatiques induits par les biopsies mammaires. Newman et al. [50] ont montré sur une analyse rétrospective de 26 cas de micrométastases détectées uniquement par immunohistochimie que la probabilité de micrométastase était plus élevée chez les patientes ayant reçu une excisional biopsy qu’en cas de core needle biopsy. Dans l’étude de Bleiweiss et al., il a été noté que certaines micrométastases présentaient un phénotype différent de celui de la tumeur primitive (par exemple négatif pour les récepteurs de l’estrogène alors que la tumeur est positive, ou négatif pour le marquage Her-2/neu alors que la tumeur est fortement positive), et que leur aspect cytologique ressemblait à celui de papillomes intracanalaires qui étaient présents sur la biopsie du sein [51]. Ainsi, il est important d’analyser l’aspect cytologique des micrométastases et de confronter leur phénotype à celui de la lésion mammaire. De même, il convient de rester vigilant dans l’analyse des résultats positifs donnés uniquement par biologie moléculaire (RT-PCR) fondée sur la détection de cytokératine [6, 14].

Existe-t-il une place pour la technique du ganglion sentinelle dans le carcinome intracanalaire ?

Dans une étude réalisée chez 854 femmes avec carcinome intracanalaire sans composante invasive à la biopsie initiale, le ganglion sentinelle était positif dans 12 cas (1,4 %) dont sept correspondaient à des micrométastases [52]. Selon les auteurs, en raison de cette faible prévalence, la méthode du ganglion sentinelle ne doit pas être considérée comme une procédure standard dans la prise en charge des carcinomes intracanalaires. Toutefois, la technique du ganglion sentinelle est utile lorsqu’il existe un risque élevé que le diagnostic final soit transformé en cancer invasif au moment de la chirurgie, notamment lorsqu’une mastectomie est prévue, car le ganglion sentinelle ne pourra être pratiqué après si une tumeur invasive est diagnostiquée [53].

Technique du ganglion sentinelle et chimiothérapie néoadjuvante

Diverses études ont montré que les performances de la technique du ganglion sentinelle sont diminuées après chimiothérapie néoadjuvante [6, 54]. Récemment, une étude française multicentrique a conclu à un taux d’identification de 90 % et un taux de faux-négatifs voisin de 12 % [55]. Certains auteurs pensent que si l’on devait se fonder sur la technique du ganglion sentinelle pour décider du curage chez ces patientes, cet examen doit être réalisé avant d’initier la chimiothérapie [54].

Rappelons que pour ces patientes, la TEP-TDM au 18F-FDG peut apporter des informations utiles à la prise en charge [41].

Lymphoscintigraphie et drainage mammaire interne

Lorsque l’injection est effectuée en péritumoral, un drainage mammaire interne peut être mis en évidence par lymphoscintigraphie chez environ 20 % des patientes [31]. La lymphoscintigraphie a donc ravivé l’attention portée à cette voie de drainage [56, 57]. L’intérêt d’effectuer le prélèvement du ganglion sentinelle mammaire interne est débattu. Dans l’étude de Heuts et al., un prélèvement du ganglion sentinelle mammaire interne a été réalisé chez 139 patientes. Le ganglion parasternal était envahi dans 31 cas (22 %) et dans neuf de ces cas, l’aisselle était indemne de maladie [31].

Pour une localisation précise des sites de drainage extra-axillaires, la SPECT-CT prend toute son importance [26]. Elle fournit un document utile à toute décision chirurgicale ou de radiothérapie.

Repérage radioguidé des lésions mammaires infracliniques

La technique radioguided occult lesion localization (ROLL) permet de repérer ces lésions en injectant en leur centre, sous contrôle échographique ou stéréotaxique, des colloïdes ou des macroagrégats d’albumine radiomarqués. La lésion peut être ensuite retrouvée grâce à la sonde de détection peropératoire. Il est également possible d’identifier en même temps le ganglion sentinelle. La technique ROLL est utilisée par certaines équipes en remplacement des moyens classiques de repérage comme le harpon [58]. Une étude randomisée devrait préciser la place de cette technique [59].

Conclusion

Beaucoup de centres font maintenant appel à la technique du ganglion sentinelle dans la prise en charge des petites tumeurs invasives du sein, essentiellement les T1N0 cliniques. Lorsqu’elle est utilisée dans des conditions optimisées, la technique du ganglion sentinelle permet une amélioration de la stadification ganglionnaire, une meilleure sélection des thérapeutiques adjuvantes, et une réduction importante de la durée d’hospitalisation et de la morbidité à court et à long terme. Elle ne semble pas s’accompagner d’une augmentation de la rechute axillaire ou d’une diminution de la survie. Certaines questions cliniques restent ouvertes à discussion et méritent des études complémentaires.

Conflit d’intérêt : aucun.

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