ARTICLE
Auteur(s) : Stéphane Vignot1, Christophe
Massard2
1Service d’oncologie médicale, Groupe hospitalier
Pitié-Salpêtrière, Paris
2Institut Gustave-Roussy, Villejuif
Manger, bouger. Ce nouvel adage hautement médiatisé reflète
les préoccupations grandissantes sur les implications sanitaires de
la qualité et de la quantité de notre nourriture. Les facteurs
nutritionnels s’avèrent essentiels en termes de santé publique,
allant du risque cardio-vasculaire aux troubles métaboliques. En
passant bien entendu par la question du cancer. La session
Jeunes oncologues consacrée à cette thématique « Nutrition et
Cancer », lors du congrès Eurocancer 2008, ne pouvait donc pas
manquer de susciter l’intérêt. La qualité des interventions a
alors été remarquée, justifiant la rédaction de cette série
d’articles présentés dans ce numéro.
La part attribuable à l’alimentation dans la carcinogenèse est
difficile à définir, les études ne manquant pas de biais. Deux
exemples permettent ici d’illustrer les certitudes et les doutes
issus de ces approches aux travers des données concernant le cancer
colorectal, détaillées par Y. Vano et coll., et de celles relatives
à l’utilisation des antioxydants, présentés par M. Rodrigues et A.
Bouyon. Sur cette dernière question, le débat s’élargit à l’impact
de la nutrition sur la thérapeutique du cancer, par le biais des
risques d’interaction entre certains aliments ou suppléments et les
traitements anticancéreux, mais aussi via l’importance de la
dénutrition chez les patients atteints de cancer, explicitée par
les articles de W. Kaikani et P. Bachman, d’une part, et de C.
Demoor-Goldschmidt et B. Raynard d’autre part.
Il convient de noter que les enjeux de nutrition entraînent
également des enjeux économiques qu’il faut avoir à l’esprit dans
l’analyse de la littérature en ce domaine, les débats sur la
carcinogenèse potentielle de l’aspartame ayant été par exemple ces
dernières années marqués par une grande anxiété des groupes de
l’industrie agroalimentaire. Plus légèrement, interrogeons-nous sur
un abord de la nutrition par un aspect sanitaire excluant
potentiellement l’aspect culturel et hédoniste de l’alimentation
(des alicaments plutôt que la « bonne bouffe »). Arriverons-nous à
une logique où « le meilleur moyen de rester en bonne santé, c’est
de manger ce que vous ne voulez pas manger, de boire ce que vous ne
voulez pas boire, et de faire des choses que vous n’aimez pas faire
» (Mark Twain) ?
N’oublions surtout pas à la lecture de ces articles que la
question de la nutrition pose par ailleurs d’autres enjeux à
l’échelle mondiale, que ce soit en termes d’accès à une
alimentation suffisante et équilibrée, un droit fondamental de la
dignité humaine rappelé lors du sommet de l’ONU sur la crise
alimentaire en janvier 2009, ou en termes d’impact écologique des
orientations agroalimentaires.
Enfin, nous ne saurions conclure sans un mot en souvenir
d’Amélie Bouyon. Son dynamisme et sa vivacité auront été des
éléments moteurs dans ce projet depuis l’organisation de la session
Jeunes oncologues à Eurocancer. La publication de ces articles
est l’occasion de le rappeler. Et de renouveler nos pensées à sa
mémoire et pour ses proches.
|