ARTICLE
Auteur(s) : Jean-Marie Darbon
CHIP (« carboxyl terminus of Hsc-70 interacting protein ») est
une ubiquitine ligase E3 responsable de la dégradation par le
protéasome des protéines mal repliées dont l’accumulation est
délétère pour la cellule. CHIP exerce ainsi une fonction de
contrôle de qualité. Son activité enzymatique est stimulée par
liaison aux protéines chaperons Hsp (« heat shock proteins »)
telles que Hsp70 ou Hsp90.
Dans un travail récent [1], Kajiro et al. suggèrent que
cette protéine pourrait avoir une fonction suppresseur de tumeur
dans le cancer du sein. Ces auteurs mettent en évidence une
relation inverse entre l’expression de CHIP (ARN messager et
protéine) et l’agressivité des tumeurs du sein. Il ne semble
pas exister de lien entre le taux de CHIP et le statut hormonal des
tumeurs. Ce dernier résultat donne à penser que le récepteur
aux œstrogènes ERα n’est pas in vivo une cible de CHIP comme
l’avait suggéré une étude antérieure conduite in vitro [2].
Les auteurs rapportent que l’extinction par ARN interférence de
l’expression de CHIP dans les cellules d’adénocarcinome mammaire
MCF7 augmente leur capacité à migrer et leur invasivité in vitro,
de même que leur capacité à former des colonies en agar et leur
tumorigénicité in vivo chez la souris nue. L’expression forcée de
CHIP dans les cellules de cancer du sein MDA-MB-231 (plus
agressives que les MCF7 et présentant un taux de CHIP très réduit)
produit les effets inverses.
Les auteurs ont alors recherché quelles étaient les protéines
oncogènes dont l’expression pouvait être affectée par l’extinction
de l’expression de CHIP dans les cellules MCF7. Ils démontrent
une surexpression des protéines anti-apoptotiques Bcl2 et Akt1, de
la protéine Smad2, impliquée dans la signalisation du TGFβ, des
marqueurs de la transition épithélio-mésenchymateuse Twist,
β-caténine et vimentine et, enfin, du co-activateur
transcriptionnel SRC-3 (steroid receptor co-activator 3, également
connu sous le nom d’AIB1). Les taux des ARNm codant ces
différentes protéines sont également augmentés, à l’exception de
celui spécifique de SRC3. Les auteurs émettent l’hypothèse
qu’en contrôlant le niveau de ce co-activateur transcriptionnel,
CHIP pourrait réguler le niveau de divers oncogènes.
La co-immunoprécipitation des protéines CHIP et SRC3 suggère
leur interaction physique in cellulo. Le taux de
renouvellement de SRC3 est diminué ou, a contrario, augmenté selon
que l’on inhibe ou que l’on stimule l’expression de CHIP dans les
cellules. CHIP induit l’ubiquitinylation de SRC3. Les auteurs
démontrent que les domaines de la protéine CHIP requis
respectivement pour la liaison des Hsp et pour l’activité
ubiquitine ligase sont nécessaires pour que la protéine SRC3 soit
dégradée.
Kajiro et al. ont enfin recherché quel était l’effet d’une
extinction simultanée de CHIP et de SRC3 dans les cellules MCF-7 :
ils montrent que l’expression de Smad2 et de Twist, augmentée par
extinction de CHIP, est ramenée aux taux de base lorsque
l’expression de SRC3 est également abolie. En cohérence avec la
fonction conférée à ces protéines, l’augmentation de l’invasivité
des cellules MCF-7 n’exprimant plus CHIP est abolie lorsque ces
dernières n’expriment également plus SRC3. Par des expériences de
précipitation de chromatine, les auteurs montrent que Smad2 est une
cible directe de SRC3 et que Smad2 se lie au promoteur de Twist.
Ces résultats suggèrent que SRC3 induit une augmentation de
l’expression de Twist consécutivement à une augmentation
d’expression de Smad2.
Alors que l’injection dans la queue de souris nue de cellules
MCF-7 n’exprimant plus CHIP induit une augmentation du nombre de
métastases pulmonaires, l’extinction simultanée de SRC3 abolit cet
effet. À l’inverse, l’expression forcée de CHIP dans les cellules
MDA-MB-231 réduit la capacité de ces cellules à induire des
métastases chez la souris. La surexpression simultanée de SRC3
dans ces cellules restaure leur pouvoir métastatique.
L’ensemble de ces résultats suggère que la diminution du niveau
cellulaire de CHIP conduit à une élévation du taux de SRC3 et en
conséquence à une augmentation de l’expression de Smad2 et de
Twist, cela pouvant rendre compte de l’élévation de la
tumorigénicité cellulaire. En accord avec un tel modèle, les
auteurs observent une corrélation entre le taux de SRC3 et le grade
des tumeurs mammaires humaines.
Cette étude laisse en suspens la question de savoir si l’action
potentiellement anti-tumorale de CHIP est ou non reliée à sa
fonction de contrôle-qualité du repliement des protéines
cellulaires. D’autre part, elle soulève deux apparentes
contradictions : comment réconcilier cette fonction anti-tumorale
avec le fait que l’activité ubiquitine ligase de CHIP soit
dépendante de protéines Hsp, dont l’expression signe une
agressivité tumorale [3] ? Comment surtout expliquer qu’une
ubiquitine ligase puisse exercer une action anti-tumorale alors que
cet effet est dévolu aux inhibiteurs du protéasome [4] ? Gageons
que les études à venir apporteront des réponses à ces
questions.
Références
1 Kajiro M, Hirota R, Nakajima Y, Kawanowa K,
So-ma K, Ito I, et al. The ubiquitin ligase CHIP
acts as an upstream regulator of oncogenic pathways. Nat Cell Biol
2009 ; 11 : 312-9.
2 Tateishi Y, Kawabe Y, Chiba T, Murata S,
Ichikawa K, Murayama A, et al. Ligand-dependent
switching of ubiquitin-proteasome pathways for estrogen receptor.
EMBO J 2004 ; 23 : 4813-23.
3 Calderwood SK, Khaleque MA, Sawyer DB,
Ciocca DR. Heat shock proteins in cancer: chaperones of
tumorigenesis. Trends Biochem Sci 2006 ; 31 : 164-72.
4 Spano JP, Bay JO, Blay JY, Rixe O. Proteasome inhibition: a
new approach for the treatment of malignancies. Bull Cancer 2005 ;
92 : E61-6, 945-52.
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