ARTICLE
Auteur(s) : C-J Larsen
La classification WHO des tumeurs gliales fondée principalement
sur des données histo-pathologiques ne distingue pas les
glioblastomes de grade IV primaires et secondaires, ces derniers
correspondant à l’évolution d’oligodendrogliomes et d’astrocytomes
(grades II et III). Une publication américaine [1] vient de
rapporter la présence de mutations ponctuelles (résidus arginine
132 et 172) des gènes de l’isocitrate déshydrogénase 1 et 2 (IDH1
et 2) dans une cohorte de 445 tumeurs du système nerveux central et
494 tumeurs non cérébrales (côlon, pancréas, estomac, poumon,
leucémies). Alors qu’aucune mutation IDH1/IDH2 n’a été détectée
dans les tumeurs non cérébrales, 170 tumeurs cérébrales
portaient une mutation (tableau 1) : 144
IDH1+9 IDH2 étaient concentrées dans des tumeurs de bas grade (II
et III).
Pour les glioblastomes de grade IV, de façon caractéristique,
11/13 des glioblastomes secondaires (issus de tumeurs de bas grade)
portaient une mutation IDH1, alors que cette mutation n’était
observée que dans 6/123 glioblastomes primitifs (haut grade).
Aucune mutation d’IDH2 n’était présente dans ces tumeurs de haut
grade. Les tumeurs non mutées sur IDH concernaient aussi bien
certaines des tumeurs de bas grade (astrocytomes pilocytiques,
épendymomes de grade II) que certaines tumeurs de haut grade (15
glioblastomes pédiatriques et 55 médulloblastomes de grade
IV).
La survie des patients était significativement plus longue chez
les porteurs de la mutation IDH1/IDH2 que chez les porteurs d’une
tumeur non mutée : 65 mois vs 20 mois pour les
astrocytomes de grades II et III ; 31 mois vs 15 mois
pour les glioblastomes de grade IV. Par ailleurs, la mutation
touchait significativement des individus plus jeunes que ceux dont
la tumeur n’avait aucune mutation.
Une analyse d’autres d’altérations génétiques associées à ces
tumeurs cérébrales (p53, PTEN, amplification d’EGFR, pertes
alléliques 1p et 19q, délétions de CDKN2A et CDKN2B) a été
également réalisée. Une mutation de p53 a été retrouvée dans 80 %
des astrocytomes anaplasiques et des glioblastomes mutés sur IDH1
ou IDH2, mais seulement 3 % d’entre eux avaient une altération des
autres gènes. À l’inverse, des altérations de PTEN, CDKN2A et B,
EGFR ont été trouvées dans 74 % des astrocytomes anaplasiques et
glioblastomes non mutés sur IDH. Dans ces mêmes tumeurs, le nombre
de mutations de p53 était significativement plus faible : 18 %.
IDH1 et 2 sont deux enzymes métaboliques du cycle de l’acide
citrique qui convertissent l’isocitrate en α-céto-glutarate avec
une réduction concomitante de NADP+ en NADPH. Les auteurs du
présent travail ont montré que les mutants IDH1 et 2 ont une
activité enzymatique très réduite vis-à-vis de leur substrat
naturel. Une discussion détaillée [2] suggère que les mutations
pourraient abolir la régulation des IDH par l’α-céto-glutarate et
leur conférer un gain de fonction vis-à-vis de nouveaux substrats
qui restent à identifier.
Ce volumineux ensemble de résultats obtenus sur des effectifs
importants de patients indique que la présence d’une mutation
d’IDH1/2 individualise, uniquement parmi les tumeurs du système
nerveux central, un sous-groupe de tumeurs astrocytaires et gliales
de bas grade et des glioblastomes secondaires. En prenant en compte
le fait que ces tumeurs sont porteuses de peu d’altérations
génétiques, on peut en conclure que les mutations IDH constituent
un événement précoce et spécifique dans la progression de ces
tumeurs. De manière très caractéristique, l’absence des
mutations IDH dans d’autres tumeurs cérébrales de bas grade telles
que les astrocytomes pilocytiques (qui évoluent très rarement vers
un stade agressif) indique que les mécanismes à l’œuvre dans la
genèse ou/et la progression tumorale ne sont pas les mêmes.
De récentes données sur une duplication 7q34 résultant en une
fusion du gène BRAF ont été attribuées uniquement aux astrocytomes
pilocytiques mais pas à des tumeurs cérébrales de grades plus
élevés [3]. La concentration des mutations IDH dans un
sous-groupe particulier de tumeurs ajoute un plus au diagnostic
histo-pathologique puisqu’il permettra de discriminer avec
certitude ces tumeurs d’autres tumeurs de bas grade. D’autant que
la concentration des mutations sur un seul résidu – R132 pour IDH1
et R172 pour IDH2 – facilitera grandement leur détection.
Finalement, il n’est pas innocent que des altérations frappant
des enzymes du cycle de l’acide citrique (fumarate hydrolase,
succinate déshydrogénase, IDHs) aient été décrites dans différents
cancers [2]. Outre le fait qu’elles impliquent un peu plus si
besoin était le métabolisme cellulaire dans la pathogenèse des
cancers, elles peuvent servir à définir des cibles thérapeutiques
d’autant plus intéressantes qu’au moins certaines d’entre elles
(IDH) concernent des types précis de tumeurs.
Références
1 Yan H, Parsons W, Jin G, McLendon R,
Rasheed BA, Yuan W, et al. IDH1 and IDH2 mutations
in glioma. New Engl J Med 2009 ; 360 : 765-73.
2 Thompson CB. Metabolic enzymes as oncogenes or tumor
suppressors. New Engl J Med 2009 ; 360 : 813-5.
3 Jones DT, Kocialkowski S, Liu L,
Pearson DM, Bäcklund LM, Ichimura K, et al.
Duplication producing a novel oncogenic BRAF fusion gene defines
the majority of pilocytic astrocytomes. Cancer Res 2008 ;
68 : 8673-7.
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