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Des fruits, des légumes… mais pas d’antioxydant


Bulletin du Cancer. Volume 96, Numéro 6, juin 2009, Éditorial

DOI : 10.1684/bdc.2009.0904


Auteur(s) : Jérôme Alexandre , Université Paris-Descartes, Service d’oncologie médicale ; Hôtel-Dieu, AP-HP, Paris.

ARTICLE

Auteur(s) : Jérôme Alexandre

Université Paris-Descartes, Service d’oncologie médicale ; Hôtel-Dieu, AP-HP, Paris

Pas une semaine sans qu’un magazine ne titre sur « alimentation et cancer ». À la télévision, à la radio, des messages officiels vantent les mérites d’une consommation débridée de fruits et légumes… Dans les librairies, des médecins de renom nous expliquent comment vivre « sans cancer » en mangeant « sainement ». Campagne de santé publique salutaire ou nouvelle tentative fâcheuse de remettre en cause nos traditions culinaires ? En France, le cancer colo-rectal est responsable de près de 20 000 décès par an. Il y a 30 ans, Doll et Peto estimaient qu’une modification des habitudes alimentaires permettrait de réduire son incidence de 60 %. Par approximation, on peut en déduire que, si cette hypothèse est exacte, plus de 10 000 vies pourraient être sauvées par an. L’article de Y. Vano et coll. vient à point nommé en faisant une revue des arguments scientifiques justifiant ou non les recommandations alimentaires actuelles pour prévenir le cancer colo-rectal. Les différentes études suggèrent très fortement un lien de causalité entre la consommation de viande rouge, de charcuterie et d’alcool et la survenue d’un cancer colorectal, tandis que les fibres et les produits laitiers ont un effet protecteur. La relation avec la consommation de fruits et légumes paraît plus incertaine. Ces conclusions sont fondées principalement sur des études observationnelles dont on connaît les limites, mais qui sont concordantes et appuyées par un rationnel biologique. Des études interventionnelles prospectives paraissent irréalistes et probablement non éthiques. Un point fondamental est que les mêmes individus cumulent souvent tous les facteurs de risque : tabac, alcool, alimentation carnée et pauvre en fruits et légumes. Les expériences passées montrent que certaines populations (précarisées, non francophones…) sont plus difficilement accessibles aux messages de prévention classiques et doivent faire l’objet de campagnes adaptées.

L’histoire de l’utilisation des antioxydants pour la prévention des cancers est instructive et devrait amener la communauté médico-scientifique à plus de prudence dans les messages délivrés au grand public. Comme le détaillaient M. Rodrigues et A. Bouyon dans leur article, le rationnel apparaissait initialement solide : les antioxydants sont présents en grande quantité dans les fruits et légumes, dont le rôle dans la prévention du cancer est avéré. Le rôle du stress oxydant dans l’oncogenèse est établi, et dans plusieurs modèles précliniques, des antioxydants préviennent la carcinogenèse. Ces données ont fort justement abouti à la réalisation d’essais prospectifs mais ont également été largement diffusées vers le grand public. Aujourd’hui, alors que 20 à 30 % de la population absorberait régulièrement un antioxydant, les études récentes convergent pour dire que des antioxydants pris quotidiennement ne préviennent pas le cancer et pourraient même en augmenter le risque. Plus grave encore, plusieurs études cliniques et de solides arguments biologiques sur les antioxydants s’accordent à montrer qu’ils réduisent l’activité de la chimiothérapie et des radiations ionisantes. Le message à délivrer à nos patients et à leur entourage est donc clair : la prévention du cancer ne peut passer que par une alimentation équilibrée. L’utilisation d’antioxydants doit être découragée.

Cet article nous rappelle encore une fois les qualités d’Amélie Bouyon, qui nous a malheureusement quittés en décembre. Son souvenir restera présent au sein de la communauté de l’oncologie et auprès de ses amis.


 

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