ARTICLE
Auteur(s) : Sami Antoun
Responsable du Comité liaison alimentation nutrition,
Institut Gustave-Roussy, VilleJuif
La présence d’une dénutrition en cancérologie peut être
qualifiée de situation paradoxale. C’est un des symptômes les plus
fréquemment associé au cancer et un de ceux les moins bien détectés
et traités. La place difficile à définir de la
nutrition/alimentation entre soins de base et médicaments
n’explique pas à elle seule le nombre limité de prise en charge.
Cette situation est surtout le fait de données de la littérature
peu nombreuses, notamment en ce qui concerne les conséquences de la
dénutrition ou bien l’efficacité des différentes modalités
thérapeutiques.
Malgré la connaissance depuis plusieurs années des conséquences
de la dénutrition sur la morbidité et la mortalité postopératoires,
les mesures thérapeutiques sont rarement mises en place, et un réel
effort doit être fait dans ce domaine. L’article de W. Kaikani et
P. Bachmann met l’accent sur les conséquences de la dénutrition
dans des domaines jusque-là peu explorés tels que la diminution des
paramètres de qualité de vie, le risque plus élevé de complications
infectieuses ou bien la toxicité plus importante de la
chimiothérapie ou de la radiothérapie. La présence d’une
toxicité importante entraîne une diminution, un report ou un arrêt
du traitement, avec comme conséquence une posologie reçue
inférieure à celle prévue et peut-être « une perte de chance »
associée. Cette relation semble être liée plus à la perte
musculaire qu’à celle du tissu adipeux. La difficulté dans
l’avenir va être, étant donné l’augmentation dans la population des
personnes en surcharge pondérale de détecter cette déplétion
protéique masquée par le tissu adipeux. L’élément qui va peut-être
favoriser une meilleure prise en charge, est d’ordre économique. En
effet, comme il est bien rapporté dans l’article de W. Kaikani et
P. Bachmann, il existe une relation entre certains paramètres
économiques (durée de séjour, coût des traitements) et la
dénutrition. Le traitement de cette dernière permet de
diminuer la durée d’hospitalisation et de réduire les coûts.
Il est difficile de dégager un consensus concernant la prise en
charge de la dénutrition dans l’évolution des tumeurs solides.
Les données de la littérature ne sont pas concluantes et sont
peu nombreuses. La problématique vient du fait que la
dénutrition n’est pas seulement liée à une diminution des apports,
et donc réversible par leur augmentation, mais au caractère
inflammatoire de certaines pathologies tumorales.
Le traitement est probablement mixte, comme le souligne
l’article de C. Demoor-Goldschmidt et B. Raynard, associant des
apports nutritionnels et un traitement médicamenteux. La place
respective de chacune de ces classes thérapeutiques reste à définir
et va sûrement dépendre du type de tumeur ainsi que du stade
évolutif.
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