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Facteurs pronostiques et prédictifs de réponse des tumeurs épithéliales malignes de l’ovaire


Bulletin du Cancer. Volume 96, Numéro 4, 425-37, avril 2009, Formation SFC

DOI : 10.1684/bdc.2008.0782

Résumé   Summary  

Auteur(s) : P Boudou-Rouquette, P Pautier, P Morice, C Lhommé , Comité de gynécologie, Institut Gustave-Roussy, 39, rue Camille-Desmoulins, 94800 Villejuif, France.

Résumé : Les tumeurs épithéliales malignes de l’ovaire sont globalement des tumeurs de mauvais pronostic. Cependant, durée de survie et réponse au traitement sont variables selon les patientes. La détermination de facteurs pronostiques permet d’adapter la prise en charge thérapeutique pour chaque malade et est nécessaire à l’élaboration et l’interprétation des protocoles de recherche thérapeutique. De nombreux marqueurs pronostiques liés à la tumeur, aux patientes ou encore aux traitements, ont été décrits. Les plus validés sont le volume du reliquat tumoral après l’exérèse chirurgicale initiale, le stade d’extension selon la classification de la Fédération internationale des gynécologues obstétriciens (FIGO), le type histologique et le grade de différenciation de la tumeur. La mise à disposition de nouvelles technologies appliquées à la biologie permet également d’envisager, à moyen terme, de nouveaux profils pronostiques s’appuyant sur les caractéristiques génétiques et/ou protéomiques de la tumeur. L’avenir repose également sur la détermination de facteurs prédictifs de réponse au traitement, mais force est de constater, qu’à ce jour, sur les 100 dernières publications testant de nouveaux facteurs (p53, HER2, Topo-2-α, BRCA…), aucune n’a modifié nos pratiques cliniques.

Mots-clés : cancer de l’ovaire, facteur pronostique, facteur prédictif, réponse au traitement

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : P Boudou-Rouquette, P Pautier, P Morice, C Lhommé

Comité de gynécologie, Institut Gustave-Roussy, 39, rue Camille-Desmoulins, 94800 Villejuif, France

Article reçu le 10 Octobre 2007, accepté le 27 Août 2008

Les adénocarcinomes de l’ovaire demeurent relativement peu fréquents et se situent au cinquième rang des cancers féminins (3,8 % de l’ensemble des nouveaux cas). En 2005, 4 375 nouveaux cas ont été diagnostiqués en France [1]. Ce sont globalement des tumeurs de mauvais pronostic. Avec 3 357 décès observés, en 2006, en France [2], ils se situent au cinquième rang des décès féminins par cancer, après les cancers du sein, du côlon et du rectum, du poumon et du pancréas. Les taux de survie globale à cinq ans sont entre 30 et 40 %, le diagnostic étant très souvent (deux fois sur trois) porté à un stade avancé (stades IIIB à IV avec envahissement péritonéal, ganglionnaire rétropéritonéal ou métastatique à distance) [3].

L’identification de marqueurs pronostiques et prédictifs de réponse au traitement est importante pour optimiser la prise en charge thérapeutique de chaque patiente et est utile pour stratifier les patientes dans les essais cliniques et lors de l’interprétation des résultats de ces études. Ils doivent répondre à des critères de fiabilité et de reproductibilité. Chaque variable doit être indépendante des autres facteurs déjà identifiés (confirmation en analyse multivariée) [4].

Les facteurs pronostiques peuvent être subdivisés en trois catégories :

  • facteurs liés à la tumeur : stade de la Fédération internationale des gynécologues obstétriciens (FIGO), grade de différenciation et type histologique, HER2, EGFR… ;
  • facteurs liés aux patientes : âge, état général (indice de performance), infiltrat lymphocytaire tumoral ;
  • facteurs liés aux traitements : qualité de la chirurgie, volume du résidu tumoral après la chirurgie initiale, cinétique du CA125 en cours de chimiothérapie postopératoire, intervalle libre sans traitement après une première ligne de chimiothérapie à base de platine.

Après les facteurs pronostiques, nous étudierons, dans un deuxième temps, les facteurs prédictifs de réponse aux différents traitements.

Facteurs pronostiques

Liés à la tumeur

Anatomopathologiques

Stade tumoral

Dans la mesure où, initialement, il existe peu de signes cliniques, qui, en outre, sont le plus souvent non spécifiques, les adénocarcinomes ovariens sont diagnostiqués dans près de deux tiers des cas à un stade avancé. Le stade d’extension est établi en utilisant la classification de la FIGO [5]. Cela nécessite (tout particulièrement pour les stades précoces) une chirurgie complète devant comporter, outre la chirurgie pelvienne, une cytologie péritonéale, une lymphadénectomie pelvienne et para-aortique bilatérale, une omentectomie infracolique, une appendicectomie et des biopsies péritonéales multiples. L’extension de la maladie au moment du diagnostic est un facteur pronostique essentiel retrouvé dans l’ensemble de la littérature. Il influence fortement les taux de survie globale à cinq ans qui sont de 80 % pour les stades I et inférieurs à 20 % pour les stades IV [6].

Les « sous-stades » de la classification FIGO ont également une valeur pronostique.

Stade IC, avec rupture capsulaire. Dans une étude rétrospective portant sur 1 545 patientes ayant un cancer épithélial de l’ovaire de stade I, le degré de différenciation était le marqueur pronostique le plus puissant de survie sans récidive, moyennement versus bien différencié (HR : 3,13 ; IC 95 % : [1,68-5,85]), peu versus bien différencié (HR : 8,89 ; IC 95 % : [4,96-15,9]), suivi par la rupture préopératoire de la tumeur (HR : 2,65 ; IC 95 % : [1,53-4,56]), la rupture peropératoire (HR : 1,64 ; IC 95 % : [1,07-2,51]), la bilatéralité de la tumeur et l’âge de la patiente [7].

Stade IIIC avec atteinte ganglionnaire. L’évaluation exacte du statut ganglionnaire est particulièrement intéressante dans les stades précoces (stades IA et IB). L’envahissement d’un ganglion pelvien et/ou lomboaortique fait passer d’un stade I à un stade IIIc. Par ailleurs, Chan et al. ont mené une large étude rétrospective évaluant le rôle thérapeutique potentiel de la lymphadénectomie chez 13 918 patientes atteintes de cancers de l’ovaire de stades III-IV [8]. Les auteurs ont rapporté une augmentation significative de la survie sans récidive à cinq ans chez les patientes pour lesquelles une atteinte ganglionnaire avait été révélée lors du curage (p = 0,002). Les auteurs ont également rapporté une augmentation de la survie globale pour les stades IIIC, en cas d’atteinte ganglionnaire avérée, parallèlement à une augmentation du nombre de ganglions prélevés (p = 0,023). Au cours de cette étude, la lymphadénectomie ainsi que l’atteinte ganglionnaire ont été rapportées comme des facteurs pronostiques indépendants sur la survie après ajustement sur l’âge, l’année du diagnostic, le stade et le grade (respectivement, p = 0,001 et p < 0,005).

Grade histologique

Le grade histologique est un facteur pronostique identifié comme étant indépendant en cas de tumeurs de stades précoces, où il est pris en compte lors de la décision thérapeutique [9]. Ainsi, la mise à jour 2007 du SOR « tumeurs épithéliales malignes de l’ovaire – traitement médical de première ligne » recommande un traitement complémentaire dans les stades précoces en présence d’une tumeur de grade 3 : « en cas de stadification complète, une chimiothérapie à base de sels platine doit être proposée lorsqu’il existe des facteurs pronostiques péjoratifs (grade 3, cellules claires ou stades ≥ IC) » [10]. Dans les stades évolués, il n’a pas été mis en évidence de valeur pronostique indépendante [11, 12].

Depuis les années 1970, plusieurs grades histologiques ont été proposés pour les tumeurs épithéliales de l’ovaire. Plus récemment, Silverberg [13] a proposé un nouveau grade histologique qui s’appliquerait uniquement aux carcinomes, déterminé à partir de trois paramètres : l’architecture, le pléomorphisme nucléaire et l’activité mitotique. Cependant, le grade est un facteur qui manque de reproductibilité, et l’emploi de multiples systèmes de grading rend son utilisation difficile en pratique.

Type histologique

Il n’a pas toujours été retrouvé comme facteur pronostique indépendant. Dans une étude du Gynecologic Oncology Group (GOG) portant sur 295 patientes atteintes d’une tumeur épithéliale maligne de l’ovaire de stade III ou IV, le type histologique n’était pas reconnu comme un facteur pronostique indépendant de survie [14]. Mais il s’agissait d’une analyse rétrospective, sur une population hétérogène et de petite taille, où seulement 11 % des patientes avaient reçu une chimiothérapie associant paclitaxel/carboplatine, le standard actuel. Dans un essai portant uniquement sur des tumeurs de stade IV, les tumeurs mucineuses ou à cellules claires étaient associées à une survie plus courte que les tumeurs séreuses [15]. Des résultats similaires ont été publiés récemment dans une large étude rétrospective, portant sur 1 895 patientes incluses dans six essais du GOG et traitées de façon homogène (chirurgie de réduction tumorale initiale, puis six cycles intraveineux associant platine et paclitaxel) pour un adénocarcinome ovarien de stade III [11].

Les tumeurs mucineuses sont diagnostiquées plus souvent à un stade précoce, ce qui leur confère un meilleur pronostic en termes de survie globale. A contrario, quand la maladie est avancée, le type mucineux est associé à une survie plus courte que les autres types histologiques, car ces tumeurs sont plus souvent résistantes à la chimiothérapie standard des adénocarcinomes ovariens à base de platine [16]. Les adénocarcinomes à cellules claires seraient également plus souvent résistants à la chimiothérapie, ce qui expliquerait leur moins bon pronostic [17].

Biologiques

Récepteurs hormonaux pour les estrogènes et la progestérone

Dans une étude du MD Anderson portant sur 322 patientes opérées d’un carcinome de l’ovaire, les récepteurs aux estrogènes (RE) étaient surexprimés dans 77,3 % des cas et les récepteurs à la progestérone (RP) dans 26,2 % des cas (études immunohistochimiques). L’expression des RE et des RP différait selon le type histologique de la tumeur : les RE étaient plus fréquents dans les types séreux et endométrioïdes et les RP dans les types endométrioïdes. Seule la surexpression des RP était associée à un pronostic favorable en analyse multivariée, et cette expression était liée au type histologique endométrioïde dans 64,2 % des cas [18]. Cette valeur pronostique des RP a été retrouvée en analyse multivariée dans d’autres études, notamment dans la série de Münsted et al. [19] qui ont inclus 186 patientes ayant un adénocarcinome ovarien diagnostiqué entre 1982 et 1996. La combinaison RE– RP+, qui représentait 10,2 % des tumeurs, était liée à un pronostic significativement supérieur à ceux observés avec les autres combinaisons et était associée à un stade plus précoce, une quantité plus faible d’ascite et une meilleure différenciation tumorale. Les taux de survie à cinq ans étaient de 81,3 % pour les tumeurs RE– RP+ versus 45,3 % pour toutes les autres combinaisons.

Ki-67

Dans une étude portant sur 51 patientes suivies pour un cancer de l’ovaire de stade III, Kaern et al. ont essayé de déterminer si l’expression de biomarqueurs tels que p53, Bcl-2, Ki-67, PDGFR-alpha, P-glycoprotéine et BRCA1, pouvait discriminer les patientes survivantes à court et à long termes. La surexpression de Ki-67 était associée à un pronostic plus sombre en analyse multivariée, avec les réserves que l’on peut émettre sur la validité de cette étude avec un échantillon aussi faible [20]. Khouja et al. ont retrouvé des résultats similaires chez 171 patientes ayant un cancer de l’ovaire de stade III non traitées au préalable. Le but de cette étude était d’étudier l’impact de l’expression, en immunohistochimie, de p14, p16, p57 et Ki-67 sur d’autres variables clinicobiologiques et sur le pronostic. Des taux élevés de protéines de Ki-67 (> 10 % de noyaux positifs) ont été retrouvés dans 144 cas (84 %), p16 (> 50 % de noyaux positifs) dans 53 cas (31 %), p57 (> 10 % de noyaux positifs) dans 41 cas (24 %) et p14 dans 19 cas (11 %). Des corrélations entre la surexpression de Ki-67 et la présence d’un résidu postchirurgical (p = 0,019), la présence d’ascite (p = 0,006), un stade FIGO élevé (p < 0,001), une faible différenciation tumorale (p < 0,001) et un grade de Silverberg élevé (p < 0,0001) ont été retrouvées. En analyse multivariée, seule la surexpression de Ki-67 était significativement associée à une survie plus courte (p = 0,025). Ces résultats montrent que Ki-67 est un marqueur pronostique indépendant dans les stades III de cancer de l’ovaire [21].

Ploïdie de l’ADN

La ploïdie, mesurée par cytométrie de flux, a été identifiée comme un facteur pronostique indépendant dans les cancers épithéliaux de l’ovaire. Vergote et al. rapportent, chez 290 patientes ayant une tumeur de stade I, des taux de survie sans maladie à cinq ans de 90 % en cas de tumeurs diploïdes et seulement de 64 % en cas de tumeurs aneuploïdes [22]. Cependant, le grade de différenciation restait le facteur pronostique le plus important de survie sans récidive en analyse multivariée devant la ploïdie de l’ADN et le stade.

HER2

Le taux de surexpression d’HER2 est très variable dans la littérature selon les méthodes de détection utilisées (immunohistochimie ou IHC, hybridation fluorescente in situ ou FISH, hybridation chromogénique in situ), les différentes sources de matériel (blocs de tumeur ou tissu micro-array) et les différentes techniques d’IHC (CB-11, HercepTest). Dans l’étude danoise, MALOVA, regroupant 181 patientes ayant un cancer ovarien, 13,3 % des tumeurs étaient 2+ ou 3+ en IHC. La surexpression d’HER2 était corrélée négativement à la survie globale et conservait sa valeur pronostique en analyse multivariée [23]. Ces résultats n’ont pas été confirmés par une étude multicentrique allemande où le taux de surexpression d’HER2 en IHC était plus faible (25/361 tumeurs, soit 6,9 %) et où l’influence pronostique du statut HER2 n’était pas indépendante des paramètres classiques anatomocliniques [24]. Dans un essai multicentrique du GINECO, le statut HER2 a été évalué chez 320 patientes ayant un cancer de l’ovaire de stades Ic-IV ou un cancer primitif péritonéal, dont 243 patientes incluses dans un essai prospectif de chimiothérapie à base de paclitaxel-carboplatine-gemcitabine. Les 77 patientes restantes incluses dans l’analyse présentaient une résistance à la chimiothérapie par paclitaxel-carboplatine (définie comme une progression sous chimiothérapie ou une rechute moins de six mois après avoir achevé la chimiothérapie). Le statut HER2 de la tumeur primitive et des métastases a été testé à la fois par FISH et IHC. Le gène HER2 était surexprimé et amplifié dans 6,6 % (21 sur 320) des échantillons tumoraux, et il n’a pas été retrouvé de valeur pronostique au statut HER2. Les patientes recevant une chimiothérapie à base de paclitaxel, la question d’une possible interaction entre la positivité du statut HER2 et la sensibilité au paclitaxel se pose. Les auteurs suggéraient que le paclitaxel devait reverser le mauvais pronostic associé aux tumeurs HER2 positives [25].

EGFR

L’expression anormale de EGFR (epidermal growth factor receptor) et de ses ligands a déjà été retrouvée dans de nombreux cancers tels que le cancer du poumon, de l’estomac, du sein et du côlon. La surexpression de EGFR est de l’ordre de 22 à 45 % selon les études dans les cancers de l’ovaire [26-28]. Dans les stades III et IV, il n’a pas été mis en évidence d’impact pronostique sur la survie en analyse multivariée [26, 28]. En revanche, dans les stades I et II, la surexpression de EGFR aurait une valeur pronostique indépendante négative sur la survie sans récidive [27].

VEGF et marqueurs angiogéniques

Secord et al. ont étudié la valeur pronostique de marqueurs angiogéniques tels que THBS-1 (thrombospondine-1), βFGF (basic fibroblast growth factor), VEGF (vascular endothelial growth factor) et VEGFR-1 (VEGF receptor 1) chez 67 patientes non préalablement traitées pour un carcinome épithélial de l’ovaire avancé. Après ajustement selon les caractéristiques cliniques et l’expression de p53, la surexpression de THBS-1 (analyse par immunoblot) était significativement corrélée négativement à la survie sans progression et à la survie globale [29].

Génétique moléculaire et micro-array

De nombreux gènes ont été étudiés, et leur intérêt clinique reste débattu. Une méta-analyse de Crijns et al., portant sur les facteurs pronostiques dans les adénocarcinomes ovariens, rapporte que la protéine p53 était surexprimée, selon les études, dans 14 à 79 % des tumeurs [30]. Dans ce même article, les données de plusieurs essais ont été réunies. Les patientes, ayant une expression anormale de p53, présentaient une survie à cinq ans significativement moins bonne par rapport aux patientes qui ne surexprimaient pas la protéine p53. Il faut, cependant, tenir compte de la considérable variabilité méthodologique décrite dans cette publication. A contrario, de Graeff et al. ont démontré que la surexpression de p53 n’était pas un facteur pronostique indépendant en analyse multivariée, en insistant sur l’importance de la standardisation méthodologique, lorsque les données d’un biomarqueur provenant de plusieurs études multicentriques doivent être combinées [31].

Dans une étude datant de 2004 et utilisant des oligonucléotides micro-arrays à partir de l’expression de 115 gènes, un profil pronostique a été identifié. Cette signature conservait une valeur pronostique indépendante en analyse multivariée [32]. Cependant, une revue des études de profils d’expression génique dans les cancers de l’ovaire a été publiée en 2007, regroupant l’analyse de sept essais. Celle-ci concluait que ces techniques prometteuses devaient être validées dans de larges études prospectives, avant d’envisager leur utilisation dans la pratique quotidienne [33]. Il en est de même pour les nouveaux marqueurs moléculaires (tableau 1) potentiellement pronostiques, mais dont la pertinence n’est pas encore démontrée à ce jour [34-45].

Tableau 1 Marqueurs moléculaires potentiellement pronostiques dans les cancers de l’ovaire

Références

Marqueurs de résistance aux substances

Glycoprotéine GP-170

[34]

YB-1

[34, 35]

Glutathion S-transférase pi

[36]

BRCA1 et 2

[78, 79]

c-erB2

[23-25]

LRP

[74]

Gènes NER : ERCC1 et XPAC

[71]

BAX et Bcl-2

Gènes suppresseurs de tumeur

Expression de p53 mutant

[27, 30, 31]

TSG101

[37]

ARHI I

[38]

Oncogène

AKT-2

[39]

Marqueurs de prolifération

Ki-67

[20, 21]

Marqueurs de diffusion tumorale métastatique

nm23-H1

[40]

CXCL12-CXCR4

[35]

Macrophage colony-stimulating

[41]

Factor 1

Récepteur CD44

[42]

Cytokines et autres protéines d’activation

IL-6

[43]

PDGFR alpha

[44]

Interféron gamma

[45]

Liés aux patientes

Âge et indice de performance

Bien qu’en analyse multivariée ils ne sont pas toujours identifiés comme des facteurs pronostiques indépendants, ils peuvent influencer les décisions thérapeutiques, aussi bien chirurgicales (risques de morbidité opératoire) que médicales (indications et modalités des traitements adjuvants). L’âge et l’indice de performance (PS ou performans status) ont été retrouvés comme étant des facteurs pronostiques indépendants dans une étude rétrospective du GOG portant sur 1 895 patientes traitées de façon homogène pour un adénocarcinome ovarien de stade III [11]. Plus l’âge était élevé, plus le risque de progression de la maladie et de décès augmentait de façon linéaire en analyse multivariée. Les auteurs suggéraient que des différences en termes de biologie tumorale, de réponse immune et de comorbidités pouvaient expliquer ce pronostic plus sombre chez les patientes âgées. De plus, les patientes âgées de plus de 70 ans (14 % du total) étaient traitées de façon moins agressive : seul 77 % du traitement prévu avait été réalisé.

Dans cette même étude du GOG, les patientes ayant un PS de 1 ou de 2 avaient un risque plus important de rechute et de décès que les patientes dont le PS était de 0. Dans l’étude de Chan et al. n’incluant que des patientes suivies pour un adénocarcinome ovarien de stade III ou IV, le PS était également un facteur pronostique indépendant pour la survie en analyse multivariée. Les femmes ayant un PS de 1 ou de 2 avaient une augmentation de 90 % du risque de décès lié au cancer par rapport aux patientes ayant un PS à 0 [46].

Infiltrat lymphocytaire tumoral

Une infiltration lymphocytaire tumorale de lymphocytes CD8+ et un taux élevé de cellules T CD8+ régulatrices sont associés à un pronostic favorable dans les cancers épithéliaux de l’ovaire [47]. En effet, la présence de lymphocytes à l’intérieur du microenvironnement tumoral est considérée comme le témoin de la réponse immune de l’hôte contre les antigènes tumoraux.

Dans une autre étude, Kryczek et al. ont quantifié l’expression de B7-H4, un nouveau membre de la famille B7, au niveau de la tumeur et dans les macrophages associés à la tumeur. Les molécules B7 sont des homodimères de la superfamille des immunoglobulines, qui régulent la réponse immunitaire via des signaux costimulateurs ou co-inhibiteurs. Les auteurs avaient précédemment démontré que les cellules tumorales ovariennes et les macrophages associés exprimaient B7-H4, que les macrophages tumoraux B7-H4+ et les cellules T CD4+CD25+FOXP3+ régulatrices supprimaient l’immunité cellulaire, antigène T spécifique. Ainsi, B7-H4 pourrait protéger la tumeur d’une attaque du système immunitaire, en inhibant les lymphocytes T. Chez 103 patientes atteintes d’un carcinome de l’ovaire, les auteurs ont observé que l’intensité de l’expression de B7-H4 dans les macrophages était significativement corrélée au nombre de cellules Treg dans la tumeur. À la fois les cellules Treg et les macrophages B7-H4+ étaient associés de façon négative à la survie des patientes [48].

Liés au traitement

Chirurgie initiale

Une procédure chirurgicale adéquate avec une stadification complète en cas de cancer de l’ovaire de stade I est identifiée comme un facteur pronostique indépendant en analyse multivariée [49, 50].

Dans l’essai randomisé de phase III de Trimbos (incluant 448 patientes), la randomisation portait sur la réalisation ou non d’une chimiothérapie adjuvante en cas de tumeurs de stades précoces (stades IA-IIA). L’impact d’une chirurgie de stadification complète a été évalué. La stadification chirurgicale est apparue comme un facteur pronostique indépendant de la survie globale et de la survie sans récidive (HR = 2,05 ; p = 0,04 et HR = 1,96 ; p = 0,009, respectivement) [49]. Zanetta et al. ont évalué, rétrospectivement, l’impact de plusieurs facteurs pronostiques sur la survie de 351 patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire de stade I. Le degré de stadification (complète-péritonéale versus incomplète) est apparu comme un facteur pronostique indépendant sur la survie sans récidive et sur la survie globale (respectivement, p = 0,007 et p = 0,008) [50].

Volume du résidu tumoral après exérèse initiale

En cas de stades évolués, le facteur pronostique essentiel dans de nombreuses études est la taille du reliquat tumoral postopératoire [51, 52]. D’après la méta-analyse de Bristow et al., il existe une corrélation positive statistiquement significative entre le pourcentage de cytoréduction maximale et la survie médiane. Ainsi, une augmentation de 10 % de la proportion de patientes, pour lesquelles une cytoréduction maximale a été réalisée, est associée à une augmentation de 5,5 % de la durée de survie médiane (p < 0,001) (figure 1) [53]. Dans l’étude prospective d’Eisenkop et al. menée sur 408 patientes suivies pour un cancer de l’ovaire de stade IIIC, le résidu tumoral est également apparu comme un facteur pronostique indépendant, statistiquement significatif (p = 0,001) sur la survie médiane [54]. Ces résultats ont été confirmés en 2006, toujours sur la survie médiane, dans l’étude de Chi et al. incluant 465 patientes réparties en trois groupes selon le volume du reliquat tumoral : absence de résidu (référence) : HR = 1 ; résidu ≤ 1 cm : HR=2,07 (p = 0,006) ; résidu > 1 cm : HR = 3,70 (p < 0,001) [55]. Lors de cette même étude, il a été observé une différence de survie médiane globale en fonction de la taille du résidu tumoral : pas de résidu : 106 mois ; ≤ 0,5 cm : 66 mois ; 0,6-1,0 cm : 48 mois ; 1-2 cm : 33 mois ; > 2 cm : 34 mois. Wimberger et al. ont évalué l’impact de plusieurs facteurs pronostiques sur les résultats de la chirurgie et l’impact de la chirurgie sur la survie de 761 patientes atteintes de cancers de l’ovaire de stades IIB-IV, incluses dans un essai de phase III (OVAR-3). Les auteurs ont rapporté une diminution de la probabilité de réaliser une chirurgie complète en cas de volume tumoral préopératoire important, de stade élevé, de mauvais état général, d’âge avancé ou de présence de carcinose péritonéale. Le résidu tumoral postopératoire était, là aussi, le facteur pronostique indépendant le plus important pour la survie globale [56]. D’après les dernières recommandations du programme SOR « pour la prise en charge des patientes atteintes de tumeurs épithéliales malignes de l’ovaire – traitement chirurgical », les meilleures chances de survie prolongée sont conférées aux patientes dont l’exérèse chirurgicale est initiale et complète (résidu nul) [57]. Le problème est celui de la morbidité de cette intervention pour obtenir ce résidu nul. En effet, une chirurgie radicale peut parfois retarder le début de la chimiothérapie si les suites opératoires sont longues ou altérer définitivement la qualité de vie de ces patientes (colostomies définitives, résections importantes du grêle par exemple).

Cinétique du CA125 en cours de chimiothérapie postopératoire

Le CA125 est une glycoprotéine d’origine épithéliale cœlomique qui est exprimée par les tissus adultes. Plus de 80 % des carcinomes ovariens non mucineux expriment le CA125. La demi-vie du CA125 et son délai de normalisation pendant la chimiothérapie sont des facteurs pronostiques indépendants pour la survie globale. Dans une étude multicentrique française, Riedinger a identifié un groupe de tumeurs à très mauvais pronostic, après seulement deux ou trois cures de chimiothérapie d’induction. Dans ce groupe, la concentration sérique de CA125 postopératoire est supérieure à 100 kU/L, la demi-vie du marqueur est supérieure à 14 jours, et celui-ci ne se normalise pas avant la troisième cure de chimiothérapie [58]. Crawford et Peace ont conduit une analyse rétrospective à partir des données de patientes traitées pour un adénocarcinome ovarien, et, chez qui, une réponse complète biologique avait été obtenue. Le nadir du CA125, en cours de chimiothérapie postopératoire, a été corrélé significativement à la survie globale : un nadir ≤ 10 U/mL, en fin de chimiothérapie, était associé à un excellent pronostic ; à l’opposé, les patientes présentant un nadir > 10 U/mL avaient un fort risque de progression dans l’année suivant le diagnostic. Dans cette étude, le nadir du CA125 ≤ 10 U/mL était la seule variable pronostique de la survie globale en analyse multivariée [59].

Après chirurgie d’intervalle

Van der Burg et al. ont montré un avantage significatif en termes de survie, avec un gain de six mois de médiane de survie pour les patientes bénéficiant d’une chirurgie de réduction tumorale d’intervalle, après chirurgie initiale incomplète (maladie résiduelle > 1 cm) et trois cycles de cyclophosphamide-cisplatine. Le risque de décès était réduit d’un tiers par rapport aux patientes n’ayant pas bénéficié de la chirurgie [60]. Cela n’a pas été retrouvé dans l’étude américaine du GOG dans laquelle le paclitaxel (associé au cisplatine) remplaçait le cyclophosphamide [61]. On attend les résultats de l’essai de l’EORTC 55971 qui a posé également cette question (inclusions closes récemment). Morice et al. ont comparé, chez des patientes ayant un cancer épithélial de l’ovaire avancé, les résultats d’une chirurgie de réduction tumorale d’intervalle (après trois ou quatre cycles de chimiothérapie d’induction), lorsque la réduction tumorale initiale était impossible (57 patientes), à ceux d’une chirurgie initiale complète (28 patientes) [62]. Après ajustement selon la taille du résidu tumoral en fin d’intervention, la survie des patientes était la même dans les deux groupes. Cela tend à démontrer que la valeur pronostique de la taille du résidu tumoral après cytoréduction chirurgicale est importante quel que soit le temps de la chirurgie. En tout état de cause, la chirurgie d’intervalle reste une chirurgie de recours chez des patientes pour qui la réduction tumorale initiale complète était impossible. Il ne faut la proposer que si l’évolution tumorale, après trois cures de chimiothérapie, est favorable, permettant de réaliser une réduction tumorale complète avant reprise de la chimiothérapie [57].

Intervalle libre sans traitement

L’intervalle libre sans traitement après la chimiothérapie initiale par sel de platine est un facteur à la fois pronostique de survie et prédictif de réponse à une ligne de chimiothérapie ultérieure à base de platine. Dans l’étude de Chi et al., les patientes qui rechutaient entre 6 et 12 mois après une chimiothérapie à base de platine avaient une survie médiane de 30 mois, comparée à 51 mois chez celles qui avaient un intervalle libre sans maladie supérieure à 30 mois [63].

Facteurs prédictifs de réponse au traitement

Les facteurs prédictifs sont basés sur l’interaction entre le traitement et la biologie tumorale. Ils sont corrélés à la réponse au traitement indépendamment du pronostic. Ils permettent de sélectionner des patientes pour un traitement spécifique et ont un impact significatif sur ces patientes sélectionnées. Peu de facteurs prédictifs de réponse à la chimiothérapie, notamment aux sels de platine, sont actuellement validés dans les adénocarcinomes ovariens, malgré des travaux certes nombreux mais hétérogènes.

Facteurs prédictifs de réponse initiale

Biologiques

Une étude rétrospective a étudié la valeur prédictive de la diminution du CA125 après une chimiothérapie néoadjuvante à base de paclitaxel-carboplatine chez 91 patientes suivies pour un cancer épithélial de l’ovaire avancé [64]. La cinétique du CA125 à la chimiothérapie néoadjuvante n’était pas significativement prédictive de survie sans progression. Elle n’était pas non plus prédictive de la sensibilité au platine lors de la première rechute. Les auteurs concluaient que les patientes traitées par chimiothérapie néoadjuvante devaient bénéficier d’une chirurgie d’intervalle, quelle que soit la réponse du CA125 au traitement néoadjuvant.

Immunohistochimiques

p53, Bcl-2

p53 et Bcl-2 sont tous les deux des acteurs majeurs de la régulation apoptotique, et quelques études in vitro ont montré que l’expression de la protéine Bcl-2 ou de p53 mutant pouvait conférer une relative résistance au platine dans les cancers de l’ovaire [65]. Une seule étude clinique a montré une corrélation significative entre la mutation faux-sens de p53 et une accumulation de la protéine p53 ainsi qu’une résistance accrue à une chimiothérapie à base de platine dans les cancers de l’ovaire [66]. Dans une autre étude portant à la fois sur l’expression de p53 et de Bcl-2, sur le statut du gène p53, aucune corrélation n’a été mise en évidence [67].

HER2

Felip et al. ont observé que la faisabilité d’une chirurgie optimale était plus importante chez les patientes HER2 négatives après chimiothérapie, que chez les patientes HER2+ (37,2 versus 9,5 %) [68]. Un meilleur taux de réponse à une chimiothérapie contenant de la carboplatine et du cyclophosphamide était observé en l’absence de surexpression de HER2 (75 versus 18,6 %). Dans une autre étude, les taux de réponse à la chimiothérapie étaient différents selon le nombre de copies du gène, estimé par FISH [69]. Les taux de réponse étaient de 78 % dans les cas de moins de deux copies, de 63 % avec trois à cinq copies et de 62 % dans les cas avec plus de cinq copies de HER2. Dans l’essai du GOG testant le trastuzumab en monothérapie, 837 tumeurs ont été testées, et 95 (11,4 %) d’entre elles surexprimaient HER2 (2+ ou 3+). Sur les 41 patientes traitées, toutes ayant préalablement reçu une chimiothérapie, seules 7,3 % des patientes ont eu une réponse objective au trastuzumab [70].

Génétique moléculaire

L’étude la plus exhaustive jusqu’à présent, et utilisant les profils d’expression génique pour prédire la sensibilité aux sels de platine dans les cancers de l’ovaire, a été rapportée par Helleman et al. [71]. Quatre-vingt-quatre pour cent des patientes avaient reçu une association de cisplatine ou de carboplatine et de cyclophosphamide. Les autres malades avaient, également, toutes reçu une chimiothérapie à base de platine : le plus souvent cisplatine-cyclophosphamide-adriamycine ou paclitaxel-cisplatine. Il a été identifié 69 gènes qui étaient exprimés différemment entre les répondeuses à la chimiothérapie et les non-répondeuses. Une signature de neuf gènes (FN1, TOP2A, LBR, ASS, COL3A1, STK6, SGPP1, ITGAE, PCNA) a été isolée comme facteur prédictif de chimiosensibilité en analyse multivariée. Ces gènes pourraient prédire la résistance au platine avec une sensibilité de 89 % et une spécificité de 59 %. Beaucoup de patientes ont reçu un sel de platine et du cyclophosphamide, mais les auteurs ont considéré que la prédiction de réponse n’était pas spécifique de cette association, car elle était similaire chez les patientes recevant une chimiothérapie à base de platine mais sans cyclophosphamide. Cette spécificité est cependant trop faible pour être utile en pratique clinique.

Codegoni et al. ont étudié les niveaux d’expression de plusieurs gènes impliqués dans les mécanismes de résistance et de sensibilité aux cytotoxiques classiques, comme MDR-1, ERCC-1, TOPO-1 et TOPO-2-α chez 33 patientes présentant un cancer ovarien non encore traité (avec une majorité de stades III) [72]. MDR-1 (multi-drug-resistance) n’est pas exprimé fréquemment dans les cancers de l’ovaire. La résistance aux taxanes ou aux anthracyclines doit donc passer par un autre mécanisme ou ne pas être liée à la glycoprotéine-P. Une phase III a étudié en première ligne l’ajout du valspodar (PSC 833), qui est un inhibiteur P-gp potentiel, à l’association carboplatine-taxol chez 762 patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire stade III ou IV ou d’un cancer primitif péritonéal. Le résultat était négatif en efficacité, et il y avait plus de toxicité avec le PSC833 [73]. Il y a donc sans doute plusieurs mécanismes impliqués dans la résistance aux taxanes comme la voie PI3K/AKT, l’oncogène src, la famille des récepteurs à l’endothéline (ETA-R) [74]. L’expression de la protéine Lrp (lung resistance protein), également associée à MDR, paraît être un indicateur de mauvaise réponse au platine et aux agents alkylants dans les cancers de l’ovaire [75].

ERCC-1 (excision repair cross-complementation group 1) est connu pour jouer un rôle majeur dans la réponse aux sels de platine et aux moutardes azotées. Dans l’étude de Codegoni, les tumeurs qui montraient la plus forte expression de ERCC1 avaient une plus grande probabilité de réponse à une chimiothérapie à base de platine et de survie prolongée. Ces données sont contradictoires avec celles rapportées par Dabholkar et al. [76]. Dans l’étude récente de Smith et al., les patientes, avec une surexpression d’ERCC1 ou ayant un génotype C/C (cytosine/cytosine) pour le codon 118, bénéficieraient d’une chimiothérapie postopératoire à base de paclitaxel-platine, alors que celles qui expriment peu ERCC1 ou qui ont un génotype C/T (cytosine/thymine) ou T/T (thymine/thymine) répondraient bien au platine sans paclitaxel [77].

Dans l’étude de Codegoni, il n’y avait pas de corrélation entre l’expression génique de TOPO-2-α et la réponse à la chimiothérapie. Il existait une certaine hétérogénéité dans les niveaux d’expression de TOPO-1.

BRCA1 et BRCA2 ont également été étudiés comme facteurs prédictifs de réponse [78]. Les patientes, ayant une forme familiale et hétérozygote pour BRCA, ont une meilleure réponse au platine que les patientes ayant une maladie sporadique, ce qui doit contribuer à un meilleur pronostic. Ce fait a été confirmé à l’ASCO 2007 par Lacour et al. Ils ont rapporté chez 39 patientes d’origine juive non ashkénazes, porteuses de mutations BRCA1 ou 2, une augmentation nette du taux de réponse complète multiplié par 3,2 associée à une amélioration des paramètres de survie, par rapport à 47 cas de cancers sporadiques [79]. Les tumeurs qui surviennent après une mutation germinale de BRCA1 ou BRCA2 montrent généralement une perte de l’allèle sauvage (perte d’hétérozygotie). Le gène mutant restant code pour une protéine qui est déficiente pour la réparation de l’ADN, ce qui doit résulter en une sensibilité accrue aux sels de platine.

Dans une étude de Quinn et al. sur 70 patientes ayant un cancer de l’ovaire sporadique, l’inhibition de l’expression endogène de BRCA1 dans les lignées cellulaires de cancer de l’ovaire avait pour conséquence une sensibilité accrue aux sels de platine et, a contrario, une diminution de la sensibilité aux agents antimicrotubules. Les patientes, avec de bas niveaux tumoraux de BRCA1 (évaluation ARNm), avaient une meilleure survie globale en cas d’utilisation d’un platine (57,2 versus 18,2 mois ; p = 0,0017 ; HR : 2,9), tandis que la survie globale des patientes, exprimant fortement BRCA1, augmentait de façon non significative après une chimiothérapie à base de paclitaxel (23 versus 18,2 mois ; p = 0,12 ; HR : 0,53) [80]. Une des critiques de cette étude concerne l’analyse de l’ARNm de BRCA-1, car celle-ci est considérée comme une variable dichotomique et non continue. Des limites arbitraires peuvent conduire à des biais potentiels. Par ailleurs, nous ne savons pas sur quelle période les échantillons avaient été collectés.

Facteurs prédictifs de réponse lors de la rechute

Type histologique, taille tumorale, nombre de sites tumoraux

Une large étude menée par Eisenhauer et al. permet de mieux discerner les facteurs prédictifs de réponse à une chimiothérapie de deuxième ligne [81]. L’analyse des données de 704 patientes traitées dans des essais de phase II, évaluant des monochimiothérapies en deuxième ou troisième ligne (première ligne à base de platine), permet d’individualiser plusieurs facteurs prédictifs de la réponse tumorale. En analyse multivariée, les facteurs prédictifs de bonne réponse sont : le type histologique séreux, un nombre de sites métastatiques inférieur ou égal à 2 et une taille tumorale inférieure ou égale à 5 cm. L’intervalle libre et la réponse à la dernière ligne de chimiothérapie étaient corrélés au volume de la masse tumorale.

Intervalle libre sans platine

D’après l’étude de Markman et al., les taux de réponse à un régime à base de platine sont de 27 %, si la rechute survient moins de 12 mois après la fin du traitement initial à base platine et de 76 % en cas de rechute au-delà de 24 mois [82]. Cela a été confirmé depuis [83, 84]. Il est reconnu actuellement que l’intervalle libre sans platine est un facteur prédictif de réponse à une reprise d’une chimiothérapie à base de platine lors de la rechute. Cette notion est appliquée aussi bien lors du traitement des rechutes en pratique quotidienne, que dans les protocoles de recherche clinique (élaboration et interprétation).

Conclusion

Les facteurs pronostiques indépendants établis ayant un impact sur la décision thérapeutique sont l’extension tumorale selon le stade FIGO, la taille du résidu tumoral après chirurgie initiale, le type histologique et le grade de différenciation (notamment dans les stades précoces), l’âge et l’indice de performance. Pour les patientes traitées par chimiothérapie, on retiendra la valeur pronostique de la demi-vie du CA125 en cours de traitement. Il faut remarquer, dans le cas particulier des tumeurs épithéliales de l’ovaire, que c’est principalement dans les formes précoces de la maladie, que les facteurs pronostiques influencent la décision du traitement adjuvant à proposer. La mise à jour des SOR, en 2007, considère, comme un standard, qu’en cas de stadification complète pour les stades IA à IIA, une chimiothérapie à base de sels de platine doit être proposée lorsqu’il existe des facteurs pronostiques péjoratifs (grade 3, cellules claires ou stades ≥ IC).

La recherche de nouveaux facteurs biologiques reste une nécessité afin d’éviter un traitement inutile ou, au contraire, d’inciter à un traitement plus agressif en cas de facteurs de mauvais pronostic. Néanmoins, aucun des nouveaux facteurs pronostiques testés (p53, HER2, EGFR, MDR…) n’a modifié nos pratiques cliniques à ce jour.

Le développement des connaissances en protéomique et génomique permettra peut-être d’établir un jour des profils biologiques des tumeurs auxquels il sera alors possible de faire correspondre diverses probabilités de réponse aux traitements, de récidive ou de survie.

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