ARTICLE
Auteur(s) : P
Blanchard, L Quero, C Hennequin
Service de cancérologie-radiothérapie, hôpital Saint-Louis,
1, avenue Claude-Vellefaux, 75010 Paris, France
Article reçu le 4 Octobre 2007, accepté le 18 Juin 2008
Introduction
Avec près de 6 000 nouveaux cas par an, le cancer de l’œsophage est
le 15e cancer le plus fréquent en France et le troisième
cancer digestif [1]. Son incidence relativement stable cache en
fait une modification progressive de la maladie. En effet, les
cancers de l’œsophage se divisent en deux sous-types histologiques
dont les incidences évoluent en miroir. Le carcinome
épidermoïde, entité prédominante par le passé, voit son incidence
diminuer au profit de l’autre type histologique, l’adénocarcinome.
Aux États-Unis, l’incidence du carcinome épidermoïde a diminué de
30 %, depuis 1973, tandis que celle de l’adénocarcinome augmentait
de 400 % sur la même période [2]. La diminution de l’incidence
des carcinomes épidermoïdes est à mettre principalement sur le
compte de la diminution de la consommation d’alcool et de tabac.
L’augmentation de celle des adénocarcinomes, plus sensible aux
États-Unis ou dans les pays d’Europe du Nord où il représente la
majorité des cancers de l’œsophage, est liée à l’augmentation de la
prévalence du reflux gastro-œsophagien, de l’endobrachyœsophage (ou
œsophage de Barrett) et de l’obésité.
Malgré les progrès dans la prise en charge médicochirurgicale
[3], son pronostic reste sombre. Les taux de survie à cinq ans
ne dépassent pas 10 % tous stades confondus [2] et environ 20 %
après résection chirurgicale à visée curative. Il est
nécessaire d’identifier les patients de meilleur pronostic et ceux
qui vont bénéficier des traitements médicochirurgicaux. C’est le
but des classifications actuelles, parmi lesquelles la plus
répandue est la classification TNM et en stades selon l’Union
internationale contre le cancer (UICC) [4]. Cette classification se
fonde sur des critères d’extension tumorale exclusivement.
Pourtant, des patients atteints à stade identique et recevant une
prise en charge similaire peuvent avoir des évolutions cliniques
très variées et imprévisibles. Il faut donc déterminer les
facteurs cliniques, paracliniques et moléculaires qui influencent
le devenir des patients, le risque de rechute locale, à distance,
ou de décès lié à la maladie (facteurs pronostiques) mais aussi les
facteurs prédictifs de la réponse aux traitements antitumoraux,
notamment à la chimiothérapie et la radiothérapie (facteurs
prédictifs stricto sensu). Cela permettrait d’optimiser le
traitement des patients, ayant des chances de réponses, et
d’épargner aux autres une toxicité inutile.
Le but de cette revue est donc de faire le point sur les
facteurs pronostiques et prédictifs des cancers de l’œsophage.
Plusieurs remarques d’ordre général s’imposent. Tout d’abord, nous
l’avons dit, il n’existe pas un mais deux types de cancers de
l’œsophage se développant sur des terrains différents et dont le
pronostic et la sensibilité aux traitements sont pour certains
auteurs très différents [5]. De plus, l’éventail des modalités
thérapeutiques utilisées dans le traitement des cancers œsophagiens
est très large [3], et rien ne permet de penser a priori qu’un
facteur prédictif pour une modalité le sera pour une autre. Or, la
plupart des analyses publiées sont issues de séries chirurgicales
rétrospectives et mélangent souvent carcinome épidermoïde et
adénocarcinome. La pertinence de ces critères pronostiques
pourra donc être remise en question tant qu’elle ne sera pas
confirmée, si possible de manière prospective sur des séries
homogènes de patients, tant sur le type histologique que sur les
modalités de traitement.
La littérature médicale sur les facteurs prédictifs des cancers
de l’œsophage est pléthorique [6, 7]. Nous avons pris le parti de
ne pas être exhaustifs. Nous insisterons donc sur les facteurs
pronostiques reconnus, mais également sur ceux qui sont les plus
susceptibles d’avoir un impact prochain sur notre pratique
quotidienne de la cancérologie.
Nous décrirons tout d’abord les facteurs pronostiques
classiques, qui englobent les caractéristiques cliniques du
patient, l’extension initiale de la tumeur et les données de la
pièce opératoire, puis les facteurs pronostiques spécifiques des
associations chimioradiothérapie exclusives et ceux issus des
données récentes de la biologie moléculaire. Nous évoquerons
ensuite la possibilité de combiner ces facteurs sous la forme de
nomogrammes afin d’affiner la fiabilité de leurs prédictions. Nous
terminerons par la présentation des facteurs prédictifs de réponse
aux traitements antitumoraux. Le développement de tels outils,
encore balbutiant, constitue un des défis de la médecine actuelle
et permettra sans doute, dans le futur, de proposer des stratégies
thérapeutiques individualisées, adaptées à l’extension tumorale,
mais aussi au profil métabolique et à la biologie de la tumeur et
du patient.
Caractéristiques du patient
Si l’on postule qu’une maladie avancée est en général plus
symptomatique, on peut estimer, réciproquement, qu’une maladie
responsable de symptômes sera plus avancée, et partant, associée à
une survie diminuée. La valeur pronostique de nombreux
paramètres cliniques a ainsi été étudiée, parmi lesquels la perte
de poids, la présence d’une dysphagie, l’indice de performance (PS
ou performance status de l’OMS), l’âge et le sexe du patient, le
taux d’hémoglobine initial, la localisation tumorale ou encore la
présence d’un endobrachyœsophage (EBO) sous-jacent.
Les caractéristiques cliniques, ayant un impact sur le
pronostic, sont résumées dans le tableau
1.
On retiendra comme facteurs de bon pronostic un patient en bon
état général (PS 0 ou 1) [8, 9], dont la perte de poids est
inférieure à 10 % du poids corporel [9-13] et ayant une
hémoglobinémie normale [14]. La présence d’une dysphagie
initiale est un facteur pronostique également rapporté [13, 15],
mais dont l’importance semble s’effacer devant la perte de poids.
La présence d’un EBO est un facteur de bon pronostic rapporté
par plusieurs études [16, 17] mais qui demeure plus discuté.
Tableau 1 Paramètres cliniques associés dans des
analyses multivariées au pronostic des cancers de l’œsophage.
|
Paramètre
|
Critère de bon pronostic
|
Références
|
|
Amaigrissement
|
< 10 % du poids corporel
|
[9-13]
|
|
Indice de performance
|
0 ou 1
|
[8, 9]
|
|
Taux d’hémoglobine initial
|
Normal
|
[14]
|
|
Endobrachyœsophage (ADK)
|
Présent
|
[16, 17]
|
|
Dysphagie
|
Absente
|
[13, 15]
|
Extension tumorale initiale
Le volume de la tumeur, son extension locale et à distance sont les
critères utilisés par les classifications TNM et de l’UICC [4].
Leur importance pronostique est capitale et mérite d’être
détaillée. Les principaux critères pronostiques histologiques
figurent dans le tableau 2.
Le stade T, qui correspond à la profondeur d’envahissement de la
paroi œsophagienne, est un facteur pronostique reconnu [15, 18-20].
Pour affiner ce critère, certains ont proposé d’autres mesures du
paramètre T, notamment la longueur tumorale [21, 22] ou le volume
tumoral [13], calculé à partir des scanners diagnostiques.
Les cancers de l’œsophage sont très lymphophiles, puisque les
vaisseaux lymphatiques peuvent être envahis dès que la tumeur
dépasse la musculaire muqueuse. L’envahissement ganglionnaire est
dans de nombreuses études le facteur pronostique le plus important
des cancers de l’œsophage [18, 19, 22-25]. À l’instar de nombreux
cancers, un nombre élevé de ganglions envahis est, en soi, un
facteur péjoratif (un à trois versus plus de quatre) [20, 22, 24,
26]. Sachant que le risque de trouver des ganglions envahis
augmente avec le nombre de ganglions prélevés, il a été recommandé
que le curage ganglionnaire comporte au moins 15 ganglions.
Certains auteurs ont proposé d’utiliser le ratio de ganglions
envahis, ce qui permet de prendre en compte le nombre de ganglions
prélevés [15, 20, 22, 27] et donc de tenir compte de la qualité du
curage. La rupture de la capsule ganglionnaire a également une
valeur péjorative mais uniquement pour les adénocarcinomes [26,
28]. Par ailleurs, différentes méthodes ont été proposées pour
sensibiliser la recherche de métastases ganglionnaires.
La valeur pronostique des micrométastases, ainsi mise en
évidence, a été étudiée et corrélée au pronostic en analyse
multivariée, aussi bien pour les adénocarcinomes que pour les
carcinomes épidermoïdes [29-34]. Malgré son intérêt certain pour
affiner le pronostic des cancers œsophagiens, la recherche de
micrométastases ganglionnaires n’est pas entrée en pratique
quotidienne, probablement en raison de la lourdeur des techniques à
mettre en œuvre.
La présence de métastases viscérales est à l’évidence un facteur
de mauvais pronostic, que nous ne développerons pas dans cette
revue. Il nous paraît, en revanche, important d’évoquer le
stade M1a, qui correspond à la présence de ganglions tumoraux au
niveau cœliaque ou cervical [4]. La valeur péjorative de ce
stade M1a est controversée [25, 34, 35]. En effet, le taux
d’envahissement de ces relais ganglionnaires est élevé en raison de
la lymphophilie des carcinomes œsophagiens, de leur drainage
lymphatique bidirectionnel et imprédictible à cause de la
possibilité de métastases ganglionnaires à distance (skip
metastases) [34]. L’examen le plus sensible pour évaluer cette
extension ganglionnaire à distance est la tomographie par émission
de positrons au 18-α-fluorodésoxyglucose (TEP-FDG) [36, 37], qui
doit faire partie intégrante du bilan d’extension des formes
localisées [38]. Akiyama et al. ont décrit une atteinte cervicale
supérieure dans 9,8 % des cancers du tiers inférieur et une
atteinte cœliaque dans 31,8 % des cancers du tiers supérieur [39],
ce qui a été confirmé par des séries plus récentes [35]. On sait
bien, par ailleurs, qu’en l’absence de curage étendu, le taux de
rechute dans ces ganglions distants est faible. Il existe
aussi plusieurs séries rapportant des survies prolongées [25],
voire de guérison en présence de ganglions métastatiques à
distance. Pour toutes ces raisons, plusieurs auteurs ont proposé de
requalifier la présence de ganglions métastatiques à distance
(cervical ou cœliaque) en stade N2 pour bien signifier la
différence de pronostic qui existe avec un stade métastatique à
proprement parler (M1b, i.e. viscéral) [25, 35].
Tableau 2 Facteurs pronostiques histologiques des
cancers de l’œsophage.
|
Paramètre
|
Critère de bon pronostic
|
Références
|
|
Stade T
|
1-2 versus 3-4
|
[15, 18, 19, 65]
|
|
Stade N
|
0 versus 1
|
[18, 19, 22-25]
|
|
Micrométastases ganglionnaires
|
Absence
|
[29-33]
|
|
Nombre de ganglions envahis
|
1 à 3 versus 4 ou plus
|
[20, 22, 24, 26]
|
|
Ratio de ganglions envahis
|
Faible (< 0,2)
|
[15, 20, 22, 27]
|
|
Rupture capsulaire ganglionnaire (ADK)
|
Absence
|
[26, 28]
|
|
Qualité de la résection
|
Complète (R0)
|
[18-20, 25, 40]
|
|
Réponse au traitement néoadjuvant
|
pCR
|
[9, 40-43]
|
Histologie tumorale
Nous l’avons rappelé, les adénocarcinomes et les carcinomes
épidermoïdes de l’œsophage sont deux entités distinctes par leur
histologie, le terrain, leurs facteurs prédisposants, leur
localisation dans l’œsophage ou bien leur réponse aux traitements,
notamment à la radiothérapie. Siewert et al. ont suggéré, à partir
d’une série de plus de 1 000 cancers de l’œsophage, que les
adénocarcinomes ont un meilleur pronostic que les carcinomes
épidermoïdes en analyse multivariée [18]. Cette étude comporte
plusieurs biais : tout d’abord, il s’agit d’une étude
rétrospective, ensuite, l’amélioration de l’efficacité des
traitements a coïncidé avec l’augmentation de l’incidence des
adénocarcinomes et la diminution de celle des carcinomes
épidermoïdes. Les adénocarcinomes ont donc majoritairement
bénéficié des techniques et stratégies les plus récentes.
Cependant, une étude de cette dimension ne peut être ignorée, même
si les données de la littérature sont par ailleurs contradictoires
sur ce sujet [24]. Le degré de différenciation tumorale n’a,
en revanche, que peu d’influence pronostique dans la plupart des
études.
Analyse de la pièce opératoire
La résection chirurgicale demeure le traitement standard en cas de
tumeur localisée. L’analyse histologique de la pièce opératoire,
effectuée sur une quantité importante de matériel tumoral, permet
de rechercher les critères pronostiques de récidive locale ou
métastatique, parmi lesquels, on trouve la qualité de l’exérèse
chirurgicale. Une résection macroscopiquement (R2) ou
microscopiquement (R1) incomplète est un facteur de mauvais
pronostic rapporté par de nombreuses études, pour les deux types
histologiques, et également après traitement néoadjuvant [18-20,
25, 40]. Parmi les critères classiquement rapportés sur les comptes
rendus histologiques, les emboles lymphatiques sont un facteur de
mauvais pronostic reconnu pour les adénocarcinomes [19] mais pas
pour les carcinomes épidermoïdes. La présence d’engainement
périnerveux n’a pas été retrouvée parmi les critères pronostiques.
En cas de tumeur localement avancée, un traitement néoadjuvant
préopératoire peut être réalisé. L’importance de la réponse à ce
traitement est un facteur corrélé au pronostic, que ce soit après
chimioradiothérapie néoadjuvante [11, 40-42] ou après
chimiothérapie première [43]. Une réponse majeure (réponse complète
histologique ou persistance de reliquats minimes) au niveau tumoral
ou ganglionnaire est un facteur de bon pronostic.
Facteurs pronostiques dans les traitements
par chimioradiothérapie exclusive
Pour les patients recevant un traitement exclusif par
chimioradiothérapie, les facteurs de mauvais pronostic identifiés
recoupent ceux décrits précédemment. Ils sont cliniques,
radiologiques et basés sur le bilan après traitement (tableau 3). Le stade de la maladie [44, 45],
l’état général [44, 45] et la perte de poids avant traitement [12,
46] sont des facteurs pronostiques rapportés dans la littérature.
Classiquement, la forme bourgeonnante est plus radiosensible que la
forme infiltrante, ce qui pourrait s’expliquer par un moindre degré
d’hypoxie [47]. On retiendra également la normalité du bilan
radiologique et endoscopique en fin de traitement comme facteur de
bon pronostic [9, 44, 46, 48].
Tableau 3 Facteurs pronostiques des cancers de
l’œsophage après chimioradiothérapie exclusive.
|
Paramètre
|
Critère de bon pronostic
|
Références
|
|
Perte de poids
|
Inférieure à 10 % du poids
|
[9, 12, 46]
|
|
Performance status
|
0 ou 1
|
[9, 44, 45]
|
|
Réponse à la chimioradiothérapie
|
Réponse endoscopique complète
|
[9, 44, 46]
|
|
Stade TNM
|
Peu avancé
|
[44, 45]
|
Facteurs moléculaires tumoraux et pronostic
Les marqueurs tumoraux sériques sont des éléments classiques du
bilan d’extension des cancers. Dans le cancer de l’œsophage, aucun
marqueur sérique n’a montré son intérêt pronostique dans des études
prospectives. Aucun dosage n’est donc recommandé en pratique.
Les seules études positives sont rétrospectives et concernent
le CYFRA 21-1 (cytokeratin fragment 21-1) et l’antigène SCC
(squamous cell carcinoma) dans le cas des carcinomes épidermoïdes.
Ainsi, Brockmann et al. [49] ont montré qu’un taux élevé de CYFRA
21-1 était spécifique de lésion tumorale, corrélé de manière
négative à la survie, et que son élévation précédait de trois mois
la rechute clinique. La sensibilité (36 %) est cependant trop
faible pour justifier un usage à plus grande échelle. L’antigène
SCC, dosé directement ou par le biais de son ARNm (acide
ribonucléique messager), est un facteur péjoratif indépendant dans
trois études. La plus importante, publiée par Shimada et al.,
comprend 309 patients. Le taux de SCC y est corrélé au stade
TNM et à une survie diminuée en analyse multivariée [50].
De nombreuses études se sont intéressées aux potentiels
marqueurs biologiques, pouvant influencer la croissance tumorale ou
sa capacité métastatique. Pour éviter une énumération fastidieuse,
nous avons réuni les principaux facteurs pronostiques moléculaires
dans le tableau 4.
Parmi eux, il faut signaler les mutations de p53, retrouvées
comme facteur pronostique indépendant [51, 52] et comme facteur de
sensibilité à la chimioradiothérapie [53]. La mesure du taux
sérique d’anticorps anti-p53 a été proposée comme méthode de
détection de ces mutations. Un taux élevé d’anticorps anti-p53 est
retrouvé chez environ 30 % des patients atteints de carcinome
épidermoïde de l’œsophage [54]. Il constitue un facteur
indépendant de mauvais pronostic et de radiorésistance dans
plusieurs études [55]. De même, une baisse d’activité du
NF-κB, qui est un facteur anti-apoptotique, est associée à une
meilleure réponse à la chimioradiothérapie [56, 57].
Il convient de faire plusieurs réserves. Tout d’abord, notre
liste (tableau 4) n’a pas prétention
d’exhaustivité, tant la littérature est abondante sur le sujet,
souvent hétérogène, et parfois contradictoire. Nous nous sommes
donc limités aux facteurs pronostiques indépendants démontrés sur
des séries relativement grandes. Par ailleurs, il faut préciser que
le niveau de preuve apporté par ces publications est faible. En
plus du biais de publication qui résulte du fait que la majorité
des études négatives n’est pas publiée, et donc que la lecture de
la littérature surestime les corrélations pronostiques, il existe
plusieurs limites à ces études. Elles proviennent toujours de
séries rétrospectives, mélangeant fréquemment les deux types
histologiques de cancer de l’œsophage, et sont en majorité issues
de séries chirurgicales. Elles peuvent, à juste titre, paraître
inadaptées pour les autres stratégies thérapeutiques, notamment les
associations chimioradiothérapies.
Tableau 4 Principaux facteurs pronostiques moléculaires
des carcinomes œsophagiens.
|
Paramètre
|
Fonction
|
Critère de mauvais pronostic
|
Type tumoral
|
Thérapeutique spécifique potentielle ?
|
Références
|
|
HER-2-neu
|
Autosuffisance en facteurs de croissance
|
Surexpression
|
ADK/SCC
|
Trastuzumab
|
[66-68]
|
|
EGFR
|
Autosuffisance en facteurs de croissance
|
Surexpression
|
SCC
|
Anti-EGFR (anticorps, TKI)
|
[69]
|
|
p53
|
Échappement à l’apoptose
|
Mutation/perte de fonction ; présence d’anticorps anti-p53 à un
titre élevé
|
ADK/SCC
|
Non
|
[51, 70]
|
|
NF-κB
|
Échappement à l’apoptose
|
Surexpression
|
ADK/SCC
|
Non
|
[56]
|
|
Cox-2
|
Échappement à l’apoptose
|
Surexpression
|
ADK/SCC
|
Inhibiteurs de Cox2
|
[71-73]
|
|
VEGF
|
Capacité d’angiogenèse
|
Surexpression
|
SCC
|
Anti-angiogéniques
|
[74, 75]
|
|
UPA
|
Infiltration tissulaire
|
Surexpression
|
ADK/SCC
|
Non
|
[76, 77]
|
|
MMP
|
Infiltration tissulaire
|
Surexpression
|
ADK/SCC
|
Inhibiteurs de MMP
|
[78, 79]
|
|
TIMP
|
Infiltration tissulaire
|
Hypoexpression
|
SCC
|
Non
|
[80]
|
|
Cadhérine-E ; caténines α et β
|
CAM : infiltration tissulaire ; métastases
|
Hypoexpression
|
ADK/SCC
|
Non
|
[81]
|
|
ADN cellulaire
|
Multifactoriel
|
Aneuploïdie
|
ADK/SCC
|
Non
|
[68, 82]
|
Combiner les facteurs pronostiques : la solution
?
La simplicité des critères utilisés par la classification TNM
explique en partie son succès. Cependant, les facteurs pronostiques
des cancers de l’œsophage sont, nous l’avons vu, extrêmement variés
et souvent intriqués. Cette multiplicité est un frein à
l’utilisation pratique des critères pronostiques. Il est
nécessaire, pour pouvoir bénéficier au quotidien des informations
fournies, de combiner ces critères dans un modèle pronostique
unique, puis de simplifier ce modèle afin de rendre son utilisation
possible au lit du patient. Une équipe hollandaise a récemment
publié le premier nomogramme adapté aux adénocarcinomes de
l’œsophage [27]. Il a été élaboré à partir de critères
cliniques et histologiques standard sur une série de 382 patients
opérés dans un centre de 1993 à 2003. Les variables retenues
dans le modèle simplifié sont le stade T, le ratio de ganglions
envahis et la présence d’une rupture capsulaire. Le nomogramme
ainsi constitué est pronostique de la survie sans maladie à un,
deux et cinq ans, avec une corrélation supérieure à la
classification TNM, mais n’a pas encore été validé sur une autre
série de patients. Ce modèle est déjà consultable gratuitement
sur Internet (www.oesophagus.nl).
Prédire la réponse ?
Les paramètres cliniques et histologiques, énumérés précédemment,
cherchent tous à évaluer l’extension tumorale afin de déterminer le
pronostic de la maladie. Ils ne permettent, en revanche, pas
de prédire l’efficacité du traitement pour un malade donné.
La réponse à la chimioradiothérapie est très variable d’un
patient à l’autre ; elle dépend de multiples caractéristiques de la
tumeur, de son environnement et du patient lui-même. Prédire son
efficacité permettrait d’orienter le choix thérapeutique vers la
chirurgie exclusive, une triple combinaison ou bien la
chimioradiothérapie exclusive. D’où l’intérêt de la mise en
évidence de marqueurs moléculaires ou tissulaires de réponse au
traitement. De plus, cette recherche pourrait permettre la
définition de nouvelles cibles thérapeutiques. Dans le cas des
cancers œsophagiens, deux approches apparaissent actuellement
prometteuses, l’utilisation de la TEP-FDG pour évaluer de manière
précoce la réponse au traitement et l’analyse pharmacogénomique.
La première méthode est l’utilisation de l’imagerie
fonctionnelle de la tumeur. Depuis peu [38], la réalisation d’une
TEP-FDG est recommandée dans le bilan d’extension des cancers de
l’œsophage opérables. L’intensité de la fixation tumorale du 18-FDG
à la TEP initiale, mesurée par la SUVmax (standardized uptake
value) a été corrélée au stade TNM [58]. Elle est dans une étude le
principal facteur pronostique indépendant de survie [58]. Par
ailleurs, et de manière plus intéressante, la TEP semble être
prédictive de la réponse aux traitements médicaux antitumoraux. Une
équipe a testé l’intérêt de réaliser une TEP de manière précoce, en
début de traitement, dans les adénocarcinomes œsophagiens
localement avancés [59]. Ils ont montré qu’une baisse de 35 %
ou plus de la SUVmax, entre la TEP préthérapeutique et celle
réalisée à j14 après le début de la chimiothérapie néoadjuvante,
était prédictive de la réponse histologique et de la survie. Sur 65
patients, les taux de réponse complète histologique et de survie à
trois ans étaient, respectivement, de 44 et 70 % pour les «
répondeurs métaboliques » et de 5 et 35 % pour les non-répondeurs
[59]. Ils en concluent que la TEP, réalisée au 14e
jour du début de la chimiothérapie, permet de prédire la réponse
histologique et d’épargner ce traitement aux patients qui n’ont que
peu de chance d’en bénéficier. Cette équipe a récemment publié un
essai prospectif monocentrique qui valide cette stratégie [43].
Bien que prometteuse, cette étude a pour principale limite de
s’inscrire dans une stratégie de chimiothérapie néoadjuvante. Or,
le traitement standard demeure, à l’heure actuelle, la
chimioradiothérapie néoadjuvante. Pour Levine et al., une baisse de
la SUVmax, après chimioradiothérapie de dix points ou plus, est
prédictive de réponse complète histologique [60]. Cependant,
l’inflammation pariétale postradiothérapie œsophagienne peut être à
l’origine de faux-positifs de la TEP qui risquent de minimiser son
intérêt pronostique. Actuellement, il est encore recommandé
d’attendre quatre à six semaines après la radiothérapie avant de
réaliser la TEP, ce qui limite son intérêt prédictif. Wieder et al.
[48] ont étudié l’intérêt de réaliser une TEP-FDG 14 jours
après le début de la chimioradiothérapie préopératoire dans les
carcinomes épidermoïdes de l’œsophage. Dans une série prospective
de 38 patients, ils montrent qu’une diminution de la SUVmax de 30 %
ou plus est un facteur prédictif indépendant de la réponse
histologique (figure
1) au taux de résection complète R0 et à la survie globale.
La diminution de la fixation entre la TEP-FDG préthérapeutique
et à 14 jours du début du traitement était un facteur
prédictif plus puissant que la diminution de fixation entre la
TEP-FDG initiale et celle réalisée quatre semaines après la fin du
traitement. Ils ne retrouvaient que peu de faux-positifs liés
à une œsophagite. La TEP-FDG apparaît donc comme une technique
permettant de prédire le pronostic (SUVmax élevée initiale) des
cancers de l’œsophage et l’efficacité des traitements (diminution
de la SUVmax après traitement ou à j14 du début du traitement).
La TEP est en passe de devenir le premier facteur prédictif
utilisable en pratique quotidienne dans les cancers de l’œsophage.
La standardisation des méthodes de mesure de la SUV doit, pour
cela, être poursuivie. Des essais randomisés dédiés à cette
question demeurent cependant nécessaires, afin de confirmer la
possibilité de fonder des stratégies thérapeutiques sur les
modifications du métabolisme tumoral en cours de traitement.
L’étude des voies de signalisation impliquées dans la réponse
aux antitumoraux a récemment fourni des pistes de réflexion pour
expliquer la variabilité de l’efficacité des traitements chez
différents patients atteints d’une même tumeur. Ainsi, un niveau
d’expression élevé de ERCC1 est un facteur prédictif de l’absence
d’efficacité de la chimiothérapie adjuvante à base de cisplatine
des cancers pulmonaires non à petites cellules [61]. Dans la même
veine, et concernant les carcinomes de l’œsophage, Wu et al. ont
appliqué la technique d’analyse du polymorphisme d’un seul
nucléotide (single nucleotide polymorphism : SNP) à plusieurs
dizaines de gènes impliqués dans le métabolisme du cisplatine, de
la 5-fluoro-uracile (5-FU) et dans la réponse aux radiations
ionisantes. Ils corrèlent, sur une série rétrospective de 210
patients, la présence de mutations à risque (c’est-à-dire modifiant
la fonction de la protéine) et le taux de rechute locale ou la
survie globale [62]. Les gènes étudiés sont, par exemple,
MTHFR (methylenetetrahydrofolate reductase, voie d’action de la
5-FU), le gène MDR1 (multidrug resistance 1, voie du cisplatine) ou
encore XRCC1 (X-ray repair cross complementing protein 1, impliqué
dans la réparation des lésions des bases : BER). Paradoxalement,
aucun des polymorphismes liés à la réparation des cassures
double-brins ne semble impliqué dans la radiosensibilité.
Cependant, les résultats de cette étude sont issus de tests
statistiques multiples sur une série rétrospective et sont donc
soumis à de nombreux biais. Ils sont, par ailleurs, en
contradiction avec ceux publiés par une autre équipe sur une série
de 38 patients atteints d’adénocarcinome de l’œsophage [63].
Il convient donc de les confirmer de manière prospective.
En utilisant une technique de micro-arrays sur 19 biopsies
réalisées avant chimioradiothérapie, il a été possible de définir
un profil génétique spécifique de la réponse à la
chimioradiothérapie [64]. Ce profil contient plusieurs gènes
impliqués dans la cascade apoptotique.
Et en pratique ?
À l’heure actuelle, les principaux facteurs pronostiques des
cancers de l’œsophage demeurent des facteurs cliniques (état
général du patient, perte de poids, hémoglobinémie initiale), ceux
liés à l’extension tumorale (stade TNM, importance des
micrométastases ganglionnaires, ratio de ganglions envahis, rupture
capsulaire), à la qualité de la résection (R0), à la réponse aux
traitements médicaux néoadjuvants ou exclusifs (bilan d’imagerie et
endoscopique). Leur intégration dans des modèles à plusieurs
variables de type nomogramme permettra peut-être d’améliorer leur
valeur prédictive. Les facteurs pronostiques moléculaires, qui
permettent d’appréhender la biologie tumorale, sont une approche en
développement pour affiner la prédiction du devenir des patients.
Ils permettront peut-être l’utilisation de thérapeutiques
ciblées selon le profil biologique tumoral.
À côté de cette démarche classique, se développent des
stratégies de prédiction de la réponse aux traitements
antitumoraux. La diminution de la fixation tumorale à la
TEP-FDG, entre le bilan initial et 14 jours après le début du
traitement, apparaît prédictive, pour la chimiothérapie comme pour
la chimioradiothérapie, de la réponse histologique, de la qualité
de la résection et de la survie globale. La détermination d’un
profil génétique de sensibilité aux thérapeutiques antitumorales
offre une autre approche de la prédiction de la réponse.
L’amélioration de ces techniques et la confirmation de leur intérêt
par des essais prospectifs ouvriront la voie d’une oncologie
prédictive des cancers de l’œsophage. Elles permettront dans le
futur d’adapter individuellement les stratégies thérapeutiques à
chaque patient et à chaque tumeur.
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