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Les progrès dans le traitement des cancers de la thyroïde à l’ère des thérapies ciblées moléculaires


Bulletin du Cancer. Volume 96, Numéro 1, 95-101, janvier 2009, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2008.0798

Résumé   Summary  

Auteur(s) : G Malouf, E Baudin, J-C Soria, M Schlumberger , Département de médecine, faculté de médecine Paris-Sud, Institut Gustave-Roussy, 39, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif cedex, France, Département de médecine nucléaire et d’endocrinologie oncologique, faculté de médecine Paris-Sud, Institut Gustave-Roussy, 39, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif cedex, France.

Résumé : Pendant les 15 dernières années, nous avons observé des progrès importants dans la compréhension de la biologie moléculaire des cancers de la thyroïde. Ces connaissances ont permis le développement de nouvelles approches thérapeutiques chez les patients iodorésistants. Malgré les avancées récentes, la prise en charge de ces patients reste complexe, en raison de l’étendue du spectre de la présentation clinique de ce cancer, des disparités entre les histoires naturelles et le manque de données à partir d’essais randomisés. Mais il y a des raisons d’être optimiste avec l’avènement des thérapies ciblées. Les inhibiteurs de l’angiogenèse (sorafenib, motesanib, axitinib et vandetanib) sont intéressants dans les cancers différenciés de la thyroïde. Le vandetanib, un inhibiteur de RET et de VEGFR, a montré une activité encourageante dans les cancers médullaires de la thyroïde. Les résultats préliminaires de ces études sont discutés dans cette revue.

Mots-clés : thérapies ciblées, anti-angiogéniques, cancer de la thyroïde, cancer médullaire de la thyroïde, inhibiteurs tyrosines-kinases, biologie moléculaire

ARTICLE

Auteur(s) : G Malouf1, E Baudin2, J-C Soria1, M Schlumberger2

1Département de médecine, faculté de médecine Paris-Sud, Institut Gustave-Roussy, 39, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif cedex, France
2Département de médecine nucléaire et d’endocrinologie oncologique, faculté de médecine Paris-Sud, Institut Gustave-Roussy, 39, rue Camille-Desmoulins, 94805 Villejuif cedex, France

Article reçu le 18 Janvier 2008, accepté le 19 Mai 2008

Introduction

Les cancers de la thyroïde représentent 1 % de l’ensemble des cancers de l’adulte. Leur incidence est en augmentation, probablement en raison du dépistage de petites tumeurs lié à l’amélioration des techniques diagnostiques [1]. Histologiquement, ces cancers sont classés en deux catégories : les cancers médullaires (5-10 %) dérivant des cellules C et les cancers de souche folliculaire comprenant les cancers papillaires (75-80 %), folliculaires (5-10 %) et indifférenciés (2-5 %). La majorité des cancers folliculaires et papillaires ont une évolution indolente (survie à 20 ans > 90 %) ; ils représentent la grande majorité des cancers de la thyroïde. À l’opposé, les cancers anaplasiques et peu différenciés (trabéculaires, insulaires ou solides) représentent un faible pourcentage des cancers de la thyroïde et sont agressifs [2].

Les cancers différenciés de la thyroïde sont traités par chirurgie, puis par l’iode radioactif en cas de risque de récidive [3]. Le traitement par thyroxine permet l’obtention de l’euthyroïdie et d’un taux sanguin très bas de TSH chez les patients à risque de rechute. La majorité des patients sont guéris, et moins de 15 % des patients ont une maladie persistante ou présentent des rechutes ultérieures. Cela explique que ces tumeurs sont souvent peu discutées par les oncologues médicaux.

Le cancer médullaire a une évolution souvent lente qui peut s’étaler sur plusieurs décennies. Il est héréditaire dans environ un tiers des cas. Cependant, pour les rares tumeurs agressives qui sont métastatiques d’emblée ou qui sont rapidement évolutives, le rôle de l’oncologue médical devient de plus en plus important. À ce jour, le bénéfice des chimiothérapies classiques sur l’histoire naturelle de ces tumeurs reste modeste [4]. En l’absence de traitement systémique efficace, ces patients doivent être encouragés à participer aux essais thérapeutiques testant de nouvelles thérapies ciblées [5].

Dans cette revue de la littérature, nous décrivons la génétique des cancers de la thyroïde, et nous présentons les nouvelles approches thérapeutiques des stades avancés.

Génétique moléculaire des cancers de la thyroïde

Pendant les deux dernières décennies, des anomalies génétiques associées au développement des différents types de cancer de la thyroïde ont été identifiées [6, 7]. Ces anomalies moléculaires impliquées dans l’oncogenèse tumorale ont un intérêt pronostique et représentent des cibles thérapeutiques potentielles de traitement.

Dans les cancers papillaires de la thyroïde, les réarrangements des deux oncogènes RET et TRK ainsi que les mutations de BRAF sont les anomalies les plus fréquentes [8-10]. Ces anomalies génétiques qui coexistent rarement au sein d’une même tumeur activent la voie des MAPK (mitogen-activated protein kinases) qui stimule la croissance cellulaire [11]. Les anomalies génétiques des cancers folliculaires comprennent les translocations de PAX8-PPARγ et les mutations de Ras [12, 13], alors que les cancers indifférenciés se caractérisent par les mutations de p53 [14, 15].

Les formes héréditaires de cancer médullaire de la thyroïde (CMT) [NEM2a, 2b et le CMT familial] sont liées à des mutations germinales activatrices de RET qui est un proto-oncogène codant pour un récepteur membranaire à activité tyrosine-kinase impliqué dans la signalisation cellulaire. Les mutations somatiques de cet oncogène sont retrouvées dans la moitié des CMT sporadiques [16-18]. Les principales caractéristiques moléculaires des cancers de la thyroïde sont résumées dans le tableau 1.

Tableau 1 Anomalies génétiques des cancers de la thyroïde.

Papillaires (%)

Folliculaires (%)

Anaplasiques (%)

Médullaires

Héréditaire (%)

Sporadique (%)

Mutation BRAF

40

0

10-15

-

-

Réarrangement RET/PTC

5-40

0

0

-

-

RET (mutation germinale)

-

-

-

100

-

RET (mutation somatique)

-

-

-

-

40

Réarrangement TRK

10

-

-

-

-

Mutation Ras

< 10

40-50

15-60

-

-

Réarrangement PAX8-PPARγ

0

25-60

0

-

-

p53

< 5

< 5

25-60

-

-

Traitement des cancers de la thyroïde réfractaires

Bien que la plupart des patients ayant une forme différenciée de cancer de la thyroïde aient un bon pronostic, la rémission complète n’est obtenue que chez deux tiers des patients ayant une récidive cervicale et chez un tiers des patients ayant des métastases à distance [19]. Chez ces patients, une réponse complète à l’iode 131 (I131) est plus fréquente chez les sujets jeunes ayant une tumeur bien différenciée, un diamètre tumoral faible (< 1 cm) et une fixation faible du FDG au Pet-scan [20]. La médiane de survie des patients résistants à l’I131 est estimée à six ans [21]. Leur prise en charge optimale nécessite une évaluation pluridisciplinaire, mais les options thérapeutiques demeurent controversées en raison de la diversité des présentations cliniques et du manque d’essais randomisés permettant l’obtention de données fiables concernant leur efficacité.

Options historiques des formes iodorésistantes

Différentes options thérapeutiques visant le contrôle locorégional de la maladie au niveau – chirurgie-métastasectomie, radiothérapie externe sans ou avec chimiothérapie – et à distance – chimiothérapie, inclusion dans des essais cliniques – doivent être discutées chez les patients réfractaires à l’I131.

Actuellement, les données concernant la chimiothérapie la plus adaptée sont limitées en nombre et en qualité. Entre 1972 et 1990, dix essais de faible effectif (entre 2 et 19 patients) ont testé l’efficacité de la doxorubicine en monothérapie et ont montré un taux de réponse inférieur à 20 %, toutes les réponses étant partielles et de brève durée [22]. D’autres substances ont été testées en monothérapie (cisplatine, paclitaxel) sans bénéfice thérapeutique clair [23, 24]. Les chimiothérapies d’association, par exemple doxorubicine-cisplatine, n’ont pas permis d’améliorer les taux de réponse comparativement à une monothérapie [4, 23, 25].

Nouvelles modalités thérapeutiques des cancers différenciés de la thyroïde

La compréhension des mécanismes impliqués dans la pathogénie des cancers de la thyroïde a permis le développement de trois approches principales : les inhibiteurs de l’angiogenèse tumorale, les inhibiteurs de la signalisation cellulaire et les agents « différenciants » [26].

Inhibiteurs de l’angiogenèse tumorale

L’angiogenèse est une caractéristique majeure des cellules tumorales leur permettant de survivre et de proliférer [27]. Plusieurs facteurs, dont le VEGF (vascular endothelial growth factor), favorisent le développement d’une nouvelle vascularisation au niveau de la tumeur primitive et des métastases. En se fixant sur ses récepteurs au niveau des cellules endothéliales, le VEGF participe à la création et à la stabilisation des nouveaux vaisseaux [28]. Dans le cancer de la thyroïde, un taux d’expression élevée de VEGF est corrélé avec un diamètre tumoral élevé, une augmentation du taux des métastases locorégionales et à distance et une diminution de la survie sans récidive [29]. Le ciblage du VEGF dans des modèles de xénogreffes a montré une inhibition de la croissance des cancers anaplasiques et des cancers papillaires de la thyroïde [30]. Ce rationnel préclinique a permis la réalisation de plusieurs essais cliniques évaluant l’activité antitumorale de différents inhibiteurs de tyrosines-kinases des récepteurs du VEGF. Plusieurs de ces inhibiteurs du VEGFR (vascular endothelial growth factor receptor) ont de plus un effet inhibiteur sur d’autres kinases qui interviennent dans les voies de transduction du signal, notamment la voie MAP kinase.

Une phase II multicentrique a évalué l’efficacité de l’axitinib (AG-013736) – un agent inhibiteur des récepteurs du VEGF1, 2 et 3 – chez 60 patients ayant un cancer de la thyroïde métastatique ou localement avancé, réfractaire ou non éligible à un traitement par iode-radioactif. Dix-huit patients avaient une réponse partielle, et 30 patients présentaient une stabilité tumorale. La médiane de survie sans progression n’a pas été atteinte avec un suivi médian de 9,1 mois [31].

Le sorafenib est un inhibiteur multikinase ciblant les récepteurs VEGF et BRAF. Il a été récemment approuvé pour le traitement des cancers du rein et des carcinomes hépatocellulaires. Deux phases II ont été réalisées chez des patients ayant un cancer papillaire métastatique et réfractaire à l’iode-radioactif.

Dans l’essai de Gupta et al., incluant 15 patients, cinq patients avaient une réponse partielle, et huit patients avaient une stabilité tumorale [32]. La durée médiane de la réponse était de 14,2 mois, et le temps moyen de progression était de quatre mois. Dans l’essai de Kloos et al., trois réponses partielles et sept réponses mineures (diminution entre 23-29 % de la somme des diamètres des cibles) ont été observées parmi les 58 patients inclus [33].

Une phase II a évalué l’efficacité du motesanib, un inhibiteur multikinase, ciblant les récepteurs VEGF/PDGF et Kit chez 93 patients ayant un CDT métastatique et réfractaire à l’iode-radioactif : 14 % des patients avaient une réponse partielle, et 33 % avaient une stabilité tumorale à 24 semaines. La médiane de survie sans progression était de 9,2 mois [34].

Ces essais cliniques ont permis de faire la preuve de l’efficacité des anti-angiogéniques dans les CDT réfractaires aux thérapeutiques habituelles, avec un taux de réponse partielle entre 14 et 26 % et un taux de stabilisation tumorale de plus de six mois chez 33-50 % des patients (tableau 2). La stabilisation est d’interprétation délicate, car tous les patients n’avaient pas une maladie évolutive lors de l’inclusion, et souligne l’importance des essais randomisés actuellement en cours.

Tableau 2 Phases II évaluant l’efficacité de nouvelles thérapeutiques dans les cancers de la thyroïde.

Substances

Cibles d’intérêt

Étude

Sous-types histologiques (n)

Réponse partielle (%)

Stabilisation tumorale > 6 mois (%)

Vandetanib (ZD6474)

RET, EGFR et VEGFR

Wells et al. [35]

CMT (30)

17

50

Sorafenib

VEGFR, BRAF

Gupta et al. [32]

CDT (15)

33

20

Kloos et al. [33]

CDT (58)

5

-

Kober et al. [36]

CMT (5)

40

-

Motesanib (AMG 706)

VEGFR, PDGFR et c-Kit

Sherman et al. [34]

CDT (93)

14

33

Schlumberger et al. [37]

CMT (83)

2

43

Axitinib (AG-013736)

VEGFR1, 2 et 3

Cohen et al. [31]

CDT (55)

22

50

CAT (2)

CMT (12)

Autres (2)

Gefitinib

EGFR

Pennell et al. [38]

CDT (17)

0

24

CAT (5)

CMT (4)

Autre (1)

Matinib

c-Kit PDGF-R

de Groot et al. [39]

CMT (15)

0

27

Frank-Raue et al. [40]

CMT(9)

0

56

Inhibiteurs de la signalisation cellulaire

Outre le ciblage de la vascularisation tumorale, plusieurs agents ciblant Kit et l’EGFR (epidermal growth factor receptor) ont été testés dans les cancers de la thyroïde réfractaires ou non éligibles aux traitements classiques. Le gefitinib est un inhibiteur tyrosine-kinase de l’EGFR. Son activité a été évaluée chez 27 patients dans le cadre d’une phase II. Aucune réponse partielle n’a été observée, et 12 % des patients avaient une stabilisation tumorale à un an [38]. De même, l’imatinib (anti-Kit et PDGFR), dans deux autres études incluant un faible nombre de patients, n’a pas montré de réponses tumorales [39, 40].

Agents « différenciants »

La perte de la différenciation des cellules tumorales thyroïdiennes est fréquemment associée à la perte de la fixation de l’I131 [41]. In vitro, les inhibiteurs de la méthylation de l’ADN et des histones déacétylases augmentent l’expression du symporteur sodium-iodure dans les cellules tumorales et inhibent leur prolifération [42-44]. Cela a permis l’initiation de plusieurs essais thérapeutiques dont l’objectif principal est de différencier les cellules thyroïdiennes tumorales et de restaurer leur capacité à fixer l’I131 via l’augmentation de l’expression du symporteur sodium-iodure. L’acide transrétinoïque (ATRA) et ses dérivés n’ont pas provoqué de bénéfices nets ni en termes de contrôle tumoral ni de redifférenciation [45]. Actuellement, plusieurs essais sont en cours, mais la réponse au traitement par l’I131 dépend de la dose d’irradiation délivrée au tissu tumoral et de la radiosensibilité de la tumeur, ce dernier paramètre n’étant probablement pas modifié par ces traitements.

Cancer anaplasique de la thyroïde (CAT)

Le CAT fait partie des cancers solides les plus agressifs, avec une médiane de survie de trois mois et une survie globale à un an de 14 % [46]. Au diagnostic, plus de 75 % des patients ont un envahissement ganglionnaire cervical, et plus de 50 % sont métastatiques. À lui seul, le CAT représente plus de la moitié des décès imputés aux cancers de la thyroïde 2. L’association doxorubicine-cisplatine, associée à la chirurgie et à la radiothérapie cervicomédiastinale, permet un contrôle local chez plus de la moitié des patients et une survie à long terme chez 20 % des patients ayant une maladie localisée [47]. Les chimiothérapies cytotoxiques ne semblent pas associées à une amélioration de la survie des patients avec métastases à distance [46]. Une phase II préliminaire a testé l’efficacité d’un anti-angiogénique, la combretastatine A4 (CA4P), phosphate qui est un agent se fixant à la tubuline des vaisseaux et qui empêche la vascularisation tumorale. Même si aucune réponse objective n’a été rapportée chez 18 patients inclus, six patients avaient une stabilisation tumorale. La médiane de survie sans progression et la médiane de survie globale étaient, respectivement, de 7,4 semaines et de 20 semaines [48]. Suite à ces résultats, une phase III randomisée internationale est actuellement en cours, évaluant l’efficacité de l’association carboplatine et paclitaxel seule ou en combinaison avec la CA4P chez les patients ayant un CAT non résécable.

CMT

Les cancers médullaires sont traités par chirurgie, mais seulement un tiers des formes cliniquement décelables sont guéries [49]. La survenue de métastases peut être tardive, et leur vitesse de progression est souvent lente. Ces tumeurs sont peu sensibles aux traitements de chimiothérapie et radiothérapie conventionnels. [50, 51].

Le ZD6474 (zactima, vendetanib) est un inhibiteur multikinase bloquant VEGFR2, VEGFR3, EGFR et RET. Il est administré en dose orale unique à 300 mg/j. Son activité a été évaluée dans une phase II chez 30 patients ayant des CMT héréditaires, non résécables, localement avancés ou métastatiques d’emblée avec mutation germinale de RET [35]. Un bénéfice clinique a été observé chez 50 % des patients avec 20 % de réponses partielles et 30% de stabilisation tumorale à 24 semaines ; 19 patients avaient une diminution de plus de 50 % du taux de calcitonine préthérapeutique pendant plus de six semaines. Les toxicités survenues chez plus de 50 % des patients étaient de grade 2 : les éruptions cutanées (73 %), la diarrhée (67 %), la fatigue (57 %) et les nausées (53 %). Les toxicités de grade 3 étaient : l’allongement du QTc asymptomatique (n = 5), les diarrhées et les éruptions cutanées (n = 3).

Ces résultats intéressants ont encouragé les inclusions dans l’essai de phase II international et randomisé comparant le vandetanib au placebo 35.

Perspectives

Les options thérapeutiques des patients ayant des cancers de la thyroïde non résécables ou métastatiques se sont élargies avec l’avènement des thérapies ciblées. Cependant, différents points méritent d’être soulignés :
  • le bénéfice clinique est probablement le meilleur paramètre permettant d’évaluer l’efficacité clinique. En effet, le bénéfice clinique correspond à la somme des réponses complètes, des réponses partielles et des stabilisations tumorales. La durée de la stabilisation tumorale doit nécessairement être prise en compte dans l’évaluation du bénéfice clinique. De plus, il est important de prendre en compte les critères de progression avant l’inclusion ;
  • la place de la cible majeure, impliquée dans la réponse aux traitements, reste inconnue. Aucune évaluation biopsique pré- et postthérapeutique n’a été réalisée dans les différentes phases II présentées à l’ASCO. En effet, une étude récente a démontré que différents profils de sensibilité à l’inhibition de MEK existent en fonction de la présence ou l’absence des mutations de Raf ou Ras en amont [52] ;
  • l’utilisation des marqueurs pour documenter la réponse n’a pas été considérée comme un critère de jugement principal dans la majorité des études. Ainsi, le vandetinib diminue la synthèse et la sécrétion de la calcitonine, et la diminution de son taux sérique témoigne d’un effet sur les cellules tumorales mais ne préjuge pas d’un effet antitumoral ;
  • l’hypothyroïdie est une complication fréquente associée à l’utilisation des inhibiteurs de tyrosines-kinases. Pour le motesanib, par exemple, 38 % des patients ont eu une augmentation du taux de TSH à dix fois du taux de base (26 % avec une valeur supérieure à la valeur de référence). Cela doit être contrôlé régulièrement par des dosages de la TSH, car une élévation de son taux peut stimuler la croissance tumorale ;
  • enfin, il est nécessaire d’évaluer la toxicité et la qualité de vie des patients. Vingt-trois pour cent des patients traités par axitinib ont dû interrompre le traitement pour effets secondaires ou décès [31]. De même, 17 % des patients traités par motesanib ont dû interrompre le traitement pour effets secondaires (diarrhée, hypertension, fatigue) ou décès [34]. Aucune évaluation n’est disponible sur la tolérance au long cours de ces substances.

Conclusion

Pendant les 15 dernières années, nous avons observé des progrès importants dans la compréhension de la biologie moléculaire des cancers de la thyroïde. Ces connaissances ont permis le développement de nouvelles approches thérapeutiques chez les patients iodorésistants, et dont les premiers résultats sont très prometteurs. Malgré les avancées récentes, la prise en charge de ces patients reste complexe, en raison de l’étendue du spectre de la présentation clinique de ce cancer, des disparités entre les histoires naturelles et le manque de données à partir d’essais randomisés.

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