Auteur(s) : J-M Darbon
L’influence du micro-environnement stromal dans le développement
des carcinomes est largement documentée [1-3]. Le rôle de
diverses cellules dérivées de la moelle osseuse, cellules
progénitrices vasculaires [4] ou cellules souches mésenchymateuses
[5, 6], a été plus récemment mis en évidence.
L’étude de McAllister et al., publiée dans Cell [7], démontre
l’implication de cellules progénitrices hématopoïétiques de la
moelle osseuse dans la stimulation de la croissance de cellules
cancéreuses indolentes et distantes par certains carcinomes
virulents. L’ostéopontine secrétée par ces carcinomes apparaît
comme un élément déterminant dans l’activation et la mobilisation
des cellules progénitrices de la moelle qui colonisent alors le
stroma de la tumeur indolente et stimulent son développement.
Le système expérimental utilisé dans cette étude met en œuvre
deux lignées de cellules épithéliales mammaires humaines
transformées, l’une, la lignée BPLER [8], très tumorigène (les
auteurs la nomment « instigator », nous l’appellerons « inductrice
»), l’autre, la lignée HMLER-HR [9], peu tumorigène (qualifiée de «
répondeuse »).
Les cellules BPLER implantées chez des souris nues conduisent à
la formation de xénogreffes tumorales virulentes (histologiquement
semblables à des carcinomes canalaires invasifs), alors que les
cellules HMLER-HR ne permettent pas la formation de tumeurs
palpables durant tout le cours de l’expérience (60 jours).
Lorsque l’on implante ces cellules indolentes sur le flanc opposé à
celui où l’on implante les cellules BPLER, elles forment alors des
tumeurs palpables dès 40 jours. Le même résultat est
obtenu si l’on remplace les cellules BPLER par des cellules
d’adénocarcinome mammaire humain MDA-MB-231. D’autres lignées
cancéreuses comme les cellules de carcinome prostatique PC3 sont,
en revanche, incapables d’induire le développement des tumeurs
HMLER-HR.
Afin de démontrer le recrutement de cellules de la moelle
osseuse (BMCs) au niveau du stroma tumoral, les auteurs utilisent
des BMCs provenant de souris exprimant de façon ubiquitaire la
protéine fluorescente GFP. Ces BMCs fluorescentes sont
transplantées chez les souris nues utilisées pour les xénogreffes :
le développement des xénogreffes HMLER-HR induit par les tumeurs
controlatérales BPLER s’accompagne d’un recrutement de BMCs, lequel
n’a pas lieu lorsque les cellules BPLER sont remplacées par du «
véhicule » matrigel ou des cellules PC3.
Un autre type d’expérience consiste à co-injecter des BMCs
provenant de souris avec xénogreffes BPLER et des cellules HMLER-HR
: ces dernières forment alors des tumeurs, ce qui n’est pas le cas
lorsque l’on utilise des BMCs provenant de souris témoins (non
greffées) ou de souris avec xénogreffes PC3, démontrant que les
BMCs doivent être activées par la tumeur « inductrice » BPLER pour
permettre le développement de la tumeur « répondeuse »
HMLER-HR.
Les BMCs, recrutées au niveau du stroma des tumeurs «
répondeuses », incluent une population de cellules Sca+/cKit–,
décrites comme cellules progénitrices hématopoïétiques [10].
Par ailleurs, les auteurs montrent que les souris développant
des tumeurs BPLER présentent un niveau plasmatique d’ostéopontine
humaine (OPNh) augmenté par rapport à celles portant des tumeurs «
non inductrices » PC3 (ou par rapport aux souris greffées par des
cellules HMLER-HR). L’extinction par ARN interférence de
l’expression d’OPNh dans les cellules MDA-MB-231 abolit leur
capacité à induire le développement des xénogreffes HMLER-HR.
Les auteurs montrent que cela est dû à l’absence de
recrutement de BMCs au niveau de ces greffes. L’expression forcée
d’OPNh dans les cellules PC3 (produisant peu d’ostéopontine) ne
permet cependant pas à ces cellules de devenir « inductrices »,
suggérant que si la sécrétion d’ostéopontine est nécessaire pour
activer les BMCs et induire le développement tumoral, elle n’est
cependant pas suffisante (un autre facteur non identifié doit
participer au signal endocrine).
Il est tentant de postuler que le mécanisme d’induction «
systémique » mis en évidence dans cette étude pourrait concerner le
développement de métastases « dormantes ». Pour traiter cette
question, les auteurs injectent dans la veine de la queue de la
souris nue des cellules MDA-MB-231 fluorescentes et, en parallèle,
mais en sous-cutané, des cellules BPLER. Ils montrent que la
xénogreffe BPLER augmente considérablement la capacité métastatique
des cellules MDA-MB-231 (augmentation du nombre de foci
fluorescents au niveau pulmonaire). Le même résultat est
obtenu lorsque la xénogreffe est réalisée à partir de cellules
MDA-MB-231. L’extinction de l’expression d’OPNh dans ces dernières
abolit la capacité des tumeurs résultant de la greffe à augmenter
le nombre de métastases pulmonaires.
Enfin, les auteurs montrent que les xénogreffes « inductrices »
BPLER peuvent également permettre la prolifération de fragments
chirurgicaux de tumeurs de côlon implantés chez la souris
immunodéprimée, offrant ainsi la possibilité de développer un
modèle expérimental de croissance in vivo de tissus cancéreux
humains.
Cette étude met en exergue l’importance d’une signalisation
endocrine dans le développement de tumeurs indolentes et/ou de
micrométastases. L’ostéopontine apparaît comme un élément clé de
cette signalisation, faisant écho aux nombreuses observations
montrant un lien entre l’expression de cette protéine et
l’agressivité tumorale [11, 12]. La neutralisation de son
action endocrine pourrait représenter un traitement anticancéreux
innovant, s’opposant au développement des métastases.
Références
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12 Tuck AB, Chambers AF, Allan AL. Osteopontin
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