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Aspects nutritionnels de la prise en charge du patient âgé cancéreux


Bulletin du Cancer. Volume 95, 116-20, FMC Oncogériatrie, Formation SFC

DOI : 10.1684/bdc.2008.0615

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Marianne Fonck, Jean-Pierre Gékière, Christèle Blanc-Bisson, Isabelle Bourdel-Marchasson , Institut Bergonié, 229 cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux Cedex, Pôle de gérontologie clinique, CHU, hôpital Xavier Arnozan, 33604 Pessac Cedex.

Résumé : La malnutrition est un état fréquent en cancérologie, associée à une augmentation de la morbi-mortalité. Chez la personne âgée, elle résulte d’interactions complexes entre les effets liés à la maladie tumorale (effets mécaniques, interactions avec l’hôte, toxicités des traitements spécifiques) et ceux en rapport avec les processus physiologiques du vieillissement (co-morbidités, troubles buccodentaires, psychiatriques, facteurs psychosocio-environnementaux). La connaissance de chacun de ces facteurs est nécessaire à la mise en place de mesures correctives précoces, adaptées aux besoins spécifiques de cette population, amenant à conseiller l’utilisation systématique d’outils de dépistage tels le MNA (mini nutritional assessment). L’évaluation de l’état nutritionnel doit faire partie intégrante de la prise en charge thérapeutique.

Mots-clés : malnutrition, cancer, patient âgé, dépistage

ARTICLE

Auteur(s) : Marianne Fonck1, Jean-Pierre Gékière1, Christèle Blanc-Bisson2, Isabelle Bourdel-Marchasson2

1Institut Bergonié, 229 cours de l’Argonne, 33076 Bordeaux Cedex
2Pôle de gérontologie clinique, CHU, hôpital Xavier Arnozan, 33604 Pessac Cedex

Article reçu le 24 Octobre 2007,

Plus de la moitié des cancers surviennent après 65 ans [1] et l’augmentation actuelle de l’espérance de vie nous amènera probablement à traiter un nombre croissant de patients âgés cancéreux [2]. Si plusieurs études ont confirmé que dans nombre de situations des populations sélectionnées de patients âgés pouvaient recevoir et bénéficier de traitements anticancéreux au même titre que les patients plus jeunes [3-6], l’hétérogénéité de cette population face au vieillissement amène encore souvent à proposer un traitement sous-optimal dans la crainte d’un mauvais rapport bénéfice/risque. C’est la recherche d’une meilleure prise en compte des particularités liées à l’âge qui a conduit au développement d’une collaboration entre oncologues et gériatres et à l’émergence en France d’équipes d’oncogériatrie [7]. Le cancer est considéré comme un facteur clinique de fragilité du sujet âgé. Il s’agit donc d’une indication théorique à la pratique d’une évaluation gérontologique comportant, entre autres, une évaluation de l’état nutritionnel.

Si l’amaigrissement, corrélé à une diminution de la survie et à une majoration des toxicités thérapeutiques est un paramètre pronostique essentiel de la maladie cancéreuse [8, 9], c’est aussi, même lorsqu’il est modéré, un marqueur de risque indépendant de mortalité de l’adulte âgé [10]. La coexistence régulière dans cette population de différentes causes de dénutrition est ainsi susceptible d’agir défavorablement sur le traitement, le pronostic et la qualité de vie du patient. Un dépistage et le cas échéant une prise en charge efficace de la dénutrition et de ses causes représentent probablement un des principaux axes d’optimisation de la prise en charge.

Causes de la dénutrition

Le vieillissement physiologique du système digestif est à lui seul un facteur favorisant de la malnutrition. L’altération du goût et de l’odorat, aggravée par les carences alimentaires et les médicaments, favorise l’anorexie. Les modifications de l’appareil buccodentaire (mauvais état dentaire, atrophie gingivale), la diminution du flux salivaire, l’hypochlorhydrie, le retard à l’évacuation gastrique, le ralentissement du péristaltisme et la pullulation bactérienne qui en résultent altèrent les différentes étapes de la digestion. Si les fonctions exocrines pancréatiques restent préservées, le vieillissement est associé à une diminution de la masse et du débit sanguin hépatiques, et donc de la clairance métabolique. Ce vieillissement représente un terrain à risque de décompensation en présence d’une insuffisance d’apports alimentaires ou d’une maladie chronique comme le cancer.

Dénutrition liée au cancer

On estime que 40 à 80 % des patients atteints de cancer présenteront au cours de leur maladie un état de malnutrition. La prévalence la plus élevée est observée chez les patients atteints de localisations tumorales digestives, notamment l’œsophage, l’estomac et le pancréas [11]. Les causes de cette cachexie tumorale sont multiples, liées aux effets directs de la tumeur et à la réponse de l’hôte, mais aussi à l’impact du traitement sur le comportement alimentaire et l’appareil digestif [12, 13].

L’anorexie est un symptôme présent dans plus de 50 % des cas au cours du cancer. Au-delà de toute spécificité tumorale, on constate à des degrés divers une anorexie centrale associée à un dysfonctionnement hypothalamique interférant par l’intermédiaire du syndrome inflammatoire avec les systèmes sérotoninergiques ou neuropeptidiques de contrôle de la prise alimentaire. Une interaction entre ces médiateurs inflammatoires, l’état nutritionnel et la survie est probable. La sécrétion de leptine est en rapport avec la masse grasse, plutôt abaissée chez le patient cancéreux dénutri et ne paraît pas pouvoir expliquer l’anorexie. La ghréline, hormone orexiante, serait augmentée chez ces patients anorexiques suggérant une ghrélino-résistance.

Si la réduction des apports est un facteur essentiel de la dénutrition des patients cancéreux, les perturbations métaboliques et des systèmes de régulation énergétiques paraissent jouer aussi un rôle important Ainsi Bosaeus et al. [14] ont démontré, sur une série de 297 patients non sélectionnés porteurs d’un cancer, que l’amaigrissement était prioritairement rattaché à une augmentation des dépenses énergétiques plutôt qu’à une diminution des apports. Cet état hypercatabolique se traduit par des perturbations des métabolismes glucidiques, lipidiques et protéiques via l’augmentation de la néoglucogenèse, de l’insulinorésistance, des taux circulants d’acides gras libres responsables d’une diminution de la masse graisseuse et donc d’une perte de poids.

Les effets directs locaux de la tumeur peuvent aussi altérer directement la prise alimentaire à travers l’odynophagie ou la dysphagie, des obstructions gastro-intestinales anatomiques ou fonctionnelles, de la douleur.

La consommation métabolique de la tumeur elle-même intervient, particulièrement lorsqu’elle est volumineuse avec des zones non vascularisées, qui favoriseraient la néoglucogenèse. Le métabolisme tumoral, en devenant préférentiellement anaérobie, générerait plus de lactate. Le métabolisme hépatique (cycle de Cori) activerait la néoglucogenèse aux dépens des acides gras et des acides aminés. Ceux-ci sont obtenus respectivement à partir du tissu adipeux et du tissu musculaire, expliquant en partie la fonte de ces deux compartiments.

La sécrétion par la tumeur de substances cachectisantes : il a été par exemple retrouvé chez l’animal un protéoglycane induisant un hypercatabolisme musculaire. Le taux urinaire de tels facteurs protéolytiques est corrélé à l’amaigrissement chez l’homme [15]. L’action lipolytique d’un facteur extrait d’urines de patients cancéreux cachectiques a également été montrée chez la souris [16].

Les effets directs et indirects des traitements antinéoplasiques, toxicités locales (radiothérapie), systémiques (mucites, diarrhées, vomissements post-chimiothérapiques) ou générales (asthénie).

Dénutrition non liée au cancer

La prévalence de la dénutrition augmente avec l’âge. Elle est évaluée entre 4 et 10 % chez les personnes âgées vivant à domicile, entre 15 et 38 % chez celles vivant en institution et entre 30 et 70 % chez les personnes hospitalisées. Des recommandations de bonne pratique ont été récemment élaborées par la Haute Autorité en Santé (HAS) face à cette situation fréquente [17]. La dénutrition trouve sa source dans de nombreux états pathologiques se caractérisant par leur fréquente coexistence chez le sujet âgé [18]. Certains sont sans lien direct avec l’âge (altérations chroniques des fonctions cardiorespiratoires, rénales ou hépatiques, pathologies digestives à l’origine d’une maldigestion ou d’une malabsorption, alcoolisme chronique, pathologies infectieuses ou inflammatoires chroniques…). Leur impact sur la prise en charge du cancer peut être importante. D’autres font intervenir des facteurs directement consécutifs au vieillissement (troubles buccodentaires, syndromes démentiels, dépendance…) ou relevant de dimensions psycho-socio-environnementales (isolement, difficultés financières…). L’EGS en permet une appréhension optimale [17].

Impacts des traitements anticancéreux

Le traitement du cancer, lorsqu’il aboutit à une guérison ou à une rémission, est habituellement efficace dans l’amélioration de l’état nutritionnel et donner ses meilleures chances au traitement passe par la prévention des complications liées à la dénutrition et la prévention de l’aggravation de la dénutrition. Ce point est fondamental dans la décision thérapeutique chez la personne âgée.

Chirurgie

De plus en plus de patients âgés deviennent candidats à une chirurgie carcinologique, chirurgie ne comportant plus en principe de contre-indication directement liée à l’âge. Il est admis que la morbi-mortalité postopératoire des patients octogénaires en bonne condition physique n’est pas plus élevée que celle du sujet jeune [19] ; ce qui est déterminant, c’est la sévérité des pathologies coexistantes. L’amélioration des pratiques d’anesthésie, de réanimation et chirurgicales a pratiquement levé tous les obstacles. En pratique, il ressort essentiellement des données publiées une augmentation significative des contre-indications à la chirurgie curative avec l’âge qui ne s’explique pas seulement par un stade évolutif plus tardif (en France, il n’est pas fait état dans le registre de la Côte-d’Or des cancers colorectaux de retard au diagnostic chez les plus de 75 ans, avec 49 versus 51 % de stades I et II, 24 versus 21 % de stades III, 27 versus 24 % pour les stades évolués). Cela reflète probablement la nécessité d’une plus grande rigueur dans l’appréciation de l’état général du malade. Pour autant, on ne retrouve actuellement dans la littérature que peu d’études chirurgicales faisant état d’une spécificité d’approche gériatrique [20]. L’acte opératoire entraîne à des degrés divers une diminution de l’apport alimentaire et une augmentation des besoins énergétiques, amenant à recommander une renutrition des sujets dénutris en préopératoire. Le cancer ajoutant son effet immunodépresseur à celui de la dénutrition, le risque de complications infectieuses péri-opératoires et leur gravité est accru [21]. Ces recommandations ne comportent pas de critères spécifiques des sujets âgés. Un pourcentage de perte de poids dans les six derniers mois de plus de 10 %, des apports alimentaires inférieurs à 60 % des besoins prévisibles pendant plus de 10 jours, un état hypercatabolique sont des indications à un soutien nutritionnel. Celui-ci doit être de préférence oral ou entéral, la voie parentérale étant requise si les apports restent encore inférieurs à 60 % des besoins énergétiques. Parmi les recommandations nutritionnelles péri-opératoires, il faut insister chez la personne âgée sur la nécessité de diminuer au plus court le jeûne et l’alitement péri-opératoire pour favoriser la reprise fonctionnelle.

Enfin, l’âge est un facteur reconnu de dysfonction cognitive postopératoire : les épisodes confusionnels y sont fréquents chez le vieillard, même sans pathologie associée (7 à 72 % des cas selon les études) [22] et participent au retard nutritionnel.

Radiothérapie

La tolérance à la radiothérapie apparaît similaire à celle de sujets plus jeunes, moyennant un contrôle satisfaisant des comorbidités, ces dernières intervenant plutôt en facteur limitant dans le choix des traitements combinés. La toxicité aiguë ne paraît pas modifiée chez le sujet âgé [23], mais quelques études font état d’une proportion plus importante de troubles digestifs en cas d’irradiation pelvienne [24], amenant à recommander une plus grande vigilance avec consultations systématiques au moins hebdomadaire chez le sujet âgé, à plus fort risque de déshydratation et dénutrition. L’observance au traitement est bonne, en particulier lorsque celui s’accompagne d’un encadrement gériatrique permettant alors de proposer au patient âgé une radiothérapie similaire aux sujets plus jeunes [25]. L’impact nutritionnel n’a pas fait l’objet d’étude spécifique. Le retentissement éventuel de l’irradiation est fonction de la zone irradiée, avec une potentielle majoration en cas de chimiothérapie concomitante (entéropathie, dysphagie, odynophagie…). En cas de radiothérapie ORL ou médiastinale, les conseils alimentaires sont ceux proposés en cas de dysphagie. Une alimentation entérale définitive ou transitoire doit être proposée lorsque les apports alimentaires chutent en dessous de 60 % des besoins sur une durée prévisible de plus de 10 jours.

Chimiothérapie

Les altérations des apports alimentaires liés à la chimiothérapie sont multiples et bien connus : s’il existe actuellement une prise en charge préventive pour un plus grand nombre d’entre eux (nausées/vomissements, mucites, troubles du transit, modification des goûts ou aversions alimentaires), les mesures classiquement proposées ne parviennent pas à contrecarrer systématiquement leur survenue. Leur impact se traduit de façon quasi-constante par une détérioration du statut nutritionnel du patient dont on connaît, à la différence de sujets plus jeunes, la plus grande difficulté de récupération, avec un risque d’interruption définitive du traitement spécifique plus grand. Les recommandations de la Société européenne de nutrition entérale et parentérale (Espen) proposent une intervention nutritionnelle orale ou entérale avant le début d’une chimiothérapie de manière à atteindre un apport calorique de 30-35 kcal/kg/j pour des personnes autonomes et de 20-25 kcal/kg/j pour les alités [26]. Les apports protidiques recommandés sont au minimum de 1 g/kg/j avec pour objectif d’atteindre 1,2 g/kg/j. Il est conseillé de suivre les recommandations générales pour les vitamines et les minéraux mais d’être attentif aux apports en antioxydants, le statut en antioxydant plasmatique étant altéré chez le cancéreux. La supplémentation en acides gras omega 3 est pratiquée dans le but d’améliorer le statut immunitaire des patients mais n’est pas consensuelle. Dans ces recommandations, il n’est pas fait état de l’âge mais les apports conseillés répondent à ceux de la personne âgée [27]. Le recours à une nutrition artificielle ne doit se faire qu’après avoir exploré l’efficacité du conseil diététique. En effet, chez la personne âgée, toute source d’immobilisation supplémentaire doit être évitée afin de préserver l’autonomie motrice et la qualité de vie ultérieure.

Impact pronostique de la dénutrition du patient cancéreux

La relation entre dénutrition et pronostic vital a été établie dans plusieurs études. Le risque accru de décès est relié à différents marqueurs nutritionnels :
  • la perte de poids exprimée en pourcentage du poids de forme. La surmortalité, présente y compris pour de faibles amaigrissements (≤ 5 %), est particulièrement nette au-dessus de 10 % [12, 28]. Ces constatations, réalisées chez les patients atteints de cancer, sont aussi retrouvées au sein de la population gériatrique générale [10] ;
  • un indice de masse corporelle (IMC) abaissé sans valeur seuil définie, situation fréquente chez le sujet âgé ;
  • une hypoalbuminémie et la présence de marqueurs de l’état inflammatoire. L’hypoalbuminémie est un facteur fort de complications péri-opératoires au cours des chirurgies digestives carcinologiques, d’autant plus marqué qu’existe en corollaire des signes physiques de dénutrition [29] ;
  • un taux bas de leptine, une masse grasse diminuée (pli tricipital faible) ;
  • un âge supérieur à 70 ans ;
  • un score MNA (mini nutritional assessment) < 24 (risque d’autant plus élevé que ce score est bas).

Dans une étude utilisant le score MNA chez des patients âgés traités d’un cancer de la prostate, 50 % avaient un score témoignant d’un risque de dénutrition contre 7,5 % seulement chez ceux suivis pour adénome. La moitié des patients cancéreux gardait, malgré ce score, défavorable un IMC élevé [30]. Dans la série aquitaine portant sur 364 patients recevant une première ligne de chimiothérapie et bénéficiant d’évaluations gériatriques standardisées, le risque de décès précoce est rattaché de manière significative en analyse multifactorielle au MNA (OR = 4,2, CI = 1,7-10,3) variant de 11 à 40 % selon que le score initial était normal (> 23,5) ou inférieur à 17 [31].

D’autres études ont rapporté une surreprésentation de patients obèses chez les sujets âgés ayant survécu à leur cancer [32, 33].

L’état nutritionnel altéré reflète souvent bien la gravité de l’atteinte du patient. De plus, la perte de poids pourrait être associée à un traitement abrégé pour toxicité, avec moindre dose-intensité de la chimiothérapie, ceci pouvant expliquer une moins bonne réponse. Enfin, la dénutrition est également un facteur de risque indépendant de complications infectieuses quelles que soient les modalités thérapeutiques du cancer.

Si l’impact négatif de la dénutrition sur la survie, en milieu oncologique est actuellement bien décrit et ne laisse pas de place aux doutes, curieusement très peu d’études cliniques évaluant le rôle d’une éventuelle prise en charge nutritionnelle « active » chez les patients en voie de dénutrition existent. Si ces données sont accessibles, avec le rôle bénéfique important dans le cadre du péri-opératoire, elles sont actuellement inexistantes chez les patients dénutris ou en voie de l’être des services de médecine oncologique. Cela est d’autant plus accentué chez le patient âgé : en effet, la proportion de patients malnutris ou dénutris y est, avant toute prise en charge spécifique, plus importante avec une accessibilité aux soins grandissante. Si quelques études montrent un état nutritionnel un peu mieux préservé chez les sujets âgés bénéficiant d’un suivi diététique en milieu oncologique, l’impact sur la survie et/ou la faisabilité des traitements spécifiques restent encore non démontré. Plusieurs études, en cours actuellement, permettront d’évaluer la survie à 1 an et la tolérance aux traitements des sujets âgés bénéficiant d’une prise en charge personnalisée.

Evaluation gérontologique : aide au dépistage et à la prévention de la dénutrition

L’évaluation gérontologique (EGS) permet de compléter l’examen clinique par l’étude exhaustive de l’état fonctionnel, cognitif, thymique, nutritionnel ainsi que la comorbidité, la continence, la marche et le risque de chutes, les traitements et les conditions de vie. Elle repose sur des échelles et des tests ainsi que sur une synthèse médicosociale. Elle apporte une aide à la résolution des problèmes gérontologiques complexes en dirigeant les interventions thérapeutiques médicales, psychologiques et sociales sur les résultats de l’évaluation. Une telle approche a montré son efficacité en améliorant l’autonomie des patients instables, en diminuant le risque d’hospitalisation et en diminuant le risque de syndrome confusionnel. En oncologie, l’EGS, associée avec la prise en charge du cancer, peut offrir les moyens d’une prévention optimale de la perte d’autonomie et maintenir la qualité de vie. Aussi cette prise en charge basée sur l’EGS des patients âgés cancéreux est maintenant recommandée par la Société internationale d’oncogériatrie (SIOG). Le cancer n’est pas la seule source de dénutrition chez le sujet âgé : l’EGS permet de guider la recherche étiologique et d’organiser les interventions à chacun des niveaux détectés. Le MNA-SF ou MNA dépistage est d’ailleurs une mini-évaluation gérontologique. L’EGS nécessite la participation de professions non médicales, en particulier les assistants sociaux. Il est nécessaire d’évaluer l’état mental en raison des troubles nutritionnels qui en découlent. Par exemple, la maladie d’Alzheimer dans sa forme légère à modérée s’accompagnerait d’une perte de poids dans un tiers des cas. Le comportement alimentaire est aussi altéré chez les patients confus et un amaigrissement peut accompagner une dépression. Ainsi 60 % des patients traités d’un cancer de la prostate étaient dans un état dépressif évident ou probable. Dans cette même série, il a été retrouvé une corrélation entre le degré d’autonomie et la prise des repas. Plusieurs causes possibles de dénutrition peuvent coexister ou s’associer chez le patient âgé cancéreux. L’EGS permet de mettre en place, parallèlement à l’action médicale et paramédicale, des aides sociales favorisant leurs succès.

Conclusion

En synthèse, le soutien du patient cancéreux dénutri repose sur :
  • le dépistage systématique de la dénutrition ;
  • l’évaluation des apports alimentaires et leur confrontation aux besoins ;
  • la consultation diététique et le suivi des dénutris ;
  • la pratique de l’EGS à la recherche d’autres facteurs favorisant la dénutrition et la mise en place d’intervention de soutien ;
  • le suivi nutritionnel et la prévention d’une baisse des apports liés au traitement anticancéreux comportant des mesures simples d’enrichissement de l’alimentation, la supplémentation orale ou la nutrition artificielle selon les situations.

Si l’importance de l’évaluation du statut nutritionnel et de la mise en place d’interventions adaptées est largement admise par les oncologues, cette prise en charge demande la diffusion d’outils de dépistage appropriés en routine [34]. De futures études permettront de définir les méthodes d’intervention les plus pertinentes, ainsi que l’impact de celles-ci sur le pronostic global de la maladie.

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