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Vieillissement et oncogériatrie


Bulletin du Cancer. Volume 95, 11-5, FMC Oncogériatrie, Formation SFC

DOI : 10.1684/bdc.2007.0538

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Olivier Saint-Jean, Hayat Lahjibi-Paulet, Mouna Maamar , Service de gériatrie, Hôpital européen Georges Pompidou, 20, rue Leblanc, 75015 Paris.

Résumé : L’âge d’un malade n’est jamais le facteur exclusif d’une décision d’intervention thérapeutique, tant l’espérance de vie dans le grand âge a énormément progressé ces dernières années. C’est bien évidemment l’état de santé du patient qui guide la stratégie thérapeutique. Dans le grand âge, celui-ci est le fruit de facteurs génétiques, du parcours de vie et du vieillissement. Ce dernier facteur est un mécanisme adaptatif toujours pertinent pour la survie, parfois au prix d’une désadaptation fonctionnelle. Ces processus, ajoutés à la morbidité, sont responsables d’un état de fragilité dont l’évaluation est essentielle pour accompagner les soins spécifiques de chaque pathologie. Cette évaluation doit être systématique et multidimensionnelle pour tous les malades âgés, en particulier pour ceux atteints de cancer. Bien qu’actuellement aucun essai d’intervention n’ait été mené chez les malades âgés cancéreux, il est hautement probable qu’une intervention guidée par les conclusions d’une évaluation gériatrique améliore le pronostic, en termes de mortalité, morbidité, autonomie et qualité de vie. Cela plaide pour une étroite collaboration entre oncologues et gériatres.

Mots-clés : oncogériatrie, vieillissement

ARTICLE

Auteur(s) : Olivier Saint-Jean, Hayat Lahjibi-Paulet, Mouna Maamar

Service de gériatrie, Hôpital européen Georges Pompidou, 20, rue Leblanc, 75015 Paris

Article reçu le 30 Mars 2007,

Le vieillissement dans les pays développés est l’un des acquis les plus notables du progrès médical et sociétal. On vit plus longtemps et mieux, ce qui témoigne que l’espérance de vie en santé ou sans incapacité croît plus vite que l’espérance de vie totale. L’espérance de vie aux grands âges demeure importante et actuellement, à 86 ans, elle est en moyenne de 5,8 ans pour les hommes et de 6,7 ans pour les femmes [1]. Le nombre de sujets âgés lourdement handicapés est certes non négligeable (actuellement environ 250 000 personnes de plus de 75 ans) mais les scénarios prospectifs [2] sont résolument optimistes sur la réduction du taux de handicap dans le grand âge. Les modèles retiennent de nombreux facteurs, qui attestent la complexité des phénomènes sous-tendant le vieillissement. Les progrès majeurs des cinquante dernières années traduisent l’impact des facteurs médicaux et sociaux sur les parcours de vie des individus vieillissant. Si on est loin de pouvoir appréhender la totalité de ces facteurs, du moins commence-t-on à en connaître les différentes étapes et à identifier certains écueils à contourner pour une vieillesse en santé.

Cette réflexion scientifique permet également d’interroger le concept de vieillissement-usure, qui traîne encore dans la pensée médicale. Si les artefacts voient leur fonctionnement altéré au fil du temps (une voiture finit nécessairement par s’user), il n’en va pas de même des organismes vivants en raison de leur capacité à s’adapter pour durer. Si l’efficience de ces adaptations a des limites, il faut marteler que, avec l’âge, on ne devient pas défaillant de ses organes. Il n’y a pas de démence sénile, d’insuffisance cardiaque sénile, d’insuffisance rénale sénile, etc., simplement des sujets ayant payé un prix plus ou moins élevé à des facteurs toxiques ou morbides au cours de leur itinéraire de vie. Ces facteurs sont très divers et l’on retiendra comme exemple emblématique qu’il faut attendre 94 ans pour que l’impact des niveaux d’éducation et de la catégorie sociale sur l’espérance de vie disparaisse [1].

Ces notions doivent changer le regard porté par la médecine sur les sujets âgés et sur la prise en charge des maladies au grand âge. Beaucoup de traitements sont possibles après 80 ans et la demande légitime de prise en charge des malades très âgés doit être entendue. La sélection par l’âge n’a plus de sens, elle doit être remplacée par une prise en charge modulée par le désir des patients et par le savoir gériatrique. Cela est d’autant plus essentiel en oncologie du sujet âgé, qui associe une maladie grave et évolutive à des traitements agressifs mais efficaces.

Pour la clarté du propos, on identifiera successivement quatre facteurs déterminant la santé des sujets âgés (les facteurs non modulables, la sénescence, le vieillissement et la fragilité) avant de voir comment ces schémas aident à la prise en charge des cancéreux âgés.

Les facteurs non modulables de l’état de santé des sujets âgés

Il s’agit des facteurs génétiques, qui semblent être surdéterminants dans la longévité d’un individu. De tout temps, on a identifié des familles à forte longévité. La doyenne de l’humanité semble d’ailleurs être un fruit exceptionnel de croisement de ce type de lignée car ses ancêtres connus jusqu’au XVIIe siècle étaient presque tous décédés à plus de 80 ans. Plus scientifiques, des études portant sur des jumeaux homo ou hétérozygotes et, surtout, les études des descendants de centenaires montrent ce lien entre patrimoine génétique et longévité. En outre, chez les enfants de centenaires [3], on observe une réduction significative (plus de 50 %) des morbidités tueuses (cancers, maladies cardiovasculaires…), laissant supposer que ces facteurs génétiques favorables interviendraient plus dans le déterminisme des maladies que dans les processus de « vieillissement » eux-mêmes. Ces sujets semblent mourir vieux, non par protection du vieillissement mais parce qu’ils sont moins malades ou qu’ils le sont plus tard. Ou bien parce qu’ils sont mieux armés pour résister aux agressions du parcours de vie.

L’avancée en âge dans un environnement hostile

L’espèce humaine est confrontée à un environnement qui n’est en rien optimal à sa survie. L’avancée dans le temps (en âge) nous expose de manière cumulative à l’effet de multiples facteurs délétères :
  • Biophysiques, comme les radiations ionisantes altérant la réplication du matériel génétique et dégradant la peau, ce qui rend si identifiable à l’œil « l’âge » d’un être humain. On voit là qu’il s’agit non du vieillissement processus « physiologique » mais bien d’un processus « pathologique » cutané pour lequel existent des moyens d’action préventifs (quel marché pour les fabricants de cosmétiques !).
  • Biochimiques, toxiques au sens large du mot, et l’alimentation joue un rôle important en ce domaine. On sait qu’une restriction calorique versus une alimentation riche car libre permet une augmentation de la longévité de rongeurs. Cela est relié à certains effecteurs hormonaux comme l’hormone de croissance et l’IgF1. Cette augmentation de survie d’un groupe de rongeurs [4] joue moins sur la longévité maximale que sur la survie moyenne du groupe. Ainsi, la modulation génétique de la synthèse des récepteurs à l’IgF1 chez la souris se traduit par une augmentation de la durée de vie moyenne d’un groupe de souris femelles d’environ 33 % par une réduction de la mortalité à l’âge moyen des animaux [5]. Mais l’âge extrême de décès ne change pas. Si ces expériences animales ont une portée limitée (la restriction calorique chez l’homme est néfaste), elles ouvrent des perspectives de recherche et d’intervention en santé [6]. En premier lieu, elles évoquent le fait que l’âge moyen est un moment clé dans l’itinéraire morbide d’un individu, ce qui est bien connu pour les pathologies cardiovasculaires et probablement vrai pour les affections neurodégénératives. Ainsi, il est établi un lien fort entre un exercice physique soutenu à 50 ans et une réduction significative du risque de maladie d’Alzheimer à 80 ans [7]. Ces travaux offrent une piste riche d’intervention en population. En second lieu, sur une réflexion qualitative de l’alimentation. Et à cet égard nous mangeons bien mieux, à tous les âges, aujourd’hui qu’au XIXe siècle. Mais peut-être sommes-nous plutôt adaptés à un régime alimentaire plutôt pauvre. Cette « surcharge » alimentaire, liée à la liberté de l’accès à la nourriture, pourrait participer à la glycation des protéines de structure observée chez les sujets âgés sains. Cette fixation passive de glucose sur les protéines est responsable d’une réduction du renouvellement de ces protéines à demi-vie longue et, surtout, d’une altération de leur structure et de leurs capacités fonctionnelles. Cela est bien connu pour les protéines des parois artérielles qui, glyquées, voient leur distensibilité s’altérer [8]. Il en résulte une augmentation progressive des résistances périphériques et du travail de la pompe cardiaque soumise à une postcharge accrue, sans aller bien sûr jusqu’à l’hypertension artérielle systolique.
  • Infectieux car nous vivons, plus ou moins en symbiose, avec un grand nombre de bactéries et de virus. Une attention toute particulière est portée actuellement sur le rôle des infections virales (cytomégalovirus, famille des herpès virus, etc.) dans le maintien ou non des performances dynamiques du système immunitaire lors de l’avancée en âge. Cette « réduction physiologique » des capacités immunitaires, décrite par beaucoup, pourrait n’être que la conséquence d’infections virales chroniques. Certains ont pu proposer l’infection à cytomégalovirus et son intensité comme marqueur pronostique gériatrique par son lien avec le concept de fragilité physique [9].
  • Et surtout psychosociaux, au sens très large du terme. L’itinéraire de vie d’un individu, ses conditions socio-économiques, les stress psychologiques qu’il subit, sa résilience, sa gestion des facteurs de risque sont surdéterminants pour sa longévité. L’augmentation prodigieuse de l’espérance de vie au XXe siècle rend plus compte des progrès sociaux que de ceux de la médecine. Et il faut rappeler qu’entre un ouvrier agricole du nord de la France et un professeur d’université d’Ile-de-France perdure encore un écart de près de 20 ans d’espérance de vie moyenne [1].

Il s’agit bien là d’un processus accumulatif, agressif que l’on pourrait appeler sénescence, pour bien le différencier du vieillissement. On réserverait alors ce terme aux processus de modulation des fonctions physiologiques au cours du temps.

L’intelligence imparfaite du vieillissement du vivant

On peut concevoir le vieillissement comme le processus d’adaptation à la sénescence, processus pertinent, génétiquement déterminé. L’enjeu deviendrait alors, non de lutter contre ces processus dans une illusion de jouvence, mais de les comprendre, de les accompagner, voire de les amplifier. Deux réflexions illustrent ces hypothèses.

La première résulte des modifications de la structure moléculaire cardiaque avec l’âge [10]. D’une manière schématique, la sénescence cardiaque se traduit par une raréfaction de l’arborescence capillaire coronaire et une augmentation du travail cardiaque de base (secondaire à la glycation des protéines artérielles). Trivialement, chaque unité cardiaque doit travailler plus avec moins d’apport en oxygène. On observe alors une modification de l’isotype de la myosine, par répression de la synthèse de la myosine « adulte » au profit de la synthèse d’une autre myosine. Ce nouvel isotype, puisé dans notre patrimoine moléculaire, a comme propriété de produire une force de contraction plus importante, tout en requérant une moindre consommation d’oxygène. Même si le propos est un peu finaliste, cela ressemble bien à une adaptation pertinente. Et lutter contre celle-ci serait bien une erreur conceptuelle : rendre son isotype de jeune homme à un vieillard ne lui redonnerait pas la jouvence, bien au contraire cela le désadapterait.

Si l’on analyse certaines modifications de l’organisme au cours de l’avancée en âge comme des adaptations pertinentes, on ouvre un débat de fond passionnant : et si la bonne solution était, pour la longévité, de respecter un certain nombre de variations de la norme biologique au cours du temps. Cela éclaire la seconde réflexion, plus polémique.

Le paradigme du « vieillissement – perte à compenser » est celui du profil hormonal. La baisse des taux de certaines hormones avec l’âge a conduit à proposer des traitements substitutifs pour rendre la jouvence. Un exemple démonstratif est celui de la DHEA, dont les taux s’effondrent avec l’avancée en âge et dont on a imaginé que la restauration apporterait foule de bienfaits [11]. C’est le contraire qui semble se démontrer [12], comme pour l’hormone de croissance. Un exemple encore plus polémique est celui de la ménopause dont la substitution a été décrite comme l’élixir de jouvence par essence, jusqu’à nos jours où des études prospectives (bien qu’encore perfectibles) laissent à penser que, au contraire, le traitement hormonal substitutif augmenterait le risque des maladies qui tuent les femmes âgées [13] : cancers, maladies cardiovasculaires et maladies cognitives ! Et si, finalement, la ménopause n’était qu’un des processus de vieillissement autorisant une survie plus longue !

Malheureusement, ces adaptations, cardiaques ou hormonales, ont un prix car elles ne sont pas idéales. L’isotype de la myosine a une capacité de relaxation protodiastolique moindre, responsable de microtroubles du remplissage ventriculaire passif par défaut de relaxation de la paroi ventriculaire [10]. Quant à la ménopause, on ne peut nier ses effets délétères sur l’os, la peau et les phanères, les organes génitaux et la libido.

Ainsi en va-t-il du vieillissement : un rapport coût/bénéfice favorable à la longévité mais porteur en lui-même de facteurs de désadaptation. Ces inconvénients, cette désadaptation ne sont pas perceptibles à l’état de base, mais peuvent entraver les capacités d’adaptation et les réserves fonctionnelles des organes. Leur pertinence clinique, chez des sujets en bonne santé, est globalement nulle. En témoignent les mesures de débit cardiaque à l’effort qui se maintiennent avec l’âge chez les sujets sains. Seules des situations extrêmes révéleraient le rôle du vieillissement, et les morbidités sévères, comme le cancer, sont des situations extrêmes. C’est ce qui sous-tend le concept de fragilité chez les malades âgés.

Le concept de fragilité, si pertinent mais si difficile à définir

Si, d’évidence clinique, les vieux sont plus difficiles à soigner que les jeunes, car plus « fragiles », une définition rigoureuse de ce concept est malaisée. À tel point qu’un de nos collègues canadiens la compare à la pornographie « impossible à définir mais toujours reconnaissable au premier coup d’œil quand on la rencontre ! » [14].

La littérature sur la fragilité est allée croissante au fil des ans et une interrogation de Medline sur les dix dernières années retrouve plus de 2 800 références, sans pour autant qu’un consensus clair se dégage sur la définition de ce concept. Variable selon les auteurs, depuis les années 1980, il a été défini tour à tour comme la nécessité d’une intervention multidisciplinaire, un excès de mortalité en référence à l’âge et au sexe, la perte d’indépendance fonctionnelle, plus ou moins associée à diverses pathologies chroniques, une réduction de la force musculaire retentissant sur la marche et l’équilibre, la perte d’autonomie liée à une hospitalisation, le risque de réhospitalisation, le déclin cognitif, etc. On voit bien que cette hétérogénéité évoque des facteurs pronostiques, du moins ce qui différencie le destin de malades atteints d’une même pathologie et soignés de la même manière. On sait que, à qualité de traitement chirurgical égal, les devenirs des malades âgés ayant une fracture de l’extrémité supérieure du fémur sont très hétérogènes, allant de la récupération parfaite à la grabatisation ou la mort. Et que, en cas d’hospitalisation pour insuffisance cardiaque, la mortalité à 40 jours varie du simple au double en cas de déclin intellectuel après 80 ans [15].

Pour autant une définition consensuelle de la fragilité tarde à s’imposer, notamment comme aide à la décision thérapeutique chez les malades âgés. La réflexion conceptuelle avance, grâce à l’analyse de grandes cohortes épidémiologiques et à des groupes de réflexion nord-américains. Une définition opérationnelle semble se dégager de ces travaux, comme « une diminution de l’homéostasie et de la résistance face au stress, qui augmente la vulnérabilité et les risques d’effets néfastes, tels que la progression d’une maladie, des chutes, des incapacités et la mort prématurée, par baisse des réserves fonctionnelles » [14, 16]. La fragilité ne se résume donc ni à la pathologie multiple, ni à la perte d’autonomie, ni au vieillissement [17]. Au-delà de cette définition, deux écoles s’opposent dans la littérature. La première, autour des travaux de l’école de Baltimore, propose une définition opérationnelle de la fragilité à travers ses conséquences physiques. Cinq critères sont pertinents [18] : diminution de la force musculaire, fatigue et réduction de l’activité, perte de poids et ralentissement de la vitesse de marche. Ils permettent le classement entre sujets fragiles (3 critères présents), pré-fragiles (1 à 2 critères) et non fragiles (0 critère). Cette classification a un fort niveau prédictif de divers incidents néfastes : entrée en institution, hospitalisation, chute, perte d’autonomie [19]. Un schéma physiopathologique complexe est proposé [16] mettant au cœur du processus des facteurs métaboliques, inflammatoires, d’hypercoagulabilité et nutritionnels. D’autres auteurs proposent d’ajouter à cette dimension musculaire différents facteurs, tels que la dépression ou la cognition [20]. Enfin, une simple échelle clinique associant l’état de santé perçu et l’autonomie fonctionnelle est pertinente pour mesurer la fragilité, attestant qu’une mesure assez « pifométrique » de la fragilité peut avoir une vraie pertinence pronostique [21]. Quant à la qualité de la prise en charge, elle joue également, on s’en doute, un rôle essentiel dans le résultat des soins [22].

Le rôle de l’intervention gériatrique guidée par l’évaluation

Cet impact de l’organisation gériatrique sur le pronostic de sujets âgés a bien été démontré en ce qui concerne la mortalité, le taux d’institutionnalisation, l’autonomie fonctionnelle, la qualité de vie et la pertinence des consommations de soins et d’aide [23]. Aucune étude d’intervention n’est venue valider ces bienfaits chez les malades cancéreux âgés [24]. Si le maintien des bénéfices semble probable, il est nécessaire dans le futur de développer des essais prospectifs spécifiques pour le démontrer [25]. Car les modèles pathologiques en cancérologie diffèrent quelque peu de ceux des pathologies sur lesquelles de telles interventions sont utiles. Schématiquement, on passe du modèle de la maladie d’Alzheimer (évolution lente et traitements médicamenteux inefficaces mais anodins) à celui du cancer (évolution souvent rapide et traitements efficaces mais toxiques).

Même faute de preuves, il reste probable que les facteurs pronostiques chez les cancéreux âgés sont analogues à ceux que les études sur la fragilité ont isolés. Ils peuvent être rassemblés en cinq groupes :

  • les facteurs médicaux, c’est-à-dire les comorbidités et leurs traitements avec les risques iatrogènes, la dénutrition et la qualité de l’équilibre, les performances sensorielles ;
  • les facteurs psychocognitifs (dépression, déclin intellectuel, troubles comportementaux, confusion) ;
  • les facteurs sociaux (isolement, revenus, maintien d’activité et interaction avec l’environnement, épuisement des aidants…) ;
  • l’autonomie fonctionnelle et la cohérence de gestion de soi ;
  • la qualité de l’organisation de la prise en charge, médicale et sociale.

D’une manière très schématique, le but de l’évaluation gériatrique est d’évaluer tous ces axes, de proposer et de suivre une intervention efficace sur les anomalies observées. Il s’agit bien d’une évaluation multidimensionnelle clinique et/ou biologique, qui peut être aidée dans sa réalisation par des outils standardisés. Ces outils doivent avoir des qualités métrologiques démontrées. À cette condition, ils sont tous recevables. De fait, l’évaluation « standardisée » idéale n’existe pas et il faut cesser de courir après cette illusion. Il suffit de repérer les facteurs de fragilité (tous les moyens sont bons) et, surtout, de proposer un plan de soins et d’aide. Une évaluation ne débouchant pas sur une intervention en accord avec les bonnes pratiques cliniques, suivie et réévaluée, ne sert strictement à rien.

Restent que ces facteurs pronostiques prédisent le devenir à long terme. Ils ne disent rien de la capacité à faire face à une agression suraiguë comme une chimiothérapie lourde. Divers travaux sont en cours pour comprendre comment un organisme vieilli peut supporter la toxicité immédiate des drogues et proposer des marqueurs, cliniques ou biologiques, prédictifs de la tolérance. Mais ils semblent assez loin d’aboutir à de recommandations opérationnelles On ne sait toujours pas mesurer la réserve fonctionnelle immédiate des organes des malades âgés.

C’est dire combien la qualité de l’organisation de la prise en charge des malades âgés devient un élément surdéterminant la qualité du résultat de soins. L’union des compétences des cancérologues et des gériatres s’impose, quel que soit le modèle organisationnel adopté.

Références

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2 Duée M. Rebillard C. La dépendance des personnes âgées : une projection à long terme. Insee Direction des études et synthèses économiques, avril 2004. www.insee.fr.

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