ARTICLE
Auteur(s) : Nadira Delhem1, Françoise
Cottrez2, Arnaud Carpentier1,3, Céline
Miroux1, Olivier Moralès1, Violaine
François1, Hervé Groux2, Claude Auriault4,
Véronique Pancré1
1Laboratoire d’immunopathologie des cancers
viro-induits, Institut de biologie de Lille, UMR 8161,
Lille
2Immunosearch, Les Cyclades, chemin
de Camperousse, Grasse
3Laboratoire d’immunologie, UPREZ 1833, Institut Cochin,
Paris
4Institut de pharmacologie moléculaire
et cellulaire, 60, route des Lucioles, Valbonne, Sophia
Antipolis
Article reçu le 26 Mars 2008, accepté le 18 Septembre 2008
Introduction
L’hépatite C est une affection hépatique d’origine virale que l’on
avait qualifiée d’hépatite « ni A, ni B » à transmission
parentérale jusqu’à ce que l’on mette en évidence l’agent
étiologique en 1989 [1]. L’infection par le virus de l’hépatite C
(VHC) est fortement prévalente en France : environ 1.3 % de la
population générale est en effet chroniquement infectée. On estime
que 170 millions de personnes dans le monde sont des porteurs
chroniques du VHC et que 3 à 4 millions de personnes sont infectées
chaque année. Les caractéristiques principales de l’infection
virale sont le très fort risque (environ 60-80 %) de développement
d’un portage chronique et, chez les sujets chroniquement infectés,
la possibilité d’évolution vers des lésions d’hépatite chronique
active sévère puis de cirrhose, le carcinome hépatocellulaire (CHC)
représentant fréquemment (30-50 % des cas après 10 ans
d’évolution) le stade ultime de cette évolution [2]. En Europe du
Sud et au Japon, 50 à 75 % des hépatites C sont associées à un
hépatocarcinome.
La relation entre hépatite chronique C et hépatocarcinome est
confirmée par de nombreuses études, y compris des études
longitudinales [3]. Le cancer primitif du foie est une tumeur
maligne qui peut se développer aux dépens des cellules
hépatiques.
L’hépatocarcinome est le plus souvent en rapport avec une
atteinte virale à l’origine de l’hépatite B ou de l’hépatite C.
Le mécanisme précis de l’oncogenèse (transformation
cancéreuse) est inconnu. Les patients présentant une tumeur
localisée peuvent avoir une survie relativement prolongée après la
résection (ablation) de cette tumeur. Néanmoins, comme le
diagnostic est généralement tardif, la mort survient souvent en
quelques mois. Chez la plupart des malades atteints d’un cancer du
foie en l’absence d’hépatite B, on retrouve les traces d’une
infection par le VHC. On n’a pas encore élucidé le mécanisme qui
conduit de l’hépatite C au cancer du foie. L’hépatite C aggrave par
ailleurs toute affection hépatique préexistante à laquelle elle
vient se surajouter. Ainsi, le cancer du foie progresse-t-il plus
rapidement chez les sujets qui sont porteurs du VHC.
L’infection par le virus de l’hépatite C est caractérisée par sa
persistance malgré une réponse immunitaire à la fois humorale et
cellulaire [4]. La clearance virale est généralement associée
à une réponse antivirale cellulaire multispécifique des lymphocytes
T CD4+ et CD8+ [2], qui persiste généralement. Cette réponse immune
n’est pas décelable chez des sujets chroniquement infectés ou chez
des sujets qui auraient initialement contrôlé l’infection mais chez
lesquels la virémie réapparaît par la suite [3]. Le rôle des T
CD8+ au cours de l’infection aiguë a été plus clairement étudié
dans un modèle expérimental de chimpanzé infecté par le VHC et chez
lequel une réponse cellulaire T CD8+ intrahépatique et
multispécifique au VHC a été décelée chez 2 chimpanzés/2. Cette
réponse immune à permis une élimination du virus uniquement chez 1
chimpanzé [5, 6]. Les lymphocytes CD4 jouent un rôle central
dans le contrôle précoce de la réplication virale [7]. Une forte
activité des lymphocytes T helper de type 1 (Th1), spécifiques des
protéines Core, NS3, NS4 et NS5, a été notamment associée au
processus de guérison spontanée [3]. À l’inverse, une réponse CD4
de faible amplitude ou non persistante est plutôt associée à un
mauvais pronostic de l’évolution de l’infection à VHC [8].
L’évolution de l’hépatite C vers la forme chronique de l’infection
s’accompagne donc d’une diminution importante de la réponse
cellulaire antivirale CD4 et CD8 [7]. C’est cette réponse
immunitaire altérée qui serait à l’origine de la tolérance au virus
et donc sa persistance. La cinétique, l’ampleur et la qualité
de la réponse immune anti-VHC au cours des premiers jours et
premières semaines après l’infection contribuent probablement de
façon très importante à l’évolution et à l’issue de
l’infection.
Initialement identifiées en situation de désordres
immunologiques telles certaines pathologies auto-immunes
inflammatoires, la famille des cellules T régulatrices, dont font
partie les Tr1, se caractérise par sa capacité à inhiber la réponse
T helper. Ces cellules se caractérisent notamment par un
profil de cytokines distinct de celui des cellules Th1 et Th2.
En effet, elles sont décrites comme sécrétant une grande
quantité d’IL-10, un niveau modéré d’IFNγ et d’IL-5, un faible
niveau de TGFβ et une quantité presque indétectable d’IL-4
([9].
Bien que considéré comme ayant un rôle dans la maintenance de la
tolérance du soi, de récentes études suggèrent que les cellules T
régulatrices puissent être induites in vivo contre des antigènes
bactériens, viraux ou parasitaires et pourraient favoriser la
persistance du pathogène en supprimant la réponse Th1 protectrice
[10]. Une étude récente a montré l’implication des cellules T CD4+
helper (Th1) et des T régulateurs au cours de l’infection par le
VHC. En effet, la réponse des cellules T CD4 dirigée contre la
protéine d’encapsidation (Capside) a été étudiée dans un groupe de
femmes infectées par le VHC [11]. Cette étude a montré une
augmentation plus importante des CD4 sécrétant de l’IFNγ en réponse
à 4 régions immunodominantes de la protéine de capside. Il a
également été montré que ces cellules T CD4 produisaient de l’IL10
mais pas d’IL4. D’autre part, une étude in vitro a montré que le
virus de l’hépatite C lui-même était capable d’induire une
sécrétion de l’IL-10 [12]. Cramp et al. a également observé au
cours du traitement de l’hépatite C, une « downregulation » de la
production d’IL10, coïncidant avec une « up-regulation » de la
production d’IFNγ par les lymphocytes T helper CD4 [13]. Ces études
montrent clairement une implication des cellules T helper de type
1, des T régulateurs et de l’IL10 dans la pathologie du VHC.
Matériels et méthodes
Patients
Trente-deux patients chroniquement infectés par le VHC sont inclus
dans cette étude. Ils appartiennent à une cohorte de patients
suivie dans le service de gastro-entérologie de l’hôpital
universitaire Necker - Enfants-Malades (Paris).
Les critères d’inclusion sont l’âge (> ou = à
18 ans, et < ou = à 65 ans), un taux d’ALAT au moins
trois fois supérieur à la normale et des IgM anti VHA, VHB et VHE
négatifs. Chaque donneur présente ou a présenté une sérologie
positive pour le VHC prouvée par microparticule EIA de troisième
génération (Abbott Axsym, Abbott Park) et confirmée par un test
sérologique RIBA strip (Chiron Corporation, Emeryville, Californie)
ou recherche de l’ARN du virus C par PCR dans le sérum (Roche
Diagnostics, Branchburg, N.J). Tous les patients séropositifs pour
le VHC sont chroniquement infectés par le génotype 1b.
Le génotypage du VHC a été réalisé par RT-PCR avec des amorces
spécifiques de chaque génotype viral (Roche Diagnostics,
Branchburg, N.J).
Ne seront pas inclus dans l’étude les patients présentant les
critères suivants : une co-infection par le virus de
l’immunodéficience humaine (VIH) ; la présence d’une maladie du
foie non associée à l’infection par le VHC et l’absence de PCR-VHC
qualitativement détectable.
Matériel biologique
L’ensemble du matériel est obtenu dans le cadre du suivi clinique
normal du patient et aucun prélèvement supplémentaire n’a été
réalisé pour cette étude. Les biopsies hépatiques ont été
réalisées selon la méthode standard de Menghini, consistant en un
prélèvement à l’aiguille de 1,6 mM de diamètre. L’analyse
anatomopathologique a permis d’établir le stade de fibrose (F), de
nécrose et d’inflammation (NI) de chacune des biopsies, permettant
ainsi de les classer dans trois groupes distincts. Le groupe
des patients chroniquement infectés par le VHC et ne présentant pas
ou très peu de lésions de fibrose (F < ou = 1/6, NI < ou =
1/18) (« chroniques » n = 10). Un groupe de patients présentant des
lésions hépatiques assimilées histologiquement à une cirrhose (F
< ou = 6/6) (« cirrhose » n = 10). Et enfin un groupe de
patients ayant atteint le stade du carcinome hépatocellulaire
confirmé par une expertise anatomopathologique(« CHC » n = 10). Un
groupe contrôle a également été ajouté, comprenant des patients
souffrant d’alcoolisme (1 à 2g d’alcool/jour) qui présentent des
lésions hépatiques de cirrhose et de CHC, indépendante d’une
infection par le VHC ou le VHB (« alcooliques » n = 4).
Toutes les biopsies sont congelées à -80 °C immédiatement
après la ponction en vue de l’extraction d’ARN, ou congelées après
inclusion dans un cryoprotecteur pour les expériences
d’immunohistochimie. Par ailleurs, nous disposons d’un ensemble de
biopsies hépatiques qui ont été réalisées sur un patient suivi au
décours de la progression de sa fibrose C, environ sur une
vingtaine d’années (VHC-génotype 1b). Les biopsies ont été
réalisées selon la méthode classique de Menghini et les scores de
fibrose et de nécro-inflammation ont été histologiquement validés.
Ces analyses de score ont permis d’établir un classement
identique à celui établi dans la cohorte de 32 patients
précédemment décrite, avec 3 stades distincts : le stade de la
chronicité, de la cirrhose et du CHC.
Extraction d’ARN et la rétro-transcription
L’extraction de l’ARN total a été réalisée à partir des biopsies de
foie congelées, en utilisant du TRIzol (GIBCO BRL,
Invitrogen®, GB). L’échantillon de tissus est
homogénéisé dans 300 mL de TRIzol et incubé 5 min à
température. L’ensemble est repris dans 60 mL de chloroforme
(PROLABO, Merck Eurolab, France) et centrifugé à 12 000 g pour
récupérer la phase aqueuse contenant l’ARN. L’ARN total est ensuite
immunoprécipité avec 100 mL d’isopropanol (ACROS Organics,
USA), incubé 10 min à température ambiante et centrifugé pour
éliminer le surnageant. Le culot d’ARN est lavé deux fois avec
de l’éthanol à 70° (CARLO ERBA Reagent, France), resolubilisé dans
de l’eau « RNAse Free » (GIBCO BRL, Invitrogen®, GB)
puis quantifié par spectrophotométrie (D.O). Avant la
rétro-transcription, une étape préalable de traitement à la DNAse
est réalisée (GenHunter corp, France), puis 1 à 4 μg d’ARN total
est repris par 5 μL du mélange suivant :
1 μL d’oligo dT (Roche, France) + 0,1 μL de RNAsin
(40 U/ μL, PROMEGA, USA) + 4 μL H20, et incubé à
70 °C pendant 5 à 10 min.
Après 5 min à température ambiante, on rajoute 10 μL
de la solution suivante :
6 μL de Tampon 5X (Tris-HCl, KCl, MgCl2) (GIBCO BRL,
Invitrogen®, GB) + 1 μL DTT (GIBCO BRL,
Invitrogen®, GB) + 2 μL dNTPs 10 mM (Amersham
Biosciences, USA) + 0,1 μL RNAsin + 1 μL de Transcriptase
Réverse SuperscriptÔ (GIBCO BRL, Invitrogen®, GB).
La solution est incubée à 45° C pendant 45 à 60 min,
puis à 95° C pendant 5 min. Enfin, 70 μL d’eau sont
ajoutés pour chaque μg d’ARN utilisé, afin d’obtenir une
concentration finale de 10ng/ μL d’ADNc total.
PCR quantitative en temps réel (Light cycler ; Roche
diagnostic®, France)
Toutes les amorces ont été choisies en vue de leur utilisation en
PCR quantitative en temps réel et ont été acquises auprès de MWG
Biotech (Allemagne) (tableau 1).
Les gènes de ménage bActin et G3PDH sont utilisés pour
normaliser les résultats. La PCR en temps réel est réalisée à
partir d’ADNc à la concentration de 10ng d’équivalent ARN
par mL de liquide réactionnel. Pour chaque réaction, le mix
PCR contient 14,1 mL d’H20, 2,4 mL de MgCl2,
0,5 mL de chaque amorce à 10pmol/l et 2 mL de tampon VCR
Master mix. La néosynthèse du double brin d’ADN peut être
suivie en temps réel grâce à la mesure d’incorporation du
Sybr-Green.
Jusqu’à 32 échantillons peuvent être analysés simultanément avec
une étape initiale de dénaturation à 95 °C pendant 8 minutes.
Les réactions de PCR sont ensuite réalisées sur 45 cycles
comme suit : 15 secondes à 95 °C, 7 secondes à la température
adaptée d’hybridation des amorces, et 18 à 64 secondes d’élongation
à 72 °C en fonction de la longueur de la séquence ciblée.
L’intensité de fluorescence est mesurée à la fin de chaque cycle
d’élongation.
Enfin, on réalise un cycle de fusion en faisant monter
graduellement la température jusqu’à 95 °C avec une mesure de
densité optique continue. Une électrophorèse sur un gel d’agarose
(SIGMA-ALDRICH, Allemagne) à 1,5 % dans du Tris Borate EDTA (TBE),
suivi d’un marquage de l’ADN par du Bromure d’éthidium (BET), est
réalisée après chaque PCR afin de visualiser l’amplicon.
L’analyse de l’expression transcriptomique des gènes est
exprimée en « CT » (Cycle Threshold). Pour chaque patient, le CT
est normalisée par la moyenne des valeurs des CT des gènes de
ménage (bActine et GAPDH) = DCT. L’ubiquitine n’a pas été prise en
compte, dans la mesure où l’ubiquitinilation d’un foie varie en
fonction du stade de la fibrose. L’expression de chaque gène est
ensuite exprimée par rapport au groupe de référence prédéterminé («
chronique ») = DDCT. Par ailleurs, la significativité des
résultats obtenus est validée par l’utilisation du test statistique
rank sum Mann-Whitney (p < 0.05 = significatif ; p < 0,01 =
hautement significatif).
Tableau 1 Séquence des primers utilisés pour la PCR
quantitative en temps réel
|
Gène
|
- Température (°C)
- Sequences des Primers de fusion
|
Gène
|
- Température (°C)
- Sequences des Primers
- de fusion
|
|
hCD4:
|
5’-GGGAAATCAGGGCTCCTTCTTA
|
59
|
hIL-2:
|
5’-ACCAGGATGCTCACATTTAAGTTTTAC
|
61
|
|
hT1-ST2:
|
- 5’-TGGTCCCAAAGGCTTCTTCTT
- 5’-GTGTTTGCCTCAGGCCAACT
|
59
|
hIL2-Ra:
|
- 5’-TCCAGAGGTTTGAGTTCTTCTTCTAGA
- 5’-GGGACTGCTCACGTTCATCA
|
59
|
|
hCCR5:
|
- 5’-TGACATTCGCATATCCAGTCCTA
- 5’-GTCAAGTCCAATCTATGACATCAATTATT
|
57
|
hIL2-Rb:
|
- 5’-TTCAACATGGTTCCTTCCTTGTAG
- 5’-GGGCTTTTGGCTTCATCATC
|
59
|
|
hCD49b:
|
- 5’-CGGGCTGCGATTTGCTT
- 5’-CAACGGGTGTGTGTTCTGACA
|
59
|
hIL2-Rg:
|
- 5’-CTTCTGGACGTCTCCTCCATG
- 5’-GCCCAATGGGAATGAAGACA
|
57
|
|
hCD18:
|
- 5’-TCATCACACACAACCACAACATCT
- 5’-ATGCTTGATGACCTCAGGAATGT
|
59
|
hIL-4:
|
- 5’-AGCTGCTGTTCCAAGTGCAA
- 5’- CACAAGCAGCTGATCCGATTC
|
59
|
|
hCD8a:
|
- 5’-ACGGTCTTGTCCACGAAGGA
- 5’-CCCTGAGCAACTCCATCATGTAC
|
60
|
hIL-5:
|
- 5’-TTCCAAGAAGTTTTCCAACGTACTC
- 5’- CCACAAGTGCATTGGTGAAAGA
|
60
|
|
hCD8b:
|
- 5’-GGCGTCGTGGTGGGC
- 5’-TGGCCGCGCAGCTG
|
55
|
hIL-6:
|
- 5’-TGTACAGGAACAGGAATCCTCAGA
- 5’- ATGTAGCCGCCCCACACA
|
58
|
|
hCD19:
|
- 5’-CTTGTTGGTTTGCACCTTTATGTATG
- 5’-CTCACCCCCATGGAAGTCAG
|
60
|
hIL-10:
|
- 5’-CCAGTGCCTCTTTGCTGCTT
- 5’-GAGAACCAAGACCCAGACATCAA
|
59
|
|
hCD11c:
|
- 5’-CTTGAGGCACTGCAGCACAG
- 5’-AATTCAGGCGCACGTCAAA
|
56
|
hIL-10Ra:
|
- 5’-CCACGGCCTTGCTCTTGTT
- 5’-CCGAGAGTATGAGATTGCCATTC
|
60
|
|
hCD25:
|
- 5’-ATCCCTACGGGCCCCATAT
- 5’-GGGACTGCTCACGTTCATCA
|
59
|
hIL-10Rb:
|
- 5’-CAGATGGTTTCACCTGGACACA
- 5’-TGGGAGTCACCTGCTTTTGC
|
59
|
|
hCTLA-4:
|
- 5’-TTCAACATGGTTCCTTCCTTGTAG
- 5’-TTCTTCTCTTCATCCCTGTCTTCT
|
61
|
hIFN-b1:
|
- 5’-TCCGTCAAGGTAGTATTCATGCA
- 5’-CAGCAATTTTCAGTGTCAGAAGCT
|
60
|
|
hGITR:
|
- 5’-GAGATGCATACTCACACACAAAGCT
- 5’-TGTGTCCAGCCTGAATTCCA
|
59
|
hIFN-a2:
|
- 5’-GGCGTCCTCCTTCTGGAACT
- 5’-CAGGAGGAGTTTGGCAACCA
|
60
|
|
hICAM-1:
|
- 5’-CCGAGGCACAGTCGATACACT
- 5’CCCTGATGGGCAGTCAACA
|
60
|
hIFNγ:
|
- 5’-AGCAGCAGATGAGTCCTTTGTG
- 5’-ATGTAGCGGATAATGGAACTC
|
53
|
|
hP-Selectin:
|
- 5’-GCAGCGTAGGGTAAGGTTCTTG
- 5’-CTGGAACCCCTGAGTCTACCAC
|
63
|
hIFNγ-R1:
|
- 5’-GACATTCAAGTCAGTTACC
- 5’-TCGATTATGATCCCGAAACTACCT
|
59
|
|
hb-actin:
|
- 5’-GTCTGTATCTCCATAGCTGCTGAATC
- 5’-CACGGCATCGTCACCAACT
|
58
|
hTGF-b1:
|
- 5’-GGAATCGCTAACTGGCACTGA
- 5’-CGAGCCTGAGGCCGACTAC
|
62
|
|
h5’G3PDH:
|
- 5’-AGCCACACGCAGCTCATTG
- 5’-CCATCAATGACCCCTTCATTG
|
58
|
hTGF-bR1:
|
- 5’-CGGAGCTCTGATGTGTTGAAGA
- 5’-TGACAACGTCAGGTTCTGGCT
|
57
|
|
5’-CTTGACGGTGCCATGGAATT
|
|
hTGF-bR2:
|
- 5’-AATCGACCTTTGCCAATGCT
- 5’-GCTGCTTCTCCAAAGTCATT
|
58
|
|
|
|
hGCSF:
|
- 5’-AACAAGTCAGGATTGCTGGTGTT
- 5’-AGAGCCCCATGAAGCTGATG
|
60
|
|
|
|
hG-CSFR:
|
- 5’-ATCTTCCTCACTTGCTCTAAGCACT
- 5’-GACTGGACACATGGTGGCG
|
59
|
|
|
|
|
5’-TAACCTTGGATCCGTCCGC
|
|
Analyse immunohistochimique
Les biopsies de foie sont congelées dans un cryo-conservateur :
l’OCT compound (Miles- Elkhart, USA), et sont stockées à
-80 °C. Les coupes sériées de 5 μm sont réalisées au
cryostat sur des lames préalablement gélatinées, sont séchées à
température ambiante pendant 3 à 4h puis fixées à l’acétone froide
pendant 10 min avant leur utilisation. Les marquages
immunohistochimiques sont réalisés en utilisant le kit DAKO
LSAB® de 2e génération (Dako®,
USA). Après blocage des peroxydases endogènes pendant 2 minutes
avec de l’H2O2 à 0,1 % et saturation par du
SVF 3 % dans du TBS (Tris Buffer Saline) pendant 10 min, les
coupes sont incubées avec l’anticorps primaire dilué dans du TBS 2
% SVF pendant 30 minutes. Après trois lavages, l’anticorps
secondaire IgG lapin anti-souris biotynilé est ajouté pendant 15
minutes. Puis, une étape d’amplification est réalisée par l’ajout
de la streptavidine HRP (Horse Radish Peroxydase) pendant
10 min permettant la formation du complexe
biotine-streptavidine- HRP. L’étape de révélation de la péroxydase
se fait par l’ajout de l’AEC (3-amino-9-ethylcarbazole) pendant
3 min (temps variable), permettant ainsi la révélation d’un
chromogène rouge. Les coupes sont contre-colorées avec de
l’hemalun de Meyer (Merk, Allemagne) et soumises à un bain d’H2O
ammoniaquée (37 mM). Le montage des lames est réalisé
dans un milieu aqueux : le glycergel (DAKO, USA), et la lecture est
faite sous un microscope optique.
Résultats
Expression des transcrits spécifiques des Lymphocytes
Nous avons observé une augmentation significative (Rank sum
Mann-Whitney test : p < 0.05) de l’expression des gènes codant
CD4, CD8α et β et CD19 dans les groupes de patients avec cirrhose
et CHC, comparés au groupe de patients sans lésion hépatique («
chronique ». Il n’a pas été possible de mettre en évidence
d’amplification du marqueur CD11c spécifique des cellules
dendritiques, et ce dans aucune des biopsies analysées (figure 1A). Ainsi,
l’analyse comparative des CT montre une augmentation de
l’expression des marqueurs des lymphocytes T (CD4 et CD8) et des
lymphocytes B (CD19) proportionnellement à la sévérité de la
fibrose qui est déterminée par le score F/NI. Afin de valider les
résultats de façon indépendante, nous avons réalisé des migrations
électrophorétiques sur gel d’agarose des produits de chacune des
RT-PCR. Les résultats de la migration sont représentés dans la
figure 1B, pour
5 patients par groupe, montrant une augmentation de l’expression
des marqueurs de lymphocyte T et B dans les stades avancés de la
fibrose C.
Expression des transcrits spécifiques des cytokines
et de leurs récepteurs
Comparé au groupe de référence (« chronique »), nous avons observé
dans les cirrhoses et les CHC une augmentation significative (p
< 0.05) des gènes codant les cytokines : IL-5, Il-6, IL- 10,
IFN-β1, IFN-α2, TGF-β1 et le facteur de croissance G-CSF.
Les gènes codant les récepteurs tels que IL-2R (α, β et γ),
IL10-R (α et β), IFNγ-R1 et TGFβ-RII sont également surexprimés
dans la cirrhose et le CHC. Au contraire, aucune différence notable
n’a pu être mise en évidence entre les 3 groupes pour IL-2, IL-4,
IFNγ, TGFβ-RI et G-CSF-R (figure 2A).
Les résultats de la migration sur gel d’agarose pour
l’ensemble des RT-PCR sont visibles dans la figure 2B.
Expression des transcrits spécifiques des lymphocytes
T régulateurs dans les biopsies hépatiques
Un ensemble de marqueurs ont été analysés par Q-PCR afin de
caractériser les différentes sous-populations de lymphocytes T
régulateurs. Ces marqueurs sont plus ou moins spécifiques des
lymphocytes Treg (CD4, CD25, FoxP3, GITR…), des lymphocytes T
régulateurs Tr1 (CD4, T1ST2, CCR5, CD18, CD49b), des molécules de
co-stimulation (CTLA-4) et des molécules d’adhésion (ICAM1,
P-selectin) (figure 1A
et 1B). Nous avons observé pour l’ensemble de ces marqueurs
une augmentation de leur expression proportionnellement à
l’aggravation de la fibrose hépatique. Ainsi, ces résultats
suggèrent l’existence intra-hépatique de Treg, mais aussi de Tr1
dans les foies des patients aux stades avancés de la cirrhose et du
CHC. Ce résultat établit une corrélation importante entre la
prévalence des lymphocytes T régulateurs et le degré de la fibrose
hépatique. Pour tous ces gènes plus ou moins spécifiques, la
différence d’expression entre le groupe de référence (« chronique
») et le groupe « cirrhoses » ou le groupe « CHC », est
statistiquement significative (Rank sum Mann-Whitney test, p <
0.05).
Afin de corréler le recrutement des T régulateurs spécifiquement
à l’infection par le VHC, nous avons analysé l’expression des gènes
associés aux Treg et aux Tr1 (CD4, CD25, CD49b et CD18) à partir
d’ARN extraits de biopsies hépatiques de patients indépendants,
souffrant d’une cirrhose ou d’un CHC d’origine alcoolique. Comme le
montre la figure
3, nous n’avons pas observé de surexpression des marqueurs
des Treg, ni des Tr1 dans ces biopsies.
Analyse imuno-histochimique des marqueurs associés
aux Tr1
Afin de confirmer les résultats obtenus par PCR quantitative en
temps réel, nous avons recherché l’expression protéique des
marqueurs associés aux lymphocytes T régulateurs Tr1, en réalisant
des analyses immunohistochimiques sur les biopsies hépatiques
autologues. La figure 4 montre les
marquages immunohistochimiques réalisés sur des coupes de foies
congelées autologues, pour un patient représentatif de chaque
groupe (« chronique », « cirrhose » et « CHC »), utilisant un
anti-IL-10 (a, b, c), un anti-CD18 (e, f, g), un anti-CD49b (i, j,
k) et un anti-CD4 (m, n, o). Le contrôle de la spécificité des
marquages a été réalisé en omettant les anticorps secondaires (d,
h, l, p). Nous avons très clairement observé une intensification du
marquage pour l’ensemble des marqueurs, proportionnellement à la
gravité de la fibrose hépatique. Cependant, comme nous l’avons
précédemment observé dans les analyses d’expression génique par
Q-PCR, nous n’avons pas mis en évidence de différence significative
d’expression protéique du CD4, de l’IL-10, du CD18 ou du CD49b
entre les biopsies prélevées en phase cirrhotique et celles
prélevées au stade du CHC.
Caractérisation des lymphocytes T régulateurs
dans les biopsies hépatiques d’un patient suivi
à long terme dans l’évolution de sa fibrose
C
Nous avons recherché la présence de lymphocytes T régulateurs dans
les biopsies hépatiques prélevées de façon séquentielle (tout au
long de la progression de la fibrose C : de la chronicité jusqu’au
CHC en passant par la cirrhose) chez un patient infecté par un VHC
de génotype 1-b (figure
5). Nous avons observé une augmentation significative de
l’expression du marqueur CD19 dans les biopsies prélevées au cours
de la cirrhose et du CHC en comparaison aux premières biopsies
prélevées dans la phase chronique (sans lésion hépatique).
L’expression du CD8β, mais pas du CD8α est également augmentée dans
la cirrhose et le CHC. Cependant, l’observation majeure de cette
étude est l’augmentation significative de l’expression du CD4 au
cours du temps et proportionnellement à la sévérité de la récidive,
sans observer cependant d’augmentation de l’expression des gènes
codant l’IL-2 et l’IFNγ. Nous avons également confirmé dans la
cirrhose et le CHC, une augmentation de l’expression de l’IL-10, du
TGFβ et de leurs récepteurs respectifs IL-10 Rα, IL-10 Rβ et TGFβ
RII, mais pas de l’IL-4. Dans cette étude, l’augmentation
significative de l’expression des marqueurs associés aux
lymphocytes Treg (CD4, CD25, FoxP3, GITR, Pselectin, ICAM I ...) et
Tr1 (CCR5, T1ST2, CD18, CD49b…), permet de confirmer les résultats
précédemment obtenus dans l’étude réalisée sur la cohorte de
patients. Pour l’ensemble de ces gènes, la différence d’expression
observée est statistiquement significative (Rank sum Mann-Whitney
test, p < 0.05).
Discussion
Environ 20 % des patients infectés par le VHC développent une
cirrhose ou un carcinome hépatocellulaire consécutifs à l’absence
au cours de la phase aigue de l’infection virale, d’une réponse CD4
de type Th1 et CD8 cytotoxique efficace [8, 14]. Dans cette étude,
nous avons analysé l’expression de gènes phénotypiques et
fonctionnels associés aux lymphocytes T, à partir d’ARN extraits de
biopsies hépatiques d’une cohorte de patients chroniquement
infectés par un VHC de génotype 1-b qui présentaient des lésions
plus ou moins avancées de fibrose hépatique. Dans un premier temps,
nous avons montré une augmentation significative de l’expression du
gène CD8α et β dans les groupes de patients avec cirrhose et CHC.
Ces résultats sont en corrélation avec les travaux de Leroy et
al, qui ont montré par des approches similaires de Q-PCR et
d’analyse immunohistochimique, une augmentation significative de
l’expression génique et protéique du CD8β [15]. Ces résultats
suggèrent qu’au cours de l’infection chronique par le VHC, les
cellules T CD8 sont maintenues au niveau intra-hépatiques mais sont
immunosupprimées, et probablement par un mécanisme médié par les T
CD4 [16]. D’autre part, comme il a déjà été décrit, ces cellules
CD8 jouent également un rôle important en tant qu’effecteur des
lésions hépatiques [17].
Nous avons également mis en évidence une augmentation
intra-hépatique de l’expression des lymphocytes B,
préférentiellement dans les cirrhoses et les CHC, confirmant les
données de la littérature concernant la fréquence des lymphomes B
associé à l’infection chronique par le VHC. En effet, une étude a
montré que la fréquence des cellules B était plus importante dans
les PBMCs périphériques des patients avec une fibrose hépatique
sévère, comparée aux donneurs sains ou aux patients répondeurs au
traitement et qui ont éradiqué le virus [18].
Notre observation majeure est l’augmentation significative de
l’expression du CD4 au cours du temps et proportionnellement à la
sévérité de la fibrose hépatique. Cependant, nous n’avons pas
observé de variation pour l’expression des cytokines effectrices
IFNγ et IL-2, écartant une association entre l’augmentation de
l’expression du CD4 et une réponse immune effectrice de type Th1.
Par ailleurs, l’absence de surexpression de l’IL-4 suggère que les
cellules T CD4 de type Th2 sont également à écarter [19].
Les lymphocytes T régulateurs sont un autre type de T CD4
présentant des propriétés immunosuppressives et un profil
cytokinique distinct des cellules Th1 et Th2. On distingue parmi
eux, les Tr1 qui sécrètent un taux élevé d’IL-10 et peu de TGFβ,
les cellules Th3 qui sécrètent essentiellement du TGFβ et les
cellules Treg qui suppriment la réponse immune par contact
cellulaire [10]. Bien que les taux d’IL-10 et de TGFβ produit in
vitro ne semblent pas significativement plus élevés que ceux
produit par les cellules Th2, ce qui semble important soit que les
Tr1 produisent ces cytokines en absence d’IL-2 ou d’IL-4 [9].
Ainsi, dans cette étude, la production d’IL-10 et de TGFβ en
l’absence d’IL-2 et d’IL-4 suggère que les Tr1 pourraient en effet
jouer un rôle dans les cirrhoses et les CHC. Bien que les cellules
dendritiques du foie soient également capables de sécréter de
l’IL-10 [20], l’absence d’expression du CD11c est en faveur d’une
production de cette cytokine immunosuppressive exclusivement par
les Tr1. L’absence d’expression du CD11c dans toutes les biopsies
hépatiques pourrait s’expliquer par le rôle joué à la fois par la
protéine d’encapsidation (Core) et la protéine non structurale
(NS3) du VHC, qui sont connues pour induire l’activation
monocytaire et l’inhibition de la différentiation des cellules
dendritiques [21]. Par ailleurs, les résultats obtenus pour les
marqueurs associés aux Tr1, tels que CCR5, T1ST2 et plus récemment
le CD18 (Intégrine β2) et le CD49b (Intégrine α2) [22], confirment
la présence des Tr1 en particulier dans les cirrhoses et les CHC.
Cependant, bien que nous ayons identifié les marqueurs associés au
Tr1 dans les foies fibrotiques, nous ne pouvons exclure la présence
d’autres populations régulatrices telle que les Treg. Contrairement
au Tr1, cette sous-population est capable d’inhiber la production
d’IL-2, non pas par des mécanismes de sécrétion cytokinique, mais
par contact cellule-cellule et expression d’une molécule de
co-stimulation inhibitrice CTLA-4 [23]. Dans ce sens, nous avons
observé une augmentation significative de l’expression du CTLA-4
intrahépatique dans les stades avancés de la fibrose C.
Ces dernières années, de nombreuses études ont permis de
proposer des marqueurs plus ou moins spécifiques des Treg, tels que
GITR [24], ICAM-I et P-sélectine [25] et plus récemment le facteur
de transcription Fox-P3 [26]. Dans notre étude, nous montrons
clairement une augmentation de l’ensemble des marqueurs associés
aux Treg en particulier dans les stades de la cirrhose et du CHC.
En outre, l’ensemble de ces analyses a également été reproduit sur
les biopsies séquentielles d’un patient suivi sur une vingtaine
d’années, confirmant une augmentation de l’expression des molécules
associées à l’immunosuppression et aux lymphocytes T régulateurs
(Tr1 et Treg) en fonction de l’aggravation de la pathologie virale
hépatique. Ces résultats suggèrent qu’il y ait une présence
concomitante de deux populations régulatrices au sein de la fibrose
hépatique, pouvant interagir l’une avec l’autre et pourquoi pas
jouer un rôle synergique dans la progression de la fibrose C.
De plus, l’absence d’augmentation des marqueurs spécifiques
des Tr1 ou des CD4+CD25 dans les biopsies hépatiques de patients
non infectés par le VHC (ni par le VHB) présentant des cirrhoses ou
des CHC d’origine alcoolique, suggère que le recrutement
intra-hépatique des T régulateurs soit spécifique de l’infection
par le VHC.
L’ensemble de ces données suggère que les lymphocytes T
régulateurs sont impliqués dans le statut de chronicité de la
maladie et surtout qu’ils sont capables de moduler la réponse
immunitaire cellulaire favorisant l’évolution de la pathologie vers
le CHC. Il semble important maintenant d’identifier
spécifiquement ces populations régulatrices au sein du foie, en les
isolant et en les clonant afin d’analyser leur capacité
immunosuppressive et leur spécificité antigénique. L’implication de
sous-population de T CD4+ régulateurs dans la persistance virale et
dans la progression de la pathologie pourrait avoir des retombées
significatives et permettre le développement de nouvelles cibles
thérapeutiques.
Remerciements
Nous remercions la Ligue régionale contre le cancer (Comité du
Nord) et le Groupement des entreprises GEFLUC, pour leur soutien
financier. Nous remercions le CNRS, l’Institut Pasteur de Lille et
l’université de Lille-II pour leur soutien financier et logistique.
Nous tenons également à remercier Jean-Luc Lagneau de l’hôpital
Necker pour sa disponibilité.
Et enfin, nous sommes reconnaissants aux patients qui en entrant
dans cette étude permettent de faire avancer la science.
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