ARTICLE
Auteur(s) : Moïse Namer, Elisabeth Luporsi, Joseph
Gligorov, François Lokiec, Marc Spielmann
Article reçu le 26 Mars 2008, accepté le 10 Juin 2008
Président :
– Pr Moïse Namer (oncologue, président de APREMAS et président
de la « Commission Patients » du centre
Antoine-Lacassagne, Nice, France)
Membres :
- – Dr Elisabeth Luporsi (oncologue, responsable de
l’unité de recherche clinique et de biostatistiques du centre
Alexis-Vautrin, Nancy, France)
- – Dr Joseph Gligorov (oncologue, université Paris-VI,
AP–HP, Tenon, Paris, France)
- – Dr François Lokiec (pharmacologue, chef du service de
pharmacologie du centre René-Huguenin, Saint-Cloud, France)
- – Dr Marc Spielmann (oncologue, institut Gustave-Roussy,
Villejuif, France)
Introduction
Le cancer du sein est la pathologie maligne la plus fréquente de la
femme en occident [1] comme en France où il a causé 11 000 décès,
en 2005, [2]. Touchant près d’une femme sur dix, essentiellement
après la ménopause, la population concernée est extrêmement
sensible aux progrès thérapeutiques, diagnostiques mais également
épidémiologiques permettant d’apporter une optimisation de la
prévention et de la prise en charge [3].
En ce qui concerne les facteurs de risque, il est maintenant
clairement établi qu’une minorité de cancers liés à une forme
héréditaire familiale survient le plus souvent à un âge plus
jeune ; l’un des principaux facteurs de risque restant, par
ailleurs, les estrogènes [4].
L’augmentation progressive de l’incidence du cancer du sein dans
les pays occidentaux est avant tout à rattacher au vieillissement
de la population et à l’imprégnation estrogénique, exogène ou
endogène [5]. Dans ces différents contextes d’imprégnations
hormonales, les liens de cause à effet ont souvent été étudiés et
n’apparaissent pas liés à une surmortalité par cancer du sein,
notamment en ce qui concerne le traitement hormonal substitutif
[6].
Les données épidémiologiques récentes, aux Etats-Unis, montrent
que l’incidence du cancer du sein est restée stable chez la femme
jeune et a diminué, en 2003 et 2004, chez les femmes de plus de
50 ans, sans qu’aucune explication évidente ne puisse encore
être avancée. L’hypothèse principale qui pourrait expliquer cette
diminution d’incidence serait la moindre fréquence d’administration
des traitements hormonaux substitutifs à la ménopause, mais
d’autres hypothèses sont encore à l’étude [7].
Depuis plusieurs années, de nombreux articles de la presse grand
public se font l’écho d’une théorie physiopathologique qui
incrimine l’utilisation des antitranspirants à base de parabènes
(alors que ces produits n’en contiennent généralement pas) et
d’aluminium comme facteurs augmentant le risque de survenue d’un
cancer du sein [8, 9]. L’angoisse générée par ces spéculations
scientifiques amène régulièrement de nombreuses patientes et femmes
à poser à leur médecin la question de l’innocuité d’utilisation de
ces produits. Le médecin se devant d’être le relais de
l’information fondée sur des preuves et non pas de suivre la
pression médiatique, il importait donc de faire le point sur les
réponses à apporter après analyse de la littérature scientifique
consacrée au sujet.
À cette fin, sur une période de 6 mois, cinq experts se
sont réunis et présentent, à la suite, les résultats de leurs
travaux.
Méthode
La méthode d’élaboration des conclusions sur l’utilisation des
déodorants/antistranspirants repose sur l’analyse des données de la
littérature et l’expertise de cliniciens prenant en charge des
patientes atteintes de cancer du sein.
- – Formulation des questions par les experts au cours
d’une réunion :
- ○ existe-t-il des arguments biologiques ou expérimentaux
pour un éventuel rapport entre utilisation de
déodorants/antitranspirants et cancer du sein ?
- ○ L’utilisation des déodorants/antitranspirants a-t-elle
une incidence sur l’augmentation du risque de cancer du
sein ?
- ○ Un lien de causalité entre utilisation de
déodorants/antitranspirants et cancer du sein peut-il être
retenu ?
- – Recherche des données : les données scientifiques
ont été recherchées de façon systématique dans la base
PubMed® à l’aide d’équations de recherche standardisées
(tableau 1). Par ailleurs, le centre de
recherche d’un des principaux fabricants d’antitranspirants a
fourni, à la demande des experts, certaines données biologiques,
chimiques et biochimiques complémentaires concernant ces
produits ;
- – sélection des données : les méta-analyses et les
essais randomisés ont été retenus en priorité par les
experts ;
- – analyse et synthèse méthodique des données par les
cliniciens au cours de trois réunions plénières. Une veille des
données scientifiques a été mise en œuvre ;
- – rédaction de l’argumentaire par les cliniciens. Les
données sont gradées et accompagnées de niveaux de preuve de la
littérature (tableau 2) ;
- – publication d’un rapport sur les conclusions du comité
d’expert.
Constat
Partant du constat d’une haute incidence de cancer du sein dans le
quadrant supéro-externe, proche de la surface habituelle
d’application des déodorants et/ou antitranspirants, et d’une
utilisation de plus en plus fréquente de déodorants et
d’antitranspirants [12], plusieurs équipes scientifiques ont
cherché à établir un lien possible entre antitranspirants et cancer
du sein, en évoquant le rôle possible des parabènes (esters d’acide
parahydroxybenzoïque) et des sels d’aluminium.
Les parabènes, notamment, sont évoqués du fait de leur possible
rôle estrogénique in vitro pour la croissance des cellules (MCF7 et
ZR-75-1).
Les sels d’aluminium sont, quant à eux, évoqués par certains
auteurs comme métallo-estrogènes potentiels, alors que cette
hypothèse n’est pas vérifiée, et que, même si elle l’était, la
possibilité d’une fixation des sels d’aluminium sur les récepteurs
estrogéniques de la peau n’est, en aucun cas, reliée à un potentiel
passage transcutané. Car, il existe, certes, une absorption par la
peau mais elle est lente ; et le lien entre rasage (électrique
ou non) et pénétration cutanée a également été évoqué dans la
littérature.
Tableau 1 Méthode de recherche des données
bibliographiques
|
Équations de recherche (pas de critère limitant dans le temps)
|
|
■ Nombre d’articles obtenus avec les mots clés suivants sur
Pubmed
|
|
• breast cancer and risk factors = 11 460
|
|
• breast cancer and risk factors and aluminium = 3
|
|
• breast cancer and risk factors and parabens = 1
|
|
• breast cancer and aluminium = 52
|
|
• breast cancer and aluminium salts = 3
|
|
• breast cancer and parabens = 22
|
|
ARRAY(0x2e8b94)
|
|
Nombre d’articles passés en revue : 59
|
|
ARRAY(0x2e9594)
|
|
Nombre d’articles sélectionnés pour lecture et/ou analyse
approfondies
|
|
■ 19 articles sélectionnés par le groupe de réflexion sur
l’ensemble de la littérature disponible
|
|
■ 8 non retenus après lecture et/ou analyse approfondies
|
|
ARRAY(0x2e9de8)
|
|
Grille d’évaluation des articles sélectionnés (tableau 3),
indiquant
|
|
■ le titre et le type de l’étude
|
|
■ son niveau de preuve
|
|
■ son grade
|
|
■ la conclusion et les remarques du groupe d’experts
|
|
ARRAY(0x2eb4f8)
|
|
Références complémentaires [10, 11] concernant les positions
|
|
■ de l’Afssaps en France
|
|
■ de la FDA et du NCI aux Etats-Unis
|
Tableau 2 Niveaux de preuve et grades des
recommandations d’après l’Anaes 2000
|
Niveau de preuve scientifique fourni par la littérature
|
Grade des recommandations
|
|
Niveau 1
|
Grade A
|
|
Essais comparatifs randomisés de forte puissance
|
Preuve scientifique établie
|
|
Méta-analyse d’essais comparatifs randomisés
|
|
Analyse de décision basée sur des études bien menées
|
|
ARRAY(0x2f02b0)
|
|
|
Niveau 2
|
Grade B
|
|
Essais comparatifs randomisés de faible puissance
|
Présomption scientifique
|
|
Etudes comparatives non randomisées bien menées
|
|
Etudes de cohorte
|
|
ARRAY(0x2f1840)
|
|
|
Niveau 3
|
Grade C
|
|
Études cas témoins
|
Faible niveau de preuve scientifique
|
|
Essais comparatifs avec série historique
|
|
ARRAY(0x2f2118)
|
|
|
Niveau 4
|
|
|
Etudes comparatives comportant des biais importants
|
|
|
Etudes rétrospectives
|
|
|
Séries de cas
|
|
|
Etudes épidémiologiques descriptives (transversale,
longitudinale)
|
|
Définition des déodorants et des antitranspirants
- – L’antitranspirant à base de sels d’aluminium lutte
contre le flux de transpiration et la dégradation de la sueur
(bactéries) [12, 13] ;
- – le déodorant à base de bactéricides (éthanol,
triclosan…) lutte contre les mauvaises odeurs [13] ;
- – les parabènes ne sont généralement pas présents dans
les déodorants/antitranspirants. Cela s’explique par le fait que
les déodorants/antitranspirants, en tant que bactéricides, sont
autoconservateurs et ne nécessitent donc pas l’ajout de
conservateurs comme les parabènes.
Articles retenus et niveaux de preuve
Articles sélectionnés : 59 études issues de la recherche
bibliographique ont été passées en revue et 19 articles ont été
analysés de façon approfondie.
Parmi ces 19 articles, plusieurs types et méthodes d’études sont
représentés :
- – 1 cas témoins ;
- – 2 rétrospectives ;
- – 1 rapport de cas ;
- – 3 biologiques ;
- – 5 expérimentales ;
- – 7 articles de revues générales.
Compte tenu du fait que les parabènes ne sont généralement pas
présents dans les déodorants/antitranspirants, les membres du
groupe de réflexion ont souhaité que leur rapport porte uniquement
sur la question des sels d’aluminium et n’ont finalement pas retenu
les articles concernant les parabènes.
Au total, 8 articles n’ont pas été retenus parmi les 19
sélectionnés après lecture approfondie, soit parce qu’ils ne
permettaient pas de répondre à l’une des 3 questions posées par les
experts, soit parce qu’ils ne concernaient pas l’aluminium.
Analyse, interprétation et discussion
Réponses de la littérature aux questions posées par les
experts
Parmi les données sélectionnées par les auteurs, il n’existe aucune
étude prospective, et les études rétrospectives, ne portant parfois
que sur un ou quelques cas témoins, sont peu nombreuses (tableau 3).
Ne seront pas développés les articles jugés non retenus après
analyse approfondie (8 études), figurant dans le tableau 3 des 19 articles initialement
sélectionnés.
Qu’en est-il du rôle des parabènes ?
L’hypothèse du rôle joué localement par les parabènes dans
l’augmentation du risque du cancer du sein n’est pas d’actualité et
les articles relatifs à cette question n’ont pas été retenus par
les experts après lecture et/ou analyse approfondie (tableau 3). En effet, les parabènes ne sont
généralement pas présents dans les déodorants/antitranspirants
disponibles sur le marché : la question d’un lien éventuel
entre la survenue de cancer du sein et la présence de parabènes
dans les déodorants/antitranspirants ne se pose donc pas dans le
cadre de l’analyse menée, ici, par le groupe de réflexion.
Tableau 3 Dix-neuf articles sélectionnés par le groupe
de réflexion sur l’ensemble de la littérature disponible
|
Méthodologie
|
Etude
|
Conclusion/remarques
|
Niveau
|
Grade
|
|
Cas témoin
|
- Epidémiologique
- n = 1 606
|
[14]
|
- Absence de lien entre utilisation d’antitranspirants et cancer
du sein
- Seule étude construite avec un groupe témoin
|
3
|
B
|
|
Rétrospectives
|
- Etude de cohorte : femmes ayant survécu à un cancer du
sein
- n = 437
|
[8]
|
- En faveur d’un lien entre utilisation de
déodorants/antitranspirants et cancer du sein
- Biais : absence de bras témoin
- Constat : les femmes plus jeunes utilisent plus de
déodorants/antitranspirants
|
4
|
C
|
- Etude de cohorte : femmes porteuses d’un implant
mammaire
- n = 3486
|
[15]
|
- Non retenue*, ne contient pas de données sur
l’aluminium
- L’étude conclut à un risque de cancer du poumon augmenté chez
les femmes porteuses d’un implant mammaire
- Biais : plus grand nombre de fumeuses dans cette
population, absence de bras témoin
|
|
|
|
Rapport de cas
|
- Etude d’un cas isolé
- n = 1
|
[16]
|
- Suspicion de passage transcutané de l’aluminium sans aucune
preuve de son origine
- Pas de lien évoqué entre la présence d’aluminium et le cancer
du sein
- Constat : à l’arrêt de l’utilisation d’antitranspirants,
le taux d’aluminium dans le sang et les urines décroît
- Etude de pénétration transcutanée de l’aluminium réalisée pour
l’Afssaps par le même auteur
|
4
|
C
|
|
Biologiques
|
- Etude de pénétration transcutanée
- n = 2
|
[17]
|
- L’étude montre le passage dans le sang dans le cas d’une
application d’une forte dose d’aluminium sous occlusion
- Biais : posologie hors conditions d’utilisation
habituelles, autres sources potentielles d’aluminium
|
|
|
- Etude par chromatographie et spectrométrie sur échantillons de
tumeurs humaines de cancer du sein
- n = 20
|
[18]
|
- Non retenue*, ne contient pas de données sur
l’aluminium, relative aux parabènes
- Démonstration que les parabènes peuvent être retrouvés intacts
dans le tissu mammaire humain
|
|
|
|
Technique de prélèvement par ruban adhésif
|
[19]
|
Non retenue*, étudie le site d’action de trois sels
d’aluminium utilisés dans les antitranspirants
|
|
|
|
Expérimentales
|
|
Etude sur échantillons de cellules humaines de cancer du sein
|
[9]
|
- Eventuelle interférence entre aluminium et récepteurs
estrogéniques des cellules MCF7
- Pas de lien de causalité avec les
déodorants/antitranspirants
|
|
|
|
Etude chez la souris et le rat
|
[20]
|
- Non retenue*, concerne une éventuelle action
antitumorale des sels métalliques
- Tests de doses de sels métalliques afin d’évaluer leur activité
antitumorale sur différentes tumeurs solides.
|
|
|
|
Etude sur la lignée cellulaire humaine tumorale mammaire MCF7
|
[21]
|
- Non retenue*, ne contient pas de données sur
l’aluminium
- Traitement des cellules par différents métaux n’incluant pas
l’aluminium.
|
|
|
- Etude comparative chez la souris
- n = 600
|
[22]
|
- Non retenue*, concerne l’absorption de l’aluminium
par voie orale
- Etude du potentiel tumoral du potassium sulfate d’aluminium
ajouté à la nourriture des souris
- Mise en perspective par rapport à l’article de Pennington et
Schoen chez la souris [29]
|
|
|
- Etude chez la souris et le rat
- n = 334
|
[23]
|
- Non retenue*, concerne l’absorption de métaux par
voie orale
- Etudie les conséquences de l’introduction d’aluminium, baryum,
béryllium et tungstène dans l’eau de boisson des rats
|
|
|
|
Revues générales
|
|
[24]
|
- En faveur d’un lien entre utilisation de
déodorants/antitranspirants et cancer du sein
- Absence de preuve scientifique
|
4
|
C
|
|
[25]
|
- Aucune analyse ou preuve scientifique sur l’effet de
l’aluminium ; celui-ci est seulement évoqué en conclusion
- Analyse d’articles portant sur l’effet de différents
métaux
|
4
|
C
|
|
[26]
|
- Absence d’arguments en faveur d’une pénétration et accumulation
dans le tissu mammaire de sels d’aluminium in vivo
- L’article de Mirick et al. est référencé [14]
|
4
|
B
|
|
[27]
|
- Traite le sujet du traitement local de l’hyperhidrose et des
antitranspirants
- Constat : n’apporte pas d’élément nouveau
|
4
|
C
|
|
[28]
|
- Mécanisme d’action des antitranspirants et sels
d’aluminium
- Constat : n’apporte pas d’élément nouveau
|
4
|
C
|
|
[29]
|
Concerne l’absorption orale d’aluminium et les effets du passage de
l’aluminium dans la circulation générale
|
4
|
C
|
|
[30]
|
- Non retenu*, relatif aux parabènes
- Etudie le lien entre parabènes, effets estrogéniques et cancer
du sein
- Article complémentaire de celui de Darbre et al., 2004
[18]
|
|
|
*Article (ou étude) initialement sélectionné(e) mais non
retenu(e) après analyse, car ne répondant pas à l’une des 3
questions posées ou ne contenant aucune donnée sur l’aluminium.
Que penser du niveau de preuve des études
sélectionnées ?
Le niveau de preuve de ces études est globalement faible
puisqu’elles sont toutes de niveau 4, mise à part l’étude de Mirick
et al., la seule à pouvoir prétendre à un niveau 3 [14]. Elles
exposent, le plus souvent, des hypothèses non vérifiées portant sur
le rôle joué par les parabènes et/ou les sels d’aluminium,
composants traditionnels des déodorants/antitranspirants. Aucune ne
prend en compte les facteurs confondants, facteurs de risque
actuellement connus de cancer du sein, ainsi que les éléments
biologiques déterminants tels que les récepteurs hormonaux.
Globalement, les méthodologies de ces études ne permettent pas
de mettre en évidence un facteur de risque et leurs résultats sont
contradictoires. Seule rigoureuse sur le plan méthodologique,
l’étude cas témoin de Mirick et al., portant sur 813 patients et
793 sujets témoins, n’apporte aucun élément concluant en faveur
d’une augmentation du risque liée à l’utilisation
d’antitranspirants et de déodorants [14]. A eux seuls, les
résultats de cette étude renforcent donc l’absence de preuve.
Existe-t-il des arguments en faveur d’une éventuelle
augmentation du risque de cancer du sein chez les femmes utilisant
des déodorants/antitranspirants ?
Plusieurs études ont tenté d’apporter une réponse à cette question.
En 2003, l’étude rétrospective de McGrath (niveau 4, grade C)
[8] a inclus 437 femmes ayant survécu à un cancer du sein,
réparties en 4 groupes selon la fréquence d’utilisation des
déodorants/antitranspirants et des pratiques de rasage. L’âge du
diagnostic du cancer est apparu inférieur à 22 ans chez les
plus grandes utilisatrices de déodorants (au moins 2 fois par
semaine) et celles qui se rasaient le plus souvent (au moins 3 fois
par semaine). L’absence de bras témoin, avec des femmes en bonne
santé, constitue un biais important qui empêche d’apporter avec
certitude, une réponse affirmative à la question initiale, surtout
sans analyse des autres facteurs de risque du cancer du sein. La
seule affirmation vérifiée par l’étude est que les femmes plus
jeunes utilisent plus de déodorants.
A l’inverse, l’étude de Mirick et al., publiée en 2002, par le
Journal of the National Cancer Institute [14], est une étude cas
témoin (niveau 3, grade B) rigoureuse sur le plan méthodologique.
Une large population de 1 600 femmes (813 cancers du sein, 793
témoins indemnes) a été incluse, parmi laquelle 90 % des
sujets utilisaient des antitranspirants. Aucune des habitudes
étudiées (usage régulier d’antitranspirant ou de déodorant,
utilisation de ces produits associés au rasage des aisselles avec
un rasoir à lame, application de ces produits dans l’heure suivant
le rasage) n’a eu d’influence sur le risque de cancer du sein (odds
ratio [OR] : 0,9 [0,7 à 1,1], p = 0,23, usage
régulier d’antitranspirant ; OR : 1,2 [0,9 à 1,5],
p = 0,19, usage régulier de déodorant ; OR :
0,9 [0,7 à 1,1], p = 0,40, antitranspirant appliqué moins
d’une heure après rasage ; OR : 1,2 [0,9 à 1,5],
p = 0,16, déodorant appliqué moins d’une heure après
rasage). Les résultats de cette seule étude menée avec rigueur sur
le plan méthodologique vont donc à l’encontre de l’hypothèse d’un
lien entre utilisation d’antitranspirants et cancer du sein.
Peut-on établir un lien de causalité entre l’utilisation de
déodorants/antitranspirants et la survenue du cancer du
sein ?
A partir du constat d’une haute incidence de cancer du sein dans le
quadrant supéro-externe (proche de la surface habituelle
d’application des déodorants/antitranspirants [12]) de la toxicité
connue de l’aluminium et de sa présence dans ces produits
d’hygiène, Darbre a réalisé une étude expérimentale (niveau 4,
grade C) afin d’étudier un lien possible entre aluminium et cancer
du sein [9]. Cette étude biologique, en faveur du risque publiée en
2005, a été réalisée sur des lignées cellulaires humaines MCF7 de
cancer du sein. Elle n’a mis en évidence aucun lien de causalité
entre déodorant/antitranspirant et cancer du sein, mais a
simplement montré un mécanisme d’interférence entre l’aluminium et
les récepteurs estrogènes des cellules MCF7.
L’auteur a donc ajouté les sels d’aluminium à la liste des
métallo-estrogènes, ions métalliques interférant avec l’action des
estrogènes. Or, l’hypothèse selon laquelle les sels d’aluminium
seraient des métallo-estrogènes n’est pas vérifiée. De plus, à
l’inverse de ce que tente de montrer Darbre, il est établi que le
lien des sels d’aluminium avec les récepteurs estrogéniques, sans
induction subséquente de prolifération cellulaire, est une
propriété des antagonistes des récepteurs estrogéniques, comme en
témoigne le grand succès de produits comme le tamoxifène dans le
traitement du cancer du sein.
Par ailleurs, il aurait été intéressant d’étudier, au cours de
ce travail, l’effet potentiel de l’aluminium sur d’autres tissus
que le sein ainsi que le rôle possible d’autres facteurs de risque
du cancer du sein, ce que l’auteur n’a pas fait. Enfin, il est
important de noter que les notions de récepteurs hormonaux tumoraux
et d’utilisation d’antitranspirants sont absentes de l’étude.
En 2006, les résultats d’une nouvelle étude menée par Darbre ont
montré le rôle fonctionnel des interactions combinées de
métallo-estrogènes présents dans notre environnement (aluminium des
produits cosmétiques, cadmium de l’alimentation et du tabac…) avec
les estrogènes environnementaux, les estrogènes pharmacologiques,
les phyto-estrogènes et les estrogènes physiologiques dans
l’incidence du cancer de sein [25]. Ce dernier travail serait donc
en faveur d’une multiplicité de risques plutôt que d’un éventuel
risque unique en rapport avec l’aluminium des produits
d’hygiène.
Deux autres études, parmi les 19 études sélectionnées, étudient
la pénétration cutanée de l’aluminium sans renseigner le lien
supposé entre aluminium et cancer du sein [9, 16].
La première, publiée par Flarend et al. en 2001, est une étude
expérimentale de pénétration transcutanée (niveau 4, grade B) qui a
montré le passage dans le sang d’une forte concentration
d’aluminium à partir d’une dose élevée appliquée de façon occlusive
sous les bras d’un homme et d’une femme, conditions qui diffèrent
de celle d’une application standard de déodorant/antitranspirant
[17]. Cette étude a aussi rappelé qu’il existe d’autres sources
potentielles d’absorption de l’aluminium, en particulier
alimentaires.
La seconde, publiée par Guillard et al. en 2004, (niveau 4,
grade C) a montré un probable passage transcutané d’aluminium dans
le sang [16]. Les circonstances de l’étude et l’absence
d’exposition évidente du sujet en dehors d’une application répétée
de déodorant/antitranspirant pendant 4 ans suggèrent que ce
dernier produit a pu être la source principale d’aluminium alors
qu’il existe bien d’autres sources non évoquées ici. Il ne s’agit
cependant que d’une étude portant sur un sujet cas témoin unique.
Dans ces deux études, aucun lien n’est évoqué entre la présence
d’aluminium dans le sang et les urines, et le cancer du sein.
Qu’en est-il du rôle de l’aluminium ?
L’hypothèse du rôle joué localement par les sels d’aluminium dans
l’augmentation du risque de cancer du sein ainsi qu’un éventuel
lien de causalité ne sont confirmés par aucune étude.
Concernant une éventuelle action des sels d’aluminium par voie
générale, seule l’étude de Guillard et al. tend à montrer un
passage systémique très lent, mais il s’agit, comme vu
précédemment, d’une étude sur un cas témoin unique dans des
conditions peu représentatives de la réalité (rasage 3 fois par
semaine) et peu rigoureuses d’un point de vue méthodologique [16].
Même si le nombre de sujets inclus reste limité et les conditions
opératoires peu optimales, les études de pénétration à travers la
peau des sels d’aluminium [16, 17], et plus particulièrement
l’évolution des concentrations sanguines de sels d’aluminium après
arrêt de l’utilisation des produits antitranspirants peuvent
interpeller mais ne constituent pas une preuve pour autant.
A l’heure actuelle, il n’y a donc aucune preuve scientifique en
faveur d’un lien de causalité entre utilisation des
déodorants/antitranspirants et risque de cancer du sein.
Les critères de causalité
Les neufs critères établis par Sir Austin Bradford Hill (tableau 4) constituent une méthode éprouvée pour
établir un lien de causalité entre un agent potentiel et une
maladie. Utilisés pour le tabagisme et le cancer du poumon, ces
critères peuvent aujourd’hui être appliqués au lien supposé de
causalité entre déodorants/antitranspirants et cancer du sein
[31-33].
La lecture de ces critères et l’analyse des articles
sélectionnés permettent de s’apercevoir que la totalité des
critères ne sont pas respectés pour la question qui nous
préoccupe.
Quelle que soit la méthode de réflexion utilisée, la conclusion
rejoint donc celle des autorités de santé française et
américaine.
Malgré une expertise approfondie de l’ensemble des données
disponibles par ces différentes autorités de santé, la nocivité de
l’aluminium présent dans les antitranspirants n’a pas été
confirmée, incitant ainsi les experts à se prononcer en faveur de
l’innocuité des produits cosmétiques contenant de l’aluminium [10,
13].
Tableau 4 Critères de Bradford Hill [31-33]
|
Critères de Bradford Hill
|
Hypothèse d’un lien de causalité entre
déodorants/antitranspirants et cancer du sein
|
|
1. Force de l’association. Plus forte est la relation entre
une variable indépendante et une variable dépendante, moins cette
relation a de chances d’être due à une autre variable
|
NON : La seule étude rigoureuse sur le plan méthodologique a
conclu à l’absence de lien entre utilisation d’antitranspirants et
cancer du sein [14]
|
|
2. Chronologie. La cause doit logiquement précéder l’effet
dans le temps
|
NON : L’augmentation des ventes des
déodorants/antitranspirants aux Etats-Unis à partir des années 1970
(Figure 1 [34, 35]) est contemporaine d’une stabilité de
l’incidence du cancer du sein chez les femmes de moins de
50 ans et d’un infléchissement de l’incidence chez les plus de
50 ans en 2003–2004 (Figure 2 [7])
|
|
3. Constance. L’observation de l’association de façon
répétitive par différentes personnes, en différents endroits, dans
différentes circonstances et à différentes époques augmente la
vraisemblance du lien de causalité
|
NON : 19 articles en rapport avec l’hypothèse initiale ont été
sélectionnés dans la banque de données Pubmed®. Seuls 11
ont été retenus après lecture ou analyse approfondie
|
|
4. Cohérence. L’association doit être compatible avec les
théories et les connaissances existantes
|
NON : Les recherches bibliographiques et l’analyse du groupe
d’experts n’ont pas permis d’identifier un substratum scientifique
permettant de valider certaines des hypothèses émises, ni même
d’entretenir un doute sur un quelconque effet toxique de
l’aluminium contenu dans les déodorants/antitranspirants
|
|
5. Vraisemblance théorique. Il est plus facile d’accepter un
lien de causalité quand il existe une base rationnelle et théorique
pour une telle conclusion.
|
NON : Le passage transcutané de l’aluminium n’a pas été établi
avec certitude et les sources d’aluminium ne se limitent pas aux
sels contenus dans les déodorants antitranspirants
|
|
6. Spécificité. Idéalement, l’effet a une seule cause
|
NON : les facteurs de risque actuellement reconnus du cancer
du sein sont multiples [36]
|
|
7. Relation dose–réponse. Il devrait y avoir une relation
directe entre le facteur de risque (variable indépendante) et le
statut de la population vis-à-vis de la maladie (variable
dépendante)
|
Non étudiée : la seule étude rigoureuse n’a pas établi
d’association entre l’utilisation de déodorants/antitranspirants et
le cancer du sein [14]
|
|
8. Preuve expérimentale. Toute recherche associée et fondée
sur des expérimentations rend le lien de causalité plus
probable
|
NON : Parmi les 5 études expérimentales initialement
sélectionnées, 4 n’ont pas été retenues après lecture ou analyse
approfondie [25, 26, 28, 30] ; la cinquième n’apporte pas
d’éléments en faveur d’un lien de causalité [9]
|
|
9. Analogie. Parfois, un phénomène communément accepté dans
un domaine peut être appliqué dans un autre domaine
|
Absence d’analogie évidente
|
Pertinence des hypothèses émises dans la littérature
La littérature, essayant d’associer l’utilisation des produits
déodorants/antitranspirants contenant des sels d’aluminium avec une
augmentation du risque de cancer du sein, est assez critiquable,
dans son ensemble, tant d’un point de vue méthodologique que d’un
point de vue scientifique.
Dans l’article de McGrath, deux courbes ont pour objectif de
montrer que, depuis 1940, l’évolution de l’incidence du cancer du
sein est parallèle à celle de la vente de produits antitranspirants
et déodorants (figure
1) [8]. Accorder foi à cette hypothèse serait négliger tous
les marchés en progression durant la même période : appareils
ménagers, automobiles, ordinateurs, voyages à l’étranger…
Des données épidémiologiques récentes viennent de plus
contredire cette hypothèse : malgré l’augmentation continue
des ventes de déodorants/antitranspirants des années 1970 à 2000,
l’incidence du cancer du sein est restée stable chez la femme
jeune, grande utilisatrice de ces produits. Chez la femme de plus
de 50 ans, cette incidence a décru de 8,6 % entre 2001 et
2004 (IC 95 % : 6,8–10,4) (figure 2) [7].
Si l’utilisation des déodorants/antitranspirants a certainement
été moins répandue chez les plus de 50 ans, certaines d’entre
elles peuvent avoir 30 ans d’utilisation des
déodorants/antitranspirants, puisqu’elles ont pu commencer dans les
années 1970, à l’âge de 20 ans.
En parallèle, si la mortalité par cancer du sein a augmenté en
France de 50 % entre 1950 et 1992, elle diminue régulièrement
depuis (figure
3) [2]. Parmi les décès par cancer du sein attribuables aux
facteurs de risque identifiés comme certains chez l’homme, seule la
fraction attribuable au THS (1 100 décès en 2000) devrait diminuer
en rapport avec la limitation des prescriptions.
Plus sérieusement, à partir d’une possible relation de cause à
effet entre la localisation fréquente du cancer du sein dans le
quadrant supéro-externe et la proximité avec la surface habituelle
d’application des déodorants/antitranspirants [12], Darbre suggère
la responsabilité de l’aluminium [9], composant des produits
d’hygiène et sel métallique connu pour sa toxicité sur l’ADN
cellulaire. L’aluminium, selon l’auteur, serait susceptible d’agir
par le biais d’un effet estrogénique. Ces hypothèses sont certes
intéressantes, mais aucune de ses études n’apporte de preuve
scientifique permettant de les vérifier. Partir d’hypothèses non
vérifiées et extrapoler pour finalement conclure en nuançant ses
propres observations est loin d’être une démarche scientifique
rigoureuse. Et sans preuve scientifique, toute conclusion ne peut
être qu’erronée. Quant à l’effet estrogénique proposé par le même
auteur, celui-ci s’avère faible pour les parabènes et nul pour les
sels d’aluminium. Il est important de rappeler qu’il existe de
nombreuses sources d’aluminium dans notre environnement
(alimentation…) autres que les déodorants/antitranspirants. Si cet
effet existe, il est inférieur à 1,20 et ne peut donc pas être
considéré comme un facteur de risque [14].
La responsabilité de l’aluminium — même en cas de passage
transcutané — ne peut être affirmée par l’unique cas témoin
étudié (un sujet unique n’ayant d’ailleurs pas développé de cancer)
[16].
Les recherches bibliographiques et l’analyse du groupe d’experts
n’ont pas permis d’identifier un substratum scientifique permettant
de valider certaines des hypothèses émises, ni même d’entretenir un
doute sur un quelconque effet toxique de l’aluminium contenu dans
les déodorants/antitranspirants.
Le point sur les facteurs de risque de cancer du sein
Le tableau 5 énumère les facteurs de
risque actuellement reconnus du cancer du sein, accompagnés d’une
estimation de leur risque relatif.
En ce qui concerne les facteurs de risque liés au style de vie
et à l’environnement, les études sont souvent compliquées à
réaliser et les preuves scientifiques difficiles à établir. Il en
est ainsi des études concernant les déodorants/antitranspirants et
le risque du cancer du sein. Leur méthodologie peu rigoureuse,
l’absence de groupe témoin, les faibles échantillons, les problèmes
relatifs à la stabilité et à la transposition des modèles
cellulaires aux cas de patients vivants rendent leurs conclusions
peu fiables.
Quelques questions et constats semblent aussi avoir été oubliés
par les auteurs de ces études. Ainsi, si le lien entre utilisation
des déodorants/antitranspirants et cancer du sein est bien réel,
comment expliquer la non-bilatéralité des cancers du sein ? La
non-augmentation du cancer du sein chez l’homme ? Le fait que
les cancers du sein ne soient pas tous hormonodépendants ? Et
le fait que le cancer du sein ne soit pas le seul cancer pouvant
être hormonodépendant ? Il se pourrait donc, comme l’affirme
Lorette, que la plus grande fréquence de cancer du sein dans le
quadrant supéro-externe des seins soit simplement liée à la
présence d’une plus grande quantité de tissu mammaire dans ce
quadrant [12].
En l’absence de preuves scientifiques identifiées par le groupe
de travail, il semble raisonnable de se conformer aux positions de
l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé
(Afssaps) [10] et de la Food & Drug Administration (FDA) [11]
selon lesquelles il n’existe, à l’heure actuelle, aucune preuve
évidente qu’un composant des déodorants/antitranspirants puisse
induire un cancer du sein.
Tableau 5 Résumé des facteurs de risque reconnus
relativement à l’apparition d’un cancer du sein chez la femme
[36]
|
Facteur de risque
|
Estimation du risque relatif (haut risque/faible risque)
|
|
Facteurs de risque reconnus (risque relatif supérieur à
4,0)
|
|
Age
|
Le risque augmente de 4 fois
(> 50 ans/< 50 ans)
|
|
Antécédents familiaux
|
|
|
Parente atteinte d’un cancer du sein bilatéral avant la
ménopause
|
Le risque augmente de plus de 4 fois (oui/non)
|
|
2 parentes du premier degré présentant toute forme de cancer du
sein
|
Le risque augmente de plus de 4 fois (oui/non)
|
|
Pays natal
|
Le risque augmente de plus de 4 fois (Amérique du Nord, Europe du
Nord/Asie, Afrique)
|
|
Maladie bénigne proliférative des seins
|
|
|
Hyperplasie atypique
|
Le risque augmente de plus de 4 fois (oui/non)
|
|
Carcinome lobulaire in situ
|
Le risque augmente de plus de 4 fois (oui/non)
|
|
Présence de cellules épithéliales atypiques dans le fluide aspiré
du mamelon
|
Le risque augmente de plus de 4 fois (oui/aucun fluide produit)
|
|
Mutations du gène BRCAl ou BRCA2, cancer du sein en jeune âge
|
Le risque augmente de plus de 4 fois (oui/non)
|
|
Facteurs de risque reconnus (risque relatif de 2,1–4,0)
|
|
|
Irradiation de ta poitrine (rayonnement ionisant)
|
Le risque augmente de 2 à 4 fois si l’exposition a lieu entre la
puberté et la période d’enfantement (élevé/minime)
|
|
Antécédents familiaux
|
|
|
1 parente du premier degré présentant toute forme de cancer du
sein
|
Le risque augmente de 2 à 4 fois (oui/non)
|
|
Tissu mammaire dense du point de vue mammographique
|
Le risque augmente de 3 à 4 fois (> 75 %/tissu
gras)
|
|
Maladie proliférative bénigne des seins confirmée par biopsie
|
Le risque augmente de 2 à 4 fois (oui/non)
|
|
Présence de cellules épithéliales hyperplasiques non atypiques dans
le fluide aspiré du mamelon
|
Le risque augmente de 2 à 4 fois (oui/aucun fluide)
|
|
Facteurs de risque reconnus (risque relatif de 1,1–2,0)
|
|
|
Âge à la première grossesse portée à terme
|
Le risque augmente de 1,1 à 3 fois
(> 30 ans/< 20 ans)
|
|
Ovariectomie bilatérale avant 40 ans
|
Le risque augmente de 1,1 à 3 fois (oui/non)
|
|
Antécédents de cancer primitif des ovaires ou de l’endomètre
|
Le risque augmente de 1,1 à 2 fois (oui/non)
|
|
Situation socio-économique (revenu, éducation)
|
Augmentation de 1,1 à 3 fois (aisée/défavorisée)
|
|
Etat matrimonial
|
Le risque augmente de 1,1 à 2 fois (jamais marié/déjà mariée)
|
|
Lieu de résidence
|
Le risque augmente de 1,1 à 2 fois (milieu urbain/milieu rural)
|
|
Race/appartenance ethnique, cancer du
sein < 45 ans
|
Le risque augmente de 1,1 à 2 fois (personne de race
blanche/hispanique, personne asiatique)
|
|
Race/appartenance ethnique, cancer du
sein < 40 ans
|
Le risque augmente de 1,1 à 2 fois (personne de race
noire/hispanique, personne asiatique)
|
|
Religion
|
Le risque augmente de 1,1 à 2 fois (juive/adventiste du septième
jour, mormone)
|
|
Age à la ménopause
|
Le risque augmente de 1,1 à 2 fois (55/45)
|
|
Age à l’apparition des premières règles
|
Le risque augmente de 1,1 à 2 fois
|
|
Parité
|
Les données ne sont pas concluantes lorsqu’il y a multiparité
|
Conclusion
Utilisation des déodorants/antitranspirants et augmentation de
l’incidence du cancer du sein : ne fait-on pas fausse
route ?
Aucune étude prospective épidémiologique n’a, à ce jour, démontré
cette hypothèse, mais l’angoisse générée par ces spéculations
pseudoscientifiques amène régulièrement de nombreuses patientes et
femmes à questionner leur médecin sur l’innocuité d’utilisation de
ces produits.
Malgré une réponse rassurante publiée récemment par l’Afssaps
[10] concernant l’utilisation des antitranspirants, notre groupe
d’experts a souhaité faire une analyse détaillée de l’hypothèse
physiopathologique et des données épidémiologiques afin de répondre
scientifiquement et méthodologiquement à une angoisse des
patientes.
Après analyse de la littérature disponible sur le sujet, aucune
preuve scientifique en faveur de l’hypothèse n’a pu être
identifiée. Plus encore, après élimination des études hors sujet,
des études dont la méthodologie paraît peu rigoureuse, ou relatives
aux parabènes — substances qui n’entrent généralement pas dans
la composition des déodorants/antitranspirants — il ne reste
plus aucune hypothèse validée susceptible d’ouvrir sur des voies de
recherche intéressantes.
Au final, il semble possible d’affirmer que cette question ne
constitue pas un problème de santé publique et qu’il apparaît donc
inutile de poursuivre les recherches sur ce sujet.
Compte tenu de la prévalence élevée du cancer du sein, en France
notamment [38], il apparaît donc essentiel — plutôt que
d’alarmer les femmes avec des hypothèses non fondées — de les
sensibiliser sur l’importance de la prévention et l’intérêt du
dépistage, en relayant les campagnes d’information mises en place
par les autorités, les institutions et les associations de patients
pour mieux lutter contre cette pathologie.
Références
1 Trétarre B, Guizard AV, Fontaine D, et al.
Cancer du sein chez la femme : incidence et mortalité, France
2000. BEH 2004 ; 44 : 209-10.
2 Hill C, Doyon F. La fréquence des cancers en France
en 2005 : évolution de la mortalité depuis 1950 et résumé du
rapport sur les causes de cancer. Bull Cancer 2008 ;
95(1) : 5-10.
3 Brenner H, Gondos A, Arndt V. Recent major
progress in long-term cancer patient survival disclosed by modeled
period analysis. J Clin Oncol 2007 ; 25(22) :
3274-80.
4 Yager JD, Davidson NE. Estrogen carcinogenesis in
breast cancer. N Engl J Med 2006 ; 354(3) : 270-82.
5 Glass AG, Lacey Jr. JV, Carreon JD,
Hoover RN. Breast cancer incidence, 1980–2006 : combined
roles of menopausal hormone therapy, screening mammography, and
estrogen receptor status. J Natl Cancer Inst 2007 ;
99(15) : 1152-61 ; (Epub 2007 Jul 24).
6 Khan HN, Bendall S, Bates T. Is hormone
replacement therapy-related breast cancer more favorable? A
case-control study. Breast J 2007 ; 13(5) : 496-500.
7 Ravdin PM, Cronin KA, Howlader N, Berg CD,
Chlebowski RT, Feuer EJ, et al. The decrease in
breast-cancer incidence in 2003 in the United States. N Engl J Med
2007 ; 356(16) : 1670-4.
8 McGrath KG. An earlier age of breast cancer diagnosis
related to more frequent use of antiperspirants/deodorants and
underarm shaving. Eur J Cancer Prev 2003 ; 12(6) :
479-85.
9 Darbre PD. Aluminium, antiperspirants and breast cancer.
J Inorg Biochem 2005 ; 99(9) : 1912-9.
10 Afssaps. Evaluation du risque lié à l’utilisation des
aluminiums dans les produits cosmétiques. Vigilances février 2006 –
Bulletin n°31 : 3.
11 Food and Drug Administration (FDA).
http ://www.fda.gov/fdac/features/2005/405_sweat.html#FDA.
National Cancer Institute (NCI). Fact Sheet 2.10. How to evaluate
health information on the Internet : questions and answers
(http ://www.cancer.gov/cancertopics/factsheet/Risk/AP-Deo#q2).
12 Lorette G. Parabens in cosmetics : something to
worry about? Presse Med 2006 ; 35(2 Pt 1) : 187-8.
13 In : Laden K, Felger CB, eds. Antiperspirants
and Deodorants 2nd Edition. NY and Basel : Marcel Dekker Inc
(Cosmetic Science and Technology Series, vol 20), 1999 :
404.
14 Mirick DK, Davis S, Thomas DB. Antiperspirant
use and the risk of breast cancer. J Natl Cancer Inst 2002 ;
94(20) : 1578-80.
15 McLaughlin JK, Lipworth L, Fryzek JP,
Ye W, Tarone RE, Nyren O. Long-term cancer risk
among Swedish women with cosmetic breast implants : an update
of a nationwide study. J Natl Cancer Inst 2006 ; 98(8) :
557-60.
16 Guillard O, Fauconneau B, Olichon D,
Dedieu G, Deloncle R. Hyperaluminemia in a woman using an
aluminum-containing antiperspirant for 4 years. Am J Med
2004 ; 117(12) : 956-9.
17 Flarend R, Bin T, Elmore D, Hem SL. A
preliminary study of the dermal absorption of aluminium from
antiperspirants using aluminium-26. Food Chem Toxicol 2001 ;
39(2) : 163-8.
18 Darbre PD, Aljarrah A, Miller WR,
Coldham NG, Sauer MJ, Pope GS. Concentration of
parabens in human breast tumours. J Appl Toxicol 2007 ;
24(1) : 5-13.
19 Quatrale RP, Thomas EL, Birnbaum JE. The site
of antiperspirant action by aluminum salts in the eccrine sweat
glands of the axilla. J Soc Cosmet Chem 1985 ; 36(6) :
435-40.
20 Hart MM, Adamson RH. Antitumor activity and
toxicity of salts of inorganic group IIIa metals : aluminum,
gallium, indium, and thallium. Proc Natl Acad Sci USA 1971 ;
68(7) : 1623-6.
21 Martin MB, Reiter R, Pham T,
Avellanet YR, Camara J, Lahm M, et al.
Estrogen-like activity of metals in MCF7 breast cancer cells.
Endocrinology 2003 ; 144(6) : 2425-36.
22 Oneda S, Takasaki T, Kuriwaki K, Ohi Y,
Umekita Y, Hatanaka S, et al. Chronic toxicity and
tumorigenicity study of aluminum potassium sulfate in B6C3F1 Mice.
In Vivo 1994 ; 8(3) : 271-825.
23 Schroeder HA, Mitchener M. Life-term studies in
rats : effects of aluminium, barium, beryllium, and tungsten.
J Nutr 1975 ; 105(4) : 421-7.
24 Darbre PD. Underarm cosmetics and breast cancer. J Appl
Toxicol 2003 ; 23(2) : 89-95.
25 Darbre PD. Metallo-estrogens : an emerging class of
inorganic xenoestrogens with potential to add to the oestrogenic
burden of the human breast. J Appl Toxicol 2006 ; 26(3) :
191-7.
26 Gikas PD, Mansfield L, Mokbel K. Do underarm
cosmetics cause breast cancer? Int J Fertil Womens Med 2007 ;
49(5) : 212-4.
27 Höltze E. Topical pharmacological treatment. Curr Probl
Dermatol 2002 ; 30 : 30-43.
28 Höltze E. Antiperspirants. In : Gabard B, ed.
Dermatopharmacology of Topical Preparations. Berlin :
Springer-Verlag, 2000 : 401-16.
29 Pennington JA, Schoen SA. Estimates of dietary
exposure to aluminium. Food Addit Contam 1995 ; 12(1) :
119-28.
30 Harvey PW, Everett DJ. Significance of the
detection of esters of p-hydroxybenzoic acid (parabens) in human
breast tumours. J Appl Toxicol 2004 ; 24(1) : 1-4.
31 Doll R. Sir Austin Bradford Hill and the progress of
medical science. BMJ 1992 ; 305(6868) : 1521-6.
32 Hill BA. The environment and disease : association
or causation? Proc R Soc Med 1965 ; 58 : 295-300.
33 Susser M. Judgement and causal inference : criteria
in epidemiologic studies. Am J Epidemiol 1977 ; 105(1) :
1-15.
34 Roush GC, Holford TR, Schymura MJ, et al.
Female breast. In : Roush GC, Holford TR,
Schymura MJ, White C, eds. Cancer risk and incidence
trends : the Connecticut Perspective. Cambridge :
Hemisphere, 1987 : 223-38.
35 US Cosmetic and Toiletries Market (2001). Market studies
2001-02 Edition. North Carolina: 42-43, 72.
36 Chyz A, Faith J, Friedenreich C,
Goldberg M, Lenz S. Introduction. In : Initiative
canadienne sur le cancer du sein. Rapport du groupe de travail sur
la prévention primaire du cancer du sein. Canada. 2001 :
1-7.
37 SEER Incidence public-Use Database, 1973–1998. [CD ROM].
(2001). US Department of Health and Human Services. National Cancer
Institute.
38 Hill C, Doyon F. Cancer prevalence in France. Bull
Cancer 2001 ; 88(10) : 1019-22.
Pour plus d’informations
Le Groupe de réflexion « Cancer du sein et facteurs de risque
(déodorants/antitranspirants) » compte cinq membres :
chacun d’entre eux, en tant qu’expert de son domaine, est à la fois
un clinicien expérimenté et un chercheur reconnu. Par leur travail
commun au sein du Groupe de réflexion, ces experts visent à fournir
aux médecins une information juste, grâce à une méthodologie
rigoureuse, et au final, à améliorer la qualité de l’information
des patientes.
Le comité d’experts a, en effet, veillé au respect de
l’objectivité scientifique des conclusions et des recommandations
selon le protocole méthodologique établi et décrit ci-dessus. Dans
ce contexte, la protection du jugement professionnel est
assurée.
|