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Préservation de la fertilité dans les cancers gynécologiques


Bulletin du Cancer. Volume 95, Numéro 5, 487-94, mai 2008, synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2008.0619

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Denis Querleu, Laurence Gladieff, Martine Delannes, Eliane Mery, Gwenael Ferron, Arash Rafii , Comité de gynécologie, Institut Claudius-Regaud, rue du Pont-Saint-Pierre, 31052 Toulouse.

Résumé : Les cancers gynécologiques peuvent survenir chez des patientes en âge de procréer. Les possibilités de traitement conservateur de la fertilité dans leur traitement chirurgical augmentent en raison de la découverte plus précoce de tumeurs encore limitées, des progrès de la technique chirurgicale et d’une meilleure connaissance des indications de la chirurgie radicale. Les données de la littérature sont désormais en faveur de la conservation d’organe – avec préservation d’au moins le corps utérin et un ovaire sans irradiation associée – pour les cancers débutants du col utérin, certaines tumeurs ovariennes épithéliales infiltrantes et les tumeurs des cordons sexuels au stade IA, les tumeurs frontières de l’ovaire quel qu’en soit le stade. La question de la conservation dans les cancers de l’endomètre est en revanche insuffisamment documentée. Il est rappelé que la conservation de la fertilité n’est pas une option mais un standard dans les tumeurs germinales de l’ovaire et la maladie trophoblastique, et que la conservation de la grossesse est un véritable objectif dans les cancers survenant chez des femmes enceintes. De plus, le champ de l’oncoreproduction s’est étendu et permet d’espérer des grossesses dans certains cas particuliers où la préservation d’organe n’est pas possible dans le cadre du traitement. Les patientes jeunes doivent être informées de l’ensemble de ces possibilités.

Mots-clés : cancer gynécologique, fertilité

ARTICLE

Auteur(s) : Denis Querleu, Laurence Gladieff, Martine Delannes, Eliane Mery, Gwenael Ferron, Arash Rafii

Comité de gynécologie, Institut Claudius-Regaud, rue du Pont-Saint-Pierre, 31052 Toulouse

Article reçu le 8 Novembre 2007, accepté le 30 Janvier 2008

Les cancers gynécologiques peuvent atteindre des femmes en âge de procréer. Par conséquent, la perte du potentiel de fertilité est une conséquence possible de leur traitement. En outre, il est établi de longue date que les grossesses postérieures à ces traitement n’influent pas sur le pronostic, quelle que soit la tumeur en cause. La majorité des drogues utilisées pour le traitement des cancers gynécologiques ne sont pas ovariotoxiques. A l’opposé, les doses d’irradiation utilisées pour le contrôle locorégional des tumeurs pelviennes stérilisent définitivement la fonction hormonale et reproductrice de l’ovaire, et rendent l’utérus inapte au développement d’une grossesse viable.

En conséquence, la préservation de la fertilité dans le traitement des cancers gynécologiques nécessite le maintien d’au moins l’utérus et d’un ovaire et, secondairement, l’absence de séquelles adhérentielles pelviennes, lesquelles peuvent cependant être traitées.

Cette revue synthétise les données montrant que des cas sélectionnés de tumeurs gynécologiques chez la femme jeune peuvent être traités en conservant la fertilité. La chirurgie conservatrice, dans ce contexte, est définie d’une part par la préservation du corps utérin et d’au moins une annexe, d’autre part par la réalisation d’une stadification complète conforme aux standards.

Cancer du col utérin

Le développement du dépistage conduit mécaniquement à découvrir des tumeurs plus précoces chez des patientes plus jeunes que le diagnostic sur signe d’appel. Pour les plus jeunes patientes, la question de la fertilité a pris son actualité de l’invention du concept de trachélectomie élargie [1]. L’opération associe la résection du col, de la partie supérieure du vagin, des paramètres proximaux et la réanastomose du corps utérin au vagin. Initialement décrite en 1956 par Aburel par laparotomie, sans succès obstétrical, elle a été actualisée en 1987 par Dargent, qui a mis au point la combinaison d’un temps vaginal reproduisant les temps initiaux de l’opération de Schauta (hystérectomie élargie par voie basse) de type proximal et d’une lymphadénectomie pelvienne cœlioscopique.

Technique chirurgicale

L’opération débute avec une lymphadénectomie pelvienne cœlioscopique. Le rationnel en est multiple : stadification et traitement complet d’un cancer susceptible d’atteindre les ganglions pelviens, sélection des patientes sans atteinte ganglionnaire, donc de bon pronostic, sachant que celles ayant une atteinte ganglionnaire sont une indication de radiochimiothérapie concomitante sans option possible de préservation de la fertilité spontanée. La raison de l’utilisation de la cœlioscopie est la réduction démontrée du risque adhérentiel par comparaison à la laparotomie [2]. La lymphadénectomie cœlioscopique peut être conçue comme une opération de bilan, la décision finale étant prise après réception des résultats définitifs. Elle est plus souvent le temps initial de l’opération définitive, en tenant compte de la sensibilité de 89 % de l’examen extemporané [3]. Ce dernier est fortement potentialisé par l’utilisation de la technique du ganglion sentinelle, qui permet d’envoyer un nombre limité de ganglions au pathologiste [4]. Si ces ganglions sont positifs, la chirurgie de la tumeur centrale est annulée, un curage ganglionnaire aortique complémentaire peut être réalisé dans le même temps opératoire et la radiochimiothérapie est proposée, avec ou sans irradiation lomboaortique en fonction du résultat du curage aortique.

La description complète du temps vaginal de l’opération est disponible dans le manuel de chirurgie vaginale de Cosson et Querleu [5]. En résumé, il s’agit d’une chirurgie élargie aux paracervix (« paramètres ») de type A ou B [6] selon les lésions. Les premiers temps consistent à séparer la vessie, identifier les uretères, sectionner les paracervix à la distance adéquate par rapport au col utérin. A ce stade, l’intervention diffère d’une hystérectomie. Les artères utérines sont repérées et préservées, les artères cervicales contrôlées et sectionnées, l’isthme utérin repéré. Le col est sectionné au moins 5 mm sous l’isthme selon Dargent, ou mieux à 10 mm chaque fois que possible selon l’équipe de Québec [7]. La pièce est envoyée pour examen extemporané [8], sauf si une conisation diagnostique in sano est disponible. La marge de sécurité supérieure est ainsi estimée. Une exérèse supplémentaire de l’endocol peut être nécessaire. Si l’extension tumorale est incompatible avec une conservation, l’opération de Schauta est indiquée. Si les marges sont suffisantes, un cerclage permanent est placé autour de l’isthme, noué sur le rayon de 6 heures, évitant ainsi les granulomes fréquents lorsque le nœud est noué à la face antérieure [9]. Le col est alors réanastomosé au vagin par des points séparés ou des points de Sturmdorf, sans recouvrir l’orifice interne du col. Une sonde vésicale est mise en place. Dans notre expérience, elle est retirée après 2 jours.

Autres techniques

Récemment, la méthode historique d’Aburel a été remise à l’ordre du jour, avec des résultats en termes de grossesses [10, 11]. La technique abdominale est analogue à son équivalent vaginal, mais les artères utérines sont sectionnées, avec ou sans réanastomose. Cette technique est limitée aux chirurgiens sans expérience de la chirurgie vaginale élargie. Son variant cœlioscopique, qui imite l’intervention abdominale, a également été décrit [12, 13]. De plus, des chirurgies moins radicales, à type de trachélectomie simple, peuvent être indiquées dans des cas très débutants sans atteinte ganglionnaire [14], mais cela ne peut être considéré comme un standard.

Résultats oncologiques

Une étude cas-témoins comparant la chirurgie conservatrice à la chirurgie radicale a démontré l’équivalence des méthodes et donc la sécurité carcinologique de la trachélectomie [15]. Cependant, des récidives latéropelviennes et centrales ont été décrites [16, 17], ainsi qu’une récidive ovarienne dans un cas d’adénocarcinome [18].

L’information la plus récente sur les résultats oncologiques à long terme a été présentée en 2006 au congrès de l’International Gynecologic Cancer Society [19]. La collecte des bases de données de 7 centres majeurs au Canada, en Allemagne, aux Etats-Unis et en France a permis de réunir 532 cas. La durée moyenne de l’opération était de 232 minutes et le séjour postopératoire moyen de 4,7 jours. Le taux de complications peropératoires était de 1 % pour la lymphadénectomie et de 1,4 % pour la trachélectomie. Celui des complications post-opératoires était de 5,6 % pour la lymphadénectomie et de 15,3 % pour la trachélectomie. Trente-deux patientes ont fait l’objet de traitements stérilisants en raison de marges insuffisantes ou de ganglions positifs. Pour les 500 patientes restantes, 18 récidives dont 7 centrales ont été observées. Six patientes sont décédées. Aucune influence du type anatomopathologique n’a été mise en évidence, ce qui signifie que l’adénocarcinome est une indication acceptable. La présence d’emboles lymphovasculaires (ELV) et la taille tumorale sont des facteurs de pronostic majeur. Le diamètre tumoral exact était disponible pour 189 patientes ; 22 présentaient une tumeur de plus de 2 cm, 2 ont récidivé, ce qui est significativement plus que le taux de récidives observé (2 sur 167) chez les patientes porteuses de tumeurs de moins de 2 cm (p < 0,001). L’information sur l’atteinte lymphovasculaire est disponible pour 403 patientes. Les patientes avec ELV ont récidivé dans 11 cas sur 99, contre 4 sur 304 en l’absence d’ELV (p < 0,001).

Cette grande série collaborative fournit les données nécessaires pour valider les indications acceptables pour cette chirurgie : patientes porteuses d’une tumeur épidermoïde ou d’un adénocarcinome de moins de 2 cm sans ELV et sans atteinte ganglionnaire. Les autres types histopathologiques sont exclus : les types histologiques agressifs tels que les carcinomes neuroendocrines sont des contre-indications absolues. Les patientes porteuses d’une tumeur polypoïde de plus de 2 cm avec une base d’implantation étroite, loin de l’orifice endocervical, peuvent être incluses. La présence d’ELV est un argument fort contre l’indication et doit être discuté avec la patiente.

Résultats obstétricaux

Bien que l’intervention de Dargent soit réservée aux jeunes femmes désirant une grossesse, certaines ne la désirent pas immédiatement ou de manière certaine. La préservation du potentiel de fertilité est un argument suffisant pour proposer cette intervention. L’infertilité d’origine cervicale est une complication possible mais devient plus rare avec la plus grande préservation du col et une sélection plus stricte des patientes [20]. Il n’est pas rare de proposer l’intervention à des couples porteurs d’une autre cause, curable, d’infécondité. Les techniques d’assistance médicale à la procréation comme la fécondation in vitro, l’insémination intra-utérine, la stimulation de l’ovulation, peuvent être utilisées après trachélectomie dans le cadre d’un traitement global de la fertilité [21].

Environ la moitié des patientes deviennent enceintes. Un risque d’avortement tardif ou d’accouchement prématuré, non totalement prévenu par le cerclage permanent, a été noté au début de l’expérience [21], avec un taux d’avortements tardifs de 17 %. La fermeture du col pendant la grossesse a été proposée, mais le principal facteur de prévention est la préservation d’au moins 10 mm d’endocol [20, 22].

Sélection des patientes, bilan préopératoire

La sécurité oncologique et la prévention des avortements tardifs comme des accouchements hyperprématurés justifient la sélection des patientes. Le bilan préopératoire doit comporter une IRM et, si possible, une conisation. L’IRM évalue le diamètre maximal de la tumeur et permet de sélectionner, sauf exception, des tumeurs de moins de 2 cm. La localisation de la limite supérieure de la tumeur est une autre information essentielle, permettant d’estimer le besoin de résection endocervicale et la longueur estimée de col restant postopératoire.

La majorité des patientes sont adressées après une conisation diagnostique. Une relecture du compte rendu et au besoin des lames est indispensable. Une attention spéciale est portée à l’information sur l’atteinte lymphovasculaire. L’altération du pronostic liée à la présence d’un ELV est suffisamment importante pour suggérer la réalisation systématique d’une conisation préopératoire, car elle conduit en principe à l’indication d’une irradiation pelvienne incompatible avec le concept de préservation de la fertilité.

Une autre question importante est celle de la marge supérieure. Le maximum d’endocol doit être préservé pour favoriser la fertilité et améliorer le pronostic obstétrical. A l’opposé, une marge microscopique de 8 mm est théoriquement nécessaire pour le traitement chirurgical des carcinomes, par analogie aux cancers vulvaires [23]. Il y a à l’évidence un compromis entre le maintien de la fertilité et la sécurité oncologique, compromis qui influe sur la sélection des patientes : la limite supérieure des lésions doit être compatible avec le double objectif d’une marge adéquate et d’un endocol résiduel suffisant.

Finalement, jusque 40 % des patientes de moins de 40 ans avec cancer du col pourraient bénéficier du traitement conservateur [24].

Autres options conservatrices

La succession d’une chimiothérapie néoadjuvante et, en cas de réponse favorable, d’une conisation simple sur le résidu postchimiothérapique a été proposée [25-27]. Bien qu’encore non validée, cette option est la seule possible pour des cancers de taille supérieure à 2 cm.

Tumeurs épithéliales invasives de l’ovaire (TEIO)

La conservation d’au moins une partie d’un ovaire et de l’utérus en vue de préserver la fertilité chez des patientes jeunes peut également être proposée chez des patientes sélectionnées porteuses de TEIO. Seulement trois études ont comporté un nombre suffisant de patientes [28-30]. La plus importante et la seule à comporter une centralisation des lames histopathologiques est l’étude française [30]. Trente-quatre patientes de cette étude ont rempli les critères d’inclusion : 30 étaient au stade IA (G1 = 13 ; G2 = 14 et G3 = 3), 3 stades IC et 1 stade IIA ont été inclus. Dix patientes ont reçu une chimiothérapie adjuvante, 11 ont récidivé : 10 sous forme invasive, 1 sous forme frontière. Parmi les 10 patientes ayant récidivé sous forme infiltrante, le stade initial et le grade étaient : stade IA (G1 = 1), stade IA (G2 = 4), stade IA (G3 = 1) et stade > IC (n = 4). Toutes les patientes de stade supérieur à IA ont récidivé. Dix grossesses ont été observées chez 9 patientes. La conclusion est que le traitement conservateur est surtout acceptable pour les patientes au stade IA grade 1. Une stadification complète incluant une cytologie péritonéale, des biopsies multiples, une lymphadénectomie pelvienne et aortique bilatérale, une omentectomie, un curetage, est obligatoire pour s’assurer qu’il ne s’agit pas d’un stade supérieur. La biopsie ovarienne systématique est inutile et adhésiogène, mais l’examen soigneux de l’ovaire controlatéral est obligatoire. Le gradage par un anatomopathologiste expérimenté est nécessaire.

L’annexectomie unilatérale est donc le traitement chirurgical standard. La technique est sans particularité, mais on doit insister sur la nécessité d’éviter toute rupture ou morcellement et donc toute contamination péritonéale ou pariétale. Cela concerne surtout les cœlioscopies, mais aussi les laparotomies transversales étroites de type Pfannenstiel [31]. En outre, l’incision transversale basse ne permet pas de réaliser les nécessaires gestes de stadification et n’est donc pas adéquate. Au contraire, la cœliochirurgie s’est révélée une technique sûre pour exécuter l’omentectomie et la lymphadénectomie pelvienne et aortique [32].

Par ailleurs, des observations de grossesse après chimiothérapie pour cancer avancé de l’ovaire existent dans la littérature [33], et même des cas de grossesse après chimiothérapie intrapéritonéale normothermique ou hyperthermique [34]. Il n’y a pas là un standard, mais ces observations doivent être connues.

Tumeurs germinales de l’ovaire [35]

Les tumeurs germinales de l’ovaire sont rares, mais surviennent préférentiellement chez des adolescentes ou de jeunes femmes. Elles sont généralement curables et la fertilité peut être conservée à tous les stades, dont les stades III et les masses résiduelles après chimiothérapie, lesquelles peuvent être bénignes. La préservation de la fertilité est donc un élément majeur du traitement et la chirurgie radicale est une faute, même en présence d’implants péritonéaux. Le diagnostic préopératoire – il faut penser à rechercher les marqueurs sériques – est donc essentiel. Les marqueurs spécifiques sont l’alphafœtoprotéine pour le diagnostic des tumeurs du sac vitellin et l’hCG pour le diagnostic des choriocarcinomes. Ils doivent être systématiquement demandés en présence d’une masse pelvienne chez les femmes jeunes. Le Ca125, la LDH, les phosphatases alcalines placentaires sont moins sensibles et moins spécifiques. Le diagnostic de transformation maligne de tératome mature est très rare à cet âge et peut reposer, pour des tumeurs de plus de 10 cm, sur la recherche du marqueur SCC.

Le diagnostic des tumeurs non sécrétantes que sont le tératome immature et le dysgerminome n’est définitif qu’après examen histopathologique définitif, par un pathologiste spécialisé. L’examen extemporané est difficile et n’est pas suffisant pour décider une chirurgie radicale hâtive : l’annexectomie unilatérale est donc le geste maximal autorisé chez une femme jeune porteuse d’une tumeur solide de l’ovaire. La kystectomie n’a de valeur que diagnostique [36]. La majorité des patientes, hormis les cas de dysgerminome de stade IA ou les tératomes immatures de grade 1 au stade IA, recevront une chimiothérapie à base de sels de platine et d’étoposide, qui n’a pas d’incidence à long terme sur la fertilité [37].

Tumeurs frontières de l’ovaire

La majorité des tumeurs frontières de l’ovaire (TFO) sont observées chez des patientes en âge de procréer. La fertilité est donc un paramètre important de la prise en charge des masses annexielles kystiques suspectes. Il est admis que les TFO n’évoluent sous forme infiltrante que dans 2 % des cas [38, 39]. Elles sont accessibles au traitement chirurgical exclusif. La chimiothérapie n’est indiquée que dans le cas rare de greffe péritonéale invasive. La chirurgie itérative peut être efficace en cas de récidive sous forme de TFO [40, 41]. Le pronostic est excellent, avec 97-98 % de survies à long terme dans les stades précoces et 92 % même dans les formes avancées. Seules les tumeurs mucineuses frontières aux stades avancés ont un pronostic plus fâcheux, mais les difficultés du diagnostic différentiel avec l’adénocarcinome mucineux infiltrant peuvent rendre compte de cette spécificité.

En général, une revue des lames est utile pour le diagnostic de TFO pour éliminer l’invasion et pour identifier la forme micropapillaire de plus mauvais pronostic au point d’être classée par certains dans le groupe des carcinomes infiltrants de bas grade. Quand un doute persiste à l’examen extemporané, le traitement conservateur suivi d’une analyse du dossier dans un centre référent est préférable à une solution radicale hâtive.

Le standard de la prise en charge des TFO chez la femme jeune est donc la chirurgie conservatrice. La chirurgie radicale n’est plus prescrite chez les patientes jeunes quel que soit le stade macroscopique apparent. La kystectomie est acceptée principalement si la tumeur est bilatérale ou se développe sur un ovaire unique. Quand un diagnostic postopératoire de TFO est fait sur une pièce de kystectomie, l’annexectomie complémentaire est indiquée seulement si la tumeur est multifocale ou volumineuse ou lorsque la certitude de l’exérèse complète n’a pas été obtenue. Le traitement conservateur des stades avancés est accepté après consentement éclairé chez des patientes désirant une grossesse [42].

La stadification chirurgicale comporte un examen soigneux de l’ovaire controlatéral et de toute la surface péritonéale. La biopsie de l’ovaire controlatéral macroscopiquement n’est pas indiquée. L’exérèse et l’étude histopathologique de toute lésion péritonéale suspecte est nécessaire au traitement chirurgical et au diagnostic des implants invasifs. La lymphadénectomie n’est pas nécessaire. L’omentectomie est systématique, de même que l’appendicectomie dans les tumeurs mucineuses. Pour autant, le rendement de la chirurgie de restadification n’est pas suffisant pour justifier une nouvelle chirurgie de principe si l’exploration chirurgicale macroscopique a été convenable [43].

Le taux de récidive est plus important après chirurgie conservatrice qu’après chirurgie radicale : 7 % des patientes vont récidiver après annexectomie unilatérale, essentiellement sur l’ovaire controlatéral. Après kystectomie, l’ovaire homolatéral est à risque, pour un risque global de 23 % de récidives [41]. La chirurgie conservatrice est encore acceptable en cas de récidive [39]. Les méthodes d’assistance médicale à la procréation, incluant la stimulation de l’ovulation, ne semblent pas augmenter le risque de récidive [44] mais la majorité des auteurs conseillent une limitation du nombre de cycles de stimulation.

Tumeurs des cordons sexuels

Les tumeurs des cordons sexuels peuvent avoir une évolution maligne, mais la majorité des tumeurs unilatérales peuvent être traitées de manière conservatrice chez les patientes jeunes dans la mesure où la survie est identique après annexectomie unilatérale par comparaison à l’hystérectomie avec annexectomie bilatérale [45]. La stadification standard est similaire à celle des TFO. La nécessité d’une lymphadénectomie n’est pas clairement établie et le rendement des lymphadénectomies systématiques est faible, mais les récidives ganglionnaires tardives sont une des caractéristiques de l’histoire naturelle de ces tumeurs [46]. Au contraire des TFO, la chirurgie radicale est indiquée dans les stades avancés.

Adénocarcinomes de l’endomètre

De nombreuses publications ont rapporté la possibilité d’un traitement hormonal après curetage pour les adénocarcinomes de bas grade apparemment limités à l’endomètre chez des femmes jeunes. Une revue générale actualisée en décembre 2003 est disponible sur ce thème [47]. Elle a inclus 81 patientes issues de 27 publications. Les traitements progestatifs par acétate de médroxyprogestérone ou acétate de mégestrol ont été utilisés : 19 patientes (24 %) n’ont pas répondu, 62 (76 %) ont répondu après une médiane de 12 semaines (extrêmes 4-60), mais 15 d’entre elles ont récidivé après une médiane de 19 mois (extrêmes 6-44), 10 ont finalement dû être hystérectomisées. En tout, 20 patientes, environ un quart, ont eu au moins une grossesse. Aucune n’est décédée de son cancer.

Une étude plus récente a rapporté une série de 9 patientes soumises à 400 mg d’acétate de médroxyprogestérone par jour pendant 6 mois ; 4 des 8 femmes mariées ont eu une grossesse, 2 ont récidivé, aucune n’est décédée de cancer [48]. Pourtant, le biais de publication peut surestimer la sécurité carcinologique du traitement conservateur par insuffisance de publication des échecs.

La seule indication acceptable est le stade IA grade 1. Après biopsie endométriale, le temps final du diagnostic et le premier du traitement est le curetage-biopsie, avec un gradage conforme aux critères de l’OMS. Il est nécessaire d’éliminer la possibilité d’une atteinte myométriale ou ovarienne. Le bilan doit donc inclure une IRM, si possible préalable au curetage, interprétée par un radiologue expérimenté. Sachant les limites de la valeur diagnostique de l’IRM, ce critère reste d’interprétation délicate. De plus, une cœlioscopie diagnostique est obligatoire pour l’examen du péritoine et des ovaires [49]. La lymphadénectomie n’est pas obligatoire, connaissant le faible taux d’atteinte ganglionnaire dans les stades IA grade 1, mais peut être incluse en tant que précaution supplémentaire en raison des limites des l’IRM et de l’existence rare mais rapportée d’atteinte ganglionnaire dès ce stade de la maladie [50].

Il n’y a pas de standard pour le choix de la drogue, le dosage et l’évaluation de la réponse. Les dispositifs intra-utérins ont été utilisés chez 12 patientes. Les résultats des biopsies ont été favorables chez 7 sur 11 à 6 mois et 6 sur 8 à 12 mois [51]. L’administration quotidienne d’un progestatif de synthèse pendant 12 semaines suivie d’un nouveau curetage est le minimum. La durée de traitement n’est pas standardisée. La durée médiane de traitement a été de 24 semaines chez les patientes répondeuses [47]. Le traitement d’entretien chez les patientes ne désirant pas de grossesse immédiate n’est pas établi, pas plus que le temps d’attente entre la fin du traitement et les tentatives de grossesse. Dans la mesure où les jeunes femmes porteuses de cancer de l’endomètre ont souvent un contexte de syndrome des ovaires polykystiques et d’anovulation chronique, la stimulation ovarienne ou les méthodes chirurgicales de traitement par forages ovariens multiples peuvent être nécessaires.

L’hyperplasie endométriale atypique, précurseur du cancer de l’endomètre, peut être traitée de manière similaire. Les gynécologues savent que le diagnostic différentiel entre l’hyperplasie atypique et le cancer de l’endomètre débutant est délicat et que des discordances entre pathologistes existent.

La conclusion de ce chapitre est que de nombreuses questions restent en suspens. La sécurité des traitements conservateurs des cancers de l’endomètre chez les femmes jeunes n’est pas définitivement établie. Une information complète, un bilan soigneux, une surveillance étroite sont obligatoires.

Sarcomes utérins

Le traitement standard des sarcomes utérins est l’hystérectomie totale. De plus, les sarcomes endométriaux de bas grade sont hormonosensibles au point d’indiquer une ovariectomie bilatérale systématique. Les carcinosarcomes sont certes traités comme des adénocarcinomes de l’endomètre, mais sont assimilés aux grades 3 et sortent donc du champ de la chirurgie conservatrice.

De très rares exceptions à la règle ont été publiées. Des léiomyosarcomes de bas grade ont été traités par myomectomie après bilan complet et information éclairée [52]. Les adénosarcomes müllériens se présentant comme des polypes peuvent être inclus sous les mêmes conditions.

À noter que le traitement standard des rhabdomyosarcomes de l’enfant est conservateur, fondé sur la chimiothérapie, complétée par irradiation ou chirurgie seulement chez les non répondeurs [53].

Maladie trophoblastique

La maladie trophoblastique est loin du champ de ce chapitre, mais des principes de base peuvent être rappelés. Elle survient évidemment chez des femmes en âge de procréer. Les taux de guérison sont élevés, sans hystérectomie, même dans des stades avancés. La fertilité après mono ou polychimiothérapie pour maladie trophoblastique persistante n’affecte pas la fertilité ni la descendance [54]. Les taux de fertilité sont excellents et ne sont altérés que par des curetages répétés fautifs ou des hystérectomies hâtives. Les masses utérines suspectes à l’échographie chez des femmes jeunes, surtout en cas d’antécédent récent de grossesse, doivent être explorées par recherche d’hCG plasmatique. Les indications de chirurgie dans ce contexte sont rares et limitées aux patientes les plus âgées. L’excision locale de foyers résistants peut être indiquée [55].

Cancer et grossesse concomitante [56]

La chirurgie radicale et/ou l’interruption de grossesse n’est pas le standard de traitement des tumeurs gynécologiques chez des patientes enceintes. Le pronostic fœtal est bon dès lors que la grossesse a été conservée [57]. La question est donc celle de la prise en charge provisoire de la tumeur.

Un délai à l’induction du traitement définitif est accepté dans la majorité des cas découverts en deuxième moitié de grossesse. Une césarienne en présence d’un gynéco-oncologue assure le double objectif de la prise en charge périnatale adaptée, de la stadification, et éventuellement du traitement de la tumeur.

Les femmes en première moitié de grossesse doivent être prises en charge par une équipe pluridisciplinaire mixte oncologique et obstétricale. L’IRM et la lymphadénectomie cœlioscopique permettent de stadifier les cancers du col utérin. La trachélectomie élargie est applicable sous les mêmes conditions qu’en dehors de la grossesse [58, 59]. La conisation seule peut être appliquée aux stades IA1 ou à certains stades IA2 (exérèse complète, pas d’ELV). Certains cancers du col utérin avancés peuvent être traités par chimiothérapie pergravidique [60]. Les tumeurs annexielles peuvent faire l’objet d’un traitement complet mis à part l’hystérectomie. La chimiothérapie pergravidique, après information éclairée, reste ici encore envisageable, avant un traitement chirurgical complet à l’occasion de la césarienne [61]. Le cancer de la vulve peut être traité indépendamment de la grossesse, sauf dans le cas d’atteinte ganglionnaire inguinale, qui nécessite une irradiation complémentaire.

Fertilité après chirurgie ou irradiation radicale de cancers gynécologiques

La fertilité peut encore être envisagée chez des patientes traitées radicalement à la faveur de nouvelles techniques de procréation médicalement assistée.

En effet, la préservation des ovaires en cas d’hystérectomie permet une collecte d’ovocytes, une fécondation in vitro et une grossesse via une mère de substitution, processus autorisé dans certains pays [62-65].

Cette option n’est raisonnable, après consentement éclairé, que si le risque de métastase ou de récidive ovarienne est minimal. Un avantage supplémentaire est d’éviter le besoin d’un traitement hormonal substitutif. Si une irradiation pelvienne est indiquée, les ovaires doivent faire l’objet d’une transposition haute par laparotomie ou cœlioscopie [66]. Le cas du carcinome épidermoïde du col utérin débutant mais non accessible à une trachélectomie est un exemple où ce risque est faible, ce qui n’est pas le cas dans l’adénocarcinome, en cas d’atteinte ganglionnaire ou de gros volume tumoral qui nécessitent soit l’ablation, soit l’irradiation des ovaires. Des réserves encore plus sévères s’appliquent aux cancers de l’endomètre débutants, pour lesquels la conservation a été suggérée mais reste déconseillée [67].

La conservation utérine associée à une annexectomie bilatérale n’est acceptable que si l’utérus est sain, contrôlé par curetage-biopsie, et si le risque d’atteinte ultérieure de l’utérus est minimal. La conservation utérine ménage la possibilité de grossesse après don ou cryopréservation d’ovocytes. Elle est toujours possible dans le cas de TFO, discutable en présence d’une tumeur invasive de l’ovaire. Malgré la possibilité de grossesse après cryopréservation et réimplantation de fragments ovariens [68], la technique ne peut s’appliquer aux cancers ovariens, le tissu ovarien réimplanté pouvant être source de récidive. Le développement de techniques de maturation ovocytaire in vitro est susceptible de faire tomber cette limitation.

Conclusion

La conservation ou le sacrifice intentionnel de la fertilité est un temps essentiel de la consultation d’annonce du projet de soins chez des patientes en âge de procréer ou chez des adolescentes [69] atteintes d’un cancer gynécologique. La chirurgie radicale systématique n’est pas acceptable sans consentement éclairé fondé sur les données de la littérature et exposé des possibilités de préservation de la fertilité. Oncologues et chirurgiens gynécologues doivent connaître toutes les techniques disponibles. Ils doivent savoir que le traitement radical est fautif chez les très jeunes femmes porteuses d’une tumeur solide potentiellement curable par chimiothérapie. Un bilan préopératoire soigneux permet d’éviter cet accident et limite les difficultés de constats peropératoires de gestion toujours difficile. Même dans ce cas, l’attente de l’examen histologique définitif est une option prioritaire, connaissant les limites du diagnostic différentiel extemporané entre tumeur frontière et tumeur infiltrante [70]. L’ensemble s’intègre dans un effort constant de réduire l’impact des traitements sur la qualité de vie, dont témoigne le développement des méthodes de chirurgie à invasion minimale dans cette indication [71], pour une pathologie dont le traitement chirurgical est en pleine évolution [72].

Par ailleurs, le traitement conservateur est surtout indiqué chez des patientes à fort désir de grossesse. Le sur-risque même minimal de récidive n’est pas acceptable s’il n’est pas justifié par un projet de procréation. La notion de risque cumulatif de récidive avec le temps doit être exposée, et la grossesse tentée dès que possible, avec correction rapide d’éventuels facteurs additionnels d’infécondité. L’exception à cette règle est le suivi des tumeurs sécrétantes par marqueurs, situation dans laquelle une grossesse trop précoce interférerait avec le suivi biologique par la sécrétion physiologique d’hCG ou d’alphafœtoprotéine.

Les patientes traitées de manière conservatrice méritent un suivi spécifique. Une échographie annuelle d’ovaires conservés, des frottis et une IRM après trachélectomie s’imposent. Le besoin d’une « totalisation » après les grossesses n’est pas établi. Ce complément chirurgical par hystérectomie est raisonnable dans les cancers de l’endomètre [73], ainsi que dans les cancers de l’ovaire sous la forme d’une annexectomie controlatérale.

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