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Application de la modélisation moléculaire à de nouvelles approches thérapeutiques du cancer


Bulletin du Cancer. Volume 94, Numéro 9, 763-8, Septembre 2007, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2007.0422

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Olivier Michielin , Centre du cancer de Lausanne, Centre national de compétence en recherche, oncologie moléculaire, Lausanne, Institut suisse de bio-informatique, Lausanne, Institut Ludwig de recherche sur le cancer, branche lausannoise.

Résumé : Les progrès récents des méthodes de détermination expérimentale de structures de protéines permettent désormais de comprendre à un niveau très fin les mécanismes de reconnaissance moléculaire à la base du fonctionnement du vivant. Ce niveau de connaissance permet d’élaborer des approches thérapeutiques rationnelles, dans lesquelles des molécules effectrices sont adaptées ou créées de novo pour accomplir une fonction donnée. Un exemple d’une telle approche est le drug design, où de petites molécules inhibitrices sont mises au point par des simulations in silico, puis testées in vitro. Dans cet article, nous présentons une approche similaire visant à optimiser de manière rationnelle la séquence des récepteurs des lymphocytes T tueurs afin de les rendre plus efficaces contre les cellules de mélanome. L’architecture de ce projet de recherche translationnelle est présentée avec ses implications tant au niveau de la recherche fondamentale que de la clinique.

Mots-clés : modélisation moléculaire, structure des protéines, T cell receptor (TCR), complexe majeur d’histocompatibilité (CMH), lymphocytes T tueurs, immunothérapie

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Olivier Michielin

Centre du cancer de Lausanne, Centre national de compétence en recherche, oncologie moléculaire, Lausanne, Institut suisse de bio-informatique, Lausanne, Institut Ludwig de recherche sur le cancer, branche lausannoise

Article reçu le 26 Mars 2007, accepté le 10 Avril 2007

Les techniques de détermination structurale des protéines ont amené un bouleversement profond dans notre compréhension des mécanismes de reconnaissance moléculaire. Les deux techniques les plus couramment utilisées sont la cristallographie aux rayons X et la résonance magnétique nucléaire. L’une ou l’autre de ces techniques permet la détermination au niveau atomique de l’architecture d’une protéine libre ou liée à un autre partenaire et donc de comprendre quelles sont les interactions principales responsables de l’association. À ce jour, nous disposons d’environ 50 000 protéines dont la structure a été résolue et déposée dans une banque de donnée mondiale appelée la Protein Data Bank ou PDB (www.pdb.org) en accès libre. En raison d’une grande redondance dans les familles de protéines étudiées, le contenu de la PDB ne couvre qu’un faible pourcentage des différents types de repliements estimé dans le protéome humain. Afin de combler ce fossé, des projets de génomique structurale ont été lancés tant aux États-Unis qu’en Europe avec pour but la détermination structurale de toute protéine dont la séquence est suffisamment divergente de structures déjà connues. Ces projets devraient permettre d’avoir à disposition une structure pour une grande majorité de séquences d’intérêt médical dans les années à venir, étendant par là le domaine d’application des méthodes structurales présentées dans cet article.La connaissance structurale d’une protéine, libre ou complexée, à un partenaire est une étape nécessaire mais non suffisante à la compréhension des mécanismes de reconnaissance moléculaire. Les protéines sont, en effet, des molécules flexibles et dynamiques, et les fluctuations thermiques modulent les interactions statiques déterminées par les structures expérimentales. Il existe donc un fossé entre la structure et la fonction d’une protéine qui ne peut être comblé qu’en faisant appel à des méthodes modernes de modélisation moléculaire. Dans de telles approches, les protéines sont simulées de manière numérique sur des ordinateurs puissants, permettant de reproduire in silico leurs aspects dynamiques. De telles simulations de dynamique moléculaire prennent en compte toutes les interactions, à savoir les interactions électrostatiques, de van der Waals, les liaisons covalentes, les liaisons hydrogène et, bien entendu, toutes les interactions avec les molécules d’eau qui entourent la protéine. Ces méthodes nécessitent des ressources de calcul très importantes, mais permettent, à partir de la structure d’une protéine, de déterminer son affinité pour un ligand ou la modification de cette affinité lors d’une mutation d’un acide aminé. Elles permettent ainsi de franchir le pas entre la structure et la fonction biologique.De par le caractère universel des interactions utilisées dans les études de dynamique moléculaire, il est possible d’utiliser ces méthodes dans des projets très appliqués de recherche translationnelle pour lesquels les structures des protéines en question sont connues. Une telle approche a été mise sur pied il y a plusieurs années à Lausanne. Plusieurs instituts sont impliqués : l’Institut suisse de bio-informatique (www.isb-sib.ch), l’Institut Ludwig de recherche sur le cancer (www.licr.org), le Centre national de compétence en recherche en oncologie moléculaire (www.nccr-oncology.ch) et, enfin, le Centre du cancer de Lausanne (www.cancer-chuv.ch). La présence de ces différents instituts permet de mettre en place une approche translationnelle avec des données de patient comme point de départ, un design moléculaire utilisant des méthodes in silico, la validation par des tests in vitro et, finalement, un retour au patient avec des molécules effectrices nouvelles.Dans ce qui suit, nous allons illustrer comment ces différentes approches s’intègrent dans l’optimisation rationnelle de séquences de récepteurs de lymphocytes T tueurs, avec pour but thérapeutique une utilisation en immunothérapie du mélanome par transfert adoptif de lymphocytes génétiquement modifiés, comme représenté dans la figure 1. Cette approche illustre bien la démarche translationnelle puisque les données de départ proviennent du patient chez qui des cellules T particulières sont sélectionnées in vivo. Ces cellules sont soumises à des étapes d’ingénierie moléculaire et cellulaire afin de les optimiser avant de les réinjecter au patient. Le processus réalise donc une boucle qui part du patient et y revient après plusieurs étapes intermédiaires faisant appel aux sciences de base.

Le complexe TCR-p-MHC

La reconnaissance, par le récepteur (TCR) des lymphocytes T tueurs, de peptides immunogéniques (p) présentés par le complexe majeur d’histocompatibilité de classe I (CMH) est l’étape clé dans la réponse cellulaire spécifique contre les cellules tumorales. En raison de leurs aberrations génétiques, ces dernières expriment en effet des peptides anormaux à leur surface à travers leur CMH. Il existe plusieurs groupes de peptides anormaux dans les tumeurs, dont les peptides dérivés d’antigènes Cancer-Testis, qui ne sont exprimés que dans les cancers et les cellules testiculaires, et les peptides dérivés d’antigènes de différenciation, qui sont également présents sur les cellules saines dont dérive la tumeur. Les antigènes Cancer-testis ont l’avantage de la spécificité, mais leur expression est souvent moins ubiquitaire dans les tumeurs que celle des antigènes de différenciation. Une liste complète et régulièrement mise à jour des différents antigènes tumoraux est disponible sur le site www.cancerimmunity.org. Dans ce qui suit, nous parlerons en particulier de deux antigènes des cellules de mélanome, l’antigène NY-ESO1 du type Cancer-testis et l’antigène Melan-A du type différenciation.

Les complexes p-CMH, ou épitopes, sont détectés par le système immunitaire et induisent une réponse cellulaire spécifique. Cette réponse est composée de différents lymphocytes, chacun caractérisé par un TCR donné. L’ensemble des TCR spécifiques contre un épitope forme le répertoire immunitaire spécifique. Ce répertoire peut être large avec plusieurs centaines ou milliers de séquences le composant ou, au contraire, restreint avec quelques séquences très sélectionnées. La figure 2 montre un alignement de quelques séquences composant le répertoire spécifique contre l’épitope Melan-A. Ces répertoires ont été obtenus chez des patients atteints de mélanomes en utilisant des tétramères de p-CMH comme sondes dans des expériences de cytométrie de flux [1]. Le répertoire anti-Melan-A comprend plusieurs centaines de séquences et les séquences sélectionnées dans la figure 2 permettent d’en apprécier la diversité sur une sélection aléatoire.

La sélection des différentes séquences qui composent le répertoire spécifique se fait sur la base de l’affinité du TCR pour le p-CMH. L’affinité du TCR est la résultante de toutes les interactions (électrostatiques, hydrogène ou van der Waals) qui peuvent être formées entre le TCR et son ligand. On comprend donc l’intérêt de l’approche structurale dans la compréhension des motifs tridimensionnels sélectionnés dans la réponse immunitaire contre un épitope donné. La première structure d’un TCR lié à un complexe p-CMH remonte à 1996 [2]. Depuis, un peu plus d’une dizaine de complexes ont été déterminés par cristallographie aux rayons X. Le TCR est un hétérodimère très similaire, dans sa partie de reconnaissance du p-CMH, à une immunoglobuline. Le site de liaison, appelé CDR pour complementarity determining regions, est formé de 6 boucles variables, 3 provenant de la chaîne α et 3 de la chaîne β (figure 3). Les boucles CDR1 et CDR2 font des interactions principalement avec la surface du CMH alors que les boucles CDR3, beaucoup plus variables génétiquement, interagissent avec le peptide. L’arrangement spatial des boucles du CDR permet donc de façonner une surface qui complète celle de l’épitope et qui réalise le plus possible d’interactions favorables. De manière grossière, une liaison hydrogène entre le TCR et son ligand se traduit en une augmentation de 1 à 2 ordres de grandeurs de la constante d’affinité. Le but de l’optimisation rationnelle du TCR consiste donc à augmenter les interactions à haute énergie entre le TCR et son ligand.

Optimisation rationnelle des séquences de TCR

L’affinité du TCR pour son ligand est déterminée par la somme des interactions spécifiques réalisées entre les boucles du CDR et le complexe p-CMH. L’analyse tridimensionnelle du répertoire spécifique contre un épitope donné permet de mettre en évidence des motifs structuraux communs et de comprendre le mécanisme de sélection immune. Afin de pouvoir optimiser de manière rationnelle la séquence des boucles du CDR, il est nécessaire de déterminer la contribution à l’affinité des différents acides aminés qui les composent. Au vu de ce qui précède, il est nécessaire, pour obtenir un résultat fiable, d’évaluer cette contribution sur une trajectoire de dynamique moléculaire dans laquelle les fluctuations des interactions sont intégrées au cours du temps.

Afin de valider l’approche, un système test a été utilisé, pour lequel des données expérimentales de mutagenèse (alanine scanning) étaient disponibles. Il a donc été possible d’évaluer le potentiel prédictif de la méthode MM-GBSA basée sur la dynamique moléculaire [3]. La figure 4 montre la corrélation entre la valeur prédite par la méthode théorique et la valeur expérimentale correspondante, avec un coefficient de corrélation de - 0,76, une fois la correction entropique effectuée. Une telle corrélation permet d’identifier les résidus principaux dans la liaison ainsi que ceux qui n’amènent qu’une faible contribution, ces derniers étant de bons candidats pour être mutés. En plus de l’identification de résidus ayant un rôle important, la simulation permet également une analyse très fine des différentes contributions énergétiques apportées par les différents résidus (tableau 1). En utilisant de telles données, il est possible d’obtenir des pistes pour le choix d’un acide aminé de remplacement. Par exemple, dans ce système, le résidu tyrosine 31 du CDR1α a une contribution totale favorable (ΔG = - 2,38 kcal/mol), mais sa composante de désolvatation électrostatique polaire est clairement défavorable (ΔG = + 3,31 kcal/mol). Ce résultat permet donc d’envisager le remplacement de la tyrosine 31 par une phénylalanine qui se distingue du précédent acide aminé par l’absence du groupe hydroxyle, responsable de la partie électrostatique polaire. Une telle substitution permet donc de garder toutes les contributions favorables de la tyrosine tout en éliminant la partie défavorable. De telles analyses sont à la base de l’optimisation rationnelle des TCR contre les cibles tumorales.

Un des aspects importants de ce programme d’optimisation rationnelle de TCR est le choix de la cellule de départ. L’étroite collaboration avec les groupes d’immunomonitoring humain permet en effet de sélectionner des lymphocytes particuliers obtenus chez des patients ayant présenté une évolution clinique favorable [4]. De telles cellules (et TCR spécifiques) sont en effet parfois observées en grande quantité dans le sang circulant des patients et semblent procurer une immunité de longue durée. De tels clones sont appelés « immunodominants » pour cette raison. Étant donné que l’approche rationnelle permet de faire des optimisations itératives et bien contrôlées de l’affinité du TCR pour son ligand, il paraît particulièrement intéressant de l’appliquer à une cellule de départ présentant un caractère immunodominant. Il est en effet raisonnable de penser que cette propriété, qui est certainement multifactorielle (propriétés cinétiques du TCR, relations avec le corécepteur…), sera, dans une grande mesure, préservée dans les mutants proposés.
tableau 1 Décomposition en contributions énergétiques de l’interaction TCR-p-CMH. Les différentes contributions à l’énergie libre de liaison du complexe TCR-p-CMH ont été calculées en utilisant la méthode MM-GBSA. Tous les résidus importants de la chaîne α sont listés [3]

Résidu

Boucle

Ser93

CDR3

0,63

-9,06

3,04

-0,01

0,17

-5,23

Phe100

CDR3

-3,59

0,74

1,36

-0,72

0,65

-3,04

Tyr31

CDR1

-3,46

2,37

3,31

-0,61

0,75

-2,38

Tyr50

CDR2

-3,70

4,02

5,63

-0,57

0,58

-2,08

Lys68

HV4

0,87

-56,18

53,34

-0,34

0,59

-1,72

Ser27

CDR1

-0,52

-5,14

4,32

-0,32

0,06

-1,60

Lys48

CDR2

0,63

-65,57

62,44

-0,26

1,25

-1,51

Tyr26

CDR1

-1,06

-1,46

1,79

-0,11

-0,11

-0,95

Ala28

CDR1

-0,73

0,49

-0,37

-0,33

0,13

-0,81

AlalOl

CDR3

-0,40

-0,38

0,24

-0,08

0,02

-0,60

Leu104

CDR3

-0,10

0,15

0,06

-0,00

0,33

-0,52

Ser51

CDR2

-0,57

-1,58

1,77

-0,46

0,47

-0,37

Gln1

-

-0,16

0,44

0,28

0,00

0,00

-0,32

Ala103

CDR3

-0,04

-0,17

0,11

0,00

-0,19

-0,29

Pro30

CDR1

-0,10

-3,20

3,14

0,00

-0,12

-0,28

Phe66

-

-0,08

0,10

0,18

0,00

-0,26

-0,26

Tyr49

CDR2

-0,21

0,15

-0,05

-0,00

-0,13

-0,24

Ser102

CDR3

-0,96

-4,31

5,08

0,17

0,13

-0,23

...

Thr29

CDR1

-0,37

-1,55

3,03

-0,18

-0,12

0,81

Asp53

CDR2

-0,10

28,56

-27,32

-0,01

0,02

1,15

Application à l’antigène NY-ESO1

À titre d’exemple, l’optimisation d’une séquence TCR-spécifique pour l’antigène NY-ESO1 est présentée. Cet antigène est du type Cancer-Testis et présente donc l’avantage d’être très spécifique des cellules tumorales. Il est, de plus, présenté par le CMH le plus fréquent chez les Caucasiens, HLA-A2, présent chez environ 50 % des patients. Ce TCR a été choisi car le lymphocyte T qui en est porteur représente un des clones immunodominants sélectionnés dans la réponse spontanée d’un patient survivant à long terme d’un mélanome métastatique. Ce clone a, de plus, vu sa fréquence augmenter au cours des vaccinations successives avec le peptide NY-ESO-1 [5]. Sa présence a pu être suivie sur de nombreuses années, procurant au patient une protection et une survie prolongées. Finalement, de bonnes données structurales sont également disponibles [6]. Ce TCR spécifique représente donc un candidat idéal pour un projet d’optimisation rationnelle dans le but d’améliorer encore la reconnaissance tumorale en augmentant son affinité pour le complexe NY-ESO-1/HLA A2.

Pour ce faire, une simulation de dynamique moléculaire d’une nanoseconde a été menée sur le complexe. La méthode MM-GBSA mise au point sur le système test décrit ci-dessus a été appliquée et les résidus clés identifiés au moyen de leur composante à l’énergie libre de liaison. Ces données ont permis de mettre en évidence plusieurs résidus dont l’interaction avec le p-CMH n’était pas optimale et pour lesquels des mutations intéressantes pouvaient être proposées. La figure 5 montre la mutation suggérée par les calculs in silico, la chaîne latérale modifiée étant représentée en violet transparent. Le résidu en question appartient au CDR2 de la chaîne Vβ. Par l’approche in silico et en essayant systématiquement différents acides aminés à cette position, il a été possible de prédire quel acide aminé augmenterait la liaison du TCR en faisant une interaction favorable avec le CMH. Des approches analogues ont permis de proposer un grand nombre de modifications faisant intervenir des résidus de la chaîne α et de la chaîne β du TCR.

Une fois les mutations déterminées et évaluées in silico, ces dernières peuvent être testées in vitro en exprimant le TCR et le p-CMH de manière soluble et en mesurant son affinité par des tests Elisa ou par Biacore. Ces constructions sont obtenues par une approche de biologie moléculaire standard après troncation de la partie intramembranaire. La figure 6 montre le résultat d’un Elisa effectué pour la mutation décrite ci-dessus et illustrée dans la figure 5. Le TCR muté montre bien ici une affinité accrue par rapport à la séquence naturellement sélectionnée chez le patient. Il est bien entendu possible de combiner plusieurs mutations individuelles afin d’amener l’affinité aux valeurs désirées pour garantir une activation optimale du lymphocyte lors de son contact avec la cellule tumorale. Ces travaux sont en cours.

Retour à la clinique

Une fois la séquence TCR optimale déterminée in silico et validée in vitro par les expériences sur molécules solubles, il est nécessaire d’évaluer l’effet des modifications sur la fonction des lymphocytes. Dans ce but, le gène codant pour le TCR modifié est introduit dans une cellule T dont le TCR endogène n’a pas de réactivité croisée avec l’épitope d’intérêt. Cette procédure est effectuée par un vecteur viral (rétrovirus ou lentivirus). À noter que des mutations sont généralement introduites à l’interface entre la chaîne α et la chaîne β de manière à empêcher un appariement croisé entre les chaînes endogènes et les chaînes introduites. Il est alors possible de tester la spécificité du lymphocyte résultant sur des lignées tumorales et de quantifier le gain de la ou des mutations apportées au TCR. Ces vérifications sont actuellement en cours d’évaluation dans notre centre, mais les résultats préliminaires sont encourageants.

Finalement, le lymphocyte T ainsi modifié sera utilisé dans des essais cliniques de phase I. La faisabilité d’une telle approche a récemment été montrée en utilisant une séquence TCR naturelle sans les modifications in silico décrites ici [7]. Dans cette étude, les lymphocytes modifiés ont pu être suivis par PCR et il a pu être montré de remarquables réponses cliniques chez les patients qui présentaient un taux élevé et persistant de lymphocytes modifiés. Dans d’autres cas, la population transférée a diminué spontanément et n’a pas procuré l’effet espéré, preuve que certains mécanismes de régulation fine de l’homéostasie lymphocytaire doivent encore être mieux compris avant le passage à grande échelle dans ce genre de thérapie. Toutefois, l’immunothérapie par transfert adoptif représente à l’heure actuelle la plus solide option thérapeutique chez les patients souffrant de mélanome métastatique avec des taux de réponse pouvant atteindre jusqu’à 50 % dans certaines études [8].

Conclusion

L’approche présentée ici présente des avantages importants pour l’optimisation de TCR. S’il existe des méthodes permettant de sélectionner expérimentalement, parmi des séquences aléatoires, celles qui ont la meilleure affinité, comme dans des approches de type ribosome display [9], l’approche rationnelle permet de maîtriser beaucoup plus finement les propriétés des TCR générés.

La méthode in silico visant à ne sélectionner que les résidus clés à muter, la maturation de l’affinité peut se faire en ne modifiant qu’un nombre très restreint de résidus. Le risque de générer une réponse immunitaire contre la surface modifiée du TCR est de ce fait réduit par rapport à des techniques de type ribosome display, où la séquence finale peut être complètement divergente de la séquence de départ. Le peu de modifications apportées présente également l’avantage de conserver au mieux les propriétés générales du TCR sélectionné dont la fonction est plus modulée que reconstituée de novo. La sélection de la cellule immunodominante de départ est donc cruciale. Il paraît donc clair qu’une telle approche doit s’inscrire dans un projet de recherche translationnelle qui part d’un immunomonitoring fin des patients. De plus, les résultats des premières études cliniques vont permettre de repenser les modifications de séquences apportées ; en effet, si les TCR générés ne sont pas assez spécifiques et induisent une auto-immunité, il sera possible de privilégier les optimisations faisant intervenir des contacts avec le peptide spécifique de la tumeur par rapport aux contacts faisant intervenir le CMH qui est commun à toutes les cellules.

Il apparaît donc qu’une des clés du succès d’une telle approche réside dans l’intégration étroite des données issues des patients avec celles du laboratoire et qu’un tel scénario n’est possible que dans un effort de recherche translationnelle impliquant de nombreux acteurs.

Remerciements

Les travaux présentés dans cet article ne peuvent être envisagés que dans le cas d’une large collaboration translationnelle. La liste des personnes impliquées est trop longue pour être mentionnée de manière exhaustive, mais les principaux acteurs sont listés ci-dessous. Les Dr Pedro Romero et Daniel Speiser sont responsables des aspects d’immunologie moléculaire au sein de l’Institut Ludwig (LICR) et du Centre du cancer de Lausanne (CCL). Ils sont notamment en charge des essais cliniques de vaccination active basée sur des peptides. Le Dr Nathalie Rufer est responsable de l’immunomonitoring spécifique chez le patient dans le cadre du projet NCCR Molecular Oncology. La plupart des séquences TCR utilisées proviennent de son activité. Elle est, de plus, responsable du projet de transfert par vecteur viral des TCR optimisés dans des populations de lymphocytes cibles. L’expression de TCR solubles et les mesures préliminaires d’affinité ont été réalisées par le Dr Melita Irving, le Dr Muriel André et le Dr Dafné Schmidt. Le Dr Vincent Zoete est, finalement, un des acteurs principaux dans les aspects de modélisation moléculaire. Il est responsable de recherche au sein du Groupe de modélisation moléculaire de l’Institut suisse de bio-informatique. Vincent Zoete a dirigé Mathias Ferber qui a participé à l’étude du récepteur NY-ESO-1.

Références

1 Valmori D, Dutoit V, Lienard D, Lejeune F, Speiser D, Rimoldi D, et al. Tetramer-guided analysis of TCR beta-chain usage reveals a large repertoire of melan-A-specific CD8+ T cells in melanoma patients. J Immunol 2000 ; 165 : 533-8.

2 Garboczi DN, Ghosh P, Utz U, Fan Q, Biddison WE, Wiley D. Structure of the complex between human T-cell receptor, viral peptide and HLA-A2. Nature 1996 ; 384 : 134-41.

3 Zoete V, Michielin O. Comparison between computational alanine scanning and per-residue binding free energy decomposition for protein-protein association using MM-GBSA : application to the TCR-p-MHC complex. Proteins 2007 ; 67 : 1010-25.

4 Rufer N. Molecular tracking of antigen-specific T-cell clones during immune responses. Curr Opin Immunol 2005 ; 17 : 441-7.

5 Baumgaertner P, Rufer N, Devevre E, Derre L, Rimoldi D, Geldhof C, et al. Ex vivo detectable human CD8 T-cell responses to cancer-testis antigens. Cancer Res 2006 ; 66 : 1912-6.

6 Chen JL, Stewart-Jones G, Bossi G, Lissin NM, Wooldridge L, Choi EM, et al. Structural and kinetic basis for heightened immunogenicity of T cell vaccines. J Exp Med 2005 ; 201 : 1243-55.

7 Morgan RA, Dudley ME, Wunderlich JR, Hughes MS, Yang JC, Sherry RM, et al. Cancer regression in patients after transfer of genetically engineered lymphocytes. Science 2006 ; 314 : 126-9.

8 Dudley ME, Wunderlich JR, Yang JC, Sherry RM, Topalian SL, Restifo NP, et al. Adoptive cell transfer therapy following non-myeloablative but lymphodepleting chemotherapy for the treatment of patients with refractory metastatic melanoma. J Clin Oncol 2005 ; 23 : 2346-57.

9 Zahnd C, Amstutz P, Pluckthun A. Ribosome display : selecting and evolving proteins in vitro that specifically bind to a target. Nat Methods 2007 ; 4 : 269-79.


 

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