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Les nouveaux équipements en radiothérapie


Bulletin du Cancer. Volume 94, Numéro 1, 109-13, Janvier 2007, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2007.0181

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Jean-Jacques Mazeron, Philippe Lang, Jean-Marc Simon, Thierry Toubiana, Loïc Feuvret, Gilbert Boisserie , Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, Service d’oncologie radiothérapique, 43-87 boulevard de l’Hôpital, 75661 Paris Cedex 13.

Résumé : Le développement de techniques sophistiquées de radiothérapie conformationnelle, comme la radiothérapie conformationnelle avec modulation d’intensité, la radiothérapie guidée par l’image, la radiothérapie adpatative et la radiochirurgie, exige la plus grande précision. Cela a amené la mise au point de nouveaux appareils et de techniques : appareils d’imagerie tridimensionnelle, systèmes de planification des doses sophistiqués, équipements de radiothérapie asservie à la respiration (gating et tracking), imagerie embarquée, tomothérapie, etc. Le propos de cette mise au point est de présenter brièvement les nouveaux équipements utilisés dans les services de radiothérapie pour délivrer la radiothérapie conformationnelle.

Mots-clés : radiothérapie conformationnelle avec modulation d’intensité, radiothérapie guidée par l’image, radiothérapie adaptative, radiochirurgie, radiothérapie asservie à la respiration, tomothérapie

ARTICLE

Auteur(s) : Jean-Jacques Mazeron, Philippe Lang, Jean-Marc Simon, Thierry Toubiana, Loïc Feuvret, Gilbert Boisserie

Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière, Service d’oncologie radiothérapique, 43-87 boulevard de l’Hôpital, 75661 Paris Cedex 13

Article reçu le 22 Novembre 2006, accepté le 28 Novembre 2006

La radiothérapie de basse énergie est centenaire. Celle de haute énergie est maintenant cinquantenaire. Les premiers appareils de télécobathérapie, qui produisent des photons γ d’énergie moyenne 1,25 MeV, ont en effet été commercialisés dans les années cinquante. Ils doivent, sauf exception, par décision gouvernementale disparaître des services d’oncologie radiothérapique français en 2007, remplacés par des accélérateurs linéaires. Les premiers de ceux-ci ont été mis sur le marché dans les années soixante. Produisant des photons X et des électrons d’énergie pouvant atteindre plus de 25 MeV, ils constituent actuellement la quasi-totalité des appareils de traitement des services d’oncologie radiothérapique des pays industrialisés.La radiothérapie de haute énergie s’est donc développée dans les années soixante-dix et quatre-vingts. Elle constituait un progrès considérable par rapport aux techniques antérieures, essentiellement par le biais d’une diminution des doses délivrées aux tissus sains situés en dehors du volume cible, particulièrement les revêtements cutanés. Cependant, si la qualité des appareils en termes d’homogénéité, de stabilité et de sécurité des faisceaux était déjà excellente et est relativement comparable à celles des machines actuellement commercialisées, la radiothérapie souffrait d’une insuffisance de moyens de repérage des volumes tumoraux et des organes à risque. La radiologie était en effet à l’époque fondée sur des radiographies standard et quelques rares tomographies, bien souvent peu précises.C’est le formidable développement des ordinateurs qui a permis celui des scanographes et des remnographes, donc d’une imagerie en trois dimensions, qui a été mise à profit pour mettre au point la radiothérapie conformationnelle tridimensionnelle, devenue maintenant la technique de routine des services d’oncologie radiothérapique. Les principes en sont :
  • un système d’immobilisation du patient rigoureux,
  • une imagerie tridimensionnelle en position de traitement,
  • une dosimétrie tridimensionnelle fondée sur cette imagerie,
  • la vérification de la bonne délivrance du traitement par une imagerie produite par l’appareil de traitement, dite imagerie portale.
L’avènement de la radiothérapie conformationnelle tridimensionnelle a donc constitué dans les services d’oncologie radiothérapique un changement des pratiques aussi radical qu’ a pu l’être l’avènement de la scanographie et de l’IRM dans ceux de radiologie. Parallèlement, là encore en mettant à profit la puissance constamment et rapidement croissante des ordinateurs, donc des moyens de calcul, l’industrie a mis sur le marché de multiples équipements nouveaux permettant à la fois de délivrer la devenue classique radiothérapie conformationnelle dans des conditions de sécurité accrues, mais aussi de développer des techniques que l’on aurait difficilement imaginées dans un passé relativement proche. Ce sont ces nouveaux équipements que nous nous proposons de détailler dans cette mise au point. Nous ne traiterons pas des techniques de curiethérapie, qui ont fait l’objet d’une mise au point en 2005 [1].

Les systèmes de contention

Différents moyens de contention sont utilisés pour placer sur la table le patient dans les conditions de traitement [2]. Ils sont indispensables à la qualité du positionnement et surtout du repositionnement du patient. Ils sont les mêmes lors de la préparation et dans les postes de traitement, par exemple des appuis-bras, des cale-pieds, des repose-genoux. Dans la région de la tête et du cou, ce sont des masques thermoformés individuels qui sont le plus souvent utilisés, mais lorsque la précision requise est de l’ordre du millimètre, comme c’est le cas des irradiations en conditions stéréotaxiques crâniennes, on est amené à utiliser un cadre stéréotaxique fixé rigidement à la tête du patient et à la table de traitement. Lorsque l’organe à irradier est mobile avec la respiration, il faut pour obtenir une précision maximale utiliser les techniques d’asservissement à la respiration, développées ci-dessous. Quant aux enfants en bas âge, il est souvent nécessaire de les immobiliser avec un matelas-coquille, identique à celui utilisé pour les polytraumatisés.

Le repérage et la dosimétrie

Les avancées technologiques de l’imagerie ont donc eu un impact sans précédent sur la pratique quotidienne de la radiothérapie. Les images tridimensionnelles ont été pleinement exploitées par les systèmes de planification des doses grâce à la puissance sans cesse accrue des ordinateurs pour préparer une radiothérapie de plus en plus conformationnelle, en « plaquant » l’isodose de référence sur la surface du volume cible. C’est la scanographie qui sert au calcul de la distribution des doses, car le logiciel utilise les nombres de Hounsfield pour estimer la densité des tissus à traverser. Les classiques simulateurs sont maintenant remplacés dans de nombreux services par des scanographes-simulateurs, qui sont en fait des scanographes utilisés en radiodiagnostic dont le tunnel a été élargi pour pouvoir positionner le patient comme dans la salle de traitement et qui sont équipés d’un système de faisceaux laser pour visualiser les portes d’entrée des faisceaux.

D’autres systèmes d’imagerie, au premier rang desquels l’IRM en diverses séquences et la TEP, sont cependant couramment utilisés pour aider à la délinéation du volume tumoral macroscopique et des organes à risque. Les systèmes de planification des doses sont en effet équipés de modules de recalage qui permettent de superposer des images d’origines différentes, par exemple scanographie et IRM [3]. Dans ce cas, les contours sont tracés sur l’IRM, puis recalés sur la scanographie sans injection, qui sert à la planification des doses. On obtient ainsi une représentation tridimensionnelle du volume cible et des organes critiques que le physicien va utiliser pour planifier le traitement et mettre à la disposition du radiothérapeute :

  • des images (c’est ce que l’on appelle la simulation virtuelle) de chaque faisceau, communément appelées DRR (digitally reconstructed radiographs) ;
  • un tracé des courbes isodoses (ensemble des points recevant la même dose), sur un échantillon de coupes scanographiques (ou encore remnographiques) ;
  • un histogramme dose-volume des volumes cibles et des organes à risque (représentation graphique du volume exprimé en pourcentage en fonction de la dose délivrée).

Jusqu’à ces dernières années, la règle en radiothérapie était de délivrer une dose la plus homogène possible dans le volume irradié. Selon les recommandations internationales (de l’International Commission on Radiation Units and Measurements), le volume tumoral macroscopique ne devait recevoir en aucun point une dose inférieure à 95 % de celle prescrite et les tissus sains une dose supérieure à 107 %. L’avènement des collimateurs multilames (un collimateur multilame est constitué de lames parallèles dont chacune est commandée par un moteur et peut se déplacer indépendamment, il remplace les caches standardisés ou individualisés utilisés précédemment pour affiner la forme du faisceau, qui est carré ou rectangulaire lorsqu’il sort de l’appareil) et leur possibilité de faire varier la fluence en énergie (qui est en fait une intensité de dose car la dose est directement proportionnelle à la fluence) ont amené à faire évoluer ces règles. En effet, avec la modification d’intensité qui en résulte, il est possible de faire varier la dose à l’intérieur du faisceau, pour l’augmenter dans tout ou partie du volume tumoral macroscopique et/ou la diminuer dans un ou plusieurs organes à risque. C’est notamment le cas lorsque le volume cible a une forme concave et entoure un organe à risque, par exemple les tumeurs de la prostate ou de la base du crâne. La radiothérapie conformationnelle avec modulation d’énergie (RCMI en français, IMRT en anglais) peut donc être réalisée avec un accélérateur muni d’un collimateur multilame. Le principe de la tomothérapie (voir ci-dessous) en découle.

L’imagerie en salle de traitement

La qualité du positionnement quotidien du patient est un des points critiques de la préparation du traitement. L’imagerie portale a remplacé les classiques gammagraphies (radiographies obtenues avec le faisceau de traitement et un film radiologique placé derrière le patient). Elle est produite par une série de détecteurs placés derrière le patient et un système informatique qui construit une image qui est affichée à l’écran en temps réel et peut aussi être imprimée et archivée. Cette image est directement comparée à la DRR produite par le système de planification des doses (elle-même affichée à l’écran) en vue d’un éventuel repositionnement. Ces systèmes ne produisent cependant qu’une vue à la fois, ce qui ne permet pas de détecter correctement certaines translations ou rotations du patient.

Tout récemment ont été mis au point des systèmes d’imagerie bi ou tridimensionnelle, ce que l’on appelle l’imagerie embarquée [4]. Le principe de cette radiothérapie guidée par l’image en est simple. On place directement sur l’accélérateur ou sur les parois de la salle deux sources orthogonales de rayons de basse énergie et dans les directions opposées des détecteurs (un des deux systèmes orthogonaux est parfois remplacé par le faisceau de haute énergie de l’accélérateur et l’imageur portal). Les images obtenues sont comparées par l’ordinateur à celles issues de la scanographie de repérage et les écarts par rapport à la position de référence (dans les trois directions de l’espace et les trois angles) affichés à l’écran. Le manipulateur peut alors repositionner le patient manuellement ou automatiquement en jouant sur les mouvements de la table robotisée de traitement. Ce repositionnement est évidemment le plus souvent fondé sur des images radiologiques des structures osseuses et ne permet pas de prendre en compte le déplacement d’un organe interne (pour éviter l’irradiation du patient, certains ont aussi proposé un système infrarouge utilisant des repères placés sur la peau). Il peut aussi se faire en implantant préalablement des repères métalliques dans l’organe cible, par exemple la prostate. La visualisation d’un organe interne est possible avec une précision acceptable à partir d’une imagerie tomodensitométrique produite en faisant faire un tour à l’imagerie embarquée, ce qu’on appelle la tomodensitométrie conique (en anglais cone-beam-CT) [5]. Les appareils de tomothérapie (voir ci-dessous) peuvent aussi produire des images tomodensitométriques. Enfin, certains centres américains ont installé un scanographe dans la salle de l’accélérateur, la séance de radiothérapie étant précédée d’une scanographie [6]. Le faisceau peut ainsi être repositionné à partir d’une imagerie tomodensitométrique pour prendre en compte le déplacement du volume-cible à l’intérieur de l’organisme par rapport à l’image de référence ; à l’heure actuelle, cela n’est cependant pas réalisable en routine, une intervention humaine consistant en la délinéation de ce volume étant nécessaire. C’est ce qu’on appelle la radiothérapie adaptative.

La radiothérapie asservie à la respiration

Les techniques d’asservissement à la respiration sont particulièrement utiles pour traiter les tumeurs situées dans le thorax, les seins et le foie, en permettant de réduire le volume de tissus sains irradiés, particulièrement les poumons et le cœur. Sans asservissement, il n’y a pas d’autre solution que de prendre en compte ces mouvements lors de la planification du volume à irradier, c’est-à-dire d’augmenter les marges de tissus sains à irradier autour du volume cible. Trois techniques d’asservissement peuvent être proposées [7] :
  • la respiration est bloquée (avec l’aide d’un spiromètre), généralement en inspiration, pendant l’acquisition de la scanographie utilisée pour la planification du traitement et le traitement lui-même, soit volontairement, soit par l’occlusion d’une valve ;
  • le traitement se fait en respiration libre et la radiothérapie est discontinue ; le déclenchement de l’appareil de traitement se fait durant une fraction, toujours identique, de chaque cycle respiratoire (gating) à l’aide de marqueurs placés sur la peau ou d’un spiromètre ;
  • le traitement est continu et se fait en respiration libre, guidé par les marqueurs externes et/ou internes et une imagerie embarquée (voir le Cyberknife™, ci-dessous).

La radiothérapie en conditions stéréotaxiques

La radiothérapie en conditions stéréotaxiques, souvent appelée radiochirurgie bien qu’il s’agisse d’une irradiation transcutanée, a été conçue par le neurochirurgien suédois Leksell dans les années soixante. Celui-ci a imaginé remplacer un acte chirurgical d’exérèse par une irradiation en une seule séance de très forte dose (plusieurs dizaines de Gy) dans un volume soigneusement ciblé chez un malade dont la tête est immobilisée par un cadre stéréotaxique. Le traitement se fait dans la journée. Il commence par la pose sous anesthésie locale du cadre, puis par le repérage de la cible, à l’heure actuelle par IRM et scanographie, complété si nécessaire par une angiographie. Ensuite, après que le médecin a délinéé la cible et les organes à risque, le physicien prépare le plan de traitement, puis celui-ci est réalisé, la tête du patient immobilisée par le cadre qui est enfin déposé une fois que l’irradiation a été complétée. Peuvent être ainsi traitées des cibles de petit volume, qu’il s’agisse de malformations veineuses inopérables, de métastases uniques ou en petit nombre, de neurinomes, de méningiomes, etc. Plus récemment, s’est développée la radiothérapie en conditions stéréotaxiques extracrânienne, qui consiste à délivrer une irradiation non fractionnée ou pauci-fractionnée dans des cibles de petit volume, par exemple des tumeurs pulmonaires inopérables, des métastases pulmonaires ou hépatiques, des hépatocarcinomes.

Le premier appareil utilisé pour la radiothérapie en conditions stéréotaxiques a été le Gamma Knife™ d’Elekta™, conçu par Leksell. Il s’agit d’un appareil de télécobalthérapie dans lequel 201 petites sources de cobalt 60 produisent chacune un mini-faisceau dirigé vers un isocentre. Chaque mini-faisceau est circulaire et un a diamètre de 4 à 18 mm selon la collimation secondaire utilisée. Le volume irradié est donc sphérique et, si la cible est asphérique, elle est décomposée en plusieurs sphères contiguës qui sont traitées l’une après l’autre (traitement multicible). Le Gamma Knife™ est un appareil fiable et robuste, mais il a un certain nombre d’inconvénients, un coût très élevé, l’obligation de remplacer les sources environ tous les cinq ans (la période du cobalt 60 est de 5,3 ans) et d’utiliser un cadre de stéréotaxie fixé à la boîte crânienne, l’impossibilité de fractionner aisément le traitement ou de traiter des cibles extracrâniennes et, enfin, du fait de la durée des traitements, la possibilité de ne traiter qu’un petit nombre de patients par jour. Deux centres français sont équipés de ce type de machine.

La majorité des centres français qui se sont équipés récemment pour la radiothérapie en conditions stéréotaxiques ont choisi un accélérateur complètement ou partiellement dédié. Les deux machines dédiées actuellement commercialisées en France sont le Novalis™ de Brainbab™ et le Cyberknife™ d’Accuray™.

Le Novalis™ est un accélérateur produit par Varian™ de 6 mV muni d’un collimateur microlame BrainLab™ fixe de 10 x 10 cm, d’une table robotisée d’une imagerie de basse énergie et d’un système infrarouge extérieurs à la machine guidant la robotique. Il permet tous les types de radiothérapie en conditions stéréotaxiques, non fractionnées ou fractionnées, crâniennes ou extracrâniennes, avec ou sans cadre de stéréotaxie. Le traitement est uni-isocentrique, ce qui garantit une très bonne homogénéité de dose à l’intérieur du volume irradié, et est délivré par des faisceaux fixes ou des arcs dits « dynamiques » (le collimateur microlame adapte la forme du faisceau à celle de la cible au fur à mesure que le faisceau effectue sa rotation). Les traitements durant environ une demi-heure, un grand nombre de patients peut être traité quotidiennement. Il y a actuellement deux machines en service en France. Les inconvénients du Novalis sont un coût relativement élevé et la fixité du collimateur microlame, qui empêche d’irradier par des faisceaux de grande largeur. C’est pourquoi de nombreux centres ont choisi une machine partiellement dédiée à la radiothérapie en conditions stéréotaxiques, mais de caractéristiques très voisines ; l’accélérateur linéaire est quasi identique, mais le collimateur micromultilame est amovible et est démonté lorsque doivent être réalisées des irradiations classiques.

Le Cyberknife™ est un appareil de conception complètement nouvelle. Il permet tous les types de radiothérapie en conditions stéréotaxiques, non fractionnées ou fractionnées, crâniennes ou extracrâniennes, sans cadre de stéréotaxie [8]. Un accélérateur miniaturisé est monté sur un robot industriel de grande précision. Le faisceau de 6 mV peut être dirigé à travers la lumière d’un collimateur rond de 5 à 60 mm dans une grande variété de directions. Il est guidé par une imagerie en temps réel produite par des tubes de rayons X fixés dans la salle de traitement et des détecteurs au silicium amorphe placés sur le sol et un système infrarouge. Le collimateur étant fixe, le traitement est « multicible », comme sur le Gamma Knife™, mais le nombre des « tirs » pouvant être de plusieurs centaines, l’homogénéité à l’intérieur du volume cible s’avère satisfaisante. Le Cyberknife™ est actuellement la machine la plus adaptée au tracking. Les traitements sont relativement longs, ce qui fait que seulement un petit nombre de patients peut être traité par jour. Cela et le prix très élevé de l’appareil et de l’installation en limitent la diffusion. Trois machines doivent être installées en France dans les mois à venir, ce qui permettra une évaluation de la technique.

La tomothérapie

La tomothérapie hélicoïdale [9] est une combinaison de la radiothérapie conformationnelle avec modulation d’intensité (RCMI) et de la radiothérapie guidée par l’image (IGRT). L’appareil utilise un accélérateur compact de 6 mV et une série de détecteurs pour la scanographie de haute énergie montés en opposition sur un bras en anneau qui tourne autour du patient. Sa conception rappelle donc celle d’un tomographe hélicoïdal, dans lequel la source de rayons X de basse énergie a été remplacée par un canon d’accélérateur linéaire et les détecteurs adaptés à la haute énergie de ces rayons X. Les images acquises par les faisceaux de rayons X sont mises à profit pour vérifier la position du patient et de ses organes avant la séance de radiothérapie. La qualité des images est certes inférieure à celle d’une scanographie diagnostique classique, mais suffisante pour cette vérification et pour permette un ajustement de la position du patient ; l’image peut cependant s’avérer supérieure à celle de la scanographie classique si sont présentes des pièces métalliques, comme des prothèses de hanche. L’appareil fonctionne pendant l’irradiation comme un tomographe hélicoïdal. Le faisceau de haute énergie, dirigé vers le centre du tunnel, effectue des rotations tandis que la table avance à vitesse lente et constante. Le faisceau, collimaté par des mâchoires, est une bande de quelques centimètres de largeur dont le grand axe est perpendiculaire à celui de la table de traitement. Lorsque le faisceau effectue ses rotations, sa forme est ajustée tous les 7° par un collimateur de 64 lames, ce qui produit la modulation d’intensité ; tout se produit ainsi comme si, à chaque rotation, 51 petits faisceaux étaient successivement utilisés pour irradier le volume cible. Le fort débit des faisceaux (8 Gy/min au centre de l’anneau) fait que les séances de radiothérapie durent en première approximation comme avec une RCMI classique (15 à 20 minutes).

La tomothérapie révolutionne les techniques de radiothérapie. Il n’est plus besoin de faisceaux multiples, de photons de plusieurs énergies, d’électrons, de « réductions » de faisceaux, de jonctions de faisceaux, etc. L’appareil irradie « en bloc » un volume dans lequel on a défini des contraintes de dose à la tumeur et aux organes à risque. Cette RCMI sophistiquée apparaît particulièrement intéressante dans le cas :

  • de volumes cibles complexes de l’encéphale et de la base du crâne,
  • de tumeurs de la sphère ORL,
  • de tumeurs du sein, surtout quand il faut irradier les aires ganglionnaires,
  • de tumeurs du pelvis,
  • de sarcomes des membres,
  • d’irradiation corporelle totale (le déplacement de la table est cependant limité à 160 cm),
  • d’irradiation médullaire totale (qui pourrait remplacer l’irradiation corporelle totale en permettant de mieux protéger les organes critiques).

La technique a cependant un certain nombre de défauts. Elle est pour l’instant inadaptée aux techniques de radiothérapie assistée à la respiration. Les irradiations « circulaires » (comme d’ailleurs les RCMI) délivrent une dose intégrale plus forte que les irradiations classiques par la technique dite « des feux croisés », ce qui peut être un inconvénient non négligeable pour traiter de cibles volumineuses, particulièrement du tronc, chez les enfants, les adolescents et les adultes jeunes. L’accroissement des doses délivrées à de larges volumes de tissus sains pourrait être à l’origine d’une augmentation du risque de cancer secondaire. Enfin, l’équipement est nettement plus coûteux qu’un accélérateur linéaire classique.

La commercialisation de la machine étant très récente, il y a peu de résultats cliniques disponibles. Le concept de la machine apparaît particulièrement attractif et on peut raisonnablement se demander si l’on n’assiste pas à un nouveau tournant, comme l’avait été il y a maintenant plusieurs décennies l’avènement des appareils de télécobalthérapie, puis des accélérateurs linéaires. Trois machines vont être mises en service en France dans les mois à venir, ce qui permettra une évaluation de la technique.

Les hadrons : protons et ions carbone

Les protons n’ont pas de caractéristiques biologiques très différentes de photons et des électrons, mais ont des propriétés balistiques particulières [10]. Lorsqu’un faisceau de protons traverse un volume cible, la dose est homogène à l’intérieur mais s’annule en quelques millimètres juste derrière (pic de Bragg). De même, la pénombre latérale est particulièrement étroite. Les protons sont donc principalement utilisés pour traiter des tumeurs demandant une dose totale élevée et situées à proximité d’un organe à risque ne pouvant recevoir cette dose. La France possède deux centres de protonthérapie, l’un à Nice et l’autre à Orsay. Les deux centres traitent chaque année plusieurs centaines de patients atteints de tumeur oculaire, principalement d’un mélanome de l’uvée ; celui d’Orsay, qui dispose d’un faisceau d’énergie plus élevée (201 MeV), traite aussi des tumeurs de l’encéphale ou de la base du crâne. Le coût très élevé des installations en limite le nombre. Il est prévu de remplacer le synchrocyclotron d’Orsay (qui est issu de la transformation d’un prototype primitivement utilisé pour la recherche nucléaire et dont le faisceau est fixe) par une machine industrielle munie d’un bras isocentrique, c’est-à-dire d’un faisceau mobile. Il sera alors possible de traiter des tumeurs situées dans d’ autres autres régions anatomiques que celles citées ci-dessus. Il est aussi prévu de développer la technique chez l’enfant et l’adolescent, la protonthérapie ayant pour avantage de délivrer une dose intégrale franchement plus faible que la radiothérapie conformationnelle, notamment avec modulation d’intensité.

Il est aussi prévu d’implanter à Lyon (projet Etoile) un centre d’hadronthérapie par ions carbone. Ceux-ci ont des propriétés balistiques très voisines de celles des protons mais ont aussi des propriétés biologiques qui permettent d’espérer une meilleure efficacité clinique sur des tumeurs relativement radiorésistantes comme les sarcomes, les mélanomes, les adénocarcinomes de divers sites, etc.

Conclusion

Les dernières années ont vu l’avènement d’une multitude de nouvelles technologies qui ont profondément modifié les techniques de la radiothérapie conformationnelle. De nombreuses autres sont à l’étude. Citons la spectro-IRM, l’IRM fonctionnelle, la Tep avec des marqueurs plus performants que le 18-FDG, la dosimétrie in vivo sur imagerie portale au silicium amorphe. Cela n’est pas sans soulever des difficultés. L’investissement s’avère souvent coûteux et, même si la radiothérapie reste une des thérapeutiques les moins onéreuses parmi celles utilisées pour traiter le cancer [11], cela ne pourra se faire sans que les tutelles n’en augmentent le financement. Enfin, précision et contrôle de qualité signifient souvent un allongement des durées de traitement, ce qui risque de conduire à celui des listes d’attente. Une solution serait bien sûr d’augmenter le nombre des machines et le personnel, mais il faudra sans doute aussi compter sur une automatisation des tâches (c’est notamment le cas de la radiothérapie adaptative), source de gain de temps, pour mettre en routine rapidement tous ces progrès.

Références

1 Peiffert D. Les nouvelles curiethérapies? Bull Cancer 2005 ; 93 : 125-32.

2 Mazeron JJ, Maugis A, Barret C, Mornex F. Techniques d’irradiation des cancers. La radiothérapie conformationnelle.. Paris : Maloine Ed, 2005 ; (440 pages).

3 Bonniaud G, Isambert A, Dhermain F, Beaudré A, Feirreira I, Ricard M, et al. Recalage d’images en radiothérapie : considérations pratiques et contrôle de qualité. Cancer Radiother 2006 ; 10 : 222-30.

4 Sorcini B, Tilikidis A. Clinical application of image-guided radiotherapy, IGRT (on the Varian OBI platform). Cancer Radiother 2006 ; 10 : 252-7.

5 Pouliot J, Morin O, Aubin M, Aubry JF, Chen J, Speoght J, et al. Megavoltage cone-beam CT : récents développements et applications cliniques pour la radiothérapie conformationnelle avec modulation d’intensité. Cancer Radiother 2006 ; 10 : 258-68.

6 De Crevoisier R, Lefkopoulos D. Radiothérapie guidée par tomodensitométrie associée à l’accélérateur linéaire dans la salle de traitement. Cancer Radiother 2006 ; 10 : 245-51.

7 Giraud P, Yorke E, Jiang S, Simon L, Rosenzweig K, Mageras G. Reduction of organ motion effects in IMRT and conformal 3D radiation delivery by using gating and tracking techniques. Cancer Radiother 2006 ; 10 : 269-82.

8 Gibbs C. Frameless image-gyuided intracranial and extracranial radiosurgery using the Cyberknife™ robotic system. Cancer Radiother 2006 ; 10 : 283-7.

9 Tomsej G. Le système de tomographie hélicoïdale pour la radiothérapie modulée en intensité et guidée par l’image : développements récents et applications cliniques. Cancer Radiother 2006 ; 10 : 288-95.

10 Mazeron JJ, Noel G, Feuvret L, Calugaru V, Racadot S. Clinical complementarities between proton and carbon therapies. Radiother Oncol 2004 ; 73(suppl 2) : S50-S52.

11 Lievens Y, Van den Bogaert W. Proton beam therapy : too expensive to become true? Radiother Oncol 2005 ; 75 : 131-3.


 

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