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Actualités sur les lymphomes malins non hodgkiniens


Bulletin du Cancer. Volume 94, Numéro 1, 43-52, Janvier 2007, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2007.0185

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Krimo Bouabdallah, Noël Milpied , Service des maladies du sang, Hôpital Haut-Lévèque, 33604 Pessac.

Résumé : La prise en charge des lymphomes malins non hodgkiniens (LMNH) a changé ces dernières années. L’index pronostique international (IPI) a permis l’élaboration de programmes thérapeutiques adaptés en fonction du risque et de la probabilité de survie dans chacun des groupes pronostiques ainsi définis. La construction de protocoles de chimiothérapies intensives et de schémas thérapeutiques « densifiés » a remis en cause le dogme du « CHOP pour tout le monde ». L’avènement des anticorps monoclonaux (AcMo), en particulier du rituximab (Mabthera ®), a encore été une étape cruciale. Peut-on encore se passer du rituximab en 2006 ? Après les autorisations de mise sur le marché obtenues tant en première ligne qu’en traitement d’entretien pour les lymphomes agressifs et les lymphomes folliculaires, nul doute que d’autres indications vont suivre. La thérapeutique « ciblée » est depuis longtemps une préoccupation majeure dans le but de renforcer l’activité antitumorale et de minimiser les effets secondaires des chimiothérapies. À ce titre, la radio-immunothérapie (RIT) apparaît comme un progrès considérable dans le traitement des LMNH. Enfin, un bon traitement n’est rien sans une bonne évaluation tumorale. L’introduction de la tomographie par émission de positons dans le champ des LMNH a bouleversé les méthodes d’exploration conventionnelles et les habitudes des cliniciens. Si son intérêt est unanimement reconnu, bien des questions restent encore à éclaircir. Cette revue, sans être exhaustive, se veut avant tout une synthèse sur les avancées les plus récentes accomplies ces dernières années dans la prise en charge des LMNH.

Mots-clés : anticorps monoclonaux (AcMo), radio-immunothérapie (RIT), tomographie par émission de positons (TEP), lymphome

ARTICLE

Auteur(s) : Krimo Bouabdallah, Noël Milpied

Service des maladies du sang, Hôpital Haut-Lévèque, 33604 Pessac

Article reçu le 3 Novembre 2006, accepté le 30 Novembre 2006

Les lymphomes malins non hodgkiniens (LMNH) sont des hémopathies malignes caractérisées par une grande diversité clinique, biologique et pronostique. On distingue d’une part les LMNH agressifs, parmi lesquels les lymphomes B diffus à grandes cellules (LBDGC) sont majoritairement représentés, et, d’autre part, les lymphomes dits indolents et au sein desquels les lymphomes folliculaires occupent une place prépondérante.Parmi les LBDGC, il est habituel de distinguer les lymphomes de stade localisé des lymphomes de stade étendu même si plus de la moitié d’entre eux se présentent d’emblée comme une maladie étendue [1]. L’approche thérapeutique de ces deux groupes est différente mais l’extrême hétérogénéité des LBDGC au sein d’un même groupe explique la disparité des résultats rapportés d’une étude à l’autre, ce qui a rendu nécessaire l’identification de facteurs pronostiques permettant d’avoir des groupes homogènes de patients [2]. Dans le même temps, les réponses décevantes observées avec les chimiothérapies de type Chop, reconnues alors comme le traitement standard des lymphomes [3], ont conduit a élaborer des stratégies thérapeutiques reposant sur le concept de dose-intensité [6, 7] et d’intensification thérapeutique [4, 5]. Plus récemment, l’identification de marqueurs biologiques corrélés à la survie a permis de franchir une nouvelle étape dans la lymphomagenèse [8-10]. L’avènement des anticorps monoclonaux, et en particulier du rituximab (Mabthera®) a radicalement transformé la prise en charge des lymphomes agressifs de nos jours.Le traitement des lymphomes folliculaires (LF) a considérablement évolué également ces dernières années. Après l’intérêt suscité par l’introduction de l’interféron dans les schémas de chimiothérapie incorporant des anthracyclines [11] et son rôle débattu dans le traitement d’entretien [12], l’introduction du rituximab a modifié les standards thérapeutiques avec d’abord la démonstration de son intérêt dans les LF en rechute ou réfractaires [13, 14], puis en première ligne [15, 16] ainsi que dans le traitement d’entretien des LF répondant à un traitement de rattrapage par chimiothérapie seule ou associée au rituximab [14] où le rituximab vient d’obtenir une nouvelle indication. Son intérêt dans le traitement d’entretien en première ligne après traitement d’induction par chimiothérapie et rituximab est en cours d’investigation dans un protocole prospectif international de phase III (étude Prima).D’autres anticorps monoclonaux que le rituximab ont vu également s’intensifier leur développement dans diverses études cliniques. Parmi eux, citons l’anti-CD20 humanisé de Genmab, l’anticorps anti-CD22 ou épratuzumab ainsi que l’anticorps anti-CD52 ou alemtuzumab (campath-1H).Malgré le succès incontestable des anticorps monoclonaux, l’absence de réponse objective ou complète chez un certain nombre de patients avec un LMNH agressif ou indolent a rendu nécessaire le développement de nouvelles stratégies thérapeutiques parmi lesquelles l’utilisation d’anticorps monoclonaux couplés à un radio-isotope. Ce concept de thérapeutique ciblée permet de délivrer une dose de radiothérapie in situ en ciblant les cellules tumorales tout en réduisant la toxicité d’une radiothérapie classique. À ce titre, des traitements comme le Bexxar® couplé à l’iode 131 ou le Zevalin® couplé à l’yttrium 90 ont permis d’élargir l’arsenal thérapeutique des LMNH que ce soit en monothérapie, en association avec la chimiothérapie d’induction, en consolidation ou dans des programmes d’intensification avant autogreffe de cellules souches hématopoïétiques [17, 18].Enfin, l’évaluation de la réponse tumorale a bénéficié des progrès de l’imagerie avec l’avènement de la tomographie à émission de positons (TEP) d’abord seule puis couplée à la tomodensitométrie (TEP-TDM). L’intérêt du staging initial et de l’évaluation précoce de la réponse tumorale a été largement rapporté, notamment pour les lymphomes agressifs. Cette technique d’imagerie devrait faire partie intégrante de la prise en charge des LMNH à l’heure actuelle [19, 20].

LMNH et traitements

Lymphomes et facteurs pronostiques

Dans la grande majorité des cas, les LBDGC sont des maladies étendues d’emblée, nécessitant alors un traitement par chimiothérapie [1]. Durant près de trois décennies, le Chop a été le gold-standard de la chimiothérapie à la fois en raison des résultats rapportés par Fisher et al. [3] dans une étude intergroupe (Swog/Ecog) démontrant l’absence de bénéfice de chimiothérapies plus intenses (ProMace-CytaBom, m-Bacod, Macop-B) comparées au Chop [3] mais également pour des raisons pratiques, le Chop étant plus économique et plus facile d’utilisation. Cependant, les résultats à long terme restent décevants avec un taux actuariel de survie sans maladie à 36 % [1]. Cela s’explique en grande partie par le fait que, pour un même type histologique, les lymphomes agressifs ne sont pas des maladies uniformes ; cela a donc conduit à élaborer un modèle prédictif international (IPI) reposant sur cinq critères préthérapeutiques (âge, stade, nombre de localisations extraganglionnaires, taux de LDH et indice de performance ou PS) permettant de définir quatre groupes pronostiques distincts (faible, intermédiaire/faible, intermédiaire/élevé, élevé). Les taux de survie à 5 ans diffèrent alors sensiblement, allant de 73 % pour les groupes à risque faible à 26 % à peine dans le groupe à risque élevé [2]. Pour les patients de plus de 60 ans, l’IPI ajusté à l’âge (aa-IPI) repose sur trois critères (stade, taux de LDH et PS). Sa valeur pronostique sur la survie est tout aussi sensible.

Comme pour l’IPI qui identifie des sous-groupes de pronostic différents, de plus en plus de travaux viennent également démontrer l’importance de l’expression de certains gènes sur le pronostic, aussi bien pour les LBDGC que pour les LF. Ces études font appel à des techniques dites de micro-array ou d’analyse des profils d’expression génique et à la biologie moléculaire par PCR (polymerase chain reaction). Le principe est de déterminer si les patients bons répondeurs expriment des gènes différents de ceux qui répondent mal, permettant ainsi d’établir une signature génomique capable de prédire le pronostic et, au-delà, d’adapter la stratégie thérapeutique.

C’est ainsi que les études réalisées dans les LBDGC ont permis d’identifier deux profils géniques différents : les LBDG à centre germinatif B (CGB LBDGC) de meilleur pronostic que les LBDGC à cellules B activées (ABC LBDGC). Les premiers expriment des gènes ayant une grande similarité avec ceux des lymphocytes B normaux des centres germinatifs, ce qui permet de suggérer que ces lymphomes se développent à partir des cellules B germinatives et conservent une grande partie de leurs propriétés biologiques. Les lymphomes B activés dériveraient quant à eux de lymphocytes B en cours de différenciation plasmocytaire, comme en témoigne une faible expression de BCL-6 [8]. Lossos et al. [9] ont par la suite démontré qu’il était possible de développer un nouveau modèle prédictif fondé sur 6 gènes dont l’expression a été mesurée par PCR. Ils ont pu ainsi montrer, sur une population de 66 patients, qu’il était possible d’individualiser trois groupes pronostiques distincts (risque faible, risque intermédiaire et risque élevé) et ce indépendamment de l’index IPI. Trois de ces gènes LMO2, BCL6 (exprimés dans les CGB LBDGC) et FN1 sont associés à une survie prolongée alors que les trois autres (BCL2, CCND2 et SCYA3), exprimés dans les ABC LBDGC sont à l’inverse associés à une survie plus courte.

La même démarche a été réalisée pour les LF. Trois gènes ont ainsi été associés à la survie sans progression : EPHA1, un récepteur de type tyrosine kinase exprimé sur les lymphocytes T CD4+, SMAD1, un facteur transcriptionnel dont l’expression prédomine sur l’endothélium vasculaire, et MARCO, un récepteur macrophagique surexprimé dans les réactions inflammatoires. Dans les LF, une forte expression de APHA1 avec une faible expression des deux autres gènes est associée à une meilleure survie sans progression [10].

Il est vraisemblable que, dans un proche avenir, ces nouveaux modèles pronostiques permettront de proposer des traitements à la carte fondés sur les profils d’expression génique et les signatures moléculaires. D’ores et déjà, la majorité des protocoles actuels prévoient l’évaluation des profils génomiques et génotypiques. Reste que, jusqu’à présent, c’est sur l’index IPI que des attitudes thérapeutiques ont été construites.

Lymphomes et chimiothérapies conventionnelles

Une étude du Swog comparant trois cures de Chop plus radiothérapie (RT) à 8 cures de Chop chez des patients avec un LBDGC de stade localisé a permis de conclure en faveur du schéma court (Chop x 3 + RT) [21], faisant alors de ce type d’approche thérapeutique le traitement de référence pour les stades dits localisés (I et II). De façon pratiquement radicalement opposée, le Gela (Groupe d’étude des lymphomes de l’adulte) a comparé ce même schéma court (Chop x 3 + RT) à une chimiothérapie plus intensive jusque-là réservée aux stades avancés (ACVBP x 3 suivi d’une consolidation par méthotrexate à fortes doses, étoposide et aracytine (LNH 93-1) [22]. Les résultats de cette étude concluent à la supériorité du bras intensif avec une survie à 5 ans à 82 % comparée à 50 % pour le bras Chop + RT (p = 0,03). Toutefois, l’analyse attentive des résultats montre que ce bénéfice profite essentiellement aux patients ayant un lymphome de stade II avec une masse tumorale importante (bulk) définie par un diamètre supérieur à 10 cm. L’analyse des patients ayant une maladie de stade I et non bulk ne montre pas de différence significative sauf pour la toxicité, largement supérieure dans le bras intensif. Ces résultats amènent également à réfléchir à la prise en charge des lymphomes de stade II avec bulk dont le pronostic est comparable à celui des lymphomes de stade étendu (III-IV) et qui, par conséquent, doivent être considérés et traités comme tels [1].

Ainsi, on peut penser que des patients sélectionnés, avec un lymphome de stade I ou II sans masse tumorale importante, constituent un groupe homogène de patients avec un pronostic comparable et qu’une chimiothérapie de type Chop x 3 associée à la radiothérapie constituerait une approche optimale. Cela est cependant loin d’être le cas avec des survies à 10 ans pouvant varier de 10 à 90 % [23]. La raison d’une telle différence peut être attribuée à l’existence de facteurs pronostiques différents au sein de ce groupe et, comme pour l’IPI, on peut établir un score pronostique modifié et adapté au stade [1]. Cet IPI adapté au stade comprendrait quatre facteurs : le stade (I versus II non bulk), l’âge (< 60 ans versus > 60 ans), le taux de LDH (normal versus élevé) et le PS (< 2 versus ≥ 2). Les patients sans aucun facteur de risque (stade I, < 60 ans, PS < 2 et taux de LDH normal) sont ceux qui ont le meilleur pronostic avec des taux de survie (et probablement de guérison) à 5 et 10 ans supérieurs à 90 % après chimiothérapie incluant des anthracyclines [22-24]. L’association Chop x 3 + RT constituerait sans aucun doute le traitement de référence auquel seraient comparées d’autres approches thérapeutiques. Pour les autres patients, le choix de la chimiothérapie, le nombre de cures ainsi que la place de la radiothérapie restent débattus. Deux études publiées récemment semblent montrer que la radiothérapie n’apporte aucun bénéfice en termes de survie mais augmente simplement la toxicité liée au traitement [25, 26].

Seules des études prospectives et randomisées permettront de répondre à ce genre de questions. L’essai actuel du Goelams (Groupe ouest est des leucémies aiguës et autres maladies du sang) permettra sans aucun doute de mieux définir la place de la radiothérapie dans cette population de patients avec un lymphome agressif de stade I-II et non bulk (< 7 cm).

Au vu de ces études, il paraît clair que les résultats de la chimiothérapie de type Chop avec ou sans radiothérapie restent décevants pour les patients ayant un lymphome agressif de stade avancé. L’étude du Gela [22] démontre bien l’intérêt d’une chimiothérapie intensive pour les patients de mauvais pronostic (bulk). Un autre moyen pour améliorer ces résultats repose donc sur le concept de dose-intensité soit par l’augmentation des doses ou l’adjonction d’autres drogues au classique Chop, soit en raccourcissant les cycles de chimiothérapies. Des schémas de type Choep dans lesquels l’étoposide est introduit avec ou sans majoration des doses de cyclophosphamide (Chop à dose intensifiée) ont été utilisés aussi bien chez le sujet jeune que chez le sujet âgé [4,5,27]. Les résultats obtenus confirment l’intérêt et le bénéfice à la fois des schémas renforcés et du raccourcissement de l’intervalle sur la survie sans progression (PFS). Ces résultats sont toutefois à mettre en balance avec la toxicité de ces traitements pour lesquels le recours à un support par facteurs de croissance hématopoïétique est indispensable.

Lymphomes et intensification thérapeutique

Une autre façon d’améliorer les résultats de la chimiothérapie chez les patients jeunes avec un lymphome agressif et un index IPI élevé (> 1) est le recours à l’intensification thérapeutique avec autogreffe de cellules souches hématopoïétiques (CSH). Partant du fait que les résultats de la chimiothérapie seule sont relativement décevants avec moins de 50 % de taux de guérison dans ces formes avancées et que la chimiothérapie à fortes doses suivie d’autogreffe de CSH donne de meilleurs résultats chez les patients en rechute [28], ce type d’approche a alors été proposé en première ligne chez les patients jeunes (< 60 ans) et avec un IPI défavorable.

L’étude du Gela (LNH 87-2) [6] a analysé 451 patients âgés de moins de 55 ans avec un aa-IPI de 2 (intermédiaire/élevé) ou 3 (élevé). À l’issue de la chimiothérapie d’induction de type ACVBP (doxorubicine, cyclophosphamide, vinblastine, bléomycine et prednisone), 236 patients en rémission complète (RC) ont été randomisés entre une consolidation conventionnelle par chimiothérapie ou autogreffe de CSH. Avec un recul de 8 ans, la survie sans maladie (DFS) et la survie globale sont significativement plus élevées dans le bras intensif (55 et 64 % versus 39 et 49 % respectivement ; p = 0,02 et p = 0,04).

Une étude plus récente du Goelams [7] confirme la supériorité de l’intensification thérapeutique et de la greffe autologue. Dans cette étude, 197 patients âgés de 15 à 60 ans avec un aa-IPI inférieur ou égal à 2 (faible, intermédiaire/faible et intermédiaire/élevé) ont été randomisés entre une chimiothérapie par Chop (4 cures) ou un schéma plus intensif associant 2 cures de CEEP (cyclophosphamide, épirubicine, vindésine et prednisone). Les patients en réponse (au moins partielle) ont par la suite été randomisés entre 4 cures de Chop supplémentaires ou intensification avec autogreffe de CSH. Les résultats montrent une meilleure survie sans événements (EFS) à 5 ans pour l’autogreffe comparée à la chimiothérapie, 55 ± 5 % versus 37 ± 5 % respectivement. Cette différence est particulièrement nette pour le sous-groupe de patients le plus défavorable (intermédiaire/élevé) avec une EFS et une survie globale de 56 ± 7 % et 74 ± 6 % versus 28 ± 5 % et 44 ± 7 % respectivement (p = 0,003 et p = 0,001).

Ces résultats plaident donc en faveur des schémas d’intensification reposant sur une chimiothérapie d’induction renforcée suivie d’une autogreffe de CSH. Mais qu’en est-il maintenant, à l’heure du rituximab ? Faut-il revoir cette stratégie ? C’est là justement la question posée dans le protocole Goelams-075 actuellement en cours et qui compare le bras intensif du Goelams-072 (CEEP et intensification) à une chimiothérapie par Chop14 + rituximab.

LMNH et anticorps monoclonaux

L’introduction des anticorps monoclonaux et plus particulièrement du rituximab dans l’arsenal thérapeutique des lymphomes [29] a sensiblement modifié la prise en charge thérapeutique des patients.

Rituximab et lymphomes agressifs

Le rituximab est le premier anticorps monoclonal à avoir obtenu l’autorisation de mise sur le marché (AMM), d’abord dans les lymphomes folliculaires réfractaires ou en seconde rechute puis dans les LBDGC CD20+ en association avec une chimiothérapie de type Chop. L’utilisation première de cet anticorps chimérique dans les LBDGC a été faite en monothérapie chez des patients en rechute ou réfractaires avec des taux de réponse globale autour de 30 % [30]. Par la suite, l’intérêt de l’association chimiothérapie (Chop) et rituximab a été démontré dans une étude de phase II dans laquelle 33 patients avec un LBDGC et non traités antérieurement ont reçu du rituximab à J-2 d’une chimiothérapie par Chop pour un total de 6 cures [31]. Dans cette étude, le taux de réponse globale est de 94 % (31 patients) dont 61 % (20) de RC.

L’étude du Gela a été la première à comparer 8 cycles de Chop21 seul à l’association Chop21 + rituximab chez des patients de 60 à 80 ans avec un LBDGC et n’ayant jamais reçu de traitement antérieur. Les résultats publiés confirment l’intérêt de l’association à la fois sur le taux de RC et sur la survie globale [32, 33]. Une autre étude américaine s’adressant à la même catégorie de patients âgés a confirmé les bons résultats de l’association R-Chop sur la PFS mais pas sur la survie globale [34]. Ces résultats doivent cependant être interprétés prudemment car d’une part le schéma d’administration du rituximab diffère de celui utilisé dans l’étude du Gela et d’autre part les patients répondeurs au traitement d’induction font l’objet d’une deuxième randomisation entre un traitement de maintenance par rituximab ou non. L’analyse détaillée semble montrer que les patients qui reçoivent le rituximab en traitement d’induction n’en tirent aucun bénéfice en traitement de consolidation et qu’une analyse pondérée des deux groupes (R-Chop versus Chop) laisse apparaître un avantage en termes de survie globale en faveur de l’association Chop plus rituximab. Peut-on améliorer ces résultats ? Les résultats de l’étude Ricover rapportés par Pfreundschuh lors du congrès 2005 de l’ASH (American Society of Hematology) [35] tendent à prouver que cela est possible. Cette étude démontre en effet : 1) que le rituximab associé au Chop améliore les réponses, confirmant ainsi les résultats des études antérieures, 2) que 6 R-Chop14 + 8 rituximab sont équivalents à 8 R-Chop14, ce qui limiterait la morbidité et la mortalité liées aux complications à long terme des anthracyclines en particulier. En revanche, il paraît difficile d’imaginer que la toxicité sur cette population de sujets âgés soit aussi faible que celle rapportée dans cette étude (3 % de décès toxiques) et, bien que la survie globale soit supérieure à celle rapportée dans l’étude du Gela (74 versus 64 %), il est difficile d’extrapoler en concluant que le R-Chop14 doit être considéré comme le traitement standard des LBDGC du sujet âgé. Seule une étude randomisée comparant R-Chop14 à R-Chop21 permettrait de répondre à cette question.

L’intérêt du rituximab en association avec une chimiothérapie de type Chop chez les patients jeunes (< 60 ans) avec un LBDGC est tout naturellement posé. L’étude MinT récemment publiée [36] a inclus 824 patients âgés de 18 à 60 ans avec un IPI de 0 ou 1, ayant un lymphome de stade II-IV ou I bulk. Six cycles de type Chop21 avec rituximab étaient comparés à la chimiothérapie seule. Là encore les résultats confirment la supériorité de l’association rituximab + chimiothérapie avec une PFS et une survie globale à 3 ans de 85 et 93 % (p < 0,0001) respectivement (versus 68 et 84 % pour le bras chimiothérapie seule ; p = 0,0001). De plus, pour les patients au pronostic le plus favorable (IPI = 0, pas de bulk, stades I ou II), l’EFS et la survie globale à 3 ans sont respectivement de 97 et 100 % pour le bras R-Chop21. Cette étude confirme enfin que R-Chop21 est équivalent à R-Choep21, comme si l’incorporation du rituximab au Chop faisait perdre le bénéfice qu’apporte la surenchère thérapeutique (effet égalisateur du rituximab sur la chimiothérapie, annihilation des effecteurs du rituximab).

Faut-il réduire encore la chimiothérapie chez les patients au pronostic très favorable en administrant 4 cures de R-Chop ? Faut-il, à l’instar des patients âgés proposer des cycles courts (R-Chop14) aux patients au pronostic moins favorable ? Là aussi les questions restent posées et confèrent tout leur intérêt aux études randomisées.

Rituximab et lymphomes folliculaires

L’expérience du rituximab dans les LMNH s’est d’abord forgée dans les LF où les premières études, en particulier l’étude pivot de phase II sur 166 patients avec un lymphome indolent réfractaire ou en rechute traitées par 4 perfusions hebdomadaires de rituximab, rapportent des taux de réponse de près de 50 % et des durées médianes de réponse sans progression supérieures à 1 an chez les patients répondeurs [37]. Ces résultats combinés à la très faible toxicité hématologique du rituximab ont conduit à l’associer à la chimiothérapie. Les premiers résultats d’une étude de phase II testant l’association de l’anticorps monoclonal au Chop montrent des taux de RC de près de 60 %, durables avec le temps [38, 39].

Plusieurs autres études de phase II testant la combinaison du rituximab à d’autres chimiothérapies (fludarabine seule ou associée, CVP,...) ont confirmé à la fois la supériorité de la réponse lorsque le rituximab est associé à la chimiothérapie, la durée de la réponse et l’absence de toxicité cumulative. Depuis, ces résultats ont été largement reproduits sur plusieurs études de phase III, confirmant ainsi non seulement l’allongement de la PFS [13, 14] mais aussi de la survie globale [40] chez des patients antérieurement traités.

L’incorporation du rituximab dans les traitements de première ligne a donc été fort logiquement l’étape suivante et plusieurs études ont à l’heure actuelle un recul suffisant pour avoir une significativité statistique concernant la réponse et la PFS [15, 16]. L’étude pivot du rituximab en première ligne [16] a inclus 321 patients naïfs avec une maladie de stade III-IV. L’actualisation des données rapportée au dernier congrès de l’ASH montre une confirmation des résultats et sur la durée de rémission et sur la progression : avec un suivi médian de 42 mois, le temps avant second traitement est de 46 mois avec le R-CVP versus 12 mois pour le CVP (p < 0,0001). Bien qu’elle ne soit pas atteinte, la survie médiane est estimée à 89 % pour R-CVP et à 81 % pour CVP (p = 0,05). Le bénéfice du rituximab est retrouvé quel que soit le FLIPI (IPI appliqué aux lymphomes folliculaires) des patients.

L’amélioration des réponses et de la durée de la rémission sous rituximab a été sans aucun doute une avancée significative dans le traitement de LF. Cela se traduit-il pour autant par un allongement de la survie sans maladie dans ce type d’hémopathie où les rechutes restent une préoccupation majeure ? L’intérêt de l’interféron alpha (IFNα) a été rapporté par le GELF (Groupe d’étude des lymphomes folliculaires) qui a montré pour la première fois une augmentation significative à la fois de l’EFS et de la survie globale [11]. Toutefois, ces résultats n’ont pas été reproduits. De plus, une méta-analyse suggère que le bénéfice apporté par l’IFNα semble lié à son utilisation en association à la chimiothérapie initiale plutôt qu’en traitement d’entretien [12]. Enfin, les difficultés liées à la tolérance et aux inconvénients du schéma d’administration (3 fois par semaine) puis l’avènement du rituximab ont fait perdre à l’IFNα son éventuel intérêt.

L’efficacité antitumorale du rituximab démontrée dans les LF d’une part et sa très faible toxicité d’autre part ont naturellement conduit à son utilisation en traitement de maintenance. Le premier essai prouvant l’intérêt du traitement d’entretien a été rapporté par Ghielmini qui a traité 60 patients en première ligne par du rituximab en induction classique (4 doses hebdomadaires) suivi d’un entretien avec 4 doses tous les 6 mois [41]. Le traitement d’entretien a permis une majoration du taux de réponse de 47 à 73 % avec une PFS de 34 mois.

Une deuxième étude conduite par l’EORTC a inclus 475 patients en rechute d’un LF, non traités antérieurement par anthracyclines [14]. Il s’agissait d’un protocole prospectif avec une randomisation initiale entre Chop21 versus R-Chop21 puis une seconde randomisation chez les patients en réponse (au moins partielle) entre un traitement d’entretien par rituximab tous les 3 mois ou une simple observation. Trois cent trente-quatre patients ont ainsi été randomisés pour la maintenance. Les résultats confirment : 1) que le bras R-Chop21 est supérieur au bras sans rituximab en termes de réponse (85 versus 73 % dont 29 % de RC versus 16 %), 2) que le rituximab en maintenance augmente la PFS avec une médiane de 51,6 mois (versus 15 dans le bras observationnel). Fait très intéressant, cet essai confirme également les résultats d’une étude allemande qui souligne l’intérêt du rituximab sur la durée de rémission qui reste significativement plus allongée, même chez les patients ayant reçu l’anticorps monoclonal pendant la phase d’induction [42]. Ces résultats ont permis de valider cette année l’indication du rituximab en « traitement d’entretien chez les patients présentant un lymphome folliculaire en rechute ou réfractaire répondant à un traitement d’induction par chimiothérapie avec ou sans Mabthera® ».

À la question de l’intérêt du traitement d’entretien par rituximab après un traitement de première ligne associant chimiothérapie et rituximab, on est tenté de répondre par l’affirmative. Toutefois, il faut rester prudent avant de conclure hâtivement et la confirmation viendra très certainement de l’essai international de phase III (Prima) actuellement en cours.

Quant au schéma d’administration du rituximab lors de l’entretien, plusieurs modalités sont possibles que ce soit 4 perfusions hebdomadaires tous les 6 mois pendant 2 ans (États-Unis) ou une perfusion tous les 2 ou 3 mois comme cela est fait dans les essais européens. Ce qui est sûr c’est que les données pharmacocinétiques du rituximab [43] ont permis de montrer q’un taux résiduel médian de 25 μg/ml à 3 mois est présent chez les patients répondeurs et qu’un schéma d’administration trimestrielle maintiendrait la concentration sérique du rituximab à ce taux là.

Autres anticorps monoclonaux

D’autres anticorps monoclonaux sont actuellement utilisés dans l’arsenal thérapeutique des LMNH.

HuMax-CD20

HuMax-CD20 est un nouvel anticorps monoclonal de type IgG1 complètement « humanisé » qui, comme le rituximab, cible également l’antigène CD20 mais au niveau d’un site distinct. Ses effets biologiques sont comparables à ceux de l’anticorps monoclonal chimérique, sauf qu’il n’induit pas l’apoptose des cellules B tumorales. Les études in vitro ont démontré l’intérêt de ce cet AcMo capable d’induire une lyse complément-dépendant de cellules lymphomateuses B et de lignées cellulaires B résistantes au rituximab et exprimant faiblement le CD20. Les études précliniques effectuées sur l’animal ont montré un profil de tolérance comparable au rituximab et l’absence de toxicité significative en dehors d’une déplétion lymphocytaire B attendue et sans majoration du risque infectieux. Les premiers résultats des essais de phases I et II effectués chez des patients avec un LF en rechute ou réfractaire confirment les données in vitro et chez l’animal tant en termes de tolérance (dose maximale tolérable non atteinte) qu’en termes d’efficacité avec des taux de réponse globale allant jusqu’à 63 %, même chez des patients ayant reçu du rituximab antérieurement.

Une étude internationale de phase III visant à évaluer l’efficacité de deux doses de HuMax-CD20 chez des patients avec un LF et réfractaires au rituximab vient de débuter.

Anti-CD22 (épratuzumab) [18]

L’antigène CD22 est largement présent sur les lymphocytes B normaux et malins. Sa distribution est comparable à celle du CD20 bien que son expression soit plus variable. Les essais rapportés à ce jour ont démontré son activité antitumorale significative à la fois dans les LF et les LBDGC. Plusieurs essais testent actuellement son intérêt chez les patients réfractaires au rituximab ou en association avec le rituximab dans les lymphomes. Citons également l’essai du Goelams évaluant l’intérêt de l’épratuzumab en traitement de consolidation chez des patients âgés avec un LBDGC répondeur à une chimiothérapie d’induction.

Anti-Hu1D10 (apolizumab) [18]

L’Hu1D10 est un anticorps monoclonal humanisé de type IgG1 qui se lie à la chaîne β du complexe majeur d’histocompatibilité (HLA-DR) : 70 % des personnes portent l’antigène cible essentiellement au niveau des cellules B circulantes et des études immunohistochimiques ont permis de montrer qu’environ 70 % des cellules lymphomateuses réagissent avec cet anticorps monoclonal. Le rôle fondamental du système majeur d’histocompatibilité dans les réactions immunitaires ainsi que le délai de réponse font de l’apolizumab un agent probablement intéressant dans l’induction d’une réponse antitumorale dans les LMNH. Là aussi les essais sont en cours.

Campath-1H (alemtuzumab) [18, 44]

L’alemtuzumab est un anticorps humanisé de type IgG1K capable de reconnaître l’antigène CD-52 exprimé sur les lymphocytes B et T normaux et tumoraux ainsi que sur d’autres cellules comme les monocytes et macrophages mais non sur les progéniteurs hématopoïétiques. Son expression est cependant plus importante sur les cellules T. Son intérêt dans la LLC, où il est indiqué à partir de la deuxième ligne de traitement, a été démontré dans plusieurs études à la fois pour le taux de réponse, même chez des patients antérieurement traités par fludarabine, et pour l’éradication de la maladie résiduelle. Les patients ayant une anomalie du gène p53 semblent également tirer bénéfice d’un traitement par alemtuzumab plutôt que par fludarabine.

Parmi les autres situations où l’alemtuzumab a démontré son intérêt, citons la leucémie prolymphocytaire, certains lymphomes B ou T ainsi que des désordres immunitaires (vascularites, cytopénie auto-immunes). Plusieurs études sont également conduites avec cet anticorps monoclonal dans la greffe de CSH, que ce soit dans des conditionnements avant allogreffe ou pour éradiquer la maladie résiduelle avant collecte de CSH et réinjection.

Quoi qu’il en soit, les domaines d’application de ces anticorps monoclonaux restent encore très largement ouverts dans la prise en charge des LMNH et passent nécessairement par des études cliniques rigoureuses.

LMNH et radio-immunothérapie (RIT)

L’avènement des anticorps monoclonaux a incontestablement transformé le pronostic des LMNH avec, nous l’avons vu, une augmentation significative des taux de réponse et de survie sans progression et peut-être même de la survie globale, que ce soit pour les lymphomes indolents ou agressifs. Cependant, les rechutes existent et, si certains patients tirent bénéfice d’un second traitement par rituximab, beaucoup vont rechuter à nouveau ou deviennent réfractaires [18, 37].

Afin de potentialiser leur effet cytotoxique, les anticorps monoclonaux sont couplés à un radioélément permettant d’accroître leur effet antitumoral intrinsèque qui repose sur l’activation des mécanismes de défense du système immunitaire ou l’induction apoptotique. L’incorporation de ces radioéléments comme l’90yttrium ou l’131iode augmente significativement la réponse tumorale en raison de la radiosensensibilité élevée des cellules lymphomateuses en délivrant une dose de radiothérapie directement au contact de la tumeur tout en évitant d’irradier les organes de voisinage. À l’heure actuelle, deux produits sont disponibles en clinique, le tositumomab ou Bexxar® (Glaxo-Smithkline), utilisé principalement aux États-Unis, et l’ibritumomab tiuxetan ou Zevalin® (Schering) seul disponible en France. Le tositumomab est couplé avec l’iode131 qui délivre un rayonnement β et γ et nécessite à la fois un calcul dosimétrique avant traitement et une isolation en service spécialisé afin de protéger du rayonnement émis par les rayons γ. L’ibritumomab tiuxetan est plus facile d’utilisation car couplé à l’yttrium90 qui possède un très faible rayonnement et de ce fait ne nécessite ni calcul de dose aux posologies habituellement employées ni isolement. L’effet antitumoral accru s’explique par l’association de mécanismes de cytotoxicité immunologique et radiobiologique et par la possibilité d’une irradiation de cellules tumorales contiguës non directement ciblées par l’anticorps monoclonal.

Ces conjugués radio-isotopiques ont donc été utilisés dans diverses études de phase I et II permettant de déterminer la dose thérapeutique efficace ainsi que les toxicités potentielles. Parmi celles-ci, l’effet myélosuppresseur est certainement le plus important, survenant souvent à distance du traitement contrairement à ce qui est observé avec la chimiothérapie. Malgré cela, les complications infectieuses demeurent relativement faibles [19].

Qu’apporte la RIT dans les LF ?

Le seul essai publié dans le traitement des LF de stade III-IV en première ligne montre un taux de réponse globale de 95 % et de RC de 80 %. La PFS à 5 ans est de 59 % (suivi médian de 5,1 ans) [45]. Les patients en rechute ou réfractaires ayant, pour la plupart, déjà reçu plusieurs lignes de chimiothérapie (médiane = 4) ont des taux de réponse plus faibles, de l’ordre de 60 % dont la moitié de RC. Ce qui est en revanche beaucoup plus significatif, c’est que le taux de réponse globale après RIT est beaucoup plus important que celui obtenu après chimiothérapie. Dans l’étude rapportée par Kaminski et al. [46], il est de 65 versus 28 % (p < 0,001) et de 81 % quand il s’agit de lymphomes indolents non transformés.

Qu’apporte la RIT dans les lymphomes agressifs ?

Une étude récente [47] a évalué l’intérêt de l’ibritumomab tiuxetan dans le traitement de 104 patients âgés avec un LBDGC et non candidats à un traitement intensif. Le taux de réponse global est de 44 % ; les patients n’ayant pas reçu de rituximab semblent mieux répondre (52 versus 19 %).

Ces chiffres sont globalement ceux retrouvés dans d’autres études réalisées chez des patients en rechute ou ne pouvant recevoir de traitement intensif. Ils démontrent que la RIT dans les lymphomes agressifs est une option thérapeutique intéressante à condition peut-être de sélectionner les patients ayant une évolution relativement lente et non bulk.

Qu’apporte la RIT par rapport à l’immunothérapie ?

C’est une question qui mérite d’être posée quand le choix de l’un ou de l’autre traitement est possible à l’heure actuelle. Une étude réalisée sur 143 patients en rechute d’un LF CD-20+, n’ayant jamais reçu de rituximab auparavant, a comparé 4 cures hebdomadaires de rituximab (375 mg/m2) à une injection d’ibritumomab tiuxetan (0,4 mCi/kg, max = 32 mCi) [48]. La réponse globale et le taux de RC dans le groupe RIT sont de 80 et 30 % respectivement comparés à 56 et 16 % pour le rituximab (p = 0,002 et 0,04 respectivement).

Ces résultats doivent bien sûr être interprétés prudemment chez des patients n’ayant jamais reçu auparavant du rituximab, surtout quand on sait qu’un retraitement par cet anticorps monoclonal permet dans certains cas d’avoir des réponses plus importantes et plus durables [49]. Il n’en demeure pas moins que la simplicité d’utilisation de l’ibritumomab tiuxetan peut, dans certaines situations choisies, faire préférer ce type d’approche.

Qu’apporte la RIT dans les schémas d’intensification thérapeutique ?

Les programmes d’irradiation corporelle totale (ICT) combinée à la chimiothérapie ont été et restent parmi les conditionnements les plus utilisés dans les préparations à l’autogreffe de CSH. Toutefois, la toxicité de l’ICT reste non négligeable et l’idée d’une radiothérapie « interne » permettant de cibler les cellules tumorales tout en respectant les organes de voisinage a permis le développement de la RIT dans les programmes d’intensification thérapeutique. Plusieurs études ont été réalisées combinant la RIT à des chimiothérapies de type étoposide-cyclophosphamide ou BEAM (Bicnu, étoposide, aracytine et melphalan).

La première étude de phase I-II publiée par Nademanee [50] et associant de l’ibritumomab tiuxetan à fortes doses à de l’étoposide et du cyclophosphamide a permis de montrer la faisabilité de la procédure avec une sortie d’aplasie relativement courte (PNN > 500/mm3 et plaquettes > 20 000/mm3 à J10 et J12 respectivement pour les médianes). Dans cet essai, la survie globale estimée à 2 ans ainsi que la PFS sont de 92 et 78 % respectivement.

D’autres études ont été réalisées testant l’apport de la RIT dans le conditionnement pré-greffe. Parmi elles, citons celle du Gela qui a inclus essentiellement des LF en réponse après une chimiothérapie de rattrapage. Elle vient de s’achever et les premiers résultats sont attendus prochainement, notamment concernant la toxicité. Celle-ci reste essentiellement liée à la myélosuppression induite par la radiothérapie, contre-indiquant de ce fait les patients avec une thrombopénie (plaquettes < 100 000/mm3) ou avec un envahissement médullaire important (> 25 %).

La toxicité médullaire de la RIT rend également nécessaire la collection des CSH avant la mise en route du conditionnement, même si certaines études ont permis de montrer que des re-traitements par chimio ou radiothérapie, voire des collectes de CSH, étaient possibles après traitements par RIT [51, 52].

Beaucoup de choses restent encore à évaluer et l’émergence de ces nouvelles thérapeutiques dans le champ des LMNH nécessite peut-être encore plus la construction de protocoles prospectifs et multicentriques. Les effets secondaires à long terme, en particulier le risque de syndrome myélodysplasique et/ou de leucémie secondaire, doivent être clairement évalués également.

LMNH et tomographie par émission de positons (TEP)

La prise en charge optimale d’un LMNH passe par une évaluation aussi précise que possible à la fois au diagnostic, permettant d’établir un bilan d’extension fiable dont dépendront la classification et par conséquent le traitement mis en œuvre, mais également au moment de l’évaluation thérapeutique où l’interprétation des images résiduelles éventuelles peut, dans certains cas, influer considérablement sur la décision thérapeutique, voire sur le pronostic final. L’apport de la tomodensitométrie (TDM) puis de la scintigraphie au gallium et enfin de l’imagerie par résonance magnétique (IRM), à cet égard, été d’une contribution fondamentale dans la reconnaissance des tissus pathologiques ainsi que dans l’identification des masses tumorales résiduelles (on connaît la difficulté à affirmer leur caractère séquellaire ou évolutif en dehors d’une confirmation histologique). Ces examens, aussi performants et sensibles soient-ils, gardent cependant leurs limites liées à la fois à l’absence de spécificité totale et à la lourdeur de certains examens comme la scintigraphie au gallium.

La TEP, fondée sur l’utilisation d’un traceur isotopique, actuellement le 2-déoxy-2-fluoro-D-glucose (FDG), est un examen reposant sur le fait que les cellules tumorales possèdent un métabolisme glucidique plus élevé que les cellules normales et vont, de ce fait, capter le FDG de manière plus intense [53]. Plusieurs études ont permis de confirmer l’hyperactivité métabolique dans les lymphomes ainsi que la supériorité apportée par cet examen par rapport à la TDM pour l’évaluation de l’extension ganglionnaire [54, 55]. De fait, la TEP est devenue de nos jours un examen indispensable dans le bilan d’évaluation tumorale des LMNH, notamment agressifs d’autant plus qu’il s’agit d’une méthode non invasive. Néanmoins, l’absence quasi complète de corrélation anatomique et les faux positifs induits par l’hyperfixation du FDG au niveau des sites inflammatoires font perdre à cet examen de sa spécificité. L’idée de le coupler à la TDM (TEP-TDM) a permis de combiner les enregistrements de ces deux examens dans un seul et même temps et de corréler ainsi les foyers d’activité métabolique aux anomalies anatomiques observées par le scanner. Les études visant à comparer ces trois techniques (TEP-TDM versus TEP-FDG versus TDM) ont permis de confirmer la supériorité du TEP-TDM, notamment dans la détection des atteintes ganglionnaires sous-diaphragmatiques et dans les localisations extraganglionnaires [55, 56]. Dans une de ces études, le TEP-TDM permet de modifier le stade Ann-Arbor en surclassant les patients dans plus de 30 % des cas de LMNH en détectant en particulier des localisations extraganglionnaires (confirmées par biopsie ou sur le suivi). De plus, la possibilité d’utiliser la TDM sans injection de produit de contraste et avec des doses faibles d’irradiation rend cette technique encore plus attrayante quand on sait que ces patients vont avoir des examens radiologiques répétés tout au long de leur prise en charge [55].

TEP et évaluation initiale

La TEP trouve tout son intérêt dans l’évaluation tumorale initiale des patients atteints d’un LMNH, en particulier lorsqu’il s’agit d’un lymphome agressif. Plusieurs études ont montré la supériorité de l’examen isotopique dans la précision du staging tumoral initial conduisant à une modification de la prise en charge des patients dans des proportions parfois importantes [20, 57]. Les résultats sont cependant comparés rétrospectivement aux méthodes d’évaluation conventionnelles. Une étude prospective récente confirme cependant la supériorité du TEP-TDM au TDM seul chez des patients avec un LMNH au diagnostic [52]. Dix patients sur 31 (dont 7 avec un LBDGC) vont ainsi passer du stade II ou III à un stade IV essentiellement en raison de localisations extraganglionnaires non détectées par la TDM, voire dans certains cas par la TEP seule. Ces fixations pathologiques ont été confirmées soit par biopsie, soit par l’évolution montrant une disparition des lésions après traitement.

Il faut rester cependant prudent dans l’interprétation des résultats, notamment dans certaines situations difficiles car, comme le rappelle Jerusalem dans son éditorial [20], si seule l’étude isotopique constituait l’examen déterminant pour modifier le stade clinique, cela pourrait conduire à surtraiter des patients. Rappelons au passage que le gold-standard reste la preuve histologique quand la biopsie est possible.

TEP et évaluation de la réponse tumorale

Plusieurs études, en particulier celle rapportée par Haioun et al., ont montré la pertinence de l’évaluation précoce dans les lymphomes agressifs : la probabilité d’être en RC à la fin du traitement est de 83 % contre seulement 58 % en cas de TEP encore positive après 2 cures [58]. Si ces résultats sont impressionnants et conduisent de plus en plus à modifier les habitudes thérapeutiques en intégrant régulièrement la TEP dans l’évaluation précoce des lymphomes agressifs, il faut néanmoins garder à l’esprit que seules les études prospectives qui se mettent en place de plus en plus permettront de valider ce concept en évaluant des populations homogènes, recevant les mêmes traitements et dans lesquelles la relecture centralisée de la TEP permettra d’écarter les erreurs liées à l’interprétation des résultats. En effet, si les résultats rapportés plus haut plaident indéniablement pour ce type d’approche, que penser des 58 % de patients qui sont en RC à l’issue du traitement avec une TEP intermédiaire encore positive ?

Une méta-analyse évaluant l’intérêt de la TEP dans l’évaluation de la réponse tumorale en fin de traitement confirme également la très grande spécificité de la TEP-FDG dans la détection des masses résiduelles [19]. Malgré des différences méthodologiques entre les différentes études, la sensibilité (par comparaison au standard qu’est la preuve histologique ou à un suivi clinique minimum d’un an) et la spécificité « poolées » sont de 72 et 100 % respectivement dans les LMNH. La probabilité d’avoir une maladie persistante est de 97 % en cas de TEP positive contre 22 % si la TEP est négative.

Malgré ces chiffres, il faut garder à l’esprit que la preuve formelle ne peut être apportée que par l’examen histologique, a fortiori si la fixation pathologique intéresse une région considérée comme normale au bilan initial. L’intérêt supplémentaire de l’examen isotopique sera alors de guider la biopsie pour confirmer la nature tumorale de la lésion ou pour écarter un foyer infectieux ou inflammatoire responsable d’une fausse positivité. À l’inverse, une TEP négative ne peut exclure formellement la persistance d’un foyer tumoral microscopique responsable d’une rechute ultérieure, surtout en cas de persistance d’une masse résiduelle sur la TDM. À ce titre, la combinaison des deux techniques (TEP-TDM) est probablement un progrès considérable.

Enfin, la pertinence de la TEP dans les lymphomes indolents est loin d’être aussi tranchée que dans les lymphomes agressifs et, en dehors d’essais prospectifs, ne peut être recommandée comme un examen de référence dans l’évaluation tumorale de ces lymphome, en particulier au diagnostic.

Conclusion

Les progrès accomplis à la fois dans l’homogénéisation des patients par le développement de modèles pronostiques, dans les résultats thérapeutiques en particulier par l’introduction des anticorps monoclonaux « froids » et radioconjugués ainsi que dans l’optimisation du bilan d’extension et de l’évaluation de la réponse tumorale grâce à la contribution de la TEP ont incontestablement transformé la prise en charge des LMNH.

De nombreuses questions restent cependant posées quant au schéma thérapeutique optimal, en particulier pour les lymphomes agressifs, la façon de combiner et d’utiliser au mieux les traitements dont on dispose, la pertinence des examens nouveaux et leur impact sur notre pratique professionnelle. Cela passe nécessairement par une collaboration étroite de tous les acteurs impliqués dans la prise en charge des hémopathies malignes et leur implication dans les protocoles prospectifs déjà en cours ou à venir.

Le chemin est bien tracé, mais la route est encore longue…

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