ARTICLE
Auteur(s) : Maria Arrault, Stéphane
Vignes
Unité de Lymphologie, Hôpital Cognacq-Jay, 15 rue Eugène-Millon,
75015 Paris
Article reçu le 20 Mars 2006, accepté le 18 Juillet 2006
Le lymphœdème secondaire du membre supérieur après traitement du
cancer du sein est une complication dont la fréquence dans la
littérature est mal appréciée en raison des différentes définitions
du lymphœdème [1, 2]. Le lymphœdème peut être défini, par rapport
au membre controlatéral, soit par les sommes des différences
périmétriques (6 mesures) de plus de 5 % [3], soit par des
différences périmétriques supérieures à 2 ou 2,5 cm [4] ou
enfin par une différence de volume de 200, voire 250 ml [5].
Sa « meilleure » définition semble être une différence
volumétrique de 10 % par comparaison au membre sain [6]. Avec
ce critère, sa fréquence est comprise entre 14 et 28 % dans
les études les plus récentes [7-9]. Le délai de survenue d’un
lymphœdème est variable, allant de la période postopératoire
immédiate jusqu’à plus de 30 ans après le traitement [10]. Sa
fréquence augmente avec le temps (de 1,4 % à 1 an à
11,2 % à 3 ans pour Liljegren et al. [11]) expliquant
ainsi son faible taux lorsque le suivi est court [12]. Dans la
cohorte de Guedes Neto, 73 % des femmes qui auront un
lymphœdème le développeront dans la première année [13]. Pour
Werner et al., le lymphœdème survient avec un délai moyen de 14
mois après le traitement et 97 % des femmes l’ont avant la
quatrième année [14]. La tendance spontanée du lymphœdème se fait
vers l’aggravation volumétrique avec apparition d’un épaississement
et d’une « fibrose » cutanés [15], la survenue de
complications esthétiques, psychologiques [16] et infectieuses
(érysipèles).Dans cet article, nous détaillerons, d’après les
études publiées dans la littérature, les différents facteurs de
risque de développement d’un lymphœdème du membre après traitement
d’un cancer du sein (tableau 1( Tableau
1 )).
Chirurgie
Curage ganglionnaire
L’ablation des ganglions axillaires fait partie intégrante du
traitement du cancer du sein après l’exérèse de la tumeur. Le
curage axillaire (ou évidement) enlève les relais ganglionnaires,
interrompant ainsi le circuit lymphatique. Les ganglions axillaires
sont divisés en trois étages (ou niveaux) de Berg définis selon la
position des ganglions lymphatiques par rapport au muscle petit
pectoral : I (axillaire inférieur), II (axillaire moyen) et
III (axillaire supérieur). Seuls les niveaux I et II sont enlevés
en pratique courante. Le curage laisse en place quelques
millimètres de tissus sous-veineux axillaire. Dans une étude
composée de 381 femmes ayant un cancer du sein de stade I sans
atteinte ganglionnaire, traitées par tumorectomie associée, dans
184 cas, à une radiothérapie locale, Liljegren et al. [11] ont
montré que le degré de dissection des ganglions axillaires
influence la survenue d’une pathologie du membre supérieur
(faiblesse, douleur, réduction de la mobilité de l’épaule,
engourdissement) dont le lymphœdème. Le risque augmente avec le
nombre de ganglions disséqués, avec un risque relatif de 1,11 par
ganglion enlevé. Ainsi, il varie de 16 % lorsque le curage
touche moins de 5 ganglions à 33 % lorsque celui-ci comporte
plus de 10 ganglions après un suivi de 36 mois. Par ailleurs,
il est plus important la première année. Herd-Smith et al. [6] ont
également estimé la fréquence du lymphœdème en fonction du nombre
de ganglions enlevés : moins de 20 (14,5 %), de 20 à 30
(17,7 %) et plus de 30 (22,1 %) avec un risque relatif de
1,29 par ganglion enlevé. De plus, la fréquence augmente avec le
temps. Ainsi après 1 an de suivi, 6 % des patientes
développent un lymphœdème lorsque le curage intéresse moins de 10
ganglions contre 3 % si 15 ganglions ou plus sont enlevés.
Après 3 ans de recul, la fréquence passe respectivement à 16 et
27 % dans ces deux groupes [17, 18]. En conclusion, plus le
nombre de ganglions enlevés est élevé, plus le risque de lymphœdème
est important, la fréquence augmentant avec le temps.
Tableau 1 Facteurs de risque de développement d’un
lymphœdème du membre supérieur après traitement d’un cancer du
sein.
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Facteurs dépendants du traitement
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- nombre de ganglions enlevés lors du curage axillaire [6, 11, 17,
18]
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- mammectomie versus tumorectomie [7, 24]
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- radiothérapie externe, en particulier axillaire [3, 26, 27]
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- complications postopératoires (lymphocèle, lymphorrhée) [19]
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Facteurs dépendants de la tumeur
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- tumeurs du quadrant supéro-externe [20]
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- taille de la tumeur [37]
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- envahissement ganglionnaire [18, 36]
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- stade de la tumeur [3, 37]
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Facteurs dépendants du patient
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- âge [18, 41]
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- surcharge pondérale lors de la chirurgie du cancer [9, 14, 27,
32]
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- prise de poids après le traitement [32]
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- diminution des activités physiques [31]
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- voyages en avion [42]
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Autres
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- injections, prélèvements sur le membre [7, 38]
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- érysipèles [32]
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Ganglion sentinelle
La technique du ganglion sentinelle s’est développée pour diminuer
la morbidité du curage axillaire classique. Il s’agit d’injecter un
traceur lymphophile (sulfocolloïde radiomarqué ou colorant bleu) au
contact de la tumeur. La diffusion de ce traceur dans les vaisseaux
lymphatiques permet de repérer le premier relais ganglionnaire
drainant la tumeur du sein et potentiellement métastatique. En cas
de négativité du ganglion sentinelle, le curage ganglionnaire n’est
pas pratiqué. Dans une étude comportant 35 femmes, Schrenk et al.
[19] ne retrouvent pas de lymphœdème après ablation du ganglion
sentinelle comparativement aux 35 femmes ayant eu un curage
axillaire sans envahissement ganglionnaire histologique, mais le
recul n’était que de 17 mois. Cependant, le risque de
lymphœdème n’est pas totalement aboli avec cette technique. Dans
une série de 303 femmes suivies en moyenne 19 mois, la
fréquence de survenue d’un lymphœdème après ablation du ganglion
sentinelle est de 3 % avec un délai d’apparition médian de 4
mois, mais de 17,1 % chez les femmes ayant eu un curage
axillaire après positivité du ganglion sentinelle [20]. Cette étude
retrouve également une fréquence supérieure des lymphœdèmes, après
ablation du ganglion sentinelle, pour les tumeurs du quadrant
supéro-externe par rapport aux autres localisations (5,1 versus
0,7 %). Une autre série plus récente retrouve des résultats
similaires avec une fréquence d’apparition de lymphœdème après
ablation du ganglion sentinelle de 2,6 et 27 % après curage
axillaire [21]. En conclusion, la technique du ganglion sentinelle
permet de réduire sensiblement la fréquence du lymphœdème mais
aussi de diminuer la fréquence des douleurs et des troubles
sensitifs du membre supérieur [22].
Type d’intervention
Dans les études les plus anciennes, les interventions de type
Halstedt, qui ne sont plus pratiquées actuellement, entraînaient
plus de 50 % de lymphœdèmes [23]. Le type d’intervention
chirurgicale (tumorectomie/mammectomie) est aussi considéré comme
un facteur pouvant influencer la survenue d’un lymphœdème. Ainsi,
dans l’étude de Shunemann et Willich [24], la mammectomie avec
curage axillaire entraîne un lymphœdème dans 19,1 % des cas et
dans 28,9 % en cas d’association avec la radiothérapie, alors
que la tumorectomie associée à un curage axillaire ne se complique
que de 6,7 % de lymphœdèmes et de 10,1 % en association
avec la radiothérapie. Pour Clark et al. [7], la mammectomie
augmente ce risque par 2,2. Pour d’autres auteurs, la mammectomie
ne l’augmente pas mais aggrave seulement la sévérité du lymphœdème,
appréciée par les différences centimétriques du membre atteint par
rapport au membre controlatéral [25].
Radiothérapie
Le traitement du cancer du sein comprend, dans la quasi-totalité
des cas, une irradiation externe en complément de la chirurgie
(tumorectomie ou mammectomie, curage ganglionnaire axillaire) et
éventuellement une chimiothérapie en cas de facteurs de mauvais
pronostic. L’étude de Powell et al. [26] portant sur 727 femmes
ayant un cancer du sein de stades I et II, traitées par
tumorectomie et curage axillaire, retrouve une fréquence de
lymphœdème (différence périmétrique de 2 cm par rapport au membre
controlatéral) de 2,9 % après un suivi moyen de 72 mois.
Un groupe comprenant 68 % de ces femmes avait reçu une
irradiation isolée sur le sein, l’autre groupe (32 %), à la
fois sur le sein et sur les aires ganglionnaires sus-claviculaire
et axillaire. Le risque de lymphœdème à 10 ans est supérieur
dans le deuxième groupe (8,9 versus 1,8 %). Par ailleurs,
comme l’ont montré Segerström et al. [27] dans une étude concernant
136 femmes traitées par mammectomie et curage axillaire, le risque
de lymphœdème (défini par une différence de volume de 150 ml
par rapport au membre controlatéral) est plus important après
radiothérapie sur les aires ganglionnaires axillaires qu’après
irradiation sur le sein et les aires ganglionnaires
sus-claviculaires (59,6 versus 16,7 %) ou qu’après chirurgie
seule (20,9 %). Herd-Smith et al. [3], dans une série
comportant 1 278 femmes traitées par chirurgie (mammectomie :
24 %) et curage axillaire associés ou non à une radiothérapie
locale sans irradiation de la région axillaire, ont aussi montré
que la fréquence du lymphœdème est plus importante dans le groupe
recevant une radiothérapie que dans celui traité par chirurgie
seule (17,9 versus 13,2 %) après un suivi de 56 mois [3].
De plus, quelques auteurs ont suggéré que l’hypofractionnement
des doses augmenterait encore le risque de lymphœdème [27], de même
que le surdosage axillaire postérieur ou les chevauchements de
champs [28]. Si la radiothérapie est donc un facteur important de
développer un lymphœdème, elle diminue toutefois significativement
le risque de récidive locale et la mortalité par cancer du sein
[29, 30].
En conclusion, la radiothérapie externe augmente le risque de
développement d’un lymphœdème, particulièrement si elle comprend le
creux axillaire. Les recommandations actuelles proposent une
irradiation de la chaîne mammaire interne en cas de tumeur centrale
ou d’envahissement ganglionnaire axillaire ; l’irradiation des
ganglions sus et sous-claviculaires est indiquée en présence d’un
envahissement ganglionnaire axillaire [29]. L’irradiation du creux
axillaire est de moins en moins pratiquée.
Surcharge pondérale
Il s’agit d’un facteur de risque important dans la survenue d’un
lymphœdème. Dans une étude cas-témoins comprenant 71 femmes dans
chaque groupe, l’index de masse corporelle (IMC) −
poids/taille2 − lors du traitement du cancer est
significativement supérieur chez les femmes qui ont un lymphœdème
par rapport à celles qui n’en ont pas (26,4 versus 25
kg/m2) [31]. Ce facteur de risque a été confirmé par
d’autres auteurs [27, 32]. Ozaslan et al. [9] montrent que le
risque de développer un lymphœdème est de 48 % lorsque l’IMC
est supérieur à 25 et de 14 % lorsque l’IMC est inférieur à
20. Wermer et al. [14] montrent également que la fréquence du
lymphœdème augmente avec l’IMC, mais aussi que son volume est plus
important lorsque l’IMC est élevé. Cette étude, qui avait suivi
pendant 5 ans 282 femmes traitées par tumorectomie, curage
ganglionnaire, irradiation mammaire et parfois sus-claviculaire,
montre que la fréquence de survenue du lymphœdème augmente avec le
poids. Ainsi, celle-ci est de 27,4 % chez les femmes dont
l’IMC est supérieur à 27,3 et de 12,5 % chez les femmes dont
l’IMC est inférieur 27,3. Elle passe à 36 % lorsque l’IMC est
supérieur à 29,2 contre 12 % pour un IMC inférieur. Il n’y a
pas de lymphœdème chez 94 % des femmes dont l’IMC est compris
entre 15,6 et 22,7 kg/m2. En outre, on note
9,2 % de lymphœdèmes sévères (différence périmétrique > 4
cm) chez les obèses (IMC > 27,2) contre 2,3 % chez les
autres patientes et aucun lorsque l’IMC est inférieur à 22,7.
La prise de poids après le traitement du cancer du sein est
aussi considérée comme un facteur de risque de lymphœdème. Petrek
et al. [32], qui ont suivi pendant 20 ans 263 femmes traitées
par mammectomie et curage axillaire, montrent que la fréquence du
lymphœdème est supérieure chez les femmes dont la prise de poids
depuis la fin du traitement est supérieure à 4,5 kg par
rapport à celle dont le poids est resté stable (60 versus
39 %). La sévérité du lymphœdème est également liée à la prise
de poids puisque 67 % des patientes ayant une atteinte sévère
ont une augmentation de poids de plus de 4,5 kg.
Exercice physique
Il est très souvent recommandé aux patientes d’éviter les efforts
physiques importants et/ou répétitifs et le port de charge lourde
afin de réduire le risque de survenue de lymphœdème du membre
supérieur. Cependant, ces conseils sont le plus souvent empiriques.
Certaines études peuvent apporter des éléments considérés comme
« contradictoires ». Ainsi, Johansson et al. [31], dans
une enquête cas-témoins comprenant 71 femmes traitées pour un
cancer du sein ayant développé un lymphœdème et 71 femmes témoins
traitées de façon similaire et qui n’en avaient pas développé, ont
interrogé les femmes sur leur mode de vie, leurs loisirs, leur
activité professionnelle et leur charge de travail quotidienne
après le traitement du cancer et jusqu’à l’apparition du
lymphœdème : les patientes atteintes d’un lymphœdème sont
celles qui ont significativement réduit leurs activités physiques
(vélo, marche, gymnastique…) et leurs loisirs (jardinage, couture)
après le traitement du cancer par rapport au groupe témoin. Cette
étude montre également que la fréquence de survenue d’un lymphœdème
n’augmente pas en fonction de la charge de travail puisqu’il n’y a
pas de différence significative entre l’intensité de la charge de
travail professionnel dans les deux groupes alors que la quantité
des tâches domestiques est diminuée de façon identique. L’étude de
Petrek et al. [32] confirme ces données puisque l’incidence du
lymphœdème chez les patientes pratiquant une activité physique
importante (aérobic, jogging) ou une activité professionnelle
« à risque » (port de charge lourde, risque de brûlure ou
d’infection) n’est pas plus importante que chez les autres
patientes. De plus, toutes les études, excepté une [33], ne
retrouvent pas d’association entre le lymphœdème et le membre
supérieur dominant qui est le plus sollicité par les activités
quotidiennes [3, 7, 17, 25, 31].
Par ailleurs, Johansson et al. [34] ont étudié l’influence
d’exercices physiques de faible intensité chez 31 femmes atteintes
d’un lymphœdème secondaire du membre supérieur. Les patientes
pratiquaient une série de mouvements du membre supérieur avec et
sans charge et le volume du lymphœdème était évalué par volumétrie
à eau immédiatement après l’effort et à 24 heures. Les exercices
avaient été réalisés avec et sans compression élastique. Si le
volume augmentait après l’effort (avec et sans compression
élastique), il retournait aux mesures initiales après 24 heures
[34]. Dans la même optique, Harris et al. [35] ont suivi 20 femmes
traitées pour un cancer du sein (dont 13 avaient un lymphœdème ou
une lourdeur du membre supérieur) avant, pendant et 7 mois
après un entraînement intensif pour une compétition de dragon boat
(sorte de canoë de grande taille). La taille du lymphœdème était
évaluée par des mesures centimétriques. Toutes les participantes
avaient porté un manchon de compression pendant l’entraînement et
la compétition. Seules deux ont eu une augmentation modérée de leur
lymphœdème 7 mois après la compétition [35]. Un suivi plus
long serait intéressant afin de déterminer les conséquences à long
terme des exercices physiques sur le lymphœdème.
Caractéristiques de la tumeur
Envahissement ganglionnaire
Les résultats des différentes études de la littérature sont
discordants. L’existence d’un envahissement ganglionnaire
représente un facteur de risque de développement d’un lymphœdème
pour certains auteurs [18, 36] et non pour d’autres [3, 26].
Stade de la tumeur
Les résultats des différentes études sont là encore
contradictoires. En effet, pour certains auteurs, le stade et la
taille de la tumeur n’apparaissent pas comme un facteur de risque
de survenue d’un lymphœdème [5, 14, 17, 26, 31] alors que, pour
d’autres, ils le sont [3, 37]. Dans l’étude de Herd-Smith et al.
[3], il existe un risque accru de développer un lymphœdème pour les
tumeurs de stade T2 par rapport aux tumeurs de stade T1 (19,8
versus 14,7 %) [3]. Pour Goffman et al. [37], dans une cohorte
de 240 patientes traitées par chirurgie (mammectomie ou
tumorectomie) et ganglion sentinelle ou curage axillaire suivi
d’une radiothérapie locale, la taille de la tumeur est corrélée au
risque de développer un lymphœdème après un suivi moyen de 18 mois.
Autres
Piqûres, injections
Alors qu’il est toujours recommandé aux patientes d’éviter tout
prélèvement, piqûre ou plaie sur le membre homolatéral au cancer du
sein, ce risque a été très rarement évalué par les études. Clark et
al. [7] ont suivi 188 femmes traitées par chirurgie avec curage
axillaire ganglionnaire parfois associé à une radiothérapie et
confirment ce facteur de risque. En effet, 31 des 170 femmes
(18,2 %) indemnes de tout type de piqûre lors de
l’hospitalisation sur le membre homolatéral au traitement du cancer
développaient un lymphœdème contre 8 des 18 patientes (44,4 %)
qui avaient été « piquées ». Il s’agissait de piqûres
pour des prélèvements sanguins, des injections intraveineuses et
des contrôles de glycémie capillaire [7]. L’étude de Smith [38]
rapporte le cas de 10 patientes traitées pour un cancer du sein et
qui avaient développé un lymphœdème dans les suites immédiates
d’une piqûre sur le membre homolatéral au cancer. Cependant les
autres facteurs de risque de développer un lymphœdème ne sont pas
détaillés.
Érysipèle
L’érysipèle est la principale complication du lymphœdème. Trente
pour cent des femmes ayant un lymphœdème du membre supérieur en ont
au moins un épisode [données personnelles]. Au membre supérieur,
les portes d’entrée sont rarement retrouvées (griffures d’animaux,
brûlures, soins de manucure) à la différence des membres inférieurs
(intertrigos interorteils). L’érysipèle atteint la zone du
lymphœdème et peut s’étendre au sein à partir du membre supérieur.
Sa fréquence est variable, allant d’un épisode unique à de
multiples récidives nécessitant une prophylaxie anti-infectieuse au
long cours [39]. Même si cette complication est connue, certains
auteurs pensent qu’un érysipèle est un facteur de risque de
développement d’un lymphœdème. Ainsi, dans l’étude de Petrek et al.
[32] sur les 55 femmes ayant eu au moins un érysipèle, 23, soit
56 %, disent en avoir eu un avant ou lors de l’apparition du
lymphœdème [32]. Il est possible que l’érysipèle complique un
lymphœdème infraclinique et soit alors le facteur décompensant le
lymphœdème.
Complications postopératoires
Peu d’études se sont intéressées à l’existence d’un lien entre les
complications postopératoires immédiates, telles que le lymphocèle,
la lymphorrhée, les infections postopératoires et la survenue d’un
lymphœdème. En revanche, certaines évoquent l’hypothèse qu’un
lymphocèle pourrait favoriser l’apparition du lymphœdème. En effet,
Schrenk et al. [19], qui montrent que la fréquence du lymphœdème
est significativement plus importante dans le groupe curage
axillaire que dans le groupe ganglion sentinelle, montrent
également que la fréquence des lymphocèles est plus importante dans
le groupe curage axillaire que dans le groupe ganglion sentinelle
(43 versus 5,7 %) [19]. Bijek et al. [40] confirment que le
risque de lymphocèle est plus important après le curage
ganglionnaire qu’après l’ablation du ganglion sentinelle. Ainsi,
dans son étude, 40 % des femmes traitées par chirurgie et
curage ganglionnaire développent un lymphocèle contre 18 % de
celles traitées avec la technique du ganglion sentinelle. De plus,
dans ce dernier groupe, une ponction évacuatrice unique suffisait à
tarir le lymphocèle alors que deux ponctions en moyenne étaient
nécessaires pour assécher les lymphocèles secondaires au curage
axillaire [40]. Le suivi prospectif à la recherche de l’apparition
d’un lymphœdème dans chacun des groupes serait intéressant afin de
déterminer s’il existe un lien entre la survenue d’un lymphœdème et
un lymphocèle postopératoire. Dans une autre étude concernant 281
femmes suivies pendant 14 mois après un traitement pour un
cancer du sein associant chirurgie, curage axillaire suivi d’une
radiothérapie locale et du creux sus-claviculaire associé à une
chimiothérapie en cas d’envahissement ganglionnaire, les auteurs ne
confirment pas ce facteur de risque [25].
Âge
L’âge n’apparaît pas comme un facteur de risque individuel de
développer un lymphœdème dans la majorité des études de la
littérature [3, 7, 14, 18, 31, 32]. Seuls deux études montrent
qu’il est un facteur de risque mais avec des résultats
contradictoires. Ainsi pour Geller et al. [41], les sujets jeunes
sont plus à risque de développer un lymphœdème alors que, pour Kiel
et Rademacker [18], les patientes de plus de 55 ans représentent la
population à risque. L’étude de Geller et al. [41] consistait en un
interrogatoire téléphonique régulier de 145 femmes sur la survenue
d’un lymphœdème pendant les 26 mois qui avaient suivi le
diagnostic de leur cancer du sein. Elle retrouve que 57,7 %
des femmes de moins de 50 ans ont développé un lymphœdème
contre 26,9 % des femmes de plus de 50 ans. Cependant,
aucune mesure centimétrique ou volumétrique n’a objectivement
évalué le lymphœdème. Kiel et Rademacker [18] montrent que
56 % des femmes de plus de 55 ans développent un
lymphœdème contre 23 % des femmes de moins de 55 ans
[18].
Ménopause
Peu d’études se sont intéressées à l’existence d’un lien entre
l’apparition d’un lymphœdème et le statut hormonal des patientes.
Les rares études sur le sujet ont des résultats contradictoires.
Pour Van der Veen et al. [3, 5, 33], la ménopause serait un facteur
de risque.
Voyage en avion
Il est possible que le voyage en avion soit un facteur de risque de
développement d’un lymphœdème en raison d’une diminution de la
pression dans la cabine. Casley-Smith et al. [42] ont interrogé 163
femmes avec un lymphœdème secondaire du membre supérieur sur ce
sujet. Parmi elles, 12 rapportent son apparition immédiatement
après le voyage en avion.
Conclusion
Le curage axillaire représente le principal facteur de risque de
développement d’un lymphœdème après le traitement d’un cancer du
sein. La radiothérapie externe pratiquée après la chirurgie, en
particulier lorsqu’elle comprend les aires ganglionnaires
axillaires, augmente encore ce risque. Les progrès du traitement
chirurgical avec l’utilisation de la technique du ganglion
sentinelle et l’amélioration des techniques de radiothérapie font
diminuer ce risque. La connaissance des autres facteurs de risque
permet d’envisager une réduction supplémentaire du nombre de
lymphœdèmes dont les conséquences sont à la fois esthétiques,
psychologiques et infectieuses. Les mesures à proposer doivent être
personnalisées et peuvent comprendre le contrôle du poids, le
maintien des activités physiques et la prévention des gestes
invasifs sur le membre supérieur homolatéral au cancer du sein.
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