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Facteurs de risque de développement d’un lymphœdème du membre supérieur après traitement du cancer du sein


Bulletin du Cancer. Volume 93, Numéro 10, 1001-6, Octobre 2006, Synthèse

DOI : 10.1684/bdc.2006.0005

Résumé   Summary  

Auteur(s) : Maria Arrault, Stéphane Vignes , Unité de Lymphologie, Hôpital Cognacq-Jay, 15 rue Eugène-Millon, 75015 Paris.

Résumé : La fréquence du lymphœdème du membre supérieur après traitement du cancer du sein est estimée entre 14 et 28 %. De nombreuses études se sont intéressées aux facteurs de risque de développement d’un lymphœdème après traitement d’un cancer du sein. Le nombre de ganglions enlevés lors du curage axillaire et la radiothérapie externe, en particulier sur le creux axillaire, sont les deux principaux facteurs de risque. D’autres éléments ont été également retrouvés : type de chirurgie (tumorectomie/mammectomie), surpoids lors de la chirurgie du sein, prise de poids après le traitement, piqûre sur le membre, réduction de l’activité physique. L’amélioration des techniques de radiothérapie, la pratique du ganglion sentinelle, le contrôle du poids, le maintien des activités physiques ou l’abstention de piqûres sur le membre homolatéral au cancer sont essentiels pour diminuer le risque du lymphœdème et éviter ainsi les complications esthétiques, psychologiques et infectieuses.

Mots-clés : lymphœdème, secondaire, cancer, sein, facteur de risque

ARTICLE

Auteur(s) : Maria Arrault, Stéphane Vignes

Unité de Lymphologie, Hôpital Cognacq-Jay, 15 rue Eugène-Millon, 75015 Paris

Article reçu le 20 Mars 2006, accepté le 18 Juillet 2006

Le lymphœdème secondaire du membre supérieur après traitement du cancer du sein est une complication dont la fréquence dans la littérature est mal appréciée en raison des différentes définitions du lymphœdème [1, 2]. Le lymphœdème peut être défini, par rapport au membre controlatéral, soit par les sommes des différences périmétriques (6 mesures) de plus de 5 % [3], soit par des différences périmétriques supérieures à 2 ou 2,5 cm [4] ou enfin par une différence de volume de 200, voire 250 ml [5]. Sa « meilleure » définition semble être une différence volumétrique de 10 % par comparaison au membre sain [6]. Avec ce critère, sa fréquence est comprise entre 14 et 28 % dans les études les plus récentes [7-9]. Le délai de survenue d’un lymphœdème est variable, allant de la période postopératoire immédiate jusqu’à plus de 30 ans après le traitement [10]. Sa fréquence augmente avec le temps (de 1,4 % à 1 an à 11,2 % à 3 ans pour Liljegren et al. [11]) expliquant ainsi son faible taux lorsque le suivi est court [12]. Dans la cohorte de Guedes Neto, 73 % des femmes qui auront un lymphœdème le développeront dans la première année [13]. Pour Werner et al., le lymphœdème survient avec un délai moyen de 14 mois après le traitement et 97 % des femmes l’ont avant la quatrième année [14]. La tendance spontanée du lymphœdème se fait vers l’aggravation volumétrique avec apparition d’un épaississement et d’une « fibrose » cutanés [15], la survenue de complications esthétiques, psychologiques [16] et infectieuses (érysipèles).Dans cet article, nous détaillerons, d’après les études publiées dans la littérature, les différents facteurs de risque de développement d’un lymphœdème du membre après traitement d’un cancer du sein (tableau 1( Tableau 1 )).

Chirurgie

Curage ganglionnaire

L’ablation des ganglions axillaires fait partie intégrante du traitement du cancer du sein après l’exérèse de la tumeur. Le curage axillaire (ou évidement) enlève les relais ganglionnaires, interrompant ainsi le circuit lymphatique. Les ganglions axillaires sont divisés en trois étages (ou niveaux) de Berg définis selon la position des ganglions lymphatiques par rapport au muscle petit pectoral : I (axillaire inférieur), II (axillaire moyen) et III (axillaire supérieur). Seuls les niveaux I et II sont enlevés en pratique courante. Le curage laisse en place quelques millimètres de tissus sous-veineux axillaire. Dans une étude composée de 381 femmes ayant un cancer du sein de stade I sans atteinte ganglionnaire, traitées par tumorectomie associée, dans 184 cas, à une radiothérapie locale, Liljegren et al. [11] ont montré que le degré de dissection des ganglions axillaires influence la survenue d’une pathologie du membre supérieur (faiblesse, douleur, réduction de la mobilité de l’épaule, engourdissement) dont le lymphœdème. Le risque augmente avec le nombre de ganglions disséqués, avec un risque relatif de 1,11 par ganglion enlevé. Ainsi, il varie de 16 % lorsque le curage touche moins de 5 ganglions à 33 % lorsque celui-ci comporte plus de 10 ganglions après un suivi de 36 mois. Par ailleurs, il est plus important la première année. Herd-Smith et al. [6] ont également estimé la fréquence du lymphœdème en fonction du nombre de ganglions enlevés : moins de 20 (14,5 %), de 20 à 30 (17,7 %) et plus de 30 (22,1 %) avec un risque relatif de 1,29 par ganglion enlevé. De plus, la fréquence augmente avec le temps. Ainsi après 1 an de suivi, 6 % des patientes développent un lymphœdème lorsque le curage intéresse moins de 10 ganglions contre 3 % si 15 ganglions ou plus sont enlevés. Après 3 ans de recul, la fréquence passe respectivement à 16 et 27 % dans ces deux groupes [17, 18]. En conclusion, plus le nombre de ganglions enlevés est élevé, plus le risque de lymphœdème est important, la fréquence augmentant avec le temps.
Tableau 1 Facteurs de risque de développement d’un lymphœdème du membre supérieur après traitement d’un cancer du sein.

Facteurs dépendants du traitement

- nombre de ganglions enlevés lors du curage axillaire [6, 11, 17, 18]

- mammectomie versus tumorectomie [7, 24]

- radiothérapie externe, en particulier axillaire [3, 26, 27]

- complications postopératoires (lymphocèle, lymphorrhée) [19]

Facteurs dépendants de la tumeur

- tumeurs du quadrant supéro-externe [20]

- taille de la tumeur [37]

- envahissement ganglionnaire [18, 36]

- stade de la tumeur [3, 37]

Facteurs dépendants du patient

- âge [18, 41]

- surcharge pondérale lors de la chirurgie du cancer [9, 14, 27, 32]

- prise de poids après le traitement [32]

- diminution des activités physiques [31]

- voyages en avion [42]

Autres

- injections, prélèvements sur le membre [7, 38]

- érysipèles [32]

Ganglion sentinelle

La technique du ganglion sentinelle s’est développée pour diminuer la morbidité du curage axillaire classique. Il s’agit d’injecter un traceur lymphophile (sulfocolloïde radiomarqué ou colorant bleu) au contact de la tumeur. La diffusion de ce traceur dans les vaisseaux lymphatiques permet de repérer le premier relais ganglionnaire drainant la tumeur du sein et potentiellement métastatique. En cas de négativité du ganglion sentinelle, le curage ganglionnaire n’est pas pratiqué. Dans une étude comportant 35 femmes, Schrenk et al. [19] ne retrouvent pas de lymphœdème après ablation du ganglion sentinelle comparativement aux 35 femmes ayant eu un curage axillaire sans envahissement ganglionnaire histologique, mais le recul n’était que de 17 mois. Cependant, le risque de lymphœdème n’est pas totalement aboli avec cette technique. Dans une série de 303 femmes suivies en moyenne 19 mois, la fréquence de survenue d’un lymphœdème après ablation du ganglion sentinelle est de 3 % avec un délai d’apparition médian de 4 mois, mais de 17,1 % chez les femmes ayant eu un curage axillaire après positivité du ganglion sentinelle [20]. Cette étude retrouve également une fréquence supérieure des lymphœdèmes, après ablation du ganglion sentinelle, pour les tumeurs du quadrant supéro-externe par rapport aux autres localisations (5,1 versus 0,7 %). Une autre série plus récente retrouve des résultats similaires avec une fréquence d’apparition de lymphœdème après ablation du ganglion sentinelle de 2,6 et 27 % après curage axillaire [21]. En conclusion, la technique du ganglion sentinelle permet de réduire sensiblement la fréquence du lymphœdème mais aussi de diminuer la fréquence des douleurs et des troubles sensitifs du membre supérieur [22].

Type d’intervention

Dans les études les plus anciennes, les interventions de type Halstedt, qui ne sont plus pratiquées actuellement, entraînaient plus de 50 % de lymphœdèmes [23]. Le type d’intervention chirurgicale (tumorectomie/mammectomie) est aussi considéré comme un facteur pouvant influencer la survenue d’un lymphœdème. Ainsi, dans l’étude de Shunemann et Willich [24], la mammectomie avec curage axillaire entraîne un lymphœdème dans 19,1 % des cas et dans 28,9 % en cas d’association avec la radiothérapie, alors que la tumorectomie associée à un curage axillaire ne se complique que de 6,7 % de lymphœdèmes et de 10,1 % en association avec la radiothérapie. Pour Clark et al. [7], la mammectomie augmente ce risque par 2,2. Pour d’autres auteurs, la mammectomie ne l’augmente pas mais aggrave seulement la sévérité du lymphœdème, appréciée par les différences centimétriques du membre atteint par rapport au membre controlatéral [25].

Radiothérapie

Le traitement du cancer du sein comprend, dans la quasi-totalité des cas, une irradiation externe en complément de la chirurgie (tumorectomie ou mammectomie, curage ganglionnaire axillaire) et éventuellement une chimiothérapie en cas de facteurs de mauvais pronostic. L’étude de Powell et al. [26] portant sur 727 femmes ayant un cancer du sein de stades I et II, traitées par tumorectomie et curage axillaire, retrouve une fréquence de lymphœdème (différence périmétrique de 2 cm par rapport au membre controlatéral) de 2,9 % après un suivi moyen de 72 mois. Un groupe comprenant 68 % de ces femmes avait reçu une irradiation isolée sur le sein, l’autre groupe (32 %), à la fois sur le sein et sur les aires ganglionnaires sus-claviculaire et axillaire. Le risque de lymphœdème à 10 ans est supérieur dans le deuxième groupe (8,9 versus 1,8 %). Par ailleurs, comme l’ont montré Segerström et al. [27] dans une étude concernant 136 femmes traitées par mammectomie et curage axillaire, le risque de lymphœdème (défini par une différence de volume de 150 ml par rapport au membre controlatéral) est plus important après radiothérapie sur les aires ganglionnaires axillaires qu’après irradiation sur le sein et les aires ganglionnaires sus-claviculaires (59,6 versus 16,7 %) ou qu’après chirurgie seule (20,9 %). Herd-Smith et al. [3], dans une série comportant 1 278 femmes traitées par chirurgie (mammectomie : 24 %) et curage axillaire associés ou non à une radiothérapie locale sans irradiation de la région axillaire, ont aussi montré que la fréquence du lymphœdème est plus importante dans le groupe recevant une radiothérapie que dans celui traité par chirurgie seule (17,9 versus 13,2 %) après un suivi de 56 mois [3].

De plus, quelques auteurs ont suggéré que l’hypofractionnement des doses augmenterait encore le risque de lymphœdème [27], de même que le surdosage axillaire postérieur ou les chevauchements de champs [28]. Si la radiothérapie est donc un facteur important de développer un lymphœdème, elle diminue toutefois significativement le risque de récidive locale et la mortalité par cancer du sein [29, 30].

En conclusion, la radiothérapie externe augmente le risque de développement d’un lymphœdème, particulièrement si elle comprend le creux axillaire. Les recommandations actuelles proposent une irradiation de la chaîne mammaire interne en cas de tumeur centrale ou d’envahissement ganglionnaire axillaire ; l’irradiation des ganglions sus et sous-claviculaires est indiquée en présence d’un envahissement ganglionnaire axillaire [29]. L’irradiation du creux axillaire est de moins en moins pratiquée.

Surcharge pondérale

Il s’agit d’un facteur de risque important dans la survenue d’un lymphœdème. Dans une étude cas-témoins comprenant 71 femmes dans chaque groupe, l’index de masse corporelle (IMC) − poids/taille2 − lors du traitement du cancer est significativement supérieur chez les femmes qui ont un lymphœdème par rapport à celles qui n’en ont pas (26,4 versus 25 kg/m2) [31]. Ce facteur de risque a été confirmé par d’autres auteurs [27, 32]. Ozaslan et al. [9] montrent que le risque de développer un lymphœdème est de 48 % lorsque l’IMC est supérieur à 25 et de 14 % lorsque l’IMC est inférieur à 20. Wermer et al. [14] montrent également que la fréquence du lymphœdème augmente avec l’IMC, mais aussi que son volume est plus important lorsque l’IMC est élevé. Cette étude, qui avait suivi pendant 5 ans 282 femmes traitées par tumorectomie, curage ganglionnaire, irradiation mammaire et parfois sus-claviculaire, montre que la fréquence de survenue du lymphœdème augmente avec le poids. Ainsi, celle-ci est de 27,4 % chez les femmes dont l’IMC est supérieur à 27,3 et de 12,5 % chez les femmes dont l’IMC est inférieur 27,3. Elle passe à 36 % lorsque l’IMC est supérieur à 29,2 contre 12 % pour un IMC inférieur. Il n’y a pas de lymphœdème chez 94 % des femmes dont l’IMC est compris entre 15,6 et 22,7 kg/m2. En outre, on note 9,2 % de lymphœdèmes sévères (différence périmétrique > 4 cm) chez les obèses (IMC > 27,2) contre 2,3 % chez les autres patientes et aucun lorsque l’IMC est inférieur à 22,7.

La prise de poids après le traitement du cancer du sein est aussi considérée comme un facteur de risque de lymphœdème. Petrek et al. [32], qui ont suivi pendant 20 ans 263 femmes traitées par mammectomie et curage axillaire, montrent que la fréquence du lymphœdème est supérieure chez les femmes dont la prise de poids depuis la fin du traitement est supérieure à 4,5 kg par rapport à celle dont le poids est resté stable (60 versus 39 %). La sévérité du lymphœdème est également liée à la prise de poids puisque 67 % des patientes ayant une atteinte sévère ont une augmentation de poids de plus de 4,5 kg.

Exercice physique

Il est très souvent recommandé aux patientes d’éviter les efforts physiques importants et/ou répétitifs et le port de charge lourde afin de réduire le risque de survenue de lymphœdème du membre supérieur. Cependant, ces conseils sont le plus souvent empiriques. Certaines études peuvent apporter des éléments considérés comme « contradictoires ». Ainsi, Johansson et al. [31], dans une enquête cas-témoins comprenant 71 femmes traitées pour un cancer du sein ayant développé un lymphœdème et 71 femmes témoins traitées de façon similaire et qui n’en avaient pas développé, ont interrogé les femmes sur leur mode de vie, leurs loisirs, leur activité professionnelle et leur charge de travail quotidienne après le traitement du cancer et jusqu’à l’apparition du lymphœdème : les patientes atteintes d’un lymphœdème sont celles qui ont significativement réduit leurs activités physiques (vélo, marche, gymnastique…) et leurs loisirs (jardinage, couture) après le traitement du cancer par rapport au groupe témoin. Cette étude montre également que la fréquence de survenue d’un lymphœdème n’augmente pas en fonction de la charge de travail puisqu’il n’y a pas de différence significative entre l’intensité de la charge de travail professionnel dans les deux groupes alors que la quantité des tâches domestiques est diminuée de façon identique. L’étude de Petrek et al. [32] confirme ces données puisque l’incidence du lymphœdème chez les patientes pratiquant une activité physique importante (aérobic, jogging) ou une activité professionnelle « à risque » (port de charge lourde, risque de brûlure ou d’infection) n’est pas plus importante que chez les autres patientes. De plus, toutes les études, excepté une [33], ne retrouvent pas d’association entre le lymphœdème et le membre supérieur dominant qui est le plus sollicité par les activités quotidiennes [3, 7, 17, 25, 31].

Par ailleurs, Johansson et al. [34] ont étudié l’influence d’exercices physiques de faible intensité chez 31 femmes atteintes d’un lymphœdème secondaire du membre supérieur. Les patientes pratiquaient une série de mouvements du membre supérieur avec et sans charge et le volume du lymphœdème était évalué par volumétrie à eau immédiatement après l’effort et à 24 heures. Les exercices avaient été réalisés avec et sans compression élastique. Si le volume augmentait après l’effort (avec et sans compression élastique), il retournait aux mesures initiales après 24 heures [34]. Dans la même optique, Harris et al. [35] ont suivi 20 femmes traitées pour un cancer du sein (dont 13 avaient un lymphœdème ou une lourdeur du membre supérieur) avant, pendant et 7 mois après un entraînement intensif pour une compétition de dragon boat (sorte de canoë de grande taille). La taille du lymphœdème était évaluée par des mesures centimétriques. Toutes les participantes avaient porté un manchon de compression pendant l’entraînement et la compétition. Seules deux ont eu une augmentation modérée de leur lymphœdème 7 mois après la compétition [35]. Un suivi plus long serait intéressant afin de déterminer les conséquences à long terme des exercices physiques sur le lymphœdème.

Caractéristiques de la tumeur

Envahissement ganglionnaire

Les résultats des différentes études de la littérature sont discordants. L’existence d’un envahissement ganglionnaire représente un facteur de risque de développement d’un lymphœdème pour certains auteurs [18, 36] et non pour d’autres [3, 26].

Stade de la tumeur

Les résultats des différentes études sont là encore contradictoires. En effet, pour certains auteurs, le stade et la taille de la tumeur n’apparaissent pas comme un facteur de risque de survenue d’un lymphœdème [5, 14, 17, 26, 31] alors que, pour d’autres, ils le sont [3, 37]. Dans l’étude de Herd-Smith et al. [3], il existe un risque accru de développer un lymphœdème pour les tumeurs de stade T2 par rapport aux tumeurs de stade T1 (19,8 versus 14,7 %) [3]. Pour Goffman et al. [37], dans une cohorte de 240 patientes traitées par chirurgie (mammectomie ou tumorectomie) et ganglion sentinelle ou curage axillaire suivi d’une radiothérapie locale, la taille de la tumeur est corrélée au risque de développer un lymphœdème après un suivi moyen de 18 mois.

Autres

Piqûres, injections

Alors qu’il est toujours recommandé aux patientes d’éviter tout prélèvement, piqûre ou plaie sur le membre homolatéral au cancer du sein, ce risque a été très rarement évalué par les études. Clark et al. [7] ont suivi 188 femmes traitées par chirurgie avec curage axillaire ganglionnaire parfois associé à une radiothérapie et confirment ce facteur de risque. En effet, 31 des 170 femmes (18,2 %) indemnes de tout type de piqûre lors de l’hospitalisation sur le membre homolatéral au traitement du cancer développaient un lymphœdème contre 8 des 18 patientes (44,4 %) qui avaient été « piquées ». Il s’agissait de piqûres pour des prélèvements sanguins, des injections intraveineuses et des contrôles de glycémie capillaire [7]. L’étude de Smith [38] rapporte le cas de 10 patientes traitées pour un cancer du sein et qui avaient développé un lymphœdème dans les suites immédiates d’une piqûre sur le membre homolatéral au cancer. Cependant les autres facteurs de risque de développer un lymphœdème ne sont pas détaillés.

Érysipèle

L’érysipèle est la principale complication du lymphœdème. Trente pour cent des femmes ayant un lymphœdème du membre supérieur en ont au moins un épisode [données personnelles]. Au membre supérieur, les portes d’entrée sont rarement retrouvées (griffures d’animaux, brûlures, soins de manucure) à la différence des membres inférieurs (intertrigos interorteils). L’érysipèle atteint la zone du lymphœdème et peut s’étendre au sein à partir du membre supérieur. Sa fréquence est variable, allant d’un épisode unique à de multiples récidives nécessitant une prophylaxie anti-infectieuse au long cours [39]. Même si cette complication est connue, certains auteurs pensent qu’un érysipèle est un facteur de risque de développement d’un lymphœdème. Ainsi, dans l’étude de Petrek et al. [32] sur les 55 femmes ayant eu au moins un érysipèle, 23, soit 56 %, disent en avoir eu un avant ou lors de l’apparition du lymphœdème [32]. Il est possible que l’érysipèle complique un lymphœdème infraclinique et soit alors le facteur décompensant le lymphœdème.

Complications postopératoires

Peu d’études se sont intéressées à l’existence d’un lien entre les complications postopératoires immédiates, telles que le lymphocèle, la lymphorrhée, les infections postopératoires et la survenue d’un lymphœdème. En revanche, certaines évoquent l’hypothèse qu’un lymphocèle pourrait favoriser l’apparition du lymphœdème. En effet, Schrenk et al. [19], qui montrent que la fréquence du lymphœdème est significativement plus importante dans le groupe curage axillaire que dans le groupe ganglion sentinelle, montrent également que la fréquence des lymphocèles est plus importante dans le groupe curage axillaire que dans le groupe ganglion sentinelle (43 versus 5,7 %) [19]. Bijek et al. [40] confirment que le risque de lymphocèle est plus important après le curage ganglionnaire qu’après l’ablation du ganglion sentinelle. Ainsi, dans son étude, 40 % des femmes traitées par chirurgie et curage ganglionnaire développent un lymphocèle contre 18 % de celles traitées avec la technique du ganglion sentinelle. De plus, dans ce dernier groupe, une ponction évacuatrice unique suffisait à tarir le lymphocèle alors que deux ponctions en moyenne étaient nécessaires pour assécher les lymphocèles secondaires au curage axillaire [40]. Le suivi prospectif à la recherche de l’apparition d’un lymphœdème dans chacun des groupes serait intéressant afin de déterminer s’il existe un lien entre la survenue d’un lymphœdème et un lymphocèle postopératoire. Dans une autre étude concernant 281 femmes suivies pendant 14 mois après un traitement pour un cancer du sein associant chirurgie, curage axillaire suivi d’une radiothérapie locale et du creux sus-claviculaire associé à une chimiothérapie en cas d’envahissement ganglionnaire, les auteurs ne confirment pas ce facteur de risque [25].

Âge

L’âge n’apparaît pas comme un facteur de risque individuel de développer un lymphœdème dans la majorité des études de la littérature [3, 7, 14, 18, 31, 32]. Seuls deux études montrent qu’il est un facteur de risque mais avec des résultats contradictoires. Ainsi pour Geller et al. [41], les sujets jeunes sont plus à risque de développer un lymphœdème alors que, pour Kiel et Rademacker [18], les patientes de plus de 55 ans représentent la population à risque. L’étude de Geller et al. [41] consistait en un interrogatoire téléphonique régulier de 145 femmes sur la survenue d’un lymphœdème pendant les 26 mois qui avaient suivi le diagnostic de leur cancer du sein. Elle retrouve que 57,7 % des femmes de moins de 50 ans ont développé un lymphœdème contre 26,9 % des femmes de plus de 50 ans. Cependant, aucune mesure centimétrique ou volumétrique n’a objectivement évalué le lymphœdème. Kiel et Rademacker [18] montrent que 56 % des femmes de plus de 55 ans développent un lymphœdème contre 23 % des femmes de moins de 55 ans [18].

Ménopause

Peu d’études se sont intéressées à l’existence d’un lien entre l’apparition d’un lymphœdème et le statut hormonal des patientes. Les rares études sur le sujet ont des résultats contradictoires. Pour Van der Veen et al. [3, 5, 33], la ménopause serait un facteur de risque.

Voyage en avion

Il est possible que le voyage en avion soit un facteur de risque de développement d’un lymphœdème en raison d’une diminution de la pression dans la cabine. Casley-Smith et al. [42] ont interrogé 163 femmes avec un lymphœdème secondaire du membre supérieur sur ce sujet. Parmi elles, 12 rapportent son apparition immédiatement après le voyage en avion.

Conclusion

Le curage axillaire représente le principal facteur de risque de développement d’un lymphœdème après le traitement d’un cancer du sein. La radiothérapie externe pratiquée après la chirurgie, en particulier lorsqu’elle comprend les aires ganglionnaires axillaires, augmente encore ce risque. Les progrès du traitement chirurgical avec l’utilisation de la technique du ganglion sentinelle et l’amélioration des techniques de radiothérapie font diminuer ce risque. La connaissance des autres facteurs de risque permet d’envisager une réduction supplémentaire du nombre de lymphœdèmes dont les conséquences sont à la fois esthétiques, psychologiques et infectieuses. Les mesures à proposer doivent être personnalisées et peuvent comprendre le contrôle du poids, le maintien des activités physiques et la prévention des gestes invasifs sur le membre supérieur homolatéral au cancer du sein.

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