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NFκB : un nouveau marqueur kappable de prédire l’évolution du cancer de la prostate


Bulletin du Cancer. Volume 93, Numéro 9, 891-9, Septembre 2006, Synthèse


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Laurent Lessard, Anne-Marie Mes-Masson, Fred Saad , Centre de recherche du CHUM et Institut du cancer de Montréal, 1560 Sherbrooke Est, Montréal, Qc, Canada, H2L 4M1.

Résumé : Le cancer de la prostate est la tumeur maligne la plus souvent diagnostiquée et la troisième plus meurtrière chez les hommes canadiens. Même si les adénocarcinomes prostatiques sont maintenant détectés à un stade précoce et traités efficacement, une proportion non négligeable progresse vers un stade métastatique et hormonoréfractaire où les options thérapeutiques sont essentiellement palliatives. Il est actuellement difficile d’identifier les cancers à risque de progression parce que les cliniciens disposent d’un nombre limité de marqueurs pronostiques cliniques. Afin de solutionner ce problème, la recherche uro-oncologique se tourne de plus en plus vers les marqueurs moléculaires pouvant être détectés biochimiquement dans le sang ou l’urine, ou par immunohistochimie sur les tissus cancéreux prostatiques. Ces marqueurs sont généralement impliqués dans divers processus cellulaires dont la prolifération, la survie, l’angiogenèse et l’invasion. Parmi les plus prometteurs, le facteur de transcription NFκB, lorsque présent dans le noyau cellulaire, contrôle l’expression de plusieurs gènes jouant un rôle dans l’oncogenèse. En particulier, des analyses immunohistochimiques ont montré que l’expression nucléaire de la sous-unité RelA dans les tumeurs primaires du cancer de la prostate est associée à une mauvaise évolution clinique. La localisation nucléaire de RelA permet ainsi d’apporter au grade histologique un autre argument afin de mieux classer les patients à risque. Il s’agit en outre d’un marqueur indépendant de la rechute biochimique et de la présence de métastases ganglionnaires. Les autres sous-unités de la famille NFκB pourraient, elles aussi, être des marqueurs pronostiques potentiels puisqu’elles ont été observées dans les noyaux cellulaires des tumeurs prostatiques. L’ajout de NFκB, voire d’autres marqueurs moléculaires, aux marqueurs cliniques actuels facilitera l’identification des tumeurs agressives et permettra de mieux guider les cliniciens dans le choix de la thérapeutique.

Mots-clés : cancer de la prostate, NFκB, marqueur moléculaire, immunohistochimie

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Laurent Lessard, Anne-Marie Mes-Masson, Fred Saad

Centre de recherche du CHUM et Institut du cancer de Montréal, 1560 Sherbrooke Est, Montréal, Qc, Canada, H2L 4M1

Article reçu le 6 Juillet 2006, accepté le 31 Juillet 2006

Le cancer de la prostate

L’adénocarcinome de la prostate est le cancer le plus fréquent et la troisième cause de mortalité liée au cancer chez les hommes canadiens. Il est généralement diagnostiqué à un stade précoce grâce au dépistage mesurant le niveau sanguin de l’antigène prostatique spécifique (PSA) [1]. À ce stade, il est encore localisé à l’intérieur de la capsule prostatique et peut être traité par prostatectomie radicale ou radiothérapie ( (figure 1) ). Dans ce cas, le taux de survie des patients après 10 ans avoisine 85 à 90 %. Cependant, pour certains individus, le cancer réapparaît après une période de rémission. Cette récidive, appelée rechute biochimique, correspond à une nouvelle augmentation du taux de PSA sanguin, trahissant la présence de cellules tumorales. Puisque ces cellules dépendent des androgènes pour survivre, les patients subissent alors une thérapie anti-androgénique afin d’induire une mort cellulaire, ce qui se traduit par une baisse substantielle du taux de PSA sanguin. Malheureusement, cette hormonothérapie demeure essentiellement palliative car le cancer progresse dans une proportion significative des cas vers un stade métastatique et hormonoréfractaire [2]. À ce stade de la maladie, les options thérapeutiques curatives sont inexistantes, ce qui explique le niveau élevé de mortalité du cancer de la prostate.

Prédire l’évolution d’un cancer de la prostate localisé

Des études récentes suggèrent que les cancers à un stade précoce sont, pour la plupart, en état de latence. En effet, il semble que des patients non traités et sous observation survivent presque aussi longtemps que ceux traités par prostatectomie radicale ou radiothérapie [3, 4]. Malgré cela, il est plus prudent à l’heure actuelle de soigner les patients avec une longue espérance de vie puisqu’il est encore difficile de différencier les tumeurs latentes des tumeurs agressives. Ceci implique qu’une fraction des patients traités préventivement ne nécessiterait en fait aucune intervention, tandis qu’une autre fraction serait privée d’un traitement plus agressif qui pourrait retarder ou empêcher une récidive.

On dispose actuellement de certains marqueurs cliniques pour aider à identifier les cancers localisés à risque de récidive. Les trois principaux sont le PSA préopératoire, le stade pathologique et le grade histologique. Ce dernier, communément appelé score de Gleason (de 2 à 10), mesure le degré de différenciation des glandes prostatiques [5]. Un cancer bien différencié (Gleason < 5), c’est-à-dire un cancer dont l’architecture se rapproche de celle des glandes normales, a moins de chance de récidiver. À l’opposé, une tumeur pauvrement différenciée (Gleason ≥ 8) risque d’être plus agressive. Il devient beaucoup plus difficile de prédire l’évolution d’un cancer localisé lorsqu’il s’agit d’une tumeur modérément différenciée (Gleason 5-6 mais surtout Gleason 7), même en tenant compte du PSA préopératoire et du stade pathologique. Pourtant, les tumeurs dont le Gleason est de 7 sont celles qui sont les plus souvent diagnostiquées [6]. Il y a donc un besoin urgent de disposer d’autres marqueurs pouvant compléter les marqueurs cliniques et permettre de mieux classifier les cancers à faible et à haut risques de progression.

Marqueurs moléculaires de la progression du cancer de la prostate

Étant donné l’efficacité limitée des marqueurs cliniques, la recherche uro-oncologique se tourne de plus en plus vers l’identification de marqueurs moléculaires afin d’apporter un complément aux marqueurs cliniques et de mieux prédire l’évolution du cancer. La compréhension de la pathogenèse moléculaire du cancer de la prostate a permis d’identifier des protéines pouvant servir de cibles thérapeutiques mais aussi de marqueurs pronostiques potentiels [7]. Il s’agit généralement d’oncogènes ou de suppresseurs de tumeurs impliqués dans divers processus tels que le contrôle du cycle cellulaire, l’apoptose, l’adhésion et l’angiogenèse (tableau 1)( Tableau 1 ). De tous ces gènes candidats, le facteur de transcription NF-kappaB (NFκB) a récemment émergé comme un marqueur de progression solide. Ce facteur est d’autant plus intéressant qu’il a la particularité de contrôler l’expression de plusieurs gènes décrits dans le tableau 1 comme les cyclines D [8, 9], le VEGF [10], Bcl2 [11], c-myc [12], Pim-1 [13], l’IL6 [14], en plus d’interférer avec le fonctionnement de la protéine p53 [15] et du récepteur aux androgènes [16].
Tableau 1 Marqueurs moléculaires de progression du cancer de la prostate. D’après Quinn et al. [7].

Processus biologiques

Marqueurs moléculaires

Références sélectionnées*

Cycle cellulaire

c-Myc, p16, p21, p27, p53, cycline A, cycline D

[17-22]

Apoptose

Bcl-2, p53

[23]

Adhésion

E-cadhérine

[24]

Angiogenèse

VEGF, VEGFR

[25, 26]

Développement

EZH2

[27]

Signalisation

AR, TGF, IL6, Akt, NFκB, Her2, β-caténine, Pim1

[28-34]

Autres

Hepsin, MUC1, MTA1, AZGP1, CD44

[34-38]

NFκB : nature et fonction

Le nom NFκB représente en fait une famille de cinq sous-unités caractérisées par un domaine d’homologie Rel (RHD pour Rel-homology domain) servant à la dimérisation et à la liaison à l’ADN [39, 40]. Cette famille peut être divisée en deux classes selon leur région en carboxy-terminal. La première classe inclut RelA (p65), RelB et c-Rel qui possèdent un domaine de transactivation. La deuxième classe est représentée par NFκB1 (p50 et son précurseur p105) et NFκB2 (p52 et p100). Le domaine carboxy-terminal des précurseurs p105 et p100 contient des répétitions de type ankyrine qui doivent être dégradées pour générer les sous-unités actives p50 et p52. Toutes ces sous-unités fonctionnent en tant qu’homo et hétérodimères, le dimère le plus connu et étudié étant composé des sous-unités RelA et p50. Dans la plupart des cellules normales, le dimère RelA-p50 est gardé inactif dans le cytoplasme par les inhibiteurs de la famille IκB (α et β). L’activation de RelA-p50 requiert l’induction de voies de signalisation convergeant vers le complexe trimérique IKK composé des kinases IKKα, IKKβ et IKKγ/NEMO ( (figure 2) ). Une fois activé, le complexe IKK phosphoryle l’inhibiteur IκB qui est subséquemment ubiquitinylé et dégradé par le protéasome. Ainsi libéré de son inhibiteur, le dimère RelA-p50 se dirige dans le noyau pour activer la transcription de divers gènes impliqués dans la régulation du cycle cellulaire, la survie, l’angiogenèse, l’inflammation, l’adhésion cellulaire et l’invasion. Plus récemment, un autre voie d’activation ciblant principalement le dimère RelB-p52 a été mise à jour ( (figure 2) ). Dans cette voie non classique, la kinase IKKα phosphoryle le précurseur p100, qui est ensuite partiellement dégradé pour générer la sous-unité p52. Le dimère RelB-p52 se déplace alors dans le noyau où il induit lui aussi l’expression de plusieurs gènes. D’un point de vue cinétique, l’activation de RelA-p50 est connue pour être extrêmement rapide, de l’ordre de quelques secondes, alors que l’induction de RelB-p52 débute après quelques heures de stimulation. Ce mode de fonctionnement permettrait, entre autres, d’activer certains gènes de façon soutenue [41]. En effet, l’activité du dimère RelA-p50 est rapidement réprimée parce qu’il induit l’expression de son propre inhibiteur, IκBα. Le dimère RelB-p52 pourrait alors remplacer RelA-p50 au niveau de certains promoteurs et, puisque IκBα n’interagit pas avec RelB-p52, l’activation de gènes pourrait s’étendre sur une plus longue période.

NFκB et oncogenèse

Étant donné la nature des processus biologiques modulés par NFκB, il n’est pas étonnant d’observer une suractivation des sous-unités NFκB dans plusieurs cancers [42]. Un des premiers indices liant NFκB au cancer est venu de la découverte de l’oncogène rétroviral v-Rel, homologue viral de la sous-unité c-Rel, qui induit la formation de tumeurs lymphoïdes chez le poulet [43]. Par la suite, les effets oncogéniques d’autres protéines virales ont été montrés comme étant dépendants, du moins en partie, de leur capacité à activer les voies NFκB. C’est le cas de la protéine Tax du virus humain T-lymphotrope de type 1 (HTLV1) [44] et de la protéine LMP1 du virus d’Epstein-Barr (EBV) [45]. Plusieurs altérations chromosomiques impliquant les gènes c-rel et nfκb2 ont aussi été détectées dans des lymphomes à cellules B et T [46]. En ce qui concerne les tumeurs solides, une localisation nucléaire aberrante des sous-unités NFκB a été observée dans divers cancers, dont ceux du pancréas [47], du sein [48], de l’endomètre [49], du rein [50], de la tête et du cou [51], ainsi que dans le mélanome [52]. De plus, un grand nombre de lignées cellulaires présentant une activité élevée du dimère RelA-p50 sont résistantes à divers agents chimiothérapeutiques [53, 54]. Des études récentes suggèrent même que l’activation de NFκB dans les cellules inflammatoires entourant les cellules malignes serait requise pour stimuler la croissance et la progression tumorale [55]. Dans ce modèle, la voie NFκB serait cruciale, non seulement dans les cellules tumorales où elle protégerait contre l’apoptose, mais aussi dans les cellules inflammatoires où elle induirait l’expression de facteurs de croissance et de molécules pro-angiogéniques.

NFκB et cancer de la prostate

Le cancer de la prostate n’échappe pas à l’« ouragan » NFκB. Depuis l’année 2000, plus de 200 publications ont rapporté le rôle de NFκB dans la résistance à l’apoptose, la prolifération, la différenciation, l’angiogenèse, la migration et l’invasion de cellules cancéreuses prostatiques (tableau 2)( Tableau 2 ). Il semble que NFκB influence tous ces processus de manière à favoriser la progression du cancer. Ainsi, lorsque NFκB est inhibé suite à la transfection d’une forme mutante non dégradable de IκBα, les cellules PC3 perdent leurs caractéristiques agressives associées à la prolifération, l’invasion, l’angiogenèse et le développement de métastases [56, 57]. Ces découvertes stimulent la recherche d’inhibiteurs naturels ou chimiques de l’activité de NFκB [58] qui pourraient être utilisés dans le traitement du cancer de la prostate.

Il semble aussi exister un lien entre l’activité du dimère RelA-p50 et le degré de dépendance aux androgènes des lignées cellulaires cancéreuses prostatiques. D’abord, les cellules androgéno-indépendantes PC3 et DU145 ont une activité basale de NFκB beaucoup plus élevée que les cellules androgénosensibles LNCaP et 22Rv1 [83, 88]. De plus, les sous-lignées androgéno-indépendantes dérivées des cellules LNCaP ont elles aussi une activité NFκB supérieure à celle des cellules d’origine [89]. La suractivation de NFκB serait donc associée au phénotype androgéno-indépendant et favoriserait la progression de la maladie. D’un autre côté, dans les cellules androgénosensibles, les observations sont plutôt contradictoires. D’une part, l’activation du récepteur aux androgènes atténuerait l’activité basale de NFκB soit par compétition pour des cofacteurs [90, 91] ou des sites de liaison à l’ADN [92], soit par augmentation des niveaux de IκBα [84, 85] ; d’autre part, une augmentation de l’activité NFκB a aussi été détectée suite à une stimulation androgénique de cellules LNCaP [86, 87]. Il reste donc beaucoup à faire afin d’éclaircir les mécanismes moléculaires impliqués dans la modulation de l’activité NFκB par la voie du récepteur aux androgènes et de comprendre leur rôle dans la pathogenèse du cancer de la prostate.
Tableau 2 Rôles de NFκB dans le cancer de la prostate

Rôles de NFκB

Exemples

Références sélectionnées

Anti-apoptotique

Agents naturels et pharmaceutiques qui favorisent ou induisent l’apoptose en inhibant NFκB

[59-68]

Pro-apoptotique

L’activation de NFκB induit l’apoptose

[69, 70]

Prolifération

L’inhibition de NFκB ralentit ou inhibe la croissance cellulaire

[71, 72]

Facteurs qui activent NFκB

[73]

Angiogenèse

Molécules pro-angiogéniques qui agissent par l’entremise de NFkB

[74, 75]

L’inhibition de NFκB inhibe l’expression de molécules pro-angiogéniques

[57, 76]

Différenciation

NFκB induit la différenciation des cellules prostatiques

[77, 78]

Migration/Invasion

Molécules favorisant la migration et l’invasion qui agissent par l’entremise de NFκB

[79, 80]

L’inhibition de NFκB diminue le potentiel migratoire et invasif

[56, 81, 82]

Androgènes

Les androgènes inhibent l’activité de NFκB

[83-85]

Les androgènes activent NFκB

[86, 87]

Expression de NFκB dans les tissus prostatiques

Bien que la majorité des travaux décrits précédemment ait été faite sur des lignées de cellules cancéreuses humaines, il est aussi important de s’assurer de l’expression et/ou de l’activation de NFκB dans les tumeurs. Pour ce faire, la technique d’immunohistochimie peut être utilisée pour détecter la présence de NFκB et déterminer sa localisation à l’intérieur des cellules prostatiques. C’est ainsi que la sous-unité classique RelA a été observée dans les noyaux cellulaires de tissus cancéreux prostatiques [83, 88], laissant sous-entendre une possible activation de NFκB ( (figure 3) ). Cette découverte, combinée aux études moléculaires, a favorisé l’émergence d’une série de travaux visant à établir NFκB en tant que marqueur de progression du cancer de la prostate.

Localisation nucléaire de RelA et grade histologique

Une des premières analyses réalisées a été de comparer la localisation nucléaire de RelA au grade histologique, un marqueur clinique établi [93]. Dans deux études indépendantes, nous avons observé une augmentation de l’expression nucléaire de RelA concomitante à l’augmentation du grade de Gleason. Bien que seulement tendancielle, cette relation suggérait un lien entre l’activité de RelA et l’agressivité du cancer. L’équipe de Shukla et al. a par la suite montré que la localisation nucléaire de RelA coïncidait avec la surexpression de gènes connus pour être activés par NFκB, tels que VEGF, cycline D1 et Bcl2 [94].

Nous avons ensuite évalué le potentiel pronostique de RelA en comparant son statut dans les tumeurs primaires de deux groupes de patients ayant vécu une évolution clinique différente (tableau 3)( Tableau 3 )[93]. Le premier groupe était constitué de 13 patients considérés comme guéris, c’est-à-dire n’ayant subi aucune rechute biochimique dans les 5 années suivant la prostatectomie radicale. Le second groupe était composé de 17 patients décédés suite au développement de métastases osseuses. Les résultats ont révélé que 59 % des patients décédés présentaient une tumeur dont les cellules avaient une haute fréquence de RelA nucléaire (> 10 % des cellules cancéreuses), contrairement à seulement 15 % des patients guéris. De plus, tel qu’observé en clinique, les patients décédés avaient en général un grade Gleason plus élevé que les patients guéris. Cependant, dans les deux groupes, les tumeurs modérément différenciées (Gleason 5-7) représentaient plus de 50 % des patients. Nous avons donc voulu vérifier si l’ajout du marqueur RelA pouvait aider, dans ce cas, à mieux classifier les patients à risque de progression. En regroupant les grades Gleason intermédiaires RelA-nucléaire positifs avec les grades Gleason élevés, 71 % des patients décédés étaient correctement classés dans le groupe à haut risque de progression. De façon similaire, en regroupant les grades Gleason intermédiaires RelA-nucléaire négatifs avec les grades Gleason faibles, 85 % des patients guéris étaient correctement classés dans le groupe à faible risque de progression. Ces travaux montraient donc pour la première fois le potentiel pronostique de NFκB dans le cancer de la prostate.
Tableau 3 RelA aide à mieux classifier les patients à faible et à haut risques de progression

Patients

Guéris (%)

Décédés (%)

p

RelA < 10 %

11 (85)

7 (41)

RelA > 10 %

2 (15)

10 (59)

0,03

ARRAY(0x2af5d0)

Gleason 2-4

4 (31)

1(6)

Gleason 5-7

8 (62)

9 (53)

Gleason 8-10

1 (7)

7 (41)

0,05

ARRAY(0x2aee78)

Faible risque

Gleason 2-4 +

Gleason 5-7 (RelA < 10 %)

11 (85)

5 (29 %)

ARRAY(0x2ad9fc)

Haut risque

Gleason 8-10 +

Gleason 5-7 (RelA > 10 %)

2 (15)

12 (71 %)

0,004

Localisation nucléaire de RelA et rechute biochimique

L’indicateur de progression du cancer de la prostate le plus couramment utilisé est la rechute biochimique. Cette rechute est particulièrement difficile à prédire chez les patients présentant des marges chirurgicales positives. En effet, même si l’analyse pathologique révèle une résection incomplète de la tumeur, les patients ne rechutent pas tous pour autant. Puisque les marqueurs cliniques ne sont pas suffisants pour prédire l’évolution de la maladie, entre autres parce que ces tumeurs sont majoritairement de grade Gleason intermédiaire, l’utilisation de RelA comme marqueur pronostique a été envisagée. Dans une étude chez 42 patients avec marges chirurgicales positives, nous avons déterminé en analyse multivariée qu’une localisation nucléaire de RelA dans plus de 5 % des cellules cancéreuses augmentait de six fois le risque d’une rechute biochimique [31]. En outre, les patients avec une expression nucléaire de RelA élevée rechutaient beaucoup plus rapidement que ceux présentant de faibles niveaux ( (figure 4) ). D’autres études indépendantes ont aussi associé la localisation nucléaire [95, 96] ou la surexpression de RelA [97] à la rechute biochimique, faisant de RelA un marqueur de progression du cancer de la prostate pertinent.

Localisation nucléaire de RelA et métastases ganglionnaires

La présence de métastases aux ganglions pelviens en périphérie de la prostate est aussi un indicateur de mauvais pronostic. Par contre, le statut des ganglions est le plus souvent inconnu puisque le chirurgien omet de les réséquer. Lorsqu’il le fait, il limite la résection à une sous-population de ganglions, augmentant ainsi la probabilité d’établir un diagnostic faux négatif. Cette situation a stimulé le développement de nomogrammes qui combinent une série de marqueurs cliniques permettant de calculer la probabilité d’avoir des métastases ganglionnaires. Ces marqueurs étant limités, l’ajout de marqueurs moléculaires améliorerait l’exactitude de prédiction de ces nomogrammes.

Ayant au préalable observé une forte localisation nucléaire de RelA dans les métastases ganglionnaires du cancer de la prostate [98], nous avons voulu déterminer si l’expression nucléaire de RelA dans les tumeurs primaires pouvait aider à prédire la présence de métastases aux ganglions [99]. En comparant un groupe témoin de patients n’ayant pas rechuté 5 ans après la chirurgie à un groupe de patients métastatiques, nous avons observé une plus haute fréquence de RelA nucléaire chez ces derniers. De plus, en analyse multivariée, chaque 1 % d’augmentation de la fréquence de RelA nucléaire augmentait le risque d’avoir des métastases ganglionnaires de 8 %. En résumé, RelA est un marqueur moléculaire qui pourrait potentiellement être inclus dans les nomogrammes pour évaluer la probabilité d’une atteinte des ganglions pelviens. RelA pourrait être combiné à d’autres marqueurs comme TGFβ et IL6, lesquels ont également permis d’accroître l’exactitude de prédiction de ces nomogrammes [29].

Expression des autres sous-unités de la famille NFκB

Bien que la sous-unité RelA soit un marqueur pronostique prometteur, il existe d’autres sous-unités NFκB qui pourraient avoir une valeur pronostique dans le cancer de la prostate. Cependant, l’expression de RelB, p52, p50 et c-Rel dans les tissus cancéreux prostatiques demeurait hypothétique jusqu’à tout récemment. Dans une étude systématique analysant l’expression et la localisation intracellulaire des sous-unités NFκB, nous avons confirmé leur expression dans les tumeurs primaires [100]. De plus, toutes ces sous-unités ont été détectées dans les noyaux cellulaires, excepté c-Rel qui était strictement cytoplasmique. Remarquablement, la sous-unité RelB était la plus fréquemment localisée au noyau, suivie de RelA, p52 et p50. Par ailleurs, l’expression nucléaire de RelB corrélait significativement avec le grade histologique des patients. Enfin, le calcul de la fréquence à laquelle deux sous-unités se retrouvaient dans les noyaux cellulaires d’un même tissu a révélé que la co-expression nucléaire de RelA et p50 était la moins fréquente. En d’autres termes, ces résultats suggèrent, non seulement une activation du dimère classique RelA-p50, mais aussi une activation fréquente de dimères non classiques dans le cancer de la prostate.

Perspectives

L’étape suivante consistera en des études à grande échelle afin de valider la présence de RelA au noyau, mais aussi celle des autres sous-unités, en tant que marqueurs pronostiques. La combinaison de différentes sous-unités pourrait s’avérer encore plus efficace, alors que d’autres sous-unités pourraient même être associées à une bonne évolution clinique. L’évaluation du potentiel pronostique des facteurs NFκB se fera aussi sur des spécimens de biopsies afin de déterminer si la localisation nucléaire de NFκB peut prédire l’évolution de la maladie au moment du diagnostic. Si tel est le cas, l’approche thérapeutique pourrait être ajustée en conséquence.

En résumé, ces travaux permettront de mieux identifier les patients à risque de progression et de les traiter de façon appropriée. Entre autres, puisque plusieurs inhibiteurs des voies NFκB sont actuellement en développement, la connaissance du rôle des différentes sous-unités NFκB dans la progression du cancer de la prostate permettrait de mieux cibler les patients qui bénéficieraient d’une telle thérapie. Parallèlement, la compréhension des interactions possibles entre les voies NFκB et d’autres voies de signalisation, dont la voie du récepteur aux androgènes, aidera à l’élaboration de nouvelles approches thérapeutiques.

D’une manière ou d’une autre, le pronostic semble plus que favorable quant à l’avenir du marqueur NFκB dans le cancer de la prostate.

Remerciements

Les auteurs voudraient remercier Benjamin Péant pour la lecture critique du manuscrit et madame Guislaine Plante pour l’assistance graphique.

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