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La gouverne de la lutte contre le cancer au Québec


Bulletin du Cancer. Volume 93, Numéro 9, 835-6, Septembre 2006, Synthèse



Auteur(s) : Mélanie Kavanagh, Antoine Loutfi , Direction de la lutte contre le cancer, Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, 1075, chemin Sainte-Foy, 7 e étage, Québec (QC) G1S 2M1, Canada.

ARTICLE

Auteur(s) : Mélanie Kavanagh, Antoine Loutfi

Direction de la lutte contre le cancer, Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, 1075, chemin Sainte-Foy, 7e étage, Québec (QC) G1S 2M1, Canada

Article reçu le 17 Mai 2006, accepté le 28 Mai 2006

On estime qu’au Québec, en 2006, 38 300 nouveaux cas de cancer seront diagnostiqués et que près de 19 000 personnes décéderont des suites d’un cancer [1]. Même si on observe une légère diminution du taux de mortalité par cancer depuis quelques années au Canada, particulièrement en ce qui concerne le cancer du sein, l’incidence et la prévalence du cancer sont respectivement en hausse de 3 et 7 % annuellement. La croissance démographique et le vieillissement de la population sont une raison importante de cette hausse.

La lutte contre le cancer au Québec

Afin de faire face aux exigences et aux obligations socio-économiques associées au cancer, le Québec s’est doté en 1998 d’un Programme québécois de lutte contre le cancer, dont les principaux objectifs sont d’améliorer l’accessibilité, la qualité et la continuité des soins et services de lutte contre le cancer.

Ce programme est le fruit du travail de plusieurs personnes dont des cliniciens, des gestionnaires et des patients. Il place le patient et ses proches au cœur des interventions de lutte contre le cancer et ce, tout au long du continuum de soins et de services qui commence par la promotion et la prévention jusqu’aux soins palliatifs de fin de vie. Il repose notamment sur un réseau intégré et hiérarchisé d’équipes interdisciplinaires de lutte contre le cancer avec la participation d’infirmières pivots en oncologie au sein de ces équipes, un soutien biopsychosocial et une pratique médicale fondée sur des données probantes.

La création de la Direction de la lutte contre le cancer

Dans la foulée du lancement du Programme québécois de lutte contre le cancer en 1998, le Conseil québécois de lutte contre le cancer et le Centre de coordination de lutte contre le cancer ont été mis en place afin de favoriser l’implantation de ce programme, la coordination de tous les efforts des intervenants et l’avancement de la lutte contre le cancer au Québec.

Dès son entrée en poste en 2003, le ministre de la Santé et des Services sociaux, le docteur Philippe Couillard, a fait de la lutte contre le cancer une de ses priorités. L’une de ses premières actions a été de revoir la gouverne provinciale de la lutte contre le cancer. Au terme des travaux pilotés par le docteur Luc Deschênes, en avril 2004, la Direction de la lutte contre le cancer a été créée au sein du ministère de la Santé et des Services sociaux, remplaçant ainsi le Conseil québécois de lutte contre le cancer et le Centre de coordination de lutte contre le cancer.

La mission de cette direction est de mettre en place au Québec les mécanismes nécessaires pour bien répondre aux besoins des personnes soupçonnées ou atteintes de cancer et de leurs proches. Dans ce contexte, son leadership s’exerce par :

  • l’instauration d’une gouvernance clinique, afin d’assurer notamment l’adoption de guides de pratique clinique et de normes organisationnelles par un processus de désignation et d’évaluation d’équipes interdisciplinaires de lutte contre le cancer ;
  • l’application d’une gestion par résultat, par la mise en place d’indicateurs de gestion qui assurent une reddition de compte en fonction des standards ministériels ;
  • la coordination intraministérielle dans une optique de complémentarité, afin d’assurer l’arrimage des programmes et des activités nécessitant l’implication d’autres directions ministérielles ;
  • la coordination du réseau, pour développer et maintenir des liens de collaboration avec les partenaires du Programme québécois de lutte contre le cancer, particulièrement les Agences de la santé et des services sociaux et les ressources reliées au réseau de soutien.

Ainsi, en plus de la promotion de la lutte contre le cancer, les priorités de la Direction sont de s’assurer que l’organisation de services en cancer est hiérarchisée et intégrée, que les patients ont accès rapidement aux soins et services le plus près possible de leurs milieux de vie et que l’offre de ces soins et services est de qualité.

Également, la Direction de la lutte contre le cancer fait le rapport annuellement du bilan de ses activités à la population québécoise. Aussi, elle communique régulièrement au réseau de la santé et des services sociaux sa vision organisationnelle des services en oncologie.

Le système de santé et de services sociaux du Québec

Le système de santé et de services sociaux du Québec est public et, comme son nom l’indique, il intègre les services de santé et les services sociaux au sein d’une même organisation, à savoir le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. Ainsi, c’est l’État québécois qui définit l’offre de services, en finance la production et le fonctionnement et fixe les conditions d’accessibilité sur une base équitable pour toute la population. Ce système repose sur trois paliers, à savoir le central, le régional et le local.

Le palier central, ou ministériel, définit les grandes orientations et alloue les ressources nécessaires. Le palier régional est sous l’autorité des Agences de la santé et des services sociaux. Ces Agences sont responsables de l’organisation des services, de la gestion des ressources et de l’allocation budgétaire aux établissements. Finalement, le rôle local est assumé par 95 centres de santé et de services sociaux. Ces centres ont la responsabilité clinique et organisationnelle de la population de leur territoire local. Ils sont entre autres composés de centres locaux de services communautaires, de centres d’hébergement et de soins de longue durée et de certains centres hospitaliers de soins généraux et spécialisés.

Comme la modernisation de la lutte contre le cancer s’appuie sur une organisation de services intégrés et hiérarchisés, il est impératif que ces services de lutte contre le cancer fassent partie intégrante des responsabilités des réseaux locaux de services, des centres hospitaliers régionaux et des établissements universitaires. Ceci aidera à une meilleure intégration et utilisation des ressources du réseau.

Principales réalisations de lutte contre le cancer au Québec

Depuis sa création en 2004, les efforts déployés par la Direction de la lutte contre le cancer ont entre autres permis d’améliorer considérablement l’accessibilité aux traitements de radiothérapie. À cet égard, le nombre de patients en attente depuis plus de quatre semaines a diminué de près de 75 % et, à part quelques exceptions, aucun patient n’est en attente de traitement depuis plus de huit semaines. La Direction de la lutte contre le cancer a également développé des standards ministériels de référence, dont : une trajectoire de référence en oncologie pour favoriser notamment le continuum de soins et services, une douzaine de guides de pratique clinique, la mise en place de l’infirmière pivot au cœur de l’équipe interdisciplinaire de lutte contre le cancer et l’élaboration d’un plan de mise en œuvre de la politique en soins palliatifs. De plus, dans un souci d’obtenir une information exhaustive, précise, valide et disponible en temps opportun, la Direction de la lutte contre le cancer prévoit de mettre en place un registre québécois de cancer.

La Direction générale de la santé publique du ministère de la Santé et des Services sociaux, dont le mandat est la surveillance, la prévention, la promotion et la protection de la santé et du bien-être de la population, a, quant à elle, mis en avant plusieurs programmes afin d’aider la lutte contre le cancer. En mai 1998, le Programme québécois de dépistage du cancer du sein a été lancé. Ce programme, dédié au dépistage précoce du cancer du sein, a pour but de réduire le taux de mortalité due au cancer du sein d’au moins 25 % sur une période de dix ans chez les femmes de 50 à 69 ans. Également, la loi sur le tabac, adoptée en 1998, regroupe un ensemble de mesures ayant trait à l’usage, à la vente et à la promotion du tabac de manière à prévenir le tabagisme et à protéger la population des méfaits de la fumée de tabac dans l’environnement. Un Plan québécois de lutte contre le tabagisme a été élaboré en 2001 et, plus récemment, de nouvelles dispositions législatives, dont l’entrée en vigueur est prévue pour le 31 mai 2006, restreindront encore davantage la vente et l’usage du tabac. Aussi, le Programme national de santé publique 2003-2012 prévoit d’autres activités de promotion des saines habitudes de vie, particulièrement en ce qui concerne l’alimentation et l’activité physique, de même que des activités de lutte contre les cancers d’origines professionnelle et environnementale.

Une vision d’avenir tournée vers le patient

Les principaux enjeux auxquels auront à faire face la Direction de la lutte contre le cancer et ses partenaires concernent notamment l’augmentation de l’incidence et de la prévalence du cancer, l’augmentation des coûts, notamment ceux des nouvelles molécules, et l’obtention de données valides et disponibles en temps opportun afin d’être mieux outillés pour gérer et intervenir.

Le patient reste au cœur des préoccupations de la Direction de la lutte contre le cancer. Ses programmes visent à lui assurer un accès de qualité à tous les soins et services dont il aura besoin. Et ceci, au bon moment et le plus près possible de son milieu de vie.

Référence

1 Société canadienne du cancer et Institut national du cancer du Canada. Statistiques canadiennes sur le cancer 2006. Toronto, Canada, 2006.


 

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