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Érythropoïétine en oncologie : actualités


Bulletin du Cancer. Volume 93, Numéro 5, 489-93, Mai 2006, Dossier thématique


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Dominique Spaëth , Département d’oncologie médicale, Centre Alexis-Vautrin, avenue de Bourgogne, 54511 Vandœuvre-lès-Nancy Cedex.

Résumé : Les Standards, Options et Recommandations sur l’utilisation de l’érythropoïétine en cancérologie (actualisés fin 2003) sont rappelés. À partir de l’analyse de la littérature récente, des commentaires et des ajouts leur sont faits. D’autres domaines sont abordés : aspects médico-économiques, nouveaux schémas d’administration, bénéfices extra-hématologiques, impact de l’érythropoïétine sur l’évolution tumorale.

Mots-clés : cancer, anémie, transfusion, érythropoïétine, qualité de vie, chimiothérapie

ARTICLE

Auteur(s) : Dominique Spaëth

Département d’oncologie médicale, Centre Alexis-Vautrin, avenue de Bourgogne, 54511 Vandœuvre-lès-Nancy Cedex

Article reçu le 8 Novembre 2004, accepté le 24 Janvier 2005

L’actualisation des SOR (Standards, Options et Recommandations de la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer) sur l’utilisation de l’érythropoïétine (EPO) en cancérologie a été publiée fin 2003 [1-3], permettant de faire la synthèse des connaissances acquises à ce moment (littérature analysée jusqu’à octobre 2003 pour les études randomisées) et d’émettre des recommandations, mais aussi de lister les zones de doute, les questions sans réponse, et d’identifier les champs d’investigation à explorer. Revenir sur les données déjà acquises serait fastidieux.Le but de ce travail est de reprendre, à partir des conclusions des SOR, les différents domaines pour rechercher si la littérature publiée depuis fin 2003 permet d’affiner nos connaissances ou de préciser nos conduites à tenir. Puis seront abordés des domaines exclus du SOR car explorant des concepts novateurs ou sans incidence immédiate sur la conduite pratique des traitements.Le champ de l’utilisation de l’EPO pour la radiothérapie, spécifiquement abordé par un autre article dans ce numéro [4], ne sera ni rappelé ni traité.

Relecture de la synthèse des Standards, Options et Recommandations

Début de prise en charge de l’anémie chez le patient atteint de cancer

« Pour affirmer l’anémie, il faut faire une évaluation du taux d’hémoglobine (standard, accord d’experts) ». Il est important d’avoir une évaluation dynamique (pente de diminution du taux d’hémoglobine).

« Toute anémie doit faire l’objet d’une enquête étiologique pour en appréhender le mécanisme (standard, accord d’experts). » Restons bons médecins.

« Toute anémie de cause corrigeable doit faire l’objet d’un traitement étiologique (standard, accord d’experts). » Restons bons médecins.

« Une anémie avec un taux d’hémoglobine inférieur à 8 g/dL doit généralement faire l’objet d’une compensation par transfusion (recommandation, accord d’experts). » N’oublions pas le délai d’action de l’EPO, 15 jours au minimum.

« Il n’y a pas lieu d’envisager l’instauration d’un traitement par EPOr-Hu si le taux d’hémoglobine est supérieur à 14 g/dL (standard, accord d’experts) », d’autant plus que, au-delà de 14 g/dL, on peut craindre d’une part des risques accrus de complications thromboemboliques, d’autre part des modifications rhéologiques telles que l’apport réduit d’oxygène aux tissus, ce qui va à l’encontre des effets recherchés, notamment dans un contexte de radiothérapie [5].

EPOr-Hu et prise en charge de l’anémie en oncologie médicale et en hématologie (Hb < 12 g/dL)

« Pour un taux d’hémoglobine situé entre 8 et 10 g/dL et si une correction rapide (moins de 3 semaines) est nécessaire, il faut commencer par une compensation par transfusion. Si un traitement carcinologique est en cours ou programmé, un traitement par EPOr-Hu doit être instauré (standard, niveau de preuve A). » En dessous de 10 g/dL, le recours à l’EPO est un standard ; la position de l’Eortc (9-11 g/dL) et de l’Asco/ASH (10 g/dL) est la même [6]. Ne pas le faire est une approche suboptimale. L’Eortc recommande un taux cible d’hémoglobine à 12-13 g/dL.

« Si le taux d’hémoglobine est compris entre 8 et 10 g/dL et qu’aucun traitement carcinologique n’est en cours ou envisagé, un traitement par EPOr-Hu est possible (hors AMM) dans les tumeurs hématologiques (option, accord d’experts). » La recommandation de l’Eortc est la même, mais non limitée à l’hématologie. Attention toutefois, cette utilisation se trouve en dehors de l’AMM des érythropoïétines.

« Pour un taux d’hémoglobine compris entre 10 et 12 g/dL, il est possible de recourir d’emblée à l’EPOr-Hu ou bien d’attendre une chute de ce taux en dessous de 10 g/dL (option, niveau de preuve B2). » C’est là que le bon sens médical doit guider la décision : le terrain du patient (comorbidités rendant plus problématique l’hypoxémie ?), sa tolérance à l’installation de l’anémie, la vitesse d’installation de celle-ci, la durée restant à courir du traitement causal, les traitements anémiants encore prévus, la façon dont on apprécie si, en termes de pronostic, l’anémie peut être préjudiciable au patient.

EPOr-Hu et prévention de l’anémie chez l’adulte (Hb >12 g/dL)

Aucun standard ni option n’a pu être défini pour cette indication. La recommandation de l’EORTC est la même.

« L’administration d’EPOr-Hu pour la prévention de l’anémie chez l’adulte atteint de cancer n’a de place que dans le cadre d’essais prospectifs randomisés (recommandation, accord d’experts). » Il n’y a ni nouveauté, ni ajout, ni commentaire.

EPOr-Hu en oncologie pédiatrique

« L’utilisation de l’EPOr-Hu en oncologie pédiatrique est une option qui doit être considérée au cas par cas, lorsqu’il existe une contre-indication relative ou absolue à la transfusion (facteurs culturels ou religieux, groupes sanguins exceptionnels, patients immunisés, etc.) (option, accord d’experts). » Il n’y a ni nouveauté, ni ajout, ni commentaire.

« Lorsque l’administration d’EPOr-Hu est envisagée, il est recommandé de privilégier la voie intraveineuse (recommandation, accord d’experts). » Il n’y a ni nouveauté, ni ajout, ni commentaire.

« L’administration d’EPOr-Hu en oncologie pédiatrique doit être évaluée dans le cadre d’essais prospectifs randomisés d’envergure (recommandation, accord d’experts). » Il n’y a ni nouveauté, ni ajout, ni commentaire.

EPOr-Hu en traitement préopératoire

« L’EPOr-Hu peut être administrée dans le cadre d’un programme autologue de transfusion en cas de chirurgie carcinologique lourde programmée (option, accord d’experts). » Il n’y a ni nouveauté, ni ajout, ni commentaire.

« L’administration d’EPOr-Hu en préopératoire est d’autant plus recommandée qu’il est prévu que la chirurgie soit suivie d’une chimiothérapie (recommandation, accord d’experts). » Il n’y a ni nouveauté, ni ajout, ni commentaire.

« L’administration d’EPOr-Hu en traitement préopératoire doit être évaluée dans le cadre d’essais prospectifs randomisés d’envergure (recommandation, accord d’experts). » Une étude portant sur des patients pris en charge pour chirurgie de cancer du tractus gastro-intestinal a montré l’efficacité de l’EPO sur les paramètres hématologiques et a en outre signalé une amélioration de la survie à 1 an avec l’EPO (80,6 versus 59,3 %, p = 0,04) [7].

Co-administration du fer avec l’EPOr-Hu

« Une supplémentation martiale peut être proposée pendant la durée du traitement par EPOr-Hu (option, accord d’experts). »

« Il est recommandé d’effectuer un bilan martial avant et pendant le traitement par érythropoïétine (recommandation, accord d’experts). »

« Lorsque le contexte de prise en charge s’y prête, la voie intraveineuse est recommandée (recommandation, accord d’experts). »

« Si la voie intraveineuse n’est pas possible à mettre en œuvre, la voie orale est recommandée (recommandation, accord d’experts). »

« Des essais cliniques comparant l’association EPOr-Hu-fer à l’EPOr-Hu seule sont recommandés dans ce domaine (recommandation, accord d’experts). »

Il existe souvent un déficit martial absolu ou relatif (le stock total de fer dans l’organisme est normal, mais le fer utilisable, mobilisable rapidement, est insuffisant pour répondre à la demande), qui va s’exprimer à l’occasion de la stimulation par l’érythropoïèse entraînée par l’EPO ; le fer disponible est insuffisant et l’action de l’EPO s’en trouve entravée, son efficacité diminuée. Une supplémentation martiale est obligatoire si la saturation de la transferrine est inférieure à 20 %, conseillée dans les autres cas ou si elle est non mesurée.

La supplémentation orale n’est qu’un pis-aller : absorption incertaine, mauvaise tolérance digestive, efficacité inférieure à la voie parentérale.

Une supplémentation intraveineuse est recommandée par complexe hydroxyde ferrique saccharose (Venofer), seul disponible actuellement en France.

Les travaux de Auerbach publiés dans le Journal of Clinical Oncology en 2004 soulignent l’importance de la supplémentation martiale, surtout parentérale [8]. Dans cette série randomisée de 157 patients avec anémie chimio-induite (avec ferritine basse ou normale mais saturation de la transferrine inférieure à 20 %) traitée par EPO, les patients n’étaient pas supplémentés en fer ou recevaient du fer per os ou IV selon deux modalités différentes. Le taux de réponse à l’EPO était significativement meilleur (68 %) pour le bras fer IV que pour le fer oral (36 %) ou l’absence de fer (25 %) ; l’amélioration de qualité de vie n’était significative que dans le groupe fer IV.

Domaines non abordés dans les Standards, Options et Recommandations

Modalités de traitement par EPO

De nouveaux schémas d’administration ont été validés :
  • - époétine alfa (Eprex®) en injection hebdomadaire d’une ampoule à 40 000 UI ; deux études non randomisées totalisant 3 789 patients ont montré, en termes de résultats hématologiques, une efficacité identique à celle obtenue dans deux études regroupant 4 712 patients utilisant le schéma de 3 injections de 10 000 UI par semaine [9] ; il n’y a toutefois pas eu d’extension officielle de l’AMM pour cette forme ;
  • époétine bêta (Neorecormon®) en injection hebdomadaire d’une ampoule à 30 000 UI [10]. Il y a eu une extension officielle de l’AMM pour cette forme (service médical rendu de niveau IV) ;
  • Aranesp® : des schémas d’administration toutes les 2 ou 3 semaines [11] permettent d’obtenir un résultat hématologique satisfaisant, et une injection de 6,75 μg/kg toutes les 3 semaines a été retenue. Il y a eu une extension officielle de l’AMM pour cette forme, avec mise à disposition d’ampoules à 500 μg. Dans ces schémas d’injections très espacées d’EPO, correspondant peu ou prou au rythme d’administration de la chimiothérapie elle-même, on peut se demander s’il vaut mieux associer l’injection d’EPO ou l’en dissocier. Heatherington et al. [12] ont étudié la pharmacocinétique de l’EPO et les effets hématologiques dans des schémas d’injection de darbépoétine alfa synchrone ou asynchrone à la chimiothérapie pour 81 patients et concluent à des différences modérées du profil pharmacologique, sans incidence sur l’efficacité.

Aspects médico-économiques

Une étude exhaustive et très didactique de la littérature dans le domaine délicat de l’approche médico-économique de la prise en charge de l’anémie, avec des comparaisons entre attitude transfusionnelle et traitement par EPO de ce point de vue, est parue durant l’été 2004 [13]. Les données économiques sont en faveur d’une prise en charge de l’anémie par EPO et plaident pour une utilisation précoce. Pour arriver à une amélioration identique de la qualité de vie, un abord transfusionnel reviendrait jusqu’à 5 fois plus cher qu’un traitement par EPO. Le passage aux traitements hebdomadaires améliore les coûts, à efficacité identique.

Par ailleurs, la mise à disposition courant 2007 de bio-génériques des époétines pourrait changer substantiellement la donne médico-économique.

Effets extrahématologiques de l’érythropoïétine

L’EPO n’est pas le facteur de croissance hyper-spécifique de la lignée érythrocytaire que l’on croyait : d’une part, elle est secrétée in situ dans divers tissus à des fins de boucle autocrine et paracrine et, d’autre part, son récepteur spécifique (R-EPO) est exprimé par nombre de lignées cellulaires, à la fois par le tissu normal non hématopoïétique et par certaines lignées tumorales [14], ce qui laisse espérer de possibles effets favorables en tant que protection (l’EPO est exprimée en réponse à un stress pour favoriser sa gestion et sa réparation), mais aussi craindre une interaction indésirable dans l’homéostasie tumorale.

Risque de stimulation tumorale

Les récepteurs à l’EPO sont présents sur de nombreuses lignées tumorales ; leur présence est augmentée en condition hypoxémique et l’EPO diminue l’apoptose consécutive à l’hypoxie [15] ; inhiber ces récepteurs peut avoir pour effet de ralentir la croissance tumorale. Est-ce la preuve que l’EPO stimule cette croissance ?

La compréhension de ces mécanismes est encore imparfaite [16]. Les modèles précliniques laissent à penser à la fois :

  • que réduire l’hypoxie tumorale en corrigeant l’anémie peut avoir une influence significative sur l’agressivité tumorale et l’efficacité des traitements anticancéreux, particulièrement la radiothérapie ;
  • qu’il peut aussi exister un risque théorique de stimulation tumorale par l’EPO par action sur les récepteurs à l’EPO présents sur les cellules tumorales (en inhibant notamment l’apoptose induite par la radiothérapie ou la chimiothérapie) ; or c’est précisément l’hypoxie qui conditionne la présence en grand nombre de ces récepteurs.

Il faudra donc poursuivre les travaux précliniques pour préciser les conditions dans lesquelles les avantages de la correction de l’hypoxie l’emportent sur les risques de la stimulation.

Il est licite de penser que, dans cette optique, la correction de l’anémie reste tout à fait justifiée ; sa prévention doit faire l’objet d’une évaluation plus rigoureuse encore du rapport bénéfice/risque.

Les résultats des études sont contradictoires : la majorité des études in vitro, et la quasi-totalité des modèles de xénogreffe ne retrouvent aucun effet de stimulation tumorale (plusieurs de ces études de xénogreffe suggèrent un effet antitumoral propre de l’EPO).

Les interactions en radiothérapie sont abordées ailleurs [4].

Une méta-analyse Cochrane de 19 études contrôlées avec EPO (2 865 patients cancéreux) note une réduction du risque de décès avec EPO : hazard ratio 0,81 (intervalle de confiance 0,67 à 0,99) pour les données avec régression de Cox ajustée, hazard ratio 0,84 (intervalle de confiance 0,69 à 1,02) sans ajustement des données. Cet effet positif sur la survie (« suggéré mais sans qu’on puisse conclure définitivement ») semble lié notamment à une diminution de la progression tumorale : hazard ratio pour l’amélioration de la réponse tumorale avec EPO 1,39 (intervalle de confiance 1,14 à 1,79) dans l’analyse de 9 études et 1 234 patients pour lesquels cette donnée était disponible [17, 18]. De même ont été présentés à l’automne 2004, au congrès de l’ESMO, la méta-analyse des études randomisées avec l’époétine bêta (1 409 patients) et le regroupement de deux études randomisées avec la darbépoétine (658 patients) pour l’analyse des données de progression et de survie. Avec l’époétine bêta, il y a une diminution du risque de progression tumorale sous EPO, sans impact sur la survie [19] ; avec la darbépoétine, il n’y a aucun élément en faveur d’une augmentation de la progression tumorale ou de la mortalité [20].

Fonctions cognitives

Les fonctions cognitives sont les processus qui permettent d’appréhender le monde, de le comprendre et se le représenter et d’interagir avec lui (notions de représentation spatiale, calcul, mémoire, attention, raisonnement, apprentissage). L’impact du cancer et de son traitement sur ces fonctions cognitives est un domaine qui commence tout juste à être défriché, notamment parce que, si les patients rapportent aisément et fréquemment des dysfonctionnements dans leur vie quotidienne, la mesure de ces troubles nécessite des instruments (tests neuropsychologiques) à la fois peu standardisés et chronophages. Une excellente revue est parue récemment dans Lancet Oncology [21]. La chimiothérapie semble jouer un rôle important. Parmi les données récentes, dans le cas du cancer du sein, on observe dans une série de 104 patients une altération des fonctions cognitives chez 9 % des patientes dont le traitement ne comporte pas de chimiothérapie, 17 % lorsqu’il y a chimiothérapie conventionnelle, 32 % en cas de traitement intensifié (Odds ratio de 8,2) ; ces différences sont significatives (p = 0,043) malgré le faible effectif. Une autre série de 39 patients note un Odds ratio de 6,4. Une série plus courte (18 patientes recevant une chimiothérapie adjuvante pour cancer du sein) comporte une étude exhaustive des fonctions cognitives, dès avant la chimiothérapie, pendant celle-ci et jusqu’à 1 an après sa fin. Il a été noté 33 % d’anomalies avant la chimiothérapie ; 61 % des patients voyaient leurs performances diminuer à la fin de la chimiothérapie, une amélioration étant cependant possible 1 an plus tard pour la moitié d’entre elles. D’autres observations confirment que ces effets sur les fonctions cognitives s’améliorent lentement avec le temps mais persistent chez une partie des patients [21].

L’anémie induite par la chimiothérapie explique une partie de ces troubles cognitifs (majoration significative des troubles de mémoire, concentration, et pour les tâches exécutives complexes, non significative de la mémoire et de la reconnaissance visuelle). Les patients anémiques ont une détérioration significativement plus importante de leurs fonctions cognitives [22]. Une étude randomisée en double aveugle contre placebo [23] a montré, chez les patients traités par EPO, un meilleur maintien du taux d’activité et une amélioration des fonctions cognitives. Cela peut s’expliquer par la correction de l’hypoxie, mais aussi par un effet neuroprotecteur propre de l’EPO (cf. infra) [24]. Dans une autre étude de 383 patients atteints de pathologies hématologiques non myéloïdes, le traitement par époétine alfa permet d’obtenir, outre la correction des troubles hématologiques, une amélioration des performances mnésiques [25].

Des travaux scientifiques ambitieux (dont la méthodologie est lourde) sont nécessaires à la fois pour mieux cerner la fréquence et l’ampleur de ces troubles, appréhender leurs mécanismes, étudier les possibilités de prophylaxie et de correction.

Effets protecteurs de l’EPO

L’EPO en injection très précoce semble exercer des effets protecteurs en cas de stress, notamment en permettant de limiter l’apoptose dans les zones périphériques (« pénombre ») de la région lésée [26, 27].

Cardioprotection

On sait depuis longtemps que, chez les insuffisants rénaux, l’EPO diminue le taux de complications cardiovasculaires, notamment d’infarctus ; chez les insuffisants cardiaques modérément anémiques, elle permet une amélioration clinique de 42 % dans la classification NYHA versus une détérioration de 11 % dans le groupe témoin, une diminution des jours d’hospitalisation de 79 % versus une augmentation de 57,6 %, une augmentation de la fraction d’éjection ventriculaire de 5,5 % versus une chute de 5,4 % ; outre l’effet bénéfique de la correction de l’anémie, un effet direct de l’EPO semble possible, par inhibition de l’apoptose des zones lésées, effet cardiotrophique et amélioration de la densité capillaire [28, 29]. Dans un modèle animal d’infarctus, la zone menacée de nécrose était d’égale importance mais, dans cette zone, le taux de tissu nécrosé était de 13,8 % sous EPO contre 35,1 % avec du sérum salé [27]. Dans une autre étude, la diminution du taux d’apoptose à 24 heures est de 50 % et, à 8 jours, la zone infarcie ne représente que 15 à 25 % de celle retrouvée sur les animaux témoins [30].

Néphroprotection

Une protection par l’EPO contre la néphrotoxicité du cisplatine semble possible, notamment par stimulation de la régénération des cellules tubulaires [31].

Neuroprotection

L’EPO est produite dans le cerveau, ses récepteurs sont présents sur les cellules d’origine neurale ; elle est importante dans le développement neural mais agit aussi comme un facteur neurotrophique et neuroprotecteur en cas d’agression (notamment hypoxique) ; elle peut également moduler certains phénomènes de neurotransmission [14]. On observe ainsi sous EPO de moindres dégâts cérébraux dans des modèles animaux d’accidents vasculaires ischémiques (75 % de volume d’infarctus en moins) [29] ou d’hémorragies sous-arachnoïdiennes, d’encéphalopathies auto-immunes, après des traumatismes ou des crises comitiales [32], des compressions médullaires [26]. Une étude de phase I-II chez l’homme a montré, dans 53 cas d’accident vasculaire cérébral, une amélioration clinique [33].

Soins intensifs

Des expériences sont en cours également pour déterminer si l’EPO peut réduire le taux de mortalité et diminuer les séquelles au long cours pour les patients ayant eu un processus de ressuscitation après mort apparente [34].

Ces effets extrahématologiques sont potentiellement tellement intéressants que des développements sont en cours sur une asialo-érythropoïétine et sur une érythropoïétine carbamylée, dépourvues d’activité hématopoïétique, pour faire bénéficier de ces possibilités des patients non anémiques sans risque d’élévation du taux d’hémoglobine [29, 32, 35].

Conclusion

Il n’y a pas de modification substantielle aux SOR publiés fin 2003, qui restent d’actualité. La prescription d’EPO reste un standard pour les patients en cours de traitement anticancéreux lorsque leur taux d’hémoglobine est inférieur à 10 g/dL, et régulièrement indiquée entre 10 et 12 g/dL, ce d’autant plus que les dernières données médico-économiques sont assez favorables ; en outre, on acquiert de plus en plus de connaissances sur les vertus extrahématologiques de l’EPO dont les modalités d’administration se sont par ailleurs singulièrement simplifiées.

La polémique actuelle à propos de l’impact de l’EPO sur le résultat thérapeutique nécessite un approfondissement des travaux précliniques et un effort soutenu de recherche clinique pour qu’elle soit tranchée. À cette égard, toute la communauté cancérologique doit s’impliquer.

Références

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