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Lymphadénectomie axillaire sentinelle après chimiothérapie néoadjuvante pour cancer du sein : influence du statut ganglionnaire initial


Bulletin du Cancer. Volume 93, Numéro 4, 415-9, Avril 2006, Article original


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Guillaume Le Bouëdec, Benjamin Geissler, Pierre Gimbergues, Florent Cachin, Frédérique Penault-Llorca, Fabrice Kwiatkowski, Jacques Dauplat, Jean Maublant , Service chirurgie, Service médecine nucléaire, Service anatomie pathologique, Service recherche clinique, Centre de lutte contre le cancer d’Auvergne Jean-Perrin, 58, rue Montalembert, BP 392, 63011 Clermont-Ferrand Cedex 1.

Résumé : Les objectifs de cette étude étaient d’évaluer la faisabilité et la pertinence de la biopsie du ganglion sentinelle (GS) après chimiothérapie néoadjuvante pour volumineux cancers du sein. Soixante-quatorze cancers du sein opérables T1T2T3N0N1 mais inaccessibles à une chirurgie conservatrice ont été inclus dans cette étude prospective (2001-2004) : après 6 cures de chimiothérapie néoadjuvante, la recherche du GS était effectuée par méthode isotopique, systématiquement suivie d’un curage axillaire complet. Le GS a été identifié dans 68/74 cas (92 %). Il était envahi dans 30/68 cas (44 %). Le taux de faux négatifs (FN) sur l’ensemble des GS détectés était de 14 % (5/35). Dans le sous-groupe des 42 cas N0 avant chimiothérapie, l’exactitude était de 100 %, la VPN de 100 % et le taux de FN de 0 % tandis que, dans celui des 32 cas N1, l’exactitude était de 83 %, la VPN de 64 % (p > 0,03) et le taux de FN de 25 %. La biopsie du GS après chimiothérapie néoadjuvante est techniquement faisable et semble donner d’excellents résultats dans les cas où le creux axillaire est initialement libre.

Mots-clés : cancer du sein, chimiothérapie néoadjuvante, ganglion sentinelle

ARTICLE

Auteur(s) : Guillaume Le Bouëdec1, Benjamin Geissler2, Pierre Gimbergues1, Florent Cachin2, Frédérique Penault-Llorca3, Fabrice Kwiatkowski4, Jacques Dauplat1, Jean Maublant2

1Service chirurgie
2Service médecine nucléaire
3Service anatomie pathologique
4Service recherche clinique, Centre de lutte contre le cancer d’Auvergne Jean-Perrin, 58, rue Montalembert, BP 392, 63011 Clermont-Ferrand Cedex 1

Article reçu le 21 Novembre 2005, accepté le 13 Mars 2006

La valeur de la recherche du GS conceptuellement réservée aux tumeurs du sein de petite taille [1-4] à faible risque théorique d’envahissement ganglionnaire T0T1N0 a été étudiée dans les volumineuses tumeurs avant ou après chimiothérapie avec des performances très inégales [5-12].Les premières expériences portant sur l’utilisation de la procédure sentinelle après chimiothérapie néoadjuvante ont été décevantes mais les effectifs étaient faibles et hétérogènes [13-16] : on relevait, parmi les échecs, des cancers du sein localement avancés avec métastases ganglionnaires axillaires cytologiquement prouvées T3N2 et des formes inflammatoires T4N2.Plus récemment, des résultats moins défavorables ont été obtenus grâce à une meilleure sélection des indications, notamment en l’absence d’adénopathie axillaire palpable initiale [17-20].Les performances de la technique de recherche du ganglion sentinelle sont essentiellement exprimées par le taux d’identification et par le taux de faux négatifs, défini comme la situation où le ganglion sentinelle détecté est indemne alors qu’un envahissement néoplasique est mis en évidence sur un ou plusieurs ganglions non sentinelles. Ce risque de sous-stadification est quantifiable par confrontation des analyses histologiques du ganglion sentinelle et des autres ganglions prélevés par curage axillaire complet classique.L’objectif de cette étude prospective était d’évaluer la faisabilité et la pertinence de la recherche du ganglion axillaire sentinelle (GAS) par méthode isotopique [21] après chimiothérapie néoadjuvante pour cancers du sein opérables T1T2T3N0N1.

Résultats

Le taux de détection peropératoire du GAS est de 92 % (68/74). Dans 6 cas, aucun signal acoustique n’a été enregistré lors de l’exploration chirurgicale de l’aisselle. Sur les clichés scintigraphiques préopératoires réalisés chez 58 malades, aucune image d’hyperfixation n’est visible dans 3 cas.

Le nombre moyen de GAS prélevés est de 2 (extrêmes 1-6). Le taux d’envahissement néoplasique du GAS est de 44 % (30/68). Trois des 6 échecs de détection (50 %) ont un envahissement ganglionnaire.

Dans 5 cas, le curage axillaire contient un ou plusieurs ganglions métastasiques alors que le ou les GAS sont indemnes. Le taux de faux négatifs calculé sur l’ensemble des GAS détectés est donc de 14,3 % (5/35). Les caractéristiques anatomocliniques de ces 5 cas faussement négatifs ont été récapitulées (tableau 1( Tableau 1 )). Il s’agit de malades dont le statut ganglionnaire clinique avant chimiothérapie était classé N1.

Les résultats sont exprimés en fonction du statut axillaire clinique initial N1 versus N0. Le taux de détection du GAS est similaire : 90 % (29/32) dans le groupe N1 et 93 % (39/42) dans le groupe N0. Son taux d’envahissement est de 51,7 % (15/29) dans le groupe N1 et de 38,5 % (15/39) dans le groupe N0 (p = 0,28). Le taux d’envahissement axillaire résiduel après 6 cures de chimiothérapie est supérieur pour les N1 à celui des N0, respectivement de 62,5 % (20/32) et 35,7 % (15/42), différence statistiquement significative (p = 0,02).

Le taux de faux négatifs du ganglion sentinelle est plus élevé dans le groupe N1 que dans le groupe N0 : 25 % (5/20) versus 0 % (0/15) mais la différence n’est pas significative (p = 0,10).

La valeur prédictive négative (VPN) de l’adénectomie sentinelle sur le statut axillaire histologique définitif déterminé par le curage complet est de 64 % dans le groupe N1 alors qu’elle est de 100 % dans le groupe N0.

La valeur prédictive positive (VPP) est de 100 % dans les deux groupes. L’exactitude de la procédure est de 83 % (24/29) versus 100 % (39/39) (p < 0,03, test exact de Fischer).

Les résultats comparatifs de la pertinence du statut du ganglion sentinelle en fonction du statut axillaire initial N1 ou N0, après exclusion des échecs de détection, sont détaillés dans le tableau 2( Tableau 2 ).
Tableau 1 Caractéristiques anatomocliniques des 5 faux négatifs

Age

Stade initial

Localisation

Chimiothérapie

Réponse

Ganglions sentinelles (nb)

Curage

40

T3N1

QSE

FEC 100 × 6

Partielle

1

6N +/11

68

T2N1

UQSup

FEC 100 × 6

Partielle

1

2N +/15

42

T3N1

QSE

FEC 100 × 6

Complète

4

1N +/18

46

T2N1

QSE

  • FEC 100 × 3
  • Taxotère × 3


Partielle

1

1N +/18

50

T2N1

QSE

FEC 100 × 6

Complète

2

2N +/17


Tableau 2 Recherche du GAS post-chimiothérapie néoadjuvante : confrontation des examens histologiques selon statut N1 ou N0

Statut axillaire initial

Curage axillaire

Positif

Négatif

N1 clinique initial (n = 29)

- GAS positif

15

0

- GAS négatif

5

9

N0 clinique initial (n = 39)

- GAS positif

15

0

- GAS négatif

0

24

Discussion

Dans la littérature, les résultats publiés sur l’utilisation des techniques de recherche du GAS après chimiothérapie néoadjuvante sont très discordants : les taux de détection sont compris entre 72 et 100 % [18, 22-24], les taux de faux négatifs entre 0 et 33 % [13, 25-30].

Ces études comportent de multiples biais méthodologiques : analyses rétrospectives, faibles effectifs, hétérogénéité des stades inclus (inclusion de cancers inflammatoires), différences de modalités techniques de recherche du GS, gestion anatomocytopathologique variable, niveau inégal d’expérience des chirurgiens participants.

Après chimiothérapie néoadjuvante, le taux d’envahissement ganglionnaire résiduel est compris entre 25 et 45 % [7]. Il dépend de la réponse observée sur la tumeur mammaire primitive mais aussi du statut axillaire initial N0-N1. Pour Lenert [31], le curage axillaire après chimiothérapie était négatif dans 74 % des cas de réponses supérieures à 50 %, et il était plus particulièrement négatif dans 86 % des cas de réponses supérieures à 50 % qui étaient N0 initiales.

Les résultats de notre travail confirment l’influence du statut axillaire avant chimiothérapie sur l’efficacité de la recherche du GS : le taux de faux négatifs est de 0 % dans le groupe des 42 malades N0, de 25 % dans le groupe des 32 malades N1. Une différence statistiquement significative a été observée en termes d’exactitude entre ces deux sous-groupes N0 et N1 : 100 versus 83 % (p < 0,03). Cette différence portait exclusivement sur la VPN, respectivement de 100 et de 64 % et non sur la VPP égale à 100 % dans les deux groupes.

L’influence du statut ganglionnaire initial est également retrouvée par Noguchi et al. [20] : taux de faux négatifs de 7 % (1/14) dans le groupe des N0 initiaux, de 15,8 % (3/19) dans le groupe des N1 (NS). La même constatation a été faite par Lang [19] : taux de FN à 0 % (0/12) quand N0, à 9 % (1/11) quand N1 (NS).

Dans le rapport du NSABP B-27 – étude qui rassemble à ce jour le plus important nombre de cas (n = 428) – aucune influence du statut ganglionnaire au moment de la randomisation de la chimiothérapie néoadjuvante n’a été observée en termes d’identification du GS : taux global de 84,8 %, respectivement de 84,4 et de 86,3 % quand les ganglions étaient cliniquement indemnes ou non. Le taux de faux négatifs global était de 10,7 % (15/140), mais il est regrettable qu’il n’ait pas été précisé d’éventuelles différences en fonction du statut ganglionnaire initial [32].

La détermination histologique du statut ganglionnaire axillaire après chimiothérapie néoadjuvante pour les cancers du sein opérables aux stades lésionnels étudiés ici (T2-T3, N0-N1, M0) garde une valeur pronostique significative de l’évolution [33, 34].

Sur 488 cas opérés à l’Institut Curie, le taux de survie sans récidive à 10 ans est de 64 % en l’absence d’envahissement ganglionnaire résiduel, alors qu’il est de 7 % dans la situation très péjorative d’une persistance de 8 ganglions métastatiques ou davantage ; lorsque 1 à 3 ganglions métastatiques sont retrouvés, ce taux est de 42 %, lorsque 4 à 7 ganglions métastatiques sont retrouvés, il est de 35 % [34].

Une étude prospective multicentrique française (promoteur : Centre René-Gauducheau, Nantes) est actuellement menée pour évaluer la technique du ganglion axillaire sentinelle chez les patientes préalablement traitées par chimiothérapie néoadjuvante pour cancer du sein. Le protocole Ganea fait appel à la technique combinée (isotope + bleu) et s’adresse aux tumeurs classées T2T3, N0N1, M0 lorsque la réponse permet un traitement conservateur secondaire.

Comme d’autres équipes [19, 22, 23, 30], nous avons choisi la technique isotopique pure puisqu’il est reconnu qu’elle est plus performante que la technique colorimétrique seule [3, 21, 35]. Les chiffres du NSABP B-27 rapportés par Mamounas [32] viennent confirmer que le taux d’identification du GS est plus élevé à l’aide du colloïde radioactif, après chimiothérapie néoadjuvante :

  • 88,9 % avec l’isotope seul ;
  • 78,1 % avec le bleu seul ;
  • 87,6 % avec la technique combinée isotope + bleu (p = 0,03).

La technique colorimétrique n’est pas dénuée de risques ; en effet, des réactions allergiques sévères (allant jusqu’au choc anaphylactique) ont été décrites après injection de bleu patent et de bleu isosulfan [36-38].

Le moment le plus opportun pour rechercher le GS reste indéterminé. Jones et al. [10] ont comparé les résultats de l’adénectomie sentinelle en fonction de sa programmation avant ou après chimiothérapie. Le taux d’identification pour les N0 est de 100 % (52/52) avant chimiothérapie et de 94 % (16/17) après. D’autres [9, 12] ont rapporté d’excellents résultats en termes de faisabilité du repérage du GS avant chimiothérapie pour les T2-T3 N0 avec 100 % d’identification mais sans être en mesure de calculer le taux de faux négatifs car le curage axillaire complet avait lieu après la chimiothérapie. L’inconvénient de l’adénectomie sentinelle préalable est de faire subir à la malade deux interventions sous anesthésie générale, la première pour stadification ganglionnaire, la deuxième pour le traitement local du reliquat tumoral, et même, si nécessaire, une troisième quand les plans de résection parenchymateuse ne passent pas in sano [7].

Conclusion

L’expérience préliminaire monocentrique rapportée ici montre la performance de la recherche du GS par méthode isotopique avec injection intradermique péri-aréolaire après chimiothérapie néoadjuvante dans le sous-groupe des patientes atteintes d’un cancer du sein initialement classé T2N0 ou T3N0.

En revanche, une perte d’information de l’adénectomie sentinelle par rapport au curage axillaire classique (avec une VPN de 64 %) a été constatée dans le groupe des patientes T2-T3 N1.

( Tableau 3 )Une sélection des patientes a été faite lors du bilan sénologique à l’issue de la 6e cure de chimiothérapie, comprenant l’élimination des résistances et des progressions tumorales, l’inclusion des réponses cliniques objectives supérieures ou égales à 50 %, sans exiger l’obtention d’un traitement local conservateur du sein. Ainsi l’effectif soumis à la recherche du GS était exclusivement composé de cas favorables : 40 réponses cliniques partielles (54 %) et 34 réponses cliniques complètes (46 %). À l’échographie, le diamètre tumoral résiduel était estimé à 15 mm en moyenne (extrêmes 0-42).La chirurgie mammaire a été conservatrice dans 64 cas (87 %), tandis qu’une mammectomie a été réalisée dans 10 cas (13 %).La recherche du ganglion sentinelle était systématiquement suivie, pendant la même intervention chirurgicale, du curage axillaire complet.

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