ARTICLE
Auteur(s) : Fabrice Narducci, Frédéric
Sabban, Édith Vanlerenberghe, Anne Lesoin, Annick Chevalier, Hélène
Gauthier, Sophie Taieb, Bernard Castelain, Éric Leblanc
Centre de lutte contre le cancer Oscar Lambret, 3, rue F.
Combemale, BP 307, 59020 Lille, France
Article reçu le 13 Decembre 2005, accepté le 15 Decembre
2005
La disparition de Daniel Dargent aura marqué cette année 2005. Cet
article d’actualités permet de mesurer tout ce que ce maître de la
gynécologie nous a légué au plan médical. Respectueux du corps
féminin, il était imprégné de l’idée d’une agression chirurgicale
minimale mais sans toutefois sacrifier la nécessaire radicalité de
la chirurgie des cancers.C’est pourquoi, au sommet d’une expérience
en chirurgie vaginale, il a été à l’initiative puis a largement
développé la chirurgie laparoscopique des cancers gynécologiques.
Cette approche, avec le temps et l’expérience de son équipe et
d’autres à travers le monde, a pris toute sa dimension à la fois
dans l’évaluation précise de l’extension locorégionale des tumeurs
mais aussi dans leur traitement. Les plus récentes publications
montrent que, pour des lésions limitées, tout ce qui est réalisable
par laparotomie l’est désormais également par laparoscopie.
Inventeur de la trachélectomie radicale – acte qui permet aux
femmes jeunes d’être traitées d’un cancer invasif débutant du col
utérin en préservant leur possibilité de grossesse – Daniel Dargent
aura pu voir valider au plan international la justesse de ses
visions quant à l’efficacité thérapeutique et obstétricale de son
opération. Cette idée aura aussi ouvert la voie des traitements
conservateurs de la fertilité dans les autres localisations
tumorales. Enfin, il a été l’un des promoteurs de la recherche du
ganglion sentinelle dans les cancers du col utérin. Après les
certitudes sur la faisabilité de sa détection, sont venues les
incertitudes sur la fiabilité des connaissances de cette
localisation qui justifient encore la poursuite des recherches dans
ce domaine. Ce thème est également exploré dans d’autres
localisation tumorales.Finalement Daniel Dargent nous a ouvert
beaucoup de portes. Puisse sa mémoire nous inciter à poser cet
autre regard sur les choses qui permet au génie d’avancer….
Cancer de l’endomètre
Le traitement conservateur à base de progestatifs dans le cancer de
l’endomètre peut être discuté chez les patientes demandeuses âgées
de moins de 40 ans ayant un adénocarcinome endométrioïde de
l’endomètre au stade Figo IA grade 1. Cependant, le bilan
préthérapeutique est primordial. Une cœlioscopie avec cytologie
péritonéale et examen minutieux du pelvis, des ovaires et de
l’abdomen doit être proposée afin de dépister d’éventuelles greffes
ovariennes ou une cytologie positive qui contre-indiqueraient un
traitement conservateur [1]. Ota et al. [2] signalent par ailleurs
le cas d’une patiente qui a eu un traitement médical pour cancer de
l’endomètre (stade IA grade 1) et qui est décédée après récidive à
distance (parmi 12 cas traités médicalement). Les récepteurs à la
progestérone étaient négatifs uniquement pour cette patiente. Le
dosage des récepteurs à la progestérone sur la tumeur semble donc
être une précaution indispensable avant tout traitement médical
d’un cancer de l’endomètre. Frumovitz et al. [3] sélectionnent pour
leur part les patientes de moins de 40 ans avec un
adénocarcinome endométrioïde de l’endomètre de grade 1 prouvé
par un curetage sous anesthésie générale, sans extension au
myomètre à l’IRM. L’hystéroscopie ne semble pas apporter
d’information complémentaire, avec un risque de dissémination
décrit dans la littérature. La cœlioscopie fait partie également de
leur bilan pour un contrôle péritonéal, ovarien et cytologique. En
revanche, Frumovitz et al. [3] militent pour un picking
ganglionnaire pelvien. Ils justifient l’adénectomie en sachant
qu’il existe environ 3 % de ganglions pelviens ou
lombo-aortiques positifs parmi tous les adénocarcinomes
endométrioïdes de grade 1. Cependant, lorsque l’on reprend la
littérature, notamment la même référence utilisée par Frumovitz et
al., soit Creasman et al. [4] (621 patientes avec
adénocarcinome de l’endomètre dont 599 adénocarcinomes
endométrioïdes), les patientes au stade IA ont un risque
d’atteinte ganglionnaire pelvienne de 1 % et aortique de
1 % également. Donc le risque ganglionnaire pour les
stades IA reste infime d’autant plus si c’est un grade 1.
C’est pour cela que la lymphadénectomie pelvienne dans ces cas
ciblés peut être discutée mais doit rester exceptionnelle [4].
Quant à la surveillance de ces patientes, une biopsie d’endomètre
en consultation tous les 3 mois est recommandée jusqu’à
l’obtention d’une grossesse (si possible médicalement assistée afin
de respecter des délais courts). Après la grossesse, une
hystérectomie complémentaire doit être discutée en raison du risque
de récidive [3].
Dans la littérature, plusieurs études, dont deux randomisées,
ont montré le bénéfice pour la chirurgie du cancer de l’endomètre
de la voie d’abord cœliovaginale par rapport à la laparotomie (sur
la durée d’hospitalisation, le délai de reprise de l’activité)
[5-8]. Cependant, la population du cancer de l’endomètre est
représentée de façon importante par des sujets à risque qui ne
bénéficient pas forcément d’un traitement chirurgical optimal en
raison de leurs antécédents médicaux. Une chirurgie incomplète est
une perte de chance pour la patiente, d’autant que, le plus
souvent, ce traitement est « rattrapé » par la
radiothérapie augmentant le risque de complications. Il est donc
utile d’analyser les possibilités d’une chirurgie par voie
cœliovaginale chez ces patientes à risque.
Dans une série rétrospective concernant 81 patientes
traitées pour un cancer de l’endomètre entre 1991 et 2004 dans deux
centres anticancéreux, 41 patientes étaient obèses avec un
indice de masse corporelle (body mass index ou BMI) supérieur à 30.
Elles ont toutes eu une hystérectomie avec lymphadénectomie
interiliaque et annexectomie bilatérale par voie cœliovaginale. Les
critères d’exclusion pour cette voie d’abord étaient un volumineux
utérus avec risque de morcellement, un accès vaginal très
insuffisant et la suspicion d’une atteinte tumorale de la séreuse
ou extra-utérine. Les 41 patientes obèses opérées par
cœlioscopie ont été secondairement appariées à 29 patientes
obèses atteintes d’un cancer de l’endomètre et opérées par
laparotomie. Il n’y avait pas de différence entre les patientes
obèses et non obèses traitées par cœlioscopie pour le nombre de
ganglions prélevés, la durée d’hospitalisation, la morbidité per et
postopératoire et la survie à 30 mois. Seule la durée
opératoire était plus élevée chez les patientes obèses. Par
ailleurs, pour les patientes obèses traitées par cœlioscopie
appariées à des patientes obèses traitées par laparotomie, la durée
d’hospitalisation était plus importante dans le groupe laparotomie
alors que le nombre de ganglions, la durée opératoire et la survie
à 30 mois étaient comparables. Cependant, une patiente traitée
par laparotomie a eu un abcès de paroi nécessitant des soins
prolongés pendant 3 mois. La radiothérapie adjuvante n’a pu
être effectuée car hors délai. La voie d’abord cœliovaginale semble
réalisable chez certaines patientes obèses, à condition de
respecter les critères d’exclusion lors du bilan clinique et
d’extension. Il ne semble pas y avoir de morbidité péri-opératoire
supplémentaire ni de modification de la survie sans récidive à
30 mois [9].
Dans la littérature, des articles récents ont évoqué la
surveillance du cancer de l’endomètre. Tjalma et al. [10] ont
colligé les différentes séries publiées avec suivi du cancer de
l’endomètre, soit 2866 patientes. La probabilité d’avoir une
récidive variait entre 7,7 et 18,9 % : 33 %
localement, 57 % à distance et 10 % localement et à
distance ; par ailleurs, 80 % des récidives survenaient
dans les 3 ans, elles étaient symptomatiques dans 41 à
81 % des cas et 83 % étaient détectées par
l’interrogatoire et l’examen clinique. Les symptômes les plus
fréquents étaient d’abord la douleur puis l’amaigrissement,
l’asthénie, les métrorragies. Il paraît donc intéressant d’éduquer
avant toute chose la patiente. Un livret d’information
évoquant les signes qui doivent l’amener à consulter pourrait être
discuté. Ce support écrit renforcerait les explications données à
la patiente et pourrait également aider dans certains cas le
médecin généraliste. Devant tout symptôme, un bilan, notamment en
imagerie, sera réalisé. On portera une attention particulière aux
possibles récidives vaginales qui semblent être les récidives de
meilleur pronostic. Cependant, elles sont souvent asymptomatiques
par rapport aux métastases et sont dépistées par l’examen clinique.
D’où l’intérêt des examens cliniques rapprochés tous les 4 à
6 mois les trois premières années.
Tjalma et al. [10] se sont également intéressés aux examens
prescrits systématiquement dans le suivi. Le frottis vaginal a
permis de diagnostiquer 2,5 % des récidives, soit 6,5 %
des récidives asymptomatiques. Ce taux de détection très bas
s’explique par le fait que la récidive du fond vaginal atteint la
muqueuse tardivement. La radiographie pulmonaire prescrite
systématiquement les deux premières années a permis le diagnostic
de 9,9 % des récidives. Cependant, étant donné le pronostic
sombre des récidives pulmonaires et le peu de traitement
systémique, il semble que la radiographie pulmonaire systématique
n’a pas d’intérêt dans le suivi. L’échographie pelvi-abdominale n’a
révélé que 4 récidives chez 24 patientes (7 %) avec
une récidive asymptomatique. Elle ne convient donc pas dans un
suivi systématique. Il en est de même du scanner abdominopelvien
avec 9 récidives dépistées chez 135 patientes (7 %)
ayant une récidive asymptomatique. Le CA125 faisait le diagnostic
de 15 % des récidives asymptomatiques. Cependant, on notait 3
à 4 % de faux positifs dus à la radiothérapie et aucune des
récidives dépistées par un CA125 élevé n’avait de survie prolongée.
Le CA125 ne semble donc pas avoir sa place comme examen
systématique dans le suivi mais il devrait être plutôt considéré
comme marqueur d’extension de la récidive et de mauvais
pronostic.
Il n’y a donc pas d’examen systématique dans le suivi du cancer
de l’endomètre. Seul l’examen clinique bien conduit avec un
interrogatoire doit être réalisé de manière rapprochée, tous les 4
à 6 mois, pendant 3 ans. L’éducation de la patiente sur
les symptômes possibles devra être réalisée et pourquoi pas
complétée par un livret d’information permettant de perpétrer dans
le temps ses informations et de les rendre accessibles le cas
échéant au médecin généraliste.
Par ailleurs, dans le suivi du cancer de l’endomètre, il faut
penser au possible syndrome HNPCC (hereditary non polyposis colon
cancer) chez les patientes présentant des antécédents familiaux,
notamment de cancer de l’endomètre ou du côlon ou chez les
patientes jeunes atteintes d’un cancer de l’endomètre. Les
patientes porteuses d’une mutation dans les gènes de réparation des
mésappariements de l’ADN ont un risque élevé de développer
notamment un cancer colorectal : 30-54 % à 70 ans.
Une prise en charge multidisciplinaire, notamment génétique, devra
lui être proposée [11].
Cancer de la vulve
Le traitement premier du cancer de la vulve est généralement
chirurgical. Ses difficultés ne sont pas vraiment techniques mais
tiennent plus au problème de cicatrisation, surtout après curage
inguinal. Les durées d’hospitalisation puis de soins locaux à
domicile chez des patientes généralement âgées se comptent souvent
en mois, d’où l’intérêt de la technique du ganglion sentinelle afin
de limiter les dissections inguinales et les problèmes de
cicatrisation.
L’équipe d’Houvenaeghel [12] rapporte les résultats d’une série
de 15 patientes traitées pour un carcinome épidermoïde
vulvaire par recherche radio-isotopique et colorimétrique du
ganglion sentinelle. La détection et le prélèvement du ganglion
sentinelle n’ont jamais été complétés par un curage inguinal. En
cas de métastase des ganglions sentinelles, une irradiation
inguinale avait été réalisée. Le taux de détection du ganglion
sentinelle était de 95 %, 27 % des patientes avaient un
statut ganglionnaire positif, 1 sur 15 a eu un lymphœdème
post-thérapeutique. Il n’y a pas eu de récidive inguinale avec
cependant une médiane de suivie courte de 18 mois. Chez les
2 patientes dont la tumeur vulvaire était médiane, seul un
ganglion sentinelle unilatéral a été retrouvé. Il n’y a pas eu de
recherche systématique controlatérale. On peut le regretter car des
cas de ganglions massivement envahis ont été décrits [13].
Sylvestre et al. [14] ont colligé 13 cas de tumeurs
médianes avec recherche du ganglion sentinelle par méthode
colorimétrique et radio-isotopique. Trois patientes avaient une
lymphoscintigraphie avec un ganglion sentinelle unilatéral et un
envahissement tumoral massif du côté où la lymphoscintigraphie
était blanche. On comprend bien l’enjeu du ganglion sentinelle dans
le cancer de la vulve : diminuer la morbidité postopératoire
(lymphœdème, lymphocèle) et les problèmes de cicatrisation.
Cependant, il semble difficile de réaliser dans tous les cas la
recherche du ganglion sentinelle seul sans curage inguinal
complémentaire comme dans le cancer du sein. Le taux de faux
négatifs semble certes faible (1 sur 20 patientes) [15] mais
c’est le suivi de ces patientes et les récidives inguinales après
ganglion sentinelle négatif qui nous apporteront la réponse. Il ne
faut pas oublier qu’en cas de récidive inguinale dans le cancer de
la vulve, le pronostic est sombre. Dans la littérature, des cas ont
été publiés qui imposent la prudence.
Frumovitz et al. [16] rapportent une série de 14 patientes
ayant récidivé après traitement d’un cancer de vulve traité par
recherche du ganglion sentinelle au bleu patenté associée à un
curage inguinal (pour 13 d’entre elles) et vulvectomie. Le suivi
est discutable puisque qu’il s’étend d’une semaine à 95 mois.
Le ganglion sentinelle a été retrouvé dans 77 % des cas et il
n’y a pas eu de faux négatif parmi les ganglions sentinelles. Parmi
ces 14 récidives, 3 étaient inguinales, toutes avec des tumeurs
clitoridiennes. Une patiente avait un ganglion sentinelle positif
et un curage complémentaire également positif. Elle a récidivé
5 mois après le traitement initial malgré une radiothérapie
postopératoire. Les deux autres avaient un statut ganglionnaire
négatif pour le ganglion sentinelle et le curage et ont
récidivé à 6 et 24 mois. Les auteurs restent donc prudents
avec le ganglion sentinelle dans le cancer de la vulve devant le
risque de récidive inguinale. L’utilisation de la méthode combinée
colorimétrique et radio-isotopique peut aider à déceler les trajets
lymphatiques accessoires [16].
Robison et al. [17] ont comparé dans une série rétrospective la
taille des métastases inguinales dans les curages inguinaux
standard avec le ganglion sentinelle. Il existe une différence
significative uniquement pour la taille des micrométastases
(respectivement 1,6 versus 0,35 mm) [17]. Au total,
l’utilisation du ganglion sentinelle dans le cancer de la vulve
doit être discutée et une attention particulière est nécessaire
dans les localisations clitoridiennes.
Concernant la technique de vulvectomie, Arvas et al. [18] ont
montré qu’il n’y avait pas de différence significative dans la
survie sans récidive à 5 ans entre les patientes traitées par
vulvectomie radicale dite « en ailes de papillon » d’une
part (52 %) et celles traitées par chirurgie conservatrice
(triple incision) (36 %) par ailleurs. Le taux de récidive
locale est comparable, de même que le taux de complication. Le taux
de lâchage de suture varie entre 12,5 et 17,5 % [18].
Cependant, il semble être sous-estimé.
Weikel et al. [19] rapportent une série de 213 cas de
cancer de la vulve traités entre 1973 et 2002 : 60 %
n’ont pas eu de plastie contre 30 % ayant nécessité un lambeau
local et 10 % un lambeau régional myocutané. Une exérèse ou
une hémivulvectomie était réalisée pour une surface d’excision de
4 cm2 (correspondant à des tumeurs jusqu’à
2 cm), une vulvectomie radicale pour des tumeurs plus larges
et une exentération ou colpectomie pour des tumeurs très
volumineuses. Le taux de cicatrisation spontanée était d’environ
60 % pour les patientes sans ou avec lambeau local et de
84 % pour les patientes avec lambeau régional myocutané. Le
taux moyen de jours d’hospitalisation était de 24. Dans le détail,
les taux de durée d’hospitalisation (moins de 10 jours, entre
11 et 20, plus de 20) étaient respectivement de 71,5, 28 et
0,5 % pour les cas sans lambeau, 48,4, 45,2 et 6,4 % pour
les cas avec lambeau local et de 47,4, 42,1 et 10,5 % pour les
cas avec lambeau myocutané régional. On note que les patientes avec
hypertension, diabète, maladie cardiovasculaire, maladie
thromboembolique cicatrisaient significativement moins bien [19].
Par conséquent, il semble que l’utilisation du lambeau améliore le
taux de cicatrisation spontanée, même si la durée d’hospitalisation
reste de plus de 20 jours. Une technique d’aide à la
cicatrisation par pression négative (vacuum-assisted closure ou
VAC) est actuellement en cours d’exploration, notamment pour la
chirurgie vulvaire [20]. Une série rétrospective avec un effectif
important vient d’être publiée : 330 cas traités entre
1955 et 1990 à la Mayo Clinic essentiellement par chirurgie (seuls
19 avec radiothérapie postopératoire) et 66 % des patientes
avaient un statut ganglionnaire inguinal négatif. Dans le groupe
avec envahissement ganglionnaire inguinal, 44 %
récidivaient : 74 % dans les 2 ans et 20 %
après 5 ans. Dans le groupe sans envahissement ganglionnaire
inguinal, 17,5 % récidivaient : 29 % dans les
2 ans, 16 % entre 2 et 5 ans et 55 % après
5 ans. Le suivi de ces cancers doit donc être long et dépasser
les 5 ans. Par ailleurs, 73 % des patientes récidivaient
au niveau de la vulve. Parmi elles, le site de deuxième récidive
était invariablement la vulve. Le taux de récidive inguinale était
de 6,2 % dans le groupe des patientes avec envahissement
ganglionnaire contre 0,5 % chez les patientes sans
envahissement ganglionnaire (1 cas a présenté une récidive
inguinale alors que le curage inguinal était négatif mais il
s’agissait d’une récidive multi-sites locale et à distance). Toutes
les récidives inguinales ont eu lieu dans les 24 mois. Par
ailleurs, 67 % des patientes ayant une récidive inguinale sont
décédées dans les 2 ans. Cela montre le pronostic sombre des
récidives inguinales et donc la nécessité d’un meilleur contrôle
local. Après 2 ans de suivi, le risque de récidive était
équivalent dans les deux groupes avec et sans envahissement
ganglionnaire. Un curage pelvien avait été réalisé pour
139 patientes sur 330 : 15 sur 68 (22 %) qui avaient
un statut ganglionnaire inguinal positif avaient des ganglions
pelviens envahis contre 1 sur 71 sans envahissement ganglionnaire
inguinal. Le traitement adjuvant des patientes avec envahissement
ganglionnaire inguinal doit donc tenir compte du risque non
négligeable d’atteinte ganglionnaire pelvienne. L’analyse
multivariée a révélé que le principal facteur indépendant pour la
survie, la récidive et les métastases, était l’envahissement
ganglionnaire inguinal [21].
Cancer de l’ovaire
En France comme ailleurs, le cancer de l’ovaire reste une
localisation tumorale particulièrement agressive :
3210 décès en 2000 pour 4500 nouveaux cas estimés en 2000
[22].
Le cancer de l’ovaire concerne également la femme jeune. Il faut
dorénavant se poser la question d’une éventuelle cryopréservation
ovarienne. Aubard et al. [23] rapportaient lors du congrès de la
SFOG de 2005 les possibilités de la cryopréservation du tissu
ovarien en cancérologie pelvienne chez les femmes de moins de
45 ans. Des données nouvelles sont apparues puisque 2
grossesses ont été obtenues grâce à une autogreffe orthotopique
après cryopréservation ovarienne. L’utilisation du tissu ovarien
peut se faire plusieurs années après prélèvement alors que les
possibilités d’utilisation du tissu ovarien et les lois auront
probablement évolué. Il faut donc penser dès maintenant à ne pas
faire perdre aux patientes leur chance de grossesse en leur
proposant cette possibilité. Par ailleurs, le fait de faire un
geste pour préserver leur fertilité peut soutenir les patientes
dans leur thérapeutique [23].
Concernant le traitement conservateur des tumeurs épithéliales
ovariennes, Morice et al. [24] rapportent les résultats d’une étude
multicentrique rétrospective francaise sur des patientes de
moins de 40 ans présentant une tumeur ovarienne épithéliale
(dont l’histologie a été confirmée par le même anatomopathologiste)
et ayant bénéficié d’un traitement conservateur avec une
stadification ; le suivi était supérieur à 1 an et, en
cas de tumeur de stade supérieur ou égal au stade Figo IC, une
chimiothérapie à base de platine était prescrite :
34 patientes répondaient à ces critères
(30 stades IA, 3 IC, 1 IIA), 9 ont pu avoir des
grossesses et 10 ont récidivé : 1 stade IA grade 1,
4 stades IA grade 2 1 stade IA
grade 3 et 4 stades supérieurs ou égaux au stade IC.
Toutes les patientes avec un stade supérieur au stade IA ont
récidivé. Donc un traitement conservateur peut être discuté chez
des patientes ayant une tumeur de stade IA grade 1 sous
couvert d’une stadification. En revanche, le traitement
conservateur ne peut être conseillé chez les patientes avec une
tumeur épithéliale ovarienne de stade supérieur au stade IC.
Les conditions de ce traitement conservateur doivent être
rigoureuses : histologie classique, stadification complète
avec un curetage endométrial, surveillance clinique, biologique et
radiologique régulière. Morice et al. [24] proposent dans la
surveillance sous œstroprogestatifs normodosés un examen clinique
avec CA125 et/ou CA19.9 et échographie endovaginale tous les
3 mois pendant 3 ans, tous les 6 mois pendant
2 ans puis tous les ans après 5 ans [25]. Une grossesse
peut être envisagée après 1 an de surveillance. Quant à l’aide
à la procréation, il faut éviter les stimulations ovariennes et
préférer les fécondations in vitro en cycle spontané. La chirurgie
de totalisation après grossesse doit être discutée et conseillée à
la patiente en raison du risque de récidive même tardive à
10 ans (surtout en cas de tumeur séreuse avec risque de
bilatéralisation) [25].
La chirurgie dans le cancer de l’ovaire a pour but d’obtenir un
résidu macroscopique égal à zéro. Les lymphadénectomies pelvienne
et para-aortique dans ce cancer très lymphophile restent
d’actualité. Dans une étude randomisée italienne, 427 patientes
avec un cancer de l’ovaire de stade IIIB-C et IV ont été
randomisées entre une lymphadénectomie pelvienne et lombo-aortique
systématique et une adénectomie des adénopathies palpables. La
lymphadénectomie systématique semble améliorer la survie sans
récidive mais pas la survie globale [26]. Dans une étude
rétrospective monocentrique de 207 patientes ayant un cancer
de l’ovaire au stade avancé entre 1998 et 2004, la réalisation d’un
curage était un facteur pronostique significatif pour la survie
globale en analyse univariée pour les patientes traitées par
chimiothérapie néoadjuvante puis chirurgie d’intervalle ou de
clôture [27]. Lors du congrès de l’Asco de 2005, l’étude
multicentrique Scotroc 1 concernant 1077 cas montrait que
la survie sans récidive était améliorée par la lymphadénectomie
dans les stades précoces pour les patientes ayant eu une chirurgie
optimale [28]. En effet, les métastases ganglionnaires ne sont pas
chimiosensibles puisque les taux d’atteinte ganglionnaire ne sont
pas différents chez les patientes bénéficiant d’un curage premier
et/ou après chimiothérapie, quel que soit le stade initial de la
tumeur [29] ; seule la chirurgie peut donc les traiter pour
l’instant. Par ailleurs, la lymphadénectomie doit être bilatérale
(11 % de métastases ganglionnaires controlatérales) et
intéresser les chaînes pelviennes et lombo-aortiques jusqu’à la
veine rénale gauche (plus de 70 % des métastases
ganglionnaires des tumeurs séreuses N+ aortiques sont situées
au-dessus de l’artère mésentérique inférieure). Elle peut être
discutée dans les stades apparents IA grade 1 de tumeur
séreuse ou I de tumeur mucineuse [30, 31].
Afin de savoir si la patiente peut bénéficier d’une chirurgie
optimale, certains utilisent un bilan d’imagerie avec une
sensibilité de 76 % et une spécificité de 99 %. On peut
dire qu’en cas de carcinose péritonéale étendue au scanner
préopératoire, il est plus raisonnable de proposer une
chimiothérapie néoadjuvante après biopsie sous scanner. Pour les
autres, une cœlioscopie diagnostique permet de réaliser des
biopsies, de poser une chambre implantable et de définir le
caractère réséquable ou non de la maladie [32].
La chirurgie dans le cancer de l’ovaire doit permettre, si
possible, un résidu macroscopique nul. Il est décrit pour ce type
de cancer une technique de péritonectomie pelvienne avec résection
rectosigmoïdienne : l’intervention de Hudson. Houvenaeghel et
al. [33] rapportent une série rétrospective multicentrique de
265 patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire
essentiellement de stade Figo IIIC qui ont eu une exentération
postérieure avec 99 % d’anastomose colorectale (90 %
d’agrafage mécanique). Le taux de résection optimale était de
94 % (résidu macroscopique nul pour la moitié d’entre elles).
Il y a eu 16 % de stomies de protection (réparties de façon à
peu près égale entre le côlon et l’iléon). La morbidité
postopératoire était de 27 % avec 10 % de fistules et la
mortalité de 0,4 %. La chimiothérapie en postopératoire a
commencé avec un délai médian de 31 jours. La survie à
5 ans était de 29 % [33].
Lors de la chirurgie, si le résidu macroscopique est nul,
certains proposent une chimiothérapie hyperthermique
intrapéritonéale (CHIP). Ferron et al. [34] ont développé
expérimentalement une technique de CHIP par cœlioscopie qui, après
ce test de faisabilité, sera proposée dans le cadre d’une étude
prospective randomisée aux patientes atteintes d’un cancer de
l’ovaire [34].
Cancer du col utérin
Le cancer du col utérin en France, avec 3400 nouveaux estimés
en 2000, reste encore d’actualité, même si sa fréquence diminue
[22].
Dans le cadre de la préservation de la fertilité dans le cancer
du col utérin précoce, Plante et al. [35] rapportent leur série de
72 trachélectomies et en profitent pour colliger les données
mondiales (319 cas). L’âge moyen des patientes est de
31 ans, 88 % ont une tumeur inférieure ou égale à
2 cm, 24 % avec présence d’emboles. Il s’agit d’un
carcinome épidermoïde dans 62 % des cas et d’un adénocarcinome
dans 38 %. Dans 95 % des cas, le stade Figo est inférieur
ou égal au stade IB1. Le temps moyen opératoire est de
203 minutes et la perte moyenne de sang de 261 ml avec
une durée d’hospitalisation moyenne de 3,5 jours. Dans la
série de Plante et al. [35], le taux de complications
peropératoires est de 6 % (2 cas de saignement iliaque
lors de la lymphadénectomie nécessitant une laparotomie en début de
série) et 18 % d’atonies vésicales. Le taux de trachélectomie
avortée est de 12 %, essentiellement pour un statut
ganglionnaire pelvien positif ou une extension endocervicale plus
importante. La survie sans récidive à 5 ans est de 95 %.
Le taux de récidive pour la série mondiale est de 4,1 % :
13 cas sur 319 dont les localisations sont le paramètre (n =
4), la paroi latéropelvienne (n = 2), les ganglions pelviens (n =
1), les ganglions latéroaortiques (n = 3), les ganglions
sus-claviculaires gauches (n = 1), la cavité intraabdominale (n =
2).
Querleu et al. [36] signalaient à la SFOG en 2005 l’existence de
récidives centrales chez 2 patientes, l’une décédée en 2003 et
l’autre ayant eu une hystérectomie élargie complémentaire en 2005
[36]. Les facteurs de risque de récidive sont principalement un
volume tumoral supérieur à 2 cm. Cependant, dans la série de
Dargent, la présence d’embols atteignait presque
la significativité. Dans les types histologiques, seuls les
adénosquameux et les neuroendocrines apparaissaient de mauvais
pronostic. Dans la série de Plante et al. [37], 3 patientes
avec un adénocarcinome à cellules vitreuses n’ont pas aujourd’hui
récidivé. La prudence est de mise pour la marge isthmique
inférieure ou égale à 5 mm car une patiente a récidivé alors
que sa tumeur mesurait 21 mm sans embole ni atteinte
ganglionnaire et avec une marge isthmique de 5 mm [35]. Parmi
les 72 cas de la série canadienne, 31 femmes ont eu
50 grossesses (dont 72 % jusqu’au troisième trimestre)
dont 16 % d’avortements du premier trimestre, 4% du second
trimestre et 16 % de prématurité. Plante et al. préconisent,
pour réduire le risque d’infection et de prématurité, de ne pas
faire de frottis au premier trimestre, de réduire les touchers
vaginaux et de préférer l’étude échographique de la longueur
cervicale à la recherche d’un raccourcissement récent (cerclage
visible). En raison du risque de prématurité, la prescription de
corticoïdes afin d’accélérer la maturité pulmonaire est fréquente.
La recherche d’une vaginose bactérienne et son traitement est
recommandée. En cas d’avortement du deuxième trimestre à
répétition, une procédure de Saling peut être indiquée :
excision de la muqueuse vaginale près du col utérin vers
15-16 semaines d’aménorrhée et recouvrement du col utérin par
une suture vaginale [37]. La trachélectomie radicale cœliovaginale,
récemment nommée intervention de Dargent [36], avec un taux de
récidive et de mortalité de moins de 5 %, semble donc la
meilleure option dans la préservation de la fertilité chez la
patiente avec un cancer du col utérin précoce sous couvert du
respect de certaines conditions : essentiellement une taille
tumorale de moins de 2 cm, un statut ganglionnaire négatif,
une marge isthmique de plus de 5 mm et l’absence d’embole.
La radiochimiothérapie concomitante a remplacé la radiothérapie
exclusive dans le cancer du col utérin. En effet, la méta-analyse
de Vale et al. [38, 39] concernant une radiochimiothérapie
concomitante chez 3701 patientes atteintes d’un cancer du col
utérin confirmait une amélioration de la survie globale de
10 %, de 13 % pour la survie sans récidive avec une
réduction significative du taux de récidive locale. La réduction du
taux de récidive à distance n’est pas significative.
Dans la prise en charge des cancers du col utérin localement
avancés, Leblanc et al. [40] rapportent une série de
156 patientes (IB2-IVA) traitées par radiochimiothérapie
concomitante dont le niveau supérieur était donné par l’atteinte
ganglionnaire aortique après curage extrapéritonéal cœlioscopique.
Il y a eu 9 échecs (1 pneumopéritoine, 3 carcinoses
péritonéales, 2 obésités, 3 cas de ganglions fixés),
1 patiente a été reprise par laparotomie pour occlusion, 39
avaient des ganglions positifs. Les survies globale et sans
récidive à 5 ans sont de 57 et 54 %. Grâce à la
stadification ganglionnaire, seules 25 % des patientes ont eu
une radiothérapie étendue.
Castelain et al. [41] rapportent les résultats de cette
radiochimiothérapie étendue chez 28 patientes N+ aortiques
avec un suivi suffisant (après curage ganglionnaire aortique par
cœlioscopie) traitées par radiochimiothérapie concomitante
lombopelvienne à base de cisplatine (40 mg/m2). Il
n’y a pas eu de toxicité de grade 3 ou 4 selon le glossaire
franco-italien. La survie globale est de 55 % à 2 ans et
de 39 % à 4 ans et 13 patientes sur 28 ont eu une
récidive lomboaortique et/ou métastatique dans les 2 ans.
Morice et al. [42] rapportent les résultats de la chirurgie
pelvienne de complément chez les patientes ayant un gros reliquat
tumoral après radiochimiothérapie pour cancer du col utérin de
stade IB2 ou II : 10 patientes sur 75 avaient un
reliquat tumoral de plus de 2 cm en fin d’irradiation. Ces
10 patientes avaient toutes une tumeur initiale de
stade II. Les deux seules vivantes n’avaient pas d’atteinte
ganglionnaire lomboaortique, ni d’embole. L’indication d’une
résection curative chirurgicale chez ces patientes nécessite donc
un bilan préopératoire sous la forme d’une évaluation ganglionnaire
lomboaortique et d’une recherche d’embole au niveau de la tumeur
résiduelle (conisation ?).
Toujours dans le souci de diminuer l’agressivité des
traitements, voire la morbidité, Pomel et al. [43] rapportent un
premier cas d’exentération pelvienne réalisée par cœlioscopie chez
une patiente en récidive locale.
La morbidité d’un traitement doit être recherchée à court et à
long terme. Les conséquences de ce traitement sur la qualité de vie
et l’activité sexuelle des patientes sont peu décrites. Frumovitz
et al. [44] ont étudié la qualité de vie, notamment sexuelle, chez
les patientes traitées pour un cancer du col utérin de
stade IB1-2 avec une taille tumorale inférieure à 6 cm.
Les patientes ayant récidivé ou ayant eu un traitement chirurgical
et une radiothérapie ou ayant eu une radiochimiothérapie ont été
exclues. Il faut noter que la dose moyenne de radiothérapie reçue
par ces patientes était de 85,7 Gy au point A : 37 ont eu
une hystérectomie élargie, 37 ont été traitées par radiothérapie et
40 dans le groupe témoin. En analyse multivariée, le groupe traité
par radiothérapie présente des résultats en termes de qualité de
vie sexuelle significativement plus mauvais par rapport aux groupes
témoin et chirurgie. On note par ailleurs que la ménopause
intervient également de façon significative et négative sur les
critères de qualité de vie sexuelle en analyse multivariée. Le
biais de cette étude pourrait provenir des 11 patientes du
groupe de chirurgie chez qui les ovaires ont été laissés intacts.
Cependant, cette étude a le mérite de s’intéresser à la qualité de
vie des patientes après traitement, notamment du point de vue
sexuel dans une localisation gynécologique. Les auteurs insistent
sur l’importance de la réalisation des exercices de dilatation
vaginale après radiothérapie.
Alexander-Sefre et al. [45] présentent une série rétrospective
de 29 patientes ayant eu une trachélectomie élargie comparée à
une série de 50 ayant eu une hystérectomie élargie par voie
abdominale. Toutes les patientes ayant eu un traitement adjuvant
ont été exclues. Les problèmes psychochologiques et sexuels sont
équivalents dans les deux groupes : entre 16 et 17 %.
Cependant, les dyspareunies profondes et les métrorragies sont
significativement plus importantes dans le groupe des
trachélectomies [45].
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