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Recommandations pour la prise en charge des tumeurs stromales gastro-intestinales (GIST)


Bulletin du Cancer. Volume 92, Numéro 10, 907-18, Octobre 2005, Consensus


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Jean-Yves Blay, Bruno Landi, Sylvie Bonvalot, Geneviève Monges, Isabelle Ray-Coquard, Florence Duffaud, Bui Nguyen Binh, Roland Bugat, Jean-Alain Chayvialle, Philippe Rougier, Olivier Bouché, Françoise Bonichon, Nathalie Lassau, Daniel Vanel, Bernard Nordlinger, Eberhard Stoeckle, Pierre Meeus, Jean-Michel Coindre, Jean-Yves Scoazec, Jean-François Emile, Dominique Ranchère, Axel Le Cesne , Unité Inserm 590, Centre Léon-Bérard, 69008 Lyon & Hôpital Edouard-Herriot, place d’Arsonval, 69003 Lyon.

Résumé : Contexte : La prise en charge des tumeurs stromales gastro-intestinales (GIST) a considérablement évolué récemment, avec notamment la mise à disposition de l’imatinib. Les standards de prise en charge restaient mal définis. Nous rapportons le travail d’un groupe d’experts français sur l’adaptation française des recommandations de pratiques de la European Society of Medical Oncology (ESMO) récemment rapportées. Matériels et méthodes : Un groupe de 22 experts français s’est réuni pour analyser le document de consensus de l’ESMO et l’adapter à la pratique française. Quatre groupes de travail ont ainsi revu les propositions concernant l’anatomopathologie et la biologie moléculaire, l’imagerie en situation localisée ou métastatique et la prise en charge diagnostique des tumeurs de petite taille, la chirurgie des GIST localisées et métastatiques, le traitement systémique des GIST. Résultats : L’examen histologique standard doit être complété par une analyse immunohistochimique à l’aide des marqueurs CD117, CD34, PS100, desmine et SMA. Le recours à la biologie moléculaire pour l’identification de la mutation des gènes KIT et PDGFRA est souhaitable pour les GIST présentant un immunomarquage négatif avec CD117 et pour prédire la réponse au traitement mais reste un examen de recherche. La chirurgie de la tumeur primaire doit comprendre une résection tumorale complète, incluant des marges tumorales négatives. L’administration d’imatinib en traitement adjuvant ou néoadjuvant est considérée comme une approche expérimentale, à effectuer dans le cadre d’études cliniques prospectives. La résection des métastases est également considérée comme une procédure expérimentale avant, pendant ou après échec d’un traitement par imatinib. Il est recommandé d’instaurer l’imatinib dès le diagnostic de récidive métastatique et de le poursuivre jusqu’à intolérance ou progression multifocale de la maladie. Les critères optimaux de réponse tumorale à l’imatinib font encore l’objet de travaux prospectifs : ils peuvent inclure une réduction de taille de la tumeur ou une stabilisation de la maladie, une diminution de la densité tumorale (unités Hounsfield) sur la tomodensitométrie, une diminution de l’activité métabolique (mesurée par la captation de FDG sur TEP), la diminution de la vascularisation tumorale, mésurée par échodoppler avec injection de produit de contraste. Une augmentation de la taille de la tumeur ne traduit pas nécessairement une progression et doit donc être soigneusement évaluée, sans interrompre le traitement par imatinib avant confirmation définitive. Conclusion : Les recommandations françaises pour la prise en charge des GIST adoptent la plupart des recommandations établies par l’ESMO et les complètent du point de vue du gastroentérologue. Ce travail collégial a été soumis à une revue de pathologie, de gastroentérologie et d’oncologie et son impact sur les pratiques sera évalué prospectivement.

Mots-clés : tumeur stromale gastro-intestinale

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Jean-Yves Blay, Bruno Landi, Sylvie Bonvalot, Geneviève Monges, Isabelle Ray-Coquard, Florence Duffaud, Bui Nguyen Binh, Roland Bugat, Jean-Alain Chayvialle, Philippe Rougier, Olivier Bouché, Françoise Bonichon, Nathalie Lassau, Daniel Vanel, Bernard Nordlinger, Eberhard Stoeckle, Pierre Meeus, Jean-Michel Coindre, Jean-Yves Scoazec, Jean-François Emile, Dominique Ranchère, Axel Le Cesne

Unité Inserm 590, Centre Léon-Bérard, 69008 Lyon & Hôpital Edouard-Herriot, place d’Arsonval, 69003 Lyon

Article reçu le 28 Juin 2005, accepté le 1 Août 2005

Les tumeurs stromales gastro-intestinales ont été décrites en 1983 comme des tumeurs du tube digestif et du mésentère, se caractérisant par un profil histologique et immunohistochimique spécifique, la présence de mutations activatrices des proto-oncogènes KIT ou PDGFRA et un risque élevé de récidive métastatique, notamment dans le foie et le péritoine, après intervention chirurgicale initiale sur la tumeur localisée [1-3]. Ces tumeurs sont résistantes à la chimiothérapie classique dans toutes les études rétrospectives et prospectives décrites jusqu’à présent [4, 5]. L’imatinib, un inhibiteur de tyrosine kinases bloquant les protéines KIT et PDGFRα, interrompt la prolifération tumorale dans plus de 85 % des cas de GIST avancées, dans les études de phases I, II et III décrites jusqu’à présent [6, 7]. Le traitement par imatinib des GIST constitue donc le paradigme des thérapeutiques ciblées sur l’oncogène causal dans les tumeurs solides.Les GIST constituant une entité pathologique et moléculaire de définition récente, leur prise en charge au moment du diagnostic initial ainsi que le traitement des tumeurs locales et avancées n’ont pas fait l’objet de recommandations spécifiques. La pratique clinique a généralement été fondée sur l’analyse de séries rétrospectives de patients et sur celle de séries prospectives avec un suivi limité, le premier traitement par imatinib ayant été instauré en 2000 [6]. La prise en charge optimale des GIST sur le plan du diagnostic histologique, de la chirurgie, de l’imagerie, du traitement médical et de la biologie moléculaire a fait l’objet de nombreuses publications scientifiques au cours des trois dernières années. Dans ce contexte, les praticiens ont donc exprimé la nécessité d’établir des recommandations de pratique clinique. Le National Comprehensive Cancer Network (NCCN) a établi en 2003 une extension et une mise à jour de ses recommandations de pratique clinique pour la prise en charge optimale des patients présentant des tumeurs stromales gastro-intestinales [8]. Pour élargir la diffusion de ces recommandations de pratique clinique, s’est tenue sous les auspices de l’ESMO, une réunion consensuelle multidisciplinaire pour la prise en charge des tumeurs stromales gastro-intestinales (GIST) les 21 et 22 mars 2004 à Lugano. Cette réunion a rassemblé 41 spécialistes en oncologie, anatomopathologie, biologie moléculaire, chirurgie provenant d’Europe, d’Asie, d’Australie et d’Amérique, dont 5 experts français. Cette réunion a abouti à des recommandations récemment publiées [9]. Ces recommandations internationales ont été analysées et commentées lors de la réunion d’un groupe d’experts français le 20 novembre à Paris. Le présent document constitue le rapport de ce travail d’analyse et de synthèse.

Méthodologie

Sélection des participants, organisation de la conférence et méthodes

Des représentants de chaque spécialité impliquée dans la prise en charge des tumeurs stromales gastro-intestinales ont été invités à participer : anatomopathologie, biologie moléculaire, gastroentérologie, radiologie, chirurgie, oncologie médicale. Au total 22 experts se sont réunis pour une journée de travail (tableau 1( Tableau 1 )). Après une introduction commune, les spécialistes ont été répartis en quatre groupes de travail pour répondre aux questions spécifiques abordées à Lugano. Ils ont présenté en fin de journée leurs conclusions qui sont détaillées dans le paragraphe Résultats en prévoyant la diffusion et l’évaluation prospective de l’impact de ces recommandations. Cet article résume les conclusions de cette réunion.
Tableau 1 Liste des participants

Nom

Prénom

Spécialité

Blay

Jean-Yves

Oncol Méd

Bonichon

Françoise

Gastro

Bonvalot

Sylvie

Chirurgie

Bouché

Olivier

Gastro

Bugat

Roland

Oncol Méd

Binh

Bui Nguyen

Oncol Méd

Chayvialle

Jean Alain

Gastro

Coindre

Jean-Michel

Ana-Path

Duffaud

Florence

Oncol Méd

Emile

Jean-François

Ana-Path

Landi

Bruno

Gastro

Lassau

Nathalie

Imagerie

Le Cesne

Axel

Oncol Méd

Meeus

Pierre

Chirurgie

Monges Ranchin

Geneviève

Ana-Path

Nordlinger

Bernard

Chirurgie

Ranchère

Dominique

Anapath

Ray-Coquard

Isabelle

Oncol Méd

Rougier

Philippe

Gastro

Scoazec

Jean-Yves

Ana-Path

Stoeckle

Eberhard

Chirurgie

Vanel

Daniel

Imagerie

Classification par catégorie des éléments consensuels

Le document résume les différentes conclusions proposées par les spécialistes en fonction des niveaux de preuve observés, relatifs aux classifications SOR. (http://www.fnclcc.fr/sor.htm)

Catégories SOR de consensus

Les niveaux de preuve sont établis selon le type, la qualité et la cohérence des études. Il existe cinq niveaux :
  • niveau A : méta-analyse ou étude contrôlée randomisée cohérentes ;
  • niveau B : étude clinique randomisée (ECR) parfois non cohérentes (B1) ou études prospectives/rétrospectives (B2) ;
  • niveau C : méthodologie des études douteuse, non cohérentes ;
  • niveau D : aucune donnée ou étude de cas ;
  • accord des experts : aucune donnée, les experts sont unanimes.

Résultats

Anatomopathologie et biologie moléculaire

J.-M. Coindre, J.-F. Emile, G. Monges, D. Ranchère, J.-Y. Scoazec

Critères histologiques de diagnostic

Le diagnostic de GIST est fondé sur un examen histologique standard, avec relecture centrale effectuée par un expert dans cette pathologie pour les cas équivoques (SOR niveau B2). La plupart des cas de GIST peuvent être classés en trois grandes catégories : à cellules fusiformes (70 %), à cellules épithélioïdes (20 %) ou mixtes (10 %).

L’immunohistochimie est nécessaire au diagnostic, en particulier à la recherche de l’expression de KIT (CD117) sur les cellules tumorales, retrouvé positif dans 95 % des cas. Il est actuellement recommandé de faire ce marquage avec l’anticorps polyclonal A4502 [10] au 1/50 sans restauration antigénique ou au 1/300 après restauration antigénique (tampon citrate pH 6). Le marquage est considéré comme positif, qu’il soit cytoplasmique, membranaire ou en point juxtanucléaire. Sa répartition peut être hétérogène et son intensité variable, sans incidence sur le pronostic ni, selon les données actuelles, sur la réponse à l’imatinib.

D’autres marqueurs sont souvent utilisés pour étayer le diagnostic : CD34 (+ dans 70 % des cas), h-caldesmone (+ dans 80 % des cas), actine musculaire lisse alpha (+ dans 40 % des cas), PS100 (+ dans 5 % des cas), desmine (+ dans 2 % des cas) [2, 3]. Une forte positivité diffuse de la PS100 ou de la desmine doit faire remettre en cause le diagnostic, même si la tumeur est KIT-positive. Il est rappelé que l’expression de KIT n’est pas spécifique des GIST et que d’autres tumeurs digestives ou intra-abdominales, conjonctives, mélanocytaires ou endocrines peuvent simuler une GIST. Les plus fréquemment confondues avec une GIST sont les tumeurs musculaires lisses et les fibromatoses [10, 11].

Moins de 5 % des GIST suspectées histologiquement sont KIT-négatives. Il faut en premier lieu éliminer un faux négatif, lié à un problème technique ou d’échantillonnage. La négativité des cellules tumorales ne peut être affirmée que s’il existe un témoin interne positif (mastocytes, cellules interstitielles de Cajal). Pour affirmer formellement un diagnostic de GIST KIT-négative, il est actuellement recommandé de rechercher une mutation des gènes KIT et PDGFRA [12, 13].

Facteurs pronostiques des GIST localisées

Pour les tumeurs localisées, la classification du risque de malignité selon la taille de la tumeur et l’index mitotique, établi lors d’un consensus antérieur, reste la règle, même s’il reste à effectuer une évaluation prospective sur une cohorte à grande échelle [2, 3, 14, 15] (SOR niveau B2) (tableau 2( Tableau 2 )). Le nombre de mitoses est évalué sur 50 champs à objectif 40. D’autres paramètres topographiques, histologiques, immunohistochimiques et moléculaires sont en cours d’évaluation.
Tableau 2 Groupes pronostiques. D’après Fletcher et al. [2] et Miettinen et al. [3]

Risque de malignité

Taille (plus grande dimension)

Nombre de mitoses/champs à fort grandissement

Très faible

< 2 cm

< 5/50

Faible

2-5 cm

< 5/50

Intermédiaire

  • < 5 cm
  • 5-10 cm


  • 6-10/50
  • < 5/50


Élevé

  • > 5 cm
  • > 10 cm
  • Taille, quelle qu’elle soit


  • > 5/50
  • Nombre quel qu’il soit
  • > 10/50


Mutations KIT et PDGFRA : routine ou recherche ?

Cette recherche doit être pratiquée au sein de laboratoires spécialisés (pour information sur les sites de ces laboratoires, se référer aux anatomopathologistes co-auteurs de l’article). Elle est pratiquée de manière optimale à partir de l’ADN extrait de tissus congelés, mais est également possible à partir de tissus fixés et inclus en paraffine. Pour cette raison, la fixation en Bouin doit désormais être proscrite (SOR niveau B2). Un contrôle histologique de l’échantillon est nécessaire avant l’extraction des acides nucléiques.

La seule application actuellement recommandée en routine est le diagnostic des tumeurs intra-abdominales suspectées d’être des GIST mais n’exprimant pas KIT en immunohistochimie (SOR accord des experts) [12]. Dans les autres cas, y compris pour la prédiction de la réponse au traitement, cette technique reste actuellement une procédure de recherche dans le cadre de projets ou de protocoles thérapeutiques.

Jusqu’à présent, plusieurs techniques ont été utilisées pour détecter et identifier les mutations KIT ou PDGFRA [16, 17]. Actuellement, la chromatographie en phase liquide à haute performance dénaturante (DHPLC, denaturing high-performance liquid chromatography), complétée par le séquençage direct, est la stratégie la plus adaptée au diagnostic de routine.

Imagerie en situation localisée ou métastatique

Prise en charge diagnostique des tumeurs de petite taille

F. Bonichon, O. Bouché, J.-A. Chayvialle, B. Landi, N. Lassau, P. Rougier, D. Vanel

Imagerie pour la stadification des GIST

Les techniques d’imagerie actuelles pour évaluer les GIST incluent la tomodensitométrie (TDM), l’échographie, l’endoscopie et l’échoendoscopie (EE), l’imagerie par résonance magnétique (IRM) et la tomographie par émission de positrons (TEP) utilisant le fluorodéoxyglucose (FDG) comme traceur.

Pour l’évaluation initiale, la TDM avec injection de produit de contraste constitue actuellement la modalité de choix pour les patients ayant une masse abdominale évocatrice d’une GIST (SOR niveau B2). Une IRM avec injection de produit de contraste peut être une alternative. La TDM permet d’établir le stade de la tumeur et de programmer la chirurgie. En cas de GIST rectale, une IRM fournit des informations plus précises pour la stadification préopératoire (SOR accord des experts).

Lorsqu’une petite tumeur est trouvée de façon fortuite à l’endoscopie, l’extension locale de la tumeur doit également être évaluée par EE [18].

Aucun consensus n’a pu être dégagé concernant la nécessité d’établir un diagnostic préopératoire par microbiopsie à l’aiguille, effectuée dans le cadre d’une échoendoscopie ou par voie percutanée ou chirurgicale (SOR niveau C). Ce point est discuté dans le paragraphe Chirurgie.

La plupart des métastases apparaissent dans le foie et la cavité péritonéale. Les métastases siègent rarement dans la plèvre, les poumons ou les tissus mous en dehors de la paroi abdominale, et les métastases ganglionnaires sont également rares. Pour cette raison, la TDM constitue la technique de choix pour surveiller la présence de métastases.

L’évaluation de la captation de FDG par TEP est recommandée lorsqu’une détection précoce de la réponse tumorale à l’imatinib est nécessaire, par exemple en cas de chirurgie secondaire après une tentative de traitement néoadjuvant d’une tumeur rectale (SOR accord des experts). La TEP peut également être utile en cas d’images équivoques évoquant des métastases. En dehors de ces cas, il n’est pas recommandé d’effectuer une TEP systématique chez les patients ayant une GIST localisée avant et après résection complète (SOR accord des experts). Si un TEP-CT est effectué, il est alors souhaitable de ne pas réaliser d’injection pour le scanner.

L’analyse des données de la litérature nous conduit à proposer les recommandations suivantes.

Pour le diagnostic initial d’un GIST, la stratégie dépend des circonstances de découverte et de la localisation de la tumeur.

En cas de découverte fortuite :

  • endoscopique : échoendoscopie indispensable (pour permettre un diagnostic présomptif de GIST) si la tumeur est œsogastroduodénale ou rectale. La ponction par voie écho-endoscopique n’est pas recommandée si l’indication opératoire a déjà été retenue [19] ;
  • peropératoire: exérèse de la tumeur puis bilan d’extension radiologique postopératoire ;
  • radiologique : TDM avec injection et si possible avec contraste hydrique digestif ; selon la taille et la localisation, on peut discuter la réalisation d’une endoscopie et d’une écho-endoscopie pour préciser le diagnostic. Les avantages et les risques potentiels d’une biopsie doivent être pesés lors d’une réunion multidisciplinaire (cf. § Chirurgie).

En cas de lésion symptomatique :

  • TDM avec injection ± échoendoscopie (selon la taille et la localisation) : les avantages et les risques potentiels d’une biopsie doivent être pesés lors d’une réunion multidisciplinaire (cf. § Chirurgie) ;
  • volumineuse masse non réséquable : ponction par voie échoendoscopique ou percutanée.

Le bilan d’extension systématique doit comprendre une TDM abdominopelvienne en 3 temps avec un passage thoracique (avis d’experts), une échographie abdominopelvienne si possible avec injection (avis d’experts), une IRM si tumeur pelvienne. Les autres examens sont à discuter au cas par cas.

Quel suivi après la résection complète (R0) d’une tumeur localisée ?

Il n’y a pas de données fiables dans la littérature pouvant supporter des recommandations. Il n’existe, à ce jour, aucune preuve que le suivi par TDM est bénéfique ou non pour les patients. Plusieurs propositions ont été faites par des groupes d’experts. La chronologie des examens de surveillance repose sur l’évaluation des risques de récidive et leur chronologie [2, 3, 20]. Certains experts pensent que l’échographie peut avoir un intérêt dans le suivi et qu’elle pourrait être intégrée dans la surveillance (absence de consensus).

En cas de rechute, plusieurs étapes sont souvent indispensables : 1) confirmation de la rechute (plusieurs examens concordants peuvent être nécessaires) ; 2) cartographie des lésions ; 3) en cas de rechute locale, évaluer les possibilités de traitement local ; 4) concertation multidisciplinaire dans tous les cas.

La surveillance suivante est proposée (tableau 2) :

  • pour les GIST de risque intermédiaire ou élevé : suivi systématique par une TDM à 3 mois puis tous les 4 mois (tumeur à haut risque) ou tous les 6 mois (tumeur à risque intermédiaire) pendant 2 ans, puis tous les 6 mois jusqu’à 5 ans (avis d’experts), puis tous les ans ensuite ;
  • pour les tumeurs à faible risque, un suivi systématique par une TDM à 6 mois puis tous les ans ;
  • échographie abdomino-pelvienne en option.

Stratégie d’imagerie standard pour des tumeurs évoluées : critères de réponse tumorale

Quels sont critères morphologiques de réponse ?

La TDM est actuellement l’examen d’imagerie le plus utilisé dans l’évaluation de la réponse à l’imatinib (SOR niveau B2). Elle présente cependant certaines limites à connaître dans les GIST traitées par imatinib (inadéquation des critères OMS ou Recist). La TEP au FDG a montré une sensibilité élevée dans la détection de la réponse tumorale précoce [21]. Les critères de réponse TEP ne sont pas encore uniformisés entre les différentes équipes [22-25]. Toutefois, la TEP au FDG est coûteuse et d’accessibilité limitée. L’échodoppler avec injection de produit de contraste permet comme la TEP une évaluation précoce de la réponse [26, 27].

L’amélioration symptomatique, les réponses TDM (réduction HU, unités Hounsfield-), TEP (SUV max, maximum standardized uptake value ou évaluation visuelle) et échodoppler (dB) sont toutes prédictives du contrôle tumoral par l’imatinib. Si les patients en réponse partielle (RP) conformément aux critères Recist en TDM bénéficient clairement de l’imatinib en termes de survie, l’imatinib est également bénéfique chez le sous-groupe important de patients dont la maladie est stabilisée conformément aux critères conventionnels de réponse tumorale, mais également dans le sous-groupe des patients présentant une augmentation initiale du volume tumoral (une hémorragie intratumorale ou le développement d’une dégénérescence myxoïde en est probablement responsable). Ces patients présentent généralement des modifications des caractéristiques du tissu tumoral sur la TDM (réduction de la densité tumorale et diminution de la vascularisation tumorale) et/ou des modifications de l’activité métabolique tumorale sur la TEP (captation du glucose diminuée) (SOR niveau B2) ou des signaux échodoppler (SOR niveau B2) (( figure 1 )). L’utilisation de la mesure de la densité tumorale en TDM (HU) dans l’évaluation quantitative de la réponse tumorale précoce a été suggérée [28, 29]. L’évolution de la densité tumorale en TDM pourrait prédire la survie à long terme aussi précisément que la valeur de captation standardisée de la TEP au FDG [30].

Fausses progressions : un problème fréquent

Pendant les clichés de la phase veineuse portale d’une TDM avec injection de produit de contraste, les métastases hépatiques hypervascularisées d’une GIST peuvent devenir invisibles, car la prise de contraste des tumeurs est comparable à celle du parenchyme hépatique environnant. Ces lésions peuvent devenir hypodenses sur les images de suivi de la TDM quand elles répondent au traitement. Ces résultats ne devraient pas être faussement interprétés comme de « nouvelles » lésions ou comme une progression de la maladie. Une technique d’imagerie tri-phasique bien réalisée est nécessaire pour reconnaître ces métastases hépatiques hypervascularisées (( figure 2 )). L’imagerie permet aussi de diagnostiquer les cas d’hémorragie intratumorale.

En conclusion, plusieurs paramètres sont prédictifs du contrôle tumoral par l’imatinib : 1) une amélioration clinique symptomatique sous traitement ; 2) la réponse sur la TDM et la diminution de la densité ; 3) une diminution de la captation de la FDG lors de la TEP (SOR niveau B2) ; 4) une diminution de la prise de contraste en écho-doppler.

Progression sous traitement

Une reprise évolutive peut être soit localisée (sur une ou certaines lésions métastatiques), soit multifocale. Elle peut correspondre à : 1) une authentique nouvelle lésion sur le site de la résection chirurgicale ; 2) une authentique nouvelle métastase (c’est-à-dire différente de la situation décrite pour les fausses progressions ci-dessus) ; 3) l’augmentation de la taille des lésions préexistantes chez un patient avec une symptomatologie clinique en majoration, une captation du 18FDG, une ré-augmentation hétérogène de la densité HU des lésions ; 4) le développement de nodules intratumoraux et/ou une augmentation de la partie tissulaire d’une lésion hypodense, qui peuvent être l’unique indicateur d’une rechute (( figure 3 )).

L’évaluation de la réponse à imatinib requiert des critères combinés

Chacune des situations suivantes peut décrire un contrôle tumoral adéquat par imatinib :
  • RP/RC selon les critères Recist ;
  • RP/MS/MP selon les critères Recist avec amélioration des symptômes, et réponse TEP et réduction des HU sur les TDM ;
  • RP/MS/MP selon les critères Recist avec amélioration des symptômes, et réponse TEP ;
  • RP/MS/MP selon les critères Recist avec amélioration des symptômes et réduction des HU sur les TDM ;
  • RP/MS/MP Recist + amélioration des symptômes + réduction HU ;
  • RP/MS/MP Recist + réponse TEP + réduction HU.

Recommandations

La réponse tumorale doit être évaluée par imagerie morphologique et fonctionnelle (métabolique ou vasculaire). L’examen de référence devra être le même que l’examen de suivi. La chronologie des examens retenus après début du traitement par imatinib est résumée dans le tableau 3( Tableau 3 ).

La reprise évolutive peut être localisée ou diffuse. Dans les cas difficiles, plus que simplement tomodensitométrique, le critère reprise évolutive doit reposer sur un faisceau d’arguments (cliniques, TDM, TEP au FDG et/ou échodoppler contraste). Lorsque les résultats de la TDM ne sont pas concordants avec le tableau clinique ou non concluants, une TEP au FDG et/ou une échodoppler contraste devraient être réalisées pour une évaluation complémentaire.
Tableau 3 Modalités de surveillance au cours de la première année de traitement par imatinib

Surveillance

TDM avec mesures de densité* (standard)

TEP (option)

Échodoppler contraste

À J7

Non

Non

Non

À J28

Option

Option

Option

Tous les 3 mois

Oui

Option selon TDM

Option selon TDM

Chirurgie des GIST localisées et métastatiques

S. Bonvalot, P. Meeus, B. Nordlinger, E. Stoeckle

Quelle est la chirurgie standard pour les GIST non métastatiques ?

Le traitement standard des GIST localisées réséquables est la chirurgie.

Biopsie

Il n’existe pas de consensus dans la littérature concernant la nécessité d’établir systématiquement un diagnostic préopératoire par microbiopsie. Techniquement, ces microbiopsies peuvent être réalisées à l’aiguille dans le cadre d’une échoendoscopie ou par voie percutanée ou chirurgicale (SOR niveau C). Les avantages et les risques potentiels de la biopsie doivent être pesés lors d’une réunion multidisciplinaire. Les risques théoriques sont l’essaimage abdominal par voie cœlioscopique ou percutanée transpéritonéale et le risque hémorragique. Dans le cas d’une tumeur bénigne de l’œsophage, le risque de la rendre non énucléable en raison de la rupture de la continuité muqueuse doit être pris en compte. Les avantages concernent principalement les extrêmes : tumeurs localement évoluées afin de permettre un traitement néoadjuvant adapté ou petites tumeurs pour lesquelles une surveillance peut être discutée.

Un consensus a été obtenu sur les points suivants. Pour une petite tumeur facilement réséquable, la biopsie n’est utile que si une surveillance est envisagée. Pour une tumeur évoluée, il est préférable d’avoir un diagnostic histologique pour décider du plan de traitement. En effet, les GIST ne sont pas les seules tumeurs viscérales susceptibles d’être volumineuses et non associées à des adénopathies. Par exemple, les autres sarcomes, dont les authentiques léiomyosarcomes mais aussi les PNET, peuvent avoir un aspect comparable sur l’imagerie. Si une biopsie préopératoire est programmée, la procédure doit de préférence être effectuée par une équipe pluridisciplinaire expérimentée car ces tumeurs sont très fragiles et peuvent facilement saigner.

Étendue de l’exérèse

L’objectif de la chirurgie est la résection macroscopiquement complète de la tumeur, sans effraction tumorale avec des marges de tissu sain [32, 33]. En cas de petites tumeurs intramurales (< 2 cm), les interventions d’énucléation sont déconseillées. Mais, dans certaines localisations difficiles (œsophage, duodénum, rectum, etc.), une résection localisée sans effraction peut être considérée à condition d’avoir informé le patient des avantages et des inconvénients potentiels et d’assurer un suivi régulier.

La chirurgie sous laparoscopie doit être évitée en raison du risque plus élevé de rupture tumorale et de dissémination péritonéale consécutive (SOR accord des experts). Néanmoins, une résecti

on sous laparoscopie peut être réalisée dans les cas de petites tumeurs intramurales dont la séreuse est indemne. La résection doit alors être effectuée avec des marges saines, sans effraction tumorale et avec une extraction protégée.

Marges

Les marges doivent être négatives au niveau des tranches de section du viscère dont provient la tumeur. Il n’y a pas actuellement de consensus sur la distance de sécurité nécessaire entre le bord de la tumeur et la tranche de section chirurgicale. Elles peuvent évidemment atteindre la cavité péritonéale du côté tumoral (séreuse envahie) et cela doit être différencié dans le compte rendu de l’anatomopathologiste. L’influence de la présence de marges positives sur le taux de récidive et la survie globale est appréciée différemment dans la littérature [32, 34]. Comme les GIST ont tendance à être appendues à l’organe primitif et non à s’infiltrer de façon diffuse, les experts considèrent que la résection atypique de l’estomac avec marges de sécurité (wedge resection) ou la résection segmentaire d’organe constituent le traitement approprié (SOR niveau B2). Cependant, concernant les tumeurs primitives œsophagiennes, duodénales et rectales, la résection atypique est souvent techniquement irréalisable et les résections anatomiques constituent donc le traitement de choix (SOR niveau B2). Les organes adjacents envahis doivent être réséqués en bloc, de façon à éviter la rupture de la capsule tumorale et l’essaimage intra-abdominal.

Reprises d’exérèses après chirurgie marginale

Il n’existe pas de standard dans cette situation.

Lorsque la séreuse n’est pas envahie et que la tumeur est potentiellement curable par la chirurgie, une reprise d’exérèse doit être discutée en réunion multidisciplinaire en cas de tranches de sections viscérales positives.

Lorsque la séreuse est envahie, le pronostic est lié à l’essaimage péritonéal et non plus à la tranche de section viscérale et une reprise d’exérèse n’est pas nécessaire (SOR niveau C).

Lymphadénectomie

À la différence des adénocarcinomes, les GIST ne métastasent que rarement vers les ganglions lymphatiques locorégionaux et les récidives ganglionnaires sont exceptionnelles, si bien que la lymphadénectomie n’est exigée que dans les cas d’atteinte ganglionnaire évidente (SOR accord des experts).

Résection versus observation

Comme chaque GIST est désormais considérée comme potentiellement maligne [2, 3], toutes les GIST doivent être réséquées, même les petites lésions intramurales du tube digestif (SOR accord des experts).

Comme les lésions intramurales du tube digestif ne sont pas toutes des GIST, il faut obtenir un diagnostic anatomopathologique avant de décider d’une abstention opératoire.

Traitement néoadjuvant par imatinib

Tumeurs réséquables d’emblée

Aucune donnée scientifique ne justifie l’utilisation d’imatinib en traitement néoadjuvant lorsqu’une chirurgie initiale non mutilante est possible. Le traitement néoadjuvant de principe n’est pas recommandé en dehors d’une étude clinique lorsque la nature (conservatrice ou non) du geste chirurgical ne sera pas modifiée par le traitement préopératoire (SOR accord des experts). L’imatinib peut cependant être utilisé par des équipes expérimentées après concertation multidisciplinaire quand la chirurgie peut être simplifiée ou plus fonctionnelle par la diminution du volume tumoral (par exemple dans le cas de tumeurs rectales ou œsophagiennes). Dans ces cas, un suivi attentif (y compris une TEP et une TDM avant traitement et rapidement après traitement) doit être effectué pour dépister une éventuelle résistance primaire.

Tumeurs non réséquables

Les patients qui présentent des GIST non réséquables doivent bénéficier d’un traitement d’induction par imatinib pour essayer d’obtenir une réduction tumorale et permettre secondairement l’exérèse de la tumeur. La chirurgie doit être réalisée après une réduction suffisante (entre 4 et 12 mois) [35, 36]. L’imatinib néoadjuvant ne peut être considéré comme une procédure de routine et ne devrait être prescrit que par une équipe multidisciplinaire spécialisée, rompue à la prise en charge des ces tumeurs (SOR accord des experts), notamment un centre en charge de l’organisation du recours et de l’innovation (mesure 30 du plan Cancer).

Maladie métastatique

Le patient doit être traité par imatinib en première intention

L’indication de l’exérèse de la tumeur primitive doit être discutée avant le début du traitement en cas de risque perforatif lié à la nécrose tumorale. L’indication d’exérèse des reliquats solides tumoraux doit être discutée au moment où la réponse morphologique est maximum (4 à 12 mois) avant l’apparition des résistances secondaires [37]. L’ablation des métastases peut être réalisée par résection chirurgicale ou destruction (radiofréquence, cryochirurgie, etc.) (SOR niveau C). Même si l’exérèse secondaire de ces reliquats solides est possible, il n’est pas certain qu’elle soit utile en termes de survie globale et cette démarche doit faire l’objet d’un essai prospectif.

Certains sous-groupes de patients bénéficient vraisemblablement de l’exérèse secondaire de gros reliquats macroscopiques quand ceux-ci hypothèquent à court terme la survie par une complication : risque de rupture de grosses masses nécrotiques, compression ou saignement. Les résistances clonales (poursuite évolutive d’une seule cible) peuvent également faire l’objet d’un traitement focal.

En cas d’exérèse incomplète, l’imatinib ne devrait pas être arrêté ou, si c’est le cas, le moins longtemps possible (arrêt la veille de l’intervention et reprise dès que le transit est restauré), en raison du risque de reprise évolutive dans cette situation (SOR niveau A).

Après exérèse complète de reliquats tumoraux après imatinib, l’étude BFR14 indique que l’arrêt de l’imatinib est associé à un risque important de reprogression dans les 6 mois et au-delà.

Traitement systémique des GIST

J.-Y. Blay, R. Bugat, B. Bui, F. Duffaud, A. Le Cesne, I. Ray-Coquard

Définition d’une GIST avancée

Ces différentes situations cliniques correspondent à des GIST avancées : 1) GIST opérée avec résection (R0/R1) d’un nodule de sarcomatose et/ou métastase(s) hépatique(s) opérée(s), 2) GIST opérée avec résidu macroscopique (R2) non réséquable, 3) GIST localement avancée inopérable (CI médicale) et/ou non réséquable, 4) GIST métastatique d’emblée ou secondairement, réséquée ou non, en particulier rechute péritonéale métastatique isolée (sarcomatose) quels que soient le nombre et la taille des nodules, 5) rechute métastatique quel que soit le site métastatique.

Quand commencer le traitement par imatinib ?

L’imatinib est le seul traitement actuellement disponible prouvé actif dans les GIST avancées. En cas de maladie démontrée comme non réséquable et/ou métastatique, les experts recommandent un traitement immédiat par l’imatinib (SOR niveau A).

Néanmoins, lorsqu’une résection complète d’une maladie métastatique a été réalisée, aucune donnée n’a démontré que l’introduction immédiate de l’imatinib diminuait le risque de récidive [31, 32].

Lorsque la maladie s’est propagée à la surface péritonéale et/ou au foie, une résection complète peut parfois être obtenue chez certains patients. Les séries de patients dont on dispose avant la mise à disposition de l’imatinib montrent que la chirurgie, bien que techniquement réalisable, n’est pas curative dans ces cas. Par conséquent, le traitement médical par imatinib est un traitement de choix, dans cette situation. La surveillance de ces patients sans traitement est cependant une option. Il est souligné que le risque de rechute sans imatinib dans cette situation est de 95-100 %.

En cas d’images de petite taille équivoques de récidive chez un patient asymptomatique qui avait bénéficié d’une résection R0, un contrôle d’imagerie à 2 mois est recommandé (avis d’experts).

Si le traitement par imatinib est instauré chez des patients ayant bénéficié d’une résection complète des métastases, il ne s’agira pas d’un traitement adjuvant. La terminologie « traitement adjuvant » s’applique seulement à l’absence de signe de propagation métastatique de la maladie, y compris l’extension péritonéale à distance du site primitif, qu’elle soit évidente radiologiquement ou non. À des fins de pratique clinique et de recherche, ces tableaux cliniques doivent être définitivement séparés du cadre réellement « adjuvant », car leur pronostic est celui d’une maladie métastatique. Ces patients entrent ainsi dans les indications classiques de l’imatinib, conformément à son dossier d’enregistrement en Europe et aux États-Unis [38], qu’un indicateur de la maladie soit visible ou non.

Quelle est la posologie optimale d’imatinib pour les GIST avancées ?

La dose de 400 mg/j est actuellement recommandée dans le traitement de première intention. Aucune amélioration de la survie globale n’a en effet été rapportée dans deux grandes études randomisées prospectives comparant les posologies de 400 et 800 mg en traitement de première ligne par l’imatinib (SOR niveau B1). Ces deux études ont montré cependant une survie sans progression (SSP) supérieure dans le groupe de patients traités par 800 mg/j d’imatinib ; dans une étude, cette différence est statistiquement significative (SSP médiane 22 mois versus non atteint, p = 0,02) tandis que, dans l’autre, elle n’est pas statistiquement significative (SSP médiane 22 versus 27 mois, p = 0,13) [39, 40]. Un suivi plus long est alors nécessaire et cette conclusion peut évoluer à l’avenir, la nature des mutations de KIT pouvant par exemple influencer le devenir des patients en fonction de la dose [Asco 2005]. Il n’est pas légitime de réduire la dose en dessous de 400 mg/j, sauf en cas de toxicités sévères empêchant la poursuite du produit à cette dose.

Les toxicités pouvant justifier d’une diminution de la dose ou d’un arrêt sont les suivantes : toutes les toxicités de grades 3-4 hématologiques et extrahématologiques. La réintroduction de l’imatinib peut se faire alors à la même dose en cas de toxicité hématologique et à une dose inférieure en cas de toxicité extrahématologique. En cas d’anémie, le traitement par EPO peut être envisagé. Après diminution de la dose d’imatinib, il est souhaitable de tenter de revenir à la dose nominale de 400 mg/j. L’observance du traitement pris par le patient doit être surveillée par le médecin.

Durée optimale du traitement par imatinib

Il n’existe aucune donnée permettant de recommander l’arrêt du traitement par imatinib après son instauration pour traitement de GIST avancée.

Il a récemment été montré dans une étude randomisée que l’arrêt de l’imatinib après un an de traitement est associé à un risque élevé de rechutes, même chez des patients en rémission complète [7]. Bien que la plupart des patients répondent à la réintroduction de l’imatinib, l’arrêt n’est pas recommandé en dehors d’une étude clinique et de toxicités non tolérables (SOR niveau B1). L’imatinib doit être donné jusqu’à la progression (cf. infra), l’intolérance ou le refus du patient.

Stratégies après une progression sous traitement par imatinib ?

Un avis auprès d’un centre en charge de l’organisation du recours et de l’innovation (mesure 30 du plan Cancer) est recommandé. Les experts s’accordent sur le fait que les résistances primaires et secondaires devraient être distinguées.

La résistance primaire peut être définie comme une progression dans les six premiers mois d’un traitement par l’imatinib. Ce délai seuil pourra être modifié dans des études futures. La progression est généralement multifocale dans ce cas. Les tumeurs semblent présenter une plus grande fréquence de mutations de KIT sur l’exon 9 et un gène KIT de type sauvage. Elles constituent probablement un cadre nosologique distinct. Une relecture des lames anatomopathologiques doit être discutée. L’observance du patient doit être vérifiée.

En revanche, la résistance secondaire peut se produire conformément à deux profils différents.

Les résistances partielles représentent 50 % de ces rechutes, avec une ou un nombre limité de métastases évolutives, tandis que d’autres sites métastatiques restent non évolutifs. Cela se traduit souvent sur le plan radiologique par une image de « nodule dans une masse » en TDM et/ou une augmentation de la captation du FDG à la TEP, alors que les autres sites sont encore contrôlés par le traitement à l’imatinib.

Dans cette situation, une approche multidisciplinaire est recommandée. La stratégie peut inclure des résections des métastases hépatiques et/ou péritonéales, la destruction locale des métastases par radiofréquence ou cryochirurgie [31, 41, 42]. Il est recommandé de poursuivre l’imatinib. Si la ou les métastases évolutives ont été détruites, la dose d’imatinib peut être augmentée ou maintenue (SOR accord des experts). Si la ou les métastases évolutives n’ont pas été détruites, la dose d’imatinib doit être augmentée à 800 mg/j. Le rôle de la destruction locale dans cette procédure, comparée à un traitement médical modifié, n’a cependant pas été démontré et mérite une évaluation complémentaire (SOR niveau D).

En cas de résistance multifocale, l’augmentation de la posologie de l’imatinib à 800 mg/j est recommandée (SOR niveau B2). En cas de progression nette à la posologie de 400 mg/j, une augmentation de la posologie de l’imatinib à 800 mg/j apportait des réponses ou un contrôle tumoral prolongé chez un tiers des patients dans les deux études ayant posé cette question avec une survie sans progression à 12 mois de respectivement 18 et 30 % dans les deux études [40, 43]. En cas de progression sous une dose de 800 mg/j, les experts s’accordent à recommander un maintien du traitement si une thérapeutique alternative n’est pas mise en place. En effet, à l’arrêt de l’imatinib, un phénomène de rebond a été rapporté dans plusieurs études. Ce point doit être confirmé dans des études futures. Ces patients peuvent également être inclus dans des programmes de développement clinique de nouvelles molécules. Selon les experts, aucune chimiothérapie cytotoxique n’a été rapportée comme étant efficace dans ce cas.

Dans la situation de résistance multifocale, le rôle de la chirurgie des métastases (résection de métastases hépatiques et/ou péritonéales, destruction par radiofréquence, cryochirurgie) n’est pas établie.

Traitement adjuvant par imatinib : quand ?

Plusieurs études sont actuellement en cours visant à déterminer l’intérêt de l’imatinib en situation adjuvante. Elles ne concernent que les tumeurs strictement localisées opérées avec une résection R0 ou R1, à l’exclusion de toute maladie métastatique (cf. supra). Les experts ont été d’accord pour déclarer que le traitement adjuvant par imatinib doit être considéré comme expérimental. Il ne doit ainsi être administré que dans les études cliniques prospectives. En France l’étude Intergroupe EORTC avec la FNCLCCet la FFCD 62024 est ouverte dans plusieurs centres spécialisés.

Discussion

Depuis 2000, le traitement des GIST localisées et avancées par l’imatinib est devenu le modèle de thérapeutique ciblée sur des tumeurs solides modifiant les stratégies de prise en charge des GIST. La réunion consensuelle de l’ESMO a permis d’identifier des recommandations concernant la prise en charge de ces tumeurs avec les spécialistes internationaux.

Le présent document constitue une synthèse de l’analyse de la prise en charge des GIST du point de vue d’experts français. Globablement en accord avec celles de l’ESMO, ces recommandations s’en distinguent par quelques aspects et ont été enrichies par les spécialistes gastroentérologues. Il est proposé des recommandations simples de pratique pour le diagnostic histologique, la biologie moléculaire, le diagnostic, la prise en charge thérapeutique et le suivi des GIST qui seront destinées à être régulièrement mises à jour.

Après validation, les présentes recommandations devront être diffusées à tous les praticiens en charge de GIST en France afin de fournir des informations aux médecins et aux patients, pour aider la pratique médicale au quotidien et peut-être rendre les pratiques médicales les plus conformes possibles aux connaissances scientifiques actuelles [44]. La stratégie de diffusion prévue inclut des publications dans les revues spécialisées de langue française et sur plusieurs sites internet ainsi qu’une implication nationale des leaders d’opinions au travers des groupes corporatifs nationaux et des sociétés savantes.

Après la phase de diffusion des recommandations, leur impact est indispensable à évaluer. La connaissance que les médecins ont de l’existence du consensus et de ses conclusions sera mesurée de même que les changements médicaux observés dans la prise en charge des patients. Cette évaluation est nécessaire pour les praticiens (avons-nous intégré ces nouvelles données ?), pour les patients (suis-je pris en charge selon les données scientifiques les plus adaptées ?), pour les structures de soins (notre établissement met-il en place les meilleurs moyens pour nos patients ?), pour les chercheurs (si les recommandations ne sont pas suivies, peut-être les attitudes recommandées ne sont-elles pas adaptées aux patients hors essais thérapeutiques ?) et pour les académiques (quelle formation doit être la plus mise en avant en fonction des pratiques médicales actuelles ?).

Ces recommandations devront être révisées en fonction des résultats des essais cliniques en cours (en adjuvant notamment) et de la mise à disposition d’autres inhibiteurs de tyrosine kinases.

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