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Analyse coût/efficacité de l’association capécitabine-docétaxel versus docétaxel en monothérapie dans le cancer du sein métastatique ou localement avancé en France


Bulletin du Cancer. Volume 92, Numéro 9, 809-16, Septembre 2005, article original


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Gaël Priol, Frédérique Maurel, Claude Le Pen , Aremis Consultants, 10, rue Beffroy, 92200 Neuilly-sur-Seine.

Résumé : L’objectif de ce travail était d’estimer le rapport coût/efficacité de l’association capécitabine-docétaxel versus l’utilisation du docétaxel seul en France, chez des patientes présentant un cancer du sein métastatique (CSM), après échec d’une chimiothérapie antérieure par anthracycline. L’essai SO14999 est un essai multicentrique, randomisé, incluant 511 patientes réparties de façon équilibrée entre les deux groupes. Outre des données d’efficacité, des données de consommation de ressources liées à la prise en charge des effets indésirables ont été collectées dans cet essai (méthodologie de type piggy-back). Nous avons valorisé ces données individuelles en imputant des coûts reflétant le contexte français afin d’estimer le coût médical total des deux stratégies selon une perspective payeur au sens large puis calculé des ratios « coût/efficacité » incrémentaux avec comme critères d’efficacité la survie globale des patientes et la survie sans progression. L’association de capécitabine au docétaxel se traduit par une augmentation de la survie médiane des patientes de 90 jours (442 versus 352 jours, p \= 0,0126) et prolonge de 58 jours la survie sans progression (186 versus 128 jours, p \= 0,0001) par rapport à l’utilisation du docétaxel seul. Le coût médical total par patiente a été évalué à 11 786 € en moyenne IC95 % \= 10 982-12 591 dans le bras en association versus 11 570 € IC95 % \= 10 719-12 421 dans le bras en monothérapie, soit une différence non significative de 216 € pour l’association avec capécitabine (p \= 0,642). Le ratio coût/efficacité de l’association Xeloda ®-docétaxel versus docétaxel seul est estimé à 952 € par année de vie sauvée et à 1 198 € pour la survie sans progression de la maladie. Un traitement combiné associant la capécitabine au docétaxel s’avère être une stratégie coût/efficace comparée à l’utilisation du doceétaxel seul dans le traitement du cancer du sein métastatique ou localement avancé en France.

Mots-clés : cancer du sein métastatique, coût médical direct, évaluation économique, ratio coût/efficacité, docétaxel, capécitabine

ARTICLE

Auteur(s) : Gaël Priol, Frédérique Maurel, Claude Le Pen

Aremis Consultants, 10, rue Beffroy, 92200 Neuilly-sur-Seine

Article reçu le 11 Janvier 2005, accepté le 30 Mai 2005

La capécitabine est une chimiothérapie orale non cytotoxique qui a obtenu, en février 2001, une première autorisation de mise sur le marché européenne en monothérapie dans le traitement de première ligne du cancer colorectal métastasique. Dans cette indication, elle est inscrite sur la liste des spécialités pharmaceutiques agréées à l’usage des collectivités. La Commission de la transparence lui a reconnu à cette occasion un service médical rendu (SMR) « important » et une amélioration de service médical rendu (ASMR) de niveau II, en raison de sa forme comprimé qui « permet de conduire un traitement en ville sans recours à une perfusion ».Des essais de phase III ont montré l’efficacité et le bon rapport efficacité/tolérance de la capécitabine chez des patientes présentant un cancer du sein métastatique ou localement avancé, qui étaient en échec à un traitement par anthracycline [1] ou par taxane [2]. Dans les deux cas, outre le bon profil de tolérance, le fait d’être un traitement oral administrable à domicile a été reconnu comme un avantage en termes de qualité de vie. L’indication de la capécitabine a été élargie au cancer du sein localement avancé ou métastatique, en association avec le docétaxel, et a obtenu une nouvelle évaluation par la Commission de la transparence qui lui a attribué à nouveau un SMR important et une ASMR de niveau II par rapport à la prise en charge habituelle. Au-delà du bénéfice clinique du traitement, cette analyse évalue, à partir de l’essai SO14999 [3], l’implication économique de l’utilisation de la capécitabine associée au docétaxel dans le cancer du sein métastatique ou localement avancé en France comparativement au docétaxel utilisé seul.

Résultats

Description des populations étudiées

Au total, 511 patientes ont été randomisées dans cet essai, avec respectivement 255 dans le groupe associant capécitabine-docétaxel et 256 dans le groupe avec docétaxel seul. Les caractéristiques démographiques des patientes à l’inclusion étaient équivalentes entre les groupes (tableau 1( Tableau 1 )).
Tableau 1 Caractéristiques des patientes randomisées à l’inclusion dans l’essai

Capécitabine (2 500 mg/m2/j) avec docétaxel (75 mg/m2/3 sem)

  • Docétaxel
  • (100 mg/m2/3 sem)


N = 255

N = 256

Sexe

Femme

255 (100 %)

256 (100 %)

Origine

Caucasienne

198 (78 %)

210 (82 %)

Africaine

7 (3 %)

5 (2 %)

Asiatique

17 (7 %)

16 (6 %)

Autre

33 (13 %)

25 (10 %)

Âge (années)

Moyenne (écart-type)

52,6 (10,35)

51,6 (10,19)

Médiane

52,0

51,0

Min - max

26–79

25–75

Poids (kg)

Moyenne (écart-type)

67,55 (13,81)

69,49 (15,51)

Médiane

66,00

68,00

Min - max

40,1–122,5

39,0–140,6

Taille (cm)

Moyenne (écart-type)

159,5 (6,80)

161,2 (6,77)

Médiane

160,0

162,0

Min - max

142–176

135–184

Surface corporelle (m2)

Moyenne (écart-type)

1,69 (0,17)

1,72 (0,18)

Médiane

1,68

1,71

Min - max

1,30–2,30

1,20–2,40

Karnofsky

Moyenne (écart-type)

88,5 (9,64)

87,3 (10,03)

Médiane

90,0

90,0

Min - max

70–100

70–100

Résultats d’efficacité

Le temps de traitement avant échec (durée de suivi dans l’essai) était significativement plus élevé dans le bras sous bithérapie comparé au bras monothérapie (121 versus 86 jours, p = 0,0002).

Les durées de survie sans progression de la maladie étaient statistiquement supérieures dans le bras capécitabine avec une durée médiane de 186 contre 128 jours dans le bras docétaxel seul (log-rank p = 0,0001). Par ailleurs, la durée de survie globale était significativement plus importante dans le bras recevant la bithérapie que dans le bras monothérapie avec, respectivement, des valeurs médianes égales à 442 versus 352 jours (p = 0,0126).

Recours aux soins des patientes

Les pourcentages de patientes hospitalisées sont équivalents entre les deux groupes de traitement avec 101 patientes hospitalisées dans le groupe capécitabine-docétaxel (40,2 %) et 94 patientes (36,9 %) dans le groupe docétaxel (p = 0,435). La majorité des hospitalisations surviennent relativement tôt pendant le suivi, soit entre les semaines 1 et 9, et ce nombre d’hospitalisations décroît très rapidement avec le temps. La durée des séjours d’hospitalisation est en moyenne de 8,5 jours pour le bras en association et de 10,3 jours pour le bras sous docétaxel. Les taux d’hospitalisations liés à des événements indésirables dus au traitement d’étude sont très proches, avec un pourcentage de 27,5 % en moyenne sur les deux groupes (28,7 versus 26,3 %) et de 15 % pour les événements non liés au traitement (respectivement 15,1 et 14,9 %). Les principaux types d’événements indésirables rencontrés ayant conduit à une hospitalisation sont pour les deux branches liés à une neutropénie (neutropénie avec fièvre, neutropénie, et infection neutropénique). Les soins médicaux associés à l’administration du docétaxel montrent que les durées moyennes d’injection sont similaires dans les deux groupes avec une durée moyenne de perfusion égale à 1 h 15, pour une durée moyenne de séjour à l’hôpital légèrement supérieure à 12 h dans les deux groupes (médiane 3 h). Cet écart « notable » entre les durées médianes et moyennes de séjours s’explique notamment par un pourcentage de séjours supérieurs à 24 h de l’ordre de 12 % dans le bras capécitabine-docétaxel et de 16 % dans le bras monothérapie.

Les patientes du groupe avec capécitabine ont eu davantage recours à des consultations supplémentaires que les patientes traitées avec le docétaxel seul (tableau 2( Tableau 2 )) ; 83,7 % des patientes du groupe sous bithérapie ont consulté au moins une fois un professionnel de santé contre 73,3 % dans le groupe docétaxel seul (p = 0,005). Le type de praticien consulté semblait assez différent entre les deux groupes : si 19,5 % des patientes sous capécitabine ont consulté au moins une fois un médecin généraliste, elles étaient 25,5 % dans le groupe docétaxel seul (p = 0,108). Le nombre moyen de consultations « généraliste » était quant à lui estimé à 1,9 dans le premier groupe contre 2,3 dans le second. En ce qui concerne les visites chez le médecin spécialiste, la tendance était cette fois inversée : 71,3 % des patientes sous capécitabine ont eu recours à ces professionnels de santé contre 58,8 % des patientes sous docétaxel (p = 0,003). Le nombre moyen de consultations « spécialiste » était légèrement supérieur pour le groupe avec capécitabine (7,1 versus 5,4). Enfin, 48,6 % des patientes recevant l’association capécitabine-docétaxel ont eu recours à des soins infirmiers ou autres consultations contre 40,4 % pour les patientes recevant du docétaxel seul (p = 0,063), avec en moyenne 8 consultations pour les personnes ayant consulté.

Les traitements concomitants les plus fréquemment rencontrés concernent des analgésiques (paracétamol, morphine), des antibiotiques, des antifongiques, des traitements antidiarrhéiques et anti-émétiques.
Tableau 2 Analyse des recours aux soins selon la stratégie thérapeutique

Patients

Visites

Nb

%

Nb

Moyenne

Médiane

Association capécitabine-docétaxel (n = 251)

Généraliste

49

19,5

93

1,9

1

Spécialiste

179

71,3

1 277

7,1

4

Infirm./autres

122

48,6

1 021

8,4

4

Ensemble

210

83,7

2 391

11,4

6

Docétaxel (n = 255)

Généraliste

65

25,5

149

2,3

2

Spécialiste

150

58,8

813

5,4

3

Infirm./autres

103

40,4

732

7,1

2

Ensemble

187

73,3

1 694

9,1

4

Coût médical

Le coût médical total est estimé à 11 786,70 € en moyenne (IC95 % = 10 982,3-12 591,0) dans le groupe sous capécitabine-docétaxel versus 11 570,30 € dans le groupe sous docétaxel seul (IC95 % = 10 719,5-12 421,2), soit un écart non significatif de 216 € (p = 0,642) (tableau 3( Tableau 3 )). Le surcoût lié au traitement en association est par conséquent minime (216 €) et permet un gain moyen de 0,23 année de vie. Ces résultats nous permettent d’estimer le ratio coût par année de vie gagnée à 952 € et le ratio coût par année de survie sans progression de la maladie à 1 198 €.

Le coût des hospitalisations pour effets indésirables est estimé à 1 539,60 € dans le groupe en association et à 1 639,40 € dans l’autre ; soit un écart de 100 € entre les deux groupes (p = 0,565). Avec un taux et un nombre de recours aux consultations globalement plus élevés pour les patientes sous capécitabine, le coût moyen des consultations est significativement plus élevé dans le bras en association. Ainsi, ce dernier est estimé à 121,50 € dans le groupe traité par capécitabine et à 80,70 € dans le second groupe (p = 0,006) (tableau 4( Tableau 4 )). Les coûts des traitements concomitants relevés au cours de l’essai SO14999 sont sensiblement supérieurs en valeur dans le bras capécitabine avec un coût moyen estimé à 188,60 € dans le groupe bithérapie et 128,40 € dans le groupe monothérapie (p = 0,06). Le coût des perfusions de docétaxel est équivalent dans les deux groupes avec en moyenne 2 061,70 € pour le groupe traité par bithérapie et 1 865,90 € pour le groupe sous docétaxel seul (p = 0,141).

Enfin, le coût d’acquisition des médicaments représente assez logiquement le poste le plus important du coût médical total, avec un coût moyen estimé à 7 856 € dans le bras docétaxel seul contre 7 875 € dans le bras en association. Dans le bras en association, le coût de la capécitabine représente 1 786 € dans le coût de cette chimiothérapie, auquel s’ajoute le coût du docétaxel estimé à 6 089,20 €. Au final, les consommations de ressources restent à la fois très proches en valeur entre les deux stratégies. Quant à leur décomposition intrabranche, celle-ci est quasi strictement identique ; elle se décompose en : 67 % pour l’acquisition des « traitements d’étude », 17 % pour les séances de chimiothérapie et 13 % pour les hospitalisations liées aux effets indésirables. Les autres postes représentent donc une très faible part du coût médical total.
Tableau 3 Décomposition du coût médical total par stratégie thérapeutique (en € )

Catégories de coûts (euros)

Moy

Std err

IC 95%

Médiane

  • Association capécitabine-docétaxel
  • (n = 251)


Coût d’acquisition du (des) médicament(s)

. Capécitabine

1 786,0

84,8

(1 619,9–1 952,2)

1 544,8

. Docétaxel

6 089,2

245,8

(5 607,5–6 571,0)

5 349,3

Hospitalisations

. Effets indésirables

1 539,6

147,5

(1 250,4–1 828,8)

0,0

. Chimiothérapie

2 061,7

97,2

(1 870,2–2 253,3)

2 085,0

Soins ambulatoires

. Consultations

1 21,5

15,1

(92,0–151,0)

47,6

. Traitements concomitants

1 88,6

44,5

(101,3–275,9)

5,4

Coût médical total

11 786,7

408,4

(10 982,3–12 591,0)

10 783,2

  • Docétaxel
  • (n = 255)


Coût d’acquisition du (des) médicament(s)

. Capécitabine

. Docétaxel

7 856

313,4

(7 241,9–8 470,2)

7 009,5

Hospitalisations

. Effets indésirables

1 639,38

176,81

(1 292,83–1 985,9)

0,0

. Chimiothérapie

1 865,9

94,4

(1 679,9–2 051,8)

1 668,0

Soins ambulatoires

. Consultations

80,7

9,9

(61,2–100,1)

32,4

. Traitements concomitants

128,4

34,3

(61,2–195,6)

3,6

Coût médical total

11 570,3

432,1

(10 719,5–12 421,2)

10 298,9


Tableau 4 Analyse coûts efficacité

Survie globale

Survie sans progression de la maladie

Capécitabine-docétaxel

Docétaxel

Diffa

Capécitabine-docétaxel

Docétaxel

Diffa

Scénario central

. Coût médical moyen (€)

11 786,7

11 570,3

216,4

11 786,7

11 570,3

216,4

. Durée moyenne (années)

1,418

1,191

0,227

0,619

0,438

0,181

952,3

1 197,6

Cas « dévaforable »

. Coût médical moyen (€)

12 590

10 719

1 871

12 590

10 719

1 871

. Durée moyenne (années)

1,027

1,060

–0,033

0,452

0,372

0,0794

Dominé

23 564,2

Cas « favorable »

. Coût médical moyen (€)

10 982

12 421

–1439

10 982

12 421

–1 439

. Durée moyenne (années)

1,361

0,816

0,545

0,539

0,277

0,263

Dominant

Dominant

aDiff : Différentiel association - monothérapie.

Analyse de sensibilité

Dans le cas le plus favorable, l’association capécitabine-docétaxel offre un allongement significatif de la durée de survie globale et, dans le même temps, les coûts médicaux de cette stratégie ne sont pas supérieurs aux coûts de la stratégie avec le docétaxel seul. Il s’agit donc d’une stratégie dominante. Dans le cas le moins favorable à la capécitabine, le traitement en association est légèrement dominé.

En termes de survie sans progression de la maladie, le ratio de coût par année de vie sans progression s’établit à 1 198 € pour l’association capécitabine-docétaxel versus docétaxel. Dans le cas le moins favorable à la capécitabine, il s’élève à 23,56 €, ce qui demeure acceptable. Enfin, dans le cas le plus favorable, la stratégie en association domine une nouvelle fois la stratégie en monothérapie.

Discussion

Cette étude avait pour objectif d’évaluer le coût médical de l’association capécitabine et docétaxel versus l’utilisation du docétaxel en monothérapie en France et d’estimer le rapport coût/efficacité entre ces deux stratégies. Nous avons pour cela utilisé les résultats de l’essai clinique SO14999 montrant la meilleure efficacité des produits utilisés en association, chez des patientes en échec d’un traitement par anthracycline [3, 4]. L’association capécitabine et docétaxel 75 mg/m2 permet un allongement significatif du temps sans progression de la maladie, et de la survie globale des patientes. Nous avons estimé le coût médical des deux stratégies selon la perspective du payeur en France. Ainsi, le coût médical de la prise en charge a été évalué à 11 786 € en moyenne par patiente pour les patientes recevant l’association capécitabine-docétaxel et à 11 570 € pour les patientes recevant du docétaxel seul. Le surcoût lié au traitement en association est par conséquent minime (216 €) et permet un gain moyen de 0,23 année de vie. Ces résultats nous permettent d’estimer le ratio de coût par année de vie gagnée à 952 €. Dans le même temps, le ratio de coût par année de vie sans progression de la maladie s’établit à 1 198 €. Les résultats de cette évaluation coût/efficacité témoignent de la grande efficience de l’association capécitabine-docétaxel, en comparaison aux autres interventions en oncologie ayant fait l’objet d’une évaluation économique publiée.

Selon une analyse menée rétrospectivement dans un Centre de lutte contre le cancer (CLCC), le rapport coût/efficacité des différentes interventions dans le cancer du sein s’échelonnait entre 1 063 € et 1 389 € par année de vie gagnée entre 1975 et 1985 [5]. Plus récemment, celui de l’exémestane par rapport au mégestrol dans le traitement du cancer du sein métastatique a été estimé à 9 000 CAN$ par année de vie sauvée au Canada [6] (soit 5 490 €), à 10 600 US$ par année de vie sauvée aux États-Unis [7] et dans un intervalle de variation compris entre 5 000 et 13 000 € selon les pays européens [8]. Les résultats de l’étude menée au Canada par Verma [9], qui compare également l’association capécitabine-docétaxel au docétaxel seul dans un modèle, fournissent un ratio incrémental de 3 691 CAN$ par année de vie gagnée (soit 2 252 €) dans le cas central. Peu de données sont encore disponibles en France sur l’analyse coût/efficacité dans le cancer du sein métastatique. La majorité des études économiques réalisées ont surtout pour objectif l’évaluation du dépistage [10, 11]. Une évaluation rétrospective du coût de la prise en charge intégrale du cancer du sein a été effectuée dans un CLCC entre 1995 et 2000 ; elle estime le coût médical à 10 072 € en moyenne par patiente [12]. L’étude de Launois [13] présente une évaluation médico-économique de la chimiothérapie de deuxième ligne dans le CSM en comparant trois attitudes thérapeutiques. Le docétaxel avait été montré comme stratégie dominante dans les deux cas en comparaison à la vinorelbine et au paclitaxel. Si l’on étend l’analyse aux autres pathologies cancéreuses [14-16], les ratios publiés restent nettement supérieurs aux ratios de la capécitabine. Les ratios estimés dans notre analyse seraient considérés comme coût/efficaces si l’on se réfère aux valeurs traditionnellement considérées comme « acceptables » pour les traitements oncologiques, à savoir 50 000 US$ par année de vie gagnée [17] et 20 000 £ par année de vie gagnée [18].

L’examen du tableau récapitulatif des coûts montre que le coût global des deux stratégies est similaire, avec un surcoût net de 216 € par patient. Le poste de coût ayant le plus fort impact sur le coût total est bien entendu le coût global de la chimiothérapie, suivi du coût des hospitalisations pour traiter les événements indésirables. Le coût des hospitalisations a été réduit de 100 € comparé au bras recevant du docétaxel seul. Ce différentiel de coût en faveur du bras en association pourrait être attribuable à l’utilisation d’une dose moindre de docétaxel dans ce groupe. Les patients recevant capécitabine-docétaxel ont tendance à consulter davantage les professionnels de santé que ceux du groupe docétaxel (83,7 versus 73,3 %) et de manière plus fréquente (11,4 consultations versus 9,1). De nombreuses consultations avaient eu lieu par téléphone (près d’une consultation sur trois dans les deux groupes). Les consultations de cette nature, bien que relevées dans l’étude, n’ont pas été prises en compte lors de la valorisation économique. Le besoin de consultations « supplémentaires » dans le bras capécitabine peut refléter, au moins partiellement, la moindre connaissance de l’expérience clinique de ce produit par les patientes. En outre, ces consultations téléphoniques concernent principalement des appels passés aux personnels infirmiers. Ce mode de consultation sous-estime donc certainement le coût réel des consultations mais leur relative équi-répartition entre les groupes nous laisse penser qu’elles n’influenceraient que modestement les résultats.

Notre analyse présente certaines limites, au premier rang desquelles on trouve l’utilisation de données de consommation de ressources issues d’un essai clinique randomisé. Les biais induits par l’utilisation des données d’un essai clinique sont bien identifiés. Ils concernent principalement l’ensemble des visites et procédures faisant l’objet de protocoles. Cependant, comme dans toute analyse incrémentale, la portée de ces biais est limitée, car l’effet du protocole est le même dans les deux bras de traitement. Par ailleurs, la prise en charge des cancers, et notamment de formes sévères tels que le cancer du sein métastatique, semble être un cas favorable à l’utilisation d’essais cliniques pour l’analyse économique. En effet, le traitement et le suivi de ces patientes sont pris en charge dans des centres spécialisés qui appliquent des protocoles clairement établis, notamment grâce aux recommandations de la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer. Une autre « force » de cette analyse est que la majorité des données d’efficacité et de coût ont été collectées prospectivement pendant l’essai clinique et non après l’apparition de la progression de la maladie. Il n’y a pas de raison de penser que les coûts associés à la prise en charge des soins postérieurs à la progression de la maladie diffèrent entre les groupes.

Cette étude coût/efficacité a la particularité de pouvoir être facilement transposable à d’autres pays. Ces derniers peuvent aisément reporter leurs données nationales de coût relevant de leur système de soins et ainsi obtenir de nouveaux ratios incrémentaux de comparaison de ces deux stratégies thérapeutiques.

Conclusion

L’analyse coût/efficacité en relation avec les résultats d’efficacité clinique met en évidence des rapports coût/efficacité pour la capécitabine de 952 € par année de vie gagnée et de 1 198 € par année de vie sans progression de la maladie. Ces rapports sont bien en deçà des standards d’acceptabilité, notamment dans une pathologie aussi grave que le cancer du sein métastatique.

En conclusion, l’adjonction de la capécitabine au docétaxel dans le traitement des formes métastatiques ou localement avancées de cancers du sein, chez des patientes en échec d’un traitement par anthracycline, représente une alternative coût/efficace dans le contexte français.

Remerciements

Cette étude a été réalisée avec le soutien de Roche.

Références

1 Talbot DC, Moiseyenko V, Van Belle S, O’Reilly SM, Alba Conejo E, Ackland S, et al. Randomised phase II trial comparing oral capecitabine (Xeloda) with paclitaxel in patients with metastatic/advanced breast cancer pretreated with anthracyclines. Br J Cancer 2002 ; 86 : 1367-72.

2 Blum JL, Jones SE, Buzdar AU, LoRusso PM, Kuter I, Vogel C, et al. Multicenter phase II study of capecitabine in paclitaxel-refractory metastatic breast cancer. J Clin Oncol 1999 ; 17 : 485-93.

3 Final Clinical Study Report. Protocol SO14999C : an open label randomized phase III study of capécitabine in combination with docetaxel (Taxotere®) versus docetaxel monotherapy in patients with advanced and/or metastatic breast cancer. Research Report Number 1003795. 2001 ; (March 2).

4 O’Shaughnessy J, Miles D, Vukelja S, Moiseyenko V, Ayoub JP, Cervantes G, et al. Superior survival with capecitabine plus docetaxel combination therapy in anthracycline-pretreated patients with advanced breast cancer : phase III trial results. J Clin Oncol 2002 ; 20 : 2812-23.

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