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Reconnaissance des cancers professionnels : revue des méthodes existantes et perspectives


Bulletin du Cancer. Volume 92, Numéro 9, 799-807, Septembre 2005, synthèse


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Stéphanie Vandentorren, L Rachid Salmi, Patrick Brochard , Laboratoire Santé Travail Environnement (EA3672, IFR99 Santé Publique), Université Victor Segalen Bordeaux 2, 146, rue Léo-Saignat, 33076 Bordeaux Cedex, Institut de veille sanitaire, Service d’information médicale, Centre hospitalier universitaire, Bordeaux, Service de pathologie professionnelle, centre hospitalier universitaire, Bordeaux.

Résumé : Les facteurs de risques professionnels représentent une part non négligeable des cancers. Parallèlement à l’approche épidémiologique (collective), la notion de cancer professionnel est souvent liée (à l’échelon individuel) à la réparation des maladies professionnelles. Pour donner lieu à une indemnisation, l’origine professionnelle d’une exposition doit être établie pour un cancer donné. Quelle que soit la méthode employée pour reconnaître cette origine professionnelle, la démarche intellectuelle est celle d’une imputabilité. L’objectif de ce travail est de synthétiser et de décrire les grands principes de reconnaissance des cancers d’origine professionnelle, de discuter les limites des méthodes actuelles et d’envisager les recherches qu’il faudrait développer pour améliorer ces méthodes. En France, dans le régime général de la sécurité sociale, la reconnaissance de l’origine professionnelle d’un cancer repose sur les tableaux des maladies professionnelles, fondés sur la présomption de causalité et, pour tous les cas où la présomption de causalité ne peut s’appliquer, sur l’analyse du dossier par un expert dans le cadre de comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles. Les tableaux contiennent les conditions médicales, techniques et administratives, nécessaires et suffisantes pour qu’une maladie soit reconnue comme professionnelle et indemnisée \; il s’agit d’un système de reconnaissance automatique. Pour les cas ne reposant pas sur cette présomption d’origine, un comité régional d’experts analyse le lien de causalité entre l’exposition professionnelle et le cancer, démarche qui manque de reproductibilité et de formalisation. Ces méthodes ne permettent pas de quantification en termes de probabilité et ne prennent pas toujours en compte le poids des facteurs associés. La fiabilité et la validité de l’expertise pourraient toutefois être renforcées par l’organisation de groupes d’experts avec utilisation de techniques formelles de consensus. Ce processus devrait aboutir idéalement à la création d’un algorithme décisionnel qui guiderait l’utilisateur vers la décision d’imputer ou non le cancer à l’exposition professionnelle. Cette formalisation serait adaptée à l’élaboration de nouveaux tableaux. Le raisonnement d’imputabilité serait toutefois mieux représenté par les méthodes probabilistes fondées sur l’utilisation du théorème de Bayes. L’application de ces méthodes aux cancers professionnels est prometteuse mais reste limitée par le manque de données épidémiologiques. L’obtention de ces données et la diffusion de ces méthodes devraient être des priorités de recherche et de développement dans le domaine du cancer.

Mots-clés : cancer professionnel, reconnaissance, présomption de causalité, imputabilité, algorithmes, méthodes probabilistes

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Stéphanie Vandentorren1,2, L Rachid Salmi1,3, Patrick Brochard4

1Laboratoire Santé Travail Environnement (EA3672, IFR99 Santé Publique), Université Victor Segalen Bordeaux 2, 146, rue Léo-Saignat, 33076 Bordeaux Cedex
2Institut de veille sanitaire
3Service d’information médicale, Centre hospitalier universitaire, Bordeaux
4Service de pathologie professionnelle, centre hospitalier universitaire, Bordeaux

Article reçu le 16 Decembre 2004, accepté le 30 Mai 2005

De nombreux facteurs de l’environnement professionnel sont reconnus comme des cancérigènes humains par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) [1]. Cependant en France, seule une faible partie des cancers d’origine professionnelle est effectivement indemnisée à ce titre [2]. Dans le milieu du travail, toute exposition à un cancérogène est anormale et un préjudice peut donc ouvrir droit à réparation si l’exposition en cause est liée à l’activité professionnelle. La réparation sera alors proportionnelle au préjudice. Le préjudice est fonction de la relation entre l’exposition et l’effet délétère qui est observé, compte tenu des autres causes susceptibles d’aboutir au même effet observé. Pour donner lieu à une indemnisation, le caractère professionnel de l’origine du cancer doit cependant être reconnu.Quelle que soit la méthode employée pour reconnaître cette origine professionnelle, la démarche intellectuelle est celle d’une imputabilité. Les professionnels dans le domaine du cancer sont peut-être plus familiers avec la notion de causalité qui analyse un lien causal entre un agent cancérogène et un type de cancer au niveau de la population. Le plus souvent, l’origine professionnelle d’une affection est suspectée après la survenue rapprochée de plusieurs cas. La confirmation du lien de causalité nécessite alors des études expérimentales et épidémiologiques qui permettent de démontrer, chez l’homme, une association significative entre l’exposition professionnelle et le cancer, puis une relation causale respectant les critères de Hill [3]. L’imputabilité est une démarche qui consiste à analyser, au niveau individuel, la relation causale entre une exposition professionnelle et la survenue d’un cas de cancer. Cette démarche, qui concerne donc un individu donné, est plus familière aux médecins de sécurité sociale et aux médecins du travail. La question posée lors d’une démarche d’imputabilité est la suivante : « Devant un patient ayant un cancer et dont on a la notion d’une exposition professionnelle à un produit, peut-on affirmer que ce produit est ou n’est pas la cause essentielle du cancer ? »L’imputabilité fait l’objet d’un débat, notamment dans le domaine des maladies professionnelles où elle est au centre d’une forte revendication sociale. En effet, la notion d’imputabilité est un terme qui recouvre des dimensions non seulement scientifiques mais aussi sociales et juridiques. Les systèmes existants de reconnaissance du caractère professionnel d’une maladie présentent des limites importantes, car ils ne prennent pas toujours en compte la complexité de la réalité. Idéalement, les questions d’imputabilité devraient s’appuyer sur l’ensemble des éléments médicaux, scientifiques et techniques disponibles. Compte tenu de la diversité des expositions professionnelles, de leurs éventuelles survenues concomitantes et de leur intrication avec des facteurs environnementaux ou avec les habitudes de vie, la démarche est difficile. Cette difficulté est particulièrement marquée pour les cancers, compte tenu de la latence, de la durée des expositions, de la variabilité de l’exposition dans le temps et du caractère multifactoriel de la maladie.L’objectif de ce travail est de décrire les grands principes de reconnaissance des cancers d’origine professionnelle et de discuter les limites des méthodes actuelles pour mettre en perspectives les recherches qu’il faudrait développer pour améliorer ces méthodes.

Méthodes d’imputabilité existantes

Tableaux de maladies professionnelles

Un cancer est dit professionnel s’il est la conséquence directe de l’exposition d’un travailleur à un risque physique, chimique, biologique ou résulte des conditions dans lesquelles il exerce ou a exercé son activité. Il s’agit d’un cancer qui, vraisemblablement, ne se serait pas produit si la personne n’avait pas exercé son métier [4]. Cette définition n’est toutefois pas suffisamment précise et la preuve du lien entre le cancer et l’activité professionnelle est difficile à établir. Le terme de « maladie professionnelle indemnisable » présente l’avantage d’une définition plus opérationnelle : il s’agit d’une maladie, le cancer, reconnue comme maladie professionnelle par un régime de couverture sociale. Le système de réparation des maladies professionnelles a été mis en place en France par la loi du 25 octobre 1919. La législation de la sécurité sociale a ainsi défini des « tableaux de maladies professionnelles » qui contiennent les conditions médicales, techniques et administratives nécessaires et suffisantes pour qu’une maladie soit reconnue comme professionnelle et réparée au même titre qu’un accident du travail [5].

Ce système de reconnaissance de l’origine professionnelle d’une maladie est donc un système de reconnaissance automatique. Il repose sur le principe de présomption d’origine, pour les maladies limitativement définies par ces tableaux annexés au Code de la sécurité sociale. Ainsi, tout cancer qui répond aux conditions médicales, professionnelles et administratives mentionnées dans ces tableaux est automatiquement « présumé » d’origine professionnelle, sans qu’il soit nécessaire d’en faire la preuve. Une expertise technique est diligentée par les services administratifs de la Caisse pour prouver l’exposition habituelle à l’agent cancérigène. Le caractère primitif du cancer est habituellement exigé. Un mésothéliome, un angiosarcome du foie ou un adénocarcinome de l’ethmoïde, a priori rares en dehors d’un contexte d’exposition professionnelle [6], sont ainsi reconnus comme des cancers indemnisables si la sécurité sociale retrouve une exposition dans le cursus professionnel.

Les tableaux sont créés et peuvent être révisés et complétés par des décrets en Conseil d’État après avis du Conseil supérieur de la prévention des risques professionnels, au fur et à mesure de l’évolution des techniques et des progrès des connaissances médicales. L’examen des dossiers est mené par le médecin-conseil de la caisse d’assurance-maladie (au sujet de la maladie) et par la caisse (au sujet de l’exposition à la nuisance). Par exemple, un employé présentant un cancer de la vessie et qui a manipulé des amines aromatiques moins de 30 ans avant que sa maladie soit constatée aura droit légalement à être indemnisé en maladie professionnelle. Il bénéficiera de la présomption d’origine sans avoir à fournir de preuve sur le caractère prépondérant de son exposition professionnelle par rapport à d’autres facteurs de risque de la survenue du cancer, comme le tabagisme par exemple.

Les premiers tableaux ont été créés en 1919. Actuellement figurent plus d’une centaine de tableaux classés par ordre chronologique. Chaque tableau (tableau 1( Tableau 1 )) a un titre faisant mention de la nuisance (ou risque) et précise le mécanisme à l’origine de la maladie [7]. Dix-sept tableaux font état de la prise en charge des cancers de localisations diverses ou de types histologiques différents. La majorité se rapporte à l’appareil respiratoire (tableau 2( Tableau 2 )).

Les principes sont globalement communs aux systèmes de réparation des pays européens, mais il existe des disparités au niveau des conditions de reconnaissance [8]. Ainsi, presque tous les pays ont admis une présomption d’imputabilité générale, sauf l’Allemagne où le fondement juridique est différent et la Suisse qui ne l’admet que pour les substances [8]. La présomption d’imputabilité dont bénéficie le malade pour une maladie inscrite dans une liste intervient toutefois plus ou moins fortement dans l’instruction des demandes selon les pays. Ainsi, en Belgique, la présomption est irréfragable, il n’existe ni délai de prise en charge, ni niveau d’exposition ; les listes ne sont pas limitatives à des travaux ou à des maladies, mais sont une énumération d’agents chimiques et physiques et de quelques maladies nommément désignées. La majorité des pays européens (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, Grèce, Italie, Luxembourg, Portugal et Suisse) utilisent une liste de maladies professionnelles, sauf la France, qui possède un système de tableaux, et la Suède, qui a un système ouvert généralisé. Le système ouvert octroie le droit à réparation pour une maladie qui, ne figurant pas sur une liste officielle, trouve sa cause déterminante et directe dans l’exercice de la profession. Le nombre de rubriques (comprenant les substances et les affections) dans les listes varie de 50 en Autriche à 139 en Belgique.

Les disparités des conditions de reconnaissance découlent principalement de listes de maladies professionnelles qui n’ont pas le même contenu. Un cancer peut donc être considéré comme une maladie professionnelle dans un pays et ne pas l’être dans un autre ou être soumis à des conditions restrictives variant d’un pays à l’autre. L’existence de la liste européenne des maladies professionnelles [9], actuellement en révision, permet de rapprocher les pays.

Le système des tableaux présente l’avantage de définir précisément une maladie indemnisable à partir de tableaux fondés sur les connaissances médicales et scientifiques. Ce système limite toutefois le nombre de cancers dont l’origine professionnelle est présumée, du fait du nombre limité de tableaux existants. Or, les connaissances sur les maladies professionnelles ont beaucoup progressé depuis la promulgation des premiers tableaux de réparation. Certains cancers, dont la relation avec le travail est établie, ne figurent pas sur les tableaux de maladies professionnelles ou y figurent dans des conditions très restrictives. Certains cancérogènes avérés, classés en liste 1 par le CIRC, ne font pas l’objet d’un tableau de maladie professionnelle en France : il en est ainsi du cadmium, du béryllium, de la gazéification du charbon, de l’industrie du caoutchouc, du cuir, pour lesquels les tableaux de maladies professionnelles ne mentionnent pas de cancer [9]. La liste des professions et des tâches est très limitative, alors que les études épidémiologiques ont pu démontrer un excès de cancers dans de nombreuses autres activités que celles mentionnées dans les tableaux [10]. La notion de délai de prise en charge n’est pas toujours adaptée à la maladie du cancer. De plus, pour un site de cancer donné, les différences dans les délais de prise en charge en fonction des agents étiologiques peuvent paraître incohérentes.

De plus, les mécanismes physiopathogéniques du cancer ne sont pas pris en compte dans les notions administratives du caractère habituel de l’exposition et de sa durée minimale. Le caractère habituel de l’exposition ne peut pas se superposer à celui de dose progressivement cumulée et la durée d’exposition minimale requise devrait tenir compte d’un seuil d’exposition cumulée (intensité forte et durée courte ou intensité faible et durée longue). Enfin, le poids des facteurs associés et l’interaction entre les substances ne sont pas non plus pris en compte.
Tableau 1 Différents éléments à fournir pour constituer une demande d’indemnisation de cancer professionnel pour un tableau et pour un dossier d’expertise

Tableau

Dossier d’expertise

  • Documentation d’un tableau clinique apparaissant dans la liste limitative de symptômes, lésions pathologiques ou de maladies (type histologique et localisation)
  • Selon le tableau : positivité d’examens complémentaires


Demande de reconnaissance signée par le patient

Documentation d’un délai entre la cessation de l’exposition au risque et la première constatation médicale de la maladie compatible avec les exigences du tableau (plusieurs dizaines d’années pour certains cancers)

Certificat médical rempli par le médecin du patient

  • Documentation des travaux exécutés par le salarié compatible avec la liste (limitative ou indicative) :
  • si la liste est limitative, seuls les salariés effectuant l’un des travaux mentionnés ont droit à réparation au titre des maladies professionnelles
  • si la liste est indicative, un salarié exposé au risque mentionné au titre du tableau peut être reconnu, même si son activité professionnelle ne figure pas dans cette liste


Avis motivé du médecin du travail portant sur la maladie et la réalité de l’exposition au risque professionnel

Rapport circonstancié de l’employeur décrivant le poste de travail occupé

Résultats des enquêtes conduites par les caisses

Rapport établi par le contrôle médical de la CPAM avec le taux d’IPP fixé par le médecin conseil


Tableau 2 Cancers figurant dans les tableaux de reconnaissance de maladies professionnelles du régime général

Organe cible

Maladie provoquée et exposition

Cancers broncho-pulmonaires et pleuraux

30bis

Cancer bronchopulmonaire provoqué par l’inhalation de poussières d’amiante

10bis

Affections respiratoires provoquées par l’acide chromique, les chromates et bichromates alcalins

10ter

Affections cancéreuses causées par l’acide chromique et les chromates et bichromates alcalins ou alcalinoterreux ainsi que par le chromate de zinc

16bis

Affections cancéreuses provoquées par les goudrons de houille, les huiles de houille, les brais de houille et les suies de combustion du charbon

37ter

Cancers provoqués par les opérations de grillage des mattes de nickel (cancer bronchique primitif)

44bis

Affections cancéreuses consécutives à l’inhalation de poussières ou de fumées d’oxyde de fer

70ter

Affections cancéreuses bronchopulmonaires primitives causées par l’inhalation de poussières de cobalt associées au carbure de tungstène avant frittage

6

Affections provoquées par les rayonnements ionisants

25A

Affections consécutives à l’inhalation de poussières minérales renfermant de la silice cristalline, des silicates cristallins, du graphite ou de la houille

20bis

Cancer bronchique primitif provoqué par l’inhalation de poussières ou de vapeurs arsenicales

20ter

Cancer bronchique primitif provoqué par l’inhalation de poussières ou de vapeurs renfermant des arsenopyrites aurifères

30C

Affections professionnelles consécutives à l’inhalation de poussières d’amiante (dégénérescence maligne)

81

Affections malignes provoquées par le bis (chlorométhyle) éther

30D

Affections professionnelles consécutives à l’inhalation de poussières d’amiante (mésothéliome et autres tumeurs pleurales)

Cancers cutanés

20D

Affections professionnelles provoquées par l’arsenic et ses composés minéraux

36bis

Affections cutanées cancéreuses provoquées par les dérivés du pétrole : extraits aromatiques, huiles minérales utilisées à haute température dans les opérations d’usinage et de traitement des métaux, suies de combustion des produits pétroliers

16bis

Affections cancéreuses provoquées par les goudrons de houille, les huiles de houille, les brais de houille et les suies de combustion du charbon

Cancers de la vessie

15ter

Lésions prolifératives de la vessie provoquées par les amines aromatiques et leurs sels et la N-nitroso-dibutylamine et ses sels

16bisC

Affections cancéreuses provoquées par les goudrons de houille, les huiles de houille, les brais de houille et les suies de combustion du charbon

Cancers osseux

6

Affections provoquées par les rayonnements ionisants (sarcome)

Cancers ORL

37ter

Cancers provoqués par les opérations de grillage des mattes de nickel (cancer primitif de l’ethmoïde et des sinus de la face)

47B

Affections professionnelles provoquées par les poussières de bois (cancers primitifs : carcinome de l’ethmoïde, des fosses nasales et des autres sinus de la face)

10ter

Affections cancéreuses causées par l’acide chromique et les chromates et bichromates alcalins ou alcalinoterreux ainsi que par le chromate de zinc (cavités nasales)

47B

Affections professionnelles provoquées par les poussières de bois (cavités nasales)

Cancers hépatiques

52

Affections provoquées par le chlorure de vinyle monomère (angiosarcome)

20D

Affections professionnelles provoquées par l’arsenic et ses composés minéraux (angiosarcome)

45II

Infections d’origine professionnelle par les virus des hépatites B et C

Tumeurs cérébrales

85

Affections engendrées par l’un ou l’autre de ces produits : N-méthyl N’nitrosoguanidine ; N-éthyl N’nitro N-nitrosoguanidine ; N-méthyl N-nitroso-urée ; N-éthyl N-nitroso-urée (glioblastome)

Mésothéliomes primitifs

30D

Affections professionnelles consécutives à l’inhalation de poussières d’amiante (localisation pleurale, péricardique ou péritonéale)

Angiosarcomes

20D

Affections professionnelles provoquées par l’arsenic et ses composés minéraux (angiosarcome du foie)

52

Affections provoquées par le chlorure de vinyle monomère

Leucémies

4

Hémopathies provoquées par le benzène et tous les produits en renfermant

6

Affections provoquées par les rayonnements ionisants

Expertise des dossiers

Depuis 1993, il existe en France un système complémentaire de reconnaissance des maladies professionnelles, qui n’est pas fondé sur le principe de présomption d’origine mais sur celui de recherche du lien de causalité. Ce système peut être mis en œuvre dans deux circonstances. Dans la première, le cancer est inscrit dans un tableau mais les conditions exactes du tableau ne sont pas remplies : délai de prise en charge dépassé, durée minimale d’exposition insuffisante ou travaux ne faisant pas partie d’une liste limitative, à condition que l’affection soit directement liée au travail (article L.461-1 alinéa 3 du Code de la sécurité sociale). Dans la seconde circonstance, le cancer n’est pas inscrit dans un tableau mais il est établi qu’il est directement et essentiellement causé par le travail et qu’il entraîne une incapacité permanente partielle (IPP) estimée à un taux au moins égal à 25 %.

Dans tous ces cas où la présomption d’origine ne peut pas être revendiquée, la reconnaissance de la maladie professionnelle a recours à l’expertise. Celle-ci repose sur la réflexion d’un groupe d’experts qui va analyser le lien de causalité entre l’exposition professionnelle et le cancer. En France, cette expertise est confiée à un Comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Ce comité est composé d’un médecin-conseil régional du régime de sécurité sociale concerné, d’un médecin inspecteur régional du travail et d’un praticien hospitalier qualifié en pathologie professionnelle. Le comité donne son avis à partir du dossier constitué par la caisse primaire d’assurance-maladie (tableau 1).

Le rapport d’expertise présente l’avantage de reconnaître des maladies qui ne sont pas présentes dans les tableaux. Cependant, l’expertise est confrontée à certaines limites. Ainsi, les critères diagnostiques évoluent avec l’amélioration des techniques pour mieux différencier les diagnostics différentiels, mais ne sont pas toujours spécifiques, même avec des prélèvements anatomiques. Ainsi, le diagnostic histologique est souvent difficile entre mésothéliome de type épithélial et métastase d’adénocarcinome, entre mésothéliome fibroblastique ou tumeur conjonctive sarcomateuse [11]. La date de début de la maladie est difficile à fixer précisément pour les cancers qui peuvent être découverts longtemps après leur début. La date de leur première constatation médicale est en effet toujours plus tardive que leur réelle date d’apparition. La dose reçue est parfois difficile à estimer : pour certains groupes professionnels, on dispose d’informations précises sur les concentrations et les durées d’exposition, ce qui permet d’estimer la dose reçue, notamment pour les mineurs, les ouvriers de production, de l’exposition aux rayonnements ionisants [12]. Mais la plupart du temps, la seule donnée disponible est la simple durée d’exposition et il est même parfois difficile de préciser rétrospectivement les dates de début et de fin d’exposition.

Il est donc primordial de recenser correctement les expositions individuelles pour la reconnaissance du caractère professionnel du cancer. Il faut également pouvoir relier au niveau des populations la dose et le risque et caractériser cette relation par des modèles mathématiques. De tels modèles n’existent à ce jour que pour l’amiante et le mésothéliome, les rayonnements ionisants et les cancers bronchiques ainsi que pour les expositions au benzène et les leucémies [13, 14]. La prise en compte de la chronologie des événements est indispensable pour affirmer un lien de causalité. Or, pour déterminer la latence, souvent longue pour le cancer, les difficultés sont multiples. Par exemple, les études épidémiologiques ne prennent souvent en compte que la date du début d’exposition et non la fin d’exposition. De plus, l’exposition n’est pas forcément continue dans le temps. Par ailleurs, la cancérogenèse a des particularités propres qui rendent complexe la variation du risque en fonction de la chronologie. Par exemple, le risque de cancer peut persister après arrêt de l’exposition pour certains cancérogènes (rayons ionisants) ou, au contraire, diminuer (tabac).

Enfin, l’expertise ne permet pas de formaliser le processus d’analyse et de synthèse des informations contenues dans un dossier et la conclusion n’est pas quantifiée en termes de probabilité de causalité. Cette méthode de l’expertise manque donc de reproductibilité et de validité [15]. Pour essayer de pallier les disparités entre les avis rendus par les différents comités régionaux, un guide a été élaboré par la direction des relations du travail et la direction de la sécurité sociale [16].

La principale difficulté à l’analyse de ces dossiers réside dans la méconnaissance de l’exposition, d’autant que pour le cancer, le temps de latence peut atteindre 40 ou 50 ans après la première exposition. Les anciennes industries ont disparu, la mémoire n’est pas toujours fiable. Les dix dernières années offrent peu d’intérêt dans la connaissance des expositions pour un cancer, sauf pour les leucémies. Des tentatives sont faites pour connaître l’exposition antérieure via des biomarqueurs, comme les corps asbestosiques marqueurs de l’exposition à l’amiante, mais actuellement aucun n’est disponible pour les cancers de la vessie ou les leucémies en l’absence de biopersistance de l’agent causal ou de ses métabolites [17]. Il serait donc souhaitable que les travailleurs bénéficient d’un carnet d’exposition professionnel. Le poids des facteurs associés et l’interaction entre les substances ne sont pas non plus pris en compte. Enfin, l’action des CRRMP n’est pas évaluée en France, ce qui permettrait pourtant de comprendre l’hétérogénéité des prises de décision d’un CRRMP à l’autre, lors d’un refus ou de la prise en charge d’un dossier. Cela permettrait aussi d’avoir des arguments supplémentaires pour modifier les tableaux et réduire le faible nombre de cancers réparés en regard du nombre d’expositions professionnelles délétères pour la santé.

Perspectives

Algorithmes décisionnels

La fiabilité et la validité de l’expertise peuvent être renforcées par l’organisation de groupes d’experts avec utilisation de techniques formelles de développement de consensus [18]. La méthode Delphi, par exemple, est une technique de consensus qui consiste à soumettre indépendamment le même dossier à plusieurs experts, puis à restituer à chaque expert un document présentant ses conclusions et celles des autres experts qui restent anonymes, et à lui demander les arguments qui lui permettent d’appuyer ses conclusions (en accord ou en désaccord avec celles des autres) et, enfin, à restituer à chaque expert une synthèse des arguments et des avis qui restent valides. À chaque stade de restitution, l’expert peut changer ou maintenir son avis. L’anonymat des synthèses permet de garantir l’indépendance des experts tout au long du processus. La méthode Dare (decision alternative rrational evaluation) ou le groupe nominal ont été proposés pour améliorer les processus d’expertise, notamment pour la création de nouveaux tableaux de maladies professionnelles [19], mais n’ont pas encore été mis en œuvre à ce jour. L’approche Dare permet ainsi de définir collectivement les critères de jugement, de choisir quels poids seront attribués à chaque critère et d’émettre un avis consensuel sur la valeur de ces critères.

Ces processus pourraient aboutir à la création d’un algorithme décisionnel. Dans le cadre d’un cancer professionnel, il faudrait définir, par exemple, quelles caractéristiques de l’exposition sont pertinentes (durée, intensité, nature), si la nature de la substance a ou non plus de poids que la durée d’exposition et fixer une durée minimale d’exposition. Il s’agirait alors d’organiser une liste de questions concernant les caractéristiques de l’individu et de son exposition, d’y intégrer la valeur de ces caractéristiques et de guider l’utilisateur vers la décision d’imputer ou non le cancer à l’exposition professionnelle. La ( figure 1 ) propose un exemple hypothétique d’un algorithme qui tiendrait compte des caractéristiques de l’exposition à l’amiante et des caractéristiques de l’individu souffrant d’un cancer du poumon pour estimer le degré de probabilité que ce cancer soit dû à l’amiante. À notre connaissance, de tels algorithmes n’existent pas dans le domaine des cancers ou d’autres maladies professionnelles.

Les principales difficultés dans l’élaboration d’un tel algorithme sont la hiérarchisation des questions qui définissent le chemin logique conduisant à la décision et à l’attribution des valeurs seuils relatives à chacune de ces questions. Les algorithmes sont déjà développés dans d’autres domaines que les maladies professionnelles en France et outre-Atlantique, comme par exemple dans la démarche diagnostique ou en pharmacovigilance. En pharmacovigilance, l’algorithme d’imputabilité est la forme que peut prendre (en partie ou totalité) un questionnaire servant d’aide à l’imputation. L’algorithme est construit à la façon d’un arbre de décision dont la réponse à une question (oui, non, sans objet) conditionne la question suivante ou la conclusion. Des scores sont ainsi attribués aux réponses terminales. Par exemple, un algorithme développé pour évaluer les effets secondaires d’un médicament [20] utilise des critères hiérarchiques pour calculer la probabilité de causalité. Ces critères se classent selon six axes : les connaissances acquises sur les expositions aux médicaments évalués, les autres expositions susceptibles d’être incriminées (causes infectieuses, autres traitements), la chronologie des événements, le niveau de la dose, l’effet de la suppression de l’exposition (dechallenge) et l’effet de la réintroduction de l’exposition (rechallenge). L’adaptation de ce type d’approche à l’imputabilité des cancers professionnels se heurte néanmoins au fait que les caractéristiques les plus convaincantes sont le dechallenge et le rechallenge qui ne sont applicables qu’aux effets réversibles et peu graves.

La définition de différents axes d’un algorithme permet d’établir un score caractérisant la relation causale entre l’exposition et l’effet. Cette méthode se développe en toxicologie professionnelle, où elle se fonde sur des critères d’exposition, de sémiologie et de chronologie. Une échelle de cotation objective de ces critères permet de juger du degré d’informativité de l’observation et, s’il est suffisant, de calculer un degré d’imputabilité [21].

L’utilisation d’algorithmes permet de réduire les divergences entre experts travaillant sur les mêmes dossiers, en diminuant la part subjective de l’analyse [22]. Les algorithmes étant organisés, ils sont donc plus reproductibles. Ils permettent une normalisation dans le recueil des informations, une standardisation de l’analyse de ces informations et une meilleure exploitation. L’algorithme consiste donc en une vérification standardisée du processus de la recherche ayant abouti à l’identification de la cause. Cette vérification permet, là où l’imputabilité est élevée, d’identifier une toxicité connue comme étant à l’origine de la maladie ; cela pourrait permettre une définition objective des cancers à caractère professionnel. Cependant, la validité des algorithmes, c’est-à-dire leur capacité à distinguer les cancers causés par l’exposition professionnelle de ceux qui ne le sont pas, peut difficilement être évaluée dans la mesure où il n’existe pas de test de référence auquel comparer les résultats de l’application de l’algorithme, même si les recherches actuellement menées pour développer des marqueurs moléculaires de l’étiologie de ces cancers offrent une perspective intéressante [23].

Méthodes probabilistes

Le développement de méthodes de calcul d’une probabilité de causalité pour les maladies professionnelles a été amorcé dans des pays anglo-saxons. Ainsi, aux États-Unis et au Royaume Uni, la reconnaissance d’une maladie professionnelle s’exprime par une probabilité de causalité, qui permet de moduler le degré d’indemnisation : une maladie est complètement indemnisée pour une probabilité de causalité supérieure ou égale à 50 %, partiellement indemnisée si la probabilité est de 20 à 49 % ; le caractère professionnel n’est pas reconnu si la probabilité est inférieure à 20 %. Cette méthode a été proposée dans le domaine des rayonnements ionisants par l’International Atomic Energy Agency (IAEA) en 1996 pour estimer la probabilité de causalité du cancer dû à cette exposition professionnelle [24]. La probabilité de causalité était définie comme la fraction du risque de la survenue du cancer qui est attribuable à l’exposition, et formulée par le ratio entre l’excès de risque relatif de cancer (fonction d’une dose de radiation, à un âge donné pour un temps d’exposition donné) sur ce même ratio plus 1.

L’application des méthodes probabilistes dans le domaine des maladies professionnelles est en cours d’élaboration. Les influences de la dose, de la spécificité, de la maladie et du temps ont été analysées comme critères d’imputabilité d’une maladie à l’exposition à une nuisance dans le département de médecine du travail au centre hospitalo-universitaire Cochin à Paris [14]. La détermination de la part de responsabilité des nuisances en cas d’expositions multiples en utilisant la notion de probabilité de causalité y est actuellement développée [25]. La comparaison des données nécessaires et du modèle utilisé par rapport à l’IAEA est présentée dans le tableau 3( Tableau 3 ). Cette approche nécessite trois étapes préalables qui sont la détermination de l’augmentation du risque en fonction de la dose de chacune des substances prises isolément, de la connaissance de l’effet conjoint des substances sur le risque et, enfin, de l’estimation pour un sujet donné du rôle respectif de chacune des substances [26].

Les techniques de raisonnement probabiliste fondées sur le théorème de Bayes reposent sur le principe du calcul d’une probabilité qu’un événement survienne si une condition est remplie. En France, le raisonnement probabiliste a été développé dans les problèmes diagnostiques et en pharmacovigilance [27]. L’application bayesienne au cas particulier des cancers professionnels fait notamment l’objet d’un programme de recherche à l’Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement de Bordeaux. Dans le cas du cancer, la formulation est celle de la valeur prédictive positive : probabilité que le cancer soit dû à une exposition professionnelle à la substance (événement), étant donné qu’il y a eu exposition à la substance (condition). Le principe de l’approche bayesienne d’imputabilité est d’introduire la notion de gain de certitude en tenant compte des caractéristiques de l’individu. La notion de gain de certitude repose sur le principe logique qu’il est plus facile de classer un individu quand on dispose d’informations sur cet individu que lorsqu’on n’en dispose pas. Il est ainsi plus facile d’imputer un cancer à l’exposition professionnelle une fois que l’on sait que l’individu a été effectivement exposé professionnellement. Le théorème de Bayes permet de formaliser cette évidence. Les principales limites des approches probabilistes sont le manque de données épidémiologiques relatives aux caractéristiques de l’individu qu’il serait nécessaire de prendre en compte ainsi que des données sur l’incidence des cancers. Les radiations sont un facteur carcinogène largement étudié mais les connaissances disponibles sont toutefois insuffisantes pour décrire avec précision la variation du risque. L’analyse probabiliste permet de prendre en compte le poids des facteurs associés sous l’hypothèse que ceux-ci soient indépendants.
Tableau 3 Comparaison des données et des modèles utilisés dans les approches probabilistes appliquées aux cancers professionnels

Modèle de l’IAEA

Démarche Paris-Cochin

(leucémie et rayonnements ionisants)

(cancer du poumon et amiante)

Données nécessaires

  • âge au moment de l’exposition
  • sexe
  • dose interne reçue
  • diagnostic
  • âge au moment du diagnostic
  • autres facteurs de risque : tabac, autres expositions…


  • durée d’exposition
  • intensité de la dose
  • relation dose-réponse


Modèle utilisé

  • calcul de l’excès de risque (ERR) selon le BEIR (biological effects of atomic radiation) [28] en fonction de la dose, de l’âge, du sexe, et du temps écoulé depuis l’exposition
  • calcul de la probability of causation (PC) en fonction du ERR


  • calcul du coefficient de la relation dose-réponse, pour l’amiante [13]


Conclusion

Les facteurs professionnels jouent un rôle non négligeable dans la survenue des cancers, puisque la part attribuable est estimée à 5 % pour les décès par cancer [28] ; plusieurs types de cancers sont concernés, avec de larges variations de la part attribuable en fonction du site de cancer. Pourtant, la définition des cancers professionnels n’est pas toujours très claire et est sans doute responsable d’une sous-déclaration importante de ce type de cancer. La sensibilisation des médecins, notamment des médecins du travail et des cancérologues à cette problématique, est donc primordiale pour améliorer la fréquence des déclarations afin de mieux évaluer l’ampleur de ces facteurs de risque.

Une bonne information statistique et une surveillance épidémiologique des cancers professionnels s’avèrent des outils indispensables pour améliorer la connaissance des risques professionnels dans la population. Malheureusement, une telle approche, bien qu’ayant montré son efficacité dans les pays scandinaves [29], n’est pas suffisamment développée en France. L’amélioration des systèmes d’information existants est donc un pré-requis nécessaire pour obtenir des données fiables et pertinentes sur les cancers professionnels, notamment sur la fréquence et la répartition des expositions professionnelles concernées.

Les méthodes existantes d’imputabilité des cancers à des facteurs professionnels, tableaux ou expertise, présentent des limites à prendre en compte pour faire évoluer le système d’indemnisation. En effet, ces démarches potentiellement subjectives ne permettent pas de quantifier le problème en termes de probabilités. En outre, elles ne prennent pas en compte le poids des facteurs associés. La fiabilité et la validité des expertises pourraient être améliorées par l’utilisation de méthodes formelles de développement de consensus, comme la méthode Delphi. Ce travail permettrait ainsi de développer un algorithme décisionnel qui organiserait de façon hiérarchique les questions — concernant les caractéristiques de l’individu et son exposition — afin de guider l’utilisateur vers la décision d’imputer ou non le cancer à l’exposition. Enfin, le raisonnement d’imputabilité serait fidèlement représenté par le raisonnement probabiliste fondé sur le théorème de Bayes. L’adaptation de cette méthode aux cancers professionnels demeure une piste de recherche séduisante et prometteuse à développer et à valider dans ce domaine.

Remerciements

Ce travail entre dans le cadre d’une recherche sur l’imputabilité des cancers professionnels, pour laquelle les auteurs ont bénéficié d’une subvention de l’Association de recherche sur le cancer (no ARC 5120).

Références

1 International Agency for Research on Cancer. Monographs on the evaluation of carcinogenic risks to humans. Vol 1 to 88. Lyon : IARC, 1972-2005.

2 Pairon JC, Brochard P, Le Bourgeois JP, Ruffié P, editors. Les cancers professionnels Tome I. Paris : Margaux Orange, 2000.

3 Hill AB. The environment and disease : association or causation? Proc R Soc Med 1965 ; 58 : 295-300.

4 Leclercq J, Mazel P. La main d’œuvre après la guerre. Paris : Larousse, 1916.

5 Choudat D, Goulfier C, Limido G. Prevention, reconnaissance et indemnisation des maladies professionnelles en France. Encycl Med Chir Toxicologie-pathologie professionnelle. Paris : Elsevier, 1998, 16-730-A-10.

6 Doll R, Peto J. The causes of cancer. Quantitative estimates of avoidable risk of cancer in the United States today. J Natl Cancer Inst 1981 ; 66 : 1191-308.

7 Abadia G, Chapouthier A, Delemotte B, Delepine A, Guillemy N, Leprince A. Les maladies professionnelles. Guide d’accès aux tableaux du régime général et du régime agricole. Paris : INRS, 2004.

8 De Brucq D. Une vaste enquête : les maladies professionnelles en Europe, déclaration, reconnaissance et indemnisation. Revue Belge de Sécurité Sociale 2001 ; 2 : 367-86.

9 Recommandation de la Commission, du 22 mai 1990, concernant l’adoption d’une liste européenne des maladies professionnelles. Journal officiel 1990 : 39-48 ; (n° L. 160, 26 juin).

10 Imbernon E. Estimation du nombre de cas de certains cancers attribuables à des facteurs professionnels en France. Saint-Maurice : INVS, 2003.

11 Mossman BT, Gee JBL. Asbestos-related disease. N Engl J Med 1989 ; 320 : 1721-30.

12 IARC study group on cancer risk among nuclear industry workers. Direct estimates of cancer mortality due to low doses of ionizing radiation : an international study. Lancet 1994 ; 344 : 1039-43.

13 Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale. Effets sur la santé des principaux types d’expositions à l’amiante [Expertise collective]. Paris : Inserm, 1997.

14 Choudat D. Critères de reconnaissance des maladies professionnelles. Arch Mal Prof 2000 ; 61 : 223-36.

15 Streiner DL, Norman GR. Health measurement scales. A practical guide to their development and use. Third Edition. Oxford : Oxford Medical Publications, 2003.

16 Note du 17 février 1994. Bulletin officiel du ministère du Travail n° 94/5, 20 mars 1994.

17 Toniolo P, Boffetta P, Shuker DEG, Rothman N, Hulka B, Pearce N. Application of biomarkers in cancer epidemiology. IARC Sci Publ 1997 : 143-57.

18 Fink A, Kossekoff J, Chassin M, Brook R. Consensus methods : characteristics and guidelines for use. Am J Public Health 1984 ; 74 : 979-83.

19 Salmi LR, Mathoulin-Pellisier S, Baldi I. Démarche d’imputabilité des cancers à des expositions professionnelles. In : Pairon JC, Brochard P, Le Bourgeois JP, Ruffié P, eds. Les cancers professionnels. Tome 1. Paris : Margaux Orange, 2000 : 349-58.

20 Kramer M, Leventhal J, Hutchinson T, Feinstein A. An algorithm for the operational assessment of adverse drug reactions. JAMA 1979 ; 242 : 623-38.

21 Evreux JC, Prost G, Descotes J, Bergeret A. Méthode d’évaluation du diagnostic en toxicologie professionnelle. Arch Mal Prof 1986 ; 47 : 221-8.

22 Hutchinson T, Leventhal J, Kramer M, Feinstein A. An algorithm for the operational assessment of adverse drug reactions. II. Demonstration of reproductibility and validity. JAMA 1979 ; 242 : 633-8.

23 Pairon JC, Matrat M, Brochard P. Actualités sur les cancers professionnels. Bull Cancer 2002 ; 89 : 283-92.

24 Monchaux G. Methods for estimating the probability of cancer from occupational radiation exposure. Vienne : IAEA, 1996 ; (IAEA-Techdoc-870).

25 Choudat D. Risque, fraction étiologique et probabilité de causalité en cas d’expositions multiples. I. L’approche théorique. Arch Mal Prof 2003 ; 64 : 129-40.

26 Choudat D. Risque, fraction étiologique et probabilité de causalité en cas d’expositions multiples. II. Les tentatives d’application. Arch Mal Prof 2003 ; 64 : 363-74.

27 Lane D. The Bayesian approach to causality assessment : an introduction. Drug Inform J 1986 ; 20 : 455-61.

28 Harvard Report on Cancer Prevention. Volume I : Causes of human cancer. Cancer Causes Control 1996 ; 7 : S3-S59.

29 Olsen JH, Jensen OM. Occupation and cancer risk in Denmark. An analysis of 93,810 cancer cases, 1970-1979. Scand J Work Environ Health 1987 ; 13(suppl. 1) : 1-91.


 

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