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Récidives locorégionales des cancers du col et du corps utérin : place de la chirurgie


Bulletin du Cancer. Volume 92, Numéro 9, 782-8, Septembre 2005, synthèse


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Gilles Houvenaeghel, Max Buttarelli, Émilie Grégoire, Vincent Moutardier , Institut Paoli-Calmettes, département de chirurgie oncologique, 232, bd Sainte-Marguerite, Marseille Cedex 9.

Résumé : Les récidives locorégionales des cancers du col utérin sont fréquemment plus étendues que les récidives des cancers de l’endomètre qui sont en majorité localisées au dôme vaginal. La place de la chirurgie est donc plus importante dans les cas de récidives de cancer du col, d’autant qu’il s’agit souvent de la seule thérapeutique possible à prétention curative. Cependant, lorsqu’une exérèse est indiquée, il s’agit le plus souvent d’une exentération pelvienne, après un bilan locorégional et d’extension à distance, similaire pour les deux étiologies et faisant appel aux mêmes techniques de reconstruction pelvienne. Les résultats en termes de mortalité et de morbidité postopératoires et en termes de survie ont été analysés en proposant des indications chirurgicales et de stratégie thérapeutique en fonction du type de récidive, de leur taille et de leur localisation et en fonction des thérapeutiques initiales.

Mots-clés : récidive, cancer du col, cancer de l’endomètre, chirurgie

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Gilles Houvenaeghel, Max Buttarelli, Émilie Grégoire, Vincent Moutardier

Institut Paoli-Calmettes, département de chirurgie oncologique, 232, bd Sainte-Marguerite, Marseille Cedex 9

Article reçu le 4 Janvier 2005, accepté le 31 Mai 2005

Le traitement initial des cancers du col utérin et du corps s’est progressivement amélioré au fil des années. Le diagnostic est le plus souvent réalisé à des stades de début pour les cancers de l’endomètre (85 % de stades I) et grâce au dépistage pour les cancers du col utérin (stades IA, IB1 et IIA de petit volume). Néanmoins, des récidives locorégionales sans métastase peuvent survenir et la chirurgie de rattrapage reste souvent la seule option thérapeutique à visée curative, en fonction des traitements initiaux réalisés. Le type de chirurgie proposé, lorsqu’elle est réalisable, comporte le plus souvent des exérèses larges à type d’exentération pelvienne.Le but de ce travail est de réaliser une synthèse des résultats et des indications de cette chirurgie majeure.

Fréquence des récidives locorégionales

Les récidives locorégionales des cancers du col utérin s’observent dans 6 à 50 % des cas, en fonction des séries, du stade initial et des traitements réalisés. Après traitement de radiothérapie exclusive, ces taux ont été de 75 à 80 % pour les stades IVA, de 22 à 40 % pour les stades IIIB, de 20 à 30 % pour les stades IIB, de 23 à 40 % pour les stades IB2 ou IIA de gros volume [1, 2]. Les progrès thérapeutiques ont cependant permis de diminuer le taux d’échec pelvien, en particulier pour les stades localement avancés, grâce à la radiochimiothérapie : 19 % (versus 20 %) avec un suivi médian de 35 mois [3], 24,9 % (versus 30,4 %) avec un suivi médian des patientes vivantes de 8,7 ans [4], 17 % (versus 34,9 %) avec un suivi médian des patientes vivantes de 6,6 ans [5] et 8,7 % (versus 20,9 %) avec un suivi médian de 36 mois de patientes de stade IB avec une hystérectomie en fin de traitement [6]. Dans notre expérience de radiochimiothérapie concomitante et de résection chirurgicale pour des cancers localement avancés (stades IVA, III, IIB, IIA de gros volume et IB2), ces taux ont été de 5,9 % (6/102) et respectivement de 7,1 % (1/14), 5,3 % (1/19), 8,7 % (4/46) et 0 % (0/23) pour les stades IVA, III, IIB et IB2.

Les récidives locorégionales des cancers du col à un stade de début traités par curiethérapie utérovaginale et résection chirurgicale sont survenues dans 3,1 % des cas (6/192) de manière isolée et 3 fois associées à une évolution métastatique avec un taux global de 4,6 % (9/192) [7]. Ces taux de récidive étaient de 0 % (0/28) pour les stades IA2, de 3,5 % (5/144) pour les stades IB1 (2 récidives centropelviennes et 3 récidives ganglionnaires iliaques), de 5 % (1 récidive latéropelvienne sur 20) pour les stades IIA.

Les récidives locorégionales des cancers du col utérin surviennent dans les deux tiers des cas dans les 2 ans après la fin du traitement initial et dans 90 % des cas dans les 3 ans.

Les cancers de l’endomètre, souvent diagnostiqués à un stade de début, sont de bon pronostic. Les récidives locales, en majorité vaginales, s’observent dans 4 à 15 % des cas, en fonction du stade initial et du traitement initial [8].

Diagnostic et bilan des récidives locorégionales

Mode de diagnostic

Les récidives locorégionales sont le plus souvent diagnostiquées devant l’apparition de symptômes cliniques (87 %) [9] : saignements, œdème ou phlébite ou thrombose veineuse des membres inférieurs, douleur pelvienne, urétérohydronéphrose (64 % dans notre expérience). Les examens cliniques et paracliniques systématiques (IRM ou TDM et marqueurs tumoraux) permettent de détecter des récidives asymptomatiques. La confirmation histologique de la récidive n’est pas obtenue dans tous les cas (environ 70 %), du fait de biopsies parfois négatives ou non réalisables. Une tomographie à émission de positons (TEP) couplée à des images de tomodensitométrie permet de diagnostiquer une récidive asymptomatique avec une bonne sensibilité (80 à 90 %) et une spécificité de 76 % [10].

Bilan d’extension à distance

L’objectif de ce bilan est de préciser les récidives pelviennes isolées, sans métastases : 55 % des récidives pelviennes rapportées par Eifel et al. [5]. Ce bilan comporte habituellement une tomodensitométrie abdominopelvienne et thoracique ainsi qu’une scintigraphie osseuse. La réalisation d’une TEP permet, là également, de détecter des localisations métastatiques avec une bonne sensibilité et de modifier la stratégie thérapeutique une fois sur deux [11]. Bien sûr, la présence d’une adénopathie sus-claviculaire doit faire l’objet d’une confirmation histologique de son envahissement et, pour certains, une biopsie systématique préscalénique pour les récidives de cancer du col est envisagée.

Bilan locorégional

L’objectif de ce bilan est de déterminer la réséquabilité a priori de la récidive et l’importance de l’exérèse en fonction de l’extension locale. Un examen sous anesthésie générale apparaît indispensable et pourra être complété dans le même temps avec des échographies endocavitaires qui permettent d’apprécier de manière fiable l’extension aux organes adjacents et aux cloisons, ainsi que la taille de la récidive dans les trois axes [12]. L’IRM pelvienne reste pour la plupart l’examen de référence.

Stratégie thérapeutique en fonction des traitements initiaux

La réalisation d’une curiethérapie, d’une radiothérapie éventuellement combinée à une chimiothérapie, d’une exérèse chirurgicale lors du traitement initial conditionne la stratégie thérapeutique qui peut être envisagée. Lorsqu’une irradiation exclusive éventuellement associée à une chimiothérapie a été réalisée initialement, la seule thérapeutique à visée curative réalisable est une exérèse chirurgicale. Une réirradiation est en effet rarement possible, du fait du risque très élevé de complications. En cas de curiethérapie et/ou d’exérèse chirurgicale initiale, une radiothérapie ou une radiochimiothérapie doit être envisagée et discutée avant la proposition de résection chirurgicale. Les récidives locales vaginales des cancers de l’endomètre sont le plus fréquemment traitées par curiethérapie si celle-ci n’a pas été réalisée initialement et/ou par radiothérapie externe.

Type d’exérèse et indications

La résection chirurgicale des récidives des cancers du col et de l’endomètre nécessite le plus souvent une exentération pelvienne (82 % dans notre expérience de résection à visée curative de récidive de cancer du col). Le premier temps opératoire comporte une exploration abdominale complète qui peut aboutir à une contre-indication d’exérèse, en particulier s’il existe une carcinose : les taux d’une telle contre-indication peropératoire à une exentération pelvienne ont été rapportés jusqu’à 40, voire 63 % [9], sachant qu’avec les progrès actuels d’imagerie ces taux sont maintenant plus faibles. Le type d’exentération pelvienne se définit, d’une part, par l’exérèse viscérale nécessaire avec les exentérations antérieures, postérieures et totales comportant systématiquement une cellulectomie jusqu’aux parois pelviennes et, d’autre part, par l’exérèse en hauteur comportant une colpectomie partielle ou totale et l’exérèse ou la conservation du plancher des releveurs de l’anus (type I ou II) [13]. Une exentération de type III comportant une exérèse vulvovaginale et périnéale postérieure est plus rarement nécessaire dans ces indications.

Une résection plus conservatrice (colpectomie, colpohystérectomie, résection latéropelvienne unilatérale) est plus rarement possible.

L’extension latéropelvienne de ces récidives, uni ou bilatérale, représente un facteur limitatif majeur des possibilités de résection en marges saines (R0), en particulier lorsqu’il existe une fixation latérale clinique de la récidive. C’est dans ces cas que la résection pourra être considérée comme insuffisante du fait des constatations peropératoires (R2) ou du fait de marges insuffisantes sur les résultats anatomopathologiques définitifs (R1). Un élargissement de l’exérèse peut être envisagé et prévu, pour ces récidives avec extension latéropelvienne, nécessitant une dissection des racines sacrées, une résection musculoaponévrotique latéropelvienne et parfois une résection vasculaire. La réalisation d’un pontage vasculaire s’impose en cas de résection artérielle, ce qui est exceptionnel, et en cas de résection veineuse dans les cas où il n’existait pas de thrombose au préalable. L’amélioration du contrôle local peut être obtenue en complétant l’exérèse par une radiothérapie peropératoire ou par une curiethérapie à haut ou bas débit de dose, soit en peropératoire, soit en postopératoire précoce à travers les guides vecteurs laissés en place [14-17]. Il est cependant reconnu que l’importance du résidu, macroscopique (R2) ou microscopique (R1), a un impact majeur sur les possibilités de contrôle local de la maladie et sur la survie [14]. De ce fait, la présence d’une symptomatologie de sciatalgie, de thrombose veineuse iliaque par un envahissement latéral avec un œdème du membre inférieur, représente une contre-indication classique à ce type d’exérèse à visée curative, d’autant plus que ces symptômes sont associés. Le taux de réséquabilité et le taux de résections curatives (R0) sont donc étroitement liés aux indications et contre-indications retenues par les différentes équipes : 10 à 20 % de taux de résection pour Hogan et al. [18], 34 % de résection non in sano dans notre expérience où les seules contre-indications absolues ont été la présence d’une carcinose et/ou de métastases.

Les indications doivent également tenir compte du bilan général anesthésique d’opérabilité et de l’acceptation de ce type de chirurgie avec ses conséquences fonctionnelles et psychosociales.

La réalisation d’exentération palliative, en cas de fistule(s), de nécrose tumorale souvent purulente, d’hémorragie, garde quelques indications qui doivent être discutées au cas par cas, avec pour objectif principal l’amélioration du confort de survie.

Reconstructions

Depuis 15 à 20 ans, la réalisation et la mise au point de techniques de reconstruction se sont développées. Ces procédés de reconstruction digestive, urinaire, vaginale et de comblement pelvien sont de plus en plus souvent associés à ces exérèses majeures afin de diminuer la morbidité postopératoire immédiate ou secondaire et d’améliorer le confort de survie, les conséquences fonctionnelles et la qualité de vie globale.

Après exentération postérieure ou totale, lorsque l’exérèse a pu être supralévatorienne, ce qui est le cas le plus fréquent (83,7 % dans notre expérience), une anastomose colorectale basse peut être confectionnée (84 % des exentérations pour cancer du col et 100 % des exentérations pour cancer de l’endomètre) [19]. Une dérivation digestive en amont, durant le temps de cicatrisation, sera d’autant plus souvent indiquée qu’une radiothérapie pelvienne a été réalisée auparavant (64 % dans notre expérience). Cependant, du fait du risque de fistule anastomotique et donc de complication pelvienne sceptique, tous les auteurs ne sont pas unanimes pour indiquer ce type de remise en circuit digestive lorsqu’une radiothérapie a été réalisée auparavant. Le taux de fistules anastomotiques a été de 24 % (10/42) après exentération pour cancer du col utérin et de 31,5 % (6/19) après exentération des cancers gynécologiques d’autres étiologies (exclus les cancers de l’ovaire). Le taux de fistule est significativement plus élevé en cas d’irradiation préalable (14/39 : 36 % versus 3/50 : 6 %, p < 0,05) [19]. Des constatations similaires ont récemment été rapportées par Mirhashemi et al. [20] : 13 lâchages ou fistules anastomotiques après radiothérapie (13/37 : 35 %) et 2 en l’absence de radiothérapie (2/40 : 5 %). Le taux d’anastomoses fonctionnelles après exentération pelvienne pour cancer gynécologique rapporté dans la littérature, avec au moins 11 cas, était en moyenne de 68 % (184/271) avec des extrêmes de 46 à 100 % [19-25]. Cependant, ces taux varient de manière importante en fonction de la réalisation ou non d’une radiothérapie préalable : 61,5 % (24/39) après une radiothérapie préalable et 80 % (40/50) en l’absence d’irradiation (p = 0,05) [19].

Après exentération antérieure ou totale, une dérivation urinaire doit être confectionnée. Actuellement, il est possible de proposer une dérivation urinaire continente, en réalisant un réservoir à grande capacité avec une faible pression dans lequel les uretères sont réimplantés en confectionnant un système anti-reflux protégeant le haut appareil urinaire ; la vidange de ce réservoir est assurée par un auto-sondage environ toutes les 4 heures. Différents procédés ont été décrits : les techniques des poches continentes d’Indiana et de Miami sont les plus fréquemment utilisées ces dernières années [26-29]. En 1994, Penalver et al. [29] rapportaient leur expérience de la poche de Miami chez 39 patientes après exentération pelvienne dont 37 avaient été irradiées : 93 % (28/30) des patientes avaient une continence satisfaisante. Dans leur expérience plus récente [30], 77 poches de Miami ont été réalisées, 72 fois (93,5 %) après radiothérapie : les complications urinaires les plus fréquentes ont été les sténoses urétérales (22,1 %), les difficultés de sondage (19,5 %) et les pyélonéphrites (13 %) : 80 % de ces complications ont été résolues par un traitement conservateur endoscopique ou radiologique instrumental et une réintervention chirurgicale a été nécessaire dans 16,9 % des cas. Dans notre expérience, 2 fistules et 1 sténose des anastomoses urétérales sont survenues après dérivation par une poche de Miami (3/48 : 6,25 %) n’ayant pas nécessité de réintervention [26]. Les procédés de dérivation urinaire trans-intestinale continente ont été longtemps récusés du fait d’un taux élevé de complications à type de fistule lorsqu’un réservoir était confectionné à partir de l’intestin grêle, éventuellement radique. La morbidité liée au procédé de Miami est minime : il s’agit en effet d’un segment digestif situé en dehors des champs d’irradiation, et la remise en continuité digestive est réalisée au niveau iléocolique transverse, sur un segment colique situé au-dessus des champs d’irradiation [26].

L’exérèse pelvienne laisse une volumineuse cavité aux parois souvent cruentées favorisant des écoulements périnéaux, l’absence de cicatrisation primitive du périnée et la survenue de complications secondaires à type d’occlusion ou de fistules digestives par incarcération du grêle. Les procédés de reconstruction ont donc pour objectif de résoudre le triple problème de vacuité de la cavité pelvienne, de fermeture de la perte de substance périnéale et de reconstruction d’une cavité vaginale.

La reconstruction vaginale permet le rétablissement d’un schéma corporel plus proche de la normale et peut faire appel à de nombreux procédés, parmi lesquels les colpoplasties péritonéales, les greffes cutanées, les entéroplasties et les lambeaux myocutanés.

Les entéroplasties permettent de reconstituer un tube vaginal en utilisant le plus souvent un segment de sigmoïde. Leurs avantages sont leur simplicité, leur faible volume, intéressant en cas de colpectomie sans exérèse viscérale, et leurs bons résultats fonctionnels. Leurs inconvénients sont : l’utilisation d’un segment digestif déjà raccourci lorsqu’une dérivation urinaire continente et/ou une résection rectale avec anastomose sont confectionnées ; la nécessité de préserver le sigmoïde qui sera mobilisé pour confectionner une anastomose colorectale basse ; la nécessité de réaliser un geste digestif colique supplémentaire lors des exérèses antérieures avec la confection d’une anastomose en territoire généralement irradié.

Le lambeau de droit interne a été largement utilisé dans cette indication mais sa palette cutanée est insuffisante et nécessite un prélèvement bilatéral. La nécrose partielle ou complète de la palette cutanée n’est pas exceptionnelle (10 à 23 % selon les séries). La technique de reconstruction par un lambeau myocutané de grand droit de l’abdomen est actuellement utilisée par quelques équipes [31-33]. La vascularisation de ce lambeau par le pédicule épigastrique inférieur permet d’obtenir une grande fiabilité de viabilité. L’utilisation d’un seul lambeau est suffisante pour permettre une reconstruction complète ou partielle du vagin. L’affaiblissement de la paroi abdominale après prélèvement du grand droit nécessite un renforcement pariétal par treillis synthétique non résorbable.

La fermeture de la perte de substance cutanée périnéale peut améliorer les suites postopératoires. En cas de résection de l’anus, la cicatrisation du périnée, s’effectuant sur des tissus généralement irradiés, est favorisée par l’apport de tissu bien vascularisé et non irradié représenté par un lambeau myocutané. Une reconstruction vaginale peut être associée en cas de colpectomie postérieure ou totale. Une reprise des activités sexuelles dans un nombre de cas limité est possible, en particulier après reconstruction de l’hémicirconférence postérieure. Lorsque la reconstruction doit être complète tubulaire, la nécessité de dilatations est constante pour obtenir une plastie fonctionnelle.

Le comblement pelvien peut être assuré par une épiplooplastie ou par un lambeau musculocutané, comme le grand droit de l’abdomen grâce à son volume important [31-35]

Résultats et facteurs pronostiques

Les progrès des techniques chirurgicales, particulièrement ceux de la prise en charge de réanimation-anesthésie, ont permis de diminuer les taux de mortalité opératoire des exentérations pelviennes de 18 à 25 %, dans les séries les plus anciennes, à moins de 10 % et moins de 5 %, dans les séries les plus récentes [34, 36-41]. Le taux de mortalité dans les 3 mois postopératoires après chirurgie d’exérèse à visée curative de récidives de cancer du col utérin a été dans notre expérience de 6,8 % (5/74), dans tous les cas à la suite de complications médicales et dans la première période d’expérience avant 1990.

La morbidité postopératoire reste cependant très élevée après exentération pelvienne de 38 à 65 % [34, 36, 39-43]. Dans notre expérience, la morbidité toutes complications observée après exentération pour cancer du col utérin a été de 50 % (57/113), avec une diminution significative au cours de la dernière période : 38 % (8/21) de 1996 à 2000 et 52 à 56 % au cours des périodes de 5 ans de 1980 à 1995 (49/102). La morbidité a été de 44 % après exentération pour récidive de cancer du col avec un taux de 20 % de réintervention (14/70) [37]. Les taux de morbidité chirurgicale majeure ont été de 38 % [45], 43 % [46], 58 % [47] et 33 % [40] avec des taux respectifs de réintervention de 33, 40, 36 et 22 %. Cependant, le taux de morbidité varie en fonction du type d’exentération pelvienne, des procédures de reconstruction utilisées et de la localisation de la récidive [41] (45,6 % de complications pour les récidives centropelviennes et latéropelviennes, 21/46 versus 71,4 % pour les récidives panpelviennes, 20/28 dans notre expérience).

Les taux de mortalité et de morbidité des exentérations pelviennes pour cancer de l’endomètre ont été similaires, respectivement de 0 à 20 % et de 47,6 à 80 % [48-51].

Les résultats en termes de survie après résection chirurgicale des cancers du col utérin sont étroitement liés à la sélection des patientes et donc aux principaux facteurs pronostiques. La possibilité de réaliser une résection curative (R0) semble être le facteur déterminant [17, 37, 38] : une résection R0 sera d’autant plus fréquemment obtenue que la récidive reste localisée en centropelvien par rapport aux récidives latéro et panpelviennes (respectivement 97, 58 et 32 % dans notre expérience : p < 0,0001) [37-39, 44]. La taille de la récidive est également un facteur significatif important [38, 39, 52, 53] qui est cependant fréquemment corrélé à la localisation de la RLR, les récidives latéro et panpelviennes étant plus volumineuses : les tailles moyennes des récidives étaient de 38,7 mm en centropelvien, 45,3 mm en latéropelvien et 57,8 mm pour les récidives panpelviennes. Les autres facteurs pronostiques le plus souvent retrouvés dans les séries de la littérature sont le délai de récidive [38, 39, 52], l’âge et le stade initial [44, 52]. Les principaux facteurs pronostiques (localisation, taille et délai de la RLR) peuvent être déterminés en préthérapeutique, permettant de prévoir les chances de résection curative et de survie [38, 52] (tableau 1( Tableau 1 )) : dans notre expérience, la taille et la localisation, sans tenir compte du délai, étaient plus discriminantes (( figure 1 )). Les survies à 5 ans sont donc étroitement liées à ces facteurs, avec des taux de 24 à 55 % pour des récidives vaginales ou essentiellement vaginales [44, 45, 47], de 22 à 60 % pour des récidives centropelviennes [37, 39, 44, 46] et de 0 à 10 % pour des récidives latéro ou panpelviennes [37, 38]. Cependant, des exérèses latérales élargies [15, 40, 54, 55], éventuellement associées à une réirradiation focalisée, à une irradiation peropératoire ou à une curiethérapie peropératoire [14-16], sont susceptibles d’améliorer le contrôle local et la survie, avec des résultats encourageants qui ont pu atteindre dans ces situations des taux de 41 % de contrôle local et de 44 % de survie à 5 ans [40].

Du fait de la fréquence majoritaire des récidives vaginales localisées des cancers de l’endomètre, traitées efficacement par radiothérapie externe et/ou curiethérapie, avec des résultats de survie de 43 à 70 % à 5-8 ans [8, 56, 57], les indications de résection des récidives pelviennes sont très rares et proposées dans des cas très sélectionnés [49, 58]. Cela explique le peu d’études rapportées de résection chirurgicale de récidive de cancer de l’endomètre, avec des survies à 5 ans de 14 à 56 % (tableau 2( Tableau 2 )) [48-51, 59]. Les décès de cause intercurrente surviennent plus fréquemment dans cette étiologie en comparaison avec les récidives de cancer du col utérin, du fait de l’âge et surtout des tares associées qui sont fréquentes. Dans des cas très sélectionnés, une exérèse chirurgicale majeure des récidives de cancer de l’endomètre peut se justifier, lorsqu’un traitement de radiothérapie et/ou de curiethérapie n’est plus réalisable.
Tableau 1 Résultats des résections des récidives locorégionales de cancer du col en fonction des principaux facteurs pronostiques

Cas par groupe % (nb)

Cas curatif % (nb)

Survie à 5 ans (%)

IPC

Shingleton

IPC

Shingleton

IPC

Shingleton

Risque faible

12,2 % (9)

23,3 % (31)

100 % (9/9)

87 % (27/31)

58,3 %

82 %

Risque intermédiaire

79,7 % (59)

72,2 % (96)

61 % (36/59)

83,3 % (80/96)

31,6 %

46 %

Risque élevé

8,1 % (6)

4,5 % (6)

66,7 % (4/6)

66,7 % (4/6)

44 %

0 %


Tableau 2 Résultats de la littérature des résections chirurgicales des récidives de cancer de l’endomètre

Barber et al.[50]

Morris et al.[48]

Barakat et al.[49]

Campagnutta et al.[59]

Houvenaeghel et al.[51]

Année publication

1968

1996

1999

2004

2004

Nb patientes

36

20

44

75a

21

Mortalité opératoire

5 %

13,60 %

8 %

0 %

Complications

61 %

60 %

80 %

30,7 %

47,6 %

Survie à 5 ans

14 %

56 %

20 %

35 %

Survie à 5 ans : RO

36 %

78,8 %

aRécidives vaginales (15) : survie 42 % à 5 ans, pelviennes (10) : survie 19 % à 5 ans, abdominales (50).

Conclusion

Les indications de résection chirurgicale des récidives de cancer de l’endomètre sont rares, sinon exceptionnelles, alors qu’il s’agit souvent de la seule thérapeutique qui peut être proposée à visée curative pour les récidives de cancer du col utérin. Les meilleurs résultats sont obtenus pour les récidives centropelviennes et de petite taille. Les autres localisations avec une extension latéropelvienne, qui sont classiquement récusées pour une chirurgie majeure, peuvent cependant être contrôlées en partie par des exérèses élargies latéropelviennes éventuellement combinées avec une irradiation complémentaire localisée : dans la mesure où aucune autre thérapeutique à visée curative n’est réalisable, nous pensons que ces exérèses se justifient. De plus, l’amélioration du support de réanimation-anesthésie et des procédés chirurgicaux, en particulier de reconstruction, a permis de réduire considérablement les taux de mortalité ; les complications restent cependant encore fréquentes même si, là également, les procédés de reconstruction ont permis de réduire les taux de complications chirurgicales majeures.

Références

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