ARTICLE
© Fédération nationale des
centres de lutte contre le cancer (FNCLCC),
Standards, Options, Recommandations, 101, rue de Tolbiac, 75654
Paris Cedex 13. http ://www.fnclcc.fr. sor@fnclcc.fr
Groupe de travail
Ivan Krakowski
(oncologue médical)1
Serge Theobald
(méthodologiste)2
Nicolas Fabre
(méthodologiste)3
Thierry Delorme (médecin généraliste
douleur)4
Michèle Binhas
(anesthésiste réanimateur)5
Elisabeth Collin (médecin généraliste
douleur)6
Roseline Duclos (néphrologue)7
Dominique Jaulmes (hémobiologiste
clinicienne)8
Mai Luu
(médecin généraliste)9
Sylvie Rostaing-Rigattieri (anesthésiste
réanimateur)8
Hubert Rousselot (médecin généraliste
douleur-soins palliatifs)1
Gérard Torlotin (anesthésiste
réanimateur)10
Nicole Vuillemin (médecin généraliste
douleur)11
Membres associés au groupe de travail
Laurent Balp
(anesthésiste réanimateur)12
Gisèle Chvetzoff (oncologue
médical)13
Marie de Beauchene14
Lionnel Geoffrois (oncologue
médical)1
Fabrice Lakdja
(anesthésiste réanimateur)15
Perrine Marec-Bérard (oncologue
pédiatre)13
Christian Minello (anesthésiste
réanimateur)16
Christine Ricard (anesthésiste
réanimateur)17
Bruno Richard
(interniste)18
Claudine Schmitt (oncologue
pédiatre)19
1 Centre Alexis Vautrin, Vandœuvre-lès-Nancy
(coordonnateur)
2 Centre Paul-Strauss, Strasbourg
3 FNCLCC, Paris
4 Institut Curie, Paris
5 Hôpital Henri-Mondor, Créteil
6 Hôpital Pitié-Salpêtrière, Paris
7 CHG, Le Mans
8 Hôpital Saint-Antoine, Paris
9 Hôpital Avicenne, Bobigny
10 Centre hospitalier du Parc, Sarreguemines
11 Centre hospitalier, Mulhouse
12 CHG Pavillon la Ferté, Lons-le-Saunier
13 Centre Léon Bérard, Lyon
14 Anesthésiste réanimateur, Centre hospitalier,
Poissy
15 Institut Bergonié, Bordeaux
16 Centre G. F Leclerc, Dijon
17 CHU Hôpital Lapeyronie, Montpellier
18 CHU Caremeau, Nîmes
19 CHU Hôpital Brabois, Vandœuvre-lès-Nancy
Le programme SOR de recommandations pour la pratique
clinique
Contexte
Le programme « Standards, Options et Recommandations »
(SOR) en cancérologie a été initié par la Fédération nationale des
centres de lutte contre le cancer (FNCLCC) en 1993 et réalisé en
partenariat avec la Fédération hospitalière de France (FHF), la
Fédération nationale de cancérologie des CHRU (FNCHRU), la
Fédération française de cancérologie des CHG (FFCCHG). Ce programme
comprend la définition de recommandations pour la pratique clinique
en cancérologie, leur actualisation, leur diffusion vers les
cliniciens et l’évaluation de leur impact. L’actualisation des
recommandations repose sur une veille technologique et
scientifique.
Il s’agit d’un travail coopératif national des Centres régionaux
de lutte contre le cancer (CRLCC) avec la participation active
d’experts des secteurs public et privé et de sociétés savantes.
Objectif
L’objectif du programme SOR est d’élaborer des recommandations
pour la pratique clinique en cancérologie. Ces recommandations pour
la pratique clinique visent à améliorer la qualité de la prise en
charge des patients atteints de cancer en fournissant aux
praticiens une aide à la décision facilement utilisable et
actualisée.
Les changements organisationnels qui pourraient être nécessaires
pour appliquer les recommandations ne sont pas abordés dans les
SOR. Ils doivent faire l’objet d’une discussion au niveau
locorégional, notamment au sein des réseaux de soins en
cancérologie.
Les Standards, Options et Recommandations ne concernent pas
l’évaluation des stratégies de dépistage.
Les considérations médico-économiques ne sont pas abordées dans
les SOR.
Méthodes
• Méthode d’élaboration et d’actualisation
La méthode d’élaboration et d’actualisation des SOR repose sur
l’analyse critique des meilleures données scientifiques disponibles
et le jugement argumenté des experts au sein d’un groupe de travail
pluridisciplinaire représentatif des modes d’exercice et des
disciplines concernées par la prise en charge des patients atteints
de cancer. Cette méthode dite « mixte » combine le niveau
de preuve scientifique et l’accord d’experts. Le rapport intégral
est revu par des experts indépendants à l’aide d’une grille de
lecture basée sur la grille AGREE. Les commentaires sont compilés
et analysés par le groupe de travail et la nature des modifications
engendrées est décrite dans le processus de relecture.
• Méthode de veille technologique et scientifique
La méthode de veille scientifique repose sur la recherche
systématique des données susceptibles de modifier les
recommandations pour la pratique clinique et sur l’avis argumenté
des experts.
Participation des groupes concernés
L’élaboration des recommandations pour la pratique clinique
implique un groupe de travail constitué d’experts praticiens
assistés par une équipe méthodologique, ainsi que des contributeurs
dans le cadre de la relecture externe.
Les opinions et les préférences des patients ne sont pas
actuellement intégrées. Une méthode pour assurer la prise en compte
de l’avis des patients est en cours de développement.
Publication et diffusion des documents SOR
Les recommandations pour la pratique clinique sont généralement
disponibles sous forme :
– de rapport intégral présentant l’ensemble des références
bibliographiques, leur analyse et les conclusions sur lesquelles se
basent les recommandations pour la pratique clinique
établies ;
– de rapport abrégé présentant uniquement les recommandations pour
la pratique clinique ;
– d’arbres de décision.
Ces outils ont pour objectif de permettre une meilleure diffusion
des recommandations pour la pratique clinique, afin d’optimiser
leur application.
Les SOR sont publiés sous format papier et sont accessibles
gratuitement sur Internet (http://www.fnclcc.fr).
La liste d’information des SOR permet d’alerter régulièrement
sur les documents SOR
(http://www.fnclcc.fr/fr/sor/specialiste/liste_de_diffusion.
php).
Définitions des Standards, Options et Recommandations et des
niveaux de preuve
Les Standards, Options et Recommandations accompagnés du niveau
de preuve reposent sur les meilleures preuves scientifiques
disponibles au moment de leur rédaction (best available
evidence), pouvant être selon le sujet des méta-analyses, des
essais randomisés ou des études non randomisées. Lorsque les
preuves scientifiques font défaut pour un point particulier, le
jugement est basé sur l’expérience professionnelle et le consensus
du groupe d’experts (« accord d’experts »).
Le niveau de preuve est fonction du type et de la qualité des
études disponibles ainsi que de la cohérence ou non de leurs
résultats ; il est explicitement spécifié pour chacune des
méthodes/interventions considérées (pour plus de détails, cf.
Méthodologie de développement des SOR [1, 2]).
Les Standards, Options et Recommandations
Standards : Interventions pour lesquelles les
résultats sont connus et qui sont considérées comme bénéfiques,
inappropriées ou nuisibles, à l’unanimité.
Options : Interventions pour lesquelles les
résultats sont connus, et qui sont considérées comme bénéfiques,
inappropriées ou nuisibles, par la majorité. Les options sont
toujours accompagnées de recommandations.
Recommandations : Elles ont pour but,
lorsqu’il existe plusieurs options, de hiérarchiser ces options en
fonction du niveau de preuve. Les recommandations permettent
également aux experts d’exprimer des jugements et des choix
concernant notamment des situations d’exception et indications
spécifiques ainsi que l’inclusion des patients dans des essais
thérapeutiques.
Les niveaux de preuve
Niveau A : Il existe une (des)
méta-analyse(s) « de bonne qualité » ou plusieurs essais
randomisés « de bonne qualité » dont les résultats sont
cohérents.
Niveau B : Il existe des preuves « de
qualité correcte » : essais randomisés (B1) ou études
prospectives ou rétrospectives (B2). Les résultats de ces études
sont cohérents dans l’ensemble.
Niveau C : Les études disponibles sont
critiquables d’un point de vue méthodologique ou leurs résultats ne
sont pas cohérents dans l’ensemble.
Niveau D : Il n’existe pas de données ou
seulement des séries de cas.
Accord d’experts : Il n’existe pas de données pour la méthode
concernée mais l’ensemble des experts est unanime.
Partenariat scientifique, conflits d’intérêts, sources de
financement et remerciements
• Partenariat scientifique
Ces recommandations pour la pratique clinique ont été
élaborées en collaboration avec la Société française d’étude et de
traitement de la douleur (SFETD).
• Conflits d’intérêts
Les membres du groupe de travail ont effectué une déclaration
auprès du comité d’organisation des SOR afin d’identifier les
conflits d’intérêts potentiels.
• Propriété intellectuelle
Les SOR sont une œuvre collective créée par la Fédération
nationale des centres de lutte contre le cancer (FNCLCC), et
protégée par les dispositions du Code de la propriété
intellectuelle. La FNCLCC est par conséquent titulaire du droit
d’auteur sur cette œuvre et est donc notamment investie des droits
patrimoniaux sur les SOR. La FNCLCC peut seule décider de
l’existence et des modalités de reproduction, publication,
traduction ou diffusion des SOR.
• Sources de financement
Le projet SOR bénéficie d’un soutien financier des Centres
régionaux de lutte contre le cancer (CRLCC), du ministère des
Solidarités, de la Santé et de la Famille, de la Ligue nationale
contre le cancer et de la Fédération hospitalière de France (FHF).
Le partenariat avec l’industrie pharmaceutique ne concerne que la
diffusion sans aucune implication scientifique, financière ou
logistique dans la phase d’élaboration. Ce support de publication
et de diffusion n’a pas bénéficié de soutien financier de
l’industrie pharmaceutique.
• Remerciements
Nous remercions les Centres régionaux de lutte contre le
cancer (CRLCC), le ministère des Solidarités, de la Santé et de la
Famille, la Ligue nationale contre le cancer, la Fédération
hospitalière de France (FHF), la Fédération nationale de
cancérologie des CHRU (FNCHRU), la Fédération française de
cancérologie des CHG (FFCCHG) et la Société française d’étude et de
traitement de la douleur (SFETD).
Responsabilités
Les SOR ne se substituent pas au jugement clinique des
médecins.
Synthèse des Standards, Options et Recommandations pour la
prise en charge des douleurs provoquées lors des ponctions
sanguines, lombaires et osseuses chez l’adulte atteint de
cancer
Recommandations de bonne pratique pour l’exécution de gestes
invasifs chez l’adulte atteint de cancer
Ces recommandations de bonne pratique, qui relèvent de l’opinion
d’experts cliniciens, s’ajoutent à l’ensemble des recommandations
de pratique clinique présentées pour chaque geste
invasif :
– il faut systématiquement évaluer la nécessité d’effectuer un
geste invasif douloureux ;
– tout geste invasif doit être exécuté par une personne formée
utilisant un matériel adapté ;
– lorsque l’indication du geste est posée, le patient doit être
informé de son caractère douloureux et doit pouvoir exprimer ses
préférences quant au choix d’une stratégie antalgique. À moins que
le patient ne le demande, il est déconseillé de faire mention du
caractère douloureux du geste au moment même de son exécution pour
éviter une douleur iatrogénique d’anticipation ;
– la mise en œuvre d’une intervention à visée antalgique et/ou
anxiolytique doit impérativement respecter le délai d’action et
tenir compte de la durée d’action de l’intervention retenue (cf.
libellés d’AMM sur www.theriaque.org) ;
– la mise en œuvre d’une intervention à visée anxiolytique répond
aux mêmes principes. Des molécules à durée d’action courte doivent
être privilégiées dans ce contexte (annexe
1).
Caractéristiques pharmacocinétiques des benzodiazépines et
molécules apparentées, commercialisées en France
|
Molécules |
DA |
Cmax
|
|
Indication principale : antiépileptique |
|
|
|
Clonazépam |
I |
Po : 1 à 4 h IV : immédiat |
|
Clobazam |
L |
2 h environ |
|
Diazépam |
L |
0,5
à 1,5 h |
|
Indication principale : anxiolytique |
|
|
|
Alprazolam |
C |
0,5
à 2 h |
|
Bromazépam |
C |
ND/Résorption 0,5 à 4 h |
|
Chlordiazepoxide |
I |
ND |
|
Clobazam |
L |
2 h environ |
|
Clorazépate dipotassique |
L |
Po : 1 h IM : 1/2 h à 1 h IV plus rapide
que IM |
|
Clotiazépam |
C |
Environ 1 h |
|
Diazépam |
L |
0,5
à 1,5 h |
|
Loflazépate d’ethyle |
L |
1 h 30 (métabolites) |
|
Lorazépam |
C |
0,5
à 4 h |
|
Oxazépam |
C |
Environ 2 h |
|
Nordazépam |
L |
Environ 1,5 h |
|
Prazépam |
L |
4 à
6 h |
|
Indication principale : hypnotique |
|
|
|
Estazolam |
C |
Résorption rapide |
|
Flunitrazépam |
C
à I |
Rapide (nombreux métabolites) |
|
Loprazolam |
C
à I |
1 h |
|
Lormétrazépam |
C |
3 h |
|
Nitrazépam |
I |
2 à
3 h |
|
Temazépam |
C |
0,75 à 4 h |
|
Triazolam |
C |
0,5
à 4 h |
|
Zolpidem |
C |
0,5
à 3 h |
|
Zopiclone |
C |
1,5h à 2 h |
|
Indication principale en anesthésie : prémédication,
sédation |
|
|
|
Clorazépate |
L |
Cf.
supra |
|
Flunitrazépam |
C |
Immédiat |
|
Midazolam |
C |
IM : 0,5 h Rectal : 0,5 h IV :
immédiat |
DA : Durée d’action ; C : moins de
24 heures ; I : de 24 à 48 heures ;
L : plus de 48 heures ; Cmax : concentration
plasmatique maximale (fonction de la rapidité de résorption :
instantanée par voie IV, variable par voie orale = cf.
les indications recueillies dans le Vidal données pour des prises
orales uniques) ; ND : non disponible ; po :
per os ; IM : intramusculaire ; IV :
intraveineux. Remarques : Attention, la demi-vie d’élimination
plasmatique n’est guère corrélée à la durée d’action (qui s’opère
au niveau SNC). D’après le dictionnaire Vidal [23], le Martindale
[24] et le Schorderet [25].
– une évaluation systématique de la pénibilité du geste pour le
patient doit être effectuée. Le résultat de chaque évaluation devra
orienter le praticien sur la nécessité éventuelle de reconsidérer
la stratégie antalgique à proposer au patient pour le geste
suivant. Concernant les modalités d’évaluation de la douleur, les
experts orientent le lecteur vers le chapitre « Douleur aiguë
liée aux actes » des recommandations pour la pratique clinique
« Standards, Options et Recommandations pour l’évaluation de
la douleur chez l’adulte et l’enfant atteints de cancer »
[3].
Prise en charge de la douleur liée à la ponction lombaire
chez l’adulte atteint de cancer
Pour effectuer la ponction lombaire, il est recommandé
d’utiliser des aiguilles fines à section atraumatique de type
Sprotte rounded, ou Whitacre pencil-point
(recommandation, accord d’experts).
Un pansement de lidocaïne-prilocaïne doit être apposé
120 minutes avant la ponction (standard, accord
d’experts).
Le mélange équimolaire oxygène-protoxyde d’azote (Meopa) peut être
utilisé (option, accord d’experts). Il est alors
recommandé :
– d’effectuer une surveillance accrue de la sédation pour un
patient sous opioïde (recommandation, accord
d’experts) ;
– de maintenir un contact verbal avec le patient durant
l’exécution du geste (recommandation, accord d’experts).
Les anxiolytiques et les techniques non médicamenteuses (contrôle
cognitif de la douleur, relaxation, hypnose) ne s’envisagent qu’au
cas par cas pour des actes répétés, si l’antalgie était jugée
insuffisante avec les moyens définis (recommandation, accord
d’experts). Le développement de la recherche clinique pour ces
interventions est recommandé (recommandation, accord
d’experts).
Prise en charge de la douleur liée aux ponctions osseuses
chez l’adulte atteint de cancer
Aucun standard n’a pu être défini dans cette indication.
Trois options antalgiques ont été définies dans cette
indication :
– Meopa + infiltration d’un anesthésique local
(option, accord d’experts). Il est alors recommandé
d’effectuer une surveillance accrue de la sédation pour un patient
sous opioïde (recommandation, accord d’experts). Il est
aussi recommandé de maintenir un contact verbal avec le patient
durant l’exécution du geste (recommandation, accord
d’experts) ;
– application topique d’un mélange de lidocaïne-prilocaïne
120 minutes avant le
geste + opioïde + infiltration d’un
anesthésique local +/- anxiolytique (patient anxieux)
(option, accord d’experts). Si le patient est sans
traitement antalgique ou sous traitement antalgique de niveau 1 ou
2, l’opioïde est un opioïde de niveau 3 à libération immédiate par
voie orale (recommandation, accord d’experts). Si le patient
est déjà sous opioïde, il s’agit d’une interdose avec un délai
suffisant selon la voie d’administration (recommandation, accord
d’experts). Concernant l’administration d’un anxiolytique,
l’utilisation d’une molécule de durée d’action courte, donnée dans
un délai suffisant, est recommandée (recommandation, accord
d’experts) ;
– anesthésie générale (notamment en cas de ponctions osseuses
répétées, de possibilité de regrouper plusieurs gestes invasifs,
etc.) (option, accord d’experts). Il est recommandé de mener
une étude approfondie de la balance bénéfice/risque et de
recueillir les préférences du patient (recommandation, accord
d’experts).
Pour des ponctions osseuses répétées, en cas d’échec antalgique
révélé lors de la dernière ponction, il est recommandé de proposer
au patient une des options antalgiques alternatives pour le(s)
geste(s) suivant(s) (recommandation, accord d’experts).
Le développement de la recherche clinique dans ce domaine est
recommandé (recommandation, accord d’experts).
Prise en charge de la douleur liée aux prélèvements à
l’artère radiale pour la mesure des gaz du sang chez l’adulte
atteint de cancer
Les indications de ponctions radiales doivent être limitées
aussi souvent que possible au profit d’oxymétries transcutanées,
c’est-à-dire chaque fois que la mesure de la PCO2 n’est
pas indispensable (standard, accord d’experts).
Pour une mesure de la PCO2, en cas d’impossibilité de
prélèvement à l’artère radiale, un prélèvement capillaire au lobe
de l’oreille après application d’un produit rubéfiant est possible
(option, accord d’experts).
Lorsqu’une ponction radiale est envisagée, il est
possible :
– d’injecter un anesthésique local de type lidocaïne en regard de
la gouttière radiale avant le prélèvement (option, accord
d’experts) ;
– d’appliquer un mélange lidocaïne-prilocaïne en regard de la
gouttière radiale 120 minutes avant le prélèvement (option,
accord d’experts).
Il est recommandé d’évaluer l’efficacité du mélange
lidocaïne-prilocaïne dans ce contexte car cela pourrait éviter une
piqûre au patient (recommandation, accord d’experts).
Prise en charge de la douleur liée aux prélèvements veineux
chez l’adulte atteint de cancer
Aucun standard n’a pu être défini dans cette indication.
Lorsque des prélèvements veineux répétés sont programmés, il est
possible :
– de n’envisager aucune stratégie à visée antalgique (option,
accord d’experts) ;
– d’utiliser un mélange de lidocaïne-prilocaïne 60 à
120 minutes avant la ponction (option, accord
d’experts).
Il est cependant recommandé de proposer au patient le mélange de
lidocaïne-prilocaïne 60 à 120 minutes avant le geste
prévu et pour chaque geste suivant : le patient doit
participer à la décision thérapeutique (recommandation, accord
d’experts).
Le développement de la recherche clinique dans ce domaine est
recommandé (recommandation, accord d’experts).
Introduction
La médecine moderne conduit à une pratique de plus en plus
fréquente d’actes invasifs plus ou moins douloureux.
La lutte contre la douleur engagée depuis plusieurs années conduit
à réfléchir sur l’incidence et les conséquences douloureuses de ces
actes. La douleur induite par des actes invasifs très épisodiques
ou isolés ne peut pas être considérée comme un problème majeur de
santé publique même s’il est possible qu’elle ait des conséquences
sur le vécu de douleurs ultérieures. En revanche, lorsque les actes
douloureux sont répétés, et c’est le cas en cancérologie, il faut
admettre qu’ils participent à l’altération de la qualité de vie des
patients. Par peur de ces actes, l’observance même des traitements
spécifiques du cancer peut être compromise et entraîner une perte
de chance pour le patient.
La lutte contre la douleur provoquée est un des objectifs
prioritaires du deuxième plan de lutte contre la douleur [4].
Ce plan a d’ailleurs conduit à la mise en place d’un Centre
national de ressources de lutte contre la douleur essentiellement
orienté dans la prévention et la prise en charge de la douleur
provoquée par les soins (http://www.cnrd.fr). Il est important
aujourd’hui de mieux lutter contre cette douleur très souvent
évitable. C’est le thème de ces recommandations pour la pratique
clinique qui ont été centrées sur les douleurs provoquées lors des
ponctions sanguines, lombaires et osseuses chez l’adulte atteint de
cancer. Dans l’avenir, ces recommandations devraient être étendues
à l’enfant dans la mesure où de nombreux travaux ont été menés sur
ce sujet. Ces recommandations concernent la prévention et le
traitement de la douleur immédiatement consécutive au geste et non
les douleurs à distance comme, par exemple, celles des céphalées
après ponctions lombaires qui est le thème de nombreux travaux en
dehors de la cancérologie.
Objectif
L’objectif de ces recommandations pour la pratique clinique est
de déterminer les règles de prise en charge des douleurs provoquées
lors des ponctions sanguines, lombaires ou osseuses chez l’adulte
atteint de cancer.
Compte tenu de notre champ d’étude, certains sujets connexes ne
sont pas abordés dans ce document. Il s’agit principalement
de :
– la prise en charge des céphalées post-ponctions lombaires en
cancérologie ;
– la prise en charge de la douleur liée à la canulation veineuse
en cancérologie ;
– la prise en charge de la douleur liée à la canulation artérielle
en cancérologie ;
– la prise en charge de la douleur liée à l’injection d’un produit
en cancérologie.
Ces recommandations s’adressent aux spécialistes concernés par la
prise en charge des personnes atteintes de cancer.
Méthode
L’élaboration de ces recommandations a reposé sur une méthode
mixte combinant :
– l’analyse critique des données scientifiques
disponibles ;
– le jugement argumenté d’experts représentatifs des modes
d’exercice et des disciplines concernées par la prise en charge des
patients atteints de cancer.
Ces recommandations ont ensuite été revues par des experts
indépendants n’ayant pas participé à leur élaboration.
Choix du thème
Dans le cadre du projet « Standards, Options et
Recommandations » (SOR) [2], des recommandations élaborées en
collaboration avec la Société française d’étude et de traitement de
la douleur (SFETD), sur les traitements antalgiques médicamenteux
des douleurs cancéreuses par excès de nociception chez l’adulte ont
été diffusées récemment par la Fédération nationale des centres de
lutte contre le cancer (FNCLCC) [5-7]. Ces recommandations sont une
mise à jour du document publié en 1996 Recommandations pour une
bonne pratique dans la prise en charge de la douleur du cancer chez
l’adulte et l’enfant.
À la suite de ce travail, le thème des douleurs provoquées a été
considéré comme un problème important dans la prise en charge des
patients atteints de cancer ; problème d’ailleurs à l’origine
d’une priorité du Programme national de lutte contre la douleur
[4].
Recherche et analyse critique des données scientifiques
disponibles
• Critères de sélection des études
Population
Ces recommandations concernent l’adulte (sans limite d’âge)
atteint de cancer ayant à subir des actes diagnostiques pour
lesquels la douleur est un effet indésirable immédiat, constant ou
fréquent.
Les actes diagnostiques inclus dans ce document de Recommandations
pour la pratique clinique (RPC) sont :
– les ponctions lombaires ;
– les ponctions osseuses (aspiration ou biopsie) ;
– les ponctions sanguines (prélèvements de sang veineux ou
artériel).
Interventions évaluées et comparateurs
Les interventions évaluées sont de deux types :
– interventions pharmacologiques (anesthésiques locaux,
antalgiques, mélange équimolaire d’oxygène et protoxyde d’azote,
anxiolytiques) ;
– interventions non pharmacologiques (contrôle cognitif de la
douleur, relaxation, hypnose).
Les différentes comparaisons retenues ont confronté ces
interventions entre elles, à un placebo, ou à l’abstention
thérapeutique.
Types d’études
Les études recherchées ont été les suivantes :
– synthèses méthodiques (méta-analyses et revues
systématiques) ;
– recommandations pour la pratique clinique ;
– essais randomisés ;
– essais contrôlés non randomisés.
Les données réglementaires (autorisation de mise sur le marché
(AMM) ou extension d’AMM) ont également été prises en compte.
• Stratégie de recherche bibliographique
Une équation de recherche bibliographique a été élaborée pour
retrouver des études contrôlées portant sur le traitement ou la
prévention de la douleur liée à la ponction lombaire, à la
ponction-biopsie osseuse, et aux prélèvements sanguins en et hors
cancérologie (annexe 2).
Le tableau ci-dessous présente l’équation de recherche
bibliographique et la signification théorique des résultats
rapportés. En pratique, toute équation ramène du bruit (articles
hors sujet) imposant une analyse à la main des listings
bibliographiques.
Équation de recherche bibliographique
|
Composition de l’équation (Medline 1966
– novembre 2004) |
Signification
|
Nombre d’articles au 03/11/2004 |
| 1.
exp pain/or pain$. ti. |
Recherche d’articles portant sur la douleur |
195 676 |
| 2.
discomfort. ti. |
|
|
| 3.
distress. ti. |
|
|
| 4.
or/1-3 |
|
|
| 5.
spinal puncture/or lumbar puncture$1.ti. |
Recherche d’articles portant sur les ponctions lombaires, sur les
ponctions sanguines, et sur les ponctions osseuses |
28 006 |
| 6.
(injection$1 adj (pain or discomfort)).ti. |
|
|
| 7.
blood specimen collection/ |
|
|
| 8.
phlebotomy/ |
|
|
| 9.
(((arterial or venous) adj puncture$1) or venepuncture or
venipuncture). ti. |
|
|
| 10.
catheterization/or Catheterization, Peripheral/ |
|
|
| 11.
(arter$ adj3 cannulation). tw. |
|
|
| 12.
exp arteries/ |
|
|
| 13.
10 and (11 or 12) |
|
|
| 14.
13 not (venous adj3 cannulation). ti. |
|
|
| 15.
(arter$ adj3 cannulation). ti. |
|
|
| 16.
6 or 7 or 8 or 9 or 14 or 15 |
|
|
| 17.
bone marrow examination/ |
|
|
| 18.
exp bone neoplasms/or bone marrow/ |
|
|
| 19.
biopsy, needle/or punctures/or puncture$1.ti. or aspiration. ti. or
biopsy/or biops$. ti. |
|
|
| 20.
18 and 19 |
|
|
| 21.
17 or 20 |
|
|
| 22.
5 or 16 or 21 |
|
|
| 23.
exp Central Nervous System Depressants/ |
Recherche d’articles portant sur l’antalgie |
436 809 |
| 24.
exp analgesia/or exp anesthesia, conduction/or
electroacupuncture/or hypnosis, anesthetic/or conscious sedation/or
neuromuscular blockade/ |
|
|
| 25.
(nerve adj3 block$). ti. |
|
|
| 26.
((anesthe$ or anaesthes$ or analgesi$) and (locoregional or local
or conduction or regional or spinal)).ti. |
|
|
| 27.
sedati$. ti. |
|
|
| 28.
de lidocaïne-prilocaïne. ti. |
|
|
| 29.
eutectic mixture of local anesthetics. ti. |
|
|
| 30.
eutectic mixture of local anaesthetics. ti. |
|
|
| 31.
ointments/ |
|
|
| 32.
or/23-31 |
|
|
| 33.
4 or 32 |
Recherche d’articles portant sur la douleur ou l’antalgie |
602 614 |
| 34.
33 and 22 |
Recherche d’articles portant sur la douleur ou l’antalgie, en
liaison avec les ponctions lombaires, les ponctions sanguines, et
les ponctions osseuses |
2 429 |
| 35.
(painful adj3 procedure$). ti. |
|
|
| 36.
procedure related pain. ti. |
|
|
| 37.
(procedural adj3 pain). ti. |
|
|
| 38.
34 or 35 or 36 or 37 |
|
|
| 39.
randomized controlled trial. pt. |
Recherche de synthèses méthodiques ou d’études contrôlées |
1 410 219 |
| 40.
random allocation. de. |
|
|
| 41.
random$. ti. |
|
|
| 42.
double-blind method. de. |
|
|
| 43.
controlled clinical trial. pt. |
|
|
| 44.
multicenter study. pt. |
|
|
| 45.
comparative study/ |
|
|
| 46.
meta-analysis. pt. |
|
|
| 47.
meta-analy$. ti. |
|
|
| 48.
metaanaly$. ti. |
|
|
| 49.
(systematic adj overview$). tw. |
|
|
| 50.
(systematic adj review$). tw. |
|
|
| 51.
(quantitative adj overview$). tw. |
|
|
| 52.
(quantitative adj review$). tw. |
|
|
| 53.
or/39-52 |
|
|
| 54.
38 and 53 |
Recherche de synthèses méthodiques ou d’études contrôlées portant
sur la douleur ou l’antalgie, en liaison avec les ponctions
lombaires, les ponctions sanguines, et les ponctions osseuses. |
543 |
| 55.
editorial. pt. |
Exclusion de certains types de publications et limitation aux
études de langue française ou anglaise menées chez l’homme. |
443 |
| 56.
letter. pt. |
|
|
| 57.
news. pt. |
|
|
| 58.
case-report. de. |
|
|
| 59.
in-vitro. de. |
|
|
| 60.
or/55-59 |
|
|
| 61.
54 not 60 |
|
|
| 62.
limit 61 to (human and (english or French)) |
|
|
La recherche bibliographique a été effectuée sur la base de
données Medline®. Elle a porté sur la période de
1966 à août 2003. Une veille sur les études contrôlées à
partir d’août 2003 a été menée.
Parallèlement, plusieurs sites Internet ont été consultés en
juillet 2003 (annexe 3).
Sites internet visités
| Nom
de l’organisme |
Adresse URL
|
|
ANAES |
http://www.anaes.fr/ |
|
Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé |
|
|
ASCO Guidelines |
http://www.asco.org/ |
|
American Society of Clinical Oncology |
|
|
AHRQ |
http://www.ahcpr.gov/ |
|
Agency for Healthcare Research and Quality |
|
|
CCOHTA |
http://www.ccohta.ca/ |
|
Canadian Coordinating Office for Health Technology Assessment |
|
|
CCOPGI |
http://www.ccopebc.ca/ |
|
Cancer Care Ontario Practice Guidelines Initiative |
|
|
CMA |
http://www.cma.ca/ |
|
Canadian Medical Association |
|
|
COIN |
http://www.rcr.ac.uk/ |
|
Clinical Oncology International Network |
|
|
NGC |
http://www.guideline.gov/ |
|
National Guidelines Clearinghouse |
|
| NHS
HTA |
http://www.hta.nhsweb.nhs.uk/ |
|
National Health Service Health Technology Assessment |
|
|
NICE |
http://www.nice.org.uk/ |
|
National Institute for Clinical Evidence |
|
|
NZGG |
Http ://www.nzgg.org.nz/ |
| New
Zealand Guidelines Group |
|
|
SBU |
http://www.sbu.se/admin/index.asp |
| The
swedish council on technology assessment in health care |
|
|
SIGN |
http://www.sign.ac.uk/guidelines/published/index.html |
|
Scottish Intercollegiate Guidelines Network |
|
|
Site groupe Cochrane |
http://www.update-software.com |
|
AFSSAPS |
http://agmed.sante.gouv.fr/ |
|
Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé |
|
Date de dernière consultation : juillet 2003.
Une recherche des données réglementaires (indications
thérapeutiques) spécifiques aux interventions considérées a été
menée par interrogation en juin 2004 de la base de données sur
le médicament thériaque (http://www.theriaque.org).
• Critères d’évaluation
Les critères d’évaluation pour l’analyse des études
sélectionnées ont été les suivants :
– douleur ;
– anxiété du patient ;
– effets indésirables.
La comparaison des différentes interventions a été effectuée en
évaluant le rapport bénéfice/risque sur la base de ces
critères.
• Analyse critique des études sélectionnées
Les études ont été sélectionnées via la grille présentée
en annexe 4 et ont été décrites à l’aide
d’une fiche de synthèse présentée en annexe
5. Des commentaires méthodologiques et cliniques ont été
ajoutés pour chaque étude.
Grille de lecture pour une étude, randomisée ou non, évaluant
l’intérêt d’une intervention
| Titre, auteurs,
vol, pages, nom revue de l’article : photocopie première
page jointe ou références |
|
|
|
| Critères de
sélection des études, définis par les experts (par ex. : essai
randomisé, critère de jugement = EVA) |
Oui |
Non |
Non
défini |
| Au
moins 1 non = arrêt de la lecture |
| Question |
Oui |
Non |
Impossible à
déterminer ou non applicable |
| L’objectif de
l’étude est-il défini ? |
|
|
|
| S’il s’agit
d’une étude randomisée, les méthodes prises pour effectuer la
randomisation sont-elles valides ? (Randomisation effectuée
par une personne indépendante du recrutement. Centralisée ou
réalisée par une pharmacie. Traitements provenant de flacons
numérotés d’aspect identique, administrés de manière séquentielle,
système de randomisation informatique décentralisé,
sécurisé – enveloppes scellées, opaques,
numérotées.) |
|
|
|
| L’allocation
des traitements a-t-elle été effectuée en double
aveugle ? |
|
|
|
| Un critère de
jugement principal a-t-il été défini ? |
|
|
|
| Le critère de
jugement principal utilisé a-t-il été validé ? (notamment en
ce qui concerne les études de qualité de vie, de la douleur,
etc.) |
|
|
|
| Le nombre de
sujets nécessaires a-t-il été précisé ? |
|
|
|
| Le moment de
l’évaluation du critère de jugement principal est-il pertinent par
rapport à la question étudiée ? |
|
|
|
| Les groupes de
patients sont-ils comparables vis-à-vis des principaux facteurs
pronostiques identifiés ou connus ? |
|
|
|
| Les patients
inclus ont-ils tous été analysés dans le groupe auquel ils avaient
été initialement alloués, qu’ils aient ou non suivi complètement le
traitement ? (Analyse en intention de traiter) |
|
|
|
| Les auteurs
ont-ils répondu dans leur conclusion à la question posée
initialement ? |
|
|
|
|
L’étude vous semble-t-elle globalement de qualité
satisfaisante ? Sinon expliquez pourquoi : |
| Le
résultat de l’étude est-il à intégrer au texte et/ou aux tableaux
du document SOR ? □OUI |
|
□NON, pourquoi ? |
|
Dans le cadre d’une mise à jour, les résultats de cette
étude modifient-ils les Standards, Options ou
Recommandations ? □NON, □OUI en quoi ? |
Fiche de synthèse pour une étude évaluant l’intérêt d’une
intervention
|
Intitulé |
Informations à remplir pour chaque article sélectionné |
|
Référence de l’étude |
|
|
Type d’étude |
|
|
Objectif de l’étude |
|
|
Pathologie |
|
|
Population |
|
|
Geste douloureux pratiqué |
|
|
Nombre de patients inclus |
|
|
Nombre de patients analysés |
|
|
Interventions comparées |
|
|
Effectifs |
|
|
Critère principal de l’étude |
|
|
Echelle de douleur utilisée |
|
|
Scores douleur mesurés |
|
|
Résultat sur le critère principal |
|
|
Critère(s) secondaire(s) |
|
|
Résultat sur le(s) critère(s) secondaire(s) |
|
|
Effets indésirables |
|
|
Conclusion clinique des auteurs |
|
|
Commentaires méthodologiques sur l’étude |
|
|
Commentaires cliniques sur l’étude |
|
Mettre NP si non précisé dans l’article.
Jugement argumenté des experts
Les opinions et les préférences des experts du groupe de travail
ont été recueillies en réunion. Cette réunion a été animée par les
méthodologistes ayant participé à l’analyse critique des données
scientifiques.
Les experts du groupe de travail ont pu, à cette occasion,
commenter les conclusions scientifiques issues de la littérature
analysée. Toutes les remarques ainsi émises ont été synthétisées
dans les sections « jugement argumenté des experts ».
C’est par ce travail de confrontation entre données scientifiques
et expertise clinique que les recommandations ont été
élaborées.
Recommandations et niveaux de preuve
Les recommandations de pratique clinique émises par le groupe de
travail ont été classées en Standards, Options et Recommandations,
conformément à la méthodologie des SOR. Pour chacune des méthodes
ou interventions ainsi listée, le niveau de preuve a été spécifié.
(cf. § Définition : Les Standards, Options et
Recommandations, les niveaux de preuve).
Pour plus de détails, le lecteur peut se référer à la méthodologie
de développement des SOR [1, 2].
Processus de relecture nationale
Ce document a été revu par des experts indépendants issus des
secteurs public et privé.
Une grille de relecture basée sur la grille AGREE était proposée
pour aider les contributeurs à évaluer la validité, la clarté, la
pertinence et l’acceptabilité des Standards, Options et
Recommandations élaborés par le groupe de travail [8].
Une date limite de réponse était donnée pour clore ce processus de
relecture.
Seules les personnes ayant répondu à la relecture figurent de
façon nominative dans le document.
En cas de commentaires ou de réserves, une justification écrite et
détaillée était demandée, faisant référence aux données de la
science et/ou à l’expérience argumentée des médecins.
Les commentaires de la relecture externe ont été compilés et
analysés par le groupe de travail. La nature des modifications
engendrées est décrite dans la section « résultat du processus
de relecture ».
Résultats globaux
Résultat global de la recherche bibliographique
L’équation de recherche bibliographique a rapporté
416 références. Parmi ces 416 références,
16 traitaient a priori de la prise en charge des
douleurs provoquées lors des ponctions sanguines, lombaires et
osseuses chez l’adulte.
Concernant les ponctions lombaires et ponctions biopsies osseuses,
ont été finalement sélectionnées 3 études prospectives
randomisées chez l’adulte.
Concernant les prélèvements sanguins, ont été finalement
sélectionnées 7 études prospectives randomisées et
2 études prospectives non randomisées chez l’adulte.
Il est important de noter que le groupe de travail n’a pas
souhaité exclure de son champ d’analyse les études menées hors
cancérologie, ces dernières pouvant fournir certains arguments
scientifiques utiles en l’absence d’étude menée en
cancérologie.
• Résultat global de la relecture nationale
Cent-vingt-neuf contributeurs externes au groupe de travail ont
été sollicités. Trente-quatre ont répondu (26 %). Tous ces
commentaires ont fait l’objet d’une analyse détaillée.
Quatre-vingt-quatre pour cent étaient d’accord pour reconnaître que
les recommandations étaient applicables dans la pratique clinique,
84 % ont approuvé les recommandations et 83 % étaient
d’accord pour utiliser les recommandations dans leur pratique
clinique (tableau 1).
Tableau 1. Résultats du processus
de relecture.
|
Tous |
En grande partie |
Certains |
Aucun |
Non précisé |
| Recommandations applicables pour la pratique
clinique |
22 (65 %) |
8 (23 %) |
1 (3 %) |
0 (0 %) |
3 (9 %) |
| Approbation des recommandations |
24 (71 %) |
8 (23 %) |
0 (0 %) |
0 (0 %) |
2 (6 %) |
| Utilisation des recommandations pour la pratique
clinique |
21 (62 %) |
10 (29 %) |
2 (6 %) |
0 (0 %) |
1 (3 %) |
Les caractéristiques des répondeurs sont présentées en figure 1 et leurs
établissements d’appartenance en figure 2.
Les principales modifications issues de l’analyse des
commentaires de la relecture nationale ont porté sur les points
suivants :
– Le chapitre « Recommandations de bonne pratique pour
l’exécution de gestes invasifs chez l’adulte atteint de
cancer » a été complété pour tenir compte de l’ensemble des
remarques émises. Cependant, ce chapitre reste d’un niveau général
car ces notions ne faisaient pas directement partie du travail
défini initialement (cf. § Méthode).
– La notion de prémédication par anxiolytique a été précisée par
l’ajout d’un tableau relatif aux molécules jugées de durée d’action
courte par le groupe de travail.
– Une recherche complémentaire a été menée sur la douleur liée à
la ponction sanguine via une chambre implantable
(utilisation des mots-clés « douleur » et « chambre
implantable »). Une seule étude a été retrouvée [9]. Cette
étude a cependant été exclue de l’analyse car elle ne s’intéressait
qu’à la douleur liée à l’insertion du système implantable.
– Enfin, les recommandations relatives à la prise en charge de la
douleur liée à une ponction osseuse ont été reformulées pour tenir
compte des commentaires de la relecture nationale. Trois options
antalgiques ont été définies par le groupe de travail. Le choix de
l’option à mettre en œuvre est laissé au médecin, en relation avec
son patient.
Remarques préalables : recommandations de bonne pratique,
exécution de gestes invasifs chez l’adulte atteint de cancer
Ces recommandations de bonne pratique, qui relèvent de l’opinion
d’experts cliniciens, s’ajoutent à l’ensemble des recommandations
de pratique clinique présentées pour chaque geste
invasif :
– il faut systématiquement évaluer la nécessité d’effectuer un
geste invasif douloureux ;
– tout geste invasif doit être exécuté par une personne formée
utilisant un matériel adapté ;
– lorsque l’indication du geste est posée, le patient doit être
informé de son caractère douloureux et doit pouvoir exprimer ses
préférences quant au choix d’une stratégie antalgique. À moins que
le patient ne le demande, il est déconseillé de faire mention du
caractère douloureux du geste au moment même de son exécution pour
éviter une douleur iatrogénique d’anticipation ;
– la mise en œuvre d’une intervention à visée antalgique doit
impérativement respecter le délai d’action et tenir compte de la
durée d’action de l’intervention retenue (cf. libellés d’AMM sur www.theriaque.org) ;
– la mise en œuvre d’une intervention à visée anxiolytique répond
aux mêmes principes. Des molécules à durée d’action courte doivent
être privilégiées dans ce contexte (annexe 1) ;
– une évaluation systématique de la pénibilité du geste pour le
patient doit être effectuée. Le résultat de chaque évaluation devra
orienter le praticien sur la nécessité éventuelle de reconsidérer
la stratégie antalgique à proposer au patient pour le geste
suivant. Concernant les modalités d’évaluation de la douleur, les
experts orientent le lecteur vers le chapitre « Douleur aiguë
liée aux actes » des recommandations pour la pratique clinique
« Standards, Options et Recommandations pour l’évaluation de
la douleur chez l’adulte et l’enfant atteints de cancer »
[3].
Prise en charge de la douleur provoquée par la ponction
lombaire chez l’adulte atteint de cancer
Résultats de la recherche bibliographique
• Données réglementaires spécifiques
Seul le mélange équimolaire d’oxygène et protoxyde d’azote
(Meopa) dispose d’un libellé d’AMM faisant spécifiquement mention
au geste de ponction lombaire : « Préparation des actes
douloureux de courte durée chez l’adulte et l’enfant, notamment
ponction lombaire, myélogramme, petite chirurgie superficielle,
pansements de brûlés, réduction de fractures simples, réduction de
certaines luxations périphériques et ponction veineuse chez
l’enfant ».
• Données scientifiques
En cancérologie
Aucune étude prospective contrôlée concernant la prise en charge
de la douleur provoquée par la ponction lombaire chez l’adulte
atteint de cancer n’a été retrouvée.
Ce résultat concerne :
– les interventions pharmacologiques (anesthésiques locaux,
antalgiques, mélange équimolaire d’oxygène et protoxyde d’azote,
anxiolytiques) ;
– les interventions non pharmacologiques (contrôle cognitif de la
douleur, relaxation, hypnose).
Hors cancérologie
Une étude prospective randomisée a été sélectionnée. Cette étude
portait sur l’efficacité du mélange lidocaïne et prilocaïne
(pansement adhésif cutané) dans la prise en charge de la douleur
provoquée par le geste de rachianesthésie chez l’adulte [10].
Analyse des données de la littérature
Une étude randomisée a testé l’efficacité du mélange lidocaïne
et prilocaïne (pansement adhésif cutané) contre placebo pour
diminuer d’au moins 50 % la douleur et l’anxiété liées à la
rachianesthésie [10]. Cent-quatre-vingts patients devant subir une
chirurgie ont été inclus et 167 évalués. Après randomisation,
les patients ont été répartis en trois groupes :
– un groupe de 56 patients recevant du diazépam oral à
0,1-0,2 mg/kg et un pansement de 1 g de mélange lidocaïne
et prilocaïne à 5 % ;
– un groupe de 58 patients recevant du diazépam oral à
0,1-0,2 mg/kg, un pansement placebo, et une injection de
lignocaïne à 2 % adrénalinée ;
– un groupe de 55 patients recevant du diazépam oral à
0,1-0,2 mg/kg et un pansement placebo.
Au sein de chaque groupe, la rachianesthésie a utilisé différentes
aiguilles :
– aiguille de type Quincke de 25 G sans
introducteur ;
– aiguille de types Whitacre ou Sprotte de
25-27 G avec un introducteur de 20-22 G ;
– aiguille de type Atraucan de 29 G avec introducteur
pour 4 patients.
Le temps d’application médian du pansement de mélange lidocaïne et
prilocaïne a été de 120 minutes, avec une étendue comprise
entre 45 minutes à 450 minutes.
L’utilisation d’un introducteur s’est faite dans des proportions
différentes selon les groupes (p = 0,03).
Cette étude rapporte les résultats suivants (tableau 2) :
Tableau 2. Étude prospective
randomisée relative à la prise en charge de la douleur provoquée
par la ponction lombaire chez l’adulte (hors cancérologie).
| Références |
Geste invasif
|
Interventions antalgiques
comparées
|
Patients évalués/inclus |
Scores douleur mesurés |
Significativité |
|
|
Diazépam oral 0,1-0,2 mg/kg
+ pansement de lidocaïne et prilocaïne |
56/60 |
Score médian EVA = 7,5 mm |
- |
| [10] |
Rachi-anesthésie |
Diazépam oral 0,1-0,2 mg/kg
+ pansement placebo + 2 mL lignocaïne à
2 % avec adrénaline |
58/60 |
Score médian EVA = 17,5 mm |
p < 10-4 |
|
|
Diazépam oral 0,1-0,2 mg/kg
+ pansement placebo |
55/60 |
Score médian EVA = 18 mm |
p < 10-4 |
EVA : Échelle visuelle analogique.
– une différence significative sur le critère de la douleur
mesurée par EVA immédiatement après le geste en faveur du groupe
pansement actif comparé aux deux autres groupes (score
médian diazépam + pansement actif = 7,5 mm
versus score
médian diazépam + lignocaïne = 17,5 mm
versus score
médian diazépam + placebo = 18 mm ;
p < 10-4) ;
– aucune différence sur le critère de la douleur entre les groupes
lignocaïne + placebo et placebo seul ;
– la douleur ressentie est moins forte qu’attendue pour 73 %
des patients du groupe pansement actif, contre 48 % des
patients du groupe lignocaïne, et 46 % des patients du groupe
placebo seul (p = 0,034) ;
– l’apparition d’un érythème ou rash cutané a été observée chez
18 % des patients du groupe pansement de lidocaïne et
prilocaïne, contre 5 % des patients du groupe lidocaïne, et
7 % des patients du groupe placebo seul
(p = 0,056).
Commentaires méthodologiques et cliniques
L’étude réalisée par Koscielniak-Nielsen et al. présente
certaines faiblesses méthodologiques :
– le temps d’application du pansement actif est très variable d’un
patient à l’autre (de 45 à 450 minutes) laissant envisager une
hétérogénéité du niveau d’anesthésie entre les patients, qui
pourrait affecter la valeur du score douleur mesurée dans ce
groupe. Il est donc difficile de conclure que l’effet antalgique
mesuré dans cette étude est celui obtenu pour un temps
d’application du pansement de 120 minutes ;
– le matériel d’anesthésie utilisé d’un patient à l’autre et d’un
groupe de patients à l’autre est très hétérogène (type d’aiguille,
introducteur ou non).
Sur un plan clinique, cette étude soulève également plusieurs
remarques :
– la prémédication systématique avec un anxiolytique (diazépam
oral à 0,1-0,2 mg/kg) pour tous les patients de l’étude
empêche d’avoir une idée de l’effet brut du pansement de lidocaïne
et prilocaïne dans ce contexte. Les scores douleur mesurés par EVA
dans chaque bras sont faibles (score médian maximal de 18 mm
pour le bras diazépam et pansement placebo). Cependant,
l’observation de valeurs faibles du score EVA dans ces deux bras,
ne dispense pas de la mise en œuvre d’une technique antalgique et
ne doit pas être interprété comme le fait qu’une PL n’est pas
douloureuse. Cela ne justifierait pas que l’on écarte toute méthode
antalgique pour ce type de geste ;
– le contexte de la rachianesthésie pour un patient hors
cancérologie peut paraître difficilement transposable à celui de la
ponction lombaire pour un patient atteint de cancer. Il est
également important de souligner le caractère répétitif des
ponctions lombaires chez un patient atteint de cancer, qui n’est
pas abordé dans l’étude ;
– l’infiltration d’un anesthésique local n’apporterait pas d’effet
antalgique supérieur à l’utilisation d’un pansement placebo. Cette
absence d’efficacité, surprenante au plan clinique, pourrait être
attribuable à l’opérateur, au temps d’injection, à la douleur
provoquée par l’injection de lignocaïne, etc.
Conclusions
• En cancérologie
La littérature scientifique analysée ne permet pas, dans le
contexte des ponctions lombaires répétées chez l’adulte atteint de
cancer, d’établir des règles d’utilisation des antalgiques, des
anesthésiques locaux, des anxiolytiques, du Meopa, et des
techniques non médicamenteuses (contrôle cognitif de la douleur,
relaxation, hypnose).
• Hors cancérologie
Chez des patients adultes (non atteints de cancer) prémédiqués
avec du diazépam oral à 0,1-0,2 mg/kg, l’utilisation d’un
pansement de lidocaïne et prilocaïne semble diminuer d’au moins
50 % la douleur liée à la rachianesthésie (niveau de preuve
C).
Cet effet est obtenu pour un temps d’application du pansement de
120 minutes (niveau de preuve C).
Dans le contexte de la rachianesthésie, pour des patients adultes
prémédiqués avec du diazépam oral à 0,1-0,2 mg/kg, l’injection
de lignocaïne à 2 % ne semble pas permettre d’obtenir un effet
antalgique supérieur à l’application d’un pansement placebo
(niveau de preuve C).
Jugement argumenté des experts
Les conclusions basées sur l’analyse de la littérature n’ont pas
permis aux experts d’extraire des recommandations d’un niveau
d’applicabilité suffisant pour la pratique clinique en
cancérologie.
Un travail de confrontation des expériences cliniques des experts
a été mis en œuvre pour permettre, via l’expression d’un jugement
argumenté, d’élaborer ces recommandations. La stratégie de prise en
charge de la douleur liée au geste de ponction lombaire est donc
principalement basée sur l’accord d’experts.
Si l’étude de Koscielniak-Nielsen et al. a été retenue,
c’est parce que les experts ont estimé que le geste de
rachianesthésie était suffisamment proche du geste de la ponction
lombaire au plan technique. Les aiguilles de ponction lombaire sont
généralement plus grosses que celles de rachianesthésie. Les
recommandations ci-dessous ne s’entendent donc que pour des
ponctions lombaires utilisant des aiguilles dont le calibre est
inférieur ou égal à celles utilisées dans l’étude sélectionnée,
c’est-à-dire pour une aiguille de 25 G avec un introducteur de
20 G.
Concernant les ponctions lombaires diagnostiques, les experts
recommandent l’application d’un pansement de lidocaïne et
prilocaïne 120 minutes avant la ponction et d’effectuer le
geste avec l’aiguille la plus fine possible.
Le choix d’un tel matériel rejoint la problématique de la
diminution du risque de céphalées post-ponction. Cet aspect
iatrogène secondaire au geste n’est pas décrit dans ce document
centré sur la douleur immédiate. Cependant les experts orientent le
lecteur vers une revue systématique en cours de réalisation par la
collaboration Cochrane® qui tente de faire le
point sur cette question [11]. Dans leur protocole, les auteurs
rapportent que l’ensemble des études menées jusqu’en 1999
convergent pour dire que l’utilisation de petites aiguilles à
section atraumatique (Sprotte rounded, ou Whitacre
pencil-point) permet de diminuer l’incidence des céphalées
post-PL en comparaison avec des aiguilles de taille supérieure ou
de type Quincke. Mais, toujours d’après ces auteurs, les
études ne seraient pas de bonne qualité méthodologique et
n’incluraient que des patients chirurgicaux. L’analyse
complémentaire de la littérature menée actuellement par le groupe
Cochrane® devrait permettre de confirmer ou
d’infirmer l’intérêt de cette stratégie.
Considérant que le Meopa dispose d’une indication spécifique pour
les ponctions lombaires et qu’il est fréquemment disponible en
pratique clinique, les experts recommandent ce produit comme option
antalgique.
Concernant les ponctions lombaires thérapeutiques, les
recommandations sont a priori les mêmes que pour les
ponctions diagnostiques. Mais l’injection de produits
thérapeutiques agressifs modifie probablement la perception de la
douleur au cours du temps. Ceci renforce la nécessité d’évaluer la
douleur en continu après chacun des gestes itératifs effectués chez
le patient atteint de cancer.
Les experts ne disposent pas d’argument aujourd’hui pour
recommander l’injection d’un anesthésique local si l’application
d’un mélange de lidocaïne et prilocaïne n’est pas possible.
Recommandations
Standards, Options et Recommandations
|
Prise en charge de la douleur liée à la ponction
lombaire chez l’adulte
|
|
Standard
Apposition d’un pansement de lidocaïne-prilocaïne
120 minutes avant la ponction (accord d’experts).
|
| Option
Meopa (accord d’experts).
|
| Recommandations
Utilisation d’aiguilles fines à section atraumatique de type
Sprotte rounded, ou Whitacre pencil-point (accord
d’experts). Surveillance accrue de la sédation en cas
d’administration de Meopa pour un patient sous opioïde (accord
d’experts). Maintien d’un contact verbal avec le patient durant
l’exécution du geste en cas d’administration de Meopa (accord
d’experts). Les anxiolytiques et les techniques non médicamenteuses
(contrôle cognitif de la douleur, relaxation, hypnose) ne
s’envisagent qu’au cas par cas, notamment en cas d’anxiété majeure,
pour des actes répétés, si l’antalgie était jugée insuffisante avec
les moyens définis (accord d’experts). Développement de la
recherche clinique pour ces interventions (accord
d’experts).
|
Prise en charge de la douleur provoquée par les ponctions
osseuses (aspiration et biopsie) chez l’adulte atteint de
cancer
Résultats de la recherche bibliographique
• Données réglementaires spécifiques
Seul le mélange équimolaire d’oxygène-protoxyde d’azote (Meopa)
dispose d’un libellé d’AMM faisant spécifiquement mention au geste
de ponction osseuse : « Préparation des actes douloureux
de courte durée chez l’adulte et l’enfant, notamment ponction
lombaire, myélogramme, petite chirurgie superficielle, pansements
de brûlés, réduction de fractures simples, réduction de certaines
luxations périphériques et ponction veineuse chez
l’enfant ».
• Données scientifiques
En cancérologie
Une étude prospective randomisée menée chez des patients adultes
atteints de lymphome a été sélectionnée. Cette étude portait sur
l’efficacité d’une prémédication au lorazépam et à l’hydromorphone
combinée à une anesthésie locale pour la prise en charge de la
douleur et de l’anxiété liées au geste de ponctions osseuses
[12].
Hors cancérologie
Une étude prospective randomisée a été sélectionnée. Cette étude
portait sur l’efficacité de l’adjonction de lorazépam à une
anesthésie locale pour la prise en charge de la douleur liée aux
gestes de ponctions osseuses [13].
Analyse des données de la littérature
Une étude randomisée, menée en double aveugle, a comparé
l’association « injection d’un anesthésique local et
lorazépam » à l’association « injection d’un anesthésique
local et placebo » pour diminuer la douleur liée aux gestes de
biopsie osseuse ou de myélogramme [13]. Cinquante adultes devant
subir un de ces gestes sur la crête iliaque postérieure ont été
inclus. Deux groupes de patients ont été évalués :
– un groupe de 24 patients (injection de 5 mL de
lignocaïne à 2 % + placebo oral 90-120 minutes
avant le geste) ;
– un groupe de 22 patients (injection de 5 mL de
lignocaïne à 2 % + 4 mg de lorazépam oral
90-120 minutes avant le geste).
Cette étude rapporte les résultats suivants (tableau 3) :
Tableau 3. Études prospectives
randomisées relatives à la prise en charge de la douleur provoquée
par les ponctions osseuses chez l’adulte.
| Références |
Geste invasif |
Interventions antalgiques comparées |
Patients évalués/inclus |
Scores douleur mesurés |
Différences |
| [13] |
Biopsie osseuse/myélogramme sur crête iliaque
postérieure |
Injection de 5 mL de lignocaïne à
2 % + placebo 90-120 min avant le geste |
24/25 |
Score moyen
EVA = 44,3 mm* |
- |
|
|
Injection de 5 mL de lignocaïne à
2 % + 4 mg de lorazépam oral 90-120 min
avant le geste |
22/25 |
Score moyen
EVA = 37,1 mm* |
NS |
| [12] |
2 gestes successifs par patient :
biopsie osseuse/myélogramme sur crête iliaque postérieure |
Injection de lidocaïne à
1 % + placebo 1 h avant le geste pour chacun
des 2 prélèvements successifs |
13 |
Score médian EVA = 58,0 mm |
- |
|
|
Injection de lidocaïne à
1 % + placebo 1 h avant le geste pour le
premier prélèvement injection de lidocaïne à
1 % + 2 mg de lorazépam oral et 2 mg
d’hydromorphone orale 1 h avant le geste pour le second
prélèvement |
12 |
Score médian EVA = 39,0 mm |
NS |
*Scores estimés à partir d’un graphique de la
publication ;
NS : non significatif à 5 % ; EVA : échelle
visuelle analogique.
– aucune différence significative entre les deux groupes en
termes de douleur mesurée par EVA immédiatement après le geste
(score
moyen lignocaïne + lorazépam = 37,1 mm
versus score
moyen lignocaïne + placebo = 44,3 mm ;
ces scores ont été estimés sur la base d’un graphique de la
publication) ;
– une différence significative entre les groupes en termes de
douleur mesurée par EVA 24 heures après le geste en faveur du
groupe lorazépam (score moyen lignocaïne +
lorazépam = 14,7 mm versus score moyen
lignocaïne + placebo = 41,5 mm ;
p = 0,0004). Cet effet observé à distance est lié à un
effet amnésique du lorazépam : 8 patients sur
22 étaient incapables de se souvenir du geste subi
24 heures auparavant ;
– aucun effet indésirable. Cependant, aucune description précise
n’est présentée dans l’étude.
Une autre étude randomisée, menée en double aveugle contre
placebo, a testé si une prémédication au lorazepam et à
l’hydromorphone combinée à une anesthésie locale permettait de
réduire d’au moins 25 % la douleur et l’anxiété liées aux
gestes de myélogramme ou de biopsie osseuse [12]. Vingt-sept
patients adultes atteints de lymphome ont été inclus. Chaque
patient devait subir deux prélèvements successifs (un par aile
iliaque). Après randomisation, les patients ont été répartis en
deux groupes :
– un groupe de 13 patients (injection de lidocaïne à
1 % + placebo oral 1 heure avant le geste pour
chacun des deux prélèvements successifs) ;
– un groupe de 12 patients (injection de lidocaïne à
1 % + placebo oral, 1 heure avant le geste pour
le premier prélèvement ; injection de lidocaïne à
1 % + 2 mg de lorazépam oral et 2 mg
d’hydromorphone orale, 1 heure avant le geste pour le second
prélèvement).
Cette étude rapporte les résultats suivants (tableau 3) :
– aucune différence significative entre les deux groupes sur le
critère de la douleur mesurée par EVA immédiatement après le
deuxième geste (score médian lorazépam +
hydromorphone = 39 mm versus score
médian placebo = 58 mm ;
p = 0,21) ;
– aucune différence significative entre les deux groupes sur le
critère de l’anxiété mesurée par les Spielberger Trait and State
Anxiety Scales immédiatement après le deuxième geste ;
– aucune différence significative entre les deux groupes sur les
critères de la douleur et de l’anxiété mesurés 24 heures après
le deuxième geste ;
– des effets secondaires « acceptables » pour le groupe
lorazépam-hydromorphone en termes de somnolence, de tremblements,
de nausées et de constipation. Cependant, aucune description
précise des effets indésirables n’est présentée dans l’étude.
Commentaires méthodologiques et cliniques
Les deux études analysées incluent des gestes différents :
myélogramme et biopsie osseuse. L’absence de résultat ajusté sur le
type de geste est gênante au plan clinique car il s’agit de deux
gestes de niveaux invasifs différents.
Ces deux études utilisent le lorazépam comme benzodiazépine alors
que le midazolam, dont le temps d’élimination est plus court,
serait plus intéressant dans ce contexte. Le lorazépam n’a pas
d’indication spécifique dans les gestes invasifs. Le midazolam est
un hypnotique et un sédatif à action rapide dont une des
indications chez l’adulte est la sédation vigile, avant et pendant
les procédures à visée diagnostique ou thérapeutique, avec ou sans
anesthésie locale.
L’étude conduite par Milligan et al. présente des
faiblesses méthodologiques. Le critère de jugement principal de
l’étude n’est pas clairement formulé. Aucune description précise de
la population incluse dans l’étude n’est disponible, rendant
difficile l’extrapolation éventuelle des résultats. De plus, la
dose de 4 mg de lorazépam est très élevée et ne se
rencontrerait pas dans la pratique clinique française. Le résultat
observé à 24 heures sur la mémoire ne peut donc être considéré
comme intéressant au plan clinique.
L’étude menée par Wolanskyj et al. inclut un faible nombre
de patients et utilise une dose d’hydromorphone peut-être
insuffisante (2 mg d’hydromorphone équivalent à 15 mg de
sulfate de morphine). Cela pourrait expliquer le fait que
l’hydromorphone orale n’apporte pas de bénéfice antalgique
supérieur au placebo dans cette étude.
Conclusions
• En cancérologie
Pour une ponction osseuse de type biopsie ou myélogramme
pratiquée sur la crête iliaque chez l’adulte, l’adjonction de
lorazépam à 2 mg associé à l’hydromorphone à 2 mg ne
semble pas permettre d’obtenir un meilleur contrôle de la douleur
par rapport à une anesthésie locale seule (niveau de preuve
C).
• Hors cancérologie
Pour une ponction osseuse de type biopsie ou myélogramme
pratiquée sur la crête iliaque chez l’adulte, l’adjonction de
lorazépam seul à 4 mg ne semble pas permettre d’obtenir un
meilleur contrôle de la douleur par rapport à une anesthésie locale
seule (niveau de preuve C).
Jugement argumenté des experts
Les conclusions basées sur l’analyse de la littérature n’ont pas
permis aux experts d’extraire des recommandations d’un niveau
d’applicabilité suffisant pour la pratique clinique.
Un travail de confrontation des expériences cliniques des experts a
été mis en œuvre pour permettre, via l’expression d’un jugement
argumenté, de compléter ces recommandations. La stratégie de prise
en charge de la douleur liée aux gestes de ponctions osseuses est
donc principalement basée sur l’accord d’experts.
Pour mener à bien leur raisonnement, les experts ont identifié
plusieurs douleurs liées aux gestes d’aspiration et de biopsie
osseuse :
– douleur liée à la piqûre ;
– douleur liée à la traversée des tissus plus profonds ;
– douleur liée à la pénétration du périoste ;
– douleur liée à l’aspiration (myélogramme) ou au décrochage de la
carotte (biopsie osseuse).
Dans les deux études analysées, les scores douleur relevés dans
les bras anesthésie locale seule montrent que le niveau de douleur
reste important (44,3 mm pour Milligan et al. et
58 mm pour Wolanskyj et al.).
La seule injection d’un anesthésique local apparaît insuffisante
pour les ponctions osseuses chez l’adulte et ne permettrait au
mieux que de diminuer la douleur liée à la piqûre et la douleur
liée à la traversée des tissus plus profonds.
Pour augmenter l’antalgie en première intention, les experts
proposent l’utilisation de Meopa. Le Meopa est indiqué dans la
préparation des actes douloureux de courte durée chez l’adulte,
notamment par un myélogramme. Cependant, aucune étude prospective
comparative publiée n’a été retrouvée à ce sujet. Le Meopa procure
une analgésie de surface, une sédation « vigile », une
diminution de la perception sensorielle, une anxiolyse et une
amnésie, sans risque de dépression respiratoire, ni perte de
conscience, et avec une conservation du réflexe de déglutition.
L’utilisation conjointe de Meopa et d’une infiltration d’un
anesthésique local pourrait ainsi être une association
intéressante. Les experts soulignent la précaution d’emploi que
nécessite l’utilisation de Meopa pour un patient sous opioïde. Dans
cette indication, les experts recommandent une surveillance accrue
de la sédation du patient, un contact verbal avec le patient durant
l’exécution du geste, ainsi que le maintien du masque par le
patient. Considérant l’absence de littérature scientifique et la
balance bénéfice/risque pour le patient, les experts n’envisagent
pas la prescription conjointe Meopa-opioïde chez un patient non
traité par opioïde par ailleurs.
Une autre stratégie de prise en charge initiale est également
retenue par les experts et repose sur l’association
suivante :
– application d’un mélange de lidocaïne et de prilocaïne
120 minutes avant le geste (destiné à prévenir la douleur liée
à la piqûre) ;
– administration d’un opioïde :
• pour un patient sans traitement antalgique ou sous traitement
antalgique de niveau 1 ou 2, la prescription d’un opioïde de niveau
3 à libération immédiate par voie orale est recommandée. Les
experts soulignent cependant la nécessité de la surveillance
post-interventionnelle des patients en ambulatoire,
• pour un patient déjà sous opioïde, il est recommandé de
pratiquer une interdose avec un délai suffisant. Cela peut être,
selon la voie d’administration, une interdose à 10 % de la
dose totale d’opioïde des dernières 24 heures. Pour plus de
précisions sur les interdoses, les experts renvoient le lecteur
vers le document Standards, Options et Recommandations 2002 pour
les traitements antalgiques médicamenteux des douleurs cancéreuses
par excès de nociception chez l’adulte [6] ;
– infiltration d’un anesthésique local (destiné à prévenir la
douleur liée à la traversée des tissus plus profonds) et,
éventuellement ;
– administration d’un anxiolytique (pour les experts, malgré les
résultats négatifs rapportés dans les études analysées, le recours
à une benzodiazépine reste une option pour certains patients
anxieux. Dans cette indication, l’utilisation d’une molécule de
durée d’action courte donnée dans un délai suffisant est
recommandée).
Enfin, pour les experts, le recours d’emblée à l’anesthésie
générale peut constituer une option à étudier au cas par cas
(plusieurs ponctions osseuses programmées, possibilité de grouper
plusieurs gestes invasifs par exemple). Ce choix doit se faire sur
la base d’une étude approfondie de la balance bénéfice/risque et du
recueil des préférences du patient.
En résumé, trois options de prise en charge de la douleur
provoquée par les ponctions osseuses sont proposées chez
l’adulte :
– Meopa + infiltration d’un anesthésique local ;
– ou mélange de lidocaïne et de prilocaïne + opioïde +
infiltration d’un anesthésique local +/- anxiolytique pour un
patient anxieux ;
– ou anesthésie générale, notamment si plusieurs ponctions
osseuses sont programmées ou s’il existe une possibilité de
regrouper plusieurs gestes invasifs.
Lorsque plusieurs ponctions osseuses sont programmées, une
évaluation systématique de la pénibilité du geste pour le patient
doit être mise en œuvre en vue d’une réorientation éventuelle de la
stratégie antalgique pour le(s) geste(s) suivant(s). En cas d’échec
antalgique révélé lors de la dernière ponction, il est recommandé
de proposer au patient une des options antalgiques alternatives
pour le(s) geste(s) suivant(s).
Recommandations
Standards, Options et Recommandations
|
Prise en charge de la douleur liée aux ponctions
osseuses chez l’adulte atteint de cancer
|
|
Standard
Pas de standard.
|
| Options
Meopa + infiltration d’un anesthésique local
(accord d’experts). Application topique d’un mélange de
lidocaïne-prilocaïne 120 minutes avant le
geste + opioïde + infiltration d’un
anesthésique local +/- anxiolytique (patient anxieux) (accord
d’experts). Anesthésie générale (notamment en cas de ponctions
osseuses répétées, de possibilité de regrouper plusieurs gestes
invasifs, etc.) (accord d’experts).
|
| Recommandations
Pour l’administration de Meopa :
– surveillance accrue de la sédation en cas d’administration
de Meopa pour un patient sous opioïde (accord
d’experts) ;
– maintien d’un contact verbal avec le patient durant
l’exécution du geste en cas d’administration de Meopa (accord
d’experts).
Pour l’administration d’un opioïde :
– si le patient est sans traitement antalgique ou sous
traitement antalgique de niveau 1 ou 2, l’opioïde est un opioïde de
niveau 3 à libération immédiate par voie orale (accord
d’experts) ;
– si le patient est déjà sous opioïde, il s’agit d’une interdose
avec un délai suffisant selon la voie d’administration (accord
d’experts). Pour l’administration d’un anxiolytique :
– utilisation d’une molécule de durée d’action courte donnée
dans un délai suffisant (accord d’experts). Pour
l’anesthésie générale :
– étude approfondie de la balance bénéfice/risque et recueil
des préférences du patient (accord d’experts).
Pour des ponctions osseuses répétées, en cas d’échec antalgique
révélé lors de la dernière ponction, il est recommandé de proposer
au patient une des options antalgiques alternatives pour le(s)
geste(s) suivant(s) (accord d’experts).
Développement de la recherche clinique.
|
Prise en charge de la douleur provoquée par les ponctions à
l’artère radiale pour la mesure des gaz du sang chez l’adulte
atteint de cancer
Résultats de la recherche bibliographique
• Données réglementaires spécifiques
Aucune intervention pharmacologique à visée antalgique ne
dispose dans son libellé d’AMM d’une mention spécifique au geste de
ponction artérielle.
• Données scientifiques
En cancérologie
Aucune étude prospective contrôlée concernant la prise en charge de
la douleur provoquée par la ponction sanguine à l’artère radiale
chez l’adulte atteint de cancer n’a été retrouvée.
Ce résultat concerne :
– les interventions pharmacologiques (anesthésiques locaux,
antalgiques, mélange équimolaire d’oxygène et protoxyde d’azote,
anxiolytiques) ;
– les interventions non pharmacologiques (contrôle cognitif de la
douleur, relaxation, hypnose).
Hors cancérologie
Quatre études prospectives randomisées ont été
sélectionnées :
– deux études portent sur l’efficacité de l’injection d’un
anesthésique local [14, 15] ;
– deux études portent sur l’efficacité d’un anesthésique local
topique [16, 17].
Deux études prospectives non randomisées ont également été
sélectionnées. Ces deux études ont comparé sur le critère de la
douleur une ponction à l’artère radiale et une ponction capillaire
au lobe de l’oreille [18, 19].
Analyse des données de la littérature
• Ponction à l’artère radiale versus ponction capillaire
au lobe de l’oreille
Chez l’adulte, deux études prospectives non randomisées ont
comparé sur le critère de la douleur la ponction à l’artère radiale
et la ponction au lobe de l’oreille [18, 19].
Dar et al. ont inclus 55 patients souffrant de
pathologies pulmonaires non cancéreuses en crise aiguë et
nécessitant une mesure des gaz du sang. Deux groupes de patients
ont été constitués. Chaque patient au sein de chaque groupe avait à
subir successivement selon un ordre déterminé au hasard les deux
types de ponctions. Dans un des deux groupes, la ponction en regard
de la gouttière radiale était précédée d’une injection de
lignocaïne à 1 %.
Eaton et al. ont inclus 100 patients souffrant de
pathologie respiratoire chronique nécessitant une mesure des gaz du
sang pour prescription éventuelle d’une oxygénothérapie au long
cours. Chaque patient avait à subir successivement selon un ordre
déterminé au hasard les deux types de ponctions. Aucun anesthésique
n’était proposé dans cette étude.
Les auteurs rapportent les résultats suivants :
– quel que soit le groupe de patients (avec ou sans anesthésie
locale), la ponction capillaire est moins douloureuse que la
ponction à l’artère radiale (p < 0,02) ;
– quel que soit le groupe de patients (avec ou sans anesthésie
locale), les patients déclarent préférer la ponction au lobe de
l’oreille (pas de comparaison statistique disponible) ;
– aucune différence dans la qualité des prélèvements
(SaO2 et PCO2) pour Dar et al. ;
– une sous-estimation des taux de SaO2 et de
PCO2 pour la ponction capillaire dans l’étude d’Eaton
et al. ;
– Eaton et al. ne rapportent aucun effet indésirable
notable pour chacune des deux techniques ;
– Dar et al. ne se sont pas intéressés aux effets
indésirables dans leur étude.
• Ponction à l’artère radiale : injection d’un
anesthésique local versus placebo ou ne rien faire
Chez l’adulte, deux études randomisées menées en double aveugle
ont comparé l’injection d’un anesthésique local à un placebo ou à
ne rien faire dans le cadre de la douleur liée à la ponction à
l’artère radiale [14,15]. Giner et al. ont inclus
210 patients souffrant de pathologie pulmonaire non
cancéreuse. Aucune précision sur la pathologie n’est donnée dans
l’étude de Lightowler et al. (101 patients inclus). Ces
deux études présentent trois bras (un bras anesthésie locale, un
bras placebo et un bras contrôle). L’anesthésie locale consistait à
l’injection de 0,2 mL de mépivacaïne à 1 % pour Giner
et al. et à l’injection de 0,5 mL de lignocaïne à
2 % pour Lightowler et al.
Les auteurs rapportent les résultats suivants (tableau 4) :
Tableau 4. Études prospectives
randomisées relatives à la prise en charge de la douleur provoquée
par la ponction sanguine à l’artère radiale chez l’adulte.
| Références |
Geste invasif |
Interventions antalgiques
comparées |
Patients évalués/inclus |
Scores douleur mesurés |
Différences |
| Injection d’un anesthésique local
versus placebo ou ne rien faire |
| [14] |
Gaz du sang/ponction à l’artère radiale |
Injection de 0,2 mL de mépivacaïne
à 1 % |
70/70 |
Score moyen
EVA = 15,0 mm |
- |
|
|
Ne rien faire |
70/70 |
Score moyen
EVA = 28,0 mm |
p = 2,10-4 |
|
|
Placebo : injection de 0,2 mL
de solution saline |
70/70 |
Score moyen
EVA = 30,6 mm |
p = 10-5 |
| [15] |
Gaz du sang/ponction à l’artère radiale |
Injection de 0,5 mL de lignocaïne
à 2 % |
33/33 |
Score moyen échelle verbale à
4 items* = 1,5 |
- |
|
|
Ne rien faire |
34/34 |
Score moyen échelle verbale à
4 items* = 2,1 |
p = 5,10-4 |
|
|
Placebo : injection d’une solution
normosodée |
34/34 |
Score moyen échelle verbale à
4 items* = 2,2 |
p = 8,10-4 |
| Gel anesthésique local versus
placebo |
| [16] |
Gaz du sang/ponction à l’artère radiale |
Placebo |
39/39 |
Score moyen
EVA = 20,7 mm |
|
|
|
Gel d’améthocaïne à 4 % sous pansement
occlusif 30 min avant le geste |
42/42 |
Score moyen
EVA = 16,0 mm |
NS |
| [17] |
Gaz du sang/ponction à l’artère radiale |
Placebo |
26/26 |
Score moyen
EVA = 23,8 mm |
- |
|
|
1 g de gel de tétracaïne à 4 %
45 min avant le geste |
24/24 |
Score moyen
EVA = 26,2 mm |
NS |
*Scores moyens mesurés par les patients et calculés à partir d’une
variable qualitative ;
NS : non significatif à 5 % ; EVA : échelle
visuelle analogique.
– le score douleur mesuré dans le bras anesthésie locale est
significativement inférieur aux scores douleur mesurés dans les
bras contrôle et placebo pour ces deux études. Giner et al.
rapportent un score douleur moyen mesuré par EVA de 28,0 mm à
30,6 mm sans anesthésie ou avec placebo, contre 15,0 mm
après injection de mépivacaïne. Lightowler et al. ont
utilisé une échelle verbale à 4 items : les patients sous
placebo ou sans anesthésie locale ressentent en moyenne une douleur
légère à modérée alors que les patients sous anesthésie locale
rapportent en moyenne une douleur absente à légère ;
– aucune de ces deux études ne rapporte de résultat sur la
survenue d’effets indésirables.
• Ponction à l’artère radiale : gel anesthésique
local versus placebo
Chez l’adulte, une étude randomisée, menée en double aveugle, a
comparé 30 minutes d’application d’un pansement de gel
d’améthocaïne à 4 % à un placebo dans le cadre de la douleur
liée à la ponction de l’artère radiale [16].
Tran et al. ont inclus 81 patients dans leur étude
mais ne donnent aucune précision sur la ou les pathologies
concernées. Cette étude a cherché à mettre en évidence une
diminution de 15 points du score douleur mesuré par EVA
(échelle de 0 à 100 mm) dans le bras améthocaïne par rapport
au bras placebo.
Les auteurs rapportent (tableau 4) :
– aucune différence significative des scores douleurs entre le
bras améthocaïne et le bras placebo (score douleur moyen
améthocaïne = 16,0 mm versus score douleur
moyen placebo = 20,7 mm ; p = 0,32)
;
– aucune donnée sur les effets indésirables éventuels n’est
disponible dans cette étude.
Une autre étude randomisée, menée en double aveugle, a testé
contre placebo l’efficacité du gel de tétracaïne pour diminuer la
douleur liée à une ponction à l’artère radiale [17]. Cette étude
cherchait à mettre en évidence une différence minimale entre les
groupes de 13 mm sur l’EVA. Cinquante adultes atteints de
pathologies pulmonaires cancéreuses et non cancéreuses ont été
inclus. Après randomisation, les patients ont été répartis en deux
groupes :
– un groupe de 24 patients recevant 45 minutes avant la
ponction sanguine 1 g de gel de tétracaïne à
4 % ;
– un groupe de 26 patients recevant 45 minutes avant la
ponction 1 placebo.
Cette étude rapporte les résultats suivants (tableau 4) :
– aucune différence significative entre les deux groupes sur le
critère de la douleur ;
– aucune différence significative entre les deux groupes en termes
de difficulté à réaliser le geste, de temps pour accomplir le
geste, ou de taux de succès du geste ;
– des effets secondaires à 24 heures du type rougeur, prurit,
ou transpiration ont été constatés dans les 2 groupes (pas de
différence significative).
Commentaires méthodologiques et cliniques sur les études
sélectionnées
Les études comparant ponction à l’artère radiale et ponction
capillaire au lobe de l’oreille sont deux études non randomisées
[18, 19]. On ne peut dès lors pas être assuré que les différences
constatées entre les groupes soient attribuables aux seules
interventions comparées. Dans l’étude de Dar et al. le score
douleur médian lié au prélèvement capillaire est de 3 dans un
groupe contre 1 seulement dans l’autre groupe. Aucune
description de la population incluse (âge, sexe) dans l’étude n’est
disponible pour l’étude de Dar et al. Aucun critère
principal n’est formellement mis en avant dans l’étude de Eaton
et al. Enfin, ces deux études divergent quant aux résultats
relatifs à la qualité biologique des prélèvements obtenus au lobe
de l’oreille.
Seule l’étude de Eaton et al. rapporte une
sous-estimation des taux de SaO2 et de PCO2
par la technique au lobe de l’oreille. Il est également important
de noter que dans cette étude, le prélèvement à l’artère radiale a
été effectué par 6 opérateurs contre 1 seul opérateur
pour les prélèvements au lobe de l’oreille.
Les études comparant l’injection d’un anesthésique local à un
placebo ou à « ne rien faire » dans le cadre des
ponctions à l’artère radiale sont deux études randomisées menées en
double aveugle [14, 15]. L’étude de Giner et al. semble de
bonne qualité méthodologique. Le résultat de l’étude de Lightowler
et al. est difficilement interprétable car il utilise un
calcul de moyenne à partir d’une variable qualitative (score verbal
à 4 items).
Les études de Aaron et al. et de Tran et al. (gel
anesthésique local de tétracaïne versus placebo pour les
ponctions à l’artère radiale) sont de bonne qualité méthodologique
[16, 17]. Ces deux études convergent et montrent l’absence de
supériorité de la tétracaïne par rapport au placebo dans ce
contexte.
Conclusions
• En cancérologie
La littérature scientifique analysée ne permet pas, dans le
contexte de ponctions répétées à l’artère radiale chez l’adulte
atteint de cancer, d’établir des règles d’utilisation des
antalgiques, des anesthésiques locaux, des anxiolytiques, du Meopa,
et des techniques non médicamenteuses (contrôle cognitif de la
douleur, relaxation, hypnose).
• Hors cancérologie
La ponction au lobe de l’oreille est moins douloureuse que la
ponction de l’artère radiale (niveau de preuve B2).
Cependant, cette technique semble être moins fiable concernant la
qualité biologique des prélèvements (SaO2 et
PCO2) et présenterait donc peu d’intérêt par rapport à
une oxymétrie transcutanée (accord d’experts).
Pour une ponction en regard de la gouttière radiale, l’injection
d’un anesthésique local (lignocaïne ou mépivacaïne) diminue
significativement la douleur liée au geste (niveau de preuve
B1).
Pour une ponction en regard de la gouttière radiale, l’utilisation
d’un gel d’anesthésique local (tétracaïne) ne diminue pas
significativement la douleur liée au geste (niveau de preuve
B1).
Jugement argumenté des experts
Les conclusions basées sur l’analyse de la littérature n’ont pas
permis aux experts d’extraire l’ensemble des recommandations
nécessaires pour la pratique clinique en cancérologie.
Un travail de confrontation des expériences cliniques des experts
a été mis en œuvre pour permettre, via l’expression d’un jugement
argumenté, de compléter ces recommandations.
Dans le contexte de la cancérologie adulte, les experts estiment
que la première des attitudes cliniques à promouvoir est de limiter
au maximum la ponction artérielle pour la mesure des gaz du sang.
Les experts proposent le schéma décisionnel suivant :
– pour une mesure de la SaO2 du patient, il faut
pratiquer une oxymétrie transcutanée ;
– pour une mesure de la PCO2 du patient, la ponction à
l’artère radiale reste l’intervention de choix pour la fiabilité de
la mesure. En cas d’impossibilité de ponction à l’artère radiale,
une ponction capillaire au lobe de l’oreille après application d’un
produit rubéfiant est possible mais pourrait présenter une
incertitude sur la mesure de la PCO2.
Si une ponction de l’artère radiale est envisagée, les experts
proposent comme stratégies antalgiques possibles l’injection de
lidocaïne en regard de la gouttière radiale, ou l’application d’un
anesthésique topique (mélange de lidocaïne et prilocaïne),
120 minutes avant le geste.
Les experts ont souhaité maintenir l’anesthésique topique comme
option antalgique malgré l’absence d’efficacité prouvée de la
tétracaïne dans les deux études analysées. En effet, aucune étude à
ce jour ne permet de penser que la tétracaïne et le mélange
lidocaïne-prilocaïne sont des produits équivalents. Dès lors,
l’absence d’efficacité antalgique de la tétracaïne dans ce contexte
ne peut être d’emblée extrapolée au mélange
lidocaïne-prilocaïne.
En conséquence et au regard de l’ensemble des données dont ils
disposent, les experts estiment qu’il est difficile d’exclure le
mélange lidocaïne-prilocaïne de leur éventail thérapeutique, mais
insistent sur la nécessité d’évaluer correctement ce produit. En
cas d’efficacité prouvée, cela permettrait d’éviter au patient une
piqûre avant le geste invasif.
Il n’y aucun argument aujourd’hui pour recommander un anesthésique
topique associé à un anesthésique local dans les ponctions pour
étude des gaz du sang chez l’adulte.
Recommandations
Standards, Options et Recommandations
|
Mesure des gaz du sang chez l’adulte atteint de
cancer
|
|
Standard
Limitation des indications de ponctions de l’artère radiale au
profit d’oxymétries transcutanées aussi souvent que possible,
c’est-à-dire chaque fois que la mesure de la PCO2 n’est
pas indispensable (accord d’experts).
|
| Option
Pour une mesure de la PCO2, en cas d’impossibilité de
ponction de l’artère radiale, une ponction capillaire au lobe de
l’oreille après application d’un produit rubéfiant est possible
(accord d’experts).
|
Standards, Options et Recommandations
|
Prise en charge de la douleur liée à la ponction
de l’artère radiale pour la mesure des gaz du sang chez l’adulte
atteint de cancer
|
|
Standard
Pas de standard.
|
| Options
Injection d’un anesthésique local de type lidocaïne en regard de
la gouttière radiale avant la ponction (accord d’experts).
Application d’un mélange lidocaïne-prilocaïne en regard de la
gouttière radiale 120 minutes avant la ponction (accord
d’experts).
|
| Recommandation
Évaluer l’efficacité du mélange lidocaïne-prilocaïne dans ce
contexte car cela pourrait éviter une piqûre au patient (accord
d’experts).
|
Prise en charge de la douleur provoquée par les ponctions
veineuses chez l’adulte atteint de cancer
Résultat de la recherche bibliographique
• Données réglementaires spécifiques
Deux interventions pharmacologiques disposent dans leur libellé
d’AMM d’une mention spécifique au geste de ponction veineuse, dont
une uniquement chez l’enfant :
– indications du mélange lidocaïne et prilocaïne (crème à 5 %
ou pansement) : anesthésie par voie locale de la peau saine,
par exemple avant ponctions veineuses ou sous-cutanées ;
– indications du Meopa : « Préparation des actes
douloureux de courte durée chez l’adulte et l’enfant, notamment
ponction lombaire, myélogramme, petite chirurgie superficielle,
pansements de brûlés, réduction de fractures simples, réduction de
certaines luxations périphériques et ponction veineuse chez
l’enfant ».
• Données scientifiques
En cancérologie
Aucune étude prospective contrôlée concernant la prise en charge
de la douleur provoquée par les ponctions veineuses chez l’adulte
atteint de cancer n’a été retrouvée.
Ce résultat concerne :
– les interventions pharmacologiques (anesthésiques locaux,
antalgiques, mélange équimolaire d’oxygène et protoxyde d’azote,
anxiolytiques) ;
– les interventions non pharmacologiques (contrôle cognitif de la
douleur, relaxation, hypnose).
Hors cancérologie
Trois études prospectives randomisées ont été sélectionnées. Ces
trois études portent sur l’efficacité d’un anesthésique topique
[20-22].
Analyse des données de la littérature
Deux études randomisées, menées en double aveugle, ont comparé
selon un schéma en cross-over la crème lidocaïne-prilocaïne
à un placebo pour diminuer la douleur liée à des ponctions
sanguines répétées chez l’adulte [21, 20] (tableau 5).
Tableau 5. Études prospectives
randomisées relatives à la prise en charge de la douleur provoquée
par les ponctions veineuses chez l’adulte.
| Références |
Geste invasif |
Interventions antalgiques
comparées |
Patients évalués/inclus |
Scores douleur mesurés |
Différences |
| [20] |
Prélèvements de sang veineux |
Placebo |
31/40 |
Score moyen
EVA = 58 mm* |
- |
|
|
2 mL de crème lidocaïne-prilocaïne
à 5 % 1 h avant le geste |
|
Score moyen
EVA = 8 mm* |
p < 10-3 |
| [21] |
Prélèvements de sang veineux |
Placebo |
26/30 |
Score moyen
EVA = 13,9 mm* |
|
|
|
2,5 g de crème lidocaïne-prilocaïne
à 5 % 1 à 4 h avant le geste |
|
Score moyen
EVA = 7,3 mm* |
p < 0,05 |
*Scores estimés à partir d’une représentation graphique de
l’article ;
EVA : échelle visuelle analogique ; Nb : nombre.
Dans l’étude de Vivien et al., 30 adultes devant
subir 3 prélèvements sanguins pour transfusion autologue
préopératoire ont été inclus. Vingt-six patients ont pu être
évalués. Pour chaque patient, la première ponction a été une
ponction de référence (geste pratiqué sans aucune intervention à
visée antalgique). La deuxième et la troisième ponction ont été
réalisées après application sous pansement occlusif, 1 à
4 heures avant le geste d’une crème de lidocaïne-prilocaïne
(2,5 g à 5 %) ou d’une crème placebo.
Cette étude rapporte les résultats suivants :
– à l’issue de la première ponction, 20 patients présentaient
un score douleur mesuré par EVA inférieur à 20 mm et
6 patients un score douleur supérieur ou égal à 20 mm
(scores douleur de référence) ;
– sur l’ensemble des 26 patients évalués, les scores douleur
mesurés par EVA et EVS (score verbal à 4 items) sont
significativement inférieurs sous lidocaïne-prilocaïne en
comparaison de ceux mesurés initialement ou sous placebo
(p < 0,05) ;
– pour les patients dont le score douleur de référence était
inférieur à 20 mm, aucune différence significative entre
lidocaïne-prilocaïne et placebo n’a été retrouvée sur le critère de
la douleur ;
– pour les patients dont le score douleur de référence était
supérieur à 20 mm, le score douleur mesuré sous
lidocaïne-prilocaïne était significativement inférieur à celui
mesuré sous placebo (p < 0,01) ;
– aucune différence significative n’a été retrouvée entre les
trois ponctions sur le critère de la facilité d’exécution du
geste ;
– aucun effet indésirable notable.
Dans l’étude de Hallen et al., 40 patients devant
subir 8 prélèvements sanguins successifs ont été inclus.
Trente-et-un patients ont pu être analysés. Chaque patient a reçu
1 heure avant le geste 2 mL de crème de
lidocaïne-prilocaïne à 5 % sous pansement occlusif ou un
placebo. Chaque patient a reçu 5 fois de la crème
lidocaïne-prilocaïne et 3 fois un placebo pour un nombre total
de 8 gestes par patient.
Cette étude rapporte les résultats suivants :
– sur l’ensemble des patients analysés, les scores douleur moyens
mesurés par EVA sont de 8 mm sous lidocaïne-prilocaïne contre
58 mm sous placebo (p < 10-3) (ces
scores sont estimés à partir d’une représentation graphique de
l’article analysé) ;
– des effets secondaires transitoires liés à l’application
lidocaïne-prilocaïne (blancheur pour 26/31 patients, érythème
pour 10/31 patients, œdème pour 4/31 patients), ou à
l’application de la crème placebo (blancheur pour
19/31 patients, érythème pour 8/31 patients, œdème pour
4/31 patients). Aucune différence entre lidocaïne-prilocaïne
et placebo n’est rapportée pour ce critère.
Une autre étude, jugée méthodologiquement très discutable, est en
faveur d’une efficacité du frottement de la crème
lidocaïne-prilocaïne pendant 5 minutes par rapport à une crème
placebo [22]. Cependant cette étude cherchait initialement à
comparer « crème 60 minutes avant le geste » et
« crème 5 minutes avant le geste » et ne rapporte
aucun résultat à ce sujet. Aucun critère principal n’est clairement
formulé dans cette étude. Les auteurs ne se sont pas intéressés à
la survenue d’effets indésirables éventuels.
Commentaires méthodologiques et cliniques sur les études
sélectionnées
Pour les ponctions veineuses, aucune étude avec une bonne
méthodologie n’a été menée en cancérologie chez l’adulte.
L’étude de Vivien et al. présente certaines faiblesses
méthodologiques [21] :
– absence de définition claire du critère principal ;
– le mode de sélection des patients ayant participé à l’étude
n’est pas décrit (manque d’information sur les caractéristiques des
patients inclus dans l’étude) ;
– les résultats significatifs sont observés uniquement sur un
sous-groupe de 6 patients.
L’étude de Hallen et al. présente des faiblesses
méthodologiques importantes [20] :
– pas de description détaillée des patients inclus ;
– 9 sorties d’essais non décrites ;
– mauvaise observance du traitement avec 140 applications de
lidocaïne-prilocaïne contre 155 prévues, et
80 applications de placebo contre 93 prévues.
L’étude de Nott et al. présente des faiblesses
méthodologiques importantes [22] :
– absence de définition claire du critère principal ;
– conclusion de l’étude ne correspondant pas à l’objectif
initialement présenté.
Conclusions
• En cancérologie
La littérature scientifique analysée ne permet pas, dans le
contexte de ponctions veineuses répétées chez l’adulte atteint de
cancer, d’établir des règles d’utilisation des antalgiques, des
anesthésiques locaux, des anxiolytiques, du Meopa et des techniques
non médicamenteuses (contrôle cognitif de la douleur, relaxation,
hypnose).
• Hors cancérologie
Pour les ponctions veineuses (prise de sang) :
– l’application d’un pansement de lidocaïne-prilocaïne
60 minutes avant le geste semble diminuer la douleur liée à la
ponction veineuse (niveau de preuve C) ;
– dans le cas de ponctions veineuses répétées chez l’adulte, le
mélange lidocaïne-prilocaïne semble diminuer la douleur liée au
geste uniquement chez les personnes qui présentent un score douleur
de référence supérieur à 20 mm sur l’EVA (niveau de preuve
D). Le score douleur de référence est obtenu lors d’une
première ponction pratiquée sans anesthésie locale.
Jugement argumenté des experts
Les conclusions basées sur l’analyse de la littérature n’ont pas
permis aux experts d’extraire l’ensemble des recommandations
nécessaires pour la pratique clinique en cancérologie.
Un travail de confrontation des expériences cliniques des experts
a été mis en œuvre pour permettre, via l’expression d’un jugement
argumenté, de compléter ces recommandations.
La ponction veineuse est un geste courant qui ne provoque que peu
ou pas de douleur chez certains patients. A contrario,
certains patients jugent ce geste douloureux, qu’il soit effectué
de façon ponctuelle ou répétée (pour certains patients, dans les
études analysées, le score EVA est supérieur à 20 mm). De
plus, il est fréquent en pratique quotidienne que les patients
rapportent une nette augmentation de la pénibilité de ce geste dès
lors qu’il est répété. Ainsi, selon le contexte, l’utilisation d’un
anesthésique topique 60 à 120 minutes avant le geste
pourrait prévenir efficacement la douleur.
Pour les ponctions veineuses, les experts estiment que le patient
doit être au centre de la décision et proposent l’attitude clinique
suivante :
– lors du premier geste, il faut demander au patient si la
ponction veineuse est douloureuse ou pénible pour lui ;
– en fonction de la réponse du patient, il faut lui proposer
l’application d’un anesthésique topique (mélange
lidocaïne-prilocaïne) et lui préciser qu’il aura à attendre 60 à
120 minutes avant la ponction ;
– à l’issue de chaque ponction, effectuée avec ou sans
anesthésique, il faut proposer un anesthésique topique (mélange
lidocaïne-prilocaïne) au patient pour le geste suivant. On
précisera au patient qu’il aura à appliquer lui-même le pansement
60 à 120 minutes avant le geste programmé.
Selon ce schéma de prise en charge, les experts souhaitent
déterminer les patients pour lesquels le mélange
lidocaïne-prilocaïne apporterait un bénéfice antalgique
véritable.
Recommandations
Standards, Options et Recommandations
|
Prise en charge de la douleur liée aux ponctions
veineuses (prises de sang) chez l’adulte
|
|
Standard
|
|
Pas de standard.
|
|
Options
|
|
Utilisation de
lidocaïne-prilocaïne 60 à 120 minutes avant la
ponction (accord d’experts).
Ne rien faire (accord d’experts).
|
|
Recommandations
|
|
Proposer au patient le mélange de
lidocaïne-prilocaïne 60 à 120 minutes avant le
geste prévu et pour chaque geste suivant : le patient doit
participer à la décision thérapeutique (accord d’experts).
Développement de la recherche clinique (accord
d’experts).
|
Relecteurs
A. Aubrege, Médecin généraliste (Cabinet médical,
Villers-les-Nancy), A. Babin-Boilletot, Oncologue pédiatre
(CHU Strasbourg, Strasbourg), M. Blanc, Hématologue (CH de
Chambéry, Chambéry), H. Bourgeois, Oncologue médical (CHU La
Milétrie, Poitiers), J.-B. Caillet, Anesthésiste réanimateur
(Hôpital Louis Pradel, Bron), J. Cazaban-Mazerolles,
Anesthésiste réanimateur (Centre Hospitalier Jean Rougier, Cahors),
J. Chalencon, Infirmière coordinatrice soins à domicile
(Centre Léon Bérard, Lyon), P. Colombat, Hématologue (CHRU de
Tours, Tours), S. Donnadieu, Anesthésiste réanimateur (Hôpital
Européen Georges Pompidou, Paris), G. Ducable, Anesthésiste
réanimateur (Hôpital Charles Nicolle CHU Rouen, Rouen),
M. Filbet, Médecin soins palliatifs (Hôpital Gériatrique du
Val d’Azergues, Alix), A. Floquet, Oncologue médical (Institut
Bergonié, Bordeaux), J.-G. Fuzibet, Hématologue (Hôpital de
l’Archet II, Nice), M.-T. Gatt, Médecin douleur chronique (Hôpital
Avicenne, Bobigny), J.-M. Gomas, Médecin soins palliatifs
(Centre hospitalier Sainte-Perrine, Paris), S. Helfre,
Oncologue radiothérapeute (Institut Curie, Paris), B. Hoerni,
Oncologue médical (Institut Bergonié, Bordeaux), N. Ifrah,
Hématologue (CHU d’Angers, Angers), L. Laccourreye, Chirurgien
ORL (Centre Paul Papin, Angers), J.-M. Lassauniere, Médecin
soins palliatifs (Hôpital Hôtel-Dieu, Paris), M. Magnet,
Oncologue médical (Soins et santé HAD de Lyon, Caluire-et-Cuire),
A. Margot-Duclos, Médecin généraliste douleur (Fondation
Ophtalmologique Rothschild, Paris), N. Memran-Pourchet,
Anesthésiste (Hôpital Pasteur, Nice), A. Muller, Anesthésiste
réanimateur (CHU Strasbourg, Strasbourg), J.-N. Munck, Oncologue
médical (Institut Jean Godinot, Reims), M.-L. Navez, Anesthésiste
réanimateur (Hôpital de Bellevue, Saint-Étienne),
J. Pouymayou, Anesthésiste réanimateur (Centre Claudius
Regaud, Toulouse), A. Ravaud, Oncologue médical (Hôpital
Saint-André, Bordeaux), P. Rebattu, Oncologue médical (Centre
Léon Bérard, Lyon), N. Robinson, Infirmière anesthésiste
référente douleur (CHU Pellegrin, Bordeaux), A. Serrie,
Anesthésiste réanimateur (Hôpital Lariboisière, Paris),
A. Suc, Oncologue pédiatre (Hôpital des Enfants, Toulouse),
M. Suppiot, Cadre infirmier EMSP (Centre hospitalier
Montélimar, Montélimar), G. Villot, Médecin soins palliatifs
(Centre Médical Social Praz Coutant, Plateau d’Assy),
J.-P. Wagner, Oncologue radiothérapeute (Pôle de Cancérologie
Privé Strasbourgeois, Strasbourg), C. Wood, Oncologue pédiatre
(Hôpital Robert Debré, Paris).
Comité d’organisation des SOR
T. Philip, directeur des SOR, pédiatre, FNCLCC, Paris
(Bureau exécutif), B. Fervers, directeur adjoint des SOR,
oncologue médical, FNCLCC, Paris (Bureau exécutif), P. Bey,
représentant du Conseil d’administration de la FNCLCC,
radiothérapeute, FNCLCC, Paris (Bureau exécutif), D. Maigne,
délégué général de la FNCLCC, FNCLCC, Paris (Bureau exécutif),
A. Bataillard, coordinatrice des SOR spécialistes, médecin
généraliste, FNCLCC, Paris (SOR spécialistes),
G. Gory-Delabaere, méthodologiste, pharmacien, FNCLCC, Paris
(SOR spécialistes), L. Bosquet, méthodologiste, FNCLCC, Paris
(SOR spécialistes), N. Fabre, méthodologiste, FNCLCC, Paris
(SOR spécialistes), S. Rousmans, méthodologiste, FNCLCC, Paris
(SOR spécialistes), E. Luporsi, méthodologiste associé,
oncologue médical, FNCLCC, Paris (SOR spécialistes),
S. Theobald, méthodologiste associé, médecin de santé
publique, FNCLCC, Paris (SOR spécialistes), F. Farsi, référent
réseau, médecin de santé publique, FNCLCC, Paris (SOR
spécialistes), J. Carretier, responsable des SOR SAVOIR
PATIENT, méthodologiste, chargé de mission en santé, FNCLCC, Paris
(SOR SAVOIR PATIENT), L. Leichtnam-Dugarin, méthodologiste,
chargée de mission en santé, FNCLCC, Paris (SOR SAVOIR PATIENT),
S. Brusco, méthodologiste, FNCLCC, Paris (SOR SAVOIR PATIENT),
V. Delavigne, linguiste, FNCLCC, Paris (SOR SAVOIR PATIENT),
M. Haugh, responsable SOR projets internationaux, biochimiste,
FNCLCC, Paris (Projets internationaux), V. Millot, assistante
de gestion, FNCLCC, Paris (Projets internationaux), S. Guillo,
documentaliste scientifique, FNCLCC, Paris (Documentation), A.G.
Guy, documentaliste, FNCLCC, Paris (Documentation),
S. Debuiche, responsable administrative, FNCLCC, Paris
(service administratif et éditorial), H. Borges-Paninho,
chargée de l’édition des documents, FNCLCC, Paris (service
administratif et éditorial), D. Gouvrit, assistante de
gestion, FNCLCC, Paris (service administratif et éditorial),
L. Pretet, assistante de gestion, FNCLCC, Paris (service
administratif et éditorial), E. Sabatier, secrétaire, FNCLCC,
Paris (service administratif et éditorial)
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