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Recommandations pour la pratique clinique. Standards, Options et Recommandations 2004 pour la prise en charge des patients atteints d’adénocarcinomes de l’estomac, cancers du cardia, autres types histologiques exclus (évaluation des thérapeutiques)


Bulletin du Cancer. Volume 92, Numéro 4, 381-409, Avril 2005, SOR


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Marc Ychou, Guillaume Gory-Delabaere, Pierre Blanc, Lise Bosquet, Jacqueline Duffour, Marc Giovannini, François Guillemin, Claire Lemanski, Frédéric Marchal, Bruno Masson, Yacine Merrouche, Geneviève Monges, Antoine Adenis, Jean-François Bosset, Olivier Bouché, Thierry Conroy, Denis Pezet, Jean-Pierre Triboulet, Centre Val d’Aurelle, Montpellier, FNCLCC, Paris, CHU Saint-Éloi, Montpellier, Institut Paoli-Calmette, Marseille, Centre Alexis-Vautrin, Vandœuvre-lès-Nancy, Institut de Cancérologie de la Loire, Saint-Étienne, Centre Oscar Lambret, Lille, CHU Hôpital Jean-Minjoz, Besançon, CHR Hôpital Robert-Debré, Reims, CHU, Hôtel-Dieu, Clermont-Ferrand, CHRU, Hôpital Huriez, Lille.

Résumé : Contexte : La Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer (FNCLCC) et les Centres régionaux de lutte contre le cancer (CRLCC), en collaboration avec des partenaires des secteurs public (CHU, CHG), privé et certaines sociétés savantes ont entrepris, depuis 1993, d’élaborer des recommandations pour la pratique clinique en cancérologie : les Standards, Options et Recommandations (SOR). L’objectif de l’opération SOR est d’améliorer la qualité et l’efficience des soins aux patients atteints de cancer en fournissant aux praticiens une aide à la décision facilement utilisable. Objectifs : Définir sur la base d’une revue des données scientifiques de la littérature, des recommandations pour la prise en charge diagnostique et thérapeutique et la surveillance après traitement des patients atteints d’adénocarcinomes de l’estomac. Les recommandations présentées dans cet article ne présentent que les recommandations relatives à l’évolution des traitements. La prise en charge des cancers du cardia, des linites gastriques et des autres types histologiques n’a pas été abordée. Méthodes : La méthodologie d’élaboration des SOR repose sur une revue et une analyse critique des données de la littérature scientifique par un groupe d’experts pluridisciplinaire, permettant de définir, sur la base du niveau de preuve scientifique et du jugement argumenté des experts, des « Standards », des « Options » et des « Recommandations ». Avant publication, les SOR sont revus par des experts indépendants. Résultats : Ce rapport présente la synthèse des données concernant l’évaluation des thérapeutiques. La prise en charge diagnostique, la stratégie thérapeutique et de surveillance sont disponibles sur le site Internet de la FNCLCC. Les principales questions posées concernent le type de gastrectomie à réaliser, gastrectomie totale ou gastrectomie subtotale, l’étendue de la lymphadenectomie (D2, D3 versus D1 \; D3, D2 versus D4), la place de la chimiothérapie après exérèse chirurgicale et la place de la radiochimiothérapie après exérèse chirurgicale.

Mots-clés : adénocarcinome, tumeurs de l’estomac, chirurgie, chimiothérapie, thérapeutique, radiothérapie, traitements combinés, évaluation résultats et méthodes, méta-analyse, taux survie, recommandations pour la pratique clinique

ARTICLE

Auteur(s) :, Marc Ychoua1, Guillaume Gory-Delabaerea2, Pierre Blanca3, Lise Bosqueta2, Jacqueline Duffoura1, Marc Giovanninia4, François Guillemina5, Claire Lemanskia1, Frédéric Marchala5, Bruno Massona1, Yacine Merrouchea6, Geneviève Mongesa4, Antoine Adenisb7, Jean-François Bossetb8, Olivier Bouchéb9, Thierry Conroyb5, Denis Pezetb10, Jean-Pierre Tribouletb11

1Centre Val d’Aurelle, Montpellier
2FNCLCC, Paris
3CHU Saint-Éloi, Montpellier
4Institut Paoli-Calmette, Marseille
5Centre Alexis-Vautrin, Vandœuvre-lès-Nancy
6Institut de Cancérologie de la Loire, Saint-Étienne
7Centre Oscar Lambret, Lille
8CHU Hôpital Jean-Minjoz, Besançon
9CHR Hôpital Robert-Debré, Reims
10CHU, Hôtel-Dieu, Clermont-Ferrand
11CHRU, Hôpital Huriez, Lille

Le programme SOR de recommandations pour la pratique clinique

Contexte

Le programme « Standards, Options et Recommandations » (SOR) en cancérologie a été initié par la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer (FNCLCC) en 1993 et réalisé en partenariat avec la Fédération hospitalière de France (FHF), la Fédération nationale de Cancérologie des CHRU (FNCHRU), la Fédération française de cancérologie des CHG (FFCCHG). Ce programme comprend la définition de recommandations pour la pratique clinique en cancérologie, leur actualisation, leur diffusion vers les cliniciens et l’évaluation de leur impact. L’actualisation des recommandations repose sur une veille technologique et scientifique.

Il s’agit d’un travail coopératif national des Centres régionaux de lutte contre le cancer (CRLCC) avec la participation active d’experts des secteurs public et privé et de sociétés savantes.

Objectifs

L’objectif du programme SOR est d’élaborer des recommandations pour la pratique clinique en cancérologie. Ces recommandations pour la pratique clinique visent à améliorer la qualité de la prise en charge des patients atteints de cancer en fournissant aux praticiens une aide à la décision facilement utilisable et actualisée.

Les changements organisationnels qui pourraient être nécessaires pour appliquer les recommandations ne sont pas abordés dans les SOR. Ils doivent faire l’objet d’une discussion au niveau locorégional, notamment au sein des réseaux de soins en cancérologie.

Les Standards, Options et Recommandations ne concernent pas l’évaluation des stratégies de dépistage.

Les considérations médico-économiques ne sont pas abordées dans les SOR.

Méthodes

Méthode d’élaboration et d’actualisation

La méthode d’élaboration et d’actualisation des SOR repose sur l’analyse critique des meilleures données scientifiques disponibles et le jugement argumenté des experts au sein d’un groupe de travail pluridisciplinaire représentatif des modes d’exercice et des disciplines concernées par la prise en charge des patients atteints de cancer. Cette méthode dite « mixte » combine le niveau de preuve scientifique et l’accord d’experts. Le rapport intégral est revu par des experts indépendants à l’aide d’un grille de lecture basée sur la grille AGREE. Les commentaires sont compilés et analysés par le groupe de travail et la nature des modifications engendrées est décrite dans le processus de revue.

Méthode de veille technologique et scientifique

La méthode de veille scientifique repose sur la recherche systématique des données susceptibles de modifier les recommandations pour la pratique clinique et sur l’avis argumenté des experts.

Participation des groupes concernés

L’élaboration des recommandations pour la pratique clinique implique un groupe de travail constitué d’experts praticiens assistés par une équipe méthodologique, ainsi que des contributeurs dans le cadre de la relecture externe.

Les opinions et les préférences des patients ne sont pas actuellement intégrées. Une méthode pour assurer la prise en compte de l’avis des patients est en cours de développement.

Publication et diffusion des documents SOR

Ces recommandations pour la pratique clinique sont disponibles sous forme :
  • de rapport intégral présentant l’ensemble des références bibliographiques, leur analyse et les conclusions sur lesquelles se basent les recommandations pour la pratique clinique établies ;
  • de rapport abrégé présentant uniquement les recommandations pour la pratique clinique ;
  • d’arbres de décision.

Ces outils ont pour objectif de permettre une meilleure diffusion des recommandations pour la pratique clinique, afin d’optimiser leur application.

Les SOR sont publiés sous format papier et sont accessibles gratuitement sur Internet (http://www.fnclcc.fr).

La liste d’information des SOR permet d’alerter régulièrement sur les documents SOR (http://www.fnclcc.fr/fr/sor/specialiste/liste_de_diffusion.php).

Définitions des Standards, Options et Recommandations et des niveaux de preuve

Les Standards, Options et Recommandations accompagnés du niveau de preuve reposent sur les meilleures preuves scientifiques disponibles au moment de leur rédaction (best available evidence), pouvant être selon le sujet des méta-analyses, des essais randomisés ou des études non randomisées. Lorsque les preuves scientifiques font défaut pour un point particulier, le jugement est basé sur l’expérience professionnelle et le consensus du groupe d’experts (accord d’experts).

Le niveau de preuve est fonction du type et de la qualité des études disponibles ainsi que de la cohérence ou non de leurs résultats ; il est explicitement spécifié pour chacune des méthodes/interventions considérées (pour plus de détails, cf. Méthodologie de développement des SOR [1, 2]).

Les Standards, Options et Recommandations

Standards : Interventions pour lesquelles les résultats sont connus et qui sont considérées comme bénéfiques, inappropriées ou nuisibles, à l’unanimité.

Options : Interventions pour lesquelles les résultats sont connus, et qui sont considérées comme bénéfiques, inappropriées ou nuisibles, par la majorité. Les options sont toujours accompagnées de recommandations.

Recommandations : Elles ont pour but, lorsqu’il existe plusieurs options, de hiérarchiser ces options en fonction du niveau de preuve. Les recommandations permettent également aux experts d’exprimer des jugements et des choix concernant notamment des situations d’exception et indications spécifiques ainsi que l’inclusion des patients dans des essais thérapeutiques.

Les niveaux de preuve

Niveau A : Il existe une (des) méta-analyse(s) « de bonne qualité » ou plusieurs essais randomisés « de bonne qualité » dont les résultats sont cohérents.

Niveau B : Il existe des preuves « de qualité correcte » : essais randomisés (B1) ou études prospectives ou rétrospectives (B2). Les résultats de ces études sont cohérents dans l’ensemble.

Niveau C : Les études disponibles sont critiquables d’un point de vue méthodologique ou leurs résultats ne sont pas cohérents dans l’ensemble.

Niveau D : Il n’existe pas de données ou seulement des séries de cas.

Accord d’experts : Il n’existe pas de données pour la méthode concernée mais l’ensemble des experts est unanime.

Partenariat scientifique, conflits d’intérêts, sources de financement et remerciements

Partenariat scientifique

Ces recommandations pour la pratique clinique n’ont pas été élaborées en collaboration avec une société savante.

Conflits d’intérêts

Les membres du groupe de travail ont effectué une déclaration auprès du comité d’organisation des SOR afin d’identifier les conflits d’intérêts potentiels.

Propriété intellectuelle

Les SOR sont une œuvre collective créée par la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer (FNCLCC), et protégée par les dispositions du Code de la propriété intellectuelle. La FNCLCC est par conséquent titulaire du droit d’auteur sur cette œuvre et est donc notamment investie des droits patrimoniaux sur les SOR. La FNCLCC peut seule décider de l’existence et des modalités de reproduction, publication, traduction ou diffusion des SOR.

Sources de financement

Le projet SOR bénéficie d’un soutien financier des Centres régionaux de lutte contre le cancer (CRLCC), du ministère des Solidarités, de la Santé et de la Famille, de la Ligue nationale contre le cancer et de la Fédération hospitalière de France (FHF). Le partenariat avec l’industrie pharmaceutique ne concerne que la diffusion sans aucune implication scientifique, financière ou logistique dans la phase d’élaboration. Ce support de publication et de diffusion n’a pas bénéficié de soutien financier de l’industrie pharmaceutique.

Remerciements

Nous remercions les Centres régionaux de lutte contre le cancer (CRLCC), le ministère des solidarités, de la Santé et de la Famille, la Ligue nationale contre le cancer, la Fédération hospitalière de France (FHF), la Fédération nationale de Cancérologie des CHRU (FNCHRU), la Fédération française de Cancérologie des CHG (FFCCHG).

Responsabilités

Les SOR ne se substituent pas au jugement clinique des médecins.

Introduction

Définition du cancer de l’estomac

Les cancers de l’estomac sont habituellement des adénocarcinomes apparaissant dans l’estomac et incluent les tumeurs situées à plus de 2 cm au-dessous de la jonction muqueuse œsogastrique [3, 4] (tableau 1( Tableau 1 )).
Tableau 1 Classification anatomique de Siewert [3, 4]

Types

Caractéristiques

I

Localisation œsophagienne prédominante

Le centre de la tumeur est situé plus de 1 cm au-dessus de la jonction muqueuse œsogastrique

II

Localisation cardiale moyenne

Le centre de la tumeur est situé entre 1 cm au-dessus et 2 cm au-dessous de la jonction muqueuse œsogastrique

III

Localisation gastrique prédominante

Le centre de la tumeur est situé entre 2 cm et 5 cm au-dessous de la jonction muqueuse œsogastrique

Définition du cancer du cardia

Les cancers du cardia sont définis comme les cancers dont le centre est à moins de 2 cm de la jonction œsogastrique. Les tumeurs dont le centre est situé à plus de 2 cm vers le haut sont considérées comme œsophagiennes, plus de 2 cm vers le bas comme gastriques [3-6] (tableau 1).

Définition de l’adénocarcinome superficiel de l’estomac

L’adénocarcinome superficiel de l’estomac est un adénocarcinome ne dépassant pas la sous-muqueuse [7].

Définition de la linite plastique de l’estomac

La linite est un adénocarcinome peu différencié constitué le plus souvent de cellules en bague à chaton envahissant les différentes couches de la paroi sans les détruire, associées à un stroma fibreux épais [7].

Fréquence

Bien que son incidence soit en diminution dans la plupart des pays, le cancer de l’estomac reste fréquent et représente la deuxième cause de mortalité par cancer dans le monde après le cancer du poumon. Il s’agit d’un cancer extrêmement fréquent dans certains pays comme le Japon (incidence d’environ 50/100 000 habitants) ou certaines parties de l’Amérique centrale et du sud. Il est, en revanche, en diminution constante depuis les vingt dernières années dans les pays européens.

L’incidence en France était estimée en 2000 à 9,3/100 000 habitants chez l’homme et 3,4/100 000 habitants chez la femme (taux standardisés à la population mondiale) [8]. Le nombre de nouveaux cas est estimé à environ 7 000 par an en France, où il se situe au troisième rang des cancers digestifs chez l’homme après le cancer colorectal et le cancer de l’œsophage et au deuxième rang chez la femme après le cancer colorectal (données récentes de l’Union internationale contre le cancer ou UICC http://www-dep.iarc.fr/dataava/infodata.htm) [9] (tableau 2( Tableau 2 )).

La mortalité en France pour l’année 1990 était estimée à 6 798 décès (3 692 hommes et 2 836 femmes) [10]. En 2000, le nombre de décès était estimé à 5 000 (3 131 hommes et 1 938 femmes).

Les localisations proximales et de la jonction gastro-œsophagienne sont en incidence croissante par rapport à une diminution des localisations distales [11].
Tableau 2 Incidence et mortalité par cancer de l’estomac en France pendant la période 1980-2000. Données issues de Remontet et al. En nombre de nouveaux cas/100 000

1980

1985

1990

1995

2000

Incidence standardisée chez l’homme

13,7

12,5

11,3

10,6

9,3

Incidence standardisée chez la femme

5,8

5,1

4,4

3,9

3,4

Nombre de nouveaux cas par an chez l’homme

5 250

5 069

4 893

4 791

4 520

Nombre de nouveaux cas par an chez la femme

3 471

3 269

3 058

2 865

2 606

Nombre de décès chez la femme par an

3 705

3 200

2 770

2 389

1 938

Nombre de décès chez l’homme par an

4 976

4 428

3 955

3 557

3 131

Pronostic

En France, la survie globale à 5 ans est de l’ordre de 10 à 15 % [12]. Elle est nulle en cas de métastases et varie de 15 à 60 % après résection chirurgicale complète en fonction du stade d’extension tumorale. Le pronostic est en effet très lié au stade d’extension tumorale, en fonction essentiellement des extensions pariétale et ganglionnaire qui sont à la base de la classification de l’UICC de 1987 [13].

Objectifs

L’objectif de ces recommandations pour la pratique clinique (RPC) était de définir, sur la base d’une revue des données scientifiques de la littérature, des recommandations pour la prise en charge diagnostique et thérapeutique et la surveillance après traitement des patients atteints d’adénocarcinomes de l’estomac.

Ces recommandations ne concernent pas les tumeurs localisées au niveau du cardia ainsi que tous les autres types histologiques (lymphomes MALT). Les spécificités de la prise en charge des linites plastiques gastriques ne sont pas abordées dans ces RPC. Les patients atteints de cancer du cardia nécessitent une prise en charge diagnostique et chirurgicale différentes.

La prise en charge des adénocarcinomes concerne les formes réséquables non métastatiques, les formes localement avancées non métastatiques non réséquables, les formes réséquables avec découverte peropératoire de métastases abdominales initiales et les formes découvertes lors du bilan diagnostique ou d’extension de métastases synchrones.

Ces recommandations pour la pratique clinique s’adressent aux spécialistes de la prise en charge des patients atteints de cancer de l’estomac.

Ces recommandations sont basées sur l’analyse des études occidentales. En effet, il existe entre les études asiatiques et occidentales des différences liées à l’épidémiologie et aux méthodes de prise en charge (dépistage précoce…) et les résultats obtenus dans des études réalisées chez des patients asiatiques ne sont pas transposables à la prise en charge des patients occidentaux.

Ce rapport ne présente que la synthèse des données concernant l’évaluation des thérapeutiques. La prise en charge diagnostique, la stratégie thérapeutique et de surveillance sont disponibles sur le site internet de la FNCLCC [14].

Méthodes

Critères de sélection des études

Types de population

Les études portant sur des patients atteints d’adénocarcinomes de l’estomac ont été sélectionnées. Les études ne portant que sur des patients atteints de cancer du cardia et les études menées chez des patients d’origine asiatique n’ont pas été sélectionnées.

Types d’intervention

Les types d’intervention évalués sont précisés dans chaque chapitre.

Types d’études

Pour toutes les questions posées, une recherche systématique des recommandations pour la pratique clinique publiées par d’autres organismes, des synthèses méthodiques et les essais randomisés a été effectuée ;
  • pour l’évaluation de la chirurgie, des essais prospectifs non comparatifs et des études rétrospectives ont également été sélectionnés ;
  • pour la radiochimiothérapie adjuvante et la chimiothérapie palliative, seuls les essais randomisés de phase III sous forme complète ou résumée ont été sélectionnés. Les essais de phase II n’ont pas été pris en compte.

Stratégie de la recherche bibliographique

La recherche bibliographique a été réalisée dans la base de données Medline® jusqu’en janvier 2002, sur les sites internet d’organismes produisant des recommandations pour la pratique clinique (RPC) et dans la Cochrane Library®. La bibliographie des RPC, des synthèses méthodiques et des essais randomisés identifiés a complété la recherche bibliographique.

Les équations de recherche dans la base de données Medline® sont présentées en annexe 1. La recherche bibliographique a été limitée aux publications de langue française ou anglaise. Les éditoriaux, les lettres, les cas rapportés ainsi que les études conduites chez l’animal spécifiquement ont été éliminés de la stratégie de recherche.

Critères d’évaluation

Les interventions thérapeutiques ont été évaluées selon les critères principaux de taux de récidive locale et de survie globale.

D’autres critères ont été pris en compte :

  • la morbidité postopératoire, la mortalité postopératoire, la durée de l’opération,
  • les taux de réponses tumoraux (évaluation de la chimiothérapie palliative-métastatique),
  • la qualité de vie,
  • les effets indésirables.

Processus de relecture

Ces recommandations pour la pratique clinique ont été adressées pour relecture, en octobre 2003, à 204 praticiens, indépendants du groupe de travail, représentatifs de tous les modes d’exercice dans le cadre de la relecture externe.

Une grille de lecture était proposée pour aider les relecteurs à évaluer la validité, la clarté, la pertinence et l’acceptabilité des Recommandations pour la pratique clinique élaborées par le groupe de travail. La date limite de réponse pour clore le processus de relecture était fixée au 24 novembre 2003. Seules les personnes ayant répondu figurent de façon nominative dans la section « Contributeurs » de ce document. En cas de commentaires ou de réserves, une justification écrite et détaillée était demandée, faisant référence aux données de la science et/ou à l’expérience argumentée des médecins. Les commentaires ont été compilés et analysés par le groupe de travail et la nature des modifications engendrées est décrite dans le rapport intégral disponible sur Internet.

Chirurgie

Introduction

L’incidence du cancer de l’estomac étant en constante diminution, les interventions chirurgicales pour un cancer gastrique sont moins fréquentes, mais la gastrectomie radicale est une stratégie opératoire qui doit rester dans le répertoire du chirurgien oncologue.

Une tendance dans la présentation de l’adénocarcinome gastrique est une diminution de la fréquence de la localisation antrale et une augmentation de la fréquence en portion proximale [15-17]. Il est préoccupant de constater que le cancer proximal a un pronostic moins bon que le cancer distal et d’autre part, que le geste chirurgical est plus complexe et plus morbide en raison de l’anastomose œsophagienne.

Objectifs et principes de la chirurgie

La chirurgie doit s’adapter à l’extension du cancer de l’estomac dans cinq directions : en surface, dans l’épaisseur de la paroi gastrique, vers les ganglions, vers le péritoine et vers le foie [18]. La chirurgie du cancer de l’estomac reste la base du traitement en dépit d’échecs encore fréquents [19]. L’âge et les pathologies associées pèsent sur la morbidité postopératoire et la survie et doivent donc être prises en compte dans l’indication opératoire [20].

Le but de la chirurgie du cancer de l’estomac est d’aboutir à une résection complète sans laisser de résidus macroscopiques ou microscopiques (R0).

La bonne décision ne peut être prise que sur la base d’une stadification précise (classification) (tableau 18). L’écho-endoscopie et la laparoscopie peuvent avoir une part essentielle dans cette démarche : la cytologie péritonéale ou les biopsies de nodules suspects apportent une preuve pathologique et permettent d’éviter une chirurgie inutile pour une maladie diffuse au péritoine.

L’exérèse des ganglions potentiellement envahis est une part importante du geste. Il ne faut pas compter sur les traitements non chirurgicaux pour rattraper une insuffisance de résection ou un curage mal adapté.

Une résection large de la tumeur et une lymphadénectomie monobloc des gîtes ganglionnaires potentiellement envahis sont indiquées pour une maladie au stade régional.

Questions posées

Les questions posées sont les suivantes :
  • Quel type de gastrectomie réaliser ? Gastrectomie totale versus gastrectomie subtotale ?
  • Quelle doit-être l’étendue de la lymphadénectomie (D2, D3 versus D1 ; D3, D2 versus D4) ?
  • Quelles sont les modalités de la reconstruction/dérivation ?
  • Quelles sont les modalités et la place de la chirurgie palliative ?

Résultats de la recherche bibliographique

Une synthèse méthodique de la littérature ou méta-analyse a été identifiée par la recherche documentaire dans la Cochrane Library®[21]. Cette méta-analyse a pour objectif de comparer la survie des patients après curage étendu (D2) par rapport à un curage limité (D0 ou D1).

Les études rétrospectives n’ont pas été recherchées de manière systématique ; les études rétrospectives concernant la lymphadenectomie citées dans le protocole de la méta-analyse ont été sélectionnées [21].

Au total, 18 essais randomisés, 8 études prospectives non randomisées et des études rétrospectives ont été analysés pour l’élaboration du chapitre sur la chirurgie des adénocarcinomes de l’estomac. Ces études portent sur les thèmes suivants :

  • exérèse de l’estomac : 4 études randomisées et une étude prospective non randomisée [22-26] ;
  • lymphadénectomie : 8 essais randomisés, 3 études prospectives non randomisées et 5 études rétrospectives [15][19][27-41] ;
  • techniques de reconstruction et de dérivation : 5 études randomisées et 4 études prospectives non randomisées [16][42-50] ;
  • suppression des organes voisins : un seul essai randomisé a été retrouvé concernant la suppression de organes voisins (splénectomie et/ou pancréatectomie) [51] et 2 études en sous-groupes d’essais randomisés ont également été analysées [28, 30].

Type d’exérèse

S’il existe différents types d’exérèse, l’objectif est d’aboutir à l’absence de résidus tumoraux après l’intervention chirurgicale [35, 52, 53]. En principe, une bonne indication découlant d’un bilan préopératoire précis, associée à une bonne technique devrait aboutir à une situation R0 ou au pire R1.
  • Exérèse R0 : absence de résidu tumoral histologique.
  • Exérèse R1 : présence d’un résidu tumoral histologique, berges positives (le terme « berge » devant être considéré dans toutes les dimensions et pas seulement aux tranches de section de l’estomac).
  • Exérèse R2 : présence d’un résidu tumoral macroscopique.

Gastrectomie

Modalités de la gastrectomie

La marge de résection distale sur le duodénum (D1) doit être de 1 cm, considérant que le pylore est une barrière à l’extension du cancer. La marge de résection proximale doit être d’au moins 5 cm [35].

L’examen extemporané de la tranche de section œsophagienne pour les carcinomes différenciés est indiqué.

Le traitement d’une localisation proximale par gastrectomie polaire supérieure occasionne une œsophagite par reflux et une dyspepsie due à un réservoir gastrique trop petit. On pourra donc préférer une gastrectomie totale.

Le linite gastrique (Borrmann type 4) justifie une gastrectomie totale de principe [35].

Gastrectomie totale versus gastrectomie subtotale

Résultats thérapeutiques

Deux essais randomisés (deux références pour chacun des deux essais) [22-25] comparant une gastrectomie totale à la gastrectomie subtotale et une étude prospective non randomisée [26] ont été identifiés.

Les deux essais randomisés ont évalué au total 787 patients principalement atteints de cancer de l’antre pour 849 patients inclus. Aucune différence significative de survie globale à 5 ans, de mortalité et de morbidité n’a été retrouvée entre les deux modalités (tableau 3( Tableau 3 )).

La valeur pronostique du type de gastrectomie a été évaluée dans 3 des 6 études [54-56]. Pour aucune de ces études, le type de gastrectomie n’a pas été retrouvé comme étant un facteur pronostique indépendant pour la survie.
Tableau 3 Gastrectomie totale versus gastrectomie subtotale : résultats des essais randomisés

Références

Caractéristiques des patients

  • Effectifs
  • (évalués/inclus)


Type de gastrectomie

Suivi

SG à 5 ans

Morbidité

Mortalité

  • Gouzi et al. [22, 23]
  • 1980-1985
  • multicentrique


antre lymphadenectomie D1

76

totale

-

48 %

32 %*

1,3 %

versus

versus

(ns)

versus

versus

93

subtotale

34 %

3,2 %

(169/201)

(ns)

(ns)

  • Bozzetti et al. [24, 25]
  • 1982-1993 multicentrique


  • 72 % antre marge macroscopique proximale > 6 cm
  • lymphadenectomie D2


303

totale

73 mois

62,4 %

13 %

2 %

versus

versus

(2-125)

versus

versus

versus

315

subtotale

65,3 %

9 %

1 %

(618/648)

(ns)

(ns)

Conclusions

Il n’y a pas de données démontrant qu’une gastrectomie totale aurait un avantage pour un cancer de l’antre gastrique (niveau de preuve B1).

Gastrectomie élargie aux organes de voisinage

L’atteinte des organes de voisinage correspond à une extension de contiguïté. La logique de l’exérèse obéit à la règle de radicalité visant une résection R0. Les résections combinées élargies sont indiquées quand il n’y a pas d’extension péritonéale ni métastatique.

L’atteinte la plus fréquente est celle du mésocôlon transverse et des vaisseaux coliques moyens. La résection colique ne pose pas de problème technique majeur. Une résection de nécessité en bloc du pancréas distal et de la rate est indiquée en cas de cancer de la face postérieure de l’estomac étendu au pancréas. Une atteinte du lobe gauche du foie par un cancer proximal nécessite une résection en bloc du segment hépatique. Ces gestes sont fréquents (40 %) et habituellement bien tolérés [57]. Il en est autrement pour un cancer distal atteignant le duodénum et la tête du pancréas et pouvant nécessiter une duodéno-pancréatectomie céphalique ; si l’atteinte semble limitée, le geste élargi peut cependant se concevoir. L’atteinte de l’œsophage abdominal sur plus de 2 cm nécessite un abord thoracique pour pouvoir réaliser une résection à distance et un curage médiastinal, bien que la positivité de ces ganglions soit de très mauvais pronostic.

Laparoscopie

Pour les cancers muqueux, la wedge resection est réalisable par laparoscopie [58].

La gastrectomie subtotale ou totale, le curage et le rétablissement de continuité sont réalisables par laparoscopie seule ou assistée pour des cancers précoces. La durée d’intervention, la qualité des marges de résection et le nombre de ganglions obtenus seraient équivalents par rapport à la chirurgie ouverte d’après les conclusions de certaines études rétrospectives, portant sur le suivi d’un faible nombre de patients (moins de 50 patients) [17, 59-62]. Les résultats à long terme ne sont pas connus [17, 59-62]. La qualité méthodologique de ces études ne permet pas de conclure ni de proposer cette intervention en option thérapeutique.

Curage ganglionnaire

Étendue du curage

L’étendue du curage D1 (ganglions périgastriques) versus D2 (ganglions périgastriques et pédiculaires) est controversée en raison des difficultés de comparaison des résultats entre les essais japonais et les essais occidentaux.

Une explication pourrait être une différence d’interprétation des résultats anatomopathologiques et une re-stadification postopératoire [63, 64]. Le curage plus extensif induit une re-stadification et on peut avancer un bénéfice dans le groupe pN2 sans modifier le résultat global (phénomène de re-stadification de Will Rogers) [65] ; l’idée repose sur le fait que les survivants pN2 auraient tous présenté une récidive ou seraient morts s’ils n’avaient pas eu de curage [38, 32]. Le même raisonnement a pu être appliqué pour justifier le curage D4 pour les tumeurs proximales [66]. La notion de marge peut également être transposée au geste ganglionnaire : si moins de 20 % des ganglions sont envahis, alors le geste chirurgical a de bonnes chances d’améliorer le pronostic [67], d’où l’idée d’étendre le curage.

Par ailleurs, la classification TNM (5e édition) a modifié la stadification [68] ; le débat n’est pas clos.

La valeur pronostique prédictive est significative à condition de prélever au moins 16 ganglions (UICC 1997) ; leur site de prélèvement doit être conforme aux connaissances du drainage lymphatique de l’estomac. La terminologie japonaise décrit 6 voies majeures de drainage lymphatique de l’estomac et 16 groupes ganglionnaires (JRSGC). La justification de l’étendue du curage se fonde sur les données de l’incidence des métastases ganglionnaires pour chaque groupe ganglionnaire en fonction de la situation de la tumeur, de la pénétration pariétale et des caractéristiques anatomopathologiques macro et microscopiques (Mishima). On distingue ainsi 4 niveaux de curage (D1, D2, D3, D4). Le tableau 4( Tableau 4 ) décrit les niveaux D1 et D2 selon la topographie de la tumeur (tableau 4).

Une aide à l’identification des ganglions de drainage peut être fournie par un marquage avec des particules de charbon permettant la résection d’un nombre de ganglions plus importants et d’identifier plus de ganglions métastatiques [40]. Actuellement, d’autres types de marquage au bleu patenté et/ou au colloïde marqué font l’objet d’études de faisabilité.
Tableau 4 Les différents types de curage ganglionnaire

Localisation de la tumeur

Type de curage

Localisation du curage

Tiers inférieur (distal)

D1

Petite courbure

Grande courbure

Suprapylorique

Infrapylorique

D2

Cardiaque droit

Artère gastrique gauche

Artère hépatique cœliaque

Tiers moyen (corps)

D1

Cardiaque droit

Petite courbure

Grande courbure

Suprapylorique

Infrapylorique

D2

Cardiaque gauche

Artère gastrique gauche

Artère hépatique

Cœliaque

Hile splénique

Artère splénique

Tiers supérieur (proximal)

D1

Cardiaque droit

Cardiaque gauche

Petite courbure

Grande courbure

D2

Suprapylorique

Infrapylorique

Artère gastrique gauche

Artère hépatique

Cœliaque

Hile splénique

Artère splénique

Cardiaque droit et gauche

Essais randomisés

Cinq essais randomisés comparant le curage D2 ou D3 au curage D1 ont été identifiés [15, 27-30, 41] (tableau 5( Tableau 5 )).

Les deux essais randomisés ayant comparé le curage D2 avec splenectomie au curage D1 [28, 30, 31] n’ont retrouvé aucune différence de survie significative à 5 ans entre le curage D1 et le curage D2. Le risk ratio retrouvé dans la synthèse méthodique de la Cochrane était estimé à 0,95 (95 % CI 0,83 - 1,09). Dans la troisième étude, seule la survie à 3 ans était disponible (78 % versus 76 % pour le curage D2, non significatif) [15].

Concernant la morbidité, les deux essais randomisés ont retrouvé une morbidité supérieure dans les groupe D2. L’analyse poolée réalisée par la Cochrane a retrouvé ces résultats (1 095 patients, Odds ratio (fixed) 95% CI 2,39 [1, 45, 3, 45]).

Deux études ont comparé le curage D1 au curage D3 [27, 41]. Les deux études ont retrouvé une morbidité supérieure pour le curage D3. Une meilleure survie pour le groupe D1 (médiane de survie : 1 511 jours versus 922 pour le curage D3) a été retrouvée dans une des études [27] ; pour les autres études, les résultats en termes de survie ne sont pas disponibles [41] (tableau 5).

Seule une étude randomisée comparant le curage D2, D3 au curage D4 a été identifiée [39] (tableau 5). Les résultats en termes de survie à 5 ans ne sont pas disponibles.
Tableau 5 Étendue de la lymphadénectomie : résultats des essais randomisés

Références

Caractéristiques des patients

Étendue du curage

  • Effectifs
  • (évalué/inclus)


Suivi

Survie

Morbidité

Mortalité

  • Bonenkamp et al. [30]
  • Hartgrinck et al. [31]
  • 1989-1993
  • multicentrique


  • Adénocarcinome de l’estomac
  • 632 R0


  • D1
  • versus
  • D2


  • 380
  • versus
  • 331
  • 711/1078


  • 72 mois
  • (47-98)


  • Survie à 11 ans
  • 30 %
  • versus
  • 25 %


  • 25 %
  • versus
  • 43 %
  • p< 0,001


  • 4 %
  • versus
  • 10 %
  • p = 0,004


  • Cuschieri et al . [28, 29]*
  • MRC ST01
  • multicentrique


Carcinome gastrique potentiellement réséquable

  • D1
  • versus
  • D2


  • 200
  • versus
  • 200/400


78 mois

  • Survie à 5 ans
  • 35 %
  • versus
  • 33 %
  • (ns)


  • 28 %
  • versus
  • 46 %
  • p < 0,001


  • 6,5 %
  • versus
  • 13 %
  • p = 0,04


  • Robertson et al. [27]
  • 1987-1991


Carcinome de l’antre

  • D1 + GS
  • versus
  • D3 + GT


  • 25
  • versus
  • 30
  • (54/55)


  • Médiane de survie
  • 1511 j
  • versus
  • 922 j
  • (p < 0,05)


  • 0
  • versus
  • 47 %
  • p ?


  • 0
  • versus
  • 1


  • Dent et al. [15]
  • 1982-1986


T1-3 N0-1 M0

  • D1
  • versus
  • D2


  • 22
  • versus
  • 21
  • (43/403)


37,2 mois

  • à 3 ans
  • 78 %
  • versus
  • 76 %
  • (ns)


  • 14
  • versus
  • 38


  • 0
  • versus
  • 0


  • Maeta et al. [39]
  • 1990-1997


T3-T4

  • D3 + D4
  • versus
  • D3


  • 35
  • versus
  • 35
  • (70)


  • 26 mois
  • versus
  • 30 mois


(ns)

  • 40 %
  • versus
  • 26 %
  • ns


  • 3 %
  • versus
  • 3 %
  • ns


  • Wu et al. [41]
  • 1993-1999


Adénocarcinome gastrique

  • D1
  • versus
  • D3


  • 110
  • versus
  • 111
  • (221)


  • 7,3 %
  • versus
  • 17 %
  • p = 0,012


Études prospectives non randomisées et rétrospectives

Trois études prospectives non randomisées [32, 33, 67] et 10 études rétrospectives ont également été retrouvées [19, 34-38, 69-73].

Siewert n’a pas montré de différence significative concernant la mortalité après curage D1 ou D2 chez 1 654 patients [67].

Wanebo a comparé les résultats, en termes de survie, entre des groupes de patients ayant eu un curage plus ou moins étendu après résection complète. La survie à 5 ans est respectivement de 35,6 %, 30 % et 26,3 % pour les patients ayant subi un curage D0, D1 et D2 [33].

Sur une série de 146 patients, Roukos a montré une morbidité de 33,5 %, une mortalité de 1,4 % et une survie globale de 52,3 % à 5 ans après résection des ganglions périgastriques 7-11 et 12 [32].

Les études rétrospectives occidentales ont suggéré que la survie à 5 ans n’était pas différente entre le curage D2/D3 ou D4 par rapport au curage D1 [34, 70-73].

Place de la splénectomie

Un essai randomisé monocentrique a inclus 187 patients atteints d’un cancer de l’estomac réséquable [51]. Cet essai a comparé une gastrectomie totale avec un curage D2 versus une gastrectomie totale avec un curage D2 et une splénectomie (tableau 6( Tableau 6 )). Aucune différence significative de survie à 5 ans et de mortalité n’a été mise en évidence. Les complications pulmonaires, le pourcentage de patients ayant un abcès sous-phrénique et ayant présenté une fièvre supérieure à 38 °C étaient significativement plus élevés quand il y a eu une splénectomie.

Aucun essai randomisé concernant la spléno-pancréatectomie n’a été retrouvé.

D’autres données sont disponibles. Elles proviennent de l’analyse en sous-groupes d’études randomisées [27, 28].

Cuschieri a suggéré qu’une résection radicale (curage de type D2) sans splénectomie était préférable à une résection standard (curage D1) pour les cancers de stade IA [28][29].

L’analyse multivariée de Bonenkamp a montré une survie significativement meilleure dans le groupe sans splénectomie ou pancréatectomie par rapport au groupe de patients ayant subi une résection avec splénectomie ou pancréatectomie partielle, sans différence significative entre le groupe D1 et D2 [30]. Une analyse multivariée chez les patients ayant subi une résection standard (R0), montre une différence significative au sein du groupe de patients sans splénectomie ou pancréatectomie en fonction du type de curage (survie sans récidive du groupe D1 : 41 % ; groupe D2 : 29 % ; p = 0,02).

Des études rétrospectives ont également été menées sur le sujet et ont retrouvé une morbidité plus élevée sans gain de survie [74-79].
Tableau 6 Gastrectomie totale + curage D2 versus gastrectomie + curage D2 + splénectomie : résultats des essais randomisés

Références

Caractéristiques des patients

Effectifs

Type d’intervention

Suivi médian

Critères d’évaluation

  • Cuschieri et al. [28, 29]*


  • 400 patients
  • stades IA
  • adénocarcinome de l’antre
  • curage D1 ou D2


  • 122
  • (7 % D1 et 93 % D2)
  • versus
  • 278
  • (69 % D1 et 31 % D2)


  • Pancréato-splénectomie
  • versus
  • absence de pancréato-splénectomie


6,5 ans

  • Survie en faveur de la résection sans splénectomie
  • (p = 0,01)


  • Bonenkamp et al. [30, 81, 82]*


  • 998 patients
  • adénocarcinomes


  • 273
  • (19 % D1 et 81 % D2)
  • versus
  • 438


  • Splénectomie ou pancréatectomie partielle
  • versus
  • absence de splénectomie ou pancréatectomie


-

Survie en faveur de la résection sans splénectomie ou pancréatectomie sans différence significative entre le groupe D1 et D2

  • Csendes et al. [51]
  • 1985-1992
  • monocentrique (?)


  • localisation ; stade np
  • Marge macroscopique proximal np


  • 97
  • versus
  • 90
  • (187/200)


  • D2
  • versus
  • D2 + splénectomie


  • np
  • (60-144)


  • Survie à 5 ans :
  • 36 % versus 42 % (ns)
  • Morbidité :
  • - Complications pulmonaires
  • 24 % versus 39 % (p < 0,008)
  • - Abcès sous-phrénique
  • 4 % versus 11 % (p < 0.05)
  • - Infection de la plaie (ns)
  • - Fievre > 38°C
  • 39 % versus 50 % (p < 0,04)
  • - Anastomoses (ns)
  • Mortalité :
  • 3,1 % versus 4,4 % (ns)


Conclusions

Les curages de type D2 et D3 augmentent la morbidité et la mortalité opératoire (niveau de preuve B1), en particulier en cas de résection pancréatique. Leur valeur thérapeutique et leur impact sur la survie restent controversés (niveau de preuve C).

Dans les séries occidentales, les études non randomisées et les études randomisées n’ont pas montré d’avantage de survie à 5 ans pour le curage D2 ou D3 par rapport au curage D1, ni pour un curage D3 par rapport à un curage D4 pour les T3 ou T4. La morbidité et la mortalité opératoire sont significativement plus élevées par rapport à un curage D1.

Devant ces données, les experts du groupe de travail considèrent que l’opération standard minimale est le curage D1 des ganglions périgastriques, le curage étendu D2 ou D3 semblant être associé à une morbidité plus importante.

La splénectomie isolée ou la spléno-pancréatectomie caudale réalisées de principe ne se justifient pas, bien que ces gestes aient été proposés afin d’élargir le curage ganglionnaire. Leur morbidité est élevée, sans gain en survie (niveau de preuve B1). Les experts s’accordent cependant pour proposer une splénectomie en cas d’adénopathies de l’artère splénique ou de cancer de la grosse tubérosité atteignant la séreuse.

Reconstruction après gastrectomie

Objectifs

L’objectif des techniques de reconstruction de l’estomac est de rétablir le circuit digestif avec le meilleur résultat fonctionnel possible.

Résultats thérapeutiques

Cinq essais randomisés [16, 42-45][50] et 4 études prospectives ont été identifiés [46-49, 80] (tableaux 7 et 8( Tableau 7 )( Tableau 8 )).

Seuls deux de ces essais randomisés ont évalué l’impact de la technique de reconstruction sur la mortalité ou la survie globale [16, 42].
Tableau 7 Évaluation de la reconstruction chirurgicale : résultats des essais randomisés

Références

Caractéristi-ques des patients

Effectifs

Interventions

suivi (mois)

Critères d’évaluation

Liedman et al. [43]

  • Carcinome distal
  • Gastrectomie totale
  • 67 % N0
  • 17 % T3


  • 13
  • versus
  • 23
  • (36/89)


  • Néogastre en S
  • versus
  • Roux-en-Y (RYP)


>36

  • Évaluation de l’état nutritionnel :
  • Perte de poids
  • 1 kg versus 10 kg (p < 0,01)
  • Apports nutritionnels (ns)


  • Svedlund et al. [44, 45]
  • 1984-1991


  • Carcinome
  • proximal
  • 62 % N0
  • 22 % T3-T4


  • 20
  • versus
  • 31
  • versus
  • 13
  • (64/156)


  • Néogastre en S
  • versus
  • RYP
  • versus
  • Gastrectomie
  • subtotale


60

  • Évaluation de la qualité de vie :
  • Syndrome de non-digestion à 5 ans
  • RYP versus GST (p < 0,05)
  • RYP versus GT + S (p < 0,01)
  • Syndrome de diarrhées à 2 ans
  • RYP versus GST (p < 0,05)
  • Sickness impact profile à 4 ans
  • GST versus RYP (p < 0,01)
  • GST versus GT + S (p < 0,01)


  • Charenton et al. [42]
  • 1978-1989


  • Gastrectomie subtotale
  • Carcinome de l’antre
  • Lymphadenectomie R2


  • 30
  • versus
  • 32
  • (62/77)


  • Billroth I
  • versus
  • Billroth II


38 ± 34

  • Morbidité : 33,3 % versus 31,3 %
  • Apparition de fistules :
  • 13,3 % versus 3,1 % (p = 0,0032)
  • Mortalité (ns)
  • Survie globale : 42 % versus 40 % (ns)


Fuchs et al. [16]

  • Gastrectomie totale
  • 44 % stade III
  • 8 % stade IV


  • 53
  • versus
  • 53
  • (106/120)


  • Roux-en-Y (RYP)
  • versus
  • néogastre en S


36

  • Morbidité : 24,5 % versus 26,4 % (ns)
  • Mortalité : 3,8 % versus 1,9 % (ns)



Tableau 8 Évaluation de la reconstruction chirurgicale : résultats des études prospectives non randomisées

Références

Caractéristiques des patients

Effectifs (évalué/inclus)

Populations

Suivi

Critères d’évaluation

  • Nakane et al. [49]
  • 1993-1996


Stades précoces

  • 25
  • versus
  • 25
  • (50)


  • PPG
  • versus
  • Billroth I (DG)


24 mois

  • Qualité de vie :
  • Nausées, vomissements à 1 an
  • 40 % versus 0 % (p < 0,01)
  • Reflux gastiques
  • 68 % versus 8 % (p < 0,01)
  • État nutritionnel :
  • Apport nutritionnel > 80 % à 1 an*
  • 36 % versus 80 % (p < 0,01)
  • Poids corporel (ns)
  • Vidange gastrique :
  • quasi normale versus très faible


Owada et al. [48]

Gastrectomie totale

15

Substitution par le côlon gauche

Hosouchi et al. [47]

  • 75 % stades I
  • (Ia et Ib)
  • 18 % stades II
  • 7 % stades III


  • 40
  • versus
  • 20
  • (60)


  • TCI
  • versus
  • RYP


60 mois

  • Qualité de vie
  • Reflux alcalin œsophagien :
  • 7,5 % versus 25 % (p < 0,05)
  • Reflux de bile dans l’œsophage :
  • 7,5 % versus 15 % (ns)
  • Vidange gastrioque précoce :
  • 2,5 % versus 15 % (p < 0,05)
  • État nutritionnel
  • Perte de poids à 5 ans :
  • 5,5 % versus 15,5 %


  • Chua et al. [46]
  • 1986-1994


93 % carcinomes

  • 23
  • versus
  • 33
  • (56)


  • Hunt-Limo-Basto J pouch
  • versus
  • DG


  • Mortalité (ns)
  • Morbidité (ns)


Conclusions

Pour les cancers de l’antre, la gastrectomie subtotale donne de meilleurs résultats à long terme [44, 45]. Pour le rétablissement de la continuité digestive, il n’y a pas d’avantage fonctionnel entre la méthode Bilroth I (gastroduodénale) et Bilroth II (gastrojujénale) [42].

Pour les cancers superficiels du corps gastrique, une gastrectomie distale, respectant 1,5 cm en amont du pylore (conservation du pylore) et rétablissant la continuité par gastrostomie, donne de bons résultats fonctionnels à long terme [49].

Après gastrectomie totale, le réservoir semble améliorer la qualité de vie par rapport à l’anse en Y de Roux, avec un moindre reflux, un moindre risque de dumping syndrome, une moindre incidence de la lithiase biliaire, une meilleure capacité d’ingestion, une moindre perte de poids [43, 47, 48, 50, 80]. Mais d’autres études n’ont pas retrouvé ces avantages [16, 44-46].

Chirurgie palliative

Objectifs et principes

Une intervention chirurgicale palliative n’a de justification que si elle est immédiatement et durablement efficace. Elle est licite si le geste est simple et peut être réalisée sans risque majeur et si l’espérance de vie est suffisamment longue.

Définition

Une chirurgie est dite palliative quand de la tumeur est laissée en place, ceci inclut les cas où la chirurgie d’exérèse ne peut ou n’a pas pu être complète (R1 et R2) (§ Type d’exérèse).

Données de la littérature

La laparotomie exploratrice ou un geste palliatif sont associés à une mortalité allant de 10 à 36 % et à une morbidité de 13 à 23 % [83, 84], sans modifier la durée et/ou la qualité de survie par rapport aux patients non opérés [85-88]. Il a été démontré que la gastrectomie donnait de meilleurs résultats que les dérivations (Lawrence, Monson ) [89-91].

Traitement endoscopique : la mucosectomie

Introduction

La mucosectomie endoscopique (ME) est une technique relativement récente. Elle a été surtout développée au Japon au début des années 80. La place de la mucosectomie endoscopique au niveau de l’estomac est difficile à définir. De nombreuses variantes techniques ont été publiées mais toutes ont pour but la résection par voie endoscopique de la muqueuse et de la sous-muqueuse de la paroi digestive.

Les deux problèmes majeurs de cette nouvelle technique de traitement « mini-invasif » sont :

  • le diagnostic de tumeur superficielle,
  • la place de la mucosectomie endoscopique par rapport à la chirurgie.

Techniques

Des recommandations publiées par des sociétés savantes françaises ont été utilisées pour définir la technique de mucosectomie endoscopique [92]. Afin de réséquer la muqueuse et la sous-muqueuse, il convient de les séparer du plan musculaire. L’injection sous-muqueuse de sérum physiologique est le point le plus important et incontournable de la technique. Par ailleurs, cette injection va réduire considérablement le risque de perforation digestive.

Dans la littérature, divers autres produits ont été injectés comme du sérum adrénaliné (afin de diminuer le risque hémorragique), du glycérol, du PEG ou du hyaluronidate de Na+ (plus visqueux pour éviter la diffusion souvent rapide du sérum physiologique).

En ce qui concerne la résection de la lésion plane soulevée par l’injection de sérum, différents types d’anses ont été utilisés (anse avec aiguillon distal, anse à griffes). Enfin, au niveau de l’œsophage et de l’estomac, l’utilisation d’un « cap » transparent qui permet une meilleure aspiration de la lésion soulevée rend la mucosectomie plus simple et plus rapide. En revanche, ce « cap » est contre-indiqué au niveau du côlon car il augmenterait le risque de perforation.

En général, les différentes étapes de la mucosectomie endoscopique sont :

  • le repérage de la lésion et de ses limites : intérêt majeur des colorations,
  • le marquage des marges de résection avec un infundibulotome,
  • l’injection sous muqueuse de sérum physiologique en débutant l’injection au pôle inférieur de la lésion,
  • l’aspiration-résection de la lésion en utilisant du courant de section pur,
  • la récupération de tous les fragments et reconstitution de la lésion sur une plaque de liège.

Place par rapport à la chirurgie

Aucune étude randomisée ou synthèse méthodique de la littérature n’ont été retrouvées. Les études disponibles sont des séries rétrospectives japonaises [93-95]

Conclusion

Les nombreuses études japonaises montrent l’absence de différence entre chirurgie et mucosectomie endoscopie pour la survie des patients. Le taux de complication de cette technique est relativement faible et la complication peut être quasi toujours prise en charge endoscopiquement.

Commentaires

Le traitement endoscopique par mucosectomie est le traitement de première intention en cas de cancer gastrique superficiel au Japon. La mucosectomie constitue le traitement de choix de la dysplasie de haut grade ou de carcinome in situ chez des patients à risques opératoires. En revanche, chez un patient jeune la chirurgie d’exérèse reste l’intervention standard.

Radiothérapie

Introduction

La radiothérapie des cancers gastriques demeure une irradiation complexe, du fait de la position intra-abdominale de l’estomac et de la proximité de nombreux organes critiques adjacents. Le support nutritionnel des patients devant bénéficier d’une radiothérapie est, de plus, fondamental.

Critères d’évaluation

Les données de survie globale et de contrôle local ont été recueillies afin d’évaluer la place de la radiothérapie dans différentes situations cliniques.

Radiothérapie externe exclusive

L’irradiation externe exclusive n’a, à présent, que peu de place dans les choix thérapeutiques. Elle vise à apporter une amélioration symptomatique rapide à des patients douloureux (sur adénomégalies cœliaques compressives) ou présentant des troubles hémorragiques, sans possibilité chirurgicale. L’irradiation est alors hémostatique ou antalgique. Elle reste cependant souvent mal tolérée (nausées vomissements, troubles sub-occlusifs ou diarrhées, etc.) chez ces patients à l’état général altéré et on peut alors lui préférer un traitement médicamenteux.

Radiothérapie adjuvante

Introduction

Les récidives locorégionales après chirurgie curative des cancers gastriques restent extrêmement élevées, allant jusqu’à 93 % pour la série autopsique de l’université du Minnesota.

Ces récidives se retrouvent avant tout au niveau du lit tumoral (25 à 50 %) mais aussi au niveau ganglionnaire (8 à 50 %) et sur l’anastomose [96]. Ces récidives locorégionales s’accompagnent souvent d’un essaimage péritonéal et de métastases à distance. Cependant, elles restent isolées dans plus d’un tiers des cas.

Résultats de la recherche bibliographique

Notre recherche documentaire a permis d’identifier un essai randomisé. Cet essai randomisé a évalué la place de la radiothérapie externe adjuvante et a inclus un bras chimiothérapie [53, 97]. Ces deux études ont été utilisées pour l’élaboration d’une recommandation pour la pratique clinique [98]. Cette RPC a traité de la place des traitements adjuvants à l’exérèse de l’adénocarcinome de l’estomac.

Synthèse des données

Un essai multicentrique [53, 97] ayant inclus 436 patients a comparé après chirurgie complète (80 % des patients étaient R0), la radiothérapie seule, la chimiothérapie seule et l’absence de traitement adjuvant. Une amélioration significative du contrôle local a été observée par rapport à la chirurgie seule. Aucune différence de survie n’a été observée. La tolérance globale de cette radiothérapie a été très souvent médiocre. Les principales toxicités aiguës étaient digestives (nausées, vomissements, diarrhées et asthénie).

Conclusion

Seule une étude évaluant la radiothérapie externe adjuvante est disponible. Les données sont limitées pour évaluer les bénéfices en termes de survie (niveau de preuve C).

Radiochimiothérapie adjuvante

Introduction

L’objectif d’un traitement adjuvant par radiochimiothérapie est d’améliorer le taux de contrôle local mais aussi la survie. Dès le début des années 1980, des équipes ont publié des essais de phase II réalisés au sein de leurs institutions [96, 99, 100]. Jusqu’en 2000, aucun essai randomisé n’avait cependant pu mettre en évidence un quelconque bénéfice en faveur de la radiochimiothérapie postopératoire.

Résultats de la recherche bibliographique

Notre recherche documentaire a permis de sélectionner une recommandation pour la pratique clinique et 4 essais randomisés de phase III ayant évalué la place de la radiochimiothérapie adjuvante :
  • une recommandation pour la pratique clinique [98]. Cette RPC traite de la place des traitements adjuvants à l’exérèse de l’adénocarcinome de l’estomac,
  • un essai a comparé plusieurs modalités de radiochimiothérapie [101],
  • trois essais ont comparé l’absence de traitement adjuvant à la radiochimiothérapie [102-104]. L’étude de Mac Donald a fait l’objet de plusieurs publications, dont une ayant étudié les facteurs pronostiques chirurgicaux [105].
Trois de ces quatre essais randomisés [101-103] ont été menés avant 1980.

Comparaison de modalités

Un essai de phase III (115 patients), conduit par l’EORTC, a posé la question du schéma optimal de chimiothérapie postopératoire associée à une radiothérapie [101]. Il n’a pas comporté de bras de référence (chirurgie seule) et les traitements adjuvants n’étaient pas validés.

Radiochimiothérapie adjuvante versus absence de traitement adjuvant

Un premier essai randomisé de phase III (66 patients) a comporté un schéma thérapeutique sous-optimal (radiothérapie sous-dosée de 20 Gy associée au thiotépa versus chirurgie seule) après des résections chirurgicales parfois incomplètes. Les résultats n’ont pas montré de différence de survie significative à 5 ans (38 % versus 28 %, ns) [102].

L’essai de la Mayo clinic a comparé une irradiation de 37,5 Gy associée au 5FU, à l’absence de traitement adjuvant [103] (62 patients évalués). Une différence significative de survie a été retrouvée en faveur des patients traités (20 % versus 4 % de survie à 5 ans : p = 0,026). Cependant, les biais méthodologiques de cette étude (randomisation effectuée avant obtention du consentement éclairé des patients ayant entraîné le refus du traitement par 25 % des patients), invalident ces conclusions.

Une étude américaine multicentrique randomisée intergroupes américaine (SWOG-9008) a comparé un bras contrôle par chirurgie seule à une chirurgie suivie d’une radiochimiothérapie [104][105]. Le curage ganglionnaire D2 était recommandé. Six-cent-trois patients atteints de cancer de stade Ib à stade IV non dénutris non métastatiques avec une résection chirurgicale R0 pour un adénocarcinome gastrique (dont 20 % d’adénocarcinomes du cardia) ont été randomisés. Avec un suivi médian de 5 ans, le groupe ayant reçu un traitement adjuvant radiochimiothérapie a bénéficié d’une amélioration significative de la survie sans récidive à 3 ans (48 % versus 30 % : p < 0,01) et de la survie globale à 3 ans (50 % versus 41 % : p = 0,01) (les modalités de cette étude sont présentées dans le tableau 9( Tableau 9 )). Une diarrhée grade III-IV retrouvée chez un tiers des patients, une toxicité hématologique de grade III-IV chez 54 % et 1 % de décès toxiques. Soixante-quatre pour cent des patients ont complété le traitement comme prévu. Dix pour cent des patients ont eu un curage de type D2, 36 % un curage D1 et 54 % un curage < D1.
Tableau 9 Radiochimiothérapie adjuvante dans les cancers de l’estomac : résultats des essais randomisés de phase III

  • Références
  • Période d’inclusion


Caractéristiques des patients

Traitements adjuvants

  • Effectifs
  • (évalués/inclus)


Survie

Survieà 5 ans

RLR

  • Dent et al. [102]
  • 1974 - 1976


Tous stades

  • Aucun
  • versus
  • 5FU + RT 20Gy


  • 31
  • versus
  • 35
  • (66/nd)


-

  • 38 %
  • versus
  • 28 %


-

  • Moertel et al. [103]
  • 1965 - 1974


  • ~50 % cardia
  • 80 % N+


  • Aucun
  • versus
  • 5FU + RT


  • 23
  • versus
  • 39
  • (62/72)


-

  • 4 %
  • versus
  • 23 %
  • ns


  • 54 %
  • versus
  • 39 %


  • Bleiberg et al. [101]
  • EORTC
  • 1972 - 1978


  • Adénocarcinome de l’estomac
  • -


  • Chir + RT 55 Gy
  • versus
  • chir+ RT+ CT short
  • versus
  • chir + RT+ CT long
  • versus
  • chir + RT + CT long +short


  • 30
  • versus
  • 30
  • versus
  • 26
  • versus
  • 29
  • (115)


  • 12 mois
  • versus
  • 10 mois
  • versus
  • 15 mois
  • versus
  • 18 mois
  • (p = 0,041)


  • 33 %
  • versus
  • 18 %
  • versus
  • 26 %
  • versus
  • 42 %
  • (p = nd)


-

  • MacDonald et al. [104]
  • [SWOG-9008]
  • 1991 - 1998


  • 20 % cardia
  • 70 % T3 T4
  • 85 % N+
  • 8 % Stade Ib
  • 21 % Stade II
  • 46 % Stade IIIa
  • 23 % Stade IIIb
  • 0 % Stade IV


  • Aucun
  • versus
  • 5FU (425 mg/m2/5j) + LV (20 mg/m2/5j) + RT†


  • 275
  • versus
  • 281
  • (556/603)


  • 27 mois
  • versus
  • 36 mois
  • (p = 0,005)


  • Survie à 3 ans
  • 41%
  • versus
  • 50 %
  • (p = 0,005)


  • 48%
  • versus
  • 31 %
  • (p < 0,001)


Commentaires

Aucune conclusion ne peut être formulée à partir des trois essais randomisés [101-103] menés avant 1980, et avant l’étude SWOG-9008 [104] en raison des biais méthodologiques de ces études et des faibles effectifs évalués.

L’interprétation des résultats de l’étude SWOG-9008 [104] est controversée. Les limites résident sur le fait que seuls 10 % des patients ont eu un curage de type D2, 36 % un curage D1 et 54 % un curage < D1, alors que le curage recommandé par le protocole de l’étude était de type D2 [104, 105]. L’analyse multivariée disponible dans un article [105] présente de manière détaillée la procédure chirurgicale de l’étude. Cette analyse n’a pas retrouvé le type de curage ganglionnaire comme étant un facteur pronostique significatif de survie. Cependant, la puissance statistique était faible, notamment en raison du faible effectif des curages D2 (10%) [105]. Des experts considèrent que cette radiochimiothérapie a permis de rattraper un certain nombre d’actes chirurgicaux de qualité insuffisante. Le bras chirurgie seule de cet essai a retrouvé une survie sans récidive à 3 ans de seulement 30 %, alors que la survie sans récidive des 2 essais de chimiothérapie adjuvante européens les plus récents (§. Résultats des études publiées suite à la dernière méta-analyse), retrouvent une survie sans récidive de l’ordre de 48 % pour le bras chirurgie seule [106, 107].

En revanche, les données de la littérature ne permettent pas d’invalider l’hypothèse selon laquelle la radiochimiothérapie pourrait être efficace en cas de chirurgie de meilleure qualité.

Conclusion

Une étude a montré un bénéfice en termes de réduction du taux de récidive (niveau de preuve B1) et d’augmentation de la survie globale (niveau de preuve B1) pour la radiochimiothérapie après exérèse d’un cancer gastrique chez les patients non dénutris ayant un cancer de l’estomac réséqué non métastatique (T1-4, N0-2, M0).

Opinion des experts

L’argumentation présentée selon laquelle la radiochimiothérapie a semblé avoir bénéficié préférentiellement à une sous-population de l’étude de Mac Donald (patients ayant une tumeur au moins T3 avec envahissement des ganglions et avec un curage non adéquat), a abouti par extrapolation :
  • à ne pas considérer la radiochimiothérapie adjuvante comme un traitement standard chez tous les patients opérés d’un cancer de l’estomac R0 avec un curage D1 ou D2 et de stade II ou III mais à le proposer en option,
  • à classer la radiochimiothérapie adjuvante en standard chez les patients ayant une tumeur classée T3 et/ou N+ et ayant eu un curage < D1.

Radiochimiothérapie préopératoire

Introduction

Comme dans beaucoup d’autres localisations, l’association radiochimiothérapie préopératoire connaît un intérêt croissant, et pourrait permettre d’éviter la morbidité de traitements postopératoires réalisés chez des malades fragilisés, dont l’état nutritionnel postopératoire contre-indiquerait pour certains la radiochimiothérapie adjuvante.

Résultats de la recherche bibliographique

Notre recherche documentaire n’a pas permis d’identifier d’essais randomisés de phase III comparant la chirurgie seule à la chirurgie précédée de radiochimiothérapie ou le bénéfice de cette séquence préopératoire à une séquence postopératoire. Une seule étude prospective récente a été sélectionnée [108]. Les séries récentes évaluant la radiothérapie préopératoire associée à la radiothérapie peropératoire [109] n’ont pas été retenues.

Synthèse des données

Une étude de phase I-II [108], incluant 19 patients, a évalué la dose optimale de radiothérapie externe (31,2-38,4 Gy -dose recommandée- et 45,6 Gy) associée à 2 cycles de chimiothérapie (2 cycles J1-J21 à base de 5FU 800 mg/m2 J1-4, Leuvorin 60 mg et CDDP 100 mg/m2). Un patient présentait une réponse histologique complète et 8 patients (44 %) une réponse partielle majeure (reliquat < 1 cm). Le taux de survie sans récidive à 3 ans est de 50 %.

Conclusion

Aucune étude ne permet de démontrer le bénéfice d’une radiochimiothérapie préoperatoire (niveau de preuve D). Il n’y a pas de place pour la radiochimiothérapie préopératoire dans le traitement des cancers de l’estomac en dehors des cancers du cardia dont la prise en charge n’est pas traitée dans le cadre de ces recommandations pour la pratique clinique.

Radiothérapie peropératoire

Avantage théorique

La radiothérapie peropératoire (IORT) permet de n’irradier qu’un volume réduit incluant exclusivement la tumeur ou le lit opératoire et les aires ganglionnaires choisies, en excluant les organes sains adjacents, principal facteur limitant de cette radiothérapie gastrique.

L’irradiation peropératoire semble donc une technique adaptée pour la radiothérapie profonde des cancers gastriques permettant ainsi de délivrer une très forte dose localisée sans irradier les tissus sains adjacents, principal facteur de limitation de cette irradiation.

Modalités

La dose délivrée en une fraction est importante (10 à 23 Gy selon les séries) et son équivalence radiobiologique est deux à trois fois supérieure.

Résultats de la recherche bibliographique

Notre recherche documentaire n’a pas permis d’identifier d’essais randomisés occidentaux publiés comparant l’IORT à la chirurgie seule. Seuls des essais randomisés [110] menés chez des patients asiatiques ont été identifiés. Ces études n’ont pas servi à l’établissement des conclusions et des recommandations.

Un essai randomisé évaluant la radiothérapie préopératoire avec complément de radiothérapie peropératoire par rapport à la chirurgie seule a été retrouvé [111].

Un essai randomisé a comparé la radiothérapie préopératoire à la radiothérapie externe seule [112].

Morbidité et complications

La morbidité immédiate de cette radiothérapie peropératoire reste minime et se résume à un allongement du temps d’anesthésie. Les seuls problèmes postopératoires immédiats sont d’ordre hémorragique, lorsqu’il existe un envahissement artériel tumoral dans le volume ainsi irradié.

Certaines séries décrivent une augmentation du retard à la cicatrisation (principalement à type de fistule postopératoire, de surinfection). Ces complications restent rares et n’augmentent pas significativement la morbidité opératoire.

Les complications tardives sont avant tout des neuropathies douloureuses (cœliaques en particulier) et retrouvées principalement pour des doses uniques supérieures à 15 Gy.

IORT versus chirurgie seule

Les résultats des études asiatiques [110] n’ont malheureusement pas été retrouvés dans les séries occidentales. Aucune série randomisée occidentale n’a été à ce jour publiée.

Radiothérapie préopératoire et radiothérapie peropératoire versus chirurgie seule

Une étude randomisée [111] menée chez 78 patients atteints de cancer de l’estomac a comparé la chirurgie à la radiothérapie préopératoire 20 Gy 5j 4 Gy/j + peropératoire 20 Gy. Aucune différence significative de survie pour les N0 et les T1 T2, mais différence significative pour les T3 T4 pour les N+.

IORT versus radiothérapie externe

Une étude menée chez 41 patients a comparé l’IORT à la dose de 20 Gy à l’irradiation externe adjuvante postopératoire de 50 Gy (sans chimiothérapie) [112]. Un gain en termes de contrôle local en faveur de l’IORT a été mis en évidence ; aucun gain sur la survie globale et sur le taux de récidive n’a été mis en évidence.

Conclusion

Il n’y a plus d’essai en cours d’irradiation peropératoire, les institutions qui la pratiquent demeurent peu nombreuses.

Chimiothérapie adjuvante postopératoire

La chimiothérapie adjuvante postopératoire concerne les patients ayant bénéficié d’une résection macroscopiquement complète de la tumeur gastrique, mais comportant des facteurs de risque de récidive (séreuse envahie et/ou ganglions positifs).

Résultats de la recherche bibliographique

Trois-cent quarante-six articles ont été obtenus à partir de notre équation de recherche. Cinq méta-analyses [113-117] et 26 essais randomisés publiés comparant la chimiothérapie adjuvante par voie intraveineuse ou per os à l’absence de traitement ont été identifiés [97, 107, 118-141]. Un essai publié uniquement sous forme de résumé au congrès de l’ASCO a également été identifié [106]. Un autre essai randomisé publié sous forme de résumé en 1998 a été identifié. [142]. Seule l’analyse des méta-analyses et des essais non inclus dans ces méta-analyses est présentée. La présentation des essais randomisés inclus dans les méta-analyses est disponible sous forme de tableau uniquement.

Cinq essais ont comparé la chimiothérapie par voie intrapéritonéale à la chirurgie seule [143-147].

Les modalités comparées étaient la monochimiothérapie, la polychimiothérapie avec ou sans anthracycline par rapport à la chirurgie seule.

Résultats des méta-analyses

Analyse globale

Aucune des 5 méta-analyses publiées (tableaux 10 et 11( Tableau 10 )( Tableau 11 )) n’a effectué une analyse à partir des données individuelles des études [113-117]. Elles ont inclus 6 essais randomisés en commun [121, 122, 124, 127, 128, 131]. Seuls les essais publiés en anglais ont été inclus.
Tableau 10 Chimiothérapie adjuvante des cancers de l’estomac : résultats des méta-analyses des essais randomisés

Références

Mari et al.[115]

Earle et al.[114]

  • Hermans et al.[113]
  • Hermans et al.[149]


Janunger et al.[116]

Panzini et al.[117]

Recherche bibliographique

Medline® Embase® 1965 - 1999

  • Medline® Embase® Cancerlit®
  • 1965 - 01/1999


Medline® 1980 - juin 1991

np

  • Medline®- Cancerlit®
  • 1980 - Août 2000


Effectif inclus

3788 (3658)

1990

2096

3962

3118

  • Odds
  • [IC95 %]


0,83 [0,76-0,91]

0,80 [0,66-0,97]

0,88 [0,78-1,08]

0,84 [0,74-0,96]

0,72 [0,62-0,84]

Nombre d’essais identifiés

24

18

14 (+2)*

np

25

Nombre d’essais inclus dans l’analyse

20

13

11 (+2)*

21

17**

Études d’immunochimiothérapie et de chimiothérapie intrapéritonéale

non incluses

non incluses

incluses

non incluses

non incluses

Études asiatiques

incluses

exclues

incluses

incluses

non exclues


Tableau 11 Études de chimiothérapie adjuvante incluses dans les 5 méta-analyses

Références

Mari et al.[115]*

Earle et al.[114]

  • Hermans et al.[113]
  • Hermans et al.[149]


Janunger et al.[116]

Panzini et al.[117]

Alcobendas et al. [123]

oui

oui

Allum et al. [130]*

oui

oui

oui

Atiq et al. [144]

Bajetta et al. [107]

Chou et al. [134]

oui

oui

oui

Cirera et al. [140]

oui

oui

  • Coombes et al. [131]
  • (ICCG UK)


oui

oui

oui

oui

oui

Douglass et al. [121] (GITSG)

oui

oui

oui

oui

oui

Ducreux et al. [106] (abstract ASCO)

Engstrom et al. [127]

oui

oui

oui

oui

oui

Grau et al. [133]*

oui

Hallisey et al. [97]**

oui

oui

Higgins et al. [124] (VASOG)

oui

oui

oui

oui

oui

Huguier et al. [120]

oui

oui

oui

Igtsg et al. [128]

oui

oui

oui

oui

oui

Jakesz et al. [129]

oui

oui

oui

Krook et al. [132]

oui

oui

oui

oui

oui

Lise et al. [135] (EORTC)

oui

oui

oui

oui

MacDonald et al. [136] (SWOG)

oui

oui

oui

oui

Nakajima et al. [119]

oui

Nakajima et al. [153]

oui

Nakajima et al. [141]

oui

oui

oui

Nakajima et al. [141]

oui

oui

Neri et al. [138]

oui

oui

oui

oui

Ochiai et al. [125]

oui

oui

Sautner et al. [145]

Schiessel et al. [143]

oui

Schlag et al. [122]

oui

oui

oui

oui

Serlin et al. [154]

oui

Takahashi et al. [146]

Tsavaris et al. [139]

oui

oui

oui

oui

Yamamura et al. [155]

oui

Méta-analyse de Hermans

Ce travail a porté sur 14 études dont 11 ont pu être complètement analysées. Les résultats n’ont pas permis de conclure à une efficacité significative de la chimiothérapie adjuvante malgré un nombre total de 2 096 patients inclus [113]. Cette méta-analyse a été critiquée [148] pour les raisons suivantes : certains essais importants n’avaient pas été inclus, inclusion d’études menées chez des patients présentant une maladie résiduelle après la chirurgie, inclusion d’études d’immunochimiothérapie et de chimiothérapie intrapéritonéale.

Les auteurs ont révisé par la suite leur analyse [149, 148] en insérant deux études (Odds ratio 0,82, IC95% : 0,68-0,97) [137, 122].

Méta-analyse de Earle

Cette seconde méta-analyse a été effectuée et publiée en 1999 en sélectionnant les essais de 1966 à janvier 1999 [114]. Au total, 13 essais, uniquement occidentaux ont été retenus (les études asiatiques ont été exclues), l’Odds ratio est de 0,80 [0,66-0,97] avec une diminution du risque de décès due à la chimiothérapie qui pourrait être de 4 % (65 % versus 61 %).

Méta-analyse de Mari

Cette troisième méta-analyse publiée en 2000 a sélectionné les essais de 1966 à décembre 1999 [115]. Sur 113 essais sélectionnés, 20 ont été inclus soit 3 658 patients au total. Les hazard ratios ont été calculés avec un intervalle de confiance de 95 % pour chacune des études et ont montré des résultats en faveur de la chimiothérapie dans 19 des 21 comparaisons, avec une différence significative dans 6 essais. La valeur globale du hazard ratio montre un effet bénéfice de la chimiothérapie [0,82, IC95 % : 0,75-0,89]. Cette méta-analyse a analysé séparément les études d’Alcobendas et de Grau alors qu’elles portent sur les mêmes patients.

Méta-analyse de Janunger

Cette quatrième méta-analyse a sélectionné 21 essais randomisés soit 3 962 patients au total [116]. Deux études ont été exclues de l’analyse, une étude d’immunochimiothérapie, l’autre, publiée uniquement en japonais. L’Odds ratio est de 0,84 [0,84, IC95 % : 0,74-0,96]. Une analyse en sous-groupes a mis en évidence une amélioration significative de la survie en faveur de la chimiothérapie adjuvante pour les études asiatiques [0,58, IC95 % : 0,44-0,76]. Cette amélioration n’est pas significative pour les études occidentales [0,96, IC95 % : 0,83-1,12].

Méta-analyse de Panzini

Cette cinquième méta-analyse a sélectionné 17 essais randomisés (18 comparaisons) soit 3 118 patients au total (tableau 12)( Tableau 12 )[117]. Plusieurs types d’études ont été exclus de l’analyse. Il s’agissait des études comportant un bras d’immunothérapie [129], un bras de chimiothérapie intrapéritonéale ou de la radiothérapie ainsi que les études ayant inclus des patients avec une maladie métastatique ou résiduelle après chirurgie [53, 97]. L’Odds ratio est de 0,72 [0,72 IC95 % : 0,62-0,84]. Aucune analyse en sous-groupes n’a été effectuée.
Tableau 12 Polychimiothérapie adjuvante avec ou sans anthracyclines versus chirurgie curative seule : essais randomisés publiés depuis la dernière méta-analyse [117]

Références

Caractéristiques des patients

  • Effectifs
  • (évalués/inclus)


Traitements adjuvants

Suivi médian

Survie à 5 ans

  • Bajetta et al. [107]
  • 1992-1997


  • 90 % N+
  • Gastrectomie totale ou subtotale
  • curage D2


  • 137
  • versus
  • 137
  • (271/274)


  • EAP 2 cycles
  • puis FU-AF
  • versus
  • pas de traitement


  • 66 mois
  • (2-83)


  • 52 %
  • versus
  • 48 %
  • (ns)


  • Ducreux et al. [106]
  • Abstract ASCO
  • FFCD 8801


np

260

  • 5FU 800 mg/m2 1cycle
  • 5FU + CDDP 4 cycle
  • versus
  • pas de traitement


-

  • 51,3 %
  • versus
  • 47,3 %
  • (ns)


  • Chipponi et al. [142]
  • 1989-1997


Curage D1 ou D2

  • 103/104
  • versus
  • 93/101


  • FU-LV + CDDP
  • versus
  • Pas de traitement


  • 101 mois
  • (43-140)


  • 39 %
  • versus
  • 38,7 %


Conclusion sur les méta-analyses

Ces 5 méta-analyses montrent une légère tendance en faveur de la chimiothérapie adjuvante en termes de survie globale. Toutefois, ces résultats sont à tempérer compte tenu de la méthode imparfaite de ces travaux : omission d’études négatives non publiées, prise en compte des données publiées sans retour aux données individuelles.

Résultats des études publiées suite à la dernière méta-analyse

Trois études ont été publiées depuis la réalisation des deux dernières méta-analyses [106, 107, 142]. L’une de ces études n’est disponible que sous forme de résumé publié à l’ASCO [106]. Ces trois études ne modifient pas les conclusions des méta-analyses, car aucune des ces deux études ne retrouve un bénéfice de survie dû à la chimiothérapie adjuvante.

Chimiothérapie intrapéritonéale

  • Avantage théoriqueLa chimiothérapie intrapéritonéale pourrait aussi avoir sa place en traitement adjuvant dans la mesure où elle permet une concentration locale importante ainsi qu’un passage portal préférentiel qui pourraient diminuer le développement de métastases péritonéales et hépatiques (tableau 13)( Tableau 13 )[150].
  • Données de la littératurePlusieurs études randomisés ont été menées : 4 études occidentales [143, 145, 147, 151], 1 étude asiatique [146], 2 études avec administration intrapéritonéale intra-opératoire [66, 152].
  • ConclusionCes études ne permettent pas de conclure sur les bénéfices et les risques de la chimiothérapie intrapéritonéale.

Tableau 13 Chimiothérapie intrapéritonéale adjuvante : résultats des études occidentales randomisées

Références

Caractéristiques des patients

  • Effectif
  • (évalués/inclus)


Traitements

Survie médiane

Survie

Rosen et al. [151]

  • 46
  • versus
  • 45
  • (91)


  • MMC + carbone
  • versus
  • contrôle


ns

ns

Sautner et al. [145]

Stades III et IV

  • 33
  • versus
  • 34


  • CDDP
  • versus
  • contrôle


  • 17,3 mois
  • versus
  • 16 mois


-

Schiessel et al. [143]

T3, T4

  • 38
  • versus
  • 38


  • CDDP
  • versus
  • contrôle


-

  • À 2 ans
  • 38 % versus 38 %
  • (ns)


Yu et al. [147]

Stades I à IV

  • 125
  • versus
  • 123


  • MMC + 5FU
  • versus
  • contrôle


-

  • À 5 ans
  • 39 % versus 29 %
  • (ns)


Immunochimiothérapie adjuvante postopératoire

Résultats de la recherche bibliographique

Les études d’immunochimiothérapie asiatiques sont multiples, très variées et hétérogènes. Elles n’ont pas été reproduites et confirmées en Europe ni aux États-Unis et ce d’autant que certains immunostimulants testés ne sont pas disponibles en Occident. Ces études n’ont pas été sélectionnées dans ce document.

Quatre études ont été sélectionnées pour l’analyse de la littérature sur ce thème [128, 129, 156-158].

Données de la littérature

Quatre études randomisées ont été identifiées et sont présentées dans le tableau 14( Tableau 14 ). Aucune étude n’a démontré d’avantage en termes de survie. Seule une étude portant sur un petit effectif a rapporté un avantage de survie global significatif avec la prise de cimétidine en postopératoire et sur une longue durée [157] ; ces résultats intéressants n’ont cependant pas été confirmés par des études menées chez un plus grand nombre de patients [156, 158].


Tableau 14 Immunochimiothérapie adjuvante des cancers de l’estomac : résultats des essais randomisés

Références

Traitements

Effectifs

Survie à 5 ans

Jakesz et al. [129]

  • MMC + 5FU + AraC + Ftotafur + PCB
  • MMC + 5FU + AraC + Ftotafur
  • Pas de traitement


125

  • ns
  • p < 0,05 pour les patients T3-T4


Igtsg et al. [128]

  • 5FU + MeCCNU + Lev
  • 5FU + MeCCNU


213

ns

Langman et al. [158]

  • Cimétidine
  • placebo


442

21 % versus 18 % (ns)

Tonnesen et al. [157]

Cimetidine versus placebo

181

Différence de survie significative

Primrose et al. [156]

Ranitidine versus placebo

222

Pas de différence de survie

Chimiothérapie néoadjuvante

Principes et objectifs

Le terme de chimiothérapie néoadjuvante (dite encore préopératoire ou d’induction) définit toute chimiothérapie délivrée avant le traitement locorégional considéré comme déterminant, ici l’exérèse chirurgicale. Un tel traitement préopératoire peut avoir trois avantages théoriques :
  • permettre une réduction tumorale rendant plus aisée et plus fréquente la résection chirurgicale complète ;
  • traiter précocement les micrométastases infracliniques avant même la phase de dépression immunitaire postopératoire ;
  • sélectionner les tumeurs chimiosensibles pouvant justifier d’une chimiothérapie adjuvante après l’exérèse chirurgicale.
Un des problèmes majeurs que rencontre le développement d’une chimiothérapie néoadjuvante dans les adénocarcinomes gastriques est la définition même de la réséquabilité d’un cancer de l’estomac. En effet, les études de chimiothérapie néoadjuvante mélangent souvent les tumeurs gastriques a priori réséquables dans une intention curative (résection R0) et les patients ayant une tumeur de l’estomac dite localement avancée. Cette classification en cancer localement avancé va cependant dépendre du bilan préopératoire réalisé (y a-t-il eu une écho-endoscopie, une laparoscopie, voire une laparotomie ?), de l’état général et de l’âge ainsi que de « l’agressivité du chirurgien ».

Chimiothérapie néoadjuvante dans les tumeurs localement avancées non réséquables d’emblée

Résultats de la recherche bibliographique
Aucune étude randomisée n’a été retrouvée par notre recherche documentaire. Plusieurs études prospectives sont disponibles [159-164].
Résultats des études
Wilke et al. ont montré la faisabilité dans cette indication de l’EAP à partir d’une série de 34 patients présentant initialement une tumeur gastrique considérée comme inextirpable lors d’une laparotomie initiale [159] ; la chimiothérapie a entraîné 70 % de RO et 15 gastrectomies macroscopiquement complètes ont pu être réalisées parmi les 23 patients répondeurs.

Six autres études ont évalué l’intérêt de la chimiothérapie pour la régression d’un infiltration tumorale importante et pour permettre la résection secondaire complète R0 [160-165]. Le taux de résection secondaire retrouvé dans ces études était en moyenne de 40 %. Ces études ont été menées chez des patients sélectionnés dans des centres spécialisés.

Conclusion
En cas de cancers gastriques localement avancés non réséquables, le bénéfice d’une chimiothérapie néoadjuvante en termes de survie n’est pas prouvé (niveau de preuve C).
Commentaires
Le bénéfice d’une chimiothérapie néoadjuvante est en cas de cancers gastriques localement avancés non réséquables hautement probable. Même en l’absence d’étude randomisée, la plupart des experts reconnaissent cette indication car le pronostic des patients non traités est catastrophique. Cette décision doit être prise en réunion multidisciplinaire. La réséquabilité doit être à chaque fois reconsidérée en cas de réponse tumorale à la chimiothérapie.

Chimiothérapie néoadjuvante dans les tumeurs potentiellement réséquables

Résultats de la recherche bibliographique

Quatre essais randomisés comparant la chimiothérapie néoajuvante suivie d’une chirurgie, à la chirurgie seule ont été identifiés [166-169]. Les résultats de trois de ces études [168, 169] sont disponibles uniquement sous forme de résumé dont un présenté en 1996 à l’ASCO [167].

Résultats des études randomisées

La seule étude publiée a comparé la chimiothérapie néoadjuvante à la chirurgie seule chez 59 patients opérables [166]. Malheureusement cette étude n’a pu être menée à bien en raison d’un recrutement trop faible. Une inclusion de 225 patients par bras était prévue pour mettre en évidence une différence de réséquabilité de 15 % entre les deux bras. L’analyse portant sur les 56 patients éligibles n’a pas montré de différence significative de survie, de taux de résection R0 (critère de jugement principal) (18/27 – 67 %- versus 19/29 – 66 % NS). Les deux autres études asiatiques [167, 168] disponibles uniquement sous forme de résumés n’ont pas montré de bénéfices de survie pour le traitement néoadjuvant. Les résultats préliminaires de l’étude MAGIC ont été présentés à l’ASCO 2003 [53, 169]. Cette étude a comparé chez 503 patients atteints de cancer de l’estomac, de la jonction œsophageogastrique ou du bas œsophage l’administration préopératoire et postopératoire d’une chimiothérapie à la chirurgie seule. La chimiothérapie était de type ECF. L’analyse préliminaire ne montre pas de différence de survie à 2 ans (critère de jugement principal 48 % versus 40 %, p = 0,063). Un avantage significatif en termes de survie sans rechute a été mis en évidence (médiane de 18 mois versus 12 mois p = 0,02). Il est nécessaire d’attendre la publication détaillée des résultats définitifs avec un suivi plus long des patients pour conclure.

Conclusion

Les résultats des études disponibles ne permettent pas d’établir la place de la chimiothérapie néoadjuvante en cas de tumeurs localement avancées mais potentiellement réséquables (niveau de preuve C). Des essais sont actuellement en cours en Europe.

Chimiothérapie des formes métastatiques : les principaux médicaments anticancéreux efficaces

En chimiothérapie, l’efficacité antitumorale d’un médicament anticancéreux est essentiellement analysée dans des études de phase II sur le taux de réponse objective (RO) qui regroupent les taux de réponse complète (RC) et de réponse partielle (RP) définis selon les critères OMS. Les principales molécules testées en monothérapie dans ce type d’études donnent des taux de réponse objective compris entre 10 et 30 % [170] avec des durées brèves (3 à 6 mois) et pratiquement jamais de réponse complète.

Comme pour tous les cancers digestifs, le principal médicament anticancéreux utilisé reste le 5-fluoro-uracile avec des taux de réponse objective aux alentours de 20 %. Les autres molécules donnant des taux de réponse objective comparables sont la mitomycine C, l’adryamicine et le cisplatine. Cependant, le caractère ancien de certaines études doit rendre prudent dans l’interprétation de ces résultats, compte tenu de la moindre précision dans l’évaluation de la réponse tumorale, en l’absence de scanners relus par des radiologues extérieurs aux études. D’autres produits comme les nitrosourées ou l’étoposide pourraient aussi avoir une certaine activité à un degré moindre. En revanche, le carboplatine, dérivé du cisplatine largement utilisé dans les cancers ovariens, n’a ici aucune efficacité comparable au cisplatine et donc aucune place. Parmi les nouvelles molécules, les taxanes semblent avoir une activité intéressante dans les cancers œsogastriques, notamment le docétaxel avec un taux de réponse de 24 % observé chez 33 patients. L’irinotecan donne des taux de réponse objective entre 25 et 43 %, dans 3 études de phase II menées au Japon. La place du ratiltrexed et de l’oxaliplatine est aussi en cours d’évaluation, alors que la gemcitabine n’a ici aucune efficacité.

Type d’interventions

Pour répondre à la question « Chimiothérapie versus absence de chimiothérapie ? », les interventions considérées ont été la chimiothérapie palliative en monochimiothérapie ou en polychimiothérapie quelles que soient les doses par rapport aux meilleurs soins palliatifs.

Pour répondre à la question « Quelle chimiothérapie palliative ? », toutes les études présentant des comparaisons de chimiothérapie ont été prises en compte.

Chimiothérapie versus absence de chimiothérapie

Résultats de la recherche bibliographique

Trois études randomisées publiées ont comparé la chimiothérapie à l’absence de chimiothérapie [171-173].

Synthèse des données

Nous disposons de 3 études randomisées publiées ayant posé la question de l’intérêt en termes de survie de proposer une chimiothérapie pour un adénocarcinome gastrique métastatique par rapport à un simple traitement symptomatique (tableau 15( Tableau 15 )). La première étude publiée en 1993 a comparé un schéma FAMTX modifié (diminution de la dose de MTX à 1 g/m2) à un groupe contrôle sans chimiothérapie [171]. La randomisation a été interrompue après l’inclusion de 22 patients (10 dans le bras contrôle et 12 dans le bras chimiothérapie) en raison d’un bénéfice de survie significatif en faveur de la chimiothérapie (médiane de survie passe de 9 à 3 mois, p = 0,001). Cependant, la méthodologie de cette étude est très contestable car l’analyse de survie est faite avec 18 patients supplémentaires inclus dans le bras chimiothérapie sans randomisation et l’effectif reste au total très faible.

La seconde étude publiée par Pyrhonen et al. en 1995 est méthodologiquement plus rigoureuse [172]. Elle a comparé une chimiothérapie similaire en remplaçant l’adriamycine par l’épirubicine (FEMTX) à un traitement de confort sans chimiothérapie mais comprenant des vitamines A et E. Là aussi, on constate une amélioration significative de la survie globale (5,4 versus 1,7 mois ; p = 0,0006) après randomisation de 41 patients. La médiane de survie du bras contrôle paraît cependant particulièrement courte dans cette étude et l’effectif global reste aussi assez faible.

La publication de Glimélius et al. de 1997 a randomisé 61 patients entre une chimiothérapie accompagnée par le meilleur traitement symptomatique contre le meilleur traitement symptomatique seul [173]. La chimiothérapie était soit le protocole ELF soit la même association 5FU-AF mais sans étoposide. Malgré un meilleur état général des patients dans le bras contrôle et le fait que 12 patients de ce bras ont finalement reçu une chimiothérapie, la médiane de survie n’a pas été statistiquement différente entre le bras chimiothérapie et le bras contrôle (8 mois versus 5 mois, p = 0,12). Cependant, dans un modèle de Cox testant l’influence des principaux facteurs pronostiques, dont l’état général, le fait d’avoir reçu une chimiothérapie était un facteur indépendant de survie significatif (p = 0,03). Cette étude a évalué la qualité de vie par le questionnaire EORTC-QLQ-C30. Quarante-cinq pour cent des patients du bras chimiothérapie ont eu une amélioration de leur qualité de vie d’une durée minimum de 4 mois contre seulement 20 % dans le bras contrôle (p < 0,05).
Tableau 15 Chimiothérapie versus absence de chimiothérapie des cancers de l’estomac métastatique : résultats des essais randomisés de phase III

Références

  • Effectifs
  • (évalué/inclus)


Traitements

Survie médiane

Survie à 1 an

Survie à 2 ans

  • Murad et al. [171]
  • 1988-1991


  • 30 (12 + 18)*
  • versus
  • 10
  • 40/41


  • FAMTX
  • versus
  • contrôle


  • 10 mois
  • versus
  • 3 mois
  • p = 0,001


  • 40 %
  • versus
  • 0 %


  • 10 %
  • versus
  • 0 %


  • Pyrhonen et al. [172]
  • 1986-1992


  • 21
  • versus
  • 20
  • 41


  • FEMTX
  • versus
  • contrôle (vitamine A et vitamine E)


  • 12,3 mois
  • versus
  • 3,1 mois
  • p = 0.001


  • 52 %
  • versus
  • 5 %
  • p < 0,001


  • 24 %
  • versus
  • 5 %
  • p = np


  • Glimelius et al. [173]
  • 1991-1995


  • 31
  • versus
  • 30


  • ELF/FLv
  • versus
  • soins palliatifs


  • 8 mois
  • versus
  • 5 mois
  • ns


Commentaires méthodologiques

Dans l’étude de Glimélius et al. [173], certains domaines de qualité de vie ont été dégradés de façon non significative par la chimiothérapie (activité réduite, plus de fatigue, moins d’appétit, plus de dyspnée). Les auteurs ont élaboré leurs propres critères d’interprétation du questionnaire EORTC QLQ-C30 en faisant intervenir deux investigateurs de leur institution qui ignoraient le traitement reçu. Les règles étaient faciles à appliquer et les résultats ont été assez reproductibles entre investigateurs. Cependant, il ne s’agissait pas de la méthode habituelle d’interprétation des questionnaires de l’EORTC. L’observance au questionnaire (nombre de questionnaires remplis par rapport au nombre de questionnaires théoriquement attendus) a été médiocre (61 % à 4 mois dans le bras chimiothérapie, 37 % dans le bras traitement symptomatique). Au total, cette étude ne donne pas de certitude sur le bénéfice en termes de qualité de vie d’une chimiothérapie palliative.

Conclusion

Il existe maintenant suffisamment d’arguments pour conclure que la chimiothérapie augmente modestement (de 3 à 9 mois selon les études) mais significativement la survie des patients ayant un cancer de l’estomac avancé (niveau de preuve B1) démontrée pour un protocole peu toxique. L’amélioration de la qualité de vie n’est pas prouvée (niveau de preuve C).

Modalités de la chimiothérapie des formes métastatiques

Polychimiothérapie versus 5FU seul

  • Résultats de la recherche bibliographique. Quatre études randomisées ont comparé le 5FU seul à plusieurs associations de chimiothérapie (tableaux 16 et 17( Tableau 16 )( Tableau 17 )) [174-177]. Les essais de phase II randomisés ont également été identifiés mais non sélectionnés. Ces études de phase II identifiées vont servir à la mise en place d’un suivi prospectif des nouvelles données publiées en vue d’évaluer périodiquement leur impact sur les recommandations.
  • FU seul versus FAM. En 1985, Cullinan et al. ont publié une étude randomisée de phase III portant sur 151 patients [174]. Les résultats ont montré une survie identique dans les bras traités par FAM et par 5FU seul, malgré un meilleur taux de réponse objective pour le FAM (38 % versus 18 %). Un troisième bras associant 5FU-adriamycine a été testé dans cet essai avec les mêmes mauvais résultats, d’autant plus que la toxicité dans les bras polychimiothérapies était nettement supérieure au 5FU seul.
  • 5FU seul versus FAP/FP. En 1994, une autre étude retrouvait le même type de résultats négatifs avec 3 autres schémas comparés au 5FU seul dont le protocole FAP (5FU-adriamycine-cisplatine) [176]. En revanche, une étude à 3 bras publiée en 1993 par Kim et al. comparant au 5FU les protocoles FAM et FP a confirmé l’absence d’efficacité du FAM mais a montré une amélioration significative de la survie sans progression et du taux de réponse objective en faveur du bras FP, sans traduction statistiquement significative sur la survie globale [175].
  • 5FU seul versus 5FU + CDDP (FP, 105 patients) ou tegafur + mitomycine. En 2003, une étude randomisée de phase III portant sur 280 patients a été publiée. Cette étude a comparé le 5FU seul (105 patients) à l’administration de 5FU + CDDP (FP, 105 patients) ou tegafur + mitomycine (UFTM, 70 patients). Aucune différence de survie n’a été observée entre les deux bras (critère de jugement principal). La médiane de survie sans progression était différente entre le bras FP par rapport au bras 5FU (respectivement 3,9 versus 1,9, p < 0,001) [177].

Tableau 16 Polychimiothérapies versus 5FU seul des cancers de l’estomac métastatiques : résultats des essais randomisés de phase III

Références

Chimiothérapie

Effectifs

Taux de réponses objectives (RC)

Survie médiane mois

Survie sans progression (semaines)

Cullinan et al. [174]

  • 5FU
  • 5FU + ADR
  • 5FU + ADR + MMC


  • 51
  • 49
  • 51


  • 18 %
  • 27 % (ns)
  • 38 % (ns)
  • NS


NS

NE

Kim et al. [175]

  • 5FU
  • 5FU + ADR + MMC
  • 5FU + CDDP


  • 94
  • 98
  • 103


  • 26 (0)
  • 25 (2) (ns)
  • 51 (4) (p < 0,01)


  • 7,3
  • 7,4 (ns)
  • 9,2 (ns)
  • NS


  • 9,1
  • 12 (p < 0,05)
  • 21,8 (p < 0,005)


Cullinan et al. [176]

5 FU

69*

NE

NS

NE

5FU + ADR + CDDP

51*

5FU + ADR + CCNU

53*

5FU + ADR + CCNU + TZT

79*


Tableau 17 Comparaison de plusieurs modalités de polychimiothérapie des cancers de l’estomac métastatiques : résultats des essais randomisés

Références

Chimiothérapie

Effectifs

Taux de réponses objectives

Survie médiane

  • Wils et al. [178]
  • EORTC


  • FAM
  • versus
  • FAMTX


  • 105
  • versus
  • 107


  • 9 %
  • versus
  • 41 %
  • (p = 0,001)


  • 7,2 mois
  • versus
  • 10,5 mois
  • (p = 0,04)


Kelsen et al. [179]

  • FAMTX
  • versus
  • EAP


  • 30
  • versus
  • 30


  • 33 %
  • versus
  • 20 %
  • (ns)


  • 7,3 mois
  • versus
  • 6,1 mois
  • (ns)


Waters et al. [180]

  • FAMTX
  • versus
  • ECF


  • 130
  • versus
  • 126


  • 21 %
  • versus
  • 46 %
  • (p = 0,00003*)


  • 6,1 mois
  • versus
  • 8,7 mois
  • (p = 0,0005)


Ross et al. [181]

  • ECF
  • versus
  • MCF


  • 290
  • versus
  • 290
  • 574/580


  • 42,4 %
  • versus
  • 44,1 %
  • (ns*)


  • 9,4 mois
  • versus
  • 8,7 mois
  • (ns)


Vanhoefer et al. [182]

  • ELF
  • versus
  • FUP
  • versus
  • FAMTX


  • 129/132
  • versus
  • 127/134
  • versus
  • 122/133
  • 376/399


  • 9 %
  • versus
  • 20 %
  • versus
  • 12 %
  • (ns*)


  • 7,2 mois
  • versus
  • 7,2 mois
  • versus
  • 6,7 mois
  • (ns)


Comparaison des polychimiothérapies entre elles

  • Résultats de la recherche bibliographique. Cinq études ont comparé plusieurs types de polychimiothérapie entre elles [178-182]. Des études randomisés III dont les résultats ne sont disponibles à l’heure actuelle que sous forme résumée et/ou pour lesquelles seules des analyses statistiques intérimaires, ou des molécules en cours d’évaluation en phase II, ont également été identifiées mais n’ont pas été sélectionnées. Ces études ne sont pas décrites. Il s’agit d’études ayant évalué les interventions suivantes : docétaxel [183], irinotecan [184], capacitabine [185-188], Oxaliplatine [185], marimastat [189].
  • FAMTX versus FAM. L’efficacité du FAMTX a surtout été démontrée par une étude randomisée de phase III de l’EORTC le comparant au FAM avec une toxicité moindre, un meilleur taux de réponses objectives (41 % versus 9 %) et une médiane de survie plus longue de 14 semaines en faveur du FAMTX [178].
  • FAMTX versus EAP. Un essai de phase III a comparé le protocole EAP au FAMTX [179]. Cet essai, qui devait inclure 130 patients, a été interrompu prématurément après inclusion des 60 premiers patients en raison de la survenue d’une toxicité significativement supérieure dans le bras EAP qui a entraîné 4 décès toxiques. Au moment de l’arrêt des inclusions, le taux de réponses objectives était de 33 % dans le bras FAMTX versus 20 % dans le bras EAP. Les auteurs ont conclu que le FAMTX était au moins aussi actif que l’EAP et avait une toxicité moins sévère et plus facile à gérer.
  • FAMTX versus FUP versus ELF. La valeur relative des protocoles FUP, FAMTX et ELF a été comparée dans une étude de l’EORTC ayant inclus plus de 340 patients. Aucune différence en termes de réponse ni en termes de survie entre ces trois protocoles n’a été retrouvée [182].
  • FAMTXc versus ECF. Une étude de phase III dont les premiers résultats ont été publiés en 1997 [190] et les résultats définitifs, après un suivi médian de 44 mois, en 1999 [180]. Cette étude de phase III a comparé le protocole ECF au protocole FAMTX. Les résultats sont à l’avantage du protocole ECF en termes de taux de réponse objective (46 % versus 21 % p = 0,00003) et de médiane de survie (8,7 versus 6,1 mois p = 0,0005). Le protocole ECF a procuré à 24 semaines une meilleure qualité de vie globale (p = 0,04) que le FAMTX. La toxicité a été surtout hématologique et infectieuse pour le FAMTX et essentiellement digestive avec l’ECF.
  • ECF versus mitomycine-CF. Les résultats de ce dernier schéma (ECF) ont été confirmés dans une étude de phase III qui a comparé ECF à l’association mitomycine-CF aussi active mais moins bien tolérée (taux de réponse de 42,4 % et survie médiane de 9,4 mois avec ECF) [181]. La chimiothérapie de type MCF a entraîné un déclin significatif de la qualité de vie. Les différences ont surtout été marquées pour les domaines physique, psychologique, cognitif, et pour la fatigue.

Conclusion

Les études montrent de meilleurs taux de réponse pour les polychimiothérapies que les monochimiothérapies. Cependant, la méthodologie des études ne permet pas de tirer de conclusion définitive sur la supériorité d’une polychimiothérapie par rapport au 5FU en termes de survie (niveau de preuve C).

Commentaires – opinion des experts

  • Les experts du groupe de travail s’accordent pour penser qu’une polychimiothérapie doit être proposée chez les patients en bon état général (OMS 0 ou OMS 1) et que le schéma ECF peut être considéré comme l’un des protocoles les mieux évalués dans les adénocarcinomes gastriques. Ce schéma impose cependant au patient une perfusion continue sur plusieurs semaines. Le protocole ECF est le seul à avoir fait la preuve (dans deux études randomisées de phase III) d’une amélioration de la qualité de vie par rapport à un autre protocole de chimiothérapie.De plus, même si l’on semble avoir passé un certain cap en termes d’efficacité antitumorale définie par le taux de RO avec les polychimiothérapies les plus récentes, notamment le protocole ECF, les médianes de survie de toutes ces études de phase III sont encore faibles, comprises au mieux entre 7 et 10 mois. On peut donc se poser encore la question de la place d’une chimiothérapie peu toxique à base de 5FU-AF par rapport à des protocoles plus contraignants à base de 5FU continu et de cisplatine. Enfin, il reste à découvrir d’autres schémas utilisant de nouveaux médicaments anticancéreux et permettant des alternatives efficaces en deuxième ligne de chimiothérapie pour espérer allonger un peu la survie de ces patients.Il faudra suivre les publications intégrales des études dont les résultats ne sont disponibles à l’heure actuelle que sous forme résumée.

Tumeur primitive (T)

Tis

Cancer in situ, intra-épithélial

T1

Muqueuse et sous-muqueuse (cancer superficiel)

T2a

Musculeuse

T2b

Sous-séreuse

T3

Séreuse

T4

Extension à un organe de voisinage

Envahissement ganglionnaire (N)

N0

Pas de métastase ganglionnaire

Nx

Ganglions non évalués ou moins de 15 ganglions examinés

N1

1 à 6 ganglions métastatiques régionaux

N2

7 à 15 ganglions métastatiques régionaux

N3

> à 15 ganglions métastatiques régionaux

Métastases (M)

M0

Absence de métastases

M1

Présence de métastases ou envahissement des chaînes ganglionnaires N3

Stades UICC

Stade TNM

Stade IA

T1N0M0

Stade IB

T1N1M0 ; T2N0M0

Stade Il

T1N2M0 ; T2a/bN1M0 ; T3N0M0

Stade IIIA

T2a/bN2M0 ; T3N1M0 ; T4N0M0

Stade IIIB

T3N2M0

Stade IV

T4N1-3M0 ; T1-3N3M0 ; Tout T, tout N, M1

Description

Type intestinal

Type diffus

Tubules

bien développés

peu développés

Mucus

présent

présent ou non

Aspect

bords bien limités

bords mal limités

Aspect

compact

dispersé

Contributeurs

P. Artru, gastro-entérologue (Clinique Saint-Jean, Lyon), G. Auclerc, oncologue médical (CHU Hôpital Pitié-Salpêtrière, Paris), P. Baldet, pathologiste (CHU Hôpital Lapeyronie, Montpellier), B. Barreau, radiologue (Institut Bergonié, Bordeaux), Y. Becouarn, oncologue médical (Institut Bergonié, Bordeaux), F. Borie, chirurgien (Clinique Saint-Éloi, Montpellier), A. Boutan Laroze, oncologue médical (CHU Hôpital Victor Dupouy, Argenteuil), J.-M. Canard, gastro-entérologue (Hôpital européen Georges Pompidou, Paris), L. Cany, oncologue médical (Polyclinique Francheville, Périgueux), M.-F. Carette, radiologue (Hôpital Tenon, Paris), P. Cellier, oncologue radiothérapeute (Centre Paul Papin, Angers), B. Chauffert, oncologue médical (Centre Georges-François Leclerc, Dijon), O. Clouet, oncologue médical (Hôpital Léon Touhladjian, Poissy), G. Dabouis, oncologue médical (CHU Hôpital Hôtel-Dieu, Nantes), F. De Carvalho, chirurgien (Centre Val d’Aurelle, Montpellier), B. Detroz, oncologue radiothérapeute (CHU, Liège), J.-B. Dubois, oncologue radiothérapeute (Centre Val d’Aurelle, Montpellier), D. Elias, chirurgien (Institut Gustave Roussy, Villejuif), P.-L. Etienne, oncologue médical (Clinique Armoricaine, Saint-Brieuc), J. Fraisse, chirurgien (Centre Georges-François Leclerc, Dijon), J.-P. Gerard, oncologue radiothérapeute (Centre Antoine Lacassagne, Nice), H. Johanet, chirurgien (Clinique Sainte-Marie, Pontoise), H. Lauche, oncologue radiothérapeute (Clinique Clémentville, Montpellier), P. Maingon, oncologue radiothérapeute (Centre Georges-François Leclerc, Dijon), P.-Y. Marcy, radiologue (Centre Antoine Lacassagne, Nice), L. Mineur, oncologue radiothérapeute (Clinique Sainte-Catherine, Avignon), F, Mithieux, chirurgien (Centre Léon Bérard, Lyon), E. Mitry, gastro-entérologue (CHU Hôpital Ambroise Paré, Boulogne-Billancourt), M. Moro, oncologue radiothérapeute (Cabinet de radiologie, Nice), H. Orfeuvre, oncologue médical (Hôpital Fleyriat, Bourg-en-Bresse), R. Palau, pathologiste (Centre d’anatomocytopathologie, Toulon), J.-M. Phelip, hépato-gastro-entérologue (CHU, Grenoble), J.-L. Raoul, oncologue médical (Centre Eugène Marquis, Rennes), R. Regal, oncologue radiothérapeute (Clinique Clémentville, Montpellier), A. Roth, oncologue médical (Hôpital universitaire, Genève), J.-C. Sabourin, pathologiste (Institut Gustave Roussy, Villejuif), J.P, Suchaud, oncologue radiothérapeute (Hôpital de Roanne, Roanne), E. Tiret, chirurgien (Hôpital Saint-Antoine, Paris), P. Troufléau, radiologue (Centre Alexis Vautrin, Vandœuvre-lès-Nancy), J. Vigneron, pharmacien (CHU Hôpital Brabois, Vandœuvre-lès-Nancy), J.-J. Voigt, pathologiste (Institut Claudius Regaud, Toulouse), P. Wolff, hépato-gastro-entérologue (Cabinet médical de gastro-entérologie, Nîmes).

Comité d’organisation des SOR

T. Philip, directeur des SOR, pédiatre, FNCLCC, Paris (Bureau exécutif), B. Fervers, directeur adjoint des SOR, oncologue médical, FNCLCC, Paris (Bureau exécutif), P. Bey, représentant du Conseil d’administration de la FNCLCC, radiothérapeute, FNCLCC, Paris (Bureau exécutif), D. Maigne, délégué général de la FNCLCC, FNCLCC, Paris (Bureau exécutif), A. Bataillard, coordinatrice des SOR spécialistes, médecin généraliste, FNCLCC, Paris (SOR spécialistes), G. Gory-Delabaere, méthodologiste, pharmacien, FNCLCC, Paris (SOR spécialistes), L. Bosquet, méthodologiste, FNCLCC, Paris (SOR spécialistes), N. Fabre, méthodologiste, FNCLCC, Paris (SOR spécialistes), S. Rousmans, méthodologiste, FNCLCC, Paris (SOR spécialistes), E. Luporsi, méthodologiste associé, oncologue médical, FNCLCC, Paris (SOR spécialistes), S. Theobald, méthodologiste associé, médecin de santé publique, FNCLCC, Paris (SOR spécialistes), F. Farsi, référent réseau, médecin de santé publique, FNCLCC, Paris (SOR spécialistes), J. Carretier, responsable des SOR SAVOIR PATIENT, méthodologiste, chargé de mission en santé, FNCLCC, Paris (SOR SAVOIR PATIENT), L. Leichtnam-Dugarin, méthodologiste, chargée de mission en santé, FNCLCC, Paris (SOR SAVOIR PATIENT), S. Brusco, méthodologiste, FNCLCC, Paris (SOR SAVOIR PATIENT), V. Delavigne, linguiste, FNCLCC, Paris (SOR SAVOIR PATIENT), M. Haugh, responsable SOR projets internationaux, biochimiste, FNCLCC, Paris (Projets internationaux), V. Millot, assistante de gestion, FNCLCC, Paris (Projets internationaux), S. Guillo, documentaliste scientifique, FNCLCC, Paris (Documentation), A.G. Guy, documentaliste, FNCLCC, Paris (Documentation), S. Debuiche, responsable administrative, FNCLCC, Paris (service administratif et éditorial),H. Borges-Paninho, chargée de l’édition des documents, FNCLCC, Paris (service administratif et éditorial), D. Gouvrit, assistante de gestion, FNCLCC, Paris (service administratif et éditorial), L. Pretet, assistante de gestion, FNCLCC, Paris (service administratif et éditorial), E. Sabatier, secrétaire, FNCLCC, Paris (service administratif et éditorial)

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a Groupe de travail.


 

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