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Participation à l’expérimentation nationale de l’annonce du diagnostic de cancer en neuro-oncologie : implication et reconnaissance des soignants


Bulletin du Cancer. Volume 92, Numéro 4, 373-80, Avril 2005, Dossier thématique


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Benoît Tivoli, Brigitte Sanchez, Sophie Tardieu, Philippe Metellus, Roland Sambuc, Olivier Chinot, Unité de neuro-oncologie, CHU Timone, 264, rue Saint-Pierre, 13385 Marseille Cedex 05, Laboratoire de cancérologie expérimentale, Inserm EMI 0359, Faculté de médecine Nord, Université de la Méditerranée, Faculté de Médecine, Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille, Cellule Évaluation Médicale, Santé Publique, Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille.

Résumé : La consultation d’annonce représente un moment fort de la relation de confiance entre soignants et patients. La mesure 40 du Plan Cancer prévoit ainsi la mise en œuvre d’un dispositif définissant les conditions de l’annonce du diagnostic au patient, incluant la présentation d’un programme personnalisé de soins (PPS) retenu en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP), le recours possible à un soutien psychologique et à l’information ainsi que la rémunération de cette consultation par un forfait spécifique. Une expérimentation a été mise en place sur 58 établissements pilotes regroupés à travers 37 projets. L’unité de neuro-oncologie de l’AP-HM a participé à cette expérimentation. Le protocole proposé a été enrichi d’évaluations complémentaires incluant une analyse du discours, et s’est appuyé sur le développement d’outils spécifiques et sur un encadrement de la consultation par une infirmière. L’analyse présentée porte sur 80 patients (78 % pour l’annonce du diagnostic, 14 % pour l’annonce d’une récidive) vus en 5 mois dans le cadre de ce dispositif. Cet encadrement par une infirmière semble améliorer la qualité de l’information reçue et transmise, ainsi que sa circulation au sein de l’équipe, renforçant ainsi le climat de confiance et la qualité des soins. La mise en place de ce dispositif constitue aussi une mesure structurante pour l’organisation transversale de la prise en charge, ainsi qu’une étape nécessaire, mais non suffisante, vers l’accompagnement du malade dans un parcours de soins personnalisé et cohérent, permettant un accès adapté aux ressources disponibles.

Mots-clés : tumeur cérébrale, consultation d’annonce, évaluation, réunion de concertation pluridisciplinaire, programme personnalisé de soins

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) :, Benoît Tivoli1, Brigitte Sanchez1, Sophie Tardieu3, Philippe Metellus1, Roland Sambuc3, Olivier Chinot1,2,*

1Unité de neuro-oncologie, CHU Timone, 264, rue Saint-Pierre, 13385 Marseille Cedex 05
2Laboratoire de cancérologie expérimentale, Inserm EMI 0359, Faculté de médecine Nord
5Université de la Méditerranée, Faculté de Médecine, Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille
3Cellule Évaluation Médicale, Santé Publique, Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille

Le Plan cancer et le dispositif de consultation d’annonce

Un grand chantier national de lutte contre le cancer est présenté en mars 2003 par le Président de la République appelé « Plan Cancer » dont les propositions ont pour ambitions de répondre aux besoins des patients, de leurs proches et des professionnels. Ce plan innovant et ambitieux comporte 70 mesures et se donne 5 ans pour offrir à chaque malade la qualité des soins et l’accompagnement humain auquel il a droit : prévention, dépistage, soins, volet social, formation et recherche. Au sein de ce dispositif, la mesure 40 a pour objectif de « permettre au patient de bénéficier des meilleures conditions d’annonce du diagnostic de la maladie cancéreuse ». Elle prévoit ainsi la mise en œuvre d’un dispositif d’annonce définissant les conditions de l’annonce du diagnostic au patient, incluant : 1) le recours possible à un soutien psychologique et à des informations complémentaires ainsi que 2) la rémunération de cette consultation d’annonce par un forfait versé aux établissements de santé, permettant de financer le dispositif.

La consultation d’annonce représente un moment fort de la relation de confiance entre soignants et patients. Elle est dédiée à l’annonce du diagnostic, à la présentation d’un plan thérapeutique retenu par une équipe en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP), et donne lieu à la remise d’un programme personnalisé de soins (PPS) proposé au patient. Créer un dispositif de consultation d’annonce au sein d’un service, c’est ajouter une mesure supplémentaire à la consultation déjà existante, en reconnaissant les limites des professionnels dans la consultation actuelle et en prenant spécifiquement en compte cette étape particulière, afin de répondre à la demande initiale exprimée par des patients dénonçant fréquemment des annonces faites à la hâte, les laissant dans un profond désarroi et en proie à de nombreuses questions sans réponses.

L’expérimentation nationale et son évaluation

Afin que la généralisation de cette consultation, prévue pour 2005, soit la plus adaptée et la plus efficiente possible, une évaluation de l’expérimentation a été mise en place au niveau d’établissements pilotes. L’objectif national initial était d’atteindre, pour cette phase expérimentale, 5 000 patients sur une période de 6 mois. Cette évaluation est encadrée méthodologiquement par le ministère de la Santé mais laisse une certaine marge de manœuvre aux établissements participant à l’expérimentation. Cette évaluation devait porter sur : 1) l’impact organisationnel du dispositif, 2) la perception des patients, 3) la perception du personnel soignant impliqué, 4) la perception des médecins généralistes, 5) l’impact médico-économique. Les outils d’évaluation proposés incluaient une fiche de suivi médecin, un recueil libre de l’avis des soignants, une enquête téléphonique auprès des médecins généralistes et un questionnaire d’opinion des patients. Ce dispositif d’annonce a été en expérimentation dans 9 réseaux, 13 centres hospitaliers universitaires (CHU) dont celui de la Timone à l’Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille (AP-HM), 7 centres de lutte contre le cancer (CLCC), 3 centres hospitaliers (CH) et 5 cliniques, représentant ainsi un panel de 58 établissements pilotes. L’unité de neuro-oncologie de l’hôpital de la Timone, comme 6 autres services de l’AP-HM, a souhaité répondre à cette proposition de participer à cette expérimentation et à son évaluation. En lien avec les services de neurochirurgie de la région PACA Ouest dans le cadre d’un réseau, cette unité prend en charge 200 nouveaux patients par an, porteurs d’une tumeur cérébrale primitive. Les résultats préliminaires de la mise en place du dispositif d’annonce et de son évaluation menées au sein de l’unité sont présentés dans cet article.

Résultats

Dans cet article, ne seront abordés que les résultats préliminaires concernant la mise en place du dispositif, l’évaluation organisationnelle, l’évaluation du vécu des professionnels de l’unité et l’analyse de l’entretien d’annonce.

Contexte de la consultation d’annonce

L’organisation homogène de la filière de soins pour les patients porteurs d’une tumeur cérébrale primitive favorise incontestablement la mise en place de ce dispositif, puisque l’unité de neuro-oncologie prend en charge l’ensemble des patients des différents services de neurochirurgie de l’AP-HM, bénéficiant par ailleurs d’une certaine unité de lieu et de structure, d’une RCP commune hebdomadaire et d’une bonne qualité de collaboration des différents intervenants. La motivation de l’équipe paramédicale a aussi constitué un atout pour la réalisation du projet. En revanche, le contexte médical et psychologique de cette consultation soulève des enjeux particuliers, en raison de l’ébranlement psychologique (sidération) devant une pathologie à double valeur symbolique forte (cancer et cerveau) et de l’impact de la maladie sur les capacités cognitives et de communication, sur l’autonomie, l’organisation familiale, l’activité professionnelle et la vie sociale.

La mise en place du dispositif

Du 15 juin au 15 novembre 2004, 80 patients porteurs d’une tumeur cérébrale primitive ont été pris en charge par ce dispositif d’annonce, dont 78 % pour annonce du diagnostic initial et 14 % du diagnostic de la récidive ; dans 6 % des cas, il s’agissait d’un deuxième avis ; 22 % de cette population avait moins de 40 ans et 24 % de 41 à 50 ans, 24 % de 51 à 60 ans, 22 % de 61 à 70 ans ; 46 % venaient du département (Bouches-du-Rhône), 41 % des autres départements de la région PACA et 13 % d’une autre région. Un créneau horaire spécifique a été dédié à ces consultations pour permettre l’organisation du travail de tous.

L’évaluation organisationnelle du dispositif d’annonce

La somme d’informations orales et écrites recueillies et/ou délivrées pendant la consultation d’annonce souligne la lourdeur et l’enjeu de cette consultation d’annonce. Pas moins de 18 documents sont remplis par les 6 médecins ou les 12 paramédicaux lors de la première consultation ; 18 sont réalisés lors de la deuxième consultation (10 médecins, 8 para-médicaux). De ces 34 documents, 14 seront remis au patient (tableau 1( Tableau 1 )).

Les données issues de l’analyse de la fiche d’évaluation médecin sont reportées au tableau 2( Tableau 2 ) où elles sont confrontées aux données de l’expérimentation nationale. Leur analyse souligne l’importance de l’accompagnant présent dans 58 % des cas à la première consultation et dans 76 % des cas à la deuxième consultation (64 % au niveau national). À la deuxième consultation, nous avons estimé que 78 % des patients avaient pris connaissance du diagnostic de cancer, cette information étant partielle dans 55 % des cas et claire dans 23 % des cas. La connaissance du pronostic a volontairement été exclue de cette analyse. L’information délivrée a pu répondre à certains objectifs de la consultation d’annonce : information sur la RCP dans 80 % des cas, remise d’un PPS dans 90 % des cas, remise des coordonnées de l’équipe dans 90 % des cas. Le dossier a été discuté en RCP dans 37 % des cas ou enregistré (décision en accord avec le thésaurus) dans 47 % des cas. Dans 16 % des cas, le dossier n’a toutefois pas été présenté en RCP. L’adhésion au PPS a été bonne : alors que la possibilité d’un deuxième avis a été évoquée par le médecin dans 35 % des cas (6 % au niveau national), 98 % des patients ont adhéré immédiatement au PPS, alors que 1,8 % a demandé un délai de réflexion et 0,2 % un deuxième avis. La lettre au médecin généraliste est transmise dans les 48 heures pour 64 % des patients, le jour de la consultation pour 28 %. La durée moyenne de la première consultation d’annonce est de 32 +/- 12 minutes, celle de la consultation médicale de présentation du PPS de 29 +/- 10 minutes et celle de la consultation infirmière de 25 +/- 11 minutes.
Tableau 1 Documents réalisés pendant les consultations d’annonce

Médicaux

1re consultation

2e consultation

Remis au patient

Codage (PMSI)

x

x

Plan personnalisé de soins

x

x

Fiche médicale initiale (dossier minimum commun)

Mini mental status (MMS)

x

Dossier médical + courrier

x

x

Ordonnance médicament (N)

x

Ordonnance produit IRM

x

x

Ordonnance IRM

x

Ordonnance bilan S

x

x

Ordonnance médicament d’exception

(x)

x

Consentement tumorothèque

x

Consentement si essai thérapeutique ou autre étude

(x)

x

Déclenchement 100°/°

x

Arrêt de travail

x

x

x

Total

6

10

6

Soignants

1re consultation

2e consultation

Autre

Fiche informations fonctionnement du service

x

x

Fiche téléphone portefeuille

x

x

Fiche tel fax pour laboratoire

x

x

Carton prochain rendez-vous

x

x

x

Fiche identité kardex

x

Bon admission ou pré-admission

x

x

Fiche d’évaluation du dispositif d’annonce

x

x

Liste des mots utilisés

x

x

Certificat de passage

x

x

x

Fiche de liaison IDE

x

x

Bon de transport

x

x

x

Livret information

x

x

Dossier de soins IDE

x

x

Total

12

8

8

Total (médecin + soignant)

18

18

14


Tableau 2 Analyse de l’évaluation de la grille du dispositif (n = 57 fiches)

Unité de neuro-oncologie

Exp. nationale

Oui (%)

Oui (%)

Motif

Annonce diagnostic

47

50

Confirmation diagnostic

31

50

Annonce récidive

14

2e avis

6

Acteurs

Patient accompagné (1re cs)

58

Patient accompagné (2e cs)

76

64

Médecin + soignant

50

32

Informations

Sait qu’il a un cancer

78

Avec information partielle

55

Avec information claire

23

RCP présentée

80

34

Dossier discuté en RCP

37

Dossier enregistré en RCP

47

PPS document

90

44

Contacts

Coordonnées

90

9

Proposition associations

4

10

Psychologue

80

43

Assistante sociale

51

25

Infirmière référente

69

Autre médecin

43

Conclusion PPS

Adhésion PPS

98

96

Délai réflexion

2

2

2e avis

0,2

2e avis proposé

35

6

Médecin généraliste

Information courrier

98

97

Immédiat

27

Avec délai 48 h

71

Durée de consultation

32 mn +/- 12

35 mn +/- 14

L’évaluation du vécu des professionnels

Les réunions paramédicales hebdomadaires sur le vécu de cette consultation d’annonce ont fait émerger différentes questions : Qui doit assister à la consultation d’annonce ? Quels mots utiliser dans l’annonce d’un cancer ? Quelle part est faite à la notion d’espérance de vie ? Quelle différence faisons-nous entre l’annonce et l’information ? Quel est le bon délai de réflexion à respecter entre deux consultations d’annonce ? Comment évaluer la maturation et la prise de conscience de ce qui est dit ? Quelle réelle marge de manœuvre existe-t-il dans l’acceptation du traitement ? Gère-t-on l’annonce d’une rechute de la même façon ? À quel moment proposer l’intervention des différents interlocuteurs (psychologue, assistante sociale…).

L’analyse de l’entretien d’annonce

Un nombre encore restreint d’entretiens (n = 17) a été analysé : 14 étaient des entretiens entre le patient et son médecin, 3 associaient un membre de l’entourage du patient. Au cours de l’entretien, le nombre de mots prononcés appartenant à la liste est de 3,65 +/- 2,69 par le patient versus 6,29 +/- 2,84 par le médecin. Pendant les 17 entretiens analysés, 33 mots différents ont été prononcés par les patients versus 38 par le médecin. Les mots les plus fréquemment prononcés par le patient sont : fatigue, radiothérapie, traitement, chimiothérapie, rayon, cancer tumeur, maux de tête. Pour le médecin, ce sont : chimiothérapie, radiothérapie, traitement, tumeur. Le discours de l’entourage est difficile à analyser au regard du faible nombre. Néanmoins, des mots comme battant, supporter, espoir, survie ont été prononcés.

Discussion

Impact de cette consultation pour le patient

Le caractère identifié et organisé, le temps dédié, l’accompagnement de ce processus par l’infirmière améliorent significativement la reconnaissance du malade, profondément nécessaire dans ce temps de sidération. Alors que l’image de soi, les repères habituels s’effondrent, l’identification de référents médicaux et paramédicaux, sécurisent le malade en constituant des nouveaux repères déterminants dans le processus de soins. Plus particulièrement, l’infirmière va constituer une ressource accessible, qui devient vite déterminante dans le parcours ultérieur, notamment en améliorant le climat de confiance entre l’équipe et le malade. La présence de l’infirmière dans ce temps va aussi signifier, de manière capitale pour le patient, l’après-annonce, l’accès aux soins. Au regard du volume d’informations délivrées, la présence de l’infirmière, pendant et après la consultation, permet une reformulation ou l’accès à des informations complémentaires, ce dans une vraie cohérence avec le discours médical. Elle permet aussi de mieux prendre en compte la dimension globale du malade, par le recueil d’informations complémentaires parfois omises par le médecin (sociales, familiales…), d’aborder de façon plus calme, pertinente et efficiente les ressources accessibles (psychologue, assistante sociale, rééducation…), ainsi que le souligne la comparaison des chiffres portant sur les contacts proposés (90 % de coordonnées transmises versus 9 % au niveau national). Elle permet enfin un temps d’écoute important pour le malade, mais aussi parfois pour la prise en charge ultérieure, participant probablement à la qualité d’adhésion au PPS et au cursus ultérieur. Il convient enfin de noter que, dans ce temps initial, l’accès à l’infirmière référente est apparu beaucoup plus important au patient que l’accès à la psychologue ou à l’assistante sociales qui sont habituellement sollicitées par le malade plus tardivement dans le processus de soins.

Impact pour l’équipe soignante

L’impact pour l’équipe est aussi largement favorable, puisque cette consultation lui est devenue indispensable. Ces modalités d’application de la consultation améliorent la connaissance du malade et constituent un puissant outil de circulation de l’information auprès de l’hôpital de jour mais aussi pour le secteur d’hospitalisation, tant par la qualité améliorée du dossier de soins que par la traçabilité du discours de la consultation conservé dans le dossier de soins. Le climat de confiance engendré par ce dispositif améliore le travail ultérieur de l’équipe. Les recours ultérieurs à cette infirmière constituent un facteur important de reconnaissance. Toutefois, cette consultation est consommatrice de temps et justifie une réelle organisation de l’équipe. La disponibilité pour cette consultation nécessite impérativement pour l’infirmière d’être dégagée des soins. Cette consultation génère aussi une charge psychologique plus lourde à prendre en compte, justifiant l’existence d’un espace de parole partagé, en marge de cette activité. Cela peut justifier que cette activité ne repose pas sur une seule mais sur deux infirmières, occupant ce poste en alternance, afin de trouver un équilibre entre le souci d’efficacité et la nécessité de respecter leur seuil de tolérance psychologique. Enfin, l’implication de l’infirmière va soulager le médecin de certaines de ses taches, ce qui est reflété par une durée de la deuxième consultation médicale inférieure à la moyenne nationale (29 minutes +/- 10 versus 35 minutes +/- 14).

Après la consultation d’annonce, limites du dispositif

Les limites de ce dispositif portent sur son coût, sur l’information donnée versus reçue, sur l’impact sur la configuration de l’équipe paramédicale et sur l’importance des suites de ce temps d’annonce.

Le coût du dispositif en personnel paramédical est significatif. L’expérimentation mise en place était associée à l’attribution de moyens spécifiques qui doivent être pérennisés et généralisés, comme il est prévue en 2005. Il nous semble que le ciblage de ces crédits pourrait être plus particulièrement orientés vers ces postes d’infirmière référente au regard du bénéfice observé. Il importe à ce titre de ne pas isoler la mesure 40 et d’imaginer une nouvelle place des soignants paramédicaux tout au long du processus de soins.

S’il nous semble important que la consultation infirmière encadre immédiatement la consultation médicale pour des raisons déjà en partie évoquées (accueil, circulation de l’information, allégement des taches médicales) mais aussi en raison du fréquent éloignement des patients, rendant souvent illusoire la réalité d’une consultation différée, il apparaît que le contexte psychologique ainsi que le volume d’informations à intégrer rendent nécessaires un suivi rapide du dispositif. La discordance parfois importante entre les informations délivrées et celles perçues, nous conduisent à imaginer un temps complémentaire à ce dispositif, idéalement lors de la mise en place effective du traitement.

Au décours du temps d’annonce, lors du parcours de soins, l’accueil téléphonique prend une place particulière, nécessaire pour améliorer l’observance au traitement, la prévention précoce des complications de la maladie ou du traitement. Par ailleurs, il existe dans cette phase une nécessaire harmonisation et organisation des explorations, des soins et des ressources où l’infirmière référente peut jouer un rôle capital. Il faut aussi considérer l’importance de ce processus lors du temps souvent encore plus difficile de l’annonce de la récidive. Enfin, le sentiment de vide et d’abandon, souvent observé chez le patient à l’arrêt des soins, pourrait conduire à imaginer, là aussi, un encadrement spécifique. L’ensemble des tâches ainsi à accomplir justifie, à nos yeux, de ne pas isoler la mesure 40 du Plan Cancer et les moyens y afférents, mais de concevoir la place des soignants référents tout au long du processus de soins, avec une répartition par pathologie pour optimiser leurs compétences. Cette voie soulève par ailleurs une réflexion sur les liens entre cette infirmière référente et le reste de l’équipe paramédicale, afin d’imaginer une configuration cohérente de cette équipe en oncologie.

Conclusion

Dans ce moment de rupture, la consultation d’annonce du cancer est un acte avant tout médical, qui ne peut toutefois rester isolé, trouvant sa pertinence dans la continuité d’une prise en charge pluridisciplinaire et soignante, avant, pendant et après l’annonce. La consultation d’annonce voulue par le Plan Cancer constitue une mesure améliorant la connaissance et la reconnaissance du malade et de son entourage, par ailleurs structurante pour l’équipe soignante, où elle suscite une place nouvelle et valorisante d’infirmières référentes. La nécessaire généralisation à l’ensemble des structures, notamment grâce aux réseaux de soins, suppose des moyens dédiés, une motivation des équipes de soins et la prise en compte de ses limites apparues lors de l’expérimentation. Cette consultation constitue une étape nécessaire, mais non suffisante, vers l’accompagnement du malade dans un parcours de soins personnalisé et cohérent, permettant un accès adapté aux ressources disponibles.


 

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