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Classification anatomopathologique des gliomes : faits et controverses


Bulletin du Cancer. Volume 92, Numéro 4, 301-9, Avril 2005, Dossier thématique


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Dominique Figarella-Branger, Corinne Bouvier , Service d’anatomie pathologique et de neuropathologie. Hôpital de la Timone et Laboratoire de biopathologie nerveuse et musculaire (EA3281), Faculté de Médecine, Timone, Marseille.

Résumé : La classification anatomopathologique des gliomes demeure en 2003 un challenge dont le but est de définir le type histologique du gliome (astrocytaire, oligodendrogliome ou mixte) et son grade afin de proposer une thérapeutique adaptée. Cependant, si la classification internationalement reconnue reste celle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), cette classification souffre d’un défaut majeur de reproductibilité. En particulier, elle ne tient pas compte de l’hétérogénéité tumorale et ne distingue pas les cellules tumorales du parenchyme résiduel infiltré. Elle distingue parmi les gliomes infiltrants les astrocytomes (de grades II, III ou IV), les oligodendrogliomes (de grades II ou III) et les oligo-astrocytomes (de grades II ou III), les gliomes circonscrits essentiellement représentés par l’astrocytome pilocytique étant le plus souvent de grade I. Au contraire, la classification proposée par l’hôpital Sainte-Anne pallie le défaut de reproductibilité en intégrant les données cliniques et de l’imagerie. Elle résulte de la pratique de biopsies stéréotaxiques étagées avec corrélation systématique entre l’histologie et l’imagerie. Elle a permis de définir la structure spatiale des gliomes et leur mode de croissance. La distinction entre cellules tumorales et parenchyme résiduel infiltré a permis de redéfinir le groupe des oligodendrogliomes. Cette classification distingue, parmi les gliomes infiltrants, les oligodendrogliomes, les oligo-astrocytomes (chacun de grade A ou B) et les glioblastomes. La future classification des gliomes se devra d’être unique. Elle devrait intégrer les données cliniques, histologiques, neuroradiologiques et de biologie moléculaire.

Mots-clés : gliome, classification anatomopathologique

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) :, Dominique Figarella-Branger*, Corinne Bouvier

Service d’anatomie pathologique et de neuropathologie. Hôpital de la Timone et Laboratoire de biopathologie nerveuse et musculaire (EA3281), Faculté de Médecine, Timone, Marseille

Les gliomes sont les tumeurs primitives du système nerveux central (SNC) les plus fréquentes. Ils peuvent se développer dans tout le système nerveux central bien que, en fonction du type histologique, certains territoires soient préférentiellement impliqués.En histologie, on distingue, en fonction du type cellulaire, les astrocytomes, les oligodendrogliomes et les gliomes mixtes : oligo-astrocytomes. On oppose les gliomes infiltrants qui peuvent être bénins ou malins aux gliomes circonscrits, majoritairement représentés par l’astrocytome pilocytique bénin.L’astrocytome pilocytique est l’apanage de l’enfant, les gliomes infiltrants s’observent à tout âge mais plus fréquemment chez l’adulte.L’incidence des gliomes est relativement faible par rapport aux autres cancers. Une étude récente effectuée dans le cadre de l’Anocef [1] montre que l’incidence des tumeurs cérébrales primitives, majoritairement représentées par les gliomes, semble en augmentation, en partie en raison de l’amélioration des techniques de diagnostic et de l’augmentation de l’espérance de vie.La classification des gliomes demeure en 2003 un challenge. En effet, si la classification internationalement reconnue reste celle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il s’avère que cette classification souffre d’un défaut majeur de reproductibilité [2-4]. Ce manque de reproductibilité entrave de façon considérable l’évaluation de l’efficacité des thérapeutiques.Pour pallier les problèmes de reproductibilité, une nouvelle classification a récemment été proposée par l’hôpital Sainte-Anne [5, 6]. Elle propose d’intégrer les données de la clinique et de l’imagerie. On comprend donc que cette approche nouvelle engendre des difficultés et une certaine suspicion dans la mesure où il a longtemps été admis que la « vérité résidait dans le microscope ». Par ailleurs, il n’existe pas de règle simple pour passer d’une classification à l’autre puisque leurs rationnels d’analyse sont radicalement différents. Ainsi, classer une tumeur selon les deux systèmes est parfois utopiste ou trop simplificateur et peut conduire à des aberrations.Parallèlement à ce bouleversement conceptuel, la biologie moléculaire a progressé ces dix dernières années et des altérations moléculaires ont été rapportées dans les différentes catégories de gliomes. Cependant, dans chaque catégorie, des altérations moléculaires dites spécifiques ne concernent qu’un pourcentage variable de tumeurs.Cette classification moléculaire, toujours rapportée à la classification de l’OMS, aboutit donc à un cercle vicieux [7]. Une classification moléculaire pourrait permettre d’avancer dans la compréhension des gliomes, à condition de se faire sans a priori, sans le « carcan » des classifications actuelles. Par ailleurs, si cette approche pouvait permettre de progresser, il est clair que les techniques de biologie moléculaire ne sont pas utilisables en routine dans tous les laboratoires et il ne faut pas perdre de vue l’objectif d’une classification « mondiale » simple, reproductible et utilisable par toute la communauté scientifique.Dans une première partie, nous rapporterons les données concernant la classification de l’OMS (historique, classification actuelle et problèmes posés), dans une seconde partie, nous exposerons la classification de l’hôpital Sainte-Anne selon les mêmes modalités. La troisième partie sera une réflexion sur les moyens à mettre en œuvre pour la mise en place de « la » classification des gliomes.

Classification de l’OMS

Historique

La classification de l’OMS a toujours intimement mêlé type histologique et grading. Elle est issue de deux grands concepts contradictoires, la théorie des restes embryonnaires de Bailey et Cushing [8] — selon laquelle les tumeurs dériveraient de cellules embryonnaires susceptibles de se différencier — et l’hypothèse de Kernohan [9] — qui proposait que les gliomes se développent à partir de cellules adultes susceptibles de se dédifférencier.

Ainsi, de la classification histopronostique de Bailey et Cushing, la classification de l’OMS de 1979 [10] a hérité une définition des catégories histologiques reposant sur la notion subjective de différenciation et la valeur histopronostique intrinsèque conférée à chacun des types histologiques. De la classification de Kernohan, elle a retenu la valeur histopronostique attribuée aux composantes anaplasiques. Dans cette première classification, le glioblastome était individualisé du groupe des astrocytomes ou des tumeurs oligodendrogliales et appartenait au groupe des tumeurs mal différenciées et embryonnaires.

En 1993 [11], le glioblastome a réintégré le groupe des astrocytomes. Par ailleurs, tout en conservant la valeur pronostique donnée au type histologique prédominant (astrocytome fibrillaire, gémistocytique ou protoplasmique de grade II, astrocytome anaplasique de grade III, glioblastome de grade IV) et s’inspirant du grading des astrocytomes de Sainte-Anne/Mayo [12], la classification de l’OMS a également défini le grade en fonction de la présence ou non de critères de malignité (atypies nucléaires, mitoses, prolifération endothéliocapillaire et nécrose). Ainsi, l’astrocytome de grade II est défini par la présence exclusive d’atypies nucléaires. La classification de l’OMS 2000 [7], qui apporte peu de changement, tolère cependant une mitose dans les grades II.

La classification des oligodendrogliomes et oligo-astrocytomes a évolué parallèlement à celle des astrocytomes. En 1979, ces tumeurs ont été classées en grade II ou en grade III selon qu’elles comportent ou non des foyers d’anaplasie. Puis, dans la classification de 1993, s’inspirant du grading de Smith [13], l’OMS a introduit, pour différencier les oligodendrogliomes ou oligo-astrocytomes (grade II) des oligodendrogliomes ou oligo-astrocytomes anaplasiques (grade III), un ensemble de critères histologiques peu spécifiques. Ces critères ont été conservés dans la classification de 2000. Cependant, le groupe des tumeurs mixtes oligo-astrocytaires est défini de façon hautement subjective. Quel pourcentage de chaque composante est-il nécessaire pour porter le diagnostic ?

Critères diagnostiques

La classification de l’OMS distingue, parmi les gliomes astrocytaires, les grades I qui sont des gliomes circonscrits (astrocytome pilocytique, astrocytome à cellules géantes sous épendymaires), des grades II, III et IV observés essentiellement dans le cadre des astrocytomes diffus (( figure 1 )). Au xanthoastrocytome pléiomorphe, souvent circonscrit, est attribué un grade II ; des formes avec anaplasie cytologique (grade III) sont décrites dans ce groupe. Les principaux critères de diagnostic des astrocytomes diffus, selon la classification de l’OMS 2000, sont rapportés dans le tableau 1( Tableau 1 ).

Selon la classification de l’OMS, les oligodendrogliomes sont divisés en deux grades : II et III (anaplasique) et sont composés de cellules tumorales arrondies à noyaux réguliers, à cytoplasmes clarifiés avec un aspect caractéristique dit en nid d’abeille. Ils comportent généralement des zones micro-kystiques, des calcifications et leur vascularisation est représentée par un réseau dense de capillaires fins et branchés. Les principaux critères de diagnostic des oligodendrogliomes et des oligo-astrocytomes, sont rapportés dans le tableau 2( Tableau 2 ).
Tableau 1 Astrocytomes « diffus » : Classification de l’OMS, version 2000

Astrocytomes

Différenciation

Densité cellulaire

Atypies nucléaires

Activité mitotique

Nécrose

Prolifération vasculaire

  • Astrocytomes diffus de grade II
  • - fibrillaires
  • - gémistocytiques
  • - protoplasmiques (rares)


Haut degré de différenciation

Modérée

Occasionnelles

Absente ou 1 mitose

Absente

Absente

Astrocytomes anaplasiques de grade III

Anaplasie focale ou dispersée

Augmentée diffusément ou focalement

Présentes

Présente

Absente

Absente

Glioblastomes de grade IV

Faible

Élevée

Marquées

Marquée

Présente

Présente


Tableau 2 Oligodendrogliomes et gliomes mixtes : Classification de l’OMS, version 2000

Oligodendrogliomes et gliomes

Différenciation

Densité cellulaire

Atypies nucléaires

Activité mitotique

Nécrose

Prolifération vasculaire

Oligodendrogliomes de grade II

Bien différencié

Modérée

  • Possiblement
  • marquées


Absente ou occasionnelle

Absente ou peu conséquente

Non proéminente

Oligo-astrocytomes de grade II

Bien différencié

Faible ou modérée

?

Absente ou faible

Absente

Absente

Oligodendrogliomes anaplasiques de grade III

Anaplasie focale ou diffuse

Éventuellement augmentée

  • Éventuellement
  • marquées


Éventuellement forte

Possible

Possible

Oligo-astrocytomes anaplasiques de grade III

?

Éventuellement forte

  • Éventuellement
  • présentes


Éventuellement forte

Possible

Possible

Problèmes posés

La classification de l’OMS pose différents types de problèmes : elle n’est pas reproductible, elle ne fait pas de distinction entre cellules tumorales et parenchyme résiduel infiltré, elle ne tient pas compte de l’hétérogénéité tumorale et elle ne tient pas compte des données de la clinique et de l’imagerie.

Par exemple, dans une étude portant sur 30 biopsies stéréotaxiques, les discordances diagnostiques observées entre quatre experts neuropathologistes d’hôpitaux nord-américains étaient de 21 % pour la gliose, 60 % pour les astrocytomes pilocytiques, 43 % pour les astrocytomes de grade II, 64 % pour les astrocytomes anaplasiques et 38 % pour les glioblastomes [2]. De plus, des discordances similaires étaient observées lorsqu’il était demandé à un même observateur de réinterpréter les mêmes préparations histologiques quelques semaines plus tard. Dans une étude [4] portant sur des pièces d’exérèse, la discordance inter-observateurs atteignait 48 %. La confusion était observée entre astrocytome diffus versus oligodendrogliome ou oligo-astrocytome ou encore entre astrocytome pilocytique et oligodendrogliome.

Cette non-reproductibilité repose donc sur la difficulté de distinguer la nature des cellules tumorales (astrocyte versus oligodendrocyte), principalement du fait de l’absence de marqueur fiable disponible en immunohistochimie reconnaissant l’oligodendrocyte tumoral. Le problème est majoré pour les gliomes mixtes. Elle repose également sur certains éléments trop subjectifs du grading (comme la notion d’anaplasie ou de densité cellulaire).

La classification de l’OMS ne distingue pas les cellules tumorales du parenchyme résiduel infiltré par la tumeur et considère les tumeurs comme un « tout » homogène. Or, une tumeur homogène développée dans une zone fonctionnelle devrait la détruire et s’accompagnerait de signes cliniques déficitaires, ce qui n’est pas le cas pour la plupart des gliomes infiltrants de bas grade.

Bien que l’OMS reconnaisse que les gliomes sont des tumeurs hétérogènes, cette donnée n’est pas prise en compte dans l’interprétation des prélèvements. Ainsi, la validité du diagnostic est entièrement dépendante de la représentativité des prélèvements. Mais, privé de la corrélation avec l’imagerie, le pathologiste ne peut pas avoir la certitude d’avoir bénéficié d’un prélèvement représentatif.

La classification de l’OMS ne tient pas compte des données de la clinique et de l’imagerie. En particulier, elle est appliquée indifféremment aux adultes et aux enfants. Or, chez ces derniers, les tumeurs sont différentes et les tumeurs bénignes sont majoritaires (fréquence de l’astrocytome pilocytique, des gangliogliomes, des tumeurs neuroépithéliales dysembryoplasiques).

Classification de l’hôpital Sainte-Anne

Historique

La classification actuelle des gliomes selon l’hôpital Sainte-Anne découle pour l’essentiel de l’étude de biopsies étagées stéréotaxiques corrélées à l’imagerie (scanner ou IRM [14]). Ces travaux ont permis de définir la structure spatiale des gliomes (infiltrants purs, solides purs ou mixtes), de préciser le mode de croissance des gliomes, de redéfinir les critères diagnostiques des oligodendrogliomes. Par ailleurs, la corrélation entre histologie et imagerie permet d’apprécier la représentativité des prélèvements. L’imagerie (scanner ou IRM) fournit un équivalent de la macroscopie de la lésion.

Structure spatiale des gliomes

Deux composantes distinctes peuvent être observées dans les gliomes :
  • le tissu tumoral solide n’est formé que de cellules tumorales, cette composante s’accompagne d’une microangiogenèse, se traduisant à l’imagerie par une prise de contraste ;
  • les cellules tumorales isolées : au sein de cette composante, le parenchyme est morphologiquement et fonctionnellement intact, il n’existe pas de vaisseaux néoformés. Il n’y a donc pas de prise de contraste à l’imagerie mais, du fait de l’œdème fréquemment associé, on observe au scanner une hypodensité et à l’IRM un hyposignal en T1 et un hypersignal en T2.
Les astrocytomes pilocytiques sont composés uniquement de tissu tumoral, les glioblastomes de tissu tumoral et de cellules tumorales isolées, les oligodendrogliomes et oligo-astrocytomes peuvent également présenter une structure mixte mais sont le plus souvent, au début de leur évolution, composés de cellules tumorales isolées ( (figure 2) ).

Mode de croissance des gliomes

Les gliomes astrocytaires sont hautement angiogéniques, contrairement aux oligodendrogliomes et aux oligo-astrocytomes qui peuvent croître pendant des années sous forme de cellules tumorales isolées sans entraîner de prise de contraste.

Dans les oligodendrogliomes, l’angiogenèse est un phénomène tardif caractérisant le passage du grade A au grade B.

Les critères diagnostiques de l’oligodendrogliome ont été redéfinis (cf. infra) puisque, dans la forme infiltrante pure, les caractéristiques cellulaires (halo clair péritumoral) et architecturales (réseau capillaire ramifié), telles qu’elles ont été définies par l’OMS, sont manquantes.

Critères diagnostiques

La classification des gliomes selon l’hôpital Sainte-Anne distingue trois catégories parmi les gliomes infiltrants : les oligodendrogliomes ou oligo-astrocytomes de grade A ou B ; les glioblastomes, plus récemment, une quatrième catégorie, que nous n’aborderons pas ici, a été identifiée : il s’agit des tumeurs glioneuronales malignes (TGNM) [15].

Les oligodendrogliomes peuvent être purement infiltrants ( (figure 3) )[15] ou de structure mixte, solide et infiltrante. En l’absence de marqueur disponible de l’oligodendrocyte tumoral, leurs caractéristiques nucléaires sont cruciales pour leur identification : ils comportent des noyaux arrondis avec une membrane nucléaire nette et des amas chromatiniens leur conférant un aspect « en bouton ». Ces aspects sont particulièrement évidents sur les smears (écrasis). Dans la forme infiltrante pure, le diagnostic est parfois difficile quand la tumeur est localisée au niveau de la substance blanche, du fait de l’induction d’une gliose astrocytaire immunoréactive avec un anticorps anti-gliofilament (GFAP). C’est la raison pour laquelle ces tumeurs sont interprétées, selon l’OMS, comme des astrocytomes fibrillaires de grade II ou des astrocytomes anaplasiques de grade III en présence d’une activité mitotique significative. En revanche, le diagnostic d’oligodendrogliome devient plus aisé dans le cortex où les cellules tumorales ont tendance à se grouper autour des neurones (satellitose périneuronale). L’aspect caractéristique en imagerie des formes infiltrantes pures le facilite. Quand elles sont de petite taille, il existe en IRM T2 un hypersignal à limite nette et à contour régulier, englobant le cortex et la substance blanche sous-jacente. Dans les formes plus étendues cependant, les limites de l’hypersignal sont en général floues. Les formes infiltrantes pures sont rarement calcifiées.

Les oligodendrogliomes de structure mixte, solide et infiltrante sont en général de diagnostic aisé quand la composante de tissu tumoral solide présente l’aspect typique en nid d’abeille, avec halo clair, périnucléaire et vascularisation endocrinoïde. Si l’aspect typique est manquant, les caractéristiques nucléaires définies ci-dessus permettent de faire le diagnostic. Dans ces formes, les calcifications sont plus fréquentes (et une prise de contraste souvent multinodulaire peut être observée).

Le grading des oligodendrogliomes selon l’hôpital Sainte-Anne est mixte : histologique et neuroradiologique. Il repose sur deux critères : l’hyperplasie des cellules endothéliales et la prise de contraste en imagerie. Deux grades de malignité sont ainsi définis :

  • le grade A, caractérisé par l’absence d’hyperplasie endothéliale et de prise de contraste (survie médiane de 11 ans) ;
  • le grade B qui comporte une hyperplasie endothéliale et/ou une prise de contraste (survie médiane de 3,5 ans) [5].

L’hyperplasie endothéliale est définie par au moins la présence dans un champ du microscope (objectif 10) de vaisseaux dont les cellules endothéliales possèdent des noyaux qui se touchent : elle caractérise la micro-angiogenèse.

De façon schématique, les oligodendrogliomes purement infiltrants sont toujours de grade A, les oligodendrogliomes de structure mixte, solide et infiltrante peuvent être de grade A ou B, le grade B étant plus fréquent.

Un système de grading mixte, histologique et neuroradiologique permet de pallier la représentativité des prélèvements.

Les oligo-astrocytomes possèdent les mêmes caractéristiques à l’imagerie que les oligodendrogliomes. À l’histologie, à la composante oligodendrogliale, telle qu’elle a été définie ci-dessus, s’associe une composante astrocytaire d’aspect gémistocytique. Cette composante astrocytaire est intimement mêlée à la composante oligodendrogliale et ne forme pas de foyers distincts. En effet, si des foyers distincts sont juxtaposés, il est impératif d’écarter d’autres diagnostics et en particulier, chez l’enfant, une tumeur neuroépithéliale dysembryoplasique.

La définition des glioblastomes est restrictive et s’applique aux gliomes de haut grade dépourvus de différenciation oligodendrogliale patente. Leur présentation clinique et leur aspect en imagerie sont en général stéréotypés. Il s’agit le plus souvent d’un adulte de plus de 45 ans ayant présenté des symptômes d’installation récente. À l’imagerie, il existe une prise de contraste unique en anneau et un œdème en doigt de gant. L’aspect histologique est différent selon le siège du prélèvement. Si ce dernier a été réalisé dans la prise de contraste, la prolifération tumorale est dense, souvent polymorphe avec des atypies cytonucléaires, des mitoses, une prolifération endothéliocapillaire, plus ou moins de la nécrose. La différenciation astrocytaire est certaine et exclusive, elle repose sur une positivité hétérogène de la GFAP au sein des cellules tumorales qui doit montrer tous les aspects intermédiaires entre cellules franchement positives ou négatives. La présence d’une disposition palissadique autour des foyers de nécrose n’est pas une caractéristique des glioblastomes. Si le prélèvement est réalisé en dehors de la prise de contraste dans la zone dite d’œdème, l’examen histologique révélera la présence de cellules tumorales isolées. Il s’agit le plus souvent d’éléments indifférenciés à noyaux hyperchromatiques souvent oblongs, dépourvus de cytoplasme et n’exprimant par la GFAP. Ils sont bien visibles sur les smears. Cette composante est hautement proliférante, comme l’atteste le marquage de nombreux éléments isolés dans ces zones avec l’anticorps anti-MIB1. La corrélation avec l’imagerie est cruciale dans ces cas-là, elle évitera de porter à tort un diagnostic d’astrocytome de grade II ou anaplasique, s’il existe des mitoses.

Problèmes posés

La classification de l’hôpital Sainte-Anne pose différents types de problèmes. Elle nécessite par définition l’imagerie et oblige donc un changement dans la prise en charge des prélèvements. Il ne s’agit pas d’un problème insurmontable mais d’une culture à acquérir par les neurochirurgiens et les anatomopathologistes qui peut prendre du temps.

Pour les oligodendrogliomes, certaines difficultés émergent. Dans certains cas, il peut être difficile de faire la distinction entre un grade A ou un grade B : difficulté d’apprécier la microangiogenèse à l’histologie et prise de contraste absente (clichés trop précoces après injection de gadolium). Ces difficultés sont la conséquence du processus de microangiogenèse qui est un phénomène progressif. Elles imposent une standardisation des procédures d’imagerie et une prudence dans l’interprétation de certaines formes où la microangiogenèse est a minima à l’histologie et la prise de contraste encore absente : transition grade A vers grade B. Dans d’autres cas, il peut être difficile de faire la distinction entre un glioblastome et un oligodendrogliome de haut grade, surtout que l’existence de palissades périnécrotiques peut être observée dans les oligodendrogliomes. Dans notre expérience, la catégorie grade B ne rend pas compte de l’éventail de malignité qui peut être observé dans cette forme et une réflexion sur l’intérêt d’un éventuel grade C pourrait être menée.

La classification de l’hôpital Sainte-Anne est parfaitement adaptée pour les tumeurs hémisphériques mais elle est, dans notre expérience, plus difficile à utiliser pour les tumeurs du tronc cérébral. Une des raisons pourrait être la fréquente mauvaise qualité et l’exiguïté des prélèvements rendant difficile l’appréciation des caractérisations nucléaires des oligodendrogliomes. Une autre raison pourrait être une origine embryologique différente pour certaines de ces tumeurs.

La classification de l’hôpital Sainte-Anne n’est pas reconnue par la communauté scientifique internationale et la correspondance avec le grading de l’OMS, s’il peut aisément être réalisé dans certains cas (oligodendrogliomes de grade B, oligodendrogliomes de grade II ou III de l’OMS par exemple), est difficile, voire impossible, dans d’autres (oligodendrogliome de grade A versus astrocytome anaplasique par exemple s’il existe de rares mitoses). Enfin, il est nécessaire de tester sa reproductibilité entre pathologistes de centres différents.

Vers « la » classification des gliomes

Il est bien évident qu’une réflexion urgente doit se mettre en place pour aboutir à une classification unique des gliomes. Il nous semble que quelques leçons peuvent être tirées des classifications et des difficultés actuelles.

La représentativité des prélèvements est cruciale pour l’établissement d’un diagnostic. En l’absence d’examen macroscopique possible dans les gliomes, l’imagerie est son équivalent. Cette notion est admise en pathologie osseuse, elle doit prévaloir pour les tumeurs du système nerveux. La corrélation avec l’examen neuroradiologique devrait se faire avant l’interprétation par le pathologiste afin de vérifier la représentativité des prélèvements. Cette démarche n’est pas encore appliquée dans tous les centres pour des raisons diverses et surtout logistiques. Dans tous les cas cependant, il est nécessaire de vérifier la concordance entre l’examen neuroradiologique et le diagnostic histopathologique avant l’instauration de toute thérapeutique complémentaire.

Dans l’avenir, des techniques plus sophistiquées comme l’imagerie métabolique pourraient permettre de donner des éléments d’orientation diagnostique avant l’intervention chirurgicale [16] mais la corrélation entre les informations acquises par ces techniques et l’histologie devra se faire dans les mêmes territoires.

Les tumeurs sont différentes selon l’âge et la topographie et les données cliniques doivent être prises en compte dans l’interprétation morphologique.

Ainsi, il est très probable que certains gliomes hémisphériques de l’enfant soient en fait des tumeurs neuroépithéliales dysembryoplasiques [17] comme l’atteste la survie prolongée des séries pédiatriques de gliomes [18, 19]. De même, les astrocytomes pilocytiques bénins peuvent être de mauvais pronostic (récidives précoces, dissémination et décès) dans certaines localisations comme le siège chiasmatique. L’impossibilité de réaliser une exérèse totale dans cette topographie pourrait être un élément d’explication mais il est également possible que le comportement biologique des cellules tumorales soit différent dans cette localisation pour des raisons encore mal élucidées [20].

Les difficultés à classer une tumeur en astrocytome ou en oligodendrogliome pourraient découler du fait que les tumeurs dérivent de cellules plus indifférenciées, progénitrices, possédant les capacités de se différencier dans le sens astrocytaire et oligodendroglial. En effet, de nombreux travaux ont souligné l’absence d’expression des marqueurs classiques de l’oligodendrocyte mature dans les oligodendrogliomes. Il en est ainsi de la protéine basique, de la myéline (MBP), de la protéine associée à la myéline (MAG) ou encore de marqueurs plus précoces comme le galactocérébroside C, la 2’-3’ cyclique nucléotide 3’ phosphatase (CNP) [21, 22]. En revanche, des marqueurs de cellules progénitrices du linéage O-2A comme NG2, PDGFRα ou encore PEN5, sont retrouvés dans ces tumeurs [23, 24].

Plus récemment, les travaux ont rapporté l’expression des gènes OLIG dans les oligodendrogliomes [25, 26]. Ces gènes codent pour des protéines de la famille des bHLH (basic helix-loop-helix) qui sont des facteurs de transcription exprimés par les progéniteurs d’oligodendrocytes et les cellules qui en sont dérivées et les neurones [27-29]. Les travaux réalisés au laboratoire [30] ont montré cependant que l’expression d’OLIG 1 ou 2 n’était pas l’apanage des oligodendrogliomes puisque, en RT-PCR et hybridation in situ, tous les gliomes (en particulier les astrocytomes pilocytiques) pouvaient les exprimer. L’expression d’OLIG2 pourrait ainsi refléter une différenciation oligodendrogliale, cette dernière n’étant pas synonyme d’oligodendrogliome. Ainsi, l’expression d’OLIG2 dans les astrocytomes pilocytiques confirme l’existence d’une différenciation dans le sens oligodendroglial dans ces tumeurs. D’autres études sont nécessaires pour rechercher si les marqueurs de cellules progénitrices gliales peuvent permettre de mieux caractériser les gliomes, de préciser leur histogenèse et d’aider le diagnostic.

Il est bien certain cependant que, tant que des anticorps fiables, immunoréactifs en paraffine ne sont pas commercialisés, ces études ne pourront pas être menées à grande échelle et resteront confidentielles.

Les études de biologie moléculaire pourront certainement aider à mieux classer les gliomes à condition qu’elles soient pratiquées dans des sous-groupes homogènes de patients en termes de données cliniques, d’imagerie et d’histologie. Ainsi, parmi les altérations génétiques observées de façon récurrente dans les gliomes, les pertes alléliques des chromosomes 1p et 19q identifient un sous-groupe particulier d’oligodendrogliomes qui répondraient mieux à la chimiosensibilité au PCV en termes de taux et de durée de réponse [31-33]. Les oligodendrogliomes, caractérisés par une perte combinée du 1p et du 19q, sont en général caractéristiques d’un point de vue histologique : noyaux arrondis, aspect en nid d’abeille et vascularisation endocrinoïde ; ils sont de grade II ou III selon l’OMS. Faut-il pour autant dire que les tumeurs qui ne possèdent pas ces pertes alléliques ne sont pas des oligodendrogliomes ? Certainement pas, d’autant que des oligodendrogliomes typiques de l’OMS n’ont pas ces pertes alléliques ou encore qu’elles peuvent être observées dans des glioblastomes. Inversement, selon C. Daumas-Duport, la rareté des pertes alléliques 1p 19q dans les oligodendrogliomes de grade A n’est pas un argument pour dire que ces tumeurs sont astrocytaires et non oligodendrogliales et cela pour différentes raisons. Ces altérations pourraient être acquises lors de la progression tumorale (passage du grade A au grade B). Plus probablement, elles ne peuvent pas être détectées dans ces tumeurs par technique de perte de l’hétérozygotie puisque le ratio cellule tumorale/parenchyme normal est inférieur au seuil de détection (qui nécessite 40 à 80 % de cellules tumorales infiltrant le parenchyme résiduel).

Il semble donc difficile actuellement de proposer une classification purement moléculaire pour les oligodendrogliomes par exemple et les gliomes en général.

Conclusion

Ces remarques illustrent bien la complexité de la situation et il nous paraît urgent de redéfinir, sur la base des altérations moléculaires ou de certains marqueurs du lignage des précurseurs gliaux, des sous-catégories de tumeurs qui au départ possèdent les mêmes caractéristiques cliniques, neuroradiologiques et histologiques. Seule cette approche, qui nécessite la mise en place d’études multicentriques de grande envergure, permettra d’apprécier réellement la place de la biologie moléculaire et de proposer une classification fiable des gliomes qui, certainement, intégrera les donnés cliniques d’imagerie, d’histologie et moléculaire.

Remerciements

Nous remercions Mme G. Tijeras et M. C. Allasia pour leur aide technique, le Pr C. Daumas-Duport pour sa lecture critique du manuscrit. Ce travail a été réalisé avec le soutien financier de l’Association pour la recherche contre le cancer, du Geffluc et les crédits institutionnels du laboratoire EA 3281.

Références

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