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Cyclo‐oxygénase 2 et carcinogenèse


Bulletin du Cancer. Volume 91, 61-76, Numéro spécial, Mai 2004, Synthèse


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Sylvie Rodrigues, Erik Bruyneel, Christelle M. Rodrigue, Emami Shahin, Christian Gespach, Inserm U482, Signalisation et fonctions cellulaires : applications au diabète et aux cancers digestifs, Hôpital Saint‐Antoine, 75571 Paris Cedex 12 E‐mail : gespach@st‐antoine.inserm.fr The Laboratory of Experimental Cancerology, Ghent University Hospital, B‐9000, Ghent, Belgium.

Résumé : La cyclo‐oxygénase 2 est une glycoprotéine membranaire induite par un ensemble d’agents pro‐inflammatoires, de cytokines et de facteurs de croissance, des oncogènes et les promoteurs de tumeurs via des mécanismes transcriptionnels et post‐transcriptionnels. Elle est exprimée pendant les étapes précoces de la cancérogenèse colorectale, dès le stade d’adénome, et dans les adénocarcinomes gastriques, coliques, mammaires, pulmonaires et prostatiques. Elle est détectée au niveau des cellules néoplasiques, inflammatoires, endothéliales et stromales et dirige la conversion de l’acide arachidonique en prostaglandines et thromboxanes mais également la synthèse de malonaldéhyde (MDA, agent mutagène) et la production d’hydroperoxydes qui favorisent l’activation de carcinogènes. Les produits de Cox2 agissent à leur tour sur des récepteurs serpentins couplés aux protéines G hétérotrimériques (R‐TXA2, R‐PG) et connectés à des éléments de signalisation impliqués dans l’oncogenèse. Cox2 joue donc un rôle clé pendant les phases précoces de la cancérogenèse en favorisant la prolifération des cellules tumorales, leur résistance contre l’apoptose, l’angiogenèse, l’invasion et la mise en place du processus métastatique. Ces mécanismes établissent le rationnel du ciblage thérapeutique de Cox2 dans les tumeurs solides humaines.

Mots-clés : cyclo‐oxygénase 2, acide arachidonique, prostanoïde, carcinogène, angiogenèse, progression tumorale

Illustrations

ARTICLE

Auteur(s) : Sylvie Rodrigues1 Erik Bruyneel1, 2 Christelle M. Rodrigue1 Emami Shahin1 Christian Gespach1

1 Inserm U482, Signalisation et fonctions cellulaires : applications au diabète et aux cancers digestifs, Hôpital Saint‐Antoine, 75571 Paris Cedex 12 E‐mail : gespach@st‐antoine.inserm.fr 2 The Laboratory of Experimental Cancerology, Ghent University Hospital, B‐9000, Ghent, Belgium

L’apparition des adénocarcinomes est un processus progressif et complexe résultant de l’instabilité du génome et conduisant à la dérégulation généralisée de l’expression génique et des voies de transduction du signal. Ces dysfonctionnements aboutissent à la perte du contrôle de la prolifération cellulaire et de l’identité fonctionnelle des cellules épithéliales [1, 2]. Le dérèglement du cycle cellulaire se traduit par un risque accru d’erreurs dans la réplication de l’ADN, un mécanisme complexe qui fait appel à des contrôles de l’intégrité de l’ADN. Par exemple, le gène suppresseur de tumeurs p53 se comporte comme un frein de la progression du cycle de division cellulaire et dirige les cellules vers l’apoptose quand l’intégrité du génome est altérée. Quand ce « gardien du génome » fait défaut, la progression dans le cycle se fait de manière anarchique et les systèmes de réparation des erreurs de réplication ou des mutations deviennent inopérants. Dans le cas du cancer colorectal (CCR), ces altérations génétiques et moléculaires se concrétisent par l’apparition de cryptes aberrantes qui précèdent la genèse de l’adénome ancré dans la muqueuse colique. L’étape ultérieure comprend l’évolution de l’adénome vers des formes plus péjoratives susceptibles d’acquérir des fonctions cellulaires nouvelles, comme l’invasion locale des tissus adjacents et de la paroi intestinale, la résistance contre l’apoptose et l’induction de l’angiogenèse (angiogenic switch) [3, 4], qui va favoriser la croissance tumorale et la formation de métastases. La progression des tumeurs digestives est contrôlée dans ses étapes précoces par des facteurs liés à l’environnement et au mode de vie (habitudes alimentaires, régimes hypercaloriques, sédentarité, etc.). Des prédispositions familiales et des altérations moléculaires sporadiques conduisent à l’activation d’éléments oncogéniques ou à la perte de gènes suppresseurs de tumeurs. L’importance de facteurs génétiques directement acquis est particulièrement illustrée dans la polypose adénomateuse familiale (PAF) caractérisée par des mutations affectant le gène APC (adenomatous polyposis coli) et se traduisant par la formation de plus de 100 adénomes. Le cancer colorectal héréditaire non polyposique (HNPCC) est plus fréquent que la PAF et provient de mutations germinales affectant les systèmes de réparation de l’ADN (DNA mismatch repair), plus particulièrement les enzymes hMSH2 et hMLH1 dans 90 % des cas de HNPCC [5] et, dans une moindre mesure, hPMS1 et hPMS2. Des facteurs génétiques de prédisposition au CCR sont impliqués dans les cancers sporadiques chez les membres de familles à risque dont la fratrie est concernée par le CCR ou des adénomes avant l’âge de 60 ans [6]. Les malades qui ne remplissent pas les critères diagnostiques de PAF ou de syndrome HNPCC ont un risque 2 fois plus grand de développer des tumeurs colorectales et 4 à 6 fois plus important, par rapport à la population générale, en fonction du nombre de parents atteints [7]. Les CCR sont majoritairement sporadiques (70 % de tous les cas) et se subdivisent selon deux mécanismes de progression généralement induits par la perte de gènes suppresseurs de tumeurs. Le premier mécanisme, observé dans 80 % des cas, concerne l’instabilité chromosomique caractérisée par la perte de l’hétérozygotie et des réarrangements chromosomiques importants [8]. Le second mécanisme survient dans les CCR caractérisés par une instabilité de séquences répétitives dites microsatellites (microsatellite instability ou MSI) associée à des mutations inactivantes ou à la méthylation du promoteur des enzymes de réparation de l’ADN. Ces altérations épigénétiques se manifestent par des méthylations inactivantes sur le promoteur de hMLH1 [9]. Cette hyperméthylation au niveau du locus hMLH1 est le reflet de l’hyperméthylation de nombreux gènes et du phénotype CIMP (pour CpG island methylator phenotype) [10]. L’inactivation des gènes de réparation de l’ADN favorise ainsi l’instabilité génique généralisée et augmente la fréquence des mutations acquises ultérieurement (mutator phenotype). Les tumeurs sporadiques MSI sont souvent mucineuses, majoritairement localisées dans le côlon droit et généralement diploïdes [11]. Dans le cas des mutations somatiques affectant les CCR sporadiques, il faut distinguer les altérations moléculaires précoces qui concernent, par exemple, les éléments de signalisation de la voie de Wnt, incluant APC dans 70 % des cancers sporadiques, l’axine, les β‐caténines ; les (proto)oncogènes induits par l’activation de la voie transcriptionnelle canonique Wnt (surexpression de la cycline D1, régulateur majeur du cycle cellulaire, de la cyclo‐oxygénase 2 ou Cox2, de c‐myc et de PPARγ), le proto‐oncogene Ki‐ras, la tyrosine kinase src, l’activation du récepteur de l’epidermal growth factor (EGF‐R), les mutations ciblant la signalisation du TGFβ incluant les facteurs transcriptionnels SMAD2 et 4, le récepteur du TGFβ de type II dans les cancers MSI [12, 13], et le gène délété dans le cancer colorectal DCC. La perte de la mucine Muc2, un événement fréquent dans l’adénome, induit la cancérogenèse colorectale chez la souris dont le gène MUC2 a été invalidé [14]. Dans les phases plus tardives, au niveau de la transition adénome‐adénocarcinome, d’autres altérations prennent le relais, comme par exemple l’inactivation du gène suppresseur de tumeurs p53 observée dans plus de 50 % des cas. Une attention toute particulière porte actuellement sur la diversité moléculaire et la fonction des cyclo‐oxygénases et sur leurs rapports avec les différentes pathologies humaines, dont le cancer. En effet, l’administration chronique d’anti‐inflammatoires non stéroïdiens (AINS) inhibiteurs de cyclo‐oxygénases à des patients atteints de PAF entraîne la régression de certains adénomes préexistants [15]. Les cyclo‐oxygénases sont des glycoprotéines membranaires homodimériques qui possèdent un noyau hème et deux sites catalytiques, un site cyclo‐oxygénase et un site peroxydase, permettant la conversion de l’acide arachidonique en prostaglandines et thromboxanes. Il existe trois isoformes, Cox1, Cox2 et Cox3. Cox1 est la forme constitutive des cyclo‐oxygénases. C’est une enzyme dite de maintenance exprimée dans tous les tissus, à l’origine des précurseurs prostanoïques nécessaires à l’homéostasie. Cox2 est inductible, absente dans la plupart des tissus normaux et rapidement mobilisée dans les conditions pathologiques comme l’inflammation ou le cancer. Récemment, une troisième isoforme, Cox3, a été identifiée comme variant d’épissage alternatif du messager de Cox1. Cox3 est présente dans le cœur et le cortex cérébral où elle exercerait un rôle anti‐inflammatoire. Ce variant est impliqué dans les phénomènes de fièvre et de douleur [16]. De nombreuses équipes ont caractérisé le rôle de Cox2 dans certaines conditions physiopathologiques, incluant l’inflammation, l’athérosclérose, la cancérogenèse, l’angiogenèse, le développement du diabète, mais également dans les fonctions utérines, ovariennes, les fonctions nerveuses et cérébrales, dans la maladie d’Alzheimer, etc. [17]. Cox2 est exprimée dans les carcinomes gastriques [18], les adénocarcinomes de la prostate [19] et les cellules tumorales colorectales ; elle ne l’est pas dans la muqueuse digestive adjacente au CCR [20]. Elle est induite dans les cellules fibroblastiques pendant la transformation cellulaire dirigée par l’oncogène v‐src [21]. Ces résultats suggèrent qu’elle est un relais moléculaire de la cancérogenèse et non pas un épiphénomène associé à la progression. En effet, l’invalidation du gène codant Cox2 inhibe la croissance tumorale, altère la différenciation de l’épiderme, atténue le risque de tumorigenèse de la peau et réduit considérablement la formation de tératocarcinomes obtenus par injection de cellules souches embryonnaires ES à des souris syngéniques [22, 23]. Les inhibiteurs spécifiques de Cox2 entraînent la diminution du nombre et de la taille des polypes colorectaux et la croissance tumorale [23, 24]. Mais quel est le rôle de la forme inductible Cox2 pendant la cancérogenèse ? Pour mieux comprendre l’implication de Cox2 dans la cancérogenèse, nous avons choisi de mettre en avant, d’un point de vue fondamental, les facteurs conduisant à l’induction de l’expression de Cox2, à son activation enzymatique et de délimiter sa contribution dans la genèse et la croissance des tumeurs.

Induction de Cox2

Cox2 est le produit d’un gène de petite taille (8,3 kb) rapidement induit au cours des phases précoces de l’inflammation et de la progression tumorale. Cette taille inférieure à 10 kb est caractéristique des gènes rapidement transcrits, mécanisme susceptible de faciliter une maturation rapide et une réponse adaptée à l’environnement. Ce type de réponse immédiate est révélateur des mécanismes d’adaptation au stress cellulaire. Surexprimée ou induite dans les conditions inflammatoires, dans les polypes et dans différents types de cancers, Cox2 est sous le contrôle de régulations transcriptionnelles et post‐transcriptionnelles complexes.

Régulation transcriptionnelle

Dans le CCR, Cox2 est transcrit de manière aberrante [25]. Plusieurs facteurs incluant des cytokines et des agents pro‐inflammatoires, des facteurs de croissance, le sérum, des oncogènes, des hormones et des promoteurs de tumeurs sont connus pour induire Cox2 dans différents types cellulaires, notamment dans les cellules épithéliales, les fibroblastes, les kératinocytes, les monocytes\macrophages et les cellules endothéliales (figure 1). Les inducteurs de l’inflammation comme les endotoxines bactériennes – les lipopolysaccharides (LPS), les cytokines IL1β, TNFα (tumor necrosis factor α), l’interféron γ (INFγ) et le PMA (phorbol myristate acetate) – contribuent aux processus inflammatoires en induisant Cox2 et la synthèse de prostaglandines pro‐inflammatoires [26‐30].

.

Les facteurs de croissance, comme les prostaglandines, jouent un rôle important dans l’homéostasie tissulaire par un mécanisme de protection et de réparation des muqueuses, mais ils peuvent également être impliqués dans la prolifération et la croissance des tumeurs. La surexpression du TGFα ou l’activation constitutive de son récepteur EGF‐R sont fréquemment observées dans les cancers mammaires, coliques et pulmonaires dans lesquels Cox2 est surexprimée. Les ligands de l’EGF‐R, comme l’EGF, le TGFα ou l’épiréguline, induisent Cox2 pour exercer leurs effets transformants [31, 32]. L’activation du récepteur de l’IGF (insulin‐like growth factor) par son ligand induit la prolifération et la progression des CCR par un mécanisme dépendant de l’induction de Cox2 [33]. D’autres facteurs de croissance comme l’HGF (hepatocyte growth factor) impliqué dans la dissémination cellulaire, le TGFβ (transforming growth factor β), le sérum mais aussi certains facteurs pro‐angiogéniques comme le PDGF (platelet‐derived growth factor) et le FGF (fibroblast growth factor), régulent Cox2 de manière positive [34, 35].

L’activation des proto‐oncogènes se traduit par l’activation chronique de voies de signalisation conduisant à la transformation cellulaire et à la croissance tumorale. Le promoteur de Cox2 est activé par les oncogènes impliqués dans les phases précoces du CCR, comme Src et Ras [21, 36], l’activation de la voie Wnt par les ligands Wnt1 ou 3 et le blocage de la sérine\thréonine kinase GSK3β par le lithium [37‐39].

L’expression de Cox2 est sous le contrôle des agents promoteurs de tumeurs. Les acides biliaires se comportent dans certaines conditions comme des promoteurs endogènes des cancers digestifs en induisant Cox2 via la phosphorylation de l’EGF‐R [40‐42]. Citons également les UVB et les UVA impliqués dans les carcinomes de la peau [37, 43, 44], l’herpès virus HHV6, dont la réplication serait dépendante de Cox2, [45] et HBx, protéine du virus de l’hépatite B détectée dans des tumeurs hépatiques et qui participe à l’invasion des cellules tumorales en augmentant l’expression de métallo‐protéases matricielles MMP par un mécanisme dépendant de Cox2 [46]. L’induction de Cox2 est contrôlée par des pro‐carcinogènes, comme le benzo(a)pyrène B(a)P, un composé aromatique polycyclique qui prédispose à la carcinogenèse par la production d’agents mutagènes et de prostaglandines [47]. D’autres facteurs impliqués dans l’apoptose (céramides et sphingomyélinase), la réorganisation du cytosquelette (microtubule interfering agent ou MIA), l’hypoxie qui joue un rôle clé dans l’inflammation et l’angiogenèse, ou encore l’acide okaïdique, inhibiteur de phosphatases, les peptides en trèfle, les mucines et la NO synthase inductible régulent Cox2, impliquant cette enzyme dans la réponse cellulaire au stress [48‐55].

En outre, Cox2 joue un rôle dans les processus de l’ovulation, l’implantation de l’embryon dans l’endomètre utérin et la parturition. Ces différentes étapes sont régulées par les hormones du cycle menstruel FSH (follicule‐stimulating hormone), LH (luteinizing hormone) et les œstrogènes qui induisent Cox2 par la voie PI3’‐kinase\Akt [56]. Les œstrogènes, oxydés en un dérivé carcinogène (diéthylstilbestrol ou DES) par l’activité peroxydase de Cox2 [57], ont des propriétés transformantes et génotoxiques responsables de l’induction de la cancérogenèse [58].

La régulation transcriptionnelle des cyclo‐oxygénases et de Cox2 en particulier fait appel à des réseaux de signalisation complexes utilisant des récepteurs membranaires à activité tyrosine kinase ou couplés aux protéines G hétérotrimériques. Ces récepteurs mobilisent des voies de signalisation conduisant à l’induction de la transcription de Cox2, sans affecter le niveau de l’isoforme constitutive Cox1. De manière générale, l’induction de Cox2 est sous la dépendance des MAPK (mitogen‐activated protein kinases) incluant les cascades ERK1\2, JNK\SAPK, et p38 (figure 1) contrôlées par les facteurs de croissance, les cytokines, certains oncogènes, les acides biliaires et les UV [35, 42, 43, 59‐61]. Ces voies de transduction convergent vers l’activation de facteurs transrégulateurs susceptibles de se fixer au niveau de la région promotrice du gène codant Cox2. Le promoteur de Cox2 (pCox2) est constitué d’une boîte régulatrice de type TATA box et de nombreux motifs de type CRE (cAMP response element), Ebox, NFIL6, AP2, SP1 et NFκB (figure 1) sur lesquels se fixent les facteurs de transcription AP1, la famille ATF, la protéine CREB (CRE binding protein), C\EBP ou NFκB qui sont transloqués dans le noyau en réponse aux stimuli, incluant Src et les UV [40, 43, 59].

Le pCox2 est régulé négativement par les glucocorticoïdes (dexaméthasone), les cytokines anti‐inflammatoires IL4 et IL10 et des agents chimiopréventifs comme le resveratrol, un anti‐oxydant phénolique dérivé du vin, l’acide ursolique, un agent aux propriétés anticancéreuses et anti‐inflammatoires présent dans le romarin, l’acide rétinoïque et le carnosol [62‐65]. Ces agents s’opposent à l’induction de Cox2 par le PMA dans les cellules épithéliales mammaires humaines. Les effets inhibiteurs des glucocorticoïdes sur pCox2 ou le niveau d’expression de l’enzyme sont transmis par différents mécanismes transcriptionnels et post‐transcriptionnels, incluant :

– 

— le récepteur GR capable d’activer l’élément de réponse aux glucocorticoïdes GRE et la suppression de la transcription dépendante des facteurs AP1 et NFκB ;

– 

— l’augmentation de IκB, régulateur négatif du facteur de transcription NFκB [66] ;

– 

— la déstabilisation du messager de Cox2.

Les ligands des récepteurs nucléaires PPARα et PPARγ, qui exercent des effets anti‐inflammatoires et anticancéreux interfèrent avec l’activation transcriptionnelle de Cox2 par le PMA ou le LPS, en bloquant NFκB et AP1, par déplétion de c‐jun et compétition avec CREB [67]. Les produits de Cox2, en se fixant sur les récepteurs PPAR, exercent donc un rétrocontrôle négatif sur Cox2.

Nous avons vu que la méthylation de régions régulatrices de certains promoteurs constitue un mécanisme clé dans la genèse des cancers digestifs. L’hyperméthylation de pCox2 observée dans les cancers gastriques et colorectaux est associée à une diminution quantitative de l’enzyme [68]. Les mutations de P53 ou de APC favorisent au contraire l’expression de Cox2. Les formes sauvages p53 et APC inhibent la transcription de Cox2 par compétition avec la protéine de liaison à la TATA box sur le pCox2 [69, 70].

Régulation post‐transcriptionnelle : stabilité du messager et de la protéine Cox2

Dans les cancers, l’expression de Cox2 résulte non seulement de l’activation de la transcription mais aussi de régulations post‐transcriptionnelles caractérisées par la stabilisation du messager de Cox2 (mCox2). En présence d’actinomycine D qui inhibe la transcription, l’IL1α augmente le niveau de Cox2 en prolongeant la demi‐vie du mCox2 [71]. Ainsi, dans les cellules tumorales, la durée de vie de la protéine Cox2 est comprise entre 3 et 8 h au lieu de quelques minutes dans la cellule normale. L’instabilité du messager dépend de la présence d’une séquence AUUUA répétée (AU‐rich) très conservée qui constitue un domaine ARE à l’extrémité 3’UTR du mCox2 [72]. Cette séquence ARE est responsable de la dégradation rapide du mCox2 et de l’inhibition de la traduction [73]. La stabilisation du mCox2 s’effectue en dehors du noyau, après passage dans le compartiment polysomal du réticulum endoplasmique via le facteur d’export nucléaire CRM1 [74]. Cette stabilisation est favorisée par les IL1α et β et IL17 impliquées dans la réponse inflammatoire et immunitaire, les UVA, le TGFβ, Ha‐ras \Ki‐ras, ou par ses propres produits, les prostaglandines PGE2, via l’activation du récepteur EP4 [71, 75‐79]. Ces différents agents activent les voies de signalisation ERK1\2 pour Ha‐ras, p38 pour les interleukines et les PGE2, ou bien la cascade PI3’‐K, Akt\PKB pour Ki‐ras [78, 79]. Par exemple, l’activation de p38 induit la phosphorylation de l’hsp27 via la kinase MAPKAPK2 et favorise ainsi l’interaction de la protéine AUF1 (AU‐rich element\poly(U) binding factor 1) sur la séquence ARE [80]. Le mécanisme de stabilisation du mCox2 dépend de la fixation de protéines régulatrices sur la séquence ARE, comme AUF1 (ARE‐binding factor 1), CBF‐A (CarG box‐binding factor‐A) similaire à AUF1, la ribonucléase‐protéine hnRNPA0, la CUGBP2 (cell undergoing radiation‐induced‐apoptosis), une protéine de liaison à l’ARN rapidement induite et transloquée dans le cytoplasme en réponse aux radiations, et l’HuR dont la surexpression observée dans les tumeurs augmente Cox2 [81‐84]. HuR, qui possède trois sites de fixation sur le promoteur de Cox2, est associée à la stabilisation de gènes – dont Cox2 – et favorise la prolifération tumorale [85, 86]. Les mécanismes impliqués dans la balance dégradation\stabilisation des mCox2 via la séquence ARE ne sont pas encore identifiés. La séquence ARE pourrait jouer un rôle dans la perte de la queue poly A en stimulant l’activité déadénylase et dans l’ubiquitination des messagers, favorisant ainsi leur dégradation [87, 88].

La demi‐vie de la protéine Cox2 est comprise entre 13 et 50 minutes : cette isoforme est donc très minoritaire dans les tissus normaux. Cox2 est très rapidement dégradée par ubiquitination et par la voie du protéasome dans les cellules normales [89]. L’inhibition du protéasome par l’époxomicine ou le PSI (N‐benzyloxycarbonyl‐Ile‐Glu(O‐tert‐butyl)‐Ala‐leucinal) stabilise Cox2 et entraîne son accumulation sous forme ubiquitinée [90].

Localisation cellulaire et subcellulaire de Cox2

Contrairement à Cox1 dont l’expression est constitutive et ubiquiste, Cox2 n’est généralement pas détectée dans les tissus normaux, à l’exception du cerveau, des testicules, de la prostate et des reins. Pendant les processus inflammatoires, le LPS induit Cox2 dans les cellules épithéliales intestinales, les fibroblastes sub‐épithéliaux et les villosités, mais pas dans les cellules souches des cryptes intestinales [91]. Cox2 est détectée dans la maladie de Crohn, les maladies inflammatoires de l’intestin incluant les rectocolites hémorragiques, au niveau des cellules épithéliales de surface et des cellules mononuclées de la lamina propria [92]. Cox2 est exprimée très précocement dans les colites et les cellules inflammatoires associées aux tumeurs ulcérées, suggérant que Cox2 serait impliquée dans la cascade liant l’inflammation et le cancer [93]. Dans l’ulcère gastrique, Cox2 est localisée dans les macrophages et les fibroblastes localisés entre les tissus nécrotiques et granuleux [94].

Au sein de la cellule, Cox1 et Cox2 sont localisées dans la membrane luminale du réticulum endoplasmique et dans les feuillets internes et externes de l’enveloppe nucléaire des monocytes, des cellules endothéliales et des fibroblastes avec une localisation préférentielle et une activité Cox2 plus intense dans l’enveloppe nucléaire [95, 96]. Dans les cellules quiescentes, Cox2 est principalement nucléaire, localisée au niveau des pores du noyau et dans la région péri‐chromatinienne considérée comme étant le site de transcription active [97]. En réponse au TNFα, Cox2 est localisée au niveau périnucléaire dans les cellules normales de prostate et se distribue en foyers diffus non organisés au sein du cytoplasme dans les cancers prostatiques [98]. La stimulation de fibroblastes par le PMA ou l’IL1β induit Cox2 et sa localisation au niveau du réticulum endoplasmique, de l’enveloppe nucléaire et de la membrane plasmique, où elle est co‐localisée avec les cavéolines pour former un complexe Cox2\cavéoline1 au niveau des cavéoles, invaginations de la membrane plasmique riches en molécules de signalisation, alors que le TGFα induit Cox2 et sa translocation vers le noyau [99, 100]. La co‐culture de cellules endothéliales et de muscle lisse induit Cox2 et sa redistribution rétrograde du noyau vers l’enveloppe nucléaire et le cytoplasme [101]. La stimulation des cellules endothéliales par l’IL1β entraîne la localisation nucléaire de Cox2 dans les 12 premières heures de la stimulation. Au delà de 17 h, la synthèse de prostaglandines est associée à la re‐localisation de Cox2 du noyau vers l’enveloppe nucléaire et le cytoplasme [97]. La mobilité dynamique de Cox2 déclenchée par un stimulus permet donc de juxtaposer Cox2 et les différentes prostaglandines synthases dans des territoires spécifiques et favorise ainsi la mise en place d’une réponse adaptée à l’agression par la synthèse de dérivés appropriés.

Cox2 et tumeurs solides

Nous avons vu que les étapes précoces de la cancérogenèse colique sont caractérisées en premier lieu par la formation de cryptes aberrantes (ACF ou aberrant crypt foci). Ces structures atypiques sont inductibles par l’azoxyméthane (AOM), un puissant carcinogène. La cancérogenèse expérimentale est associée à la détection de Cox2 dans le stroma et les lymphocytes intra‐épithéliaux [102]. Cox2, faiblement exprimée dans la muqueuse normale et les ACF hyperplasiques ou dysplasiques, est très représentée dans les tissus tumoraux, au niveau du cytoplasme et de la membrane nucléaire des cellules épithéliales et dans les adénocarcinomes différenciés [103]. Elle est détectée dans la majorité des adénomes sporadiques humains (77 %), principalement dans les macrophages interstitiels superficiels et dans 86 % des CCR [20, 104]. Dans les adénomes et les CCR de patients atteints de PAF, de syndrome HNPCC ou de cancer sporadique, elle est exprimée par les cellules endothéliales et les fibroblastes, dans les granules denses du cytoplasme et la région périnucléaire des cellules néoplasiques et dysplasiques [105, 106]. Les cancers colorectaux métastatiques et leurs métastases hépatiques expriment fortement Cox2, impliquant cette isoforme dans l’acquisition des propriétés invasives et métastatiques [107]. En effet, Cox2 n’est pas détectée dans la muqueuse adjacente normale du côlon, mais elle est surexprimée dans le cancer colorectal par les cellules cancéreuses différenciées, les cellules inflammatoires, l’endothélium vasculaire et les fibroblastes des tissus lésés [20, 89, 108]. Son marquage est plus intense dans les cellules cancéreuses, avec une localisation cytoplasmique périnucléaire d’autant plus homogène que l’adénome est différencié [109].

Par rapport à la muqueuse normale, Cox2 est fortement exprimée dans les adénocarcinomes gastriques au niveau des glandes hyperplasiques et dans le cytoplasme des cellules néoplasiques de tumeurs gastriques humaines, particulièrement dans les biopsies contenant des lésions de métaplasies intestinales [18, 110]. L’expression ectopique de l’ADNc de Cox2, placé sous le contrôle du promoteur du virus MMTV (murine mammary tumor virus), suffit à induire l’apparition de tumeurs mammaires chez les souris transgéniques [111]. La majorité des cancers mammaires invasifs expriment Cox2 au niveau des cellules tumorales et stromales adjacentes [112]. Cette expression est dépendante de la réponse aux stéroïdes. Ainsi, Cox2 est minoritaire dans les cellules de cancer du sein MCF7 œstrogéno‐dépendantes, alors qu’elle est fortement exprimée dans la lignée mammaire MDA‐MB‐231 indépendante des œstrogènes, hautement invasive et métastatique [113]. Le fort niveau de Cox2 dans les cancers du sein est directement corrélé à un ensemble de paramètres péjoratifs, incluant la taille et le grade histologique des tumeurs, la présence de nodules axillaires métastatiques, la perte des récepteurs aux œstrogènes et à la progestérone (ER, PgR), un fort index mitotique, l’amplification de l’oncogène HER2, et à un niveau élevé de p53, révélateur d’une dérégulation du gène ou de mutations stabilisant la protéine [114, 115]. Au niveau pulmonaire, environ 90 % des tumeurs différenciées, les carcinomes épidermoïdes et les adénocarcinomes expriment Cox2 [116]. Cox2 est associée à un mauvais pronostic de survie dans les adénocarcinomes pulmonaires non à petites cellules (NSCLC pour non small cell lung carcinomas) et pourrait constituer un marqueur de l’agressivité de ces tumeurs [117‐120]. Il existe une corrélation entre le niveau de Cox2 et les capacités métastatiques d’un cancer. En effet, l’inhibition spécifique de Cox2 bloque le pouvoir invasif des cellules de carcinomes pulmonaires hautement métastatiques NCI‐H460‐LNM35 et la métastase spontanée chez les souris immunodéprimées SCID [121]. Dans les cancers de la vessie, Cox2 est présente dans 86 % des carcinomes invasifs et dans 75 % des carcinomes in situ, avec un marquage dans le cytoplasme apical des cellules vésicales tumorales [122]. Elle est détectée dans 93 % des mélanomes malins au niveau des cellules stromales [123], dans le cancer de la prostate [19], les tumeurs ovariennes humaines au niveau des cellules épithéliales et des macrophages associés aux tumeurs [124] et dans les gliomes humains en corrélation avec le grade histologique et une espérance de vie réduite [125].

Voies métaboliques

Les cyclo‐oxygénases catalysent des réactions d’oxydation via leur site cyclo‐oxygénase et des réactions de réduction via leur site peroxydase. Elles ont pour substrats les acides gras poly‐insaturés comme l’acide dihomo‐γ‐linolénique, l’acide linoléique, l’acide linolénique et plus particulièrement l’acide arachidonique (AA), élément constitutif des membranes lipidiques libéré par hydrolyse des phospholipides par la phospholipase A2 (PLA2). L’activation de la PLA2 induite par l’augmentation de l’AMPc intracellulaire est responsable de la translocation et de la mise à disposition de la principale source d’AA utilisée par Cox2 dans l’intestin. Cependant, l’AA peut être libéré de manière indirecte via la phospholipase C (PLC) ou la PLD qui favorisent l’hydrolyse séquentielle du diacylglycérol (DAG) par la DAG lipase et la monoacylglycéride lipase. Cox2 étant plus représentée dans la membrane nucléaire, la PLA2 cytosolique activée est transloquée dans l’enveloppe périnucléaire et libère l’AA à partir de phospholipides de la membrane nucléaire. Les deux isoformes de la cyclo‐oxygénase convertissent l’AA. Cependant, la synthèse de prostanoïdes par Cox1 et Cox2 se fait par utilisation de réservoirs différents. En effet, l’AA endogène libéré par les flux calciques n’est pas converti par Cox1 mais exclusivement par Cox2, suggérant que, contrairement à Cox1, Cox2 utilise le réservoir intracellulaire d’AA libéré par une stimulation [126, 127]. De plus, en présence d’une faible concentration de substrat, l’activité de Cox2 prédomine et assure la conversion de l’AA. Ainsi, l’activité de Cox2 requiert de faibles concentrations de substrat disponible à partir du réservoir intracellulaire d’AA.

L’activité des cyclo‐oxygénases est latente et requiert l’interaction du site peroxydase avec des hydroperoxydes, ce qui permet la formation d’un composé peroxyde et sa conversion en espèces radicalaires tyrosyl qui se lient à l’extrémité du canal cyclo‐oxygénase en l’orientant vers le site de liaison aux acides gras. Ainsi, en présence d’une quantité adéquate d’AA et d’oxygène, une molécule de cyclo‐oxygénase produit environ 103 molécules de prostaglandine G2 (PGG2), un composé hydroperoxyde [128]. La diffusion membranaire de PGG2 vers la forme latente des cyclo‐oxygénases les active progressivement. Cependant, l’activité des cyclo‐oxygénases est maintenue sous forme latente si le PGG2 est intercepté par des agents capables de séquestrer les peroxydes (peroxides scavengers) comme la glutathione peroxydase ou en présence d’un agent réducteur de peroxydes intracellulaires [126, 128]. Par rapport à Cox1, le seuil de concentration en ions peroxydes nécessaires à l’activation de Cox2 (2 nM) est 10 fois moindre [129]. Au sein d’un même compartiment, une fraction considérable de Cox2 peut donc être catalytiquement active à des niveaux d’hydroperoxydes où la majorité de Cox1 est latente. Comme pour l’AA, le niveau d’hydroperoxydes nécessaire à la synthèse de prostaglandines par Cox2 est plus faible que pour Cox1 [129], suggérant que l’activation de Cox2 est directement régulable par de faibles concentrations de substrats et d’activateurs.

Activée, Cox2 catalyse la réaction d’oxydation de l’AA en PGG2 via le site cyclo‐oxygénase, suivie d’une réaction de réduction du PGG2 en PGH2 via le site peroxydase (figure 2, A). L’activation de différentes enzymes de type isomérase, synthase et réductase, permet ensuite la conversion du PGH2 en prostanoïdes. Ces prostanoïdes incluent les prostaglandines PGD2 et PGE2 qui proviennent de l’isomérisation de PGH2, respectivement via les PGD et PGE synthases, les prostacyclines PGI2 issues de la conversion du PGH2 par la prostacycline synthase, les isoprostanes PGF2α résultant de la réduction du PGH2 ou du PGE2, les thromboxanes TXA2\TXB2 formés par la conversion du PGH2 par la TX‐synthase (TX‐S) et les cyclopentones PGA2 et PGJ2 qui dérivent des PGE2 et des PGD2 (figure 2, A). La production d’un isotype particulier de prostanoïde est sous le contrôle de la co‐localisation des différentes PGsynthases avec les cyclo‐oxygénases et plus particulièrement de la PGsynthase la plus proche du PGH2 produit par les cyclo‐oxygénases [130]. Ainsi, les enzymes périnucléaires TX‐S, PGIS et mPGES convertissent le PGG2 produit par Cox2 et les enzymes cytosoliques (cPGES) réduisent le produit de Cox1.



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Les cyclo‐oxygénases libèrent des radicaux hydroperoxyles qui exercent un rôle dans l’activation de carcinogènes en catalysant l’oxydation de nombreux xénobiotiques en intermédiaires réactifs susceptibles de lier l’ADN (figure 2, B). Ainsi, en présence d’AA et de peroxydes, les cyclo‐oxygénases activent de nombreux carcinogènes chimiques, comme les hydrocarbones aromatiques polycycliques et les amines aromatiques, deux classes de carcinogènes\mutagènes induisant la néoplasie extra‐hépatique [131]. La conversion de l’hydrocarbone aromatique polycyclique benzo(a)pyrène B(a)P, produit de combustion présent dans l’air pollué ou la fumée de cigarette, prédispose à la carcinogenèse par la production de mutagènes et de prostaglandines via l’induction de Cox2 [47]. Cox2 génère également le malonaldéhyde (MDA), un agent mutagène dont la synthèse est sous la dépendance de l’activité de la TXA2 synthase qui transforme 50 % du PGH2 en TXA2 et 50 % en MDA. Produit dans les tissus à forte activité TXA2 synthase, le MDA forme avec les désoxyribonucléosides des complexes responsables de mutations par addition\suppression de bases et décalage du cadre de lecture ou par substitution au niveau des transitions C\T fréquemment rencontrées dans les mutations de p53 dans le cancer du côlon [132, 133]. Les mutagènes ainsi formés lient l’ADN en formant des adduits, par exemple sur les exons du gène p53, favorisant ainsi les mutations [134]. Les cyclo‐oxygénases ont cependant un taux de renouvellement limité et subissent un phénomène d’auto‐inactivation qui résulte de l’appauvrissement en substrats et peroxydes ou de la formation d’un intermédiaire inactif bloquant le site catalytique [135].

Produits de Cox2 et cancérogenèse

Nous avons vu que Cox2 permet la synthèse de prostanoïdes, qui incluent les prostaglandines\prostacyclines (PGE2, PGD2, PGI2), les thromboxanes (TXA2), les cyclopentones (PGA2, PGJ2) et les isoprostanes (PGF2α), mais aussi la formation de malonaldéhyde (MDA agent mutagène) et d’espèces radicalaires qui, libérées par la réaction d’oxydation, permettent l’activation de carcinogènes. La synthèse de ces différents prostanoïdes survient quelques minutes après la libération de calcium intracellulaire par les stimuli. Les effets biologiques des produits de Cox2 sont transmis par l’activation de récepteurs à sept domaines transmembranaires couplés aux protéines G hétérotrimériques ou de récepteurs nucléaires appartenant à la famille des PPAR (peroxisome proliferator activated receptor) qui agissent directement comme facteurs de transcription après fixation du ligand (figure 3).

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Certains prostanoïdes exercent des effets non transformants. C’est le cas des PGD2 qui constituent au contraire un signal anti‐inflammatoire précoce en supprimant l’infiltration des granulocytes dans la cavité pleurale inflammatoire [136, 137]. Les PGI2 possèdent des propriétés antimétastatiques en inhibant les interactions entre les cellules cancéreuses et les cellules endothéliales [138, 139]. Les cyclopentones (PGJ2\PGA2) sont impliqués dans la réponse au stress, dans le développement et la différenciation cellulaire mais aussi dans les mécanismes d’inhibition du cycle cellulaire, de suppression de la réplication virale et de régulation de l’expression génique en se fixant sur les récepteurs nucléaires de la famille des PPAR.

Les autres prostanoïdes (PGE2, TXA2 et PGF2α) exercent des effets pro‐inflammatoires et participent à la progression tumorale. PGE2 constitue le principal produit dérivé des cyclo‐oxygénases présent au site de l’inflammation [140]. Il joue le rôle de médiateur de l’inflammation en augmentant la perméabilité vasculaire et la contraction ou la dilatation du muscle lisse. De plus, il sensibilise les terminaisons périphériques des nocirécepteurs, entraînant une hypersensibilité locale à la douleur. Il est le produit de la PGE2‐synthase (PGES) qui existe sous deux formes, cytosolique (cPGES) ou membranaire (microsomal mPGES). L’activité des mPGES et leur expression sont augmentées par les stimuli pro‐inflammatoires, dans les adénomes et les cancers colorectaux humains [141]. Les mPGES, co‐localisées avec les cyclo‐oxygénases au niveau de la membrane périnucléaire, sont préférentiellement couplées à Cox2, notamment en présence d’une quantité limitée d’AA [142]. Les cellules co‐transfectées de manière stable avec les ADNc codant Cox2 et mPGES sont transformées, prolifèrent plus vite, sont hautement agrégées et forment des tumeurs chez la souris athymique, suggérant que PGE2 est un médiateur des effets transformants de Cox2 [142, 143]. Cox2 est associée à un haut niveau de PGE2 dans les tumeurs de la tête et du cou et son inhibition par le celecoxib ou par l’utilisation d’un anticorps neutralisant PGE2 inhibe la croissance tumorale [144].

Les PGE2 possèdent quatre récepteurs isotypes (EP1 à EP4) couplés aux protéines Gαi, Gαs ou Gαq. Des expériences d’invalidation des gènes (KO) codant ces récepteurs ont permis de mettre en évidence les sous‐types impliqués dans la cancérogenèse colique. Contrairement au récepteur EP3, le récepteur EP1 est impliqué dans la cancérogenèse colique chez la souris [145] alors que la délétion du récepteur EP2 diminue le nombre et la taille des polypes chez la souris APCΔ716 [146]. L’invalidation du gène codant EP4 montre que ce récepteur est indispensable à la formation de cryptes aberrantes induites par l’azoxyméthane (AOM). L’implication de EP4 dans les étapes précoces de la cancérogenèse colique est confirmée par l’ONO‐AE2‐227, un antagoniste spécifique du récepteur EP4 qui diminue le nombre de polypes chez la souris min (multiple intestinal neoplasia). À l’inverse, l’agoniste de EP4 (ONOAE1‐329) et le PGE2 augmentent le nombre de colonies capables de proliférer en milieu semi‐solide (agar mou), reflétant la capacité de croissance indépendante de l’ancrage, un mécanisme associé à la progression tumorale [147]. Cependant, le dérivé PGE2 n’est pas suffisant pour induire le phénotype transformé et requiert Cox2. En effet, PGE2 augmente la formation de colonies par les cellules de cancer du côlon HCA7 qui expriment Cox2, mais pas dans la lignée HCT116 qui n’exprime pas Cox2 [148]. Cette dépendance s’explique par le fait que les PGE2 régulent positivement l’expression et l’activité de Cox2. Ainsi, la surexpression de Cox1 induit la synthèse des PGE2 et Cox2 via une boucle de rétrocontrôle positif impliquant EP2 [146, 149]. En retour, Cox2 augmente le niveau des PGE2 qui stimulent l’expression du récepteur EP2 à la surface cellulaire [150]. L’activation de EP4 par les PGE2 favorise l’exocytose dépendante de l’AMPc intracellulaire et régule positivement le pouvoir invasif des cellules de carcinome pulmonaire NSCLC par un mécanisme dépendant de la métalloprotéase matricielle 2, MMP2 [151, 152]. La stimulation de la lignée de carcinome colorectal humain LS174 par les PGE2 induit l’augmentation de la motilité cellulaire et entraîne un changement de morphologie du tapis cellulaire caractérisé par la formation de protubérances et de fibres de stress. L’effet est transmis par le récepteur EP4 qui active la voie PI3’‐K‐Akt, suggérant que PGE2, qui inhibe la mort cellulaire programmée et induit Bcl2, favorise le potentiel invasif des cellules de carcinomes coliques [148, 153]. Les PGE2 jouent également un rôle dans l’angiogenèse en favorisant l’adhésion des cellules Huvec contrôlée par les récepteurs d’adhésion cellule‐matrice de type intégrines αvβ3, en favorisant l’activation de Rac et l’étalement cellulaire par une voie dépendante de la cascade AMPc\protéine kinase A [154]. Les mécanismes d’adhésion, de migration et d’invasion cellulaires dépendants de PGE2 pourraient impliquer la phosphorylation rapide de l’EGF‐R et l’activation de la voie ERK2 dans les cellules épithéliales normales et du cancer du côlon. Cette trans‐activation de l’EGF‐R par les PGE2 serait associée au clivage du pro‐TGFα via les MMP activées par src [155]. Ainsi, les PGE2 générés dans les carcinomes colorectaux affectent le comportement des cellules épithéliales en favorisant la croissance et la survie cellulaires, la motilité et l’adhésion, autant d’étapes indispensables à la progression d’une tumeur.

Le TXA2, quant à lui, active les récepteurs TPα et TPβ fonctionnellement couplés aux protéines G‐hétérotrimériques Gαs, Gαq, Gαi2 et Gα12\13. Les récepteurs TP sont activés par le TXA2 et les isoprostanes pour transmettre les signaux du stress oxydatif. Le TXA2 est surexprimé dans les tissus tumoraux, péritumoraux et dans les ganglions lymphatiques par rapport à la muqueuse saine [156]. Il est induit par les facteurs angiogéniques (VEGF, FGFb) et produit par les cellules endothéliales microvasculaires humaines activées [157, 158]. Il joue un rôle dans l’angiogenèse en induisant la migration des cellules endothéliales [157]. L’inhibition de la transduction du signal via le récepteur du TXA2 par l’antagoniste SQ‐29 548 inhibe la migration des cellules endothéliales et l’angiogenèse induite par le FGF [158]. Le TXA2 est impliqué dans le processus métastatique. L’inhibition de la synthèse de TXA2 par le carboxyheptal imidazol (CI) ou le furegrelate abolit le développement des métastases pulmonaires [157].

Les isoprostanes PGF2α sont des analogues des prostaglandines formés via les cyclo‐oxygénases ou par action directe de radicaux libres sur l’AA [159]. Différents agents pro‐inflammatoires (TNFα, IL1β, INFγ et LPS) activent la formation des PGE2 et de l’isoprostane 8‐iso‐PGF2α par les plaquettes et les monocytes, via les cyclo‐oxygénases [160]. L’isoprostane 8‐épi‐PGF2α est augmenté dans les situations expérimentales ou cliniques et le stress oxydatif induits par la fumée de cigarette [161]. C’est un vasoconstricteur par un mécanisme dépendant des flux calciques et de la PKC [162]. Le 8‐épi‐PGF2α est un agoniste partiel du récepteur TP et se lie à son propre récepteur FP couplé à Gαq et à la production d’inositols triphosphates IP3 et à la synthèse de l’ADN dans le muscle lisse vasculaire [163, 164]. Enfin, la cyclo‐oxygénase est capable d’activer différents carcinogènes environnementaux et alimentaires comme le benzo(a)pyrène présent dans l’air pollué, la fumée de cigarette, le goudron, l’huile et les aliments grillés. Cette activation utilise la voie des amines aromatiques et hétérocycliques et les hydrocarbones polycycliques, au niveau de sites extra‐hépatiques pendant les étapes précoces ou tardives de la cancérogenèse [165].

Cox2 et fonctions cellulaires associées à la cancérogenèse

Dans les polypes et les adénomes colorectaux humains, Cox2 favorise la progression tumorale par différents mécanismes cellulaires et moléculaires, incluant :

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— l’inhibition de contact et la croissance indépendante de l’ancrage ;

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— la prolifération et la survie cellulaires ;

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— la diminution de l’expression des E‐cadhérines impliquées dans les interactions cellule‐cellule ;

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— la déplétion du récepteur 2 du TGFβ, permettant ainsi aux cellules d’échapper au contrôle du cycle cellulaire par le TGFβ1 [166].

L’induction de Cox2 est directement corrélée à un mauvais pronostic et à différents phénotypes cellulaires et paramètres cliniques dans les tumeurs colorectales humaines, incluant la masse tumorale et la différenciation cellulaire, le nombre de ganglions lymphatiques métastatiques et le grade histopathologique [167]. Cox2 est donc impliquée dans la croissance tumorale et la progression du cycle cellulaire, la différenciation, l’apoptose, les interactions intercellulaires ou cellules\matrice extracellulaire, mais aussi dans l’angiogenèse tumorale, l’invasion et la métastase (figure 4)..

Cox2 est associée à des anomalies de la différenciation des kératinocytes conduisant à une hyperplasie et stimule la croissance des cancers colorectaux et gastriques via les prostaglandines [168, 169]. Le facteur de transcription NFκB, impliqué dans la prolifération cellulaire et dans la régulation de Cox2, est constitutivement localisé dans le noyau. Si les cellules cancéreuses sont traitées par un anti‐sens de la sous‐unité p50 de NFκB ou par un mutant dominant négatif de son inhibiteur IκB, on observe une diminution de Cox2 et de la prolifération. De même, l’inhibition de Cox2 mime le blocage de NFκB en supprimant la prolifération cellulaire [170]. La voie Cox2 est impliquée dans la prolifération et la transformation cellulaires contrôlées par la forme activée de la protéine G hétérotrimérique AGα12, qui induit la libération de l’AA en réponse aux facteurs de croissance. Les inhibiteurs de Cox2 bloquent la synthèse de l’ADN et la prolifération cellulaire stimulée par l’activation de Gα12 [171]. Dans les néoplasies intestinales, les fibromatoses agressives humaines et les lésions des souris transgéniques APC+\APC1636N exprimant Cox2, le blocage de Cox2 inhibe la prolifération [172, 173]. Si on croise les souris APC avec les animaux dont le gène codant Cox2 a été invalidé par recombinaison homologue (COX–\–), le nombre de fibromes ne varie pas, mais on assiste à la diminution de la taille des tumeurs et des lésions gastro‐intestinales, suggérant que le contrôle de Cox2 peut exercer un rôle important en thérapie antitumorale [173].

Les effets biologiques de Cox2 dépendent de la position des cellules dans les différentes phases du cycle de prolifération. Les cellules en phase de quiescence G0 répondent fortement aux inducteurs de Cox2 et son expression est étroitement contrôlée pendant la transition G0‐G1. En phase stationnaire G0, l’induction de Cox2 permet la mise en place des mécanismes de défense, la réponse inflammatoire et l’angiogenèse. Quand les cellules entrent dans le cycle cellulaire, l’expression de Cox2 diminue progressivement. En phase S, phase de réplication active de l’ADN, les cellules sont plus particulièrement soumises au stress oxydatif généré par Cox2, ce qui favorise les mutations de l’ADN et la tumorigenèse [174]. Cox2 et les PGE2 ne sont pas détectées dans les cellules quiescentes et sont induites par le sérum et exprimées au cours de la transition G0\G1 du cycle cellulaire [175]. La surexpression de Cox2 déplète la population de cellules en phase S du cycle cellulaire en favorisant l’accumulation des cellules en G0‐G1. Cet effet n’est pas inversé par le NS398, l’indométacine ou un mutant de Cox2 déficient pour son activité cyclo‐oxygénase, suggérant que l’inhibition de la progression du cycle cellulaire par Cox2 s’effectue par un mécanisme ne nécessitant pas la production de prostaglandines [176]. L’arrêt des cellules épithéliales intestinales en phase G1 induit par Cox2 compromet l’adhésion cellulaire et confère des propriétés de résistance contre l’apoptose [177].

Cox2 est associée à la survie cellulaire et à la résistance contre l’apoptose via le facteur de survie Bcl2 et la déplétion du récepteur TGFβ2, un régulateur majeur de l’apoptose [178‐180]. La lignée de carcinome colique HCT15 transfectée par Cox2 résiste à l’apoptose induite par le NS398, le sulindac et le 5FU, en diminuant le relargage de cytochrome c et en inhibant l’activation des caspases 3 et 9 et des cystéines protéases capables de cliver les protéines impliquées dans la réparation de l’ADN. Dans les cellules différenciées PC12, Cox2 inhibe l’apoptose induite par le facteur de croissance neuronal (NGF) en bloquant l’activation de la caspase 3 [181]. L’analyse du transcriptome des cellules PC12 transfectées par Cox2 révèle l’induction de la DLC (dynein light chain), un inhibiteur de la NO synthase (NOS) neuronale (nNOS) PIN. La surexpression de DLC bloque l’apoptose induite par le NGF et favorise son association avec PIN pour former le complexe DLC\PIN qui inhibe l’activité de nNOS. Cox2 permet donc la survie cellulaire par augmentation de l’expression de gènes anti‐apoptotiques liés au NO et aux dérivés superoxydes [181]. Dans les cellules interstitielles médullaires rénales exprimant constitutivement Cox2, les ARN antisens et les inhibiteurs pharmacologiques de Cox2 bloquent la synthèse de PGE2 et induisent la mort cellulaire par fragmentation de l’ADN nucléaire [182]. Les inhibiteurs de Cox2 induisent l’apoptose dans les adénocarcinomes coliques, gastriques, prostatiques et mammaires [148, 183‐185] et mettent en jeu divers mécanismes, comme la phosphorylation de Akt ou l’accumulation de l’AA qui augmente la production de céramide, un signal de mort cellulaire [186]. Le SC58125 et le NS398, inhibiteurs sélectifs de Cox2, agissent quant à eux en sensibilisant les cellules de cancer du côlon et de la prostate au signal pro‐apoptotique via l’expression de la protéine PAR4 (prostate apoptosis response 4) et en régulant négativement la protéine anti‐apoptotique Bcl2 [148, 185, 187]. Ainsi, les xénogreffes de carcinome gastrique MKN45 exprimant Cox2 entraînent la formation de tumeurs dont la taille est significativement diminuée par le NS398, selon des mécanismes conduisant à la réduction de la prolifération et de la survie cellulaires [184, 188]. Cox2 peut donc protéger contre l’apoptose :

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— en diminuant la quantité de l’AA, un facteur pro‐apoptotique ;

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— en inhibant l’activité pro‐apoptotique de la NO‐synthase ;

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— en induisant les protéines anti‐apoptotiques comme Bcl2.

Ainsi, Cox2 prolonge la survie des cellules cancéreuses soumises au stress, aux radicaux libres, et favorise l’accumulation de mutations génétiques additionnelles, l’apparition d’un cancer et sa diversification vers des formes plus agressives, incluant les métastases et la chimio\radiorésistance.

Le microenvironnement tumoral détermine le stress cellulaire contrôlé par les cellules immunitaires, inflammatoires, les fibroblastes et myofibroblastes pendant l’hypoxie et la thérapie antitumorale. Le stress cellulaire à son tour engendre une cascade de mécanismes génétiques et moléculaires complexes conduisant à la mise en place de la survie cellulaire in situ et à la prolifération métastatique. À cet égard, Cox2 est un médiateur critique de l’angiogenèse tumorale, une étape précoce pendant la progression du cancer colorectal [4]. Au‐delà de 2 à 3 mm de diamètre, la tumeur solide est totalement dépendante de la néovascularisation pour survivre et se développer. L’angiogenèse tumorale est alors déclenchée par l’hypoxie qui induit Cox2 et par le facteur HIF1α, un activateur de la transcription du VEGF. Les PGE2 sont des relais entre l’hypoxie, Cox2 et l’expression du VEGF, en régulant l’expression d’HIF1α et sa translocation nucléaire [189]. Chez la souris C57BL\6 dont le gène Cox2 a été invalidé, on assiste à la déplétion du VEGF, à la réduction de l’angiogenèse et de la croissance tumorale [23]. Le blocage de Cox2 supprime l’expression du VEGF et du bFGF, inhibe l’angiogenèse in vivo et in vitro dépendante des GTPases apparentées à Rho (Cdc42 et Rac) et des intégrines αvβ3 [190], ainsi que l’étalement cellulaire et la migration in vitro. Les effets antitumoraux des inhibiteurs de Cox2, comme le diclofenac, sont donc associés à des effets anti‐angiogéniques [191, 192]. Des co‐cultures de cellules endothéliales et de carcinome colique qui surexpriment Cox2 activent la migration des cellules endothéliales et la formation de pseudo‐tubes par l’intermédiaire des prostaglandines et des facteurs angiogéniques. L’inhibition de Cox2 par le NS398 et les AINS bloque totalement la migration et la réorganisation des cellules endothéliales, alors que l’inhibition de Cox1 par un anti‐sens ne supprime que la formation des pseudo‐tubes. Ces résultats montrent que les deux cyclo‐oxygénases régulent l’angiogenèse selon des mécanismes différents : Cox2 induit la production de facteurs angiogéniques par les cellules tumorales et Cox1 régule l’angiogenèse au niveau des cellules endothéliales par un effet morphogène [193].

L’acquisition du pouvoir invasif par les cellules tumorales constitue un événement clé pendant la progression des tumeurs solides et la transition adénome‐adénocarcinome dans le cas des cancers du côlon. Le niveau de Cox2 dans les carcinomes coliques est d’autant plus élevé que la tumeur est de grande taille et agressive. Cox2 est associée aux propriétés invasives et métastatiques des cellules tumorales [107]. Cox2 augmente l’adhésion des cellules tumorales :

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— à la matrice extracellulaire, en diminuant l’expression des E‐cadhérines, un gène suppresseur de tumeurs impliqué dans les contacts cellule‐cellule [179, 194] ;

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— aux cellules endothéliales, via les E‐sélectines, favorisant ainsi le passage des cellules tumorales vers la circulation sanguine et donc les métastases hépatiques [195].

Ainsi, dans les cellules tumorales pulmonaires NSLCC, Cox2 augmente le pouvoir invasif via le récepteur de surface du hyaluronate CD44 qui régule la croissance tumorale et la métastase en favorisant l’adhésion cellule‐matrice, un pré‐requis à la migration des cellules tumorales [152, 196]. Cox2 induit les métalloprotéases, enzymes nécessaires à la protéolyse de la matrice cellulaire [197], et favorise ainsi la transition carcinome in situ‐carcinome invasif. Le pouvoir invasif requiert l’activité enzymatique des deux isoformes Cox1 et Cox2. Les inhibiteurs sélectifs de l’une ou l’autre des deux isoformes abolissent l’invasion cellulaire induite par l’oncogène SRC ou les peptides en trèfles et la formation du TXA2, qui activent le système pro‐invasif utilisant le récepteur TXA2‐R et la sous‐unité Gαq couplés à la cascade Ca2+\CaM‐MLCK (calcium‐calmodulin‐dependent myosin light chain kinase) et à la phosphorylation de la MLC impliquée dans le remodelage du cytosquelette [51, 198]. L’injection de lignées cellulaires issues d’un cancer mammaire hautement métastatique exprimant les deux cyclo‐oxygénases entraîne la formation de tumeurs dont la croissance est bloquée par les inhibiteurs des deux isoformes [199]. Les activités enzymatiques des deux cyclo‐oxygénases sont donc inter‐dépendantes.

La croissance tumorale est associée à l’invalidation de la réponse immunitaire. Le mécanisme de suppression de la réponse immunitaire requiert l’activation des monocytes\macrophages par le CSF (colony stimulating factor) libéré par les cellules tumorales. Les monocytes\macrophages activés produisent les prostaglandines PGE2 qui inhibent la production de lymphokines régulatrices de l’immunité, la prolifération des cellules B et T et l’activité cytotoxique des cellules NK (natural killer). Les PGE2 induisent directement l’IL10 et son effet immunosuppresseur [200]. Le traitement des tumeurs par l’inhibiteur de Cox2 (SC236) favorise la radiosensibilité de la tumeur aux irradiations γ sans altération des tissus normaux et inhibe la croissance des tumeurs de sarcome [201].

Conclusion

Cox2 est un acteur majeur de la progression des tumeurs solides humaines et exerce un rôle critique à tous les stades de la cancérogenèse. Non seulement elle se comporte comme un promoteur du cancer colorectal par l’activation de carcinogènes mais elle assure aussi le maintien et le développement de la tumeur en favorisant sa croissance (prolifération et protection contre l’apoptose, angiogenèse) et sa dispersion métastatique (migration‐invasion cellulaires, implantation et prolifération métastatiques). Ainsi, elle fait partie intégrante des cibles thérapeutiques actuelles dans l’optique de la chimioprévention et du traitement des cancers. Cette démarche peut consister à cibler l’activité fonctionnelle de Cox2 par des inhibiteurs pharmacologiques ou à contrecarrer son expression, en agissant en amont sur les voies de signalisation ou les éléments de réponse responsables de son induction transcriptionnelle, comme la voie de src, par exemple [202]. Ce contrôle thérapeutique de la transcription de Cox2 peut être envisagé par l’utilisation d’oligonucléotides compétiteurs des séquences régulatrices de ce gène. Dans la même démarche, la vectorisation de gènes correcteurs ou suicides dans les cellules tumorales surexprimant Cox2 pourrait être assurée par des constructions plasmidiques, des adénovirus ou des vecteurs inertes comprenant les séquences régulatrices du promoteur de Cox2. En aval, il est raisonnable d’imaginer que des ARN interférents ciblant de manière spécifique les messagers de Cox2 puissent apporter un bénéfice par rapport aux schémas thérapeutiques actuels.

Une meilleure connaissance des mécanismes de stabilisation, de dégradation de Cox2 et de ses inter‐relations fonctionnelles avec Cox1 pourrait permettre d’améliorer l’impact thérapeutique d’interventions pharmacologiques reposant sur le contrôle de l’expression, de la localisation subcellulaire et de l’activité des cyclo‐oxygénases pendant la progression des tumeurs solides. ▾

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