ARTICLE
Auteur(s) :, Jean-Jacques Tuech1,2,*, Patrick
Pessaux3, Grégoire Moutel1, Véronique
Thoma4, Simon Schraub1,4, Christian
Hervé1
1Laboratoire d’éthique médicale et de santé publique,
Faculté de médecine Necker, 156, rue de Vaugirard,
75015 Paris ; Université Paris René Descartes, France
<jean-jacques.tuech@chu-rouen.fr>
2Département de chirurgie digestive, CHU, 1, rue
Germont, Pavillon Derocque, 76031 Rouen Cedex
3Service de bio-statistique, CHU, 49000 Angers
4CRLCC Paul Strauss, 3 rue de la Porte de
l’Hôpital, BP42, 67 065 Strasbourg Cedex
*J.-J. Tuech
Article reçu le 14 Mai 2004, accepté le 23 Août 2004
La qualité méthodologique est la première exigence éthique à
laquelle doivent répondre les essais contrôlés randomisés (ECR) [1]
qui représentent l’outil le plus important pour juger de l’utilité
d’un traitement. Les principaux reproches faits aux ECR concernent
leur qualité méthodologique (QM) et leur qualité éthique (QE). Les
ECR doivent répondre à des exigences cliniques et scientifiques qui
sont sous-tendues par des réglementations strictes visant en
premier lieu la protection du malade et, dans un second temps,
l’apport d’un réel bénéfice pour la société.La World Medical
Association Declaration d’Helsinki, adoptée en 1964 [2] et
régulièrement mise à jour [3], considère que l’approbation
préalable par un comité d’éthique et l’obtention du consentement
éclairé des patients participant à la recherche sont les pierres
angulaires de l’éthique de la recherche clinique. Cependant,
certains auteurs ne respectent pas ces critères éthiques
fondamentaux [4-6]. Les ECR sont réalisés de plus en plus souvent
de façon multicentrique, multinationale, sous l’égide d’un ou de
plusieurs groupes coopérateurs. Le but de cette étude est
d’analyser l’influence des GC sur la QE et la QM des essais de
phase III en cancérologie.
Résultats
Deux cent cinquante-neuf ECR de cancérologie ont été publiés au
sein des dix revues étudiées, dont 28 étaient des publications
itératives. Pendant la période étudiée, 3 ECR étaient publiés
par le British Medical Journal et le JAMA ; il s’agissait de
publications itératives exclues de la présente étude. Les
231 ECR restants représentaient le groupe analysé dans cette
étude : 11 étaient publiés par le European Journal of
Cancer, 20 par le New England Journal of Medicine (NEJM),
19 par le British Journal of Cancer, 23 par le Lancet,
23 par Annals of Oncology, 3 par Clinical Cancer
Research, 6 par Lung Cancer et 126 par le Journal of
Clinical Oncology. Cent quarante ECR (60,6 %) étaient réalisés
sous l’égide d’un groupe coopérateur (GC), 16 sous l’égide de
l’EORTC, 32 sous l’égide d’un GC du NCI, 92 sous l’égide
d’un autre GC.
Le score global de qualité méthodologique (score de Jadad)
variait entre 6 et 13, la moyenne des scores globaux était de
9,86 ± 1,11. Pour 75 (32,5 %) ECR, la méthodologie était
mauvaise (score inférieur ou égal à 9) et 55 essais obtenaient
le score maximal possible (13 ou 11 points). Il n’était
pas mis en évidence d’amélioration de la QM lorsque les ECR étaient
réalisés sous l’égide d’un GC. Le score méthodologique (Jadad)
était de 9,9 ± 1,15 pour les ECR-GC (+) et de 9,8 ±
1,28 pour les ECR-GC (-) (p = 0,7).
Quatre-vingt-dix-huit ECR-GC (+) (70 %) et 58 ECR-GC (-)
(64 %) obtenaient un score de QM supérieur à 9
(p = 0,32).
Le score global de la qualité éthique variait de 0,11 à
0,77. La moyenne des scores globaux était de 0,42 ± 0,13. Il
n’était pas mis en évidence d’amélioration de la QE lorsque les ECR
étaient réalisés sous l’égide d’un GC. Le score éthique (Berdeu)
était de 0,43 ± 0,14 pour les ECR-GC (+) et de 0,40 ±
0,11 pour les ECR-GC (-) (p = 0,08).
L’analyse critère par critère (tableau 1)( Tableau 1 ) montrait que les critères les
mieux respectés (plus de 60 %) étaient les critères 1, 2,
4 et 7.
L’approbation par un comité d’éthique était précisée pour 154
(66,6 %) ECR et l’obtention du consentement éclairé des
patients était précisée pour 201 (90,9 %) ECR.
La réalisation d’une analyse intermédiaire, l’existence de
règles d’arrêt précoce et la surveillance de l’essai par un comité
indépendant étaient plus fréquentes pour les ECR-CG (+) et étaient
respectivement de 37,8 versus 15,4 %, 20,7 versus 8,8 %,
19,3 versus 6,6 % (tableau 1).
L’analyse de variance Anova ne mettait pas en évidence
d’amélioration de la QE et de la QM lorsque les ECR réalisés sous
l’égide de l’EORTC, d’un GC du NCI ou d’un autre GC étaient
comparés (tableau 2)( Tableau 2 ).
Le mode de financement des ECR était consigné sur le
tableau 3 :( Tableau 3 )
37,4 % des ECR-GC (-) et 28,6 % des ECR-GC (+) étaient
financés par l’industrie (p = 0,16).
Tableau 1 Analyse éthique critère par critère
selon la grille d’analyse éthique de Berdeu et al. [20]
|
Critères
|
Groupe coopérateur
|
|
Oui (n = 140)
|
Non (n = 91)
|
p
|
|
1
|
Recueil consentement éclairé
|
129 (92,1 %)
|
81 (89 %)
|
0,42
|
|
2
|
Soumission comité éthique
|
88 (62,8 %)
|
66 (72,5 %)
|
0,12
|
|
3
|
Évaluation au préalable du rapport bénéfice/risque individuel et
collectif
|
2 (1,4 %)
|
3 (3,3 %)
|
0,34
|
|
4
|
Respect de la clause d’équivalence a priori
|
140 (100 %)
|
91 (100 %)
|
–
|
|
5
|
Taux de refus de consentements
|
3 (2 %)
|
6 (6,6 %)
|
0,08
|
|
6
|
Justification éthique de l’emploi d’un placebo*
|
0
|
1 (8,3%)
|
0,5
|
|
7
|
Critères d’exclusion abusifs ou non justifiés
|
140 (10 %)
|
1 (1 %)
|
–
|
|
8
|
Analyses intermédiaires prévues
|
53 (37,8 %)
|
14 (15,4 %)
|
0,0002
|
|
9
|
Existence de règles d’arrêt précoce
|
29 (20,7 %)
|
8 (8,8 %)
|
0,01
|
|
10
|
Existence d’un comité indépendant de surveillance de l’essai
|
27 (19,3 %)
|
6 (6,6 %)
|
0,007
|
*Seulement 24 articles étaient décrits comme en
double aveugle.
Tableau 2 Comparaison de la qualité éthique (QE)
et de la qualité méthodologique (QM) en fonction des différents
groupes coopératifs (GC)
|
Essai contrôlé randomisé
|
Qualité éthique
|
Qualité méthodologique
|
|
(moyenne ± écart-type)
|
|
EORTC (n = 16)
|
0,43 ± 0,16
|
10,06 ± 1,08
|
|
GC (NCI) (n = 32)
|
0,46 ± 0,14
|
10,03 ± 1,03
|
|
GC (autre) (n = 92)
|
0,42 ± 0,13
|
9,89 ± 1,23
|
|
GC (-) (n = 91)
|
0,40 ± 0,11
|
9,88 ± 1,26
|
Tableau 3 Comparaison du mode de financement pour
les essais contrôlés randomisés réalisés, ECR-GC (+), ou non,
ECR-GC (-), sous l’égide d’un groupe coopératif (GC)
|
Financement
|
ECR-GC (+)
|
ECR-GC (-)
|
p
|
|
(n = 140)
|
(n = 91)
|
|
Public
|
56 (40 %)
|
29 (31,9 %)
|
0,21
|
|
Public et industrie
|
13 (9,3 %)
|
5 (5,5 %)
|
0,29
|
|
Industrie
|
27 (19,3 %)
|
29 (31,9 %)
|
0,03
|
|
Non précisé
|
44 (31,4 %)
|
28 (30,7 %)
|
0,9
|
Discussion
La science nécessite, beaucoup plus que dans d’autres domaines, un
vocabulaire précis et clair pour la description des travaux
réalisés ainsi que pour leurs résultats. De plus, pour avancer,
elle a besoin que soient rapportées toutes les expériences et
études conduites et également la manière dont elles ont été menées.
Cette étude a été limitée au champ des ECR de phase III en
cancérologie. Ce choix avait pour but la création d’un groupe
homogène de documents et de pathologies permettant une analyse
standardisée. Les ECR publiés dans dix revues internationales ont
été pris en compte ; ce choix restrictif a été guidé par la
qualité reconnue des quatre revues médicales et par la
représentativité du « monde » de la cancérologie (douze
sociétés savantes internationales) pour les six revues d’oncologie.
Ce choix arbitraire peut avoir introduit un biais responsable d’une
surestimation de la qualité des ECR analysés dans l’étude. Les
articles ont été photocopiés sans que les copies aient été rendues
anonymes. En effet, deux études [7, 8] ont montré que
l’anonymisation ou non des articles ne modifiait pas les scores
obtenus lors de leur évaluation méthodologique.
La QM est la première exigence éthique à laquelle doivent
répondre les ECR [1]. De nombreuses échelles d’évaluation de
qualité méthodologique ont été publiées [1] ; nous avons
choisi celle de Jadad [9] car, à notre connaissance, il s’agit de
la seule grille ayant été développée avec une méthodologie
rigoureuse. Cette grille a été développée et validée pour évaluer
des ECR dans le traitement de la douleur ; elle a largement
été utilisée et validée dans d’autres type d’ECR [7].
L’une des critiques que l’on peut faire à l’analyse des
publications par grilles réside dans le fait que l’on est obligé de
s’en tenir à ce qui est rapporté par les auteurs qui ont pu être
amenés à censurer leur manuscrit pour respecter les consignes
rédactionnelles des éditeurs. Toutefois, le lecteur et la
communauté médicale ne disposent que des éléments publiés et
l’auteur doit leur fournir les moyens de se faire une opinion
objective.
De nombreuses études ont mis en évidence les faiblesses
méthodologiques des ECR publiés. Par exemple, seulement 27 %
de 45 ECR publiés en 1985 dans trois revues médicales avaient
défini un critère d’évaluation [10] et le nombre de patients
nécessaires n’était calculé que parmi 43 % de 47 ECR avec
résultats négatifs publiés en 1990 [11]. Certains essais rapportent
aussi des résultats erronés : parmi 119 ECR rapportant
des résultats en intention de traiter, 15 (13 %) avaient exclu
certains patients ou les avaient changés de groupe [12]. Parmi
206 ECR de gynécologie-obstétrique décrits comme étant
randomisés, 5 % ne l’étaient pas [13]. Des ECR de qualité
méthodologique insuffisante ou rapportés de façon inadéquate
peuvent être responsables de manquements dans la prise en charge de
décisions sur le plan individuel mais aussi au niveau des
politiques nationales de santé publique. Dans cette étude,
seulement 67,5 % (156/231) des ECR avaient une qualité
méthodologique satisfaisante. Cette proportion a pu être surestimée
en raison du choix des périodiques où ont été sélectionnés les
essais ; cependant, seulement 55 ECR (23,8 %)
avaient obtenu le score maximal vers lequel devraient tendre tous
les ECR.
L’autre critique que l’on peut faire est que les grilles
d’analyse méthodologique s’appliquent a posteriori et n’ont de ce
fait que peu d’utilité et d’impact dans l’amélioration des
publications. Certaines études [14-16] ont mis en évidence une
absence de l’amélioration de la qualité méthodologique des ECR au
cours du temps. Devant ce constat alarmant, un groupe de
scientifiques et de rédacteurs de revues ont développé le Consort
(consolidated standards of reporting trials) dans le but
d’améliorer la qualité des publications des ECR [17]. Le Consort
n’a pas comme but final l’évaluation des articles mais
l’amélioration de la qualité des publications en apportant une
aide, une trame, aux auteurs ayant à rédiger la publication d’un
ECR.
Une analyse de l’effet du Consort [18] sur la qualité
méthodologique des ECR a été menée sur des ECR publiés en 1994
(avant publication du Consort) et en 1998 au sein de quatre
revues : trois ont adopté et soutenu le Consort (British
Medical Journal, Lancet, JAMA) et le New England Journal of
Medicine ne l’a pas adopté. Le nombre d’éléments dont la présence
était recommandée par le Consort était rapporté plus fréquemment en
1998 qu’en 1994 au sein des quatre revues, mais il existait une
différence significative en défaveur du New England Journal of
Medicine. La qualité méthodologique (score de Jadad) était
améliorée pour les articles parus dans les quatre revues, mais il
existait ici aussi une différence significative en défaveur du New
England Journal of Medicine. Cette étude confirme l’efficacité de
la méthode, mais aussi que les « cliniciens-chercheurs »
prennent conscience de la nécessité d’améliorer la qualité
méthodologique de leurs essais, aussi bien dans la conception et la
réalisation que dans la publication des résultats. Le score éthique
global calculé pour les 231 ECR de l’étude était assez
décevant : 0,420 ± 0,133. Dans cette étude, l’obtention
du consentement des patients n’est pas mentionnée pour 21
(9,1 %) des ECR étudiés et l’accord préalable d’un comité
d’éthique n’est pas mentionné pour 77 (33,3 %) des ECR. Treize
(5,6%) ECR ne mentionnaient ni l’obtention du consentement des
patients, ni l’accord préalable d’un comité d’éthique. Ruiz-Canela
et al. [5] rapportent, dans une étude portant sur 767 ECR
publiés entre 1993 et 1995 (New England Journal of Medicine,
Lancet, British Medical Journal, JAMA), que 18,9 %
(n = 145) de ces ECR ne mentionnaient pas le recueil des
consentements éclairés, 29,2 % (n = 224) ne
mentionnaient pas l’accord préalable d’un comité d’éthique et
12,9 % (n = 99) ne mentionnaient ni l’un ni
l’autre.
Un questionnaire a été adressé aux auteurs dans le but de
vérifier si les critères omis dans la publication originale avaient
été ou non effectivement remplis. Sur 70 % environ de
questionnaires retournés, 22,4 % des auteurs n’avaient pas
demandé l’accord préalable d’un comité d’éthique et 20,6 %
n’avaient pas recueilli le consentement éclairé. Les études menées
par Ruiz-Canela [5, 6] sont accablantes, montrant que plus de
60 % (468/767) des auteurs ne respectent pas les critères
éthiques fondamentaux ; ce pourcentage se réduit à 21,7 %
(58/267) lorsque l’on ne prend en compte que les auteurs ayant
retourné le questionnaire. Cependant, le fait de ne pas mentionner
les critères éthiques réglementaires (même s’ils ont été
recueillis) montre le manque d’intérêt de ces auteurs pour l’aspect
éthique des ECR [4]. Il est encore plus surprenant de constater que
ces articles ont été acceptés pour publication dans des revues
prestigieuses alors que les auteurs ne respectaient ni les
personnes ayant participé aux ECR ni les recommandations de la
déclaration d’Helsinki [2, 3].
L’analyse critère par critère montrait que les ECR ne
satisfaisaient régulièrement (plus de 60 %) que les critères
1, 2, 4 et 7. Des analyses intermédiaires et des règles
d’arrêt précoce n’étaient respectivement prévues que dans 29
(37,8 % ECR-GC+, 15,4 % ECR-GC-) et 16 %
(20,7 % ECR-GC+, 8,8 % ECR-GC-) des ECR de cette étude
alors que les patients étaient soumis à des traitements lourds à
toxicité importante.
Dans une précédente étude [19], nous avons mis en évidence que
la qualité éthique s’améliorait avec le temps et n’était pas reliée
à la revue dans laquelle l’ECR était publié ni au nombre de
patients inclus. Ces résultats sont rassurants car ils démontrent
que les ECR avec un nombre limité de patients ont la même QE que
les essais incluant un grand nombre de patients. Comme Berdeu [19,
20], nous n’avons pas mis en évidence de relation entre la QE et la
QM : les ECR ayant une bonne QM ne prêtent pas plus attention
à l’aspect éthique que ceux ayant une mauvaise QM. Malheureusement,
les lecteurs ne peuvent pas considérer ces études ayant une bonne
méthodologie comme des modèles et des exemples de
« bonne » recherche. Lors de l’analyse multivariée, aucun
facteur indépendant n’a pu être mis en évidence : ce résultat
suggère que la qualité éthique d’une publication dépend
essentiellement de l’intérêt qu’ont les concepteurs d’un essai
vis-à-vis de la protection des personnes qu’ils soumettent à la
recherche clinique.
En cancérologie, les progrès thérapeutiques se font pas à pas.
Pour mettre en évidence ces progrès modestes, les ECR doivent être
nombreux et inclure de plus en plus de patients [21]. Ils sont de
plus en plus souvent réalisés de façon multicentrique,
multinationale sous l’égide de GC. En 1955, aux États-Unis, le
National Cancer Institute (NCI) organisait le Clinical trials
cooperative group program qui compte actuellement 12 GC [22].
En 1962, le Groupe européen de chimiothérapie anticancéreuse était
fondé en Belgique pour devenir l’EORTC en 1968. Les objectifs de
ces groupes sont de conduire, développer, coordonner et stimuler
les laboratoires et la recherche clinique afin d’améliorer le
niveau de traitement du cancer (amélioration de la survie et de la
qualité de vie). Les GC ont un rôle prépondérant à jouer dans la
protection des personnes participant à la recherche clinique
puisqu’ils organisent les ECR de la conception du protocole à la
publication. Leurs moyens sont supérieurs à ceux disponibles dans
les centres « isolés » et cela devrait se traduire par
une QM supérieure ; or, dans cette étude, nous n’avons pas mis
en évidence de différence de la QM et de la QE des ECR-GC (+)
comparés à celles des ECR-GC (-). Les ECR réalisés sous l’égide des
GC du NCI et de l’EORTC avaient une QM et une QE supérieures aux
autres ECR sans toutefois que la différence soit significative.
Des analyses intermédiaires et la prévision de règles d’arrêt
précoce étaient plus fréquentes pour les ECR-GC (+) mais seulement
dans 37,8 et 20,7 % des cas. Il semble difficilement
admissible [23] aujourd’hui de soumettre des patients à des
traitements lourds sans prévoir de regarder les résultats avant la
fin de l’essai, surtout pour les événements indésirables
graves.
Les ECR-GC (+) sont plus fréquemment soutenus par des fonds
publics que les ECR-GC (-) sans que cette différence soit
significative (p = 0,21) ; une étude menée sur un
plus grand nombre d’ECR aurait peut-être permis de montrer une
différence significative. Les ECR-GC (-) étaient plus souvent
soutenus par l’industrie que les ECR-GC (+) (31,9 versus 19,3%).
Aux États-Unis, le financement public des GC (NCI) est de
90 millions de dollars [22] ; le soutien public diminue
chaque année et ces 90 millions représentent 50 % des
fonds nécessaires au fonctionnement des GC [24].
Si les GC veulent garder une place prépondérante dans la
recherche clinique en cancérologie, ils doivent développer un
partenariat avec l’industrie afin de poursuivre leurs activités
tout en restant indépendants dans la conception, la réalisation,
l’analyse des résultats ainsi que dans la diffusion et la
publication de ces résultats.
Une étude récente portant sur 510 ECR de phase III
présentés à l’ASCO sous forme de résumés [25] montrait que
26 % des ECR n’était pas publiés sous forme d’article. Les ECR
aux résultats positifs étaient plus souvent publiés que les ECR
négatifs (88 versus 68 %, p < 0,001). Les études
soutenues par l’industrie étaient plus rapidement publiées que
celles réalisées sous l’égide d’un GC [25].
L’amélioration de la qualité éthique des ECR est une nécessité,
le respect et la protection des personnes devant être une
préoccupation omniprésente. Des actions peuvent être menées tout au
long de la vie d’un essai, c’est-à-dire de sa conception à sa
publication. La formation des cliniciens-chercheurs se fait bien
souvent « sur le tas » alors que la sensibilisation et la
réflexion sur les problèmes posés par l’expérimentation sur l’homme
devraient faire partie de la formation initiale et continue de
toute personne étant en relation avec la recherche (du chercheur au
lecteur). En 1997, une enquête réalisée auprès des oncologues
médicaux français soulignait la nécessité d’une meilleure formation
des médecins à la recherche clinique [26].
Les GC doivent avoir la compétence et les moyens de contrôler
les essais du protocole à la publication, en s’assurant que
l’équipe de chercheurs est qualifiée pour mener à bien le projet,
que la qualité méthodologique est correcte, que le but de la
recherche est valide, que la personne se prêtant à la recherche est
protégée et, enfin, que l’étude sera utile à la communauté par sa
diffusion. Cela nécessite des moyens humains et financiers
importants. Krzyzanowska et al. [25] estiment que, entre 1989 et
1998, 47 000 patients porteurs de cancer ont été inclus
dans des études de phase III sans que les résultats aient été
publiés. Il semble inacceptable de réaliser des essais sur des
êtres vivants si ces résultats ne permettent pas une conclusion en
raison de problème méthodologique, de manque de moyen ou si les
résultats ne sont pas publiés. La non-publication viole les accords
implicites contractés entre le promoteur, les patients et le comité
de protection des personnes ayant approuvé l’étude. La
non-publication des résultats peut être considérée comme une
mauvaise conduite scientifique [27] dont les conséquences peuvent
être graves. Un exemple des conséquences du biais de publication a
été rapporté en 1993 [28]. Les anti-arythmiques étaient prescrits
après infarctus du myocarde afin de prévenir le décès par
extra-systoles ventriculaires (ESV) car il avait été démontré que
ces médicaments diminuaient le nombre d’ESV. En 1991, l’essai CAST
[29] mettait en évidence une mortalité de 9 % avec un
traitement contre 4 % sans traitement. Ces prescriptions
auraient été responsables aux États-Unis d’autant de décès que les
guerres de Corée et du Vietnam réunies [30]. Cette surmortalité
aurait pu être évitée car, en 1980, un essai non publié avait déjà
observé une augmentation de la mortalité [28] lorsque les patients
étaient traités par un anti-arythmique.
Les éditeurs de revues médicales ont également un rôle capital,
en exigeant des garanties en ce qui concerne les précautions prises
pour la protection des patients inclus dans les ECR. Certaines
revues ont inclus dans leurs « recommandations aux
auteurs » la nécessité d’un paragraphe consacré aux aspects
éthiques. Cette pratique devrait être généralisée.
Conclusion
Les essais randomisés de phase III en cancérologie qui ont été
analysés avaient une qualité méthodologique satisfaisante dans
67,5 % des cas. Leur qualité éthique était décevante avec
environ 30 % des auteurs qui ne respectaient pas les critères
fondamentaux (consentement éclairé et accord préalable d’un comité
d’éthique). La QM et la QE n’étaient pas supérieures pour les
ECR-GC (+).
Des actions de formation et de sensibilisation des chercheurs
sont nécessaires, de même que le renforcement de la
« surveillance » des essais. Les GC ont un rôle
prépondérant car ils ont la faculté de gérer toute la vie d’un
essai ; les éditeurs de revues médicales sont également
impliqués dans cette démarche de qualité éthique et leur niveau de
vigilance doit être revu à la hausse.
Les publications scientifiques ont le devoir de contribuer à la
diffusion et à l’application des principes éthiques. De la même
manière que, aujourd’hui, il est admis qu’une étude soit refusée
pour des insuffisances méthodologiques, il faudra admettre qu’une
publication le soit également pour des insuffisances éthiques. La
déclaration d’Helsinki [3] donne un rôle prépondérant aux éditeurs
de revues médicales qui doivent refuser de publier des études
n’étant pas en accord avec les éléments de la déclaration.
Dans un ECR, oublier d’obtenir ou de rapporter l’obtention du
consentement des patients ou l’approbation du protocole par un
comité d’éthique suggère que les auteurs considèrent ces étapes
comme des détails sans importance sinon des obstacles à leur
recherche. Cela est une idée fausse car le but de la recherche est
de servir les personnes et non de les utiliser.
L’association entre une méthodologie correcte et le respect des
principes éthiques doit refléter de façon correcte le respect qui a
entouré le patient tout au long du processus de recherche.
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