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Rb et instabilité chromosomique


Bulletin du Cancer. Volume 91, Numéro 10, 744-6, Octobre 2004, Brève



Auteur(s) : Gilles L’Allemain , .

Mots-clés : instabilité chromosomique, aneuploïdie, Rb, E2F, Mad2

ARTICLE

Auteur(s) :, Gilles L’Allemain

L’aneuploïdie, ou altération du nombre de chromosomes, est une caractéristique des cellules cancéreuses souvent détectée dans les stades tardifs de la maladie [1], sans que l’on sache si l’instabilité chromosomique qui lui donne naissance est une cause majeure ou une simple conséquence de l’état avancé de cancérisation. Un axe naturel de recherche porte sur la famille des gènes contrôlant directement la mitose (mitotic checkpoint genes) au niveau de la mise en place et de la dépolymérisation du fuseau mitotique. En effet, en réponse à un manque de tension du fuseau ou à un attachement incorrect des microtubules aux kinétochores, ce groupe de protéines comprenant Bub1, Bub3, Mad2 et Mps1 [2] induit alors un signal inhibiteur du cyclosome (anaphase promoting complex ou APC) qui ne peut plus ensuite procéder correctement à la séparation des chromatides sœurs et à la cytokinèse. Ce rôle crucial de surveillance n’explique d’ailleurs pas le faible taux de mutations enregistré dans les tumeurs sur ces gènes alors que l’inactivation de cette famille par des poisons mitotiques provoque l’aneuploïdie.À présent, des groupes de New York indiquent [3] que Mad2, l’un des membres de cette famille de gènes-contrôles de la mitose, est induit par l’oncoprotéine virale E1A déjà connue pour perturber l’interaction entre le facteur de transcription E2F1 et Rb, interaction qui régule en situation normale le bon déroulement du cyle cellulaire [4]. Ici [3], les souris Rb-/- (doublement invalidées pour le gène Rb) présentent plus de protéine Mad2 que les souris témoins. Une série d’expériences réalisées soit in vitro (comme l’immunoprécipitation sur chromatine), soit dans les cellules (comme l’expression sensible à E2F du promoteur du gène Mad2), suggère même fortement que Mad2 est une cible du facteur E2F. La distribution de Mad2 au cours du cycle cellulaire (absence en phase de quiescence, présence en phase S de réplication de l’ADN puis maximum à la transition G2/M) indique sa spécificité pour la mise en place de la mitose. Cette répartition modulée n’est retrouvée que dans les cellules cancéreuses où la protéine Rb est fonctionnelle alors que Mad2 est tout le temps présente dans les lignées/tumeurs où Rb est inactivée : il semble donc que la présence d’un complexe Rb/E2F actif régule l’expression de Mad2.Suite à l’analyse sur micropuce d’une série de 106 neuroblastomes, les auteurs notent une étroite corrélation entre les niveaux d’ARN messager de Mad2, E2F1 et N-Myc, la forme neurale du proto-oncogène Myc. L’étude précise de cette série exhaustive indique même que Mad2 serait un meilleur facteur pronostique que N-myc dont le taux d’amplification servait jusqu’ici de référence.Deux analyses en cytométrie de flux et en hybridation in situ (FISH) indiquent ensuite clairement qu’en exprimant soit l’oncoprotéine E1A, soit Mad2, soit des ARN interférants [5] spécifiques de Rb, les trois types de cellules obtenues exhibent un contenu en ADN supérieur à 4c et un nombre aberrant de chromosomes. Le comptage des chromosomes en métaphase confirme que ces cellules sont fréquemment aneuploïdes et indiquent l’absence d’amplification des centrosomes, ce qui permet aux auteurs d’écarter le rôle de la cycline E dans ce processus.Une remarquable technique de vidéomicroscopie par fluorescence [3] leur indique de plus que, sur ces mêmes cellules, le ralentissement de la mitose intervient au double niveau de la ségrégation des chromosomes et de la cytokinèse, résultat que les auteurs corrèlent parfaitement avec le retard dans la dégradation, par le cyclosome/APC, de protéines-clés dans ces deux processus, respectivement la sécurine et la cycline B.Les auteurs raisonnent ensuite [3] que si Mad2 est vraiment une molécule-clé dans l’instabilité chromosomique, alors en réduisant ses niveaux, le taux de cellules aneuploïdes doit s’effondrer ; c’est effectivement ce qu’ils observent en prétraitant les cellules avec des ARN interférant avec Mad2.Cette étude [3] démontre ainsi que la dérégulation de la voie E2F/Rb produit une surexpression du point de contrôle Mad2 à l’origine de fortes perturbations de la mitose, avec en final, création de l’aneuploïdie cellulaire. Ce rôle particulier de la surexpression de Mad2, gène de contrôle du fuseau normalement induit lors de la mitose, peut expliquer la faible fréquence dans les cancers de mutations perte-de-fonction affectant cette famille de gènes.Enfin, le fait que l’instabilité chromosomique puisse être induite à différents niveaux (ici, l’inactivation de la voie Rb-E2F) suggère qu’elle ne constitue pas une condition sine qua non, plutôt une conséquence certes fréquente mais non obligatoire du processus de cancérisation.

Références

1 Jallepalli PV, Lengauer C. Chromosome segregation and cancer: cutting through the mystery. Nature Rev Cancer 2001 ; 1 : 109-1107.

2 Hernando E, et al. Molecular analyses of the mitotic checkpoint components hsMAD2, hBUB1 and hBUB3 in human cancer. Int J Cancer 2001 ; 95 : 223-7.

3 Hernando E, Nahlé Z, Juan G, Diaz-Rodriguez E, Alaminos M, Hemann M, et al. Rb inactivation promotes genomic instability by uncoupling cell cycle progression from mitotic control. Nature 2004 ; 430 : 797-802.

4 Sage J. La famille du gène RB et le contrôle du cycle cellulaire. Bull Cancer 2001 ; 88 : 541-3.

5 Aït-Si-Ali S, Guasconi V, Harel-Bellan A. L’interférence à ARN et ses applications possibles dans le cancer. Bull Cancer 2004 ; 91 : 15-8.


 

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