ARTICLE
Auteur(s) : Gilles Freiss1, Guillaume
Bompard2,
Françoise Vignon1
1 Inserm U540, Endocrinologie moléculaire et
cellulaire des cancers, 60, rue de Navacelles,
34090 Montpellier
2 Adresse actuelle : School of Biosciences
University of Birmingham Edgbaston Birmingham, B15 2TT, Grande
Bretagne
Article reçu le 9 décembre 2003, accepté le 11 février
2004
Alors que les protéines phosphorylées en tyrosine ne
représentent que 1 % de la totalité des protéines
phosphorylées dans les cellules eucaryotes, de nombreux stimuli
extracellulaires (cytokines, facteurs de croissance, hormones,
composants de la matrice extracellulaire, molécules d’adhésion) et
certains oncogènes transmettent leurs informations par des voies de
signalisation mettant en jeu dans la cellule des phosphorylations
sur des résidus tyrosine. Les voies de régulation impliquant ces
phosphorylations affectent la croissance et la mort cellulaire, la
transformation et la différenciation ainsi que la mobilité et
l’invasion. Toute dérégulation du mécanisme de modulation de cette
signalisation intracellulaire peut donc entraîner des défauts
graves de croissance ou de différenciation conduisant à différentes
pathologies, en particulier au développement de tumeurs
cancéreuses.
La régulation de la phosphorylation en tyrosine est assurée par
l’équilibre des actions des protéines tyrosine kinases (PTK) et des
protéines tyrosine phosphatases (PTP) [1]. Lorsqu’on compare des
tumeurs cancéreuses mammaires au tissu mammaire normal, on observe
une forte augmentation des phosphorylations en tyrosine,
accompagnée d’une augmentation de l’activité PTK globale [2] mais
aussi, de manière plus inattendue, d’une augmentation de l’activité
PTP totale [3]. Même si la première hypothèse d’un effet inhibiteur
systématique des PTP sur la croissance et la transformation
cellulaire apparaît maintenant bien trop simpliste, on ne peut pas
a contrario conclure, de l’observation de l’augmentation
d’activité PTP dans les cancers du sein, que les PTP dans leur
ensemble pourraient jouer un rôle positif sur la croissance, la
survie ou la transformation des cellules cancéreuses mammaires. En
effet, s’il existe des exemples d’effet positif de PTP sur des
voies de signalisation, telles que PTPα et CD45, qui activent
respectivement Src [4] et Lck[5], deux PTK inactivées par
phosphorylation de tyrosines inhibitrices [6], ou SHP2 qui est
nécessaire à la transmission du signal du PDGF [7], il y a aussi un
nombre croissant d’exemples de PTP contrecarrant l’effet de PTK
telles PTP1B qui provoque la déphosphorylation et l’inactivation du
récepteur de l’insuline [8], TCPTP qui déphosphoryle le récepteur
EGF [9], SHP1 qui déphosphoryle JAK2 couplé à l’IL3 récepteur et à
l’Epo récepteur [10] et les MKP1-6 responsables de la
désactivation de certaines MAPK [11]. Dans les cancers du sein, on
a également identifié des PTP associées à une inhibition de la
prolifération de cellules cancéreuses mammaires, comme SHP1 qui est
nécessaire à l’inhibition de la croissance cellulaire par la
somatostatine [12] et DEP1 qui inhibe la croissance cellulaire [13]
et déphosphoryle la PTK Met [14].
Nous nous sommes intéressés aux PTP en essayant de décrypter les
mécanismes responsables de l’inhibition de la prolifération des
cellules cancéreuses mammaires qui est régulée par de multiples
stimuli extracellulaires dont les plus importants sont les
œstrogènes et les facteurs de croissance qui agissent en étroite
interaction [15]. Nous sommes partis de l’observation initiale de
l’inhibition par des anti-œstrogènes, tels que le tamoxifène (Tam)
et son métabolite naturel le 4 hydroxy-tamoxifène (OH-Tam), de
l’effet prolifératif des facteurs de croissance EGF et IGFI dont
les récepteurs ont une activité PTK [16]. Dans les cellules
cancéreuses mammaires MCF7, cet effet antiprolifératif est associé
à un doublement de l’activité PTP membranaire ; la possibilité
d’annuler cet effet des anti-œstrogènes par addition d’un
inhibiteur des PTP (orthovanadate) souligne le rôle clé joué par
ces enzymes dans l’effet anti-facteur de croissance [15, 17]. Par
criblage différentiel, nous avons identifié l’ADNc correspondant à
une phosphatase régulée par les anti-œstrogènes. Il s’agit d’une
PTP associée à la membrane que nous appellerons PTPL1
[18].
Cette revue est centrée sur la protéine tyrosine phosphatase,
PTPL1, nous faisons une synthèse des données de la littérature à
son sujet et nous présentons nos résultats sur son rôle dans les
cancers du sein qui ont mis en évidence son intérêt pronostique et
thérapeutique potentiel.
PTPL1, PTP-BAS, hPTP1e et FAP1, quatre noms pour une même
enzyme
En 1994, trois groupes différents ont cloné cette enzyme à
partir de cellules d’origines diverses et par deux méthodes
utilisant la forte homologie existant entre les domaines
catalytiques des PTP. Par criblage, à faible stringence, d’une
banque d’ADNc peu représentés de cellules cancéreuses mammaires
ZR75-1, avec une sonde correspondant au domaine catalytique de la
PTP transmembranaire LAR, Banville et al. [19] ont cloné une
PTP qu’ils ont nommé hPTP1e. Une même approche PCR, utilisant des
amorces dégénérées correspondant aux régions les plus conservées
des domaines catalytiques des PTP, a permis à Maekawa et al.
[20] et à Saras et al. [21] de cloner respectivement PTP-BAS
à partir d’ADNc de basophiles humains et PTPL1 à partir d’ADNc de
la lignée cellulaire U343 de gliome humain. En 1995, Sato et
al. [22] ont isolé par double hybride l’ADNc partiel d’une PTP
capable d’interagir avec le récepteur de mort cellulaire Fas,
identique aux trois phosphatases décrites l’année précédente et
qu’ils ont nommée FAP1, pour Fas associated
phosphatase-1.
Il s’agit de la plus grande PTP cytoplasmique avec un poids
moléculaire de 250 kDa et un ARNm de 8,5 kb (figure 1). Son gène,
récemment séquencé dans le projet de séquençage du génome humain,
est composé de 47 exons répartis sur 220 kb. Il est situé
sur le chromosome 4 en q21.3, région fréquemment délétée dans les
cancers de l’ovaire et du foie, suggérant que PTPL1 pourrait être
un gène suppresseur de tumeur potentiel [23].
En plus de son domaine catalytique, PTPL1 présente deux types de
domaines structuraux caractéristiques :
– un domaine FERM (four point-1 protein, ezrin, radixin,
moesin) dans sa partie N-terminale. Les domaines FERM sont
composés d’environ 300 aa et sont retrouvés dans un nombre
relativement important de protéines. Initialement identifiés au
sein de protéines cytosquelettiques comme la protéine
érythrocytaire bande 4.1, l’ezrine, la radixine, la moésine, le
suppresseur de tumeur, merline, et la taline, les domaines FERM
sont également présents dans un certain nombre de PTP et de PTK
telles que PTPMEG, PTPH1, JAK (Janus kinase) et FAK
(focal adhesion kinase) ;
– cinq domaines PDZ (PSD-95, DlgA, ZO-1) dans sa partie centrale.
Les domaines PDZ sont de courtes séquences (environ 90 aa)
responsables d’interactions protéine-protéine, car capables de
fixer certains résidus spécifiques C-terminaux de protéines
transmembranaires [24] mais également des domaines PDZ [25], des
domaines LIM [26] et des répétitions d’ankyrines [27].
Expression tissulaire de PTPL1
Dès 1994, les trois groupes qui ont cloné PTLP1 ont étudié
l’expression tissulaire de son ARNm. PTPL1 est principalement
exprimée dans les tissus épithéliaux, majoritairement le rein et
les poumons, mais également les ovaires, le cerveau, les
testicules, la prostate et le placenta [19-21]. L’étude de son
expression tissulaire se heurte à l’absence d’anticorps de bonne
qualité. Une seule étude a été réalisée avec un anticorps
commercial dont la spécificité est discutée [28]. Elle confirme la
forte expression de PTPL1 au niveau du rein, du cerveau, du
testicule et de la prostate ; par contre, elle montre une
forte expression au niveau de l’intestin grêle et du foie qui
n’expriment pas l’ARNm. Il existe actuellement peu de données
concernant l’expression de PTPL1 dans le tissu mammaire normal mais
nos résultats relèvent une faible expression de l’ARNm et de
l’enzyme dans les lignées de cellules cancéreuses mammaires
contenant (MCF7, T-47D) ou non (MDA-MB-231) des récepteurs aux
œstrogènes.
Protéines interagissant avec les domaines PDZ et fonctions de
l’enzyme
PTPL1 présente cinq domaines PDZ d’interaction protéine-protéine
suggérant de nombreuses possibilités de partenaires protéiques et
donc un rôle de protéine cargo en addition ou en coordination avec
son activité enzymatique. La technique de double hybride a permis à
plusieurs groupes de mettre en évidence l’interaction de diverses
protéines avec ses domaines PDZ (figure 1).
Deux fonctions de PTPL1 ont été suggérées par la démonstration de
son interaction avec l’éphrine B et le récepteur de mort Fas.
L’interaction entre son deuxième domaine PDZ et l’extrémité
C-terminale de Fas est la plus étudiée. En effet, Saras et
al. [29] ont défini les trois acides aminés de Fas nécessaires
à cette interaction (SLV). Par ailleurs, Sato et al. [22] et
Ivanov et al. [30] ont montré que la surexpression de PTPL1
peut (dans les cellules Jurkat ainsi que dans des cellules de
mélanome humain et des fibroblastes embryonnaires humains) inhiber
l’apoptose induite par le ligand de Fas en perturbant la
localisation du récepteur de mort cellulaire. Cependant, Cuppen
et al. [31] ont conclu à l’absence d’une telle interaction
entre PTP-BL (pour PTP bas like, homologue murin de PTPL1)
et Fas murin, qui ne présente pas la séquence C-terminale SLV,
indiquant que cette fonction de PTPL1 n’est pas conservée au cours
de l’évolution. Le même groupe a également montré que, dans les
cellules WR19L (cellule de lymphome), la sensibilité au ligand de
Fas induite par surexpression de Fas humain ne peut être inhibée
par surexpression de PTPL1, indiquant ainsi que cette fonction
potentielle de PTPL1 est non seulement spécifique d’espèce mais
aussi restreinte à certains types cellulaires.
En 1999, Lin et al., ont mis en évidence, par la technique
de double hybride, une interaction entre le quatrième domaine PDZ
de PTPL1 et l’éphrine B, le ligand de Eph récepteur qui est un
régulateur de l’angiogenèse et de la guidance axonale. Plus
récemment, Palmer et al. [32] ont confirmé cette interaction
par co-immunoprécipitation et mis en évidence la capacité de PTPL1
de déphosphoryler l’éphrine B in vitro ainsi que la baisse
de phosphorylation de l’éphrine B après surexpression de la
phosphatase.
Toutefois, la plupart des partenaires interagissant avec les
domaines PDZ de PTPL1 sont liés plus ou moins directement au
cytosquelette : APC (adenomatous polyposis
coli-protein) [33] possède un domaine de liaison à la tubuline
et lie la β-caténine ; PRK2 (protein kinase C related
kinase 2), sérine thréonine kinase activée par Rho qui est
localisée dans les lamellipodes, régions d’importants
renouvellements de l’actine [34] ; PARG1 (PTPL1-associated
RhoGAP-1), la régulation de cette GAP (GTPase activating
protein) spécifique de Rho par PTPL1 pourrait moduler
l’activité de Rho [35] deux protéines de la famille de la zyxine
(TRIP6 et ZRP1) [36, 37] qui interagissent avec les protéines de la
famille VASP (vasodilator-stimulated phosphoprotein)
régulatrices du cytosquelette d’actine [38].
Localisation subcellulaire et domaine FERM
L’hypothèse d’une interaction de PTPL1 avec le cytosquelette est
renforcée par la présence dans l’enzyme d’un domaine FERM identifié
à l’origine sur des protéines liées à celui-ci. Or, il a été montré
que ce domaine était nécessaire et suffisant pour localiser
l’homologue murin de PTPL1 (PTP-BL) sur la face apicale de cellules
épithéliales (MDCK) [39]. Afin de déterminer la localisation de
l’enzyme humaine dans la cellule entière ou après fractionnement
subcellulaire (Triton X-100 soluble ou insoluble), nous avons
réalisé les constructions codant les protéines PTPL1 et leur
domaine FERM étiqueté HA (épitope dérivé de la protéine
hémagglutinine du virus influenza). En utilisant de telles
constructions, nous avons pu confirmer, par microscopie confocale,
que PTPL1, comme son domaine FERM, était localisée à la périphérie
membranaire de la face apicale dans les différents types
cellulaires étudiés (cellules HeLa et MCF7) (figure 2) [40]. Les
expériences de fractionnement cellulaire nous ont permis de montrer
que le domaine FERM ainsi que PTPL1 sont associés à la fraction
particulaire contenant le cytosquelette. Ceci montre que, en plus
de leur association avec la membrane, ces protéines sont
potentiellement capables de lier des protéines cytosquelettiques ou
associées au cytosquelette [40].
Par ailleurs, l’extrémité N-terminale de l’ezrine (domaine FERM)
est capable, d’une part, de fixer l’actine et la tubuline [41] et,
d’autre part, les domaines intracellulaires de protéines
membranaires possédant un seul domaine transmembranaire, telles
CD43, CD44, I-CAM 1, I-CAM 2 et I-CAM 3, de manière dépendante du
PI(4,5)P2 (phosphatidylinositol 4,5 diphosphate) [42]. Nous
avons observé que, dans des cellules d’insectes (Sf9), PTPL1 et son
domaine FERM, exprimés à l’aide de baculovirus recombinants, sont
localisés à la membrane et capables d’induire des extensions
membranaires comme le domaine FERM de l’ezrine. Il semble donc que
PTPL1, comme l’ezrine, soit localisée à l’interface entre la
membrane et le cytosquelette et puisse jouer un rôle dans leurs
interactions.
Après avoir identifié une interaction in vitro entre le
domaine FERM de PTPL1 et le PI(4,5)P2, nous avons muté dans ce
domaine FERM les déterminants homologues de ceux responsables de la
fixation du PI(4,5)P2 par l’ezrine. Ainsi, nous avons pu mettre en
évidence, par microscopie confocale, que cette mutation induit une
délocalisation de PTPL1 (perte de la localisation membranaire dans
les cellules MCF7, perte de cette localisation et des extensions
dans les cellules COS et HeLa) ainsi que l’inhibition de
l’interaction de PTPL1 avec le cytosquelette [40].
Ces résultats, en accord avec une action de PTPL1 à la périphérie
membranaire et donc, vraisemblablement, sur une étape précoce de
l’action des facteurs de croissance, renforcent l’hypothèse d’une
interaction de la phosphatase avec le cytosquelette et suggèrent
des possibilités de régulation de l’action de l’enzyme par
modification de sa localisation. En effet, Kimber et al.
[43] viennent de confirmer la localisation membranaire de PTPL1 et
de montrer que la protéine adaptatrice TAPP1, qui lie le premier
domaine PDZ de la phosphatase et le PI(3,4)P2, régule la
localisation subcellulaire de PTPL1 en fonction de la concentration
de PI(3,4)P2.
Par ailleurs, Herman et al. [44] montrent, dans une étude
récente, que, dans les cellules HeLa, PTPL1 est impliquée dans la
régulation de la cytodiérèse. La phosphatase endogène est localisée
dans le centrosome lors de l’interphase et de la métaphase et au
centre du fuseau pendant l’anaphase ; ensuite, PTPL1 est
concentrée dans le corps intermédiaire au moment de la cytodiérèse.
Des expériences de co-sédimentation et de co-localisation suggèrent
une interaction du domaine FERM avec l’actine et les microtubules.
Ce travail confirme l’interaction de PTPL1 avec le cytosquelette et
suggère un rôle de cette enzyme dans le remodelage de celui-ci au
cours de la mitose.
PTPL1 et cancer du sein
Après avoir souligné l’excellente corrélation entre
l’augmentation de l’activité tyrosine phosphatase et l’effet
anti-facteur de croissance des anti-œstrogènes dans les cellules de
cancers du sein hormono-sensibles (RE+) et identifié PTPL1 comme
une tyrosine phosphatase régulée par ces antagonistes, nous avons
analysé plus en détail la régulation d’expression de cette enzyme
dans ces cancers. Nous avons évalué par RT-PCR la régulation
d’accumulation d’ARNm, qui est détectable dès 24 heures de
traitement et maximale après 3 jours, pour une dose optimale
de 50 nmol d’anti-œstrogène, temps et dose nécessaires à une
complète inhibition de l’effet des facteurs de croissance. De plus,
cette régulation, comme l’effet anti-facteur de croissance, est
retrouvée avec des anti-œstrogènes de différentes classes
(stéroïdien ou non) tels que l’OH-Tam, le raloxifène et l’ICI182,
780 ou 164,384. Par contre, elle est spécifique de ces composés
puisque ni les progestatifs, qui inhibent la croissance induite par
l’œstradiol mais n’ont pas d’effet anti-facteur de croissance, ni
l’œstradiol ne régulent positivement ou négativement l’expression
de PTPL1. L’effet de l’OH-Tam semble indirect car il requiert un
temps de traitement long et est inhibé par la cycloheximide, mais
son inhibition par de fortes doses d’œstrogènes indique que cette
régulation nécessite une interaction avec le récepteur aux
œstrogènes [18].
PTPL1 est nécessaire pour l’effet anti-facteur de croissance
des anti-œstrogènes
Enfin, pour apporter des preuves directes du rôle clé de cette
enzyme dans l’effet anti-facteur de croissance des anti-œstrogènes,
nous avons évalué les conséquences de l’extinction d’expression de
PTPL1 par transfection d’ARN antisens. Nous avons ciblé notre étude
sur deux clones (PTPL1AS) dans lesquels l’expression et la
régulation de PTPL1 sont totalement inhibées (figure 3A). L’étude de la
régulation de la croissance et de l’activité PTP dans les deux
clones PTPL1AS par les œstrogènes, les facteurs de croissance et
l’OH-Tam nous a permis de montrer, d’une part, que l’expression de
PTPL1 qui ne représente qu’un faible pourcentage de l’activité PTP
des cellules témoins est responsable de l’augmentation d’activité
observée après traitement par l’OH-Tam et, d’autre part, que
l’expression de PTPL1 est un élément indispensable à l’inhibition
par les antagonistes de la croissance induite par les facteurs de
croissance alors qu’elle ne joue aucun rôle dans l’effet
anti-œstradiol (figure
3B) [18].
PTPL1 n’est pas responsable de la résistance à l’apoptose
induite par Fas
Ces résultats pointant sur un rôle négatif de PTPL1 sur la
croissance cellulaire semblaient en contradiction avec les
résultats du groupe de Sato qui présente PTPL1 comme un gène
anti-apoptotique [22]. Connaissant la spécificité tissulaire de cet
effet (voir plus haut), nous avons étudié le rôle de PTPL1 sur le
système Fas dans les lignées humaines de cellules cancéreuses
mammaires. Pour cela, nous avons mesuré l’apoptose induite par le
ligand de Fas dans trois lignées exprimant des niveaux différents
de PTPL1 : les cellules T-47D qui expriment le plus fortement
PTPL1, les cellules MCF7 qui expriment peu PTPL1 en l’absence
d’anti-œstrogènes et les clones PTPL1AS dans lesquels son
expression est totalement éteinte. Seules les cellules T-47D sont
sensibles à Fas et l’inhibition de l’expression de PTPL1 dans les
clones PTPL1AS de cellules MCF7 ne restaure pas cette sensibilité.
Cela indique que l’expression de PTPL1 n’est pas responsable de la
résistance à Fas des lignées humaines de cellules cancéreuses
mammaires [45].
PTPL1 inhibe la voie de survie IRS-I/PI3-K/Akt
L’évaluation de la croissance cellulaire, dans sa globalité, par
la mesure du nombre de cellules ou la quantification de l’ADN,
telle que nous l’avons réalisée dans nos premières études, ainsi
que le suivi de l’évolution des tumeurs in vivo reflètent le
résultat de l’équilibre entre multiplication cellulaire et
apoptose. De plus, des travaux antérieurs de notre laboratoire [46]
avaient mis en évidence l’effet proapoptotique de l’OH-Tam et
différents groupes ont montré l’effet de survie (anti-apoptotique)
des facteurs de croissance et en particulier d’IGFI dans de
nombreux tissus sains ou cancéreux [47, 48].
Afin de définir l’importance de la composante apoptotique dans
l’effet inhibiteur des anti-œstrogènes et le rôle de PTPL1 dans le
processus apoptotique, nous avons mesuré l’apoptose dans les
cellules MCF7 exprimant ou non PTPL1 (cellules sauvages et clones
PTPL1AS) après des séquences de traitements séparés ou simultanés
avec IGFI et OH-Tam. Ainsi nous avons pu montrer que l’inhibition
de croissance tumorale est alors associée à une forte augmentation
d’apoptose puisque 30 % des cellules sont en apoptose après un
traitement simultané avec le facteur de croissance et
l’anti-œstrogène contre 2 % seulement dans les cellules
traitées uniquement avec IGFI. De plus, PTPL1 joue un rôle
fondamental dans l’induction de l’apoptose par l’OH-Tam puisque
nous n’observons plus aucun effet proapoptotique de
l’anti-œstrogène dans les clones PTPL1AS (figure 4).
Nous avons ensuite montré que l’OH-Tam agit sur la voie de survie
PI3-K/Akt et induit l’apoptose en réduisant la phosphorylation
d’IRS-I sur résidus tyrosine et l’activation d’Akt (figure 5). PTPL1, dont le
mécanisme précis d’action et les substrats directs sont encore
inconnus, joue donc un rôle d’intermédiaire indispensable dans ce
processus qui n’existe plus dans les clones PTPL1AS [45]..
Conclusion
Alors que l’activité PTP est augmentée dans les cancers du sein,
la démonstration du rôle antiprolifératif et proapoptotique de
PTPL1 dans ce type de cellules montre l’intérêt d’une étude non
plus globale mais ciblée de la régulation des différents membres de
cette classe d’enzymes et souligne l’importance d’une étude
comparative de l’expression de PTPL1 dans le tissu mammaire normal
et cancéreux.
L’utilisation des anti-œstrogènes comme le Tam en thérapeutique,
même sur une population de tumeurs sélectionnées sur le critère de
présence des récepteurs aux œstrogènes, ne s’avère efficace que
dans 60 à 70 % des cas et une résistance s’installe
généralement après un certain temps de traitement. En outre, les
tumeurs RE-négatives en général plus indifférenciées, plus
agressives et qui métastasent plus fréquemment ne peuvent
bénéficier de thérapeutiques hormonales. Il est donc important,
d’une part, d’identifier des marqueurs précoces de réponse aux
anti-œstrogènes et, d’autre part, de définir de nouveaux gènes
cibles afin de proposer de nouvelles stratégies thérapeutiques
efficaces dans les tumeurs hormono-indépendantes ou résistantes.
PTPL1 est un des rares gènes spécifiquement régulés par les
anti-œstrogènes et le seul à ce jour directement lié à leur effet
antiprolifératif et proapoptotique : cette phosphatase est
ainsi un marqueur unique de réponse des tumeurs mammaires aux
anti-œstrogènes et un nouvel outil thérapeutique potentiel pour
cibler la restauration du processus d’apoptose dans les cellules
tumorales. L’étude de son promoteur, en plus de son intérêt
fondamental, pourrait ainsi permettre d’envisager de nouvelles
approches thérapeutiques visant à induire l’apoptose en régulant
l’expression de cette phosphatase dans des cellules dépourvues de
récepteurs aux œstrogènes ou résistantes aux
anti-œstrogènes. n
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