ARTICLE
Auteur(s) : Alain Noël1, P. Heid2, A. Tardivon3, Marie-Hélène
Dilhuydy4,
S. Haber5,
Béatrice Séradour2
pour le Groupe technique national sur le dépistage du cancer
du sein
1 Centre Alexis Vautrin, Vandœuvre-lès-Nancy
2 Arcades, Marseille
3 Institut Curie, Paris
4 Institut Bergonié, Bordeaux
5 Radiologue, Fédération nationale des médecins
radiologues
Les recommandations concernant la prise en charge des femmes ayant
une prédisposition héréditaire de cancer du sein et de l’ovaire,
rédigées par un groupe d’experts à la demande du ministère de la
Santé, ont été publiées dans le Bulletin du Cancer de mars
2004 [1].
Le Groupe technique national, en charge du programme de dépistage
des cancers du sein, a jugé nécessaire de communiquer une mise au
point à propos du contrôle de qualité de la pratique
mammographique.
Dans le cadre du programme national de dépistage des cancers du
sein, l’accent a été mis depuis plusieurs années sur l’amélioration
de la qualité des matériels. L’optimisation qualité-dose doit
privilégier la qualité en maîtrisant la dose délivrée à un niveau
le plus faible possible. Le niveau de dose imposée dans le cadre de
la campagne de dépistage permet de garantir, avec une probabilité
raisonnable, un bénéfice très largement supérieur au risque, à la
fois pour l’ensemble de la population cible et pour une femme prise
individuellement. Le contrôle de qualité obligatoire des
installations de mammographie analogique permet de garantir le
respect de cette condition.
Du fait du risque potentiellement élevé de cancers radio-induits,
le dépistage mammographique du cancer du sein des femmes présentant
une prédisposition génétique nécessite une attention particulière,
d’autant plus que le dépistage commence à un âge jeune et que les
examens vont se répéter régulièrement. Dans ce cas, l’optimisation
qualité-dose privilégie la recherche d’une dose minimale en
maîtrisant la qualité à un niveau acceptable afin de minimiser,
pour chaque femme, le risque de cancer radio-induit. Les femmes
avec un risque génétique devraient être examinées dans des centres
spécialisés où la dose moyenne glandulaire est rigoureusement
contrôlée.
Aujourd’hui, en situation clinique, l’utilisation d’un mammographe
numérique n’apporte pas une garantie absolue de réduction de dose,
même si des études réalisées en Allemagne sur fantômes [2] ou en
Italie [3] ont démontré qu’il était possible de réduire la dose.
Si, potentiellement, la mammographie numérique le permet, elle
autorise aussi techniquement le fonctionnement à dose élevée du
fait de la dynamique des capteurs utilisés. Cela est d’autant plus
vrai en l’absence de contrôle de qualité strict des installations
numériques, comme c’est le cas aujourd’hui en France. Une étude de
l’ACRIN (American College of Radiology Imaging Network) est en
cours conjointement aux États-Unis et au Canada dans 35 centres de
radiologie. Une population de 49 500 femmes volontaires a été
retenue. Un double examen a été pratiqué au même moment et dans le
même centre sur un mammographe analogique et un mammographe
numérique. Les premiers résultats ont été présentés durant le
congrès du RSNA (Radiology Society of North America) en décembre
2003 [4]. La dose glandulaire moyenne a été calculée sur les deux
techniques. En fonction de l’appareil utilisé, la dose moyenne
délivrée est soit équivalente, soit plus faible pour la
mammographie numérique, mais la technologie numérique a entraîné
une augmentation de 10 à 15 % du nombre de clichés à réaliser.
Au total, on ne peut encore conclure aujourd’hui à une diminution
significative de la dose en pratique clinique grâce à la
mammographie numérique, surtout en l’absence de contrôle de
qualité. Les résultats du DMIST (Digital Mammographic Imaging
Screening Trial) seront certainement connus d’ici 2005. ▼
Références
1. Eisinger F, Bressac F, Castaigne D, Cottu PH, Lansac
J, Lefranc JP, et al. Identification et prise en charge des
prédispositions héréditaires aux cancers du sein et de l’ovaire.
Bull Cancer 2004 ; 91 : 219-37.
2. Hermann KP, Fisher U, Obenauer S, Grabbe E. Optimizing
radiation quality in full-field digital mammography for reducing
the patient doses in comparison to screen-film mammography.
Abstract, B-0296, ECR 2001.
3. Gennaro G, Di Maggio C, Bellan E. Full-field digital
mammography and patient dose reduction. Abstract, B-0335, ECR
2002.
4. Hendrick RE, Pisano ED, Yaffe MJ, Moran C, Berns EA,
Gatsonis C. Technical performance in digital and screen-film
mammography : results from 31 ACRIN DMIST sites. Abstract, G01-537,
RSNA 2003.
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