Auteur(s) : Philippe Jeanteur
Le HTLV (human T cell leukemia virus) a été le premier
rétrovirus humain identifié, il y a plus de 20 ans au Japon.
Il infecte des dizaines de millions de personnes dans le monde et
entraîne, chez 5 % des personnes infectées, une leucémie
particulière à cellules T de l'adulte, ainsi que certaines formes
de maladies neurodégénératives. Depuis, il est dépisté activement
et a été trouvé à l'état endémique dans de nombreuses régions du
globe, se propageant dans toutes les populations humaines par voies
sexuelle et sanguine ainsi que par l'allaitement du
nourrisson.
Toute infection virale passe par un contact initial du virus avec
la cellule au niveau d'une molécule de surface appelée récepteur.
Si la protéine principale de l'enveloppe du HTLV responsable de ce
contact était connue depuis longtemps, son récepteur et la voie
d'entrée du virus dans les cellules hôtes restaient énigmatiques.
N. Manel, F. Kim et S. Kinet menés par J-L. Battini, N. Taylor et
M. Sitbon, tous à l'Institut de génétique moléculaire de
Montpellier, viennent de percer ce mystère [1].
Ces chercheurs ont d'abord identifié et cloné la partie de la
protéine de l'enveloppe de HTLV1 qui interagit avec le récepteur et
l'ont transfectée dans des cellules humaines 293T. Leur attention
fut d'abord attirée par le fait que le milieu de culture ne
s'acidifiait plus (il restait rouge), pour autant que le domaine de
fixation du récepteur (RBD) restait intact. L'acidification du
milieu étant due à l'accumulation de protons qui accompagne
l'excrétion de l'acide lactique produit par la glycolyse anaérobie,
ils ont immédiatement compris que la production des enveloppes
rétrovirales interférait avec le métabolisme du glucose. Sur la
base de ce test simple, ils ont été rapidement mis sur la piste de
GLUT1, le transporteur majeur du glucose chez les mammifères et ont
accumulé toutes les preuves établissant qu'il s'agissait bien du
récepteur au HTLV1 : 1) les enveloppes virales ou le
domaine RBD fixent bien GLUT1 et le niveau quantitatif de cette
fixation est proportionnel à celui de l'expression de GLUT1 ;
2) l'expression de GLUT1 est indispensable à l'infection par
le HTLV1.
L'impact de cette découverte va bien au-delà de la satisfaction de
connaître enfin la nature du récepteur au HTLV1, qui avait déjoué
jusqu'alors de nombreuses tentatives. Grâce à ce domaine RBD, on
dispose maintenant d'un réactif reconnaissant la partie
extracellulaire de GLUT1, capable de remplacer l'anticorps que
l'on n'avait pas pu produire en raison de la grande conservation et
du caractère ubiquitaire de ce transporteur. Or les cellules
cancéreuses, particulièrement actives métaboliquement, expriment
une quantité importante de GLUT1. C'est d'ailleurs précisément
l'abondance de ce transporteur que l'on teste par la TEP qui
repose sur l'entrée dans les cellules d'un analogue radioactif du
glucose (le fluoro-desoxy-glucose) [2]. On peut donc imaginer
utiliser ce réactif de GLUT1 pour transposer au niveau
anatomo-pathologique les examens « corps entier » de la
TEP. Dans la même ligne, on pourrait exploiter la spécificité de ce
réactif pour le ciblage de drogues ou à des fins d'imagerie.
Enfin, il ne faut pas oublier l'impact possible de cette
découverte sur les pathologies liées au HTLV lui-même.
Alors, attendons la suite...
Références
1. Manel N, Kim FJ, Kinet S, Taylor N, Sitbon M,
Battini JL. The ubiquitous glucose transporter GLUT-1 is a
receptor for HTLV. Cell 2003 ; 115 : 449-59.
2. Fédération nationale des centres de lutte contre
le cancer. Utilisation de la tomographie par émission de positons
au [18F]-FDG en cancérologie. Bull Cancer
2003 ; 90, numéro spécial.
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