ARTICLE
Auteur(s) : Christine Théodore*
* Institut Gustave-Roussy, Département de médecine, 39, rue
Camille-Desmoulins, 94800 Villejuif
L'hormonosensibilité du cancer de la prostate a été décrite par
Hodges et Higgins [1]. La suppression hormonale enclenche une
cascade d'événements biologiques avec, pour résultat, des lésions
irréversibles de l'ADN des cellules hormonosensibles. Ces
traitements entraînent un bénéfice clinique objectif chez la
plupart des patients ayant un cancer de la prostate métastatique.
Toutefois, la progression tumorale survient environ 12 à
18 mois après le début du traitement, ce qui explique que la
survie globale de ces patients ne se soit que peu modifiée dans les
dernières décennies. Le cancer de la prostate est en effet
constitué de cellules hormonosensibles et de cellules
hormonorésistantes. La progression tumorale est due à la
prolifération des cellules hormonorésistantes. À ce jour, il n'y a
aucune évidence que le traitement hormonal permette d'augmenter la
survie dans le cancer de la prostate. Le contrôle du contingent
cellulaire hormonorésistant est probablement nécessaire pour
arriver à ce résultat.
Les points controversés au sujet de l'hormonothérapie du cancer
de la prostate concernent :
– ses modalités, c'est-à-dire chirurgicale ou médicamenteuse
et, dans ce cas, quel(s) médicament(s) employer, la nécessité
d'associer plusieurs méthodes pour assurer la suppression hormonale
maximale et la possibilité de donner ce type de traitement de façon
intermittente ;
– le moment où le traitement doit être commencé ;
– l'utilisation de l'hormonothérapie à titre néoadjuvant
et/ou adjuvant d'un traitement local, notamment la
radiothérapie.
Modalités de l'hormonothérapie
Orchidectomie
Elle est actuellement pratiquée sous forme de pulpectomie,
retirant la pulpe testiculaire mais laissant en place l'albuginée
comblée par un hématome organisé, et présente un avantage
esthétique par rapport à une orchidectomie bilatérale simple
puisque les bourses n'apparaissent pas déshabitées. Les avantages
de l'orchidectomie sont son coût, de loin le moins élevé de toutes
les hormonothérapies, et l'absence d'effets secondaires autres que
ceux directement liés à la castration, notamment l'absence de
phénomène de flare up. Son inconvénient est
l'irréversibilité.
Agonistes de la LH-RH
La LH-RH entraîne la libération de LH (luteinizing
hormone) par l'anté-hypophyse par stimulation pulsatile [2].
Son administration massive entraîne par saturation des sites
récepteurs de l'hypophyse, l'interruption de la libération de LH
et, secondairement, l'interruption de la production d'androgènes
par le testicule puisqu'il n'y a plus de LH pour se lier à ses
récepteurs sur les cellules de Leydig. Depuis leur synthèse,
l'administration d'agonistes de la LH-RH est devenue la méthode de
suppression hormonale la plus employée. Son principal inconvénient
est le flare up dû à l'hyperproduction initiale de
testostérone par l'hyperstimulation, avec possibilité d'aggravation
clinique, notamment de survenue de compressions médullaires, de
fractures pathologiques et de rétention d'urine. Les principaux
analogues de la LH-RH sont la leuproréline (Enantone®),
la goséréline (Zoladex®), la tryptoréline
(Decapeptyl®), qui peuvent être administrées tous les
mois ou tous les 3 mois, et la buséréline
(Bigonist®), administrée tous les 2 mois. Des
études de phase III ont prouvé leur efficacité thérapeutique
identique à celle de la castration chirurgicale [3]. En revanche,
une étude comparative de qualité de vie a mis en évidence plus de
troubles sexuels chez les patients recevant un agoniste de la LH-RH
que chez les patients orchidectomisés [4]. Malgré cela et malgré le
coût élevé de ces médicaments, les effets psychologiques de la
castration chirurgicale font souvent préférer les agonistes de la
LH-RH à l'orchidectomie.
Antagonistes de la LH-RH
Les antagonistes de la LH-RH, en développement (abarélix,
cefrorélix), bloquent directement les récepteurs dans l'hypophyse,
ce qui entraîne une castration rapide et réversible sans effet
flare up. Ces caractéristiques pourraient permettre leur
utilisation pour des périodes courtes comme adjuvant ou néoadjuvant
d'un traitement local. Une étude randomisée entre abarélix et
leuproréline a montré que le niveau hormonal de castration était
atteint au quinzième jour chez 75 % des patients traités par
abarélix chez seulement 10 % des patients traités par
leuproréline et chez tous à 1 mois [5].
Anti-androgènes
Les anti-androgènes peuvent être divisés en deux groupes. Les
anti-androgènes stéroïdiens inhibent la production de testostérone
et ont un effet direct au niveau de son récepteur.
On peut citer l'acétate de cyprotérone (Androcur®), un
progestatif, dont l'avantage est de permettre d'éviter le flare
up et les bouffées de chaleur, mais qui peut entraîner des
complications thromboemboliques.
Les anti-androgènes non stéroïdiens ont aussi un effet direct sur
le récepteur de la testostérone et ont l'avantage, en monothérapie,
de permettre la préservation de la fonction sexuelle, au prix d'une
qualité de suppression hormonale inférieure à celle de la
castration. Le flutamide (Eulexine®) doit être pris
toutes les 8 heures du fait de sa courte demi-vie ; le
nilutamide (Anandron®) peut être administré en prise
unique mais a comme effets secondaires rares l'effet antabuse et la
dyschromatopsie ; le bicalutamide (Casodex®) peut
aussi être administré en prise unique. Tous peuvent avoir une
toxicité hépatique et entraîner une gynécomastie. Leur utilisation
peut donc se faire selon deux schémas distincts :
– en monothérapie de façon à remplacer la castration en
permettant de préserver une partie de la fonction sexuelle. Le
bicalutamide est le médicament le plus étudié dans cette
indication. À la posologie conventionnelle de 50 mg/j, il a
été prouvé inférieur à un agoniste de la LH-RH dans une étude de
486 patients [6]. À la dose de 150 mg/j, son efficacité
était similaire à celle d'un agoniste de la LH-RH dans une étude de
480 patients [7]. Toutefois, l'avantage de tolérance était
minoré à cette dose, notamment du fait de la gynécomastie
douloureuse. Il a été suggéré de lui adjoindre un anti-œstrogène
pour limiter la gynécomastie [8]. Le bicalutamide à dose élevée est
en fait plus fréquemment employé à titre d'hormonothérapie de
seconde ligne, en début de phase d'hormonorésistance [9] ;
– en plus d'une castration chirurgicale ou médicale :
c'est le blocage androgénique complet, permettant la suppression de
l'activité des 10 % d'androgènes produits par la glande
surrénale. Nous reviendrons sur l'intérêt de cette modalité. Mais
il faut savoir que, en cas de traitement prolongé par blocage
androgénique complet et d'échappement thérapeutique (c'est-à-dire
de ré-ascension du prostatic specific antigen ou PSA), un
essai d'interruption de l'anti-androgène doit être fait car
certaines tumeurs ont « appris » à être activées par
l'anti-androgène [10].
Le coût d'un anti-androgène périphérique à dose conventionnelle
est similaire à celui d'un agoniste de la LH-RH.
Œstrogènes
Alors que les œstrogènes (le plus souvent donnés per os
sous forme de diéthylstilbestrol ou DES) avaient quasiment disparu
de l'arsenal thérapeutique dans cette indication, du fait de leur
toxicité cardiovasculaire rapportée dans les essais du groupe
urologique des hôpitaux d'anciens combattants américains (Vartug),
ils reviennent, notamment en administration transdermique qui ne
serait plus associée à la même toxicité [11, 12]. Ils présentent
l'avantage de ne pas entraîner de bouffées de chaleur, ni de
déminéralisation osseuse et d'être environ 10 fois moins chers
que les analogues de la LH-RH. Ils continuent par ailleurs à être
utilisés comme hormonothérapie de seconde ligne en début de phase
d'hormonorésistance.
Blocage androgénique complet
Selon la théorie de Labrie [14], les cellules hormonosensibles
de cancer prostatique s'adaptent aux bas niveaux de testostérone
d'origine surrénalienne. La suppression complète des androgènes
devrait donc permettre un meilleur contrôle de la maladie. À la
suite de la publication d'un premier essai de phase II
encourageant, pas moins de 27 essais randomisés incluant plus
de 8 000 patients ont été menés.
• Agoniste de la LH-RH avec ou sans anti-androgène
Le premier essai mené par le National Cancer Institute (NCI) sur
617 patients, comparant leuproréline avec ou sans flutamide,
publié en 1989, a été positif en faveur du blocage androgénique
total avec survie de 35 mois contre 29 mois dans le bras
LH-RH seul [15]. Il n'est pas impossible que certains facteurs
autres que ceux étudiés dans l'essai aient joué : l'absence
d'anti-androgène initial dans le bras LH-RH seul, donc l'absence de
prévention du flare up, aurait pu entraîner un excès de
décès précoces dans ce bras. Toutefois, une étude ayant comparé un
traitement par leuproréline avec ou sans flutamide pendant les deux
premières semaines n'a pas retrouvé de différence de survie [16].
Une autre possibilité serait l'absence d'observance pour
l'administration de la leuproréline seule qui, à l'époque, se
faisait quotidiennement. Cela aurait pu désavantager ce bras, dont
les patients auraient pu avoir une absence de suppression
hormonale. Il n'y avait pas, dans cette étude, de contrôle de la
testostéronémie et il est donc impossible de le savoir.
Un essai a également été mené par le NCI sur 557 patients,
comparant goséréline avec ou sans nilutamide [17], et un autre,
mené par le même investigateur que l'étude initiale, reprenait le
même schéma thérapeutique sur 411 patients [18] ; leurs
résultats ont été négatifs de même que ceux d'autres études
similaires plus petites ou utilisant l'acétate de cyprotérone comme
anti-androgène [19].
• Orchidectomie avec ou sans anti-androgène
L'essai le plus important a inclus 1 387 patients
traités par anti-androgène ou placebo en double aveugle [20]. Après
une médiane de suivi de 50 mois et alors que 70 % des
patients étaient décédés avant l'analyse, la médiane de survie
était de 33 mois dans le bras blocage androgénique complet
contre 30 mois dans l'autre, sans signification statistique
(p = 0,14). Une étude australienne de même schéma
thérapeutique a donné des résultats similaires avec un avantage de
survie dans le bras orchidectomie seule (31 contre
23 mois) mais sans signification statistique [21]. Une autre
étude comparant orchidectomie avec ou sans nilutamide a été
positive [22]. Toutefois, une étude canadienne ayant exactement le
même schéma n'a montré aucune différence [23]. Des études utilisant
l'acétate de cyprotérone n'ont pas montré de différence non plus
[24].
• Agoniste de la LH-RH + anti-androgène comparé à
orchidectomie
L'EORTC a mené une étude sur 327 patients comparant
goséréline plus flutamide à l'orchidectomie : il y avait une
différence de médiane de survie de 7 mois en faveur du bras
blocage androgénique complet (p = 0,04) [25]. Un groupe
danois a mené une étude de schéma identique et la survie a été
supérieure bien que de façon non significative dans le bras
orchidectomie [26].
Seulement 3 études sur 27 ont montré une différence
significative de survie. Plusieurs méta-analyses ont été faites.
L'une, qui a regroupé 22 essais randomisés avec
5 710 patients, a montré une différence de 2,1 %,
non significative statistiquement, de survie en faveur du blocage
androgénique complet [27]. Trois autres méta-analyses ont été
pratiquées dont 2 positives [28, 29] et une, incluant plus de
patients, négative.
Au total, plus de 20 ans après son introduction et face à ces
résultats décevants, on doit conclure que le blocage androgénique
complet n'apporte pas de bénéfice clinique significatif.
Traitement intermittent
Il a été montré in vitro que le blocage androgénique
intermittent retardait l'évolution vers l'hormonorésistance [30].
Les autres avantages cliniques potentiels sont la meilleure qualité
de vie dans les périodes sans traitement avec possibilité de
récupération d'une activité sexuelle, moins d'effets secondaires
osseux et une diminution du coût du traitement. Les résultats de
deux essais de phase III viennent d'être publiés. Le premier
avait inclus surtout des patients métastatiques. L'intervalle
jusqu'à progression clinique et celui jusqu'à échappement du PSA a
été plus court chez les patients recevant le traitement
intermittent [31]. La seconde étude portait sur des patients
présentant un échappement du PSA après prostatectomie radicale mais
sans aucun autre signe de la maladie. Chez ces patients, il n'y a
pas eu de différence de temps jusqu'à progression entre les deux
modalités d'administration. Ceux qui avaient reçu le traitement
intermittent ont eu un bénéfice de qualité de vie [32]. En
conclusion, le traitement intermittent ne peut pour le moment être
recommandé que chez les patients non métastatiques, à haut risque
de récidive, si l'on retient l'indication d'un traitement hormonal
chez eux. À l'heure actuelle, plusieurs grands essais randomisés
posant la question de l'équivalence chez les patients métastatiques
sont en cours, notamment par le South European Uro-Oncological
Group, le SWOG, le NCI Canadien. Il faut donc en attendre les
résultats pour pouvoir éventuellement être plus large dans les
indications.
Quand débuter le traitement hormonal ?
Une des principales controverses concerne ce sujet. Est-ce qu'un
traitement hormonal précoce permet d'améliorer le
pronostic ?
Les études de la Mayo Clinic, rétrospectives, non randomisées,
faites sur des patients prostatectomisés à haut risque de rechute,
montraient un avantage de survie en faveur du traitement immédiat
mais cet avantage était limité aux patients ayant une tumeur
diploïde [33]. Une étude menée par l'Eastern Cooperative
Oncology Group (ECOG), comparant hormonothérapie immédiate et
différée chez 320 patients prostatectomisés pour un cancer de
prostate avec atteinte ganglionnaire (N+), a montré un bénéfice de
survie pour les patients recevant l'hormonothérapie immédiate avec,
à 10 ans, une survie actuarielle de 80 % contre
55 %. Toutefois, ces résultats n'ont pas été considérés comme
concluants du fait du petit nombre de patients et de l'absence de
mise en évidence des facteurs pronostiques histologiques classiques
dans la population de l'étude. Surtout, ils concernent une
catégorie de patients en voie de disparition puisque, actuellement,
moins de 5 % des patients prostatectomisés ont une atteinte
ganglionnaire [34]. Si ces résultats sont fiables, il serait
important de savoir s'ils peuvent être extrapolés aux patients
ayant un cancer de prostate évolutif non symptomatique et non
métastatique, notamment ceux qui ont une rechute biologique après
traitement loco-régional. Des études de facteurs pronostiques ont
permis de savoir lesquels avaient le plus grand risque de
réévolutivité en fonction du temps de doublement du PSA, du score
de Gleason et, pour les patients ayant eu une prostatectomie, de
leur stade pathologique [35, 36]. Ces patients seraient donc
candidats à une hormonothérapie précoce.
Il serait d'autant plus important de préciser les résultats de
l'étude de Messing sur les patients N+ qu'ils ne sont pas
concordants avec les autres données de la littérature : en
effet, la première étude du Vartug a randomisé des patients ayant
un cancer de prostate métastatique en quatre bras : 5 mg
de DES ou placebo avec ou sans orchidectomie. Bien que cette étude
n'ait pas été dessinée pour répondre à la question de l'intérêt
d'une hormonothérapie précoce, elle peut permettre d'y répondre
puisque les patients du bras placebo sans orchidectomie n'avaient
pas d'hormonothérapie initiale. Il n'y a eu aucune différence de
survie spécifique ni de survie globale entre aucun des groupes
[37]. Plus récemment, le Medical Research Council a fait une étude
dont la question était l'intérêt du traitement précoce chez des
patients ayant un cancer de la prostate soit localement avancé,
soit métastatique. La publication initiale suggérait un avantage de
survie pour le traitement précoce en cas de maladie localement
avancée alors qu'il n'y avait pas de différence de mortalité en cas
de maladie métastatique [38]. Avec une durée de suivi plus longue,
il n'y a plus aucune différence de survie pour aucun des groupes.
En revanche, l'hormonothérapie précoce avait permis de réduire la
morbidité liée à la maladie, c'est-à-dire le nombre de compressions
médullaires, de fractures pathologiques, de rétentions urinaires et
la symptomatologie douloureuse. Ces résultats rendent justifiée la
prescription d'une hormonothérapie dès qu'il existe une maladie
métastatique cliniquement évidente [39].
Hormonothérapie néoadjuvante et adjuvante
Hormonothérapie « couplée » à la radiothérapie
• Études du Radiation Therapy Oncology Group
(RTOG)
Dans l'étude RTOG 8531, 977 patients de stades T3, T4 ou N+
ont été traités soit par radiothérapie seule, soit par
radiothérapie et goséréline, commencée après la radiothérapie et
poursuivie indéfiniment. Le taux d'échec à 8 ans était de
37 % contre 23 % en faveur du bras avec hormonothérapie.
La survie sans récidive était supérieure dans le bras
hormonothérapie mais il n'y avait pas de différence pour la survie
globale (49 % contre 47 % à 8 ans) [40].
Dans l'étude RTOG 8610, 471 patients de stades T2 à T4, avec
ou sans envahissement ganglionnaire, ont été traités par
radiothérapie soit seule, soit associée à un blocage androgénique
complet. À 8 ans, le contrôle locorégional de la maladie et la
survie sans récidive étaient supérieurs dans le bras
hormonothérapie et il y avait une tendance, non significative sur
le plan statistique, à une diminution de l'incidence des métastases
et de la mortalité liée à la maladie [41].
Dans l'étude RTOG 9202, 1 554 patients de stades T2C à
T4, dont le taux de PSA devait être inférieur à 150 ng/ml, ont
tous reçu un blocage androgénique complet par goséréline et
flutamide pendant 2 mois avant la radiothérapie et en même
temps que la radiothérapie puis ont été randomisés entre arrêt de
l'hormonothérapie et poursuite de la goséréline pendant
24 mois. Alors qu'il y a eu une amélioration significative du
contrôle local et de la survie sans maladie, à nouveau, il n'y a
pas eu de différence significative pour la survie globale
(80 % contre 78,5 % à 5 ans, p = 0,73). La
survie globale à 5 ans était toutefois supérieure dans le bras
poursuite de l'hormonothérapie pour un sous-groupe, isolé a
posteriori, dont la tumeur avait un score de Gleason supérieur
ou égal à 8 (81 % contre 70,7 % avec
p = 0,044). En revanche, il y avait significativement
plus de complications digestives tardives de grades 3, 4 et 5 dans
le bras avec poursuite de la goséréline (2,6 % contre
1,2 %, p = 0,037). Ce fait demeure inexpliqué
[42].
• Étude de l'EORTC
Quatre cent quinze patients ayant un cancer de prostate
localement avancé (T3 ou T4) ou de grade histologique 3, sans
envahissement ganglionnaire, ont été randomisés entre radiothérapie
seule ou associée à la goséréline donnée à partir du début de la
radiothérapie et pendant 3 ans. La survie à 5 ans était
de 79 % contre 62 % avec survie sans maladie de 85 %
contre 48 % (p = 0,001) [43]. Une nouvelle étude est
menée sur des patients similaires pour savoir si la durée de
l'hormonothérapie peut être raccourcie à 6 mois en conservant
cet avantage.
Au total, ces études suggèrent un avantage à l'association
d'hormonothérapie à la radiothérapie pour les formes localement
avancées et/ou d'histologie défavorable de cancer de prostate mais
elles ne permettent pas de savoir si cet avantage pourrait être
étendu aux stades plus précoces de la maladie ou d'histologie plus
favorable. Il n'y a jamais eu d'essai randomisant l'hormonothérapie
associée à la radiothérapie contre l'hormonothérapie seule et on ne
peut pas exclure que la survie soit identique. Toutefois, il est
peu probable que le contrôle local puisse l'être. Enfin, on ne peut
exclure qu'il y ait une potentialisation spécifique de l'effet de
la radiothérapie par l'hormonothérapie et que l'effet favorable de
cette association ne puisse pas être extrapolé aux autres
traitements locaux du cancer de la prostate, c'est-à-dire la
prostatectomie ou la curiethérapie. En effet, jusqu'à présent, les
essais de suppression hormonale avant prostatectomie radicale n'ont
pas été accompagnés d'effets favorables [44]. Par ailleurs, le
bénéfice de l'hormonothérapie néoadjuvante et adjuvante en termes
de qualité de vie et au niveau médico-économique est loin d'être
établi.
Problèmes de qualité de vie
Bien que l'indication de l'hormonothérapie ne puisse être remise
en cause dans les formes métastatiques de cancer de la prostate,
elle est associée à des effets secondaires qui peuvent être
particulièrement préoccupants en cas d'utilisation prolongée. Les
plus fréquents sont la perte de libido, l'impuissance, les bouffées
de chaleur et la fatigue mais il peut aussi s'agir de gynécomastie,
de perte de masse musculaire, de troubles cognitifs, de dépression
et d'ostéoporose avec risque de fractures pathologiques [45]. Une
étude récente a évalué la qualité de vie de 144 patients
asymptomatiques avec un cancer de la prostate avancé dont
79 recevaient une hormonothérapie soit par agoniste de la
LH-RH, soit par blocage androgénique complet. La fatigue, les
troubles émotionnels et la baisse de qualité de vie étaient plus
fréquents chez les patients ayant une suppression hormonale que
chez les autres et plus encore chez ceux qui avaient un blocage
androgénique complet [46].
Coût des traitements
L'essentiel du coût du traitement du cancer de la prostate est
en rapport avec la prise en charge des stades avancés, notamment
avec l'hormonothérapie. Cela a amené à des études coût/efficacité
de l'hormonothérapie adjuvante ou précoce et du blocage
androgénique complet, dont les résultats confirment le coût élevé
des possibles gains thérapeutiques [47, 48].
Conclusion
Bien que certains patients puissent rester des années sans
signes de maladie sous hormonothérapie, l'hormonothérapie demeure
un traitement palliatif du cancer évolué de la prostate.
Il n'y a pas de différence notable d'efficacité entre les méthodes
de suppression hormonale entraînant une baisse de la testostérone à
un niveau de castration.
Il y a une indication à instituer une hormonothérapie néoadjuvante
et adjuvante en association à la radiothérapie pour les formes
localement avancées. On ne sait pas quelle en est la durée
optimale. Les indications d'hormonothérapie néoadjuvante ou
adjuvante sur les autres traitements locorégionaux sont encore en
cours d'investigation.
L'utilisation prolongée de l'hormonothérapie s'accompagne de
toxicités propres responsables d'une baisse de la qualité de
vie. n
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