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Cancer bronchique non à petites cellules avancé : intérêt de la chimiothérapie dans le contrôle des symptômes


Bulletin du Cancer. Volume 90, Numéro 10, 917-8, Octobre 2003, Tribune libre


Résumé   Summary  

Auteur(s) : Jacques Margery, Sylvestre Le Moulec, Frédéric Grassin, Olivier Bauduceau, Jean‐Marc Dot, Lionel Vedrine, François Natali, Joël Guigay , Service des maladies respiratoires, Hôpital d‘instruction des Armées Percy, 101, avenue Henri‐Barbusse, BP406, 92140 Clamart Service d‘oncologie, Hôpital d‘instruction des armées du Val‐de‐Grâce, 75015 Paris Service de pneumologie, Hôpital d‘instruction des Armées Clermont‐Tonnerre, 29240 Brest .

Résumé : La chimiothérapie dans le cancer bronchique non à petites cellules avancé reste un sujet de controverse compte tenu de son caractère purement palliatif et des coûts qu‘elle occasionne. Elle est pourtant clairement bénéfique car elle augmente la survie et, surtout, améliore la qualité de vie. À côté de ces critères techniques, deux autres notions interviennent dans la décision thérapeutique : le contrôle des symptômes et le « projet de vie » personnalisé du patient. La prise en charge consiste alors à proposer un compromis acceptable et individualisé à chaque situation. ▴

Mots-clés : cancer bronchique non à petites cellules, chimiothérapie, contrôle des symptômes, projet de vie

ARTICLE

Auteur(s) : Jacques Margery1, Sylvestre Le Moulec2, Frédéric Grassin3, Olivier Bauduceau2, Jean-Marc Dot1, Lionel Vedrine2, François Natali3, Joël Guigay1

1 Service des maladies respiratoires, Hôpital d'instruction des Armées Percy, 101, avenue Henri-Barbusse, BP406, 92140 Clamart
2 Service d'oncologie, Hôpital d'instruction des armées du Val-de-Grâce, 75015 Paris
3 Service de pneumologie, Hôpital d'instruction des Armées Clermont-Tonnerre, 29240 Brest

Article reçu le 28 juillet 2003, accepté le 28 juillet 2003

L'article de Demange et al. récemment paru dans le Bulletin du Cancer appelle l'attention des prescripteurs sur le paradoxe apparent à prolonger une chimiothérapie toujours palliative dans le cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC) avancé [1]. Comme l'ont bien rappelé Le Guen et al. dans le même numéro, le bénéfice de la chimiothérapie est clairement démontré : amélioration de la qualité de vie et plus modestement de la survie [2]. L'impact de ces traitements palliatifs sur les dépenses de santé peut susciter des interrogations et cette démarche n'est pas spécifique à l'oncologie thoracique [3].

Un choix difficile

La décision de mettre en route, de poursuivre ou de suspendre une chimiothérapie chez un patient porteur d'un CBNPC avancé n'est jamais simple. Chaque clinicien peut réagir de manière différente sur un mode plutôt intuitif (« je sens que c'est bon pour le malade »), fataliste (« il n'y a rien à faire, on ne le guérira pas »), désespéré (« on ne peut pas le laisser mourir sans rien tenter »), voire joueur (« c'est un coup de poker »). Pour atténuer ces affects, il est utile d'adopter une démarche rigoureuse et dépassionnée. L'analyse de critères objectifs et reproductibles d'un malade à un autre permet d'approcher au mieux le rapport bénéfice/inconvénients. Les critères les mieux connus portent sur le terrain. Plus que l'âge, c'est l'état général qui prévaut (indice de performance, amaigrissement). L'examen des antécédents et des grandes fonctions permet de dresser un profil de toxicité prévisible. L'histoire de la maladie doit être rappelée en précisant le nombre de traitements antérieurs, les résultats et la tolérance. Moins souvent étudiée, la symptomatologie du sujet est pourtant primordiale car le contrôle des symptômes est une démarche prioritaire dans une maladie incurable.

Contrôle des symptômes

L'analyse sémiologique doit détailler les signes en rapport direct avec la maladie bronchique (douleurs thoraciques, dyspnée, toux, hémoptysie) et les signes en rapport avec les comorbidités ou une progression métastatique extrapulmonaire. L'objectif est alors de déterminer si la chimiothérapie peut améliorer le contrôle d'un de ces symptômes.
Cullen et al. [4] ont montré que l'association mitomycine-ifosfamide-platine comparée aux soins palliatifs seuls soulageait les douleurs thoraciques et l'anorexie mais restait sans impact sur la dyspnée. Dans une étude randomisée gemcitabine versus soins de confort, Thatcher et al. rapportaient un bénéfice dans le bras chimiothérapie avec une amélioration de la dyspnée, de la toux et des douleurs thoraciques maintenue pendant 3 à 5 mois, et de l'anorexie et des hémoptysies pendant 2 à 3 mois [5]. Anderson et al. ont montré qu'une monochimiothérapie par gemcitabine permettait de réduire l'indication d'une radiothérapie antalgique par rapport à des soins de confort (respectivement 7,3 versus 42,3 %), sans accroître la survie [6]. Vansteeenkiste et al. ont évalué dans une étude randomisée l'association platine-vindésine par rapport à la gemcitabine en monothérapie [7]. Même en l'absence de réponse tumorale objective, le bénéfice en termes de contrôle des symptômes était constant dans les deux bras avec un impact identique sur les symptômes spécifiques de la maladie (toux, dyspnée, douleur thoracique, hémoptysie). La monochimiothérapie par gemcitabine était significativement supérieure en termes de contrôle des symptômes généraux (anorexie, asthénie). Le bénéfice était constant, quels que soient l'âge et l'indice de performance, dans les deux bras durant les trois premiers cycles. Un bénéfice supplémentaire au-delà d'un troisième cycle n'était observé que dans le bras gemcitabine seule.
Quand elle apparaît efficace dans le contrôle des symptômes, une chimiothérapie bien tolérée mérite donc d'être poursuivie. Même en l'absence d'une réponse objective radiologique, le concept de la « stabilisation prolongée » peut faire envisager une durée de traitement au-delà des quatre cycles habituellement recommandés, jusqu'en troisième, voire quatrième ligne [8]. L'indication de ces traitements « cytostatiques » reste encore à valider. C'est probablement dans cette approche de la « chronicité » de certaines formes de CBNPC que les thérapeutiques ciblées pourraient constituer une alternative aux cytotoxiques.

Projet de vie

Enfin, le maintien d'une chimiothérapie adaptée, systémique ou orale, peut être un compromis entre les connaissances techniques du clinicien et la demande émanant du patient. Même au prix d'effets secondaires attendus, le malade, quand il en a le choix, peut refuser l'arrêt des traitements, dans l'espoir d'un gain potentiel de survie [9]. Le contraste parfois observé entre une amélioration symptomatique et une stabilité des cibles tumorales reflète peut-être le contentement d'un sujet satisfait dans sa demande de soins [10]. À l'inverse, une alopécie ou des hospitalisations répétées pourront être jugées inacceptables pour un sujet qui souhaite privilégier une certaine tranquillité. Cette diversité des comportements chez les malades rend compte du caractère très individuel du « projet de vie ». La prise en compte des souhaits du patient doit orienter la décision médicale mais cette démarche suppose d'avoir laissé le temps et l'occasion à l'intéressé de s'exprimer, d'où l'importance de la communication dans la relation médecin-malade.

Conclusion

Le contrôle des symptômes est un objectif légitime qui peut justifier une chimiothérapie prolongée dans une maladie incurable. Une démarche raisonnée et la prise en compte des souhaits du patient permettent le plus souvent d'aider à la décision et d'éviter un éventuel désarroi de l'équipe soignante, « entre abdication et poursuite résignée » [2]. Dans ces conditions, la survenue du décès dans les suites précoces d'une chimiothérapie devient alors moins difficile à comprendre pour les proches, les confrères médecins et pharmaciens légitimement soucieux de l'équilibre budgétaire de l'établissement. À cet égard, il faut rappeler que plusieurs études tendent à montrer que la chimiothérapie palliative n'est pas forcément plus coûteuse qu'une prise en charge strictement symptomatique [11].

Références

1. Demange C, Thiébaux I. Limites de la chimiothérapie palliative, application aux cancers bronchiques : point de vue de pharmaciens hospitaliers. Bull Cancer 2003 ; 90 : 284-8.

2. Le Guen Y, Soria JC, Ruffié P. Chimiothérapie des carcinomes bronchiques non à petites cellules avancés : un débat clos  ? Bull Cancer 2003 ; 90 : 199-201.

3. Emmanuel EJ, Young-Xu Y, Levinsky NG, Gazelle G, Saynina O, Ash AS. Chemotherapy use among medicare beneficiaries at the end of life. Ann Intern Med 2003 ; 138 : 639-43.

4. Cullen MH, Billingham LJ, Woodroffe CM, et al. Mitomycin, ifosfamide, and cisplatin in unresectable non-small-cell lung cancer : effects on survival and quality of life. J Clin Oncol 1999 ; 17 : 3188-94.

5. Thatcher N, Anderson H, Beticher DC. Symptomatic benefit from gemcitabine and other chemotherapy in advanced non-small-cell lung cancer : changes in performance status and tumour-related symptoms. Anticancer Drugs 1995 ; 6 (suppl.) : 39-48.

6. Anderson H, Hopwood R, Stephens RJ, et al. Gemcitabine plus best suppotive care (BSC) vs BSC in inoperable non-small-cell lung cancer : a randomized trial with quality of life as primary outcome. Br J Cancer 2000 ; 83 : 447-53.

7. Vansteenkiste J, Vandenbroek J, Nackaerts K, et al. Influence of cisplatin-use, age, performance status and duration of chemotherapy on symptom control in advanced non-small cell lung cancer : detailed symptom analysis of a randomised study comparing cisplatin-vindesin to gemcitabine. Lung Cancer 2003 ; 40 : 191-9.

8. Massarelli E, Andre F, Liu DD, et al. A retrospective analysis of the outcome of patients who have received two prior chemotherapy regimens including platinum and docetaxel for recurrent non-small-cell lung cancer. Lung Cancer 2003 ; 39 : 55-61.

9. Slevin ML, Stubbs L, Plant HJ, et al. Attitudes to chemotherapy : comparing views of patients with cancer with those of doctors, nurses, and general public. Br Med J 1990 ; 300 : 1458-60.

10. Wan GJ, Counte MA, Cella DF. The influence of personal expectations on cancer patients'reports of health-related quality of life. Psychooncology 1997 ; 6 : 1-11.

11. Berthelot JM, Will BP, Evans WK, et al. Decision framework for chemotherapeutic interventions for metastatic non-small cell lung cancer. J Natl Cancer Inst 2000 ; 92 : 1321-9.


 

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