ARTICLE
Auteur(s) : Agnès Fournier1, Catherine Hill2, Françoise Clavel-Chapelon1
1 Equipe E3N, Inserm,
2 Service de biostatistique et d'épidémiologie,
Institut Gustave-Roussy, 94805 Villejuif
Article reçu le 19 juin 2003, accepté le 20 juin
2003
Le traitement hormonal substitutif (THS) est utilisé pour
soulager les effets secondaires de la ménopause (bouffées de
chaleur, troubles de l'humeur, sécheresse vaginale, etc.) ainsi que
pour prévenir et traiter l'ostéoporose ; il supprime les
symptômes de la carence estrogénique. Ses bénéfices sont démontrés,
mais il est par ailleurs susceptible d'augmenter le risque d'autres
maladies, dont le cancer du sein.
Une méta-analyse d'enquêtes épidémiologiques publiée en 1997
dans le Lancet (méta-analyse d'Oxford [1]) montrait une
augmentation modérée du risque de cancer du sein consécutive à
l'utilisation d'un THS. Elle faisait la synthèse d'enquêtes
d'observation, pour lesquelles l'absence de contrôle de la prise de
traitement peut aboutir à une évaluation biaisée de l'effet du
traitement (tableau 1). C'est pourquoi
les conclusions d'essais thérapeutiques randomisés étaient très
attendues. Ce type d'étude échappe en effet aux nombreux biais
potentiels inhérents aux enquêtes d'observation et fournit le
meilleur niveau de preuve.
Tableau 1. Étude du lien entre
prise de THS et risque de cancer du sein : types d'études et
principales difficultés associées
| Comparer le
risque de cancer du sein dans une population de femmes ménopausées
utilisant un THS au risque de cancer du sein dans une population de
femmes ménopausées ayant les mêmes caractéristiques mais ne prenant
pas de THS. |
| Enquêtes
d'observation |
|
Principe. Les enquêtes de cohorte prospectives consistent à
suivre une population dans laquelle des femmes prenant un THS
seront comparées en termes de risque de cancer du sein à des femmes
ne prenant pas de THS. Les enquêtes cas-témoins consistent à
comparer rétrospectivement les caractéristiques en termes de prise
de THS des femmes ayant développé un cancer du sein et des femmes
de même âge indemnes de cancer du sein. Ces études d'observation
sont caractérisées par l'absence de contrôle du facteur étudié (ici
la prise de THS) de la part de l'investigateur. La population est
donc observée telle qu'elle est, sans que le chercheur
intervienne. |
| Biais
d'auto-sélection. Les femmes qui choisissent de prendre un THS
ont des caractéristiques (style de vie, facteurs liés à la santé)
différentes de celles des non-utilisatrices : elles sont
généralement en meilleure santé, ont un meilleur niveau
d'éducation, sont plus minces que les non-utilisatrices. |
| Biais de
contre-indication. Le biais de contre-indication consiste à ne
pas prescrire ou à prescrire moins facilement des THS aux femmes
plus à risque de cancer du sein. On s'attend alors à observer moins
de cancers du sein dans le groupe traité, sans que cela traduise un
effet protecteur de cette thérapeutique vis-à-vis du cancer du
sein. |
| Biais de
dépistage. Le biais de dépistage consiste à rechercher de façon
plus intensive une pathologie chez les femmes traitées par THS.
Ainsi, le recours plus fréquent à la mammographie des femmes sous
THS entraîne un biais de dépistage s'il permet de détecter plus tôt
des tumeurs (qui de toutes façons seraient apparues), majorant
ainsi artificiellement l'incidence du cancer pendant une période
d'observation donnée. |
|
Appariement/ajustement. Ces procédures sont utilisées afin
de pallier l'absence de randomisation. Elles permettent de comparer
les utilisatrices de THS avec les non-utilisatrices qui ont les
mêmes caractéristiques pour les facteurs d'ajustement. |
| Essais
randomisés |
|
Principe. Il s'agit d'étudier une population de femmes
acceptant le principe de prendre soit un THS, soit un traitement
placebo, le choix du traitement se faisant par tirage au sort. On
compare ensuite le risque de cancer du sein chez les femmes du
groupe placebo et chez les femmes du groupe THS. |
|
Comparabilité des groupes. L'attribution au hasard du
traitement garantit la comparabilité initiale entre le groupe avec
traitement et le groupe sans traitement : l'attribution n'est
influencée ni par l'état de santé ni par toute autre
caractéristique des sujets inclus. Par conséquent, les facteurs —
connus ou inconnus — autres que le traitement étudié, et notamment
les facteurs pronostiques du cancer du sein, sont également
répartis entre les groupes. |
En juillet 2002, les résultats d'un essai thérapeutique
américain randomisé, comparant un placebo à un traitement combinant
œstrogène et progestatif, ont été publiés dans le JAMA [2].
Ils confirment les conclusions de la méta-analyse d'Oxford. Nous
résumons ici les principaux résultats de cet essai thérapeutique et
de la méta-analyse d'Oxford, ainsi que ceux des enquêtes
d'observation publiées depuis cette méta-analyse et étudiant
séparément l'impact de la prise d'un œstrogène seul et l'impact de
la prise d'une association œstrogène-progestatif sur le risque de
cancer du sein.
Résultats de l'essai WHI œstrogène-progestatif
Cet essai [2], mené dans le cadre de la WHI (Women's Health
Initiative), avait pour objet l'évaluation des effets de
l'association continue œstrogène et progestatif sur la prévention
des maladies cardio-vasculaires et des fractures du col du fémur,
ainsi que sur le risque de cancer du sein et du côlon, chez les
femmes ménopausées. Les inclusions ont eu lieu entre 1993 et 1998
et il était prévu d'atteindre un suivi moyen de 8,5 années.
Les résultats ont été publiés prématurément en mai 2002, après
5,2 années de suivi en moyenne. On observait en effet, dans le
groupe traité par rapport au groupe placebo, une augmentation du
risque de pathologie coronarienne, d'accident vasculaire cérébral
et de thrombose veineuse profonde, ainsi que du risque de cancer du
sein. Les bénéfices du traitement consistaient en une diminution
des nombres de fractures du col du fémur et de cancers du côlon,
mais, au total, les risques apparaissaient dépasser les
bénéfices.
Matériel et méthodes
Les femmes incluses dans l'essai étaient ménopausées, non
hystérectomisées, âgées de 50 à 79 ans. Ces volontaires ont
été recrutées dans 40 centres des États-Unis. Au total,
16 608 femmes ont été randomisées dans l'essai,
8 506 recevant une association d'œstrogène d'origine
équine et d'acétate de médroxyprogestérone (administration
continue, par voie orale), 8 102 autres un placebo. Le
suivi des participantes était réalisé tous les 6 mois et une
surveillance mammographique avait lieu annuellement. Ni la femme,
ni le personnel soignant ne connaissait le traitement attribué, à
moins que ne surviennent des problèmes de tolérance, auquel cas
l'aveugle était levé. Plus de 98 % des cancers du sein décelés
pendant l'essai ont été confirmés par des comptes rendus
anatomopathologiques.
L'analyse a été réalisée en intention de traiter, c'est-à-dire que
toute patiente randomisée a été analysée dans le bras que lui a
attribué le tirage au sort, quel que soit le traitement
effectivement pris et quelle qu'en soit l'observance. Les risques
relatifs (RR) ont été estimés par des modèles de Cox stratifiés par
centre, âge et antécédents de problèmes médicaux. Pour le risque
relatif de cancer du sein, deux types d'intervalles de confiance
ont été calculés : les intervalles de confiance nominaux
habituels et les intervalles de confiance ajustés, prenant en
compte l'existence d'analyses intermédiaires.
Utilisation d'un traitement substitutif et risque de cancer du
sein
Précisons tout d'abord que les taux de surveillance par
mammographie ont été comparables dans les deux groupes de
traitement. Dans le groupe placebo, 124 cancers du sein
invasifs ont été observés (pour un suivi de
41 289 personnes-années), contre 166 dans le groupe
œstrogène plus progestatif (pour un suivi de
44 075 personnes-années). Le risque de développer un
cancer du sein invasif était 1,26 fois plus élevé parmi les
femmes du groupe œstrogène plus progestatif que parmi les femmes du
groupe placebo (intervalle de confiance nominal à 95 % =
[1,00-1,59], intervalle de confiance ajusté à 95 % =
[0,83-1,92]). Cette augmentation de risque n'était pas
significativement modifiée en fonction de l'indice de masse
corporelle, de l'âge ou de l'existence d'antécédents familiaux de
cancer du sein. L'essai ne mettait pas en évidence de variation
significative du risque de cancer du sein in situ entre les
femmes du groupe œstrogène plus progestatif et celles du groupe
placebo.
• Observance
Quarante-deux pour cent des femmes du groupe œstrogène plus
progestatif et 38 % des femmes du groupe placebo avaient
arrêté leur traitement à un moment ou un autre de l'étude. Dans le
groupe œstrogène plus progestatif, 6,2 % des femmes s'étaient
vu prescrire un traitement hormonal de la ménopause par leur propre
médecin, 10,7 % dans le groupe placebo. En limitant l'étude du
risque de cancer du sein à la période d'observance du traitement
(définie comme l'utilisation d'au moins 80 % de la dose prévue
dans le protocole) augmentée des 6 mois suivant une éventuelle
non-observance, l'augmentation du risque de cancer du sein associée
à la prise de THS passait de 26 % à 49 %.
• Délai depuis la randomisation
Les risques cumulés de cancer du sein invasif, estimés par la
méthode de Kaplan-Meier, étaient comparables entre les deux groupes
de traitement durant les quatre premières années de suivi. C'est à
partir de la quatrième année que la courbe du groupe œstrogène plus
progestatif commençait à s'écarter de celle du groupe placebo
(figure 1) : le rapport des risques instantanés de
cancer du sein augmentait significativement avec le délai depuis la
randomisation (test de tendance, p < 0,05) (tableau 2).
Tableau 2. Incidence des cancers du
sein invasifs par année de suivi dans l'essai WHI (données tirées
de [2])
| Années de suivi |
Groupe de randomisation |
Rapport des taux annuels d'incidence (groupe
E + P / groupe placebo) |
| Œstrogène plus progestatif
(E + P) |
Placebo |
|
Personnes-années |
Cancers du sein invasifs (taux annuel d'incidence*) |
Personnes-années |
Cancers du sein invasifs (taux annuel d'incidence*) |
|
1 |
8 435 |
11 (0,13 %) |
8 050 |
17 (0,21 %) |
0,62 |
|
2 |
8 353 |
26 (0,31 %) |
7 980 |
30 (0,38 %) |
0,83 |
|
3 |
8 268 |
28 (0,34 %) |
7 888 |
23 (0,29 %) |
1,16 |
|
4 |
7 926 |
40 (0,50 %) |
7 562 |
22 (0,29 %) |
1,73 |
|
5 |
5 964 |
34 (0,57 %) |
5 566 |
12 (0,22 %) |
2,64 |
| 6
et suivantes |
5 129 |
27 (0,53 %) |
4 243 |
20 (0,47 %) |
1,12 |
*Nombre de cancers du sein/personnes-années. Un taux
annuel d'incidence de 0,13 % signifie que, si l'on suivait
10 000 femmes pendant 1 an, on observerait
13 nouveaux cas de cancer du sein invasifs.
• Utilisation antérieure d'un THS
Environ 74 % des femmes n'avaient jamais utilisé de THS
avant l'entrée dans l'essai, 18 % avaient été traitées pendant
moins de 5 années et 8 % plus de 5 années.
L'augmentation du risque de cancer du sein liée à la prise de THS
mise en évidence dans l'essai WHI était plus marquée pour les
femmes ayant déjà pris un THS avant l'entrée dans l'essai. Ainsi,
pour les femmes du groupe œstrogène plus progestatif n'ayant jamais
utilisé de THS avant l'inclusion dans l'étude, celles en ayant pris
pendant moins de 5 ans, celles en ayant pris pendant 5 à
10 ans et enfin celles en ayant pris plus de 10 années,
le risque relatif de développer un cancer du sein invasif par
rapport au groupe placebo était respectivement de 1,06
(IC95 % = [0,81-1,38], 114 cas versus
102), 2,13 (IC95 % = [1,15-3,94], 32 cas
versus 15), 4,61 (IC95 % = [1,01-21,02],
11 cas versus 2), et 1,81
(IC95 % = [0,60-5,43], 9 cas versus 5)
(test de tendance significatif, z = 2,17). Cela appuie
l'hypothèse d'un effet cumulatif de la prise de THS sur le risque
de cancer du sein.
Caractéristiques des cancers du sein
Les résultats de l'analyse des caractéristiques des cancers du
sein diagnostiqués au cours de l'essai WHI ont été publiés dans le
JAMA en juin 2003 [3]. Les types histologiques
(canalaires, lobulaires, tubulaires) ainsi que le grade des tumeurs
invasives ne différaient pas significativement entre les deux
groupes de traitement. Les cancers du sein invasifs diagnostiqués
chez les femmes du groupe œstrogène plus progestatif, comparés à
ceux diagnostiqués chez les femmes du groupe placebo, étaient
significativement plus gros (diamètre moyen :
1,7 versus 1,5 cm, p = 0,04) et
diagnostiqués à un stade plus avancé (extension
régionale/métastases : 25,4 versus 16,0 %,
p = 0,04). Enfin, on trouvait un pourcentage plus élevé
de mammographies anormales dans le groupe œstrogène plus
progestatif que dans le groupe placebo dès la première année de
suivi (9,4 versus 5,4 %,
p < 0,001).
Impact sur d'autres pathologies
L'essai mettait par ailleurs en évidence une hausse de 22 %
du risque de maladie cardiovasculaire en général (dont une hausse
de 29 % du risque de pathologie coronarienne, de 41 % du
risque d'accident vasculaire cérébral, et un risque multiplié par
deux de thrombose veineuse profonde). On notait une réduction de
34 % du risque de fracture du col du fémur (24 % pour
l'ensemble des fractures) et de 37 % du risque de cancer du
côlon.
En ce qui concerne la mortalité globale, aucune différence n'était
mise en évidence entre les groupes placebo et œstrogène plus
progestatif.
Autres essais
Deux autres essais randomisés américains, qui comparaient le
risque de cancer et de maladies cardiovasculaires chez les
utilisatrices et les non-utilisatrices de traitements hormonaux
substitutifs, ont été réalisés chez des femmes ayant des
antécédents de maladie cardiovasculaire. L'étude HERS [4, 5]
comparait une association d'œstrogène d'origine équine et d'acétate
de médroxyprogestérone à un traitement placebo parmi
2 763 femmes et a rapporté un risque relatif de cancer du
sein de 1,27 (IC95 % = [0,84-1,94], 49 cas
versus 39) chez les utilisatrices de THS comparées aux
non-utilisatrices, après un suivi moyen de 6,8 années. L'étude
West [6] comparait un traitement à base d'œstrogènes seuls à un
placebo parmi 664 femmes et rapportait un risque identique de
cancer du sein dans les groupes avec et sans THS
(RR = 1,00, IC95 % = [0,30-3,50],
5 cas versus 5).
Nous allons maintenant rappeler les résultats de la méta-analyse
d'Oxford et présenter ceux d'enquêtes d'observation publiées
depuis.
Outre la confrontation des résultats d'enquêtes d'observation à
ceux d'un vaste essai thérapeutique contrôlé, l'intérêt est de
compléter les informations apportées par cet essai. En effet, les
enquêtes d'observation ont souvent une durée de suivi plus longue
et certaines étudient l'impact du délai depuis l'arrêt du
traitement et/ou celui de différents types de traitements
hormonaux, ce qui n'est pas le cas de l'essai WHI.
Résultats de la méta-analyse d'Oxford
Nous rappelons ici dans leurs grandes lignes la méthodologie et
les résultats de la méta-analyse publiée en 1997 dans le
Lancet [1, 7].
La méta-analyse d'Oxford rassemblait 90 % des données
épidémiologiques disponibles en 1997 sur la relation entre prise de
THS et risque de cancer du sein. Les données provenaient de
15 enquêtes de cohorte et de 36 enquêtes cas-témoins,
réunissant près de 53 000 cas de cancer du sein invasif.
La plupart de ces enquêtes avaient été réalisées en Amérique du
Nord ou en Europe. Au total, 21 pays étaient représentés.
Risque global de cancer du sein lié à la prise de traitement
hormonal substitutif
La méta-analyse permettait de conclure à un risque de cancer du
sein invasif plus élevé chez les utilisatrices d'un THS que chez
les non-utilisatrices (RR = 1,14, écart
type = 0,003).
Durée d'utilisation et délai depuis la dernière utilisation du
traitement substitutif
L'excès de risque de cancer du sein invasif augmentait avec la
durée du traitement, diminuait à l'arrêt du traitement et
disparaissait presque complètement 5 années après l'arrêt.
Ainsi, lorsque la dernière utilisation se situait dans les
5 ans avant le diagnostic, le risque augmentait de 2,3 %
par année d'utilisation.
Extension tumorale
Comparées aux non-utilisatrices, les utilisatrices de THS
avaient moins souvent un cancer du sein métastatique d'emblée et
avec moins souvent des ganglions axillaires envahis. L'étude
séparée du risque de cancer localisé et du risque de cancer étendu
montrait que l'excès de risque lié à l'utilisation récente d'un THS
était limité aux tumeurs localisées.
Composition des traitements substitutifs
Par ailleurs, cette méta-analyse montrait que l'augmentation du
risque de cancer du sein pourrait être plus élevée avec
l'association œstrogène-progestatif qu'avec l'utilisation d'un
œstrogène seul. Mais l'information sur le type des traitements
utilisés n'était disponible que pour 39 % des femmes ;
80 % des utilisatrices de THS pour lesquelles l'information
était disponible étaient sous œstrogène seul, et la différence des
effets du THS selon son type (œstrogène seul ou association
œstrogène-progestatif) était non significative.
Études d'observation publiées depuis la méta-analyse
Alors que l'association œstrogène-progestatif est devenue le
traitement standard de la ménopause pour les femmes non
hystérectomisées, la méta-analyse d'Oxford incluait majoritairement
des femmes ayant utilisé un œstrogène seul. Il est vraisemblable
que l'impact des THS sur le risque de cancer du sein diffère
lorsqu'un progestatif est associé à un œstrogène. Nous nous sommes
donc intéressés ici aux enquêtes d'observation publiées depuis la
méta-analyse d'Oxford et tenant compte du type de traitement
utilisé (œstrogène seul ou association œstrogène-progestatif) dans
l'analyse de la relation entre prise de THS et risque de cancer du
sein.
Les principales caractéristiques de ces quinze enquêtes [8-24]
sont résumées dans le tableau 3. Elles
ont été réalisées aux États-Unis, en Suède, au Canada ou en France
et ajoutent environ 17 000 cas de cancer du sein à ceux
pris en compte dans la méta-analyse d'Oxford. Elles étudient le
risque de cancer du sein lié à la prise de THS en fonction de la
composition des traitements ainsi que, généralement, de la durée
d'utilisation et/ou du délai depuis l'arrêt du traitement.
Plusieurs d'entre elles ont également distingué les cancers du sein
selon leur histologie ou leur extension.
Tableau 3. Principales
caractéristiques des enquêtes d'observation étudiant séparément
l'impact de la prise d'œstrogènes seuls et l'impact de la prise
d'une association œstrogène-progestatif sur le risque de cancer du
sein et publiées depuis la méta-analyse d'Oxford
Auteurs et année
de publication |
Type d'étude |
Pays |
Population d'étude |
Cas |
Période de diagnostic des cas |
|
Persson et al. 1997 [8] |
Cas-témoins au sein d'une cohorte |
Suède |
Femmes ayant participé à un programme de dépistage
mammographique |
435 cancers du sein |
1990-1995 |
|
Brinton et al. 1998 [10] |
Cas-Témoins |
États-Unis |
Enquête en population |
1 031 cancers du sein |
1990-1992 |
|
Henrich et al. 1998 [11] |
Cas-Témoins |
États-Unis |
Femmes ayant réalisé une mammographie dans le cadre du Yale
Department of Radiology Screening Mammography Program entre 1987 et
1992 |
109 cancers du sein |
1987-1992 |
|
Magnusson et al. 1999 [12] |
Cas-Témoins |
Suède |
Enquête en population |
2 563 cancers du sein |
1993-1995 |
|
Persson et al. 1999 [13] |
Cohorte |
Suède |
Femmes à qui on a prescrit des œstrogènes entre 1977 et 1980 |
198 cancers du sein invasifs |
1987-1993 |
| Li
et al. 2000 [14] |
Cas-Témoins |
États-Unis |
Enquête en population |
537 cas de cancer du sein |
1988-1990 |
|
Moorman et al. 2000 [15] |
Cas-Témoins |
États-Unis |
Enquête en population (Carolina Breast Cancer Study) |
397 cancers du sein invasifs |
1993-1996 |
|
Ross et al. 2000 [16] Ursin et al.
2002 [17] |
Cas-Témoins |
États-Unis |
Enquête en population |
1 897 cancers du sein |
1987-1996 |
|
Schairer et al. 2000 [18] |
Cohorte |
États-Unis |
Femmes participant au BCDDP (Breast Cancer Detection Demonstration
Project) |
2 082 cancers du sein |
1980-1995 |
|
Chen et al. 2002 [19] |
Cas-témoins au sein d'une cohorte |
États-Unis |
Femmes participant à la cohorte GHC (Group Health Cooperative of
Puget Sound) |
705 cancers du sein invasifs |
1990-1995 |
|
Daling et al. 2002 [20] Weiss et al.
2002 [21] |
Cas-Témoins |
États-Unis |
Enquête en population (Women's Care Study) |
1 749 cancers du sein invasifs (Daling)
1 870 cancers du sein invasifs (Weiss) |
1994-1998 |
|
Kirsh et al. 2002 [22] |
Cas-Témoins |
Canada |
Enquête en population |
404 cancers du sein |
1995-1996 |
| Li
et al. 2002 [23] |
Cas-Témoins |
États-Unis |
Enquête en population (New Mexico Women's Health Study) |
366 cancers du sein |
1992-1994 |
|
Newcomb et al. 2002 [24] |
Cas-Témoins |
États-Unis |
Enquête en population |
5 298 cancers du sein invasifs |
1992-1994 |
| De
Lignières et al. 2002 [9] |
Cohorte |
France |
Femmes ayant consulté entre 1975 et 1987 au Département
d'endocrinologie et de médecine préventive de l'hôpital Necker
(Paris) |
105 cancers du sein |
1975-1995 |
Risque de cancer du sein lié à la prise d'œstrogènes seuls
Parmi les neuf enquêtes ayant comparé le risque global de cancer
du sein parmi les utilisatrices d'œstrogènes seuls au risque de
cancer du sein parmi les non-utilisatrices de THS, les risques
relatifs estimés vont de 0,70 à 1,94 (tableau 4). Mais ces risques globaux ne prennent en
compte ni la durée d'utilisation, ni le délai depuis l'arrêt du
traitement, dont la répartition varie selon les études.
Tableau 4. Risque relatif (RR) de
cancer du sein et intervalle de confiance à 95 % (IC95 %)
chez les utilisatrices d'œstrogènes seuls par rapport aux
non-utilisatrices de THS
| Auteurs et année de
publication |
RR [IC95 %] |
| Global |
En fonction de la durée
d'utilisation |
En fonction de la durée d'utilisation et
du délai depuis l'arrêt du traitement |
|
Utilisation récente |
Utilisation ancienne |
|
Persson et al. 1997 [8] |
– |
≤ 10 ans
> 10 ans |
0,5 [0,3-1,0]
1,3 [0,5-3,7] |
–
– |
–
– |
|
Brinton et al. 1998 [10] |
0,70 [0,5-0,9] |
|
– |
– |
– |
|
Henrich et al. 1998 [11] |
1,66 [0,98-2,82] |
|
– |
– |
– |
|
Magnusson et al. 1999 [12] |
1,94 [1,47-2,55] |
≤ 2 ans
[2 ans - 5 ans]
[5 ans - 10 ans]
> 10 ans
Par année |
1,72 [1,13-2,62]
1,49 [0,85-2,63]
2,18 [1,07-4,45]
2,70 [1,47-4,96]
1,03 [0,98-1,08] |
–
–
–
– |
–
–
–
– |
|
Persson et al. 1999 [13] |
– |
≤ 6 ans
> 6 ans |
1,0 [0,6-1,7]1
1,1 [0,7-1,7]1 |
1,0 [0,2-5,9]1,2
1,0 [0,3-3,4]1,2 |
1,0 [0,6-1,7]1
1,1 [0,6-2,0]1 |
|
Moorman et al. 2000 [15] |
0,8 [0,5-1,2] |
|
– |
– |
– |
|
Ross et al. 2000 [16] |
– |
≤ 5 ans
[5 ans - 10 ans]
[10 ans - 15 ans]
> 15 ans
Par période de 5 années |
1,02
0,94
0,93
1,24
1,06 [0,97-1,15] |
–
–
–
–
– |
–
–
–
–
– |
|
Schairer et al. 2000 [18] |
1,1 [1,0-1,3] |
Augmentation du RR par an |
– |
0,01 [0,002-0,03]3 |
– |
|
Chen et al. 2002 [19] |
1,17 [0,85-1,60]4 |
≤ 3 ans
[3 ans - 5 ans]
≥ 5 ans |
–
–
– |
1,13 [0,64-2,01]5
1,45 [0,84-2,49]5
1,84 [1,04-3,27]5 |
–
–
– |
|
Kirsh et al. 2002 [22] |
1,08 [0,70-1,69] |
< 1 an
[1 an - 4 ans]
[5 ans - 9 ans]
≥ 10 ans
Par année |
0,34 [0,11-1,10]
0,99 [0,40-2,46]
1,00 [0,44-2,24]
1,74 [0,93-3,24]
1,03 [0,97-1,09] |
–
–
–
1,70 [0,89-3,22]5 |
–
–
1,87 [0,29-12,00] |
| Li
et al. 2002 [23] |
– |
[1,4 an - 5 ans]
[5 ans -11,6 ans]
≥ 11,7 ans |
1,05 [0,46-2,39]6
0,83 [0,37-1,87]6
2,57 [1,25-5,28]6 |
–
–
–
|
–
–
– |
|
Newcomb et al. 2002 [24] |
1,23 [1,09-1,39] |
< 5 ans
≥ 5 ans
Par année |
1,08 [0,92-1,27]
1,36 [1,17-1,58]
1,02 [1,01-1,03] |
1,07 [0,84-1,37]7
1,34 [1,12-1,59]7
1,02 [1,01-1,02]7 |
–
–
– |
|
Weiss et al. 2002 [21] |
0,84 [0,67-1,06]8
0,86 [0,69-1,07]9 |
< 0,5 an
[0,5 an - 2 ans]
[2 ans - 5 ans]
≥ 5 ans |
0,83 [0,63-1,10]
0,85 [0,63-1,14]
0,88 [0,66-1,17]
0,84 [0,66-1,06] |
0,79 [0,45-1,40]10
0,86 [0,56-1,31]10
1,01 [0,71-1,43]10
0,81 [0,63-1,04]10 |
0,85 [0,62-1,15]
0,84 [0,58-1,21]
0,69 [0,45-1,05]
1,05 [0,70-1,57] |
1Catégorie de référence : non-utilisatrices ou
utilisation pendant moins de 12 mois.
2Traitement en cours ou interrompu depuis moins d'un an
au début du suivi.
3Traitement en cours ou interrompu depuis moins de
4 ans.
4RR associé à une utilisation en cours ou arrêtée depuis
moins d'une année.
5Traitement en cours ou interrompu depuis moins de
5 années
6Catégorie de référence : femmes ayant utilisé des
œstrogènes seuls pendant moins de 17 mois.
7Traitement en cours ou interrompu depuis moins d'un
an.
8RR associé à une utilisation en cours ou arrêtée depuis
moins de 6 mois.
9RR associé à une utilisation arrêtée depuis au moins
6 mois.
10Traitement en cours ou interrompu depuis moins de
6 mois.
La plupart des études mettent en évidence une tendance à
l'augmentation du risque relatif avec la durée du traitement.
L'utilisation à court terme d'œstrogènes seuls (c'est-à-dire
lorsque la durée d'utilisation est inférieure à 3, 4, 5 ou
6 ans, selon les études) n'est pas associée à une augmentation
significative du risque de cancer du sein, sauf dans l'étude de
Magnusson et al. [12].
Il est difficile de réaliser une synthèse des résultats concernant
l'impact du délai depuis l'arrêt de la prise d'œstrogènes seuls sur
le risque de cancer du sein dans la mesure où la notion
d'utilisation « ancienne » varie entre les études (de
plus de 6 mois à plus de 5 années depuis l'arrêt du
traitement). Les résultats sont néanmoins compatibles avec ceux de
la méta-analyse d'Oxford, c'est-à-dire que l'augmentation du risque
de cancer du sein semble limitée à la période d'utilisation du THS
et aux 5 années après l'arrêt.
Risque de cancer du sein lié à la prise d'une association
œstrogène-progestatif
Parmi les dix enquêtes ayant comparé le risque global de cancer
du sein parmi les utilisatrices d'un œstrogène en association avec
un progestatif au risque de cancer du sein parmi les
non-utilisatrices de THS, les risques relatifs estimés vont de 0,7
à 1,63, mais ils ne prennent en compte ni la durée de consommation,
ni le délai depuis l'arrêt du traitement (tableau 5).
Tableau 5. Risque relatif (RR) de
cancer du sein et intervalle de confiance à 95 % (IC95 %)
chez les utilisatrices d'œstrogènes associés à un progestatif par
rapport aux non-utilisatrices de THS
| Auteurs et année de
publication |
RR [IC95 %] |
| Global |
En fonction de la durée
d'utilisation |
En fonction de la durée
d'utilisation
et du délai depuis l'arrêt du traitement |
| Utilisation récente |
Utilisation ancienne |
|
Persson et al. 1997 [8] |
– |
≤ 10 ans
> 10 ans |
1,4 [0,9-2,2]
2,4 [0,7-8,6] |
–
– |
–
– |
|
Brinton et al. 1998 [10] |
0,99 [0,7-1,3] |
|
– |
– |
– |
|
Henrich et al. 1998 [11] |
1,02 [0,32-3,21] |
|
– |
– |
– |
|
Magnusson et al. 1999 [12] |
1,63 [1,37-1,94] |
≤ 2 ans
[2 ans - 5 ans]
[5 ans - 10 ans]
> 10 ans
Par année |
1,25 [0,96-1,63]
1,40 [1,01-1,94]
2,43 [1,72-3,44]
2,95 [1,84-4,72]
1,07 [1,02-1,11] |
–
–
–
–
– |
–
–
–
–
– |
|
Persson et al. 1999 [13] |
– |
≤ 6 ans
> 6 ans |
1,4 [0,9-2,3]1
1,7 [1,1-2,6]1 |
2,8 [0,8-10,0]1,2
1,9 [0,6-6,1]1,2 |
0,9 [0,5-1,7]
1,0 [0,5-2,1] |
|
Moorman et al. 2000 [15] |
0,7 [0,4-1,1] |
|
– |
– |
– |
|
Ross et al. 2000 [16] |
– |
≤ 5 ans
[5 ans - 10 ans]
> 10 ans
Par période de 5 années |
1,11
1,51
1,51
1,24 [1,07-1,45] |
–
–
–
– |
–
–
–
– |
|
Schairer et al. 2000 [18] |
1,3 [1,0-1,6] |
Augmentation du RR par an |
– |
0,08 [0,02-0,16]3 |
– |
|
Chen et al. 2002 [19] |
1,49 [1,04-2,12]4 |
≤ 1 an
[1 an - 3,2 ans]
≥ 3,3 ans |
–
–
– |
1,25 [0,79-1,98]5
1,20 [0,75-1,93]5
1,61 [1,03-2,50]5 |
–
–
– |
|
Kirsh et al. 2002 [22] |
1,22 [0,72-2,06] |
< 1 an
[1 an - 4 ans]
[5 ans - 9 ans]
10 ans ou plus
Par année |
0,86 [0,26-2,82]
0,96 [0,39-2,39]
0,84 [0,31-2,24]
3,48 [1,00-12,11]
1,15 [1,01-1,33] |
–
–
–
3,48 [1,00-12,1]5 |
–
–
–
–
|
| Li
et al. 2002 [23] |
– |
[1 an - 5 ans]
≥ 5 ans |
1,06 [0,51-2,21]6
1,39 [0,62-3,11]6 |
–
– |
–
– |
|
Newcomb et al. 2002 [24] |
1,43 [1,18-1,74] |
< 5 ans
≥ 5 ans
Par année |
1,36 [1,07-1,73]
1,58 [1,16-2,15]
1,04 [1,01-1,08] |
1,32 [1,02-1,70]7
1,50 [1,09-2,06]7
1,04 [1,01-1,07]7 |
–
–
– |
|
Weiss et al. 2002 [21] |
1,22 [0,99-1,50]8
0,76 [0,60-0,97]9 |
< 0,5 an
[0,5 an - 2 ans]
[2 ans - 5 ans]
≥ 5 ans
Test de tendance |
0,65 [0,46-0,92]
0,92 [0,69-1,23]
1,25 [0,96-1,63]
1,17 [0,92-1,48]
p = 0,003 |
0,53 [0,26-1,09]8
1,11 [0,75-1,65]8
1,28 [0,95-1,73]8
1,37 [1,06-1,77]8
p = 0,03 |
0,68 [0,47-0,99]
0,76 [0,52-1,13]
1,24 [0,79-1,93]
0,54 [0,33-0,88] |
| De
Lignières et al. 2002 [9] |
1,10 [0,73-1,66]1 |
|
– |
– |
– |
1Catégorie de référence : non-utilisatrices ou
utilisation pendant moins de 12 mois.
2Traitement en cours ou interrompu depuis moins d'un an
au début du suivi.
3Traitement en cours ou interrompu depuis moins de
4 ans.
4RR associé à une utilisation en cours ou arrêtée depuis
moins d'une année.
5Traitement en cours ou interrompu depuis moins de
5 années
6La catégorie de référence est celle des femmes ayant
utilisé une association œstro-progestative pendant moins de
12 mois.
7Traitement en cours ou interrompu depuis moins d'un
an.
8RR associé à une utilisation en cours ou arrêtée depuis
moins de 6 mois.
9RR associé à une utilisation arrêtée depuis au moins
6 mois.
Toutes les études évaluant l'effet de la durée de prise d'une
association œstrogène-progestatif sur le risque de cancer du sein
mettent en évidence une tendance à l'augmentation du risque relatif
avec la durée du traitement.
Dans deux des six études s'intéressant à l'impact du délai depuis
l'arrêt du traitement sur le risque de cancer du sein, le risque
n'a pu être évalué parmi les femmes ayant arrêté leur traitement
depuis plus de 5 années, faute d'effectifs suffisants [22,
24]. Les quatre autres études concluent à un sur-risque limité à
l'utilisation récente d'une association œstrogène-progestatif.
Œstrogènes seuls versus association
œstrogène-progestatif
Comparer au sein d'une même enquête le risque relatif global de
cancer du sein associé à la prise d'œstrogènes seuls et celui
associé à la prise d'une association œstrogène-progestatif est
délicat : l'ajout d'un progestatif (pour les femmes non
hystérectomisées) est devenu le traitement standard assez
tardivement. Les femmes traitées par œstrogènes seuls ont donc
globalement, dans les enquêtes d'observation présentées, une durée
de traitement plus longue que les femmes traitées par un œstrogène
associé à un progestatif. Il faut donc comparer les risques
relatifs à durée de traitement égale. Ainsi, le tableau 6 montre que la prise d'une association
œstrogène-progestatif semble avoir un effet délétère plus rapide et
plus marqué sur le risque de cancer du sein (cf. notamment les
risques relatifs par année d'utilisation ou par période de
5 années d'utilisation) que la prise d'un œstrogène seul.
Tableau 6. Comparaison, à durée
égale, des risques relatifs (RR) de cancer du sein chez les
utilisatrices d'œstrogènes seuls par rapport aux non-utilisatrices
de THS, et chez les utilisatrices d'une association
œstrogène-progestatif par rapport aux non-utilisatrices de THS
| Auteurs et année de publication |
Durée d'utilisation |
RR [IC95 %] |
| Œstrogènes
seuls |
Œstrogènes + progestatifs |
| Persson et
al. 1997 [8] |
≤ 10 ans |
0,5 [0,3-1,0] |
1,4 [0,9-2,2] |
|
> 10 ans |
1,3 [0,5-3,7] |
2,4 [0,7-8,6] |
| Magnusson et
al. 1999 [12] |
≤ 2 ans |
1,72 [1,13-2,62] |
1,25 [0,96-1,63] |
|
[2 ans -
5 ans] |
1,49 [0,85-2,63] |
1,40 [1,01-1,94] |
|
[5 ans -
10 ans] |
2,18 [1,07-4,45] |
2,43 [1,72-3,44] |
|
> 10 ans |
2,70 [1,47-4,96] |
2,95 [1,84-4,72] |
|
Par
année |
1,03 [0,98-1,08] |
1,07 [1,02-1,11] |
| Persson et
al. 1999 [13] |
≤ 6 ans |
1,0 [0,6-1,7] |
1,4 [0,9-2,3] |
|
> 6 ans |
1,1 [0,7-1,7] |
1,7 [1,1-2,6] |
| Ross et
al. 2000 [16] |
≤ 5 ans |
1,02 |
1,11 |
|
[5 ans -
10 ans] |
0,94 |
1,51 |
|
[10 ans -
15 ans] |
0,93 |
1,51 |
|
> 15 ans |
1,24 |
- |
|
Par période
de 5 années |
1,06 [0,97-1,15] |
1,24 [1,07-1,45] |
| Schairer et
al. 2000 [18] |
Augmentation du RR par an |
0,01 [0,002-0,03]1 |
0,08 [0,02-0,16]1 |
| Chen et
al. 2002 [19] |
≤ 3 ans |
1,13 [0,64-2,01]2 |
- |
|
[3 ans -
5 ans] |
1,45 [0,84-2,49]2 |
- |
|
≥ 5 ans |
1,84 [1,04-3,27]2 |
- |
|
≤ 1 an |
– |
1,25 [0,79-1,98]2 |
|
[1 an -
3,2 ans] |
– |
1,20 [0,75-1,93]2 |
|
≥ 3,3 ans |
– |
1,61 [1,03-2,50]2 |
| Kirsh et
al. 2002 [22] |
< 1 an |
0,34 [0,11-1,10] |
0,86 [0,26-2,82] |
|
[1 an -
4 ans] |
0,99 [0,40-2,46] |
0,96 [0,39-2,39] |
|
[5 ans -
9 ans] |
1,00 [0,44-2,24] |
0,84 [0,31-2,24] |
|
10 ans ou
plus |
1,74 [0,93-3,24] |
3,48 [1,00-12,11] |
|
Par
année |
1,03 [0,97-1,09] |
1,15 [1,01-1,33] |
| Li et al.
2002 [23] |
[1 an -
5 ans] |
1,05 [0,46-2,39] |
1,06 [0,51-2,21] |
|
[5 ans
-12 ans] |
0,83 [0,37-1,87] |
1,39 [0,62-3,11] |
|
≥ 12 ans |
2,57 [1,25-5,28] |
- |
| Newcomb et
al. 2002 [24] |
< 5 ans |
1,08 [0,92-1,27] |
1,36 [1,07-1,73] |
|
≥ 5 ans |
1,36 [1,17-1,58] |
1,58 [1,16-2,15] |
|
Par
année |
1,02 [1,01-1,03] |
1,04 [1,01-1,08] |
| Weiss et
al. 2002 [21] |
< 6 mois |
0,83 [0,63-1,10] |
0,65 [0,46-0,92] |
|
[6 mois -
2 ans] |
0,85 [0,63-1,14] |
0,92 [0,69-1,23] |
|
[2 ans -
5 ans] |
0,88 [0,66-1,17] |
1,25 [0,96-1,63] |
|
≥ 5 ans |
0,84 [0,66-1,06] |
1,17 [0,92-1,48] |
1RR associé à une utilisation récente (traitement en
cours ou interrompu depuis moins de 4 ans).
2RR associé à une utilisation récente (traitement en
cours ou interrompu depuis moins de 5 ans).
Effet du traitement sur les différents types de cancer du sein
(histologie et extension tumorale)
Cinq enquêtes ont étudié l'impact de la prise de THS sur les
cancers du sein en fonction de leur histologie ou de leur extension
[14, 16, 17, 19, 20, 24]. Globalement, l'augmentation du risque de
cancer du sein ne semble pas clairement limitée à un type
histologique particulier, ni à une extension tumorale précise
(l'impact de la prise de THS sur l'extension tumorale n'ayant été
évaluée que dans deux études). Cependant, en ce qui concerne les
associations œstrogène-progestatif, l'augmentation du risque de
cancer du sein semble plus marquée pour les tumeurs lobulaires que
pour les autres types histologiques (tableau
7).
Tableau 7. Risque de cancer du sein
chez les utilisatrices de traitement hormonal substitutif par
rapport aux non-utilisatrices en fonction de l'histologie et de
l'extension, et par type de THS (œstrogènes seuls ou œstrogènes
associés à un progestatif)
| Auteurs et année de publication |
Extension tumorale/ Histologie |
RR [IC95 %] |
|
Œstrogènes + progestatifs |
Œstrogènes seuls |
|
Global |
En fonction de la durée
d'utilisation |
Global |
En fonction de la durée
d'utilisation |
|
Ross et al. 2000 [16] |
In situ
Invasif localisé
Invasif avancé |
–
–
– |
pour 5 ans
pour 5 ans
pour 5 ans |
1,10 [0,76-1,60]
1,26 [1,06-1,49]
1,22 [0,98-1,51] |
–
–
– |
pour 5 ans
pour 5 ans
pour 5 ans |
1,41 [1,18-1,69]
1,03 [0,94-1,13]
0,98 [0,87-1,11] |
|
Newcomb et al. 2002 [24] |
Localisé
Non localisé
Canalaire
Lobulaire |
1,47 [1,18-1,84]
1,50 [1,12-2,02]
1,43 [1,14-1,79]
2,01 [1,25-3,22] |
par année
par année
par année
par année |
1,05 [1,02-1,09]
1,01 [0,96-1,06]
1,04 [1,00-1,08]
1,04 [0,97-1,11] |
1,20 [1,04-1,38]
1,22 [1,01-1,47]
1,22 [1,06-1,41]
1,19 [0,88-1,61] |
par année
par année
par année
par année |
1,02 [1,01-1,03]
1,02 [1,00-1,03]
1,02 [1,01-1,03]
1,03 [1,01-1,05] |
| Li
et al. 2000 [14] |
Canalaire
Lobulaire |
0,7 [0,5-1,2]
2,5 [1,1-4,6] |
|
–
– |
0,6 [0,4-0,9]
1,4 [0,6-3,2] |
|
|
|
Ursin et al. 2002 [17] |
Canalaire
Lobulaire |
– |
pour 5 ans
pour 5 ans |
1,27 [1,08-1,50]
1,34 [0,98-1,83] |
– |
pour 5 ans
pour 5 ans |
1,04 [0,95-1,14]
1,09 [0,87-1,36] |
Chen et al. 2002 [19]
|
Non lobulaire
Lobulaire
|
– |
≤ 1 an
[1 an-38 mois]
≥ 39 mois
≤ 1 an
[1 an-38 mois]
≥ 39 mois |
1,28 [0,80-2,05]*
1,06 [0,64-1,75]*
1,44 [0,91-2,29]*
1,01 [0,33-3,07]*
2,48 [1,05-5,87]*
2,91 [1,32-6,42]* |
– |
≤ 3 ans
]3 ans-5 ans[
≥ 5 ans
≤ 3 ans
]3 ans-5 ans[
≥ 5 ans |
1,17 [0,65-2,11]*
1,39 [0,79-2,44]*
1,60 [0,87-2,93]*
0,80 [0,18-3,59]*
1,89 [0,65-5,46]*
3,68 [1,46-9,25]* |
|
Daling et al. 2002 [20] |
Canalaire
Lobulaire |
1,1 [0,8-1,3]
1,5 [0,8-2,8] |
|
–
– |
0,8 [0,6-1,0[
0,9 [0,5-1,6] |
|
|
*RR pour une utilisation récente (traitement en cours ou
arrêté depuis moins de 5 années).
Tableau 8. Estimation de la
variation de l'incidence de certaines maladies au cours de
5 années de suivi chez 10 000 femmes ayant utilisé
un THS par rapport à 10 000 femmes n'ayant pas utilisé de
THS. D'après Béral et al. [25]
| Maladie |
Âge |
| Femmes de
50 à 59 ans |
Femmes de
60 à 69 ans |
| Cas
supplémentaires chez les utilisatrices |
|
|
| Cancer du
sein |
32 |
40 |
| Accident
vasculaire cérébral |
12 |
40 |
| Embolie
pulmonaire |
16 |
40 |
| Cas évités
chez les utilisatrices |
|
|
| Cancer
colorectal |
12 |
30 |
| Fracture du col
du fémur |
5 |
25 |
| Bilan
global |
Nombre de
cas supplémentaires |
Nombre de
cas supplémentaires |
|
43 |
65 |
Discussion
Les preuves accumulées dans les différentes études menées
jusqu'à présent vont dans le sens d'une augmentation du risque de
cancer du sein associée à la prise d'un THS. Cette augmentation
semble d'autant plus marquée que la durée d'utilisation est longue.
Dans la méta-analyse d'Oxford, les traitements hormonaux utilisés
étaient à 80 % environ des œstrogènes seuls. À l'issue de
cette méta-analyse, on pouvait conclure que l'effet de la prise
d'œstrogènes seuls sur le risque de cancer du sein était analogue à
celui d'une ménopause retardée. Si, dans les enquêtes
d'observation, l'excès de risque n'est généralement pas
significatif pour une utilisation de courte durée (moins de
5 ans) des œstrogènes seuls, il semble apparaître plus
rapidement et être plus important avec les associations
œstrogène-progestatif (qui constituent actuellement le traitement
standard chez les femmes non hystérectomisées). La partie de
l'essai WHI comparant un traitement placebo à un traitement par
œstrogènes seuls chez des femmes hystérectomisées est d'ailleurs
toujours en cours. Par ailleurs, que le traitement utilisé consiste
en des œstrogènes seuls ou en une association
œstrogène-progestatif, cette augmentation semble limitée à
l'utilisation récente, puisque le sur-risque disparaît généralement
après 5 années d'arrêt de la prise de traitement. Cela suggère
un effet promoteur plutôt qu'initiateur du THS sur le cancer du
sein.
L'hypothèse d'un biais de dépistage est souvent émise pour
expliquer l'augmentation du risque de découvrir un cancer du sein
chez les utilisatrices d'un THS : les femmes traitées sont
mieux suivies et se voient plus souvent prescrire des mammographies
que les femmes non traitées. Dans les enquêtes dont nous venons de
parler, pourtant, la surveillance mammographique a généralement été
prise en compte soit dans l'analyse, soit par la sélection de la
population d'étude, minimisant la portée d'un éventuel biais de
dépistage. Quant aux femmes de l'essai WHI, elles bénéficiaient
toutes d'une surveillance mammographique annuelle : un tel
biais de dépistage est donc exclu.
En outre, on sait que, en dehors des essais randomisés, les femmes
prenant un THS ont des caractéristiques différentes des autres
femmes, notamment en ce qui concerne des facteurs de risque du
cancer du sein. Ainsi, il pourrait y avoir un risque de confusion
entre le rôle des THS sur la survenue de cancer du sein et leur
relation avec certains facteurs de risque de cancer du sein.
Généralement cependant, dans les enquêtes publiées depuis la
méta-analyse d'Oxford, la plupart des principaux facteurs de
confusion connus ont été pris en compte dans les analyses. De plus,
ce biais est absent dans les essais randomisés WHI, HERS et
West.
Au final, malgré l'existence de biais potentiels inhérents aux
enquêtes d'observation, notamment le biais d'auto-sélection, les
résultats de ces enquêtes et des essais randomisés sont globalement
concordants en ce qui concerne le lien entre prise de THS et risque
de cancer du sein, contrairement aux résultats sur le lien entre
prise de THS et pathologies coronariennes.
L'impact en termes de santé publique de l'augmentation du risque
de cancer du sein associée à la prise de THS est important puisque
ce cancer est le plus fréquent des cancers chez la femme et que le
THS est de plus en plus fréquemment utilisé : aujourd'hui, en
France, plus du tiers des femmes ménopausées de moins de
65 ans en font usage. Il est essentiel de préciser l'impact de
ces traitements sur le risque de cancer du sein, afin de l'intégrer
dans un bilan global des avantages et inconvénients à court et long
terme du THS. Beral et al. [25] ont récemment évalué,
d'après les résultats des principaux essais randomisés étudiant les
effets à long terme de certains traitements hormonaux substitutifs
de la ménopause, les risques et bénéfices associés à ces
traitements chez des femmes en bonne santé. Le tableau 8 indique la différence du nombre de cas
attendus pour différentes maladies chez 10 000 femmes
ayant utilisé un THS et chez 10 000 femmes n'ayant pas
utilisé un tel traitement, pour un suivi de 5 années. Le
nombre total des cancers du sein, des accidents vasculaires
cérébraux et des embolies pulmonaires ajoutés par la prise de THS
est plus élevé que le nombre total des cancers colorectaux et des
fractures du col du fémur évités par la prise de THS. Chez les
femmes de 50 à 59 ans, ce sont les cancers du sein qui
contribuent le plus à ce bilan global négatif.
En ce qui concerne le cancer du sein, nombre de questions restent
à approfondir :
– Quel est l'effet de la voie d'administration sur le risque
de cancer du sein ? Par exemple, y a-t-il une différence si
les œstrogènes sont administrés sous forme orale ou
transdermique ? Doit-on envisager que le progestatif soit
délivré dans l'endomètre d'une manière qui affecte le moins
possible le sein ?
– Les différents types de progestatifs utilisés (progestérone
naturelle, dérivés prégnane ou nor-prégnane, dérivés de la
19-nor-testostérone) et les différents schémas d'administration
(séquentiel ou continu) ont-ils un impact différent sur le risque
de cancer du sein ?
– Quel est l'effet des THS sur l'agressivité des tumeurs ?
Certaines études ont montré que la survie globale était meilleure
chez les femmes ayant suivi auparavant un traitement hormonal
substitutif de la ménopause. Dans l'essai WHI cependant,
l'augmentation du risque de cancer du sein observée dans le groupe
THS ne concernait pas principalement les tumeurs de pronostic
favorable [3], contrairement à ce que suggérait la méta-analyse
d'Oxford (qui, rappelons-le, évaluait surtout l'impact de la prise
d'estrogènes seuls sur le risque de cancer du sein) [1]. Les
résultats de l'étude WHI suggèrent que l'association œstrogène plus
progestatif testée pourrait augmenter le risque de développer un
cancer du sein tout en retardant sa détection.
– Les résultats dont nous disposons actuellement (qui portent
essentiellement sur des traitements utilisés aux États-Unis et en
Europe du Nord) sont-ils extrapolables aux traitements
majoritairement utilisés en France ? En France, en effet, les
traitements prescrits sont le plus souvent composés de
17 bêta-estradiol, au lieu d'œstrogènes conjugués équins, et
de divers progestatifs, parmi lesquels la progestérone naturelle et
la dydrogestérone sont les plus courants. Par ailleurs, l'essai WHI
porte non seulement sur des traitements peu utilisés en France mais
également sur une population de femmes qui n'est pas représentative
des femmes traitées en France (plus âgées, puisque l'âge moyen des
femmes incluses dans l'essai WHI était de 63,3 ans, et de
poids plus élevé, puisque leur indice de masse corporelle moyen
était de 28,5). Si l'effet délétère sur le sein des THS utilisés
aux États-Unis est, comme le suggèrent certaines enquêtes
d'observation [12, 18, 24], plus marqué chez les femmes minces,
l'excès de risque de cancer du sein mis en évidence dans l'essai
WHI pourrait être encore plus important parmi les femmes
françaises.
Seule une étude sur les traitements utilisés en France a été
publiée à ce jour [9]. Il est indispensable de disposer d'autres
données sur les effets à long terme de ces traitements. La mise en
place d'un essai comparatif permettrait de mesurer, sans risque de
biais, les effets du THS sur le risque de cancer du sein et
d'autres maladies, en évitant notamment le biais d'auto-sélection
rencontré dans les enquêtes d'observation. Si 1‰ des
10 millions de femmes ménopausées françaises acceptaient de
participer à un tel essai, cela donnerait un effectif de
10 000 femmes incluses. Néanmoins, un tel essai poserait
les problèmes suivants :
1) La puissance de l'essai dépend de l'observance du
traitement attribué par le tirage au sort. Or, un traitement
prolongé nécessite souvent des ajustements de dose, de schéma ou de
voie d'administration, voire une interruption. Dans l'essai WHI,
40 % des femmes ont interrompu (de façon temporaire ou
définitive) le traitement attribué par le tirage au sort. Par
ailleurs, dans le groupe sans THS, une partie des femmes peuvent
décider de prendre un THS au cours du suivi.
2) Il faudrait décider si on inclut seulement des femmes
n'ayant jamais pris de THS ou si on évalue de façon plus
pragmatique à la fois l'intérêt du THS par rapport à l'absence de
THS et l'intérêt de la prolongation du THS par rapport à un
traitement de quelques années. Cette dernière question est tout
aussi intéressante que la première puisque la question de la durée
du traitement est un sujet de désaccord entre l'Afssaps et certains
gynécologues.
3) Il faudra s'attendre à inclure plus facilement des femmes
ne souffrant pas ou souffrant peu de symptômes de la ménopause, les
autres acceptant plus difficilement la possibilité de se voir
attribuer un traitement placebo alors que l'efficacité du THS est
démontrée pour soulager ces effets secondaires.
4) Il faudrait évaluer les traitements utilisés en France
dans leur ensemble, c'est-à-dire utiliser des types d'hormones, des
voies et des schémas d'administration divers. Cela nécessite des
effectifs plus importants que si l'on évaluait un seul traitement,
si les résultats dépendent du type de traitement.
Les avantages d'un tel essai resteraient la comparabilité initiale
entre les groupes de traitement ainsi que le suivi comparable entre
ces groupes.
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